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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

"L'idéologie du sympa"

12 Janvier 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

engrenage.jpgRenaud Camus (dont je ne partage pas le côté réac et passéiste, mais qui n'a pas tort sur tout) nomme le discours dominant actuel (auquel la plupart de nos contemporains peu ou prou communient) "l'idéologie du sympa".

Pour moi l' "idéologie du sympa" c'est par exemple quand BFM TV (ce matin) choisit Arielle Dombasle pour parler du décès d'Eric Rohmer. C'est une mise en abime de la vacuité. Du vide qui parle sur du vide. ll n'est pas certain que Rohmer mérite l'aura dont il fut entouré dans les années 1980-90. En soi il y avait déjà un certain "vide" promu par un certain système médiatique autour de cette "icône de la Nouvelle vague". Mais ce vide pour conserver une certaine cohérence devrait, à l'heure de la mort du réalisateur, conduire à ce qu'on interroge un critique de cinéma pour parler de l'oeuvre de Rohmer. Il se peut que BFM TV n'ait trouvé aucun critique à 8 h du matin disposé à résumer en deux phrases creuses ce qu'il faudrait garder de Rohmer (parce que, peut-être, les critiques de cinéma ont complètement "décroché" de la logique du flux d'infos en continu, et se sont résolus, comme les latinistes versaillais, à n'être plus qu'une "communauté" de 500 personnes sur Facebook - un vieux spécialiste bourdieusien de la science politique m'a dit en 2006 : "les politistes nous ne sommes qu'une communauté de 1 000 personnes en France, et nous nous connaissons tous entre nous"). Ou bien BFM TV a-t-elle a priori trouvé qu'il serait plus "sympa" de faire parler quelqu'un que tous les Français connaissent, qui est donc un peu de leur famille, et que chacun identifie (parmi ceux qui adhèrent encore à l'actualité en continu) comme quelqu'un d'assez cultivé et raffiné, l'épouse de Bernard-Henry Lévy. Et donc la starlette a parlé dix secondes pour dire que Rohmer était formidaaable, juste après un reportage de 20 secondes qui avait précisé que son cinéma était "exigeant" (c'est à dire à ne pas regarder parce qu'on n'y comprendrait que dalle). L'effet "sympa" d'Arielle Dombasle a démultiplié vide, mais tout le monde s'y est retrouvé parce qu'ainsi chacun a eu le sentiment 1) d'avoir été informé du décès d'un cinéaste important 2) de rester au courant de ce qui se passe dans l'actualité culturelle sans culpabiliser de ne rien y comprendre 3) d'avoir toujours dans sa famille et son horizon affectif une Arielle Dombasle "sympa" (même si on la critique parfois, comme on critique une tante excentrique qui ne réussit pas tout ce qu'elle entreprend) qui soutient leur effort de rester informés de ce qu'il se passe dans le domaine de la création. 

En général, je ne parle pas trop ici de mes travaux en sociologie du corps que je publie sous un autre nom, parce qu'ils n'ont pas de rapport direct avec mon engagement politique. Ils me permettent de garder un pied dans la culture du "sympa" sans trop m'y compromettre, mais sans non plus entretenir de ressentiment excessif à son égard (on sait quelles folies paranoïaques finissent par cultiver les adversaires de l'idéologie du "sympa"). D'ailleurs lors de la publication de mon livre dans ce domaine, une psy de renom m'avait dit : "le sujet de votre livre est très SYMPA, on l'attendait depuis des années ! publiez le vite, sinon quelqu'un d'autre écrira là dessus, c'est tellement dans l'air du temps !". J'en étais conscient, quoique je prétendisse (et prétends encore) pouvoir pousser les implications de mon thème au delà des modes de mon époque. Et effectivement depuis quelque temps, bien que mon éditeur soit très peu diffusé (lui et moi sommes des outsiders), il ne se passe pas un mois sans qu'un média quelconque ne sollicite mon avis sur le sujet de mon livre. Encore en ce début de semaine comme j'étais cloué au lit par un mauvais virus et alors que je croyais le temps arrêté, deux chaines du cable me contactaient pour m'interroger sur ce thème, me conduisant à composer encore avec l'état d'esprit des vicaires de l'idéologie du sympa.

L'air du temps "sympa" de notre époque n'est pas une "superstructure" facile à combattre comme une dictature classique. C'est une idéologie enveloppante dont l'utilité fonctionnelle est avérée (pour en rendre compte il faudrait peut-être recourir à la théorie des "memes" qui explique les schèmes de transmission de représentations culturelle). On ne peut pas prétendre s'en extraire aisément sans provoquer des pathologies stériles (paranoïa, passéisme etc). Il convient de savoir à quel degré on y participe, et éventuellement d'en jouer, en portant toujours l'action et la réflexion au delà de cette culture officielle, au delà de l'instantanéité de l'affect dans laquelle elle cherche à tout absorber. Cela demande des investissements à divers niveaux, des hiérarchisations des perspectives. Un véritable art de la guerre.
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Logos spermatikos

9 Janvier 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Une discussion récente avec un communiste qui me parlait de recherche d'un "paradis terrestre" m'a convaincu que je devrai un jour reprendre la rédaction d'un livre sur le stoïciens en général, et sur Caton d'Utique en particulier (le héros des conservateurs romains à l'époque de Jules César).

romans.jpgJ'ai commencé à écrire ce livre en 2006. Je l'avais conçu comme une sorte de biographie de Caton qui s'inspirait de celle qu'expose Plutarque dans ses Vies. J'étais encore à cette époque otage du style universitaire, n'ayant pour option de publication que L'Harmattan en dehors du Temps des Cerises. Et ma réflexion politique n'était pas assez avancée pour mobiliser le stoïcisme au service d'une réflexion contemporaine sur le monde.

Je crois que, à maints égards, la publication de mon livre sur la Transnistrie l'an dernier m'a libéré de beaucoup de contraintes formelles. J'ai vu qu'on pouvait composer un livre avec des bouts de ficelle tels qu'un journal de voyage auquel on peut accoller un article d'anayse juridique. L'ensemble tient quand même. Une partie en éclaire une autre. Et, même si un médiocre publiciste parisien dans une lettre à mon éditeur a tourné ce livre en ironie en le qualifiant de "brochure", la plupart des lecteurs, eux, y trouvent leur compte.

Ce livre libère une certaine audace. Je ne me sens plus obligé d'aligner des chapitres savants très cohérents entre eux. Si j'avais à écrire sur Caton aujourd'hui, bien sûr j'insisterais sur la biographie du personnage. Parce que Plutarque est singulièrement éloquent sur son compte. Et comme plus personne ne lit Plutarque aujourd'hui, il faut ressortir ces histoires. Elles montrent combien une éthique intègre à Rome au Ier siècle avant JC n'était pas "conservatrice" mais révolutionnaire, ce qui valait à Caton l'estime de la plèbe. C'est tout un rapport à la Loi, à l'Ordre, qui se joue là. Un sujet que les libéraux et les bobos n'aiment pas aborder car ça ne cadre pas avec l'esprit du capitalisme hédoniste contemporain. Cet ordre, les philosophes stoïciens l'appellent Logos. Le roi indien Asoka quand il parle de l'ordre dans ses décrets en pali utilise le mot "dharma" (bien connu des adeptes du bouddhisme), et dans leur version grecque... Logos.

Mais je voudrais aller bien plus loin que l'évocation du courage physique et moral de Caton d'Utique et de la vénération qu'il lui a valu (aux antipodes des sarcasmes de la récente série britanique "Rome" à son sujet). Je voudrais tirer diverses thématiques du stoïcisme dont Caton était adepte vers notre époque moderne. Le stoïcisme m'intéresse comme politique du "devoir" aux antipodes des téléologies marxistes et plus généralement progressistes - "Hacer la revolucion como un deber", "Faire la révolution comme un devoir" titrait audacieusement Republica.es cette semaine. Il m'intéresse aussi par l'innovation qu'il a apportée à son temps en terme d'unité de l'humanité, de cosmopoliteia. Un sujet diablement d'actualité à l'heure de la mondialisation. Enfin il pose des questions sur ce que la nature commande à l'humanité, ou du moins autorise chez elle, ce qui est aussi un thème très actuel maintenant que la génétique, les sciences cognitives et la paléoanthropologie nous ont réconcilié avec l'idée qu'une nature humaine existe et qu'elle détermine nos catégories mentales. Je me suis procuré hier l'ouvrage de Valéry Laurand sur la politique stoïcienne. J'écrirai peut-être mon livre sur Caton quand je serai à la retraite.
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De Mélenchon à Agora

7 Janvier 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

M. Mélenchon, après s'être enlisé dans de sinistres querelles d'appareil avec le PCF pour la constitution des listes aux régionales, enfourche le cheval de bataille de la défense d'une loi liberticide sur la burqa sur son blog aujourd'hui. Je doute que cela donne très envie aux électeurs de la gauche de la gauche de se mobiliser pour elle. DSK n'a pas à s'inquiéter pour son élection à la prochaine présidentielle.
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Un lecteur de mon blog hier a justement nuancé mon intérêt pour le film que je  n'ai toujours pas vu Agora (mais j'avais précisé que cette intérêt allait au film dans la mesure où il reflétait la façon dont notre époque regarde son passé, rien de plus).

Je n'aime pas le thème (présent dans ce film et ailleurs) de la défense du paganisme contre le christianisme, qui procède du même réflexe que l'islamophobie et même que l'anticommunisme. J'y vois le côté bobo cool qui aime bien que les gens "ne croient pas trop à ce qu'ils croient" (les croyances soi-disant un peu sceptiques des païens philosophes leur plaisent davantage - cela dit ils se trompent complètement car les néoplatoniciens étaient tout aussi religieux que les chrétiens). En tout cas les commentaires du film dans la presse bourgeoise qui parlent des échos de l'époque contemporaine que trouve le film, sur le thème de l'intégrisme notamment, ont manifestement en tête l'équation premiers chrétiens=talibans / païens=bobos "laïques" éclairés.

Historiquement, il existe d'ailleurs un lien organique entre l'intransigeance des premiers chrétiens et la naissance de l'Islam, l'Islam étant apparu au contact des sectes chrétiennes hérétiques les plus rigoristes (judéo-chrétiens, nestoriens). L'allergie de notre époque à l'égard de tout ce qui est rigoriste ne me dit rien qui vaille. Autant la défense du paganisme était intéressante dans les années 70-80 à l'époque de Jerphagnon, le maitre d'Onfray ès-athéisme à Caen, face à une Eglise décadante mais encore stérilisante, autant aujourd'hui elle n'est plus que le porte-drapeau d'un esprit de consommation vide et intolérant. Je vous incite à nouveau à lire le Saint Paul de Badiou, voire quelques intuitions de Zizek sur paganisme et christianisme dans La Marionnette et le Nain. Des regards intéressants sur le "génie" du premier christianisme.
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Au chapitre culturel de la semaine

5 Janvier 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

D'une conversation par email l'autre, on se trouve emporté sur des thèmes qui pourraient faire l'objet de livres.
Hier "faut-il s'engager dans l'espoir de réaliser un paradis terrestre pour l'humanité ?". Aujourd'hui : "Notre vision de la sexualité peut-elle s'extraire de l'héritage catholique ?"

Mes interlocuteurs sur ce genre de sujet m'opposent des poncifs académiques vieux de 20 ou 30 ans, comme si leur pensée était figée dans la glace. Dommage que je n'aie pas le temps d'écrire plus longuement.

Petite parenthèse culturelle. Demain sort sur les écrans "Agora".



Les peplums sont souvent risibles mais ce sont des miroirs de notre époque sociologiquement intéressants. Voir comment un monde se raconte à lui même son histoire.

Ici le sujet choisi est l'intolérance des Chrétiens. On est à l'opposé des thèmes du cinéma hollywoodien traditionnel. Il popularise le personnage d'Hypathie d'Alexandrie, qui le mérite sans doute : une philosophe femme lapidée par les chrétiens, ce n'est pas mal. Charles William Mitchell lui a consacré un étrange tableau.

A part ça un ami me dit du bien d'une pièce de théatre "Le Paris de Lutécien". Mais je n'en parlerai pas ne l'ayant pas vue.
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Ceux qui cherchent à connaître

5 Janvier 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Certains jeunes cherchent à comprendre, se documenter, analyser, aborder ce qui a marché, ce qui a échoué , ce qui subsiste, sans préjugé, en se rendant sur place. Un mail reçu hier dans ma boîte le prouve :
l_nine.jpg
Bonjour,

Je suis un étudiant membre de l'UEC (union des étudiants communistes) et je m'intéresse au fonctionnement du "socialisme réel" ou du moins ce qu'il en reste. Pour cela j'aimerais prendre contact avec les organisations communiste de Transnistrie et/ou des organisations de jeunesse. Avec mes camarades nous voulions établir des liens de fraternités entre la Transnistrie et la France. Je me suis procuré ton livre et écouté ton témoignage radiophonique pour mieux connaitre ce pays et son fonctionnement.
L'année dernière j'ai voyagé en stop en Slovénie, Hongrie et Roumanie j'ai ainsi recueilli quelques témoignages historiques sur trois socialismes bien différents mais j'aurais aimé voir de façon concrète comment s'organise ce type de socialisme.
Si tu as quelques renseignements, informations, conseils à me transmettre voici mon adresse:
**@hotmail.fr
Je te remercie d'avance pour ton aide.
Fraternellement

H
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De retour de vacances

2 Janvier 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

sncf.jpgJ'ai passé 4 jours en Béarn à prendre en note les propos d'une résistante dont je veux faire un livre, et à compléter mon récit sur l'Abhazie. Le travail d'écriture est pénible. Mais au moins c'est un travail de fond. On construit. On sort d'internet qui est de la pure communication (même si, bien sûr, la communication est nécessaire).

J'ai décidé de remanier le dernier livre que les Editions du Cygne m'ont promis de publier en 2011 (ce sera mon 14 ème bouquin, l'ultime), dans un sens plus conforme à ce que je pense à 40 ans que les textes de mes 32 ans que cet ouvrage mobilise abondamment. J'écris en ce moment le livre sur l'Abkhazie (qui devrait être le 12 ème dans l'ordre chrologique de mes publications)... pour avoir le droit de publier ce 14ème, cette dernière pierre avant que je tire définitivement ma révérance et sorte du monde de l'édition. Le bouclage du livre sur l'Abkhazie dépend de ce que mes correspondantes à Soukhoumi voudront bien me dire. Tout cela est très fastidieux.

Rien de très neuf sur Internet à mon retour (j'étais déconnecté là bas). Rien à regretter. Edgar de la Lettre volée parle d'un débat Finkielkraut-Badiou dans Le Nouvel Obs. Je comprends que Badiou ne puisse pas refuser ce genre d'invitation à discuter, mais s'abaisser à parler avec Finkielkraut... même pour lui dire qu'il a tort, je ne vois pas bien l'intérêt. Ma belle soeur à Noel a tendu un bouquin à mon beau père, le livre de Badiou sur l'amour. Elle lui a dit "c'est un philosophe communiste, ça peut t'intéresser". J'ai été triste pour Badiou. Si après avoir eu l'occasion comme lui d'écrire deux ou trois best sellers, après une carrière académique hyper consacrée, quelqu'un du côté de la Rochelle ou de Chambéry disait à son père, "tiens voilà un bouquin sur l'Abkhazie écrit par l'auteur anticolonialiste dont je t'ai parlé". Ca me déplairait bigrement d'être réduit en 4 mots comme ça. Je suis triste de voir Badiou réduit en permanence par la logique de la consommation de masse. Mais à moitié triste cependant, parce que je n'ai jamais aimé la dimension "irréductible" de son oeuvre, ses sortes de "mathèmes" dont je pense comme Pascal de Descartes qu'ils sont "inutiles et incertains" (toutes proportions gardées - Badiou est presque aussi peu Descartes que je suis Pascal).

Sur le fond tout ce débat sur l'identité nationale me continue de me déplaire au plus haut point. Je passe mon temps à croiser des arabes qui se sentent obligés de me dire que l'islam c'est la tolérance, et qui sont toujours à deux doigts de devoir s'excuser de ne pas être "souchiens". Plutôt que de penser son temps à réfuter Finkielkraut et Sarkozy, il faut prouver l'exitence du mouvement en avançant. C'est à dire construire de la culture franco-arabe au nord de la méditerranée, et avancer dans le non-alignement de la France sur la logique "occidentale" sectaire. Il n'y a pas d'autre réponse valable au cynisme inepte de nos dirigeants. Et il faut faire de même aussi avec les cultures africaines, les cultures asiatiques etc.

Lundi je retrouverai Brosseville et la politique de coopération décentralisée en direction de l'Algérie que je souhaite y mener.
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Luttes de classes musicales

29 Décembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

A Soukhoumi, le 12 décembre, après le contrôle de l'élection présidentielle, les observateurs russes au restaurant le soir se sont mis à danser, puis en fin de repas à chanter. Leila qui était avec nous a dit "Les hommes dansent comme chez nous en Algérie".



A la fin les jeunes filles du bar en avaient marre des chants traditionnels et ont contre-attaqué en mettant à fond un remix russe de Heartbreak hotel de CC Catch.



Cette musique me rappelait mes 17 ans... A l'époque CC Catch pour un petit béarnais comme moi, créait une sorte de lien imaginaire avec la jeunesse d'Allemagne et de Scandinavie (je peux le dire aujourd'hui qu'un magazine suédois à grand tirage qui sortira début janvier vient de me citer longuement sur 4 pages). La connaître faisait plus chic que de citer Sandra et Modern Talking qui, tout allemands qu'ils étaient eux aussi, étaient beaucoup plus connus en France. Cela faisait partie de ces fenêtres ouvertes sur le monde, qui promettait tant de choses à notre jeunesse... Vous vous souvenez de "Cause you are young ?"


 
Les fenêtres ouvertes au monde l'étaient par des femmes... On pouvait écouter ça au coeur de vacances solitaires, vivre par procuration un futur, une découverte du monde.

Les Russes, eux, n'ont pas connu ça. A l'époque la pop music leur était interdite. A leur sujet l'Ouest chantait des chansons sur le rideau de fer ("the iron curtain") comme Nikita d'Elton John, ou Brick de Fake.


Du coup, ce sont les jeunes Russes ou les jeunes Abkhazes de 25 ans d'aujourd'hui qui considèrent l'Italo-disco ou la german disco à peine remixée comme la musique de leur génération... D'ailleurs sur la route entre Soukhoumi et Sotchi le 13 au soir dans le bus, la TV diffusait des clips vidéos d'Abba et de Boney M.

 

A Moscou le 14 décembre Jean-Louis qui est un petit bourgeois communiste sans doute élevé dans le jazz (voire, quelle horreur ! dans la musique classique) me montrait un fac-similé du Figaro. "Oui, ils ont beaucoup de fausses versions de produits occidentaux ici, dis-je. Notamment en musique les remix de popmusic".

"- Musique ? Tu veux dire le bruit qu'on entend depuis deux jours autour de nous ?"

Bon allez. Ecoutons un peu de Miko Mission pour nous consoler (le clip a été visiblement composé par un type très jeune avec des images de manga, mais dans un esprit romantique qui allait avec cette musique et notre adolescence).





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News sur Yahoo aujourd'hui

29 Décembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Oh mon Dieu ! Coralie a disparu (je ne sais pas dans quelle région) ! quelle horreur ! où peut-elle être ? que lui est il arrivé ? Oh mon Dieu ! Un Anglais a été exécuté par ces barbares de Chinois ! Oh mon Dieu on essaie encore de faire sauter nos avions aux Etats-Unis ! Oh mon Dieu ! la grippe A ! Oh mon Dieu ! on en veut à ma santé ! on en veut à l'humanité ! oh la la ! qu'est ce que j'ai peur ! Et tous ces gens avec des voiles sur la tête ! et tous ces problèmes de la planète ! oh la la ! que fait la police ? que font MM. Sarkozy et Obama ? Oh la la !

Et c'est tous les jours comme ça depuis si longtemps...

Combien de millions de gens chlorophormés par cet abrutissement collectif ?
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La pertinence de ce qu'on écrit

28 Décembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

don_quichote300.jpgDans un monde où les plus grands médias sont aussi les plus grands menteurs et où les livres qui se vendent le mieux sont souvent les plus faux et les plus ridicules, quand il n'y a plus d'autorité académique ou administrative à laquelle on puisse se fier, il devient très difficile d'apprécier la valeur de ce que soi-même on produit. On ne peut s'en remettre qu'à quelques indices intuitifs.

Par exemple quand cet après-midi Claudine Pôlet me demande très aimablement  l'autorisation de publier mon article "L'Otan à la conquête de l'Arctique" dans le bulletin trimestriel du Comité Surveillance Otan, je sais que c'est un signe que je n'ai pas travaillé pour rien, car, quoique son collectif belge soit de taille réduite, je n'ignore pas que ce sont des gens très au fait de l'actualité, et qui, depuis la guerre du Kosovo ont un regard très affuté sur la géopolitique eurasienne. Mon travail (qui en synthétisait d'autres, notamment un article de mondialisation.ca que je cite en référence) leur est utile pour avancer et ce sont des gens qui sont dans le vrai. Tant pis à la limite si les masses ne les suivent pas. Qu'au moins les éclaireurs demeurent informés.

Un autre signe du fait que mon travail suit une bonne orientation : depuis mon retour d'Abkhazie, j'essaie de faire un livre sur mon voyage là bas comme me le demande mon éditeur. Je sais que mon séjour à Soukhoumi a été un peu trop court pour faire un ouvrage complet et donc je vais compléter mon journal de voyage par une seconde partie (comme je l'avais fait sur la Transnistrie) Je vais utiliser dans cette seconde partie des échanges que j'ai à travers Facebook avec 3 femmes qui vivent en Abkhazie (1 arménienne et 2 abkhazes)
 
L'une d'elles j'ai réussi à la voir en chair et en os dans des conditions un peu rocambolesques à Soukhoumi pendant quelques minutes - elle s'appelle G.
 
Je vais interviewer les trois via Skype et enregistrer ce qu'elles diront (elles m'ont déjà dit pas mal de trucs par mail). Après, je verrai si dans cette fameuse seconde partie du livre, je restitue leurs interviews brut de décoffrage sous un titre du genre "paroles de femmes d'Abkhazie" ou si j'en fais une synthèse sous forme d'article.
 
Comme je proposais à G de l'interroger le 8 janvier prochain, voici ce qu'elle m'a répondu (ci dessous). Je trouve que les précautions qu'elle prend avant l'interview en disent long, une fois de plus sur la responsabilité que nous avons, mon éditeur en tant qu'éditeur indépendant et moi en tant qu'auteur indépendant, à l'égard de peuples qui, au terme de conflits meurtriers, ont toujours été victimes de la désinformation de la part des grands médias occidentaux (désinformation liée au manque de temps pour enquêter sur place, ou à des biais idéologiques parce que ces peuples ont la malchance de se battre contre des pays qui sont nos alliés). Dès que nous allons vers eux, nous nous trouvons dans la position d'être pratiquement les seuls "médias" occidentaux (même si nous sommes des "micro-médias") en situation d'être en prise avec un aspect du réel que les autres n'ont pas voulu voir. Je trouve que cela charge notre rôle d'une bien grave responsabilité. Nous n'avons pas le droit de décevoir ces gens que les autres médias ne veulent pas entendre.
 
"Dear F,

8 th january sounds ok. Before we start our communication there is something I'd like to tell you. You wrote to me that you are writing a artice about your trip to Abkhazia. In this connection I'd like to share my thoughts and experience in reading some articles about Abkhazia . I hope you will not be offeneded if I say that almost all western media is pro georgian, either they do not know our history and are unable to reflect the present and past situation. I do know if this is your first time in Abkhazia and what exactly you want to know from me. I will be more than happy to help you if the article you are going to wirte will be fair. If not , than , sorry I will not be of assistance.

All the best.

G"

Voilà en tout cas pour moi encore un signe que sur le dossier abkhaze je ne travaille pas pour rien, et tant pis si le livre ne se vend pas, si personne ne s'y intéresse. Il y aura eu au moins là un geste, quelque chose, qui me plaçait dans le vrai, dans un registre d'existence plus juste et plus profond que le suivi grégaire des préoccupations des lecteurs ordinaires de la grande presse

On peut en dire autant de Diana Johnstone (quels que soient mes désaccords avec elle et avec son style de militantisme) : sa "Croisade des Fous" qui est un livre d'une richesse étonnante sur la guerre de Yougoslavie restera un livre de référence. Même si le Temps des Cerises ne se donne plus la peine de l'imprimer, même si moins de 500 personnes en France l'auront lu, Diana Johnstone aura fait pour son époque oeuvre plus utile que tous les BH Lévy et tous les Finkilekraut avec leurs tonnes de bestsellers.

Je ne prétends pas du tout écrire le "Croisade des Fous" de l'Abkhazie. Ca n'aurait pas grand sens de composer un ouvrage érudit sur le sort cruel d'un petit peuple de 200 000 personnes. J'aurais presque le sentiment de m'offrir un plaisir d'entomologiste sans rapport avec l'importance réelle de ce pays pour le destin de l'humanité. Un peu comme ce linguiste qui après l'attaque géorgienne contre les Ossètes du Sud se passionna sur un mode monomaniaque pour la défense de ce peuple microscopique en leur consacrant un site hyper-documenté qui absorbait ses jours et ses nuits tout en refusant d'élargir le sujet en créant des coopérations avec des sites comme celui de l'Atlas alternatif. Parler trop des souffrances d'un pays minuscule peut constituer une insulte à celles des grands. Les Abkhazes ne méritent peut-être pas un Fools'crusade, mais un journal de voyage qui sonne juste, qui dit quelque chose de vrai sur leur histoire ancienne ou récente et sur leur vision de l'avenir, contre l'océan de désinformation que Géorgiens et Occidentaux diffusent sur eux, sur Wikipedia notamment, oui, je crois que cela en vaut la peine.
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Quelques mots d'un diplomate cubain

24 Décembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Discussion avec un diplomate cubain lundi soir. Il me disait : "J'ai été à Moscou de 1987 à 1991. J'ai vu leur système effondrer."
Moi : "L'effondrement est-il dû à la résistance des conservateurs aux réformes comme le prétend Gorbatchev ?
Lui - Non, c'est Gorbatchev qui a planifié l'effondrement de l'URSS, avec Reagan et Thatcher. D'ailleurs après ce sont les cadres du Parti, ses proches, qui ont acheté les actions des usines privatisées.
- Mais il n'y a pas eu de résistance des ouvriers pour défendre les acquis du socialisme. Des cadres de la CGT dans les années 1990 me disaient que les syndicats russes n'avaient aucun sens de la lutte des classes.
- C'est vrai. C'était un pays très fermé. Les ouvriers russes ne savaient rien de l'Occident. Ils ont donc eu un capitalisme avec une des mafias les plus dures. A Cuba on connaît bien le capitalisme. On sait que si nous laissons sombrer le système socialiste, ce n'est pas le capitalisme civilisé des Suédois que nous aurons, mais le plus dur : celui du reste des Antilles".

Sur l'ignorance des Russes à propos de l'Occident, je peux en témoigner au vu de ce que j'ai vu en Transnistrie.

Avec ce diplomate nous avons aussi parlé de la condition des Noirs, des femmes, et des homosexuels à Cuba. C'était une discussion des plus intéressantes. "Comme disait le Che, à l'impérialisme il ne faut rien lâcher, même pas un petit peu" a dit le diplomate.

Nous parlions aussi du groupe d'amitié France-Cuba à l'Assemblée nationale, ceux qui le font fonctionner, ceux qui le freinent. Le lobbying de Reporter sans frontières dans cette assemblée. Nous avons même évoqué la maladie de Fidel Castro qui naguère était secrète, mais ne l'est plus semble-t-il. Et aussi les gens de Tchernobyl soignés à La Havane : "Ca a coûté une fortune à notre système de santé. Les cancers ne se soignent pas comme des rhumes".
fidel-castro.jpg
On spécule dans mon entourage sur les chances qu'a le Venezuela de tenir face aux nouveaux assauts de l'impérialisme étatsunien, le Venezuela, et avec lui le Nicaragua, l'Equateur, la Bolivie (les élections à Caracs sont pour 2012 je crois). Déjà la gauche molle chilienne est vaincue par la droite, quid des autres pays ? L'avenir de l'Amérique latine est des plus incertains. Une nouvelle crise financière aux Etats-Unis, pourrait faire reculer encore l'oncle Sam, et, peut-être, faire basculer le Mexique à gauche (même si la gauche mexicaine est assez modérée). Les effets de domino sont possibles dans un sens comme dans l'autre.
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Ouvrage sur le métier

21 Décembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Je m'étais engagé à ne plus publier d'ouvrage, mais je dois faire une petite exception à cet engagement pendant quelques mois car j'ai deux livres de commande à terminer.

Le premier est mon journal de voyage en Abkhazie que mon éditeur veut avoir dans ses collections. Le deuxième est un livre sur une résistante de la banlieue nord de Paris, que je co-signerai avec deux autres personnes. A cela devrait s'ajouter la publication chez L'Harmattan sous mon nom d'état civil d'une petite réflexion sur la contingence de l'histoire.

Bien évidemment ne vous attendez pas à ce qu'aucun média ou site Internet en parle. Et, comme je n'ai nullement l'intention d'aller implorer les journalistes, vous n'aurez des renseignements sur ces livres que sur ce blog.mon-bureau.jpg

 

Nous réfléchissons également, toujours dans la banlieue nord de Paris, avec quelques amis, à la création d'une sorte d'association d'éducation populaire et de mobilisation contre le Zeitsgeist néocolonialiste qui domine notre monde. Tout cela se fera hors d'Internet et des réseaux éditoriaux, mais aura peut-être un plus d'ancrage dans le réel, qui sait, que ce flux de bruit, d'articles inconsistants et de paperasse en tout genre qui innonde chaque jour les ondes, les écrans, les kiosques à journaux. Si le sujet vous intéresse faites me le savoir.

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Chante-t-on encore l'Internationale en Chine ?

19 Décembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Apparemment oui...

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De retour d'Abkhazie

14 Décembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

Me voilà de retour d'Abkhazie où j'ai fait du contrôle électoral avec plusieurs dizaines d'observateurs de différentes nationalités. Je voulais vous livrer en exclusivité deux photos - une photo du petit comité restreint de journalistes (dont moi) qui avons pu interviewer le président de la République Bagapch qui a été réelu (je suis juste à côté de lui), et une photo de dessins d'enfants. Mais je garde l'exclusivité de tout ça pour mon bouquin de récit de voyage sur cet Etat autoproclamé.
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Pour vous faire une idée de ce pays, imaginez un petit territoire sous les palmiers et les eucalyptus, en partie montagneux, qui a été bombardé pendant des semaines en 1992 et où partout les maisons détruites, les fenêtres cassées, les toits défoncés seraient restés intacts parce qu'il n'y a pas d'argent et aussi parce que beaucoup de géorgiens ont abandonné leurs maisons dans cette guerre civile (un pays qui a failli connaître à nouveau ce cauchemar en 2008, car Saakachvili devait au départ l'attaquer plutôt que l'Ossétie du Sud). Une ambiance assez surréaliste. Les écoles sont tapissées de dessins d'enfants qui évoquent la guerre, les terres sont encore collectivisées car ce peuple caucasien (déjà hostile à la propriété privée avant la révolution bolchévique) refuse les investissements étrangers (même dans les banques, les services, il n'y a pas là bas d'équivalent au trust Shériff de Transnistrie).

A suivre donc...


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L'espoir

7 Décembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Jeudi prochain si tout va bien je partirai pour l'Abkhazie (mission de contrôle électoral pour la présidentielle). J'ai prévenu que je ne cautionnerai pas l'indépendance de l'Abkhazie pour autant. L'Abkhazie, une "côte d'azur en guerre" come ils disent dans Le Figaro. J'espère qu'il s'agit là de mon dernier voyage politique. Ce genre d'expédition cause beaucoup d'ennuis (l'obtention des visas, les ordres et contre ordres sur la composition des délégations) et ne sert à rien. Une ou deux personnes dont mon éditeur sont contentes que j'y aille. Mais c'est mon dernier périple de cette sorte.

De même je vais espacer mes contacts avec les intellos parisiens révolutionnaires distingués de la mouvance du Temps des Cerises qui me fatiguent aussi.

Je préfère le réel : ma commune de la banlieue nord dont je n'ai plus de droit de vous parler - devoir de réserve oblige. Savez vous ce que j'y fais ? J'y interviewe une vieille résistante communiste pour écrire un livre dessus. Et surtout : j'encourage l'émergence d'actions associatives solides dans les milieux populaires (notamment ceux d'origine immigrée - là bas on appelle ça du terme moche "les communautés"). Dans des jeux politiques locaux aussi bloqués qu'au niveau national, l'espoir véritable est là : dans la capacité des citoyens, surtout des plus jeunes, à créer des associations artistiques, sportives, des associations de coopération avec le Tiers-Monde, de soutien à la Palestine etc, de fédérer toutes ces initiatives, de les faire converger sur des bases politiques novatrices, c'est ainsi que nous aurons des peuples et des leaders à même de changer la donne.

Un lecteur de ce site m'a accusé de vouloir ratisser des voix d'immigrés au profit de la vieille classe politique. Rien n'est plus faux. Je crois que dans les communes les institutions doivent être au service de l'émancipation des consciences et non l'inverse. Quand je parle d'alliance entre petite bourgeoisie de gauche et classes populaires issues de l'immigration, je ne songe à aucune inféodation. Il faut une relève complète au système actuel paralysé.
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