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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Revue de presse

22 Août 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse

L’exercice de la revue de presse peut s’avérer intéressant à l’occasion. Il permet de commenter certaines sottises de notre époque. Ayant lu quelques journaux dans l’avion cet après-midi, j’y trouve l’inspiration pour ce bref billet.

 

Prenez Courrier international par exemple, un journal naguère lié au groupe Vivendi et dont j’ai souvent dénoncé le ton belliciste dans mes livres : je parcours p. 11 un article sur l’Ukraine qui tournent en dérision les « coups de gueule » de la Russie. Pour moi, l’article fait écho au "débat" (p. 42) sur la soi-disant responsabilité de Staline dans le déclenchement de la seconde guerre mondiale. Tous les propos antirusses sont ridicules et le plus "drôle" est que la presse bourgeoise occidentale trouve toujours un journaliste ukrainien ou russe pour les tenir (vous savez ? de ces clients de l’occident qui grenouillent aux cocktails de nos ambassades). Sur le pacte germano-soviétique, mon point de vue est grosso  celle de l’historienne Annie Lacroix-Riz (dont je n’approuve pourtant pas certains raccourcis sur la famine ukrainienne pu sur le rôle des grands patrons dans le gouvernement de la France de l’entre-deux guerre) : oui, c’est évident, le patronat occidental a fait échouer l’alliance franco-russe voulue par Louis Barthou et joué la carte « plutôt Hitler que les soviets ». Staline n’avait donc d’autre choix que de signer en pacte avec Hitler pour gagner du temps. Et il est malhonnête de voir dans ce pacte la cause de la guerre. Mais le révisionnisme le plus idéologiquement orienté est à la mode sur ce point. Il va bien avec le forcing des pays de l’Est pour criminaliser le communisme mis sur le même plan que le nazisme (mais pourquoi avons-nous accepté ces pays dans l’Union européenne ? qu’y avons-nous gagné ?). Il y avait ce matin sur Russia Today un bon reportage sur les meetings «culturels » lettons et estoniens où l’on fait l’apologie des divisions SS et où l’on crache sur les russes.

 

Je voulais aussi dire un mot de l’article du même magazine consacré à la recrudescence du mouvement naxaliste (maoïste) au Bengale occidental pourtant gouverné par les communistes. Mais j’y consacrerai peut-être un article plus tard. De même je parlerai un jour peut-être de la commune de Marinaleda en Espagne, où, nous dit Courrier international, une politique « marxiste » est appliquée qui fait l’admiration du New York Times (sic).

 

Je lis dans le Monde beaucoup de choses sur les Verts (ils séduisent le PS mais plus Taubira). Au Brésil une rivale de Lula mise sur le parti Vert de son pays (comme la Bête-en-cour naguère). Mais cette mouvance ne m’intéresse décidément pas. Très bon en revanche l’article de Mohamed Ali Al-Ahasi qui compare les sociétés iranienne, turque et égyptienne, et souligne l’occidentalisation accélérée, du point de vue de l’évolution démographique, de la première.

 

Je trouve absurde l’éviction de Tariq Ramadan de la mairie de Rotterdam à cause de son émission à la télévision officielle iranienne (rapportée par Libération). Absurde aussi toutes ces pages des médias sur Clotilde Reiss. Tout cela est absolument dépourvu de tout intérêt. Mais je suis d’accord avec M. Kouchner (pour une fois) quand il dit (dans Le  Monde) que les manifs des bourgeois iraniens contre Ahmadinejad ne sont pas dues aux actions de nos espions mais à l’attrait du capitalisme anglosaxon sur ces gens.

 

Idem les papiers sur les élections afghanes, des élections, qui, dans un pays aussi peu libre, ne légitiment rien du tout (comme en Irak).

 

 

 

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Chomsky Notebook

21 Août 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

L'ouvrage sur Chomsky dans lequel figure mon article sur Bourdieu et Chomsky vient de paraître en anglais aux Etats-Unis.


The book on Chomsky in which I wrote an article about Bourdieu and Chomsky has just been publihed in English in the USA.

Frédéric Delorca

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"Histoire philosophique et politique des deux Indes" (I)

17 Août 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Dans une démonstration sur le fait que le rationalisme des Lumières n'a rien à se reprocher quant au colonialisme, le lecteur de ce site "Etienne Diderot" a attiré mon attention sur l'ouvrage "Histoire philosophique et politique des deux Indes", best seller de la France pré-révolutionnaire (1772 pour la première édition). Je me propose de faire prochainement un petit commentaire de la version "synthétique" de cet ouvrage collectif apparemment complexe, baroque, et souvent contradictoire, telle que nous la présentent les éditions La Découverte (après un gros élagage sembe-t-il).

Avant d'en venir au contenu même du livre j'observe que le préfacier note que l'Histoire philosophique "propose des réformes pour les colonies certes - et, à cet égard, elle ne va pas plus loin que les agents les plus lucide du ministère de la Marine" (p. 10) ce qui tend à prouver que ce livre n'est pas une preuve de la non-compromission des Lumières avec le colonialisme, mais plutôt que les Lumières étaient au colonialisme ce qu'Obama est à l'impérialisme étatsunien. Au passage je remercie Gilles pour sa remarque sur les libéraux. Les libéraux européens au 19 ème siècle ont souvent développé des analyses critiques intéressantes contre l'impérialisme, parce qu'ils en détestaient le versant étatique et le trouvaient trop cher pour les finances bourgeoises. JA Hobson, Lénine et Luxembourg leur doivent beaucoup.

 

Mon commentaire très prochainement donc.

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NB : ce billet est le 500 ème depuis la naissance de ce blog

NB 2 : Une amie historiene me disait hier : "Bien évidemment que les Lumières ont favorisé le colonialisme, avec leur vision du progrès linéaire que l'homme blanc peut apporter aux 'peuples enfants', aux 'bons sauvages'. Cette influence indirecte sur le colonialisme est claire, tu n'avais même pas à t'embarquer dans un débat sur la question de savoir si Ferry se référait à Condorcet ou nom quand il colonisait l'Afrique. La responsablité de leur vision dans le processus colonial est si évidente "

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A propos du terme "résistant"

17 Août 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Mr Ramirez a eu l'excellente idée de poster en commentaire sur ce blog un lien en rapport avec la mythologie contemporaine des "résistants". Il est vrai, je l'admets, que les opposants à l'intervention de l'OTAN au Kosovo puis à la paranoïa anti-terroriste post-11 septembre se sont un peu facilement appropriés le qualificatif de "résistants" en réponse à ceux qui les qualifiaient d'hitléro-staliniens, d'islamofascistes, de rouges-verts-bruns et autres noms d'oiseaux. Moi-même j'ai créé un site en 1999 qui s'appelait "Résistance".

Nous parlions du "Nouvel ordre mondial", et de "résistance" à celui-ci. Je reconnais que ce sont des termes un peu faciles. "Nouvel ordre mondial" est un slogan que lança George Bush père au début de années 1990, ça n'a rien d'un programme politique cohérent (disons symplement qu'il s'agit d'une conception plus ou moins consciente d'un espace mondial soumis au capitalisme et au leadership occidental dominé par les USA, cette vision hante les esprits mais ce n'est pas un programme clairement défini et labellisé "Nouvel ordre mondial" comme une comodité de langage peut le laisser croire).

"Résistant" est une notion qui en France renvoie à 1940-45, mais aussi à la résistance algérienne à partir de 1956. Cette expression s'applique surtout à une résistance armée, et il est un peu exagéré de la transposer à la "cyber-résistance" qui est une position plus confortable. "Plus confortable", mais pas si confortable qu'on le croit tout de même quand on songe à quel point un activisme contre les idées grégaires d'une époque vous coupe de votre milieu professionnel, de votre famille, de vos amis, de vos possibités de trouver une place dans la société et peut conduire à la folie (j'ai beaucoup écrit sur la fragilité des "résistants" contemporains justement, une fragilité qui explique la difficulté de faire éclore une alternative crédible).

Je conserve néanmoins le terme pour faire simple. Je le préfère à "Dissident" car je ne veux rien avoir en commun avec un type comme Vaclav Havel. Mais il est clair qu'il ne faut pas prendre le mot dans le sens d'une autocongratulation à laquelle certains activistes cèdent facilement. C'est un vocable passe-partout voilà tout.

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L'université américaine

15 Août 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les Stazinis

Les étudiants du garçon que j'appelle "Boris" dans 10 ans sur la planète résistante ont monté sur Facebook un groupe de soutien à sa cause parce qu'il a été viré d'une université californienne - un peu comme Graeber de Yale il y a quelques années. Selon eux le licenciement serait dû à ses idées anarchistes.

Ses étudiants écrivent : "He is a Professor in the Sociology department, and for the last year has taught Intro. to Globalization, Social Movements, Globalization and Resistance, and a handful of independent study courses. He is being let go because there is no 'space' for him to teach, even when the most popular classes at USF-- yes, usually those examining globalization-- are over-enrolled and leave many students out. Grubacic is from the Former Yugoslavia and, as a result, has a work visa. If he's let go and cannot find other employment, he will most likely not be allowed to stay in the US."

Ma correpondante italienne qui enseigne aux Etats-Unis a eu ce commentaire :"I'm pissed when people do such things... such as being "the tormented professor from yugoslavia". This group was created by students adoring this professor. Now, American students are pretty orientalistic with foreign professors. They always treat us as the exoticized (from exotic) "other". Do you know what I’m saying? Especially in the case of this guy the fact that he is from former Yugoslavia makes him even more “sexy” to the American leftist gaze. Sorry perhaps I’m not clear but these things drive me insane. It’s the totalitarianism of politically correctness. Like the University of Wisconsin where I wasn’t Jewish enough (*), lesbian enough, war refugee enough to get funding… "

J'ai trouvé cet avis très instructif.

Au fait je viens de créer un groupe autour du livre "10 ans"...

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(*) (Je précise que cette phrase n'est pas antisémite son auteure étant elle-même d'origine sépharade, mais non pratiquante)
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Cuba, les mots et les treillis

14 Août 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Je lisais hier le compte rendu de "Diadore Cronos", grand lecteur du blog d'Edgar (et un peu moins du présent blog) sur son voyage à Cuba avec les jeunesses du PCF. J'ai bien ri à la lecture de son passage sur les chansons de stals dans le groupe de voyage (toujours intéressant de parler de ses camarades d'excursions, je l'ai fait sur la Transnistrie, c'est une note d'ambiance importante). Très bonne son approche critique du point de vue du quidam dans la rue qui essaie de rouler le visiteur dans la farine.

Diadore Cronos est un communiste souverainiste. Et pourtant il s'étonne que les Cubains aiment les treillis. Ca me rappelle cette nana du cercle bolivarien de Paris qui refusait d'inviter son réseau à se rendre à une réunion de solidarité avec la Palestine organisée par l'espace Ishtar parce qu'il y avait une kalachnikov sur l'affiche.

Chers lecteurs qui avez tous acheté mon Programme pour une gauche française décomplexée, vous savez mieux que quiconque que si l'on veut un virage à gauche, et se défaire de notre dépendance à l'égard du capitalisme globalisé, il faut vouloir avoir une armée forte. On ne peut pas éviter cela. Comme disait un vieil adjudant chef ardéchois des Troupes de Marine pendant mon service militaire (un gars qui élevait des abeilles dans son patelin natal) : "L'armée est un mal nécessaire".

 

"Cuba hurts" (Eduardo Galeano), parce que c'est un pays communiste too old fashioned, attaché à l'Etat, aux bruits de bottes, aux valeurs viriles (combien de fois entend-on condamner Cuba à cause de sa législation sur l'homosexualité - en omettant de remarquer qu'elle est la même ailleurs en Amérique latine ?).

Je dialogue en ce moment avec une enseignante communiste d'une université de la Côte Est étatsunienne. Une Italienne née en Sicile (beaucoup d'échanges avec des Italiennes sur Facebook cette année, l'attractivité de la gauche française sur ce qu'il reste des résistants de cette péninsule), avec toutes les caractéristiques de la fille méridionale, une fille intéressante (j'apprends beaucoup de choses avec elle), et très "gender studies" alors qu'elle était communiste dans son adolescence. Quand elle cherche à me flinguer, ce n'est pas avec une  kalachnikov comme à Cuba, mais avec les mots de la political correctness : ceux de la mise en accusation du représentant du vieil "ordre patriarcal' que je suis censé être par certaines de mes prises de position.

Quelle arme est la meilleure dans le combat politique ? Les partisans de la mise en accusation par les mots ont eu leurs heures de gloire pendant la guerre d'Irak contre les défenseurs du treillis qui appelaient à soutenir la résistance armée irakienne. On s'enflammait dans les campus américains avec des mots, et l'on voulait traîner Bush devant la justice internationale. Les mots n'ont rien donné, sauf l'élection d'Obama, c'est-à-dire de l'impérialisme relooké dans un gant de velours. Bush n'est pas en prison, et les Américains sont encore en Irak.

Les treillis cubain posent la question du réalisme en politique, une question que la gauche ferait bien de considérer attentivement.

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Orania et la condition des petits blancs

12 Août 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Je voyais hier un reportage télévisé sur une communauté d'Afrikaneer en Afrique du Sud qui refuse le mélange avec les Noirs : Orania. J'avoue que son existence m'avait échappé, à ma grande honte car des médias, de gauche notamment comme L'Humanité, s'y sont intéressés. Participent à cette communauté pas mal de gens qui se sont sentis victimes de comportements de la majorité noire (le reportage parlait d'un type dont la femme et le fils ont été tués par des Noirs). On sait que les violences anti-Afrikaneer sont fréquentes dans ce pays - voir l'oeuvre de Coetzee à ce sujet. Les Afrikaneer ont gardé le pouvoir économique et paient ce privilège en subissant des violences.

Orania est intéressante, comme tous les mouvements de petits blancs (comme, aussi, les colonies sionistes en Cisjordanie) parce qu'à la fois elle s'oppose au mélange racial ("nous sommes tous blancs parce que tous les Afrikaneers sont blancs et que nous voulons rester entre Afrikaneers, il y a des tas de communautés noires similaires à Orania et personne n'y trouve à redire" disait un Blanc dans le reportage), et, en même temps, elle justifie sa légitimité par un refus de l'exploitation de l'homme par l'homme (on peut peut-être parler d'une refondation "socialiste" de l'identité afrikaneer) et un retour aux valeurs fondatrices des Boers : le travail de chacun, le dévouement à la collectivité. Le sionisme aussi fut un projet à la fois raciste et socialiste. Les Afrikaneer d'Orania affirment avec force que l'Apartheid fut une erreur parce qu'il exploitait sur un mode colonialiste les Noirs. Eux ne veulent plus tirer leur richesse que d'eux-mêmes. Ils ont une légitimité historique à tenir ce discours, car on ne peut oublier qu'ils sont la seule communauté blanche d'Afrique à pouvoir revendiquer une occupation des terres aussi ancienne que les Bantous, et à avoir souffert du colonialisme (anglais) autant que les Noirs.

Humainement on ne peut pas traiter par le mépris ou la haine le sort de ces petits-blancs, même si leur choix est évidemment contraire à l'idéal universaliste de bon entente interculturelle qu'il faut favoriser au niveau international. C'est comme au Kosovo, en Bosnie : quand les gens ne peuvent plus vivre ensemble, quand leurs souffrances sont grandes pour cela, on ne peut pas d'emblée les considérer avec des idées toutes faites.

 

Le choix des Afrikaneer d'Orania pose la question du sort de ce petit prolétariat de culture occidentale qui peut être aussi bien socialiste que d'extrême-droite, et dont le programme de choc des civilisations conçu par les élites peut facilement instrumentaliser le rôle. Que faire d'eux ? que leur dire ? Je discutais encore il y a peu avec une responsable arabe d'un mouvement d'immigrés qui me disait : "Nous devons aussi nous occuper du chauffeur d'autobus ou du contrôleur de train pris à partie par des Arabes ou des Noirs qui le traitent de raciste parce qu'il veut vérifier leur ticket, parce que celui-là personne ne l'aidera, et certainement pas les tenants du discours universaliste des beaux quartiers". Elle n'a pas dit "le petit-blanc qui conduit l'autobus", mais c'est bien ce que cela voulait dire. Qui cherche des réponses aux questions que pose sa situation ?


FD

PS : à part ça, puisque tout le monde s'excite autour de Clothilde Reiss comme naguère autour de Bête-en-cour, plutôt que pour faire libérer Salah Hamouri citoyen français prisonnier à Jérusalem, une petite chanson en souvenir des victimes de nos alliés.



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Sexe et impérialisme : le cas moldave

12 Août 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Un papier intéressant dans le Times on line à propos de la Moldavie sous la plume  de Tony Halpin le 10 août :

"Il se peut que la chute du dernier régime communiste d'Europe en Moldavie soit le triomphe des urnes, mais il représente aussi un nouveau succès de la théorie des jolies filles dans les révolutions.

Cette théorie, que je tiens d'un ami arménien, affirme que les soulèvements populaires ont une chance de réussir si dans un pays les filles les plus jolies descendent dan la rue.

L'idée est que même les jeunes hommes les plus indifférents sur le plan politique veulent aller où se rendent les jeunes filles et cela crée une masse critique dans les manifestations pour provoquer une perte de confiance dans la capacité d'un régime à faire prévaloir son point de vue. Pour paraphraser Marx, les jeunes hommes sentent qu'ils n'ont rien à perdre sauf leur virginité (...) Les élections en Moldavie ont été le remake des élections d'avril qui ont poussé 10 000 manifestants dans les rues contre les communistes au pouvoir  Les organisateurs du premier jour de manifestations pacifiques incluaient Natalia Morar, qui a répandu sur les websites de création de réseaux le mot d'ordre de défense de la démocratie. Natalia est jeune et indéniablement attirante, mais elle expose aussi les imites de cette théorie. La beauté seule ne suffit pas - il faut aussi un cerveau, de l'engagement et du courage. Natalia a pris des risques personnels pour défir le régime ".


L'article insiste aussi sur le sex appeal de Tymoshenko dans la révolution orange ukrainienne et sur la beauté des jeunes femmes géorgiennes derrière Saakachvili.

Cette théorie du sex appeal des révolutions colorées peut s'insérer dans des remarques plus générales déjà faites selon laquelle ces phénomènes marketing sont composés comme pour les ventes de voitures ou de yaourts. Il s'agit de mettre les images de la jeunesse et du plaisir du côté de la contestation tandis que les images de la vieillesse et de la mort se projètent par effet de contraste sur les défenseurs des institutions. Le roman "La Révolution des Montagnes" parodie d'ailleurs ces effets d'image en politique.

Aux dernières élections du 29 juillet, le PC moldave a perdu la majorité absolue des sièges qu'il avait gagnée en avril. Mais en obtient quand même 48 sur 101, avec 44,69 % des voix. La "révolution twitter" comme les autres révolutions pro-occidentales a eu ses limites.
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Facebook und Zeit

12 Août 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Sur le q numéro 8 de la g de C en A hier, m rév a s d'une n d s, je lus ceci sur mon téléphone portable dans mes mails reçus sur Facebook :

"Bonjour, Nous ne sous connaissons pas mais vous devez vous rappeller de ma grande soeur avec qui vous étiez en classe de terminale à Louis Barthou : Sophie R.
Lorsqu'elle m'a surprise un soir sur Facebook, elle m'a demandé de faire la recherche de 2 ou 3 noms. Vous étiez le premier et elle avait l'air tellement émue d'avoir quelques nouvelles que face à son refus de créer son profil pour vous contacter, j'ai décidé de faire le lien secrètement.
Certaine qu'elle ne m'en voudra pas, je viens ici vous communiquer son adresse e-mail perso :
sophie-@-.fr
Voili voilou.
Bonnes retrouvailles !"


Etrange coïncidence. J'étais venu chercher en vain à C des voies de bifurcation dans mon exploration de l'avenir et me trouvais au petit matin rattrappé par un passé très lointain. Cette fille moi aussi j'avais recherché son nom une ou deux fois, ici ou là sur Internet. Comme elle j'avais cédé à la tentation du "retour vers le passé" que les nouveaux sites de rencontres offrent aux quadragénaires de notre génération. Nous avions été proches l'un de l'autre au lycée, sans pour autant "sortir ensemble", ce qui explique peut-être que je fusse démeuré haut placé dans son estime. J'avais, un jour, à son insu, placé dans un coffret un de ses longs cheveux blonds tombés subrepticements sur mon blouson. On a à dix-sept ans de ces délicatesses fétichistes que l'on perd par la suite.

Ce qui m'a surpris dans ce mail c'est le "tellement émue". Figure de style imposée comme le vocabulaire conventionnel de la République des Pyrénées quand elle rend compte d'une fête villageoise ("un feu d'artifice a clôturé comme il se doit les joyeuses agapes"), expression d'un fraîcheur affective gasconne dont nous avons perdu le goût au nord de la Loire ? Quelle est le statut de l'émotion provoquée par le surgissement du passé dans le présent, du mort dans le vif ? Il y a plus, pour nous, que ces retrouvailles d'anciens camarades de régiment sur le quai d'une gare qui étaient le lot occasionnel des générations antérieures. Facebook promet aujourd'hui à tout un chacun de "ne plus jamais quitter" les êtres qui ont croisé son horizon. Pour les jeunes générations, cela signifie que les ruptures n'auront lieu que pour autant qu'ils cliqueront sur "remove from friends", encore cette action n'est-elle jamais irréversible. Pour le reste pendant toute leur existence, où qu'ils soient, toutes leurs rencontres resteront dans leur horizon à portée de clic de souris comme dans un grand supermarché virtuel. Il n'y aura même plus l' "émotion" de cet effet "retrouvailles".

Pour nous demeure encore cette sensation étrange, étourdissante, qui, à la différence de la rencontre occasionnelle du camarade de régiment, se double d'un effet "on ne se quitte plus".

Sauf que la retrouvaille enjambe un vide de vingt années. Un vide durant lequel les visages se sont ridés, les accents ont changé, et des tas de choses se sont passées qui ne font qu'accuser un triste constat : le temps n'a épargné personne, et tout meurt inexorablement en nous et hors de nous, trop de choses déjà sont mortes. Quand la fille évoque dans son mail le "refus de créer son profil", elle désigne peut-être un saint effroi, confus, plus ou moins inconscient, devant le risque d'affronter la conscience de cette mort qu'implique toute retrouvaille, autant que l'effet "on ne se quitte plus dans le supermarché virtuel" que propose la technologie. Pauvre humanité. Et pauvre génération, la mienne, génération de transition qui cumule à la fois, à de nombreuses occasions, les dures prises de conscience des vingt ans de séparation avec les gens retrouvés sur Internet, et l'entrée dans une vie où le "on ne se quitte plus" qui sera la règle dorénavant. Les plus jeunes, eux, n'auront que le second effet. Leur conscience du temps qui passe s'en trouvera peut-être altérée. En même temps, on voit à quel prix sera pour eux le déni du temps qui passe : virtualisation de tous les rapports, conservation des traces des rencontres dans les fichiers comme si la vie n'était qu'une longue séquence d'archivage - nous sommes tous des stocks de données, et nous ne sommes que ça. Un déni du temps aux inconvénients aussi lourds que les liftings. Chassez le tragique, il revient au galop.

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La question germanique

9 Août 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

En tant qu'adepte de l'histoire longue à la Braudel, je ne puis m'empêcher de m'interroger sur le devenir de cette bizarrerie européenne qu'est la question germanique. Bizarrerie depuis l'Antiquité que ce peuple des côtes de la Baltique qui s'est déversé sur l'Europe, tenant en échec Rome ("Varus rends moi mes légions !"), l'envahissant même, occupant au coeur du continent un espace que personne n'a jamais vraiment su délimiter, et influençant tant de peuples.

Je suis sensible à ce qui a fait la singularité française au Bas-Moyen-Age de se construire contre cette entité germanique aux contours mouvants. Mais quelle que soit mon admiration pour l'expérience française, je ne puis que blâmer notre tradition qui sans cesse minimise l'ampleur de l'apport germanique à la culture de notre continent (une tradition néfaste qui fit perdre à la France la bataille culturelle dès le 19 ème siècle face au romantisme rhénan).

Des pays méridionaux comme l'Espagne en sont beaucoup plus conscients, pour ne pas parler de l'Italie dont la moitié nord est infiniment marquée par la culture allemande catholique méridionale, celle de Bavière et d'Autriche (je pense à une aostienne que j'ai connue et qui était folle de Falco qui est, à mon avis, dans le bouillon postmoderne commercial la trace la plus vivace et la plus nostalgique de la cacanie habsbourgeoise).

La grandeur de la philosophie française des années 1960 à 1990 a été de s'obstiner à étudier sérieusement l'héritage culturel allemand au moment même où les Etats-Unis s'évertuaient à le dissoudre dans le Coca. Aujourd'hui la philosophie française est à l'heure anglo-saxonne, mise au pas en quelque sorte, et l'Allemagne n'est plus qu'un pays de grabataires. La question germanique en est-elle réglée pour autant ?

Qu'y a t il à sauver de l'Allemagne dans l'intérêt de l'Europe ? Question complexe, à supposer qu'elle soit légitime. Je sais infiniment gré aux Anglo-saxons pour le rationalisme pragmatique qu'ils apportèrent à notre temps. Mais cet apport a ses limites. L'héritage allemand n'est-il que divagations mystiques (dont le nazisme fut l'omega) ? Habermas n'a pas répondu à cette question. En faisant émerger une "autre Allemagne" que celle du romantisme obscurantiste, celle de Kant et de Goethe, c'est surtout la France et l'Angleterre qu'il mettait en valeur. Quelle est l' "autre Allemagne authentique" qui peut vraiment apporter quelque chose à l'Europe ? celle des squats anarchistes de Berlin ? Celle qui rêve encore de la République Démocratique Allemande (la majorité des habitants des Länder de l'Est selon un sondage récent) ?
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Délires européens

9 Août 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Je lis le Journal de Joseph Goebbels. Il faut lire ses ennemis toujours. Je lis Goebbels aujourd'hui, comme j'ai lu les néoconservateurs étatsuniens naguère. Je le lis dans le désordre, tantôt l'année 1942, tantôt 1923. J'essaie de comprendre comment il fonctionne, comme je l'ai fait avec Céline jadis.

Les ennemis n'ont jamais tort sur tout. Personne n'a jamais tort sur tout. Le grand tort des nazis, comme de beaucoup de courants idéologiques, ce fut leur religiosité. Celle des nazis se cristallisait dans leur antisémitisme obsessionnel odieux, leur romantisme décalé qui les rendait nihiliste. Pourtant au milieu de ces délires certaines de leurs analyses étaient lucides, sur le capitalisme anglosaxon par exemple, sur la rouerie de Roosevelt etc. C'est précisément parce qu'ils savaient par intervalle toucher justement le réel qu'ils ont pu entrainer les masses allemandes sur leur chemin. Contrairement à ce que prétendait Védrine à propos des Serbes, il n'y a pas de "peuple envoûté". Juste des peuples qui font des choix dans l'obscurité. Les philosophes ne sont pas mieux placés de ce point de vue là. Je suis frappé d'ailleurs par l'intérêt de Goebbels pour l'opinion des gens de la rue en pleine guerre. Le régime nazi était aussi à l'écoute de sa base, semble-t-il. Par ailleurs ce régime portait en lui, à côté de ses délires, non seulement des éléments de réalisme, mais aussi des traits culturels allemands et européens très profonds (je désapprouve Jankélévitch qui les trouvait seulement allemands). Tout en refusant toute téléologie, on doit admettre que la culture européenne portait le nazisme en germe, comme elle portait beaucoup d'autres possibilités (et heureusement des meilleures).

Tout cela nous renvoie à Nietzsche. Il y a beaucoup de nietzschéisme (même si c'est un nietzschéisme tronqué) dans Goebbels (notamment dans son admiration pour Dostoïevski) comme il y avait beaucoup du romantisme européen dans Nietzsche (un romantisme en lutte contre lui-même, ce qui le rendait plus subtil).

Je me demande si l'éradication de cet héritage et son remplacement par la culture Coca Cola était la bonne façon d'arracher l'Europe à ses folies. Pour tout dire je ne le pense pas. A la pathologie nazie qui prétendait synthétiser le meilleur de la culture européenne a succédé la barbarie de la Mac Donaldisation qui au demeurant à l'égard du Tiers-monde n'est pas moins meurtrière que le nazisme. Le pharmakon des erreurs de la culture européenne reste à chercher. Je ne crois pas non plus qu'il soit dans le scepticisme libertaire qui a grandi lui aussi à l'ombre de Nietzsche dans l'université française avant de se muer en scepticisme de combat puritain dans la political correctness des universités étatsuniennes. Le vrai remède est à rechercher ailleurs. Dans le rationalisme optimiste du Siècle des Lumières ? Rationalisme meutrier lui aussi. Ce serait supposer que la réaction romantique fut la cause de tous les maux... Si seulement c'était si simple !
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Fréquentation du blog

8 Août 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

Malgré mon absence pendant plus d'une semaine, la fréquentation de ce blog est restée stable. Un coup d'oeil aux mots clés donne une idée des sujets qui drainent les visites vers ses pages : l'univers de l'anti-impérialisme et de l'engagement politique (mots clés "michel collon" "blog anti guerre"), l'érotisme ("libertin" "blog hardeuse"),  le Béarn ("livre sur les origines du bearn", "origine des béarnais", "gascons"). Mais la recherche par mot clé "delorca" est quand même celle qui mène le plus souvent à ce blog.

Je reviens du Sud-Ouest un peu déçu. Les libraires palois (notamment Tonnet) n'ont rien à foutre du fait qu'il existe un roman qui se passe dans leur ville. Ils n'en prennent pas en stock. L'Espace Leclerc de Pau invite Beigbeder (un enfant du pays aussi, du moins par son grand père) et boycotte La Révolution des Montagnes. Une amie italienne m'a dit de ne pas laisser tomber, de me battre pour que ce roman soit connu, sans quoi c'est comme si je pensais qu'il ne le méritait pas. Je sais que beaucoup d'auteurs se bougent plus que moi pour la diffusion de leurs livres. Mais je ne crois pas qu'il faille se muer en vendeur. Peu importe après tout qui lit et qui ne lit pas. Je poste quand même ici un petite vidéo pyrénéenne... en souvenir de cette semaine de villégiature.

A part ça, j'ai appris hier la mort du philosophe Francis Jeanson, fondateur d'un célèbre réseau de soutien aux combattants du FLN pendant la guerre d'Algérie, le samedi 1er août, dans une clinique d'Arès, en bordure du bassin d'Arcachon (Gironde), sa région natale. Aux grands hommes l'humanité reconnaissante.



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Territorialité

28 Juillet 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Encore de bonnes remarques de Mélenchon sur la SNCF leurs hotline stupides, leurs services de rensignements injoignables, toute cette "déterritorialisation" du service public (bientôt il faudra appeler une plateforme off-shore basée dans l'océan indien pour connaître les horaires du Nîmes-Alès, peut-être est-ce d'ailleurs déjà le cas d'ailleurs). Cela fait penser à Michéa. On ne veut plus de structures territoriales, tout doit être déraciné, "déterritorialisé", les gens, les services publics qui les font vivre ensemble. Je parlais hier avec un garçon qui travaille à la modernisation des chambres de commerce. Idem, ça ennuie tout le monde maintenant qu'il y ait pratiquement une chambre par arrondissement "c'est irrationnel, ça fait doublon, c'est de l'argent gaspillé". Idem le sous-préfecture, les tribunaux d'instance, les hôpitaux tout ce maillage étatique et paraétatique, on n'en veut plus.

Evidemment quand 80 % de la population habite une grande ville et peut se retrouver à Rio de Janeiro en moins de 10 heures, ou passer une commande de presse-purée à Tokyo en un clic, pourquoi entretenir des employés de la chambre de commerce ou une sous-préfecture à 30 kilomètres dans la cambrousse ?

Evidemment... Sauf que le déni du territoire devient le déni de l'humain. C'est un eu comme ces gens qui se présentent en rang d'oignon sur Facebook, dans des listes de visages, parfois des listes de croupes, hors de l'espace, hors du temps, sans contexte. Ils sont parfois des dizaines à porter le même nom, à tenter vainement de se distinguer les uns des autres par leurs goûts culinaires ou musicaux. On dirait un alignement de tombes dans un cimetière.

On ne peut pas y couper, le vivre ensemble passe par des espaces, même quand les distances sont réduites. Refaire l'apprentissage des chemins à parcourir pour se voir, des répartitions de sol, entre individus, entre groupes. On ne peut pas tout virtualiser.
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Les jeux de pouvoir en Transnistrie

28 Juillet 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie

Tout le monde s'intéresse à la Transnistrie en ce moment : deux français qui s'y rendent pour un documentaire, un journal luxembourgeois, la revue Ulysse...

Cela me conduit à retravailler un peu sur les luttes de pouvoir au sommet du petit appareil d'Etat de ce microcosme. Force est de constater que personne n'y voit très clair. Yevgenyi Shevchuk, chef de l'opposition, a démissionné de son poste de président du Soviet Suprême transnistrien le 8 juillet à cause de ses "désaccords profonds" avec l'homme fort de Transnistrie, I. Smirnov. Un collaborateur des services diplomatique à Chisinau dit qu'il aurait voulu protéger Shériff... Le clan Renouveau contre le clan Smirnov, pour qui, pour quoi, on ne sait jamais trop...

 

FD

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Une hardeuse dissidente

23 Juillet 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Voilà qui manquait à mon expérience : j'ai contacté ce matin une hardeuse rencontrée par Facebook. Nous avons parlé un peu au téléphone. Son profil m'intéressait parce que non contente de faire du hard, elle se dit d' "extrême gauche" et engagée contre la religion (comme vous le savez, si politiquement je soutiens le dialogue avec les religions dans les sociétés postcoloniales, notamment l'Islam, philosophiquement je suis athée). A y regarder d'un peu près, c'est une hardeuse un peu "hors circuit", même si elle a fait pas mal de plateaux TV.

Elle vit dans le Sud, elle s'est fachée avec le milieu (j'ai même trouvé une émission d'elle où elle mettait en cause les "parties privées" organisées par une revue centrale dans la profession, une pratique dont j'ignorais l'existence - quand quelqu'un en vient à révéler les travers d'une institution clef de son métier professionnelle, c'est qu'il est sur la voie d'une dissidence réelle).

Les personnes qui ont une sensualité débordante et qui se sentent obligées de mettre en scène cette sensualité soit en choisissant de tourner des films X soit en s'affichant comme des libertines sur Facebook (beaucoup me contactent à cause de mes écrits sur le sujet) m'intéressent. Surtout lorsqu'il s'agit de femmes, parce qu'il leur faut tout un cheminement personnel pour en arriver là, tout un jeu avec des censures sociales de tous ordres. Ce genre de personne est assez énigmatique. On ne sait jamais si elles doivent leur intérêt pour le corps à un surplus de vie et de dispositions procréatives innées (notamment à travers un surplus d'oestrogène), à leur beauté physique (mais la beauté physique reflète souvent un excès d'oestrogènes chez les femmes) ou d'un parcours familial et social chaotique (mais cela aussi est lié à la biologie, car un corps trop attrayant soumet précocément à la fois aux tentatives de séduction des hommes, à la censure des parents, à la jalousie des femmes moins belles, et à toutes les tentations qui éloignent du succès scolaire : ce qui voue ce genre de femme à être profondément méprisée des intellectuels, et, du coup, absentes de la culture officielle et caricaturées par elle).

J'ai trouvé cette jeune hardeuse assez attendrissante. Originaire d'Ile de France, elle s'est montrée terriblement sévère à l'encontre du Sud-Ouest, mettant en cause en particulier le racisme qui y est répandu (elle m'a dit notamment qu'on la prenait pour une Arabe ce qui lui valait des malheurs). Vous reconnaîtrez là sans doute le propos d'une de mes lectrices d'orgine berbère, reproduit dans un article de novembre dernier. A l'époque un apparatchik de l'occitanisme (je puis maintenant le critiquer vu qu'il n'a pas tenu sa promesse à mon égard de commenter mon roman ! - je plaisante, bien sûr) avait été choqué par la virulence du propos. Mais force est ici de constater que les témoignages à charge sur le racisme du Sud-Ouest se multiplient (j'en ai reçu d'autres par ailleurs).

Cette dame était un peu excessive dans ses jugements ce matin au téléphone, proclamant même que son département votait beaucoup pour le Front national (ce qui est faux quand on regarde les résultats électoraux). Son décalage avec la région dont elle respire le bon air faisait presque mal. Elle la voyait encore engluée dans un catholicisme qu'elle déteste. Elle disait souffrir du vide culturel de cet endroit, et retourner à Paris "pour y chercher des livres".

Car à l'origine elle est une enfant du Sud de Paris (je voudrais un jour écrire sur ce Paris "ordinaire" et sa banlieue, nord ou sud, "ordinaire", la mémoire qu'ils portent et que la culture officielle néglige au profit du Paris des boutiques de luxe et des grandes écoles).

C'était très beau ce besoin de cette fille qui fait carrière avec son corps de se présenter comme "en manque de lire" (peut-être parce que je lui ai parlé "en tant que sociologue", mais pas seulement je crois, à mon avis le manque en elle est sincère). Belle est sa dissidence entre un héritage religieux qu'elle exècre et un business pornographique où elle s'est sentie mal à l'aise. Elle mène son combat presque adossée à son mari qu'elle cite très souvent (source de réflexion pour les gender studies : ce besoin d'être soutenue par un homme dans la bataille). Je l'ai trouvée un peu moins caricaturale que certaines filles investies dans le porno "alternatif", underground, anarchiste, qui sont souvent liées à des milieux un peu intellos (je pense à une sociologue espagnole lesbienne née dans la vieille Castille conservatrice qui cite Foucault à tout bout de champ, défend une sorte de porno punk, et a fait parler d'elle par son apologie de la libre consommation de testotérone - son nom m'échappe ce soir). Moins caricaturale que ces filles là, elle m'a semblée aussi plus seule. Je trouve significatif que le petit blog qu'elle a créé sur l'athéisme ne cite aucune autre association de cette mouvance. Je lui ai parlé du livre de Dawkins 'Pour en finir avec Dieu" qu'elle ne connaissait pas. Par rapport à l'athéisme aussi, au milieu des militants anti-Dieu, c'est une outsideuse.

Tous ces traits d'appartenance à une périphérie, à une zone non identifiable du point de vue de la culture officielle m'intéressent. Cela donne envie de les explorer. Les lecteurs de mon roman auront trouvé dans la description que je fais de cette personne des traits de l'héroïne de mon roman "La révolution des montagnes", mais c'est purement fortuit. J'espère pouvoir poursuivre mes échanges de vue avec elle indépendamment de cette coïncidence.
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