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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

"Les barbares à nos portes" - Des nouvelles de Seine-Saint-Denis

22 Juillet 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Pour ceux qui s'intéressent aux rapports entre les bobos et les classes issues de l'immigration de notre ex-empire colonial, je signale la polémique à Bagnolet (ville communiste de la région parisienne) entre la cellule naissante "Les Indigènes de la République"(PIR), et les verts de gris (écolos) qui, depuis longtemps, se veulent dans cette ville les gardiens du temple de l'orthodoxie impérialiste occidentale (dans l'espoir de faire tomber la ville dans leur escarcarcelle comme à Montreuil). Le dossier sur cette polémique est accessible en cliquant sur ce lien.

Quelqu'un m'expliquait tantôt qu'il existe une véritable phobie du réveil politique des enfants de l'immigration postcoloniale à Bagnolet. Une procession en blanc de musulmans à l'occasion de funérailles aurait été très mal perçue dans cette commune. Lors d'un récent conseil municipal bagnoletais qui s'était réuni pour voter une résolution de solidarité avec la "révolution verte" iranienne (comme à Paris), des militants du PIR auraient été apporter la contradiction aux tenants du soutien à Moussavi. Résultat : trois conseillers municipaux arabes se seraient abstenus. Comme mes sources à ce sujet sont indirectes, je suis preneur de tout témoignage pouvant corroborer ou infirmer cette info. Mais si elle se confirme, il y a tout lieu de regretter que seuls des immigrés ou fils d'immigrés aient pu être sensibles au thème de la non-ingérence, alors que les autres élus votaient dans le sens des donneurs de leçons. On m'a expliqué aussi qu'un des arguments du PIR fut que cette motion était proposée alors que rien de tel ne fut fait pour Gaza, ce qui m'étonne un peu connaissant l'activisme de Marc Everbecq sur la Palestine (activisme qui lui a valu aussi maints ennuis avec les écologistes). A vérifier.

Pour reparler d'un mot de la crise iranienne, ma position reste la même : pour la non-ingérence la plus scrupuleuse de l'Occident dans les affaires internes de ce pays. Je n'ai pas de sympathie pour la république islamique, je n'en éprouve pas pour le conservatisme religieux de son président. Je prends acte du fait que les classes populaires le soutiennent alors que la bourgeoisie et Rafsandjani soutiennent Moussavi. Je prends acte aussi de son rôle anti-impérialiste en Palestine et dans le tiers-monde, et je pense que si les classes populaires iraniennes et celles du tiers monde n'ont pas grand chose à gagner à son maintien au pouvoir, elles en ont encore moins à espérer de la victoire de Moussavi. En tout état de cause l'Occcident (qui est déjà coupable de tant d'entraves à la souveraineté du peuple iranien) n'a rien à dire sur les affaires intérieures de ce pays, et les forces progressistes feraient mieux de se mobiliser pour le Honduras où l'ingérence occidentale engendre une nouvelle dictablanda.

J'ai lu beaucoup de choses ces derniers temps : de la pétition fumeuse qui réunit aussi bien Chomsky que Redeker, à la position très anti-république islamique (c'est étonnant) du député arabe israélien Azmi Bishara en passant par un article analytique intéressant d'antiwar.com sur le déplacement des luttes de pouvoirs iranienne depuis la rue jusqu'aux organes institutionnels de ce régime complexe. Un bon sujet d'étude pour les amateurs de science politique.
FD

PS : Collon dans une intervention en août 2009 du fait remarquer pour le regretter qu'à la manifestation de soutien à Gaza du 31 décembre dernier à Bruxelles il n'y ait eu que des Arabes, ce qui rejoint mon regret concernant le vote du conseil municipal de Bagnolet.

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Le livre "Transnistrie" sur Parutions.com

15 Juillet 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie

Voici le commentaire que Parutions.com vient de faire de mon livre... / http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=6&srid=63&ida=11156

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En avril 2007, Frédéric Delorca reçoit un courriel l’invitant ainsi que d’autres destinataires de ce courrier d’un ami, enseignant de l’Institut national des langues et civilisations orientales, spécialiste de la Pologne, à visiter la Transnistrie l’été suivant lors d’un voyage collectif d’intellectuels anti-impérialistes. Curieux de nature et amusé par la perspective d’aventures improbables dans l’ex-Union soviétique, désireux aussi de s’informer sur place et par lui-même de l’état des sociétés est-européennes, notre sociologue-politologue de gauche, quadragénaire militant à ses heures, romancier depuis lors, décide de s’embarquer pour une destination qui n’a rien de ce qui fait un produit-phare de l’été auprès du public du tourisme de masse. Voilà qui nous vaut un récit de voyage un peu dépaysant, pleins de remarques intéressantes en tous genres et de surcroît bien écrit.

La Transnistrie, il n’est peut-être pas inutile de le rappeler, est une région coincée entre l’Ukraine (à l’Est) et la Moldavie : faisant sécession de cette dernière, la Transnistrie est une république… autoproclamée. État atypique en ce qu’il a rétabli (ou gardé) ses structures soviétiques (moins le parti unique!) : kolkhozes, soviet suprême et emblèmes de l’époque communiste ! Une des raisons de ce voyage est justement de comprendre les raisons de ce phénomène curieux, à l’âge de la mondialisation capitaliste généralisée : la résurrection d’un modèle enterré, la formation d’un État aux références désuètes et de surcroît dénoncées par mass media et doxa universitaire. Les Transnistriens sont-ils fous ? La presse et les télévisions présentent d’ailleurs ce pays comme une résurgence inquiétante du totalitarisme qu’on croyait liquidé en Europe, voire des heures sombres du stalinisme !

Une autre raison à ce voyage est l’intérêt de Delorca pour le phénomène régionaliste et les tendances sécessionnistes que la mondialisation – les géopoliticiens le savent – encourage par sa logique triple d’internationalisation économique et de libre-échange, de valorisation différenciée et hyper-sélective des espaces utiles (au détriment des «autres» devenant «périphéries» voire «marges» en déclin ou en déshérence) et de remise en cause des États et des nations qui font figures d’héritages historiques embarrassants et de freins au progrès : ces promesses alléchantes de développement autocentré rapide pour qui possède les bonnes cartes dans son jeu sont de vrais «pousse-au-sécessionnisme» pour des régions qui, oubliées auparavant ou obligées à une solidarité nationale, ont intérêt, au moins pendant un temps, à s’affranchir des cadres antérieurs. Problématique contemporaine de grande actualité et porteuse de grandes tensions, voire de chambardements : les Belges en savent quelque chose… A la clé, rien moins que la dissolution des États et la guerre parfois. Les États qui refusent de se dissoudre opposant alors l’histoire et leur idéologie nationale qui sera caricaturée en nationalisme forcément génocidaire, cause des épurations ethniques, bref l’épouvantail bien connu de nos idéologues libéraux mondialistes !

On aurait pu certes, et ce au nom des valeurs dominantes des droits de l’homme et de la démocratie justement, se demander si la solidarité entre régions, tant vantée dans le cadre de la construction européenne par exemple, n’était pas mieux assurée par le maintien des vieux États (devenus ou devenant démocratiques et, soit, plus ou moins fédéraux) que par l’explosion des particularismes égoïstes ; la lecture de ces faits par la majorité des instances de la mondialisation va bizarrement dans l’autre sens de façon assez unilatérale... A qui profite le «crime» ? Comme s’il fallait faire disparaître avec les États-nations, diabolisés, l’État lui-même, au moins au niveau où il est autre chose qu’un atome sans capacité d’action…

Et justement la Transnistrie sécessionniste est l’exception qui confirme la règle ou le cas-limite qui prouve la loi : n’est-ce pas parce qu’elle regrette l’État social protecteur et un certain égalitarisme soviétique qu’elle est dénigrée dans la presse libérale «démocrate», cette république bien inoffensive, qui ose ne pas s’aligner sur les critères de ce «meilleur des mondes» des riches et de l’individu aliéné à la marchandise, de la «mondialisation heureuse» ? (On pourrait relire ici, à titre de cadre heuristique, l’excellent Jean-Claude Michéa sur «le moindre mal» comme idéologie néo-libérale de notre temps !).

Ces carnets de voyage sont pourtant moins une démonstration qu’une enquête vivante de sociologue empirique et de politologue de terrain, qui décrit avec précision et finesse les lieux et les situations et raconte visites et rencontres avec humour et humanité. Le tout agrémenté de photographies en couleurs. Bon été en Transnistrie !
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La flèche et la cible

14 Juillet 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

C'est une vieille métaphore nietzschéenne : un penseur lance une flèche, un autre, parfois quelques siècles plus tard, la ramasse;

Pour un type comme moi qui n'a guère de réseau (même si parfois on pense à lui pour un congrès internationaliste ici ou là), qui ne vend guère ses livres, ne visite pas les médias etc, il est très difficile de savoir où tombera la flèche qu'il lance. L'avantage est que l'on a ensuite du temps, tout son temps même, pour s'intéresser à la personne qui l'a ramassée.

Aujourd'hui je reçois un message d'une des rares lectrices de mes textes. Elle a 35 ans, elle prépare une thèse en histoire dans une université de la côté est états-unienne ... sur la polémique du foulard islamique en France...

Elle m'écrit en anglais "Do you have any opinion about Sarkozy and the Burqa? Thanks, PS: My apologies for writing in English but my written French isn't that good. "

Malgré les apparences, elle est italienne. Elle a obtenu une bourse pour les Etats-Unis en 2002.

Pour elle, tout ce que j'écris sur la burqa et le niqab est juste et évident. Oui, bien sûr, ce discours universaliste de la laïcité et de la libération de la femme est une forme de racisme subtil, ça ne fait aucun doute. Non seulement c'est clair pour elle, mais ça l'est aussi pour les gens qui l'entourent dans son université outre-atlantique. Elle ne comprend même pas que ça ne crève pas les yeux des gens en France.

Elle s'intéresse au racisme des classes populaires, et celui des petits bourgeois de gauche. Elle veut écrire là dessus. Aux Etats-Unis on ne connaît que "Fadela Amara et Ni putes ni soumises" me dit-elle. Elle est d'accord pour que je lui fasse rencontrer des gens en France. Elle ne demande pas mieux.

Quand on creuse un peu son background, on apprend que ses parents sont nés en Libye. Des familles de petits colons. Maman votait communiste, papa était un chef de PME apolitique. Voilà la troisième jeune femme italienne que je rencontre dont un ou deux parents votaient pour le PCI ou y militaient... toujours cet héritage du 20 ème siècle, étonnant, qui plonge ses tentacules dans le nôtre. Pourquoi sont-ce toujours les filles qui reprennent le flambeau ?

Et donc cette lectrice dit du bien de mes textes, m'encourage à continuer, sousentend qu'ils sont utiles, qu'ils l'aident à formaliser sa propre pensée sur son sujet de thèse. Pour un peu je cèderais à la tentation de la croire, et penserais qu'il sert vraiment à quelque chose que j'écrive. Heureusement au bout du compte mon scepticisme l'emporte à nouveau. Mais au moins j'aurai vu cette fois ci où l'une de mes flèches est tombée.
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Faut-il encore rendre hommage à la Catalogne ?

14 Juillet 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

On se souvient du livre d'Orwell sur la guerre civile espagnole "Hommage à la Catalogne".

Le comité Valmy qui réunit communistes et gaullistes souverainistes publie cette semaine l'article d'une certaine Yvonne Bollmann, maître de conf à Paris 12 intitlé Europe Ecologie, Europe Ethnies, article repris par l'Observatoire du communautarisme.

Le texte part d'un bon sentiment : critiquer les écologistes et leurs tendances obscurantistes. Mais est-il opportun d'utiliser cet angle d'attaque : le soutien écologiste au nationalisme catalan ?

Je me suis ému de ce texte d'abord parce ce qu'il reproche aux Verts d'avoir accueilli à Francfort les Catalans comme une "nation". Or c'est bien ainsi qu'ils sont considérés  par la constitution espagnole. Pourquoi les souverainistes français leurs refuseraient-ils cette qualité ? la Catalogne n'a-t-elle pas suffisamment versé son sang au 20 ème siècle pour mériter le nom de nation ?
 
Quant à la légitimité de la Catalogne à se plaindre du fait qu'elle a été dépossédée du Roussillon (français) ou des pays valenciens, elle est la même que celle des Serbes à reprocher à Tito d'avoir donné la côté dalmate à la Croatie, et le Kosovo aux Albanais (via le statut d'autonomie)
 
La question du nationalisme catalan est complexe. Nul ne peut nier qu'il a joué un rôle très fort dans le basculement de la garde civile catalane dans le camp Républicain progressiste en 1936. L'armée populaire de Catalogne en 1937 était une armée de langue catalane (voir par exemple : La guerre d'Espagne vue de Barcelone, éditions du Cygne). C'est au nom de cette résistance historique au fascisme castillan soutenu par l'Allemagne qu'Esquerra republicana aujourd'hui demande la sécession. Cette résistance n'est pas absurde quand on sait que Madrid vote massivement pour le parti d'Aznar, qui a fait la guerre en Irak (alors qu'au contraire Esquerra Republicana avait envoyé des émissaires auprès de Saddam Hussein dès 1990).
 
Evidemment le nationalisme petit bourgeois a souvent deux facettes, une progressiste, une autre réac (c'est pourquoi par exemple un des leaders du coup d'Etat anti madrilène de 1934 à Barcelone, Dencas, a fini exilé dans l'Italie de Mussolini, alors que son propre frère aidait la garde civile républicaine en 1936)... Mais dans le cas catalan, je ne serai pas aussi catégorique dans mon jugement que ne l'est Mme Bollmann.

Les communistes souverainistes auxquels j'ai adressé ces objections m'ont répliqué que la Catalogne était une région riche, et, comme le Nord de l'Italie (la "Padanie"), son sécessionnisme exerçait une influence "réactionnaire" sur l'Europe.

Je leur ai répondu que la résistance catalane au fascisme en 36, était aussi une résistance de riches (une résistance de région riche), même dans ses composantes les plus populaires. Simone Weil dans ses souvenirs de la colonne Durruti notait par exemple que les ouvriers anarchistes venus de Barcelone se battre en Aragon étaient très méprisants à l'égard des paysans aragonais. Néanmoins le nationalisme petitbourgeois des catalans jouait à l'époque un rôle progressiste face à la montée du fascisme.
 
... Et encore récemment, en 1986, la Catalogne votait NON à 51 % avec un taux de participation exceptionnel de 62% au référendum d'adhésion à l'OTAN. De même la Catalogne est une des régions qui a voté le moins pour le Traité constitutionnel européen en 2007, au contraire des autres régions d'espagne Mon argument n'a pas convaincu et l'on m'a répliqué qu'à la rigueur si un nationalisme pouvait être sympathique en Espagne, ce serait celui des Galiciens parce qu'il est dirigé par des maos (sic !).

Le dogmatisme de mes interlocuteurs sur ce sujet était évocateur. D'après eux, le nationalisme des pauvres est bon, celui des riches est mauvais. Et même si les nationalistes riches sont capables d'empêcher une adhésion à l'OTAN ou d'entretenir le souvenir d'un combat politique glorieux (celui de 1936) rien de cela ne compte. Un peu court quand même.

Il faudra bien pourtant que les communistes souverainistes, les chevènementistes et autres, qui ont eu l'indépendance d'esprit de réhabiliter l'histoire de France et son projet politique comme nation pour faire pièce au néo-libéralisme et à l'américanisation du monde dans les années 2002-2005, fassent aussi évoluer leur point de vue sur les identités culturelles persécutées (comme l'identité gasconne ou celle de Catalogne), tout comme sur la mémoire du colonialisme outre-mer. L'excès de schématisme n'est pas porteur d'avenir en politique.

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L'anti-impérialisme

14 Juillet 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Débats chez les "résistants"

Il est bien clair que l'idée que défend le mouvement anti-impérialiste (que les technostructures occidentales ont un ascendant néfaste sur le monde, et que tous les phénomènes qu'on nous présente comme des calamités pour l'humanité telles que les dictatures du tiers-monde, l'islamisme, la puissance de la Chine, le souverainisme russe, sont largement des épouvantails qui parasitent nos grilles d'analyse) demeure très minoritaire, même dans les mouvements issus de la tradition anti-impérialiste (gauche de la gauche).

Dans ces mouvements on reproche aux anti-impérialistes d'être paranoïaques à l'égard des pouvoirs économiques et politiques européens et nord-américains, de simplifier les problématiques politiques et de tolérer des formes de barbarie dans les pays adversaires de l'Occident.

A mon avis la position de nos adversaires est largement irréfléchie, et révèle surtout une forte dépendance à l'égard des clichés médiatiques. On le découvre lorsqu'on les pousse à parler en détail des pays diabolisés par l'Occident, dont on se rend compte le plus souvent qu'ils ne connaissent pas grand chose. Mais la difficulté à les convaincre de leur erreur tient à des ressorts narcissiques collectifs très difficiles à désamorcer : les pays européens et les Etats-Unis (surtout avec la façade Obama) se persuadent si bien qu'ils sont les parents naturels des droits de l'homme et de la liberté, que, quiconque veut se donner une image d'intelligence et de vertu est enclin à en défendre d'emblée l'interventionnisme. Le chic du chic en la matière étant de se dire à la fois "pour" l'interventionnisme humanitaire européen, et "contre" son instrumentalisation économique et militaire (par les multinationales, l'OTAN etc).

Illustration de cette tendance "chic" de l'interventionnisme européen : la motion de solidarité avec la "révolution verte" iranienne proposée récemment par le PC et les Verts au conseil municipal de Paris.

L'évolution du capitalisme, qui flatte le narcissisme bourgeois et, à travers les nouvelles technologies (Internet), coupe les gens du contact direct avec le magma des réalités humaines encourage les crispations sur des prises de position très intégristes et interventionnistes (ce qui pousse au "choc des civilisations"). Se forme ainsi une classe moyenne européenne très néocolonialiste, dont paradoxalement le noyau dur est souvent composé de gens qui se disent "de gauche" voire "communistes" (peut-être parce qu'ils sont les plus dévoués au combat et les plus idéalistes, les plus "solidaires"), alors que leurs ancêtres dans l'histoire des idées étaient plutôt aux côtés des Viet minh et du FLN (mais une certaine intoxication médiatique sur les "crimes des révolutions" les conduit aussi à renier l'héritage FLN/Viet minh).

Je trouve une illustration de ce phénomène dans les polémiques actuelles sur la burqa, mais aussi sur un mouvement comme les Indigènes de la République (mouvement qui reprend le discours des luttes anti-coloniales, et qui veut isoler une singularité des descendants des colonisés face aux structures coloniales qui les oppressent).

Il est très étonnant de voir la haine que suscite ce mouvement chez ceux qui prétendent défendre l'héritage culturel français. Je trouve sur Facebook un groupe qui s'appelle "Condamner Houria Bouteldja "racisme anti blanc" ", qui parle à propos de Mme Bouteldja d' "extrémisme arabe en jupon", et la traite de "dinde du Ramadan". Une rapide étude de ce groupe montre qu'une partie de ses membres sont des lepennistes. Vous avez aussi un groupe qui s'intitule "Je déteste Houria Bouteldja" consacré à ceux qui ne "supportent pas" l' "incohérence historique et idéologique"  de la porte-parole des Indigènes de la République, et "l'arrogance qu'elle dégage", se référant à son mouvement comme à "des fous dangereux dont le but est de réduire la cohésion nationale" (quand on parle de "fous dangereux", c'est qu'on veut la guerre, rappelez vous que dans la phraséologie dominante les "fous dangereux" sont ou ont été S. Milosevic, S. Hussein, Kim Jong Il, M. Ahmadinejad, H. Chavez). Un tel groupe, uniquement dédié à la détestation d'une personne, est d'ailleurs privé. On se demande bien ce que les gens de ce groupe ont à se dire à longueur de journée... En outre, je tiens de source sûre que l'identité d'Houria Bouteldja est usurpée sur Facebook.

Phénomène intéressant dans ce déchaînement de haine, il existe une page " "Indigènes de la République" nous vous enculons" qui est administrée par un très jeune homme (avec qui j'ai eu quelques discussions courtoises sur le forum Atlas alternatif de Facebook, où notre désaccord s'est révélé dans toutes ses dimensions). Ce garçon se dit de sensibilité communiste, et explique joliment dans une de ses interventions sur cette page que "comme programme de partouze, j'aurais plutôt vu Madame Bouteldja jouer avec les missiles de Messieurs Ahmadinejad et Nasrallah..." (du point de vue anthropologique, je suis toujours amusé de voir ce que produit le vocabulaire masculin machiste contre des femmes politiques "non conformes" à la ligne dominante, cela me rappelle la vidéo que la droite argentine avait faite contre Mme Cristina Kirchner qui la montrait au lit avec Fidel Castro et Hugo Chavez).

Que des tenants de la gauche laïciste créent le même type de page sur Facebook que les lepennistes avec leur "Condamner Houria Bouteldja "racisme anti blanc" " en dit long sur les recompositions de l'espace politique que provoque la question du néocolonialisme.

Vous me direz que tout cela n'est pas nouveau. De tout temps la gauche (y compris l'Internationale socialiste à ses débuts) a eu du mal à intégrer la question coloniale à ses problématiques (à de notables exceptions comme Karl Marx, Octave Mirbeau, George Orwell). La propension du petit employé et même de l'ouvrier blancs à se comporter en petits bourgeois à l'égard du colonisé arabe ou noir, à lui imposer le silence au nom de l'unité de la République ou de la Révolution à venir (et aujourd'hui au nom des droits de l'homme) est aussi ancienne qu'inquiétante. En plus elle se déploie sur fond de complexe de forteresse assiégée (ces barbares assassins avec leur islamisme, leurs missiles nucléaires, leurs furies lubriques et voilées, etc), la pire des mentalités pour aborder sereinement les problèmes politiques d'une époque.

Face à cela la mouvance anti impérialiste est divisée. La journaliste américaine D. Johnstone expliquait il y a peu dans un article que les tendances pro-palestiniennes en France ne dialoguent pas entre elles. On peut en dire autant des tendances antiimpérialistes en général. Par delà les problèmes de personnes, il y a une question philosophique importante qui peut difficilement être surmontée dans cette mouvance : celle du statut véritable des valeurs occidentales dans le devenir de l'humanité, et de leur contenu.

Certains pensent que les valeurs individualistes de l'Occident sont la voie réelle d'émancipation des peuples. Selon eux, il faut être anti-impérialiste pour les voir triompher, car l'impérialisme, lié à des intérêts économiques et politiques égoïstes, crée de la division, de la guerre, et empêche les peuples du Sud de jouir de nos valeurs (je pense que cette position est  par exemple à l'arrière plan de la mouvance chomskyenne).

D'autres estiment que toutes les autres valeurs des cultures non-occidentales (y compris celles qui émergent en ce moment au contact de la modernité occidentale comme l'islamisme) sont en soi respectables, et que les peuples ne trouveront pas plus de bonheur dans l'individualisme consumériste venu des pays riches que dans leurs valeurs traditionnelles (position qui se module de diverses façons : on peut trouver à l'islamisme ou à l'intégrisme bouddhiste, ou à l'indigénisme amérindien des défauts, mais s'interdire tout jugement, ou au contraire valoriser des tendances un peu "sociales" en leur sein etc).

Les premiers peuvent passer pour des alliés objectifs du capitalisme triomphant. Les autres pour les complices potentiels des dictatures qui instrumentalisent les "valeurs traditionnelles" de leurs peuples.

Ce clivage ressurgit périodiquement, notamment quand des "révolutions colorées" menacent des dictatures du tiers-monde (ou des régimes semi-dictatoriaux). On ne peut en sortir, je crois, que par une réflexion philosophique sur ce que peuvent être des valeurs universelles qui ne soient pas un sousproduit du capitalisme occidental globalisé. Débat extrêmement complexe qui nécessite qu'on mobilise à la fois une connaissance approfondie des diverses cultures du monde, un savoir sur la nature humaine (concept fort heureusement remis au goût du jour par la psychologie évolutionniste) et une réflexion sérieuse sur le système de gouvernement humain auquel il faut aspirer. Je ne crois pas que la mouvance anti-impérialiste puisse faire l'économie de cette réflexion-là. Mais avons-nous le temps de philosopher au vu de la gravité des enjeux actuels, dans une humanité qui n'a jamais aussi nombreuse, jamais autant en déséquilibre avec son environnement écologique, jamais aussi instruite (globalement), jamais aussi inégale, jamais aussi servie et desservie par la technologie, jamais aussi capable du meilleur comme du pire ?

FD

PS : J'observe que je reçois de temps en temps sur mon blog des visites à provenance du Vietnam. Je regrette de n'avoir pas trop l'occasion de parler de ce pays, qui fut une nation martyre au 20 ème siècle, et dont l'évolution actuelle dans un espace asiatique dominé par le productivisme capitaliste mériterait sans doute qu'on l'étudie plus en détail. Mais j'avoue que ma compétence sur ce point fait défaut.

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Routine de la glauquitude

11 Juillet 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Un type a déboulé sur ce blog pour expliquer que les gens de gauche ne devraient pas frayer avec les islamistes, qu'ils devraient en revanche être menaçants envers les Chinois qui massacrent les "yogourts" comme dit Kouchner (je rends hommage à la modération de M. K sur ce coup là, même si sa culture générale ne décolle pas)... blabla solipsiste d'un garçon (un de plus) qui veut se sentir équanime et équitable, au risque de tout mélanger (mais le mélange est si tendance n'est-ce pas), donneur de leçons en herbe, gastronome en culotte courte, bref, le parfait blogueur devant son écran.

Mon éditeur veut bien publier l'espèce d'autobiographie intellectuelle qu'en désespoir de cause je lui ai adressée par mail il y a 3 trois jours (une autobio pour expliquer un peu ma vision de la philo, de la socio etc, qui m'éviterait d'avoir à tout expliciter à chaque fois que je prends la plume) mais il voudrait que je fasse (que je fisse) une séance de dédidaces à la rentrée à Paris pour en vendre. Maudit star system. Les éditeurs en ont besoin pour vendre (et je vends terriblement peu, je fais perdre des sous même). Mais "parler c'est sale" disait Deleuze. Parler avec qui ? avec des blogueurs qui vont m'expliquer qu'il faut haïr le "régime chinois", et bombarder tous les barbares de la planète ? Amis de Brzezinsky je ne suis pas des vôtres !



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Les comités de citoyens et les pouvoirs

10 Juillet 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Dans le sillage de mon article d'hier sur les peuples et les chefs j'ai été intéressé par le plaidoyer de B. en faveur des "comités d'ouvriers" ou des "comités de citoyens", qui est une idée que j'avais moi-même défendue dans Programme pour une gauche française décomplexée. Comme il faut toujours raisonner à propos de ce qui s'est fait, cet article me rappelait un chapitre de l'historien très connu Marc Ferro (dans Nazime et communisme, Hachette 1999 p. 114) qui s'intitulait : "Y a-t-il "trop de démocratie" en URSS ?"

L'article commençait ainsi :

" "Ne sommes nous pas trop démocrates, et cela ne conduit-il pas à un affaiblissement de la discipline ?" Cette interrogation de K. Tchernenko, en 1982, a de quoi paraître insolite. (...) Pour comprendre la vie politique en URSS, on voudrait tenter ici de rendre ce jugement intelligible."

Ferro y parle d'une double bureaucratisation du système soviétique dans les années 1920 : par en haut (imposée par le PCUS) et par en bas avec l'adhésion des multiples responsables de soviets (au début non communistes) au PC. Pour remédier à ce phénomène, dans les années 30 le parti doit susciter l'apparition de ce qu'on appelle de "Organisations sociales" consacrées comme instances parallèles à l'Etat dans la constitution de 1977. Or ces organisations ont de plus en plus soustrait à l'Etat une partie de ses compétences : par exemple le syndicats gèrent les services de cure, leurs services d'équipement et de transport. Au niveau local sous Brejnev les soviets locaux reprennent de l'importance "la prolifération des banlieues, la création de cités isolées sont autant d'occasionsqui suscitent la naissance d'un nouveau soviet urbain" (p. 123). De même se développe un comité de contrôle du peuple (Komitet Nardnogo Kontrolja) associée aux soviets dont un Soviétique adulte sur 6 avait été ou était inspecteur. "Ces milliers de comités reçoivent des rapports, des plaintes, des protestations sur tous les dysfonctionnements imaginables : la Pravda du 8 août 1977 indique que le bureau central du KNK à Moscou avait reçu 575 000 lettres en deux ans" (p. 124), et les inspections menées par la KNK dans les usines les kolkhozes, n'étaient pas toujours purement symboliques. Le développement de ces "organisations sociales" était souvent une source d'anarchie, de confusions de compétences avec le Parti et l'Etat, mais il n'en constituait pas moins un phénomène typique des années 60-70.

L'histoire des diverses initiatives pour créer des instances de contrôle collectif sur les administrations, les entreprises etc est très fournie. En France par exemple, il y a eu une littérature foisonnante là dessus dans les années 1970 dans la logique de l'autogestion (les socialistes avaient des projets de création des comités d'usagers un peu partout). beaucoup des idées lancées à ce moment là devraient être actualisées et étendues : créer ds comités de contrôle citoyen des banques, des enreprises privées, des journaux, de la TV, de la SNCF, de la police, de l'armée, des services publics en général, des maisons d'éditions, de l'activité des intellectuels, des pratiques médicales etc.

Par ailleurs, en ce moment si l'on regarde à l'étranger, on trouve encore des exemples de valorisation des comités de citoyens. En Amérique latine le mouvement bolivarien repose beaucoup sur des comités de quartier (juntas vecinales). On retrouve cela aussi dans la Jamahirya libyenne (cliquer sur le lien) qui, tout en étant une dictature s'est toujours voulue autogestionnaire.

Evidemment la frontière est toujours ténue entre la participation citoyenne spontanée et l'embrigadement, et entre le contrôle populaire sur les institutions, et le flicage de tous par tous dans le cadre de ces organes "participatifs". Sans oublier cette tendance apparemment inévitable des plus instruits, des plus malins, des plus déterminés à appliquer une ligne, à accaparer les organes de contrôle au détriment des autres réduits au rang de figurant (et cela vaut, que l'organe soit de pur contrôle ou qu'il ait un pouvoir décisionnel réel). On constate le phénomène dans n'importe quelle AG d'étudiants, et n'importe quel comité des fêtes villageois

La solution imaginée dans le cadre de la révolution culturelle chinoise - de virer les apparatchiks dès les prémices de leur institutionnalisation - n'est pas satisfaisante car elle déchaîne dans la sociétés des tendances anarchiques et paranoïaques, une logique de guerre civile.

Il existe aussi un risque que les comités de citoyens à force de palabres et d'inspections tous azimuts (ou de décisions anarchiques s'ils ont un pouvoir décisionnel) nuisent gravement à l'efficacité de l'appareil de production voire paralyse toute l'économie (mais l'argument économique me semble moins intéressant ici que celui de la justice politique, c'est à dire celui des entraves à la participation de tous, l'économie n'étant qu'un objectif secondaire de l'organisation politique d'une société).

Etant philosophiquement sceptique sur l'aptitude de l'humanité à atteindre un équilibre social juste sur le long terme, je ne puis que prendre acte de ces difficultés à pérenniser les possibilités de contrôle populaire sur les organes d'Etat et sur les entreprises sans déboucher sur de nouvelles formes de confiscation du pouvoir par une minorité. Mais prendre acte de cela ne signifie pas pour autant qu'il faille renoncer au projet. Il me semble que, paradoxalement, c'est toujours par une impulsion "par en haut" que les organes de contrôle (ou de décision) "de base" peuvent garder une visée réellement démocratique. C'est en liquidant par en haut les tentatives d'accaparement par des minorités que les contrôles de base peuvent continuer de fonctionner au profit du plus grand nombre. Mais il faut reconnaître que l'équilibre entre le haut et le bas dans ce système pour éviter les dérives dictatoriales est nécessairement difficile à trouver...

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Un CR sympathique sur La Révolution des Montagnes

8 Juillet 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La Révolution des Montagnes

Un jeu pour les lecteurs de ce blog à la plage cet été : devinez qui a publié la recension suivante de mon roman "La Révolution des Montagnes", et dans quelle revue -
Deux indices : c'était au printemps dernier (mais je ne l'ai découvert que cette semaine), et c'était au nord de la Loire
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Les montagnes dont il s’agit, ce sont les Pyrénées, plus précisément leur piémont béarnais, ayant pour capitale la cité d’Henri IV. L’auteur imagine que cette douce province est saisie par une pulsion autonomiste, sous l’action de deux compères anciens condisciples du lycée de Pau, l’un universitaire à Paris, l’autre demeuré au pays où il est devenu un notable.


Tout les sépare, hors le fait que l’un et l’autre s’ennuient de la banalité des jours et du train ordinaire de l’univers mondialisé ; pourtant, de leurs retrouvailles fortuites autour d’un verre va naître l’improbable projet qui, contre toute attente, trouvera peu à peu une réalisation concrète. Ils fonderont d’abord un groupuscule, puis un parti, infiltreront les milieux politiques locaux et gagneront une première victoire en obtenant la création d’un département béarnais.


Pour conquérir les foules, ils ont l’astuce de rajouter à l’argumentaire classiquement indépendantiste de leur programme le piment soixante-huitard de la liberté sexuelle. Ils sont alors rejoints par une militante de choc : une pétulante vedette de films porno qui met son talent au service de la cause. On se gardera, bien sûr, de gâter le plaisir du lecteur en dévoilant les péripéties qui s’ensuivent, et l’issue du combat pour la libération du Béarn.


Pure fiction, donc ! Mais non pas simple farce picaresque, car l’auteur mène son histoire en homme qui a étudié les ressorts et les mécanismes, tant internes qu’internationaux, du prurit sécessionniste qui démange les pays européens et parfois leur donne une forte fièvre.


Pour démonter sur le mode ludique le processus par lequel un trio de Pieds-Nickelés de la politique arrive à faire naître et triompher le désir indépendantiste sur un territoire qui en était, au départ, totalement exempt, il se contente de puiser dans l’observation du réel tel qu’il est chaque jour présenté à nos yeux par les médias.

Les discours, la stratégie et la tactique des comparses sont une transposition à peine parodique de ce qu’on voit à l’œuvre en mainte région de notre continent, à l’est comme à l’ouest.


Aussi ce récit s’apparente-t-il plus à un conte voltairien qu’à une fable de politique fiction. Au fil des pages, il épingle, dans une satire d’autant plus percutante qu’elle n’est jamais appuyée, la plupart des tartes à la crème du moment. Les clins d’œil ironiques à l’actualité y abondent (on n’aura pas manqué de remarquer, par exemple, que l’auteur présente comme une première victoire des compères l’obtention d’un département béarnais, alors que dans la réalité ce sont les indépendantistes basques qui réclament leur séparation d’avec le Béarn !). Notons cependant que ce récit n’est pas une pure parabole, car l’auteur prend soin de donner à ses personnages une épaisseur psychologique et une histoire personnelle qui les ancre solidement dans la problématique existentielle contemporaine.

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In bed with Madonna

7 Juillet 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse

Ce soir, Arte diffusait "In bed with Madonna"; sorti en France le 15 mai 1991. Comme vous le voyez (ici à gauche), j'avais collé la page du Pariscope qui faisait sa une sur l'affiche de ce film dans mon journal à la date du 18 mai 1991. La première partie de soirée diffusait "Recherche Suzan desespérément", un film de septembre 1985, date de mon quinzième anniversaire.

Je regardais cela tandis que d'autres regardaient les funérailles de Michael Jackson (qui n'a jamais trop été ma tasse de thé à part ses deux premier tubes). Au fond, je n'ai jamais eu de raison spéciale de m'emballer pour cette grosse crevette qu'était Madonna, pas plus qu'un croyant, en dernière analyse, n'en a de croire en Dieu. Mais j'aimais ses chansons, je les prenais au sérieux. Voilà ce qu'aura été mon problème depuis toujours : d'avoir tout pris au sérieux, d'avoir été tellement en empathie avec les rêves et les envies de ce monde, tellement en empathie que j'ai passé mon temps ensuite à m'en protéger. Toutes ces chansonnettes de Madonna qui parlaient si naïvement de désir, comme toute la popmusic, me semblaient incarner ce qu'il y avait de mieux en moi, et dans toute l'humanité, tout ce qui en faisait la jeunesse. Tout cela était indiscutable pour moi. Et d'une certaine façon, ça l'est resté. Simplement tout ça a vieilli. Tout cela est devenu d'un autre siècle. Et moi avec, au seuil de la quarantaine.

Cet après-midi je trouvais sur Facebook un groupe qui s'appelle "La nudité contre la société " créé par des lycéens du côté de Toulouse. Nous n'aurions sûrement pas créé un site comme ça il y a 20 ans. Trop fleurs bleus, comme Rosana Arquette dans "Recherche Suzan". De même nous n'aurions pas pu nous transformer les uns et les autres - les lycéens - en une série d'icones sur lesquelles on peut cliquer à tout moment du jour et de la nuit (sans quoi il y en aurait eu plus d'une qui aurait reçu mes déclarations d'amour, au lieu que je rêve de les dévêtir dans la plus solitaire des solitudes, et, du même coup, la notion de déclaration et même d'amour en eussent été galvaudés). Rien n'était galvaudé, tout était problématique (si bien que nous n'en n'étions pas encore à ne plus pouvoir opposer à la société que notre nudité comme c'est le cas aujourd'hui). Mais le mouvement premier, l'impetus, était le même, et il l'est encore, en moi, dans sa dimension la plus inconditionnée... et la plus insoluble, celle qui ne peut passer de transaction avec rien ni personne.

Difficile de vivre avec le poids des années, le poids des erreurs, dont le souvenir vient tourner l'impetus en ridicule. Difficile d'entendre les musiques du passé, et les rêves qui allaient avec elles. A 20 ans quand j'ai écrit ma première version de La Révolution des Montagnes, mon travail était motivé par l'idée qu'un jour quelque cinéaste en ferait peut-être un film, et je concevais certaines scènes du film sur fond de tubes de popmusic. Plus précisément je concevais la bande annonce. Il y aurait des images du château de Pau, et des gros plans sur les beaux yeux des jeunes femmes qui joueraient les rôles principaux (notamment celui de Patricia Dumonteil). En bande son Come on Eileen des Dexy's Midgnight Runners Voilà qui suffisait à gonfler ma poitrine d'émotions insupportables. J'enfilais un verre de whisky, je dansais un coup, walkman sur les oreilles, je reprenais l'écriture. Belle vie d'autiste n'est-ce pas ?

J'étais dans un état d'esprit plus posé quand j'ai élagué le livre en 2006. Mais l'idée du film, avec la musique d'ado, était toujours là. C'est pourquoi dès que les éditions du Cygne ont décidé de le publier j'en ai adressé un exemplaire à Guédiguian (sa sensibilité "gauche de la gauche" me semblait aller avec le roman, même si ses films ne me plaisent guère), et à WW (qui est béarnaise). WW ne m'a jamais répondu (Guédiguian non plus du reste), mais je l'ai croisée sur Facebook. Elle m'a dit qu'elle trouvait le roman "très chaud", mais je crois qu'elle ne l'a guère aimé. En tout cas je ne pouvais pas compter sur elle pour en parler à des cinéastes.

De toute façon, quand bien même ce miracle se serait réalisé, quand bien même ce roman aurait été porté à l'écran, cela serait advenu trop tard. Filmer le Béarn, c'eût été filmer un univers qui a vieilli, et où mes parents mourront bientôt. Y introduire une musique des années 80 c'eût été une fantaisie d'un quadra grisonnant et bedonnant, à une époque où le statut de cette musique n'est plus ce qu'il était : elle était une musique de merde que nos parents méprisaient, aujourd'hui elle est déjà institutionnalisée, comme avait fini par l'être le jazz avant elle. Tout aurait sonné faux, comme une larme d'un type qui, sachant désormais tout ce qu'il sait sur l'animal humain (et en premier lieu sur lui même) singerait la jeune homme qu'il a cessé d'être. Tous les objectifs ont donc été revus à la baisse et c'est tant mieux : on se contentera d'attendre ce que les gens de Draveil disent du livre, et s'il garde une chance au concours du premier roman de la Ville de Paris.

Aujourd'hui je dois admettre que la musique de mon adolescence, celle qu'on commence à consacrer comme référence classique, n'a plus aucun statut pour moi-même, et que le désir qui lui correspondait (ce désir onirique et pur), même s'il reste vivace en moi, n'a pratiquement plus de voie d'expression possible, si ce n'est sur un mode ironique. Parmi les quelques cerveaux qui se sont généreusement dévoués pour commenter mon roman, aucun ne s'est interrogé sur cet étrange dialogue qui structure l'histoire, entre Fulgaran et Tanya Heaven, lequels ont une douzaine d'années de différence. Je crois qu'il s'agit en vérité d'uen allégorie du dialogue entre un désir mûr et un désir juvénile, c'est-à-dire entre moi et ma jeunesse, à ceci prêt que Heaven est une femme, et surtout une jeune femme d'aujourdhui, c'est à dire une femme dont les rêves ont partie liée avec la dureté pornographique, ce qui n'était pas notre cas autrefois. Qu'importe. De toute façon, le roman vient lui-même trop tard. Plus aucun éditeur n'arrive à rien faire des romans, ni aucun lecteur non plus.

Vous trouverez cette parenthèse nostalgique un peu éloignée des grands problèmes politiques de notre temps. J'aurais pu passer une heure ce soir à vous parler plutôt du coup d'Etat au Honduras (où le Président légitime n'est toujours par retourné), ou des déclarations de Joe Biden sur une attaque possible contre l'Iran (ou du projet de motion pro-révolution verte des bobos du PCF au conseil municipal de Paris). Mais on a nécessairement une vision tronquée de l'être humain (et donc de son devenir politique) si l'on néglige ses grandes dimensions existentielles. Le désir et le temps font partie de ces fondamentaux de toute l'humanité (quelles que soient leurs déclinaisons suivant les cultures, les classes sociales, et la psychologies) sur lesquels il faut revenir sans cesse.

 






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Palabre africaine sur le socialisme

30 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

Parutions.com vient de publier mon dernier compte-rendu du livre Palabre africaine sur le socialisme de Manga Kuoh - pour le lire cliquez ici.
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Les internationalistes du PCF, le positionnement des projets

30 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

"Quelle horrible saison que l'été, m'écrit un correspondant. Avec ces jupes qui raccourcissent, ce désir suscité en vain. La loi de la jungle dans toute sa tristesse. Une vraie torture." je l'approuve tout à fait.

Le Dissident internationaliste est revenu de Sao Paulo. Mais il n'y était pas pour se rincer l'oeil sur les minijupes et les strings. Accompagné de trois ou quatre autres délégués, il représentait la France dans une conférence organisée par le Partido communista do Brasil et le Parti du Travail brésilien, une sorte de congrès de tous les organes qui dans l'ancienne mouvance communiste se veulent encore anti-impérialiste. A ma grande surprise j'ai appris que mon nom figurait dans la liste de la délégation mais qu'il serait passé à la trappe au dernier moment comme celui d'un ancien leader syndical. En revanche une étudiante que j'ai présentée au Dissident internationaliste l'an dernier y était.

Je fus surpris car je n'ai plus de rapport depuis un an avec le Temps des Cerises ni avec aucun membre de la gauche du PC à part le Dissient, et, comme je passe mon temps à me dire marxien et non marxiste, je m'étonne qu'ils soient prêts à m'inclure dans leurs délégations.

Je m'étonne mais ne m'en plains pas car je leur reconnais deux mérites que n'ont pas les autres mouvements de gauche.

Premièrement ils sont internationalistes c'est à dire qu'ils ne renoncent pas à concevoir une amélioration du monde à partir d'un combat coordonné de forces résistantes sur divers continents (très peu de mouvements dans la gauche française font de même). Deuxièmement leur vision repose sur autre chose que sur des slogans creux comme "un autre monde est possible" ou "démocratie pour les iraniens/les chinois" leitmotiv qui convient à M. Strauss-Kahn et au club de Davos (au passage je dois dire que je trouve risible le texte alambiqué sur l'Iran signé par toute une intelligentsia qui va des crypto-néo-conservateurs français aux anarchistes égocentriques).

Je dois aussi mettre à leur actif un certain réalisme (au contraire de la religiosité de leurs parents sous Thorez ou Marchais), même s'ils conservent parfois quelques rigidités inopportunes. Ils considèrent la bureaucratie comme un mal nécessaire au développement des peuples (à la différence des libertaires dont l'imaginaire envahit la gauche, qui ne veulent même pas comprendre ce qu'est un Etat). Ils ont aussi, souvent, l'intelligence d'intégrer à leur pensée l'histoire concrète des peuples et d'en évaluer sérieusement le potentiel, ce qui les pousse par exemple à vouloir réfléchi (comme Frantz Fanon naguère) au potentiel révolutionnaire de l'Islam ou à ne pas considérer d'emblée  comme vides de contenu les slogans (encore) socialistes du Vietnam ou de la Chine. Un réalisme dans l'approche qui m'intéresse quoiqu'ensuite les conclusions de l'analyse puissent diverger

Je pense donc que les occasions de travailler avec eux ne manqueront pas dans les années qui viennent.

A part cela, je me dis que plutôt que de compter les bibliothèques qui achètent mes livres (Beaubourg vient d'acheter celui sur la Transnistrie), je devrais sortir de la logique de publication de textes courts (qui explique en partie non seulement l'indifférence de beaucoup à mon égard, mais aussi les incompréhensions) et me lancer dans l'écriture d'un livre un peu difficile qui couvrirait plusieurs aspects de la conditions humaine (politique, philosophie, religion, affects divers et variés). Peut-être un livre sur la croyance. La lecture récente de David Stove (si injustement inconnu en France) m'y incite. Encore faudrait-il que cet été me laisse un peu de temps pour ce faire, ce qui n'est pas gagné d'avance. Et puis y aura-t-il un éditeur au bout ? (je ne peux me payer le luxe d'écrire sans débouché éditorial).
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Honduras

30 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Visiblement il est aussi difficile de faire un coup d'Etat en 2009 en Amérique latine qu'en 1991 en URSS : le renversement du président Zelaya au Honduras suscite une grande mobilisation populaire et l'armée ne semble rien contrôler. Voilà qui, comme le coup d'Etat avorté contre Chavez, pourrait renforcer le président déchu. Il faut s'en réjouir.

Il me faut l'indiquer ici parce que tous ceux qui ici en France se sont mobilisés - sous l'influence de grands médias - contre une "fraude" aux élections iraniennes (fraude dont l'ampleur n'est pas si évidente que cela et sur ce point j'en reste à l'avis de Robert Fisk) n'ont pas l'air trop genés de voir les vieux démons antidémocratiques continuer de travailler l'Amérique latine.  Vérité en deça de l'Atlantique, mensonge au delà, les médias et l'opinion publique européenne vivent éternellement dans la guerre froide.

Notez que dans notre sphère d'influence, au Niger, il s'est produit, au moment même où le président du Honduras était renversé pour avoir organisé un référendum en vue de pouvoir renouveler son mandat, exactement l'inverse : dans ce pays c'est le président de la République qui provoque un coup d'Etat en prononçant mardi la dissolution du parlement, vingt-quatre heures après avoir été désavoué par la Cour constitutionnelle sur la tenue d'un référendum institutionnel qui permettrait au chef de l'Etat de tenter de briguer un troisième mandat.

Le coup d'Etat nigérien est-il un événement grave pour le peuple de ce pays ? Difficile à savoir. Celui du Honduras en tout cas l'était, car il s'incrivait à contre-courant d'un grand mouvement d'émancipation populaire qui touche l'Amérique latine depuis 20 ans, et dans un Etat qui souffre beaucoup du pouvoir de l'oligarchie de droite. C'était une mauvaise nouvelle pour tous les pauvres du continent et il est heureux que cette action militaire commence à avoir du plomb dans l'aile.

 
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Conférence de Michel Collon à la librairie Résistance

26 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

J'étais hier à la librairie Résistance, 4, villa Compoint à Paris (vous trouverez quelques images de cette librairie dans une vidéo publicitaire ci dessous), pour une conférence de Michel Collon sur son livre. Je ne veux pas jouer les anciens combattants, mais chacun (parmi mes 5 lecteurs assidus !) sait que je suis presque un habitué des conférences de Collon, la première étant celle dont j'avais fait le compte rendu en 2000 pour le site Résistance (c'était avant la naissance de la librairie homonyme), j'ai aussi filmé une de ses interventions en janvier 2002 cf sur ce blog).

Comme je m'y attendais, cette conférence fut l'occasion d'un retour vers le passé : à peine avais je franchi la porte que je tombai sur le jeune serbe que j'avais interviewé en septembre 2000, un habitué de ces conférences lui aussi. J'ai aussi pu brièvement saluer Nicolas Shahshahani, un des patrons d'Europalestine et de cette librairie (c'est lui qui parle sur le clip ci-dessous). C'est immersions ne sont pas toujours bonnes. Elles rappellent ce qui a pu être fait, et ce qui ne l'a pas été (qui s'est peut-être reflété dans la brièveté de cet échange avec Shahshahani, that's life. J'ai quand même pu vérifier que la librairie Résistance a encore un exemplaire de l'Atlas alternatif dans ses rayons, mais un vieux, avec la première jaquette... Juste avant qu'il s'installe à sa table pour signer son livre "Les 7 péchés d'Hugo Chavez", j ai rappelé à Michel Collon le temps où il parlait de créer un "portail anti impérialiste", il y a neuf ans. Il m'a dit qu'il faudrait qu'on en reparle le lendemain (c'est à dire aujourd'hui). Mais de toute façon à quoi bon ? ce projet est comme un serpent du Loch Ness.

Mais cette conférence, c'était aussi le présent, malgré tout. J'étais venu avec le Sandiniste pour lui montrer les lieux - cette librairie/salle de conférence souvent cible de la LDJ. Cétait aussi la première fois que j'y mettais les pieds, mais je connaissais la réputation de l'endroit.

Il y avait beaucoup de monde, comme souvent quand Collon se déplace. Il faut dire que ses exposés sont toujours efficaces, bien charpentés. Il aligne argument sur argument, avec des chiffres. Les meilleurs moments sont quand il parle des stratégies des multinationales, par exemple pour le contrôle de l'eau en Amérique du Sud, ou la course au brevetage des plantes d'Amazonie. Les mots sont clairs, percutants, ils incitent au combat. En plus il y a toujours ensuite la phase des "questions du public" qui a une dimension psychothérapeutique pour beaucoup- les gens se loncent dans de longues tirades d'un quart d'heure sur la situation internationale (en ce moment on voit bien que l'Iran a la côte dans les sujets abordés). Bien sûr on peut faire la fine bouche. Le Sandiniste, qui connait bien le sujet, a noté que Michel est souvent schématique sur le Venezuela, adepte de raccourcis, allusif sur de nombreux points. Beaucoup de facteurs politiques et économiques sont gommés dans ses analyses. Les nuances font souvent défaut. C'est cela aussi que nous lui reprochions un peu sur la Yougoslavie. Mais il y a toujours à y prendre. Par exemple c'est grâce à son exposé hier que j'ai pris conscience que la répression du Caracazo par les sociauxdémocrates le 27 février 1989 avait fait jusqu'à 3 000 morts. Jusque là les divers articles que j'avais lus sur le sujet (dans le Monde Diplomatique notamment) ne m'avaient pas fait "tilter". Dans Wikipedia ce matin je lis que 3 000 est la fourchette "haute" de l'estimation, mais tout de même cela donne à penser, et cela a donné à penser parce que c'était amené dans la rhétorique de combat de Michel, qui traçait un parallèle entre les faux charniers de Timisoara et les vrais charniers de Caracas ignorés en Europe. Quand Ramonet parle sur un ton très intellectualisant de l'événement, cela frappe moins les neurones. Donc les topos de Michel Collon restent utiles.

Juste avant le début de la conférence, Olivia Zémor avait fait savoir que Michel Collon avait témoigné en faveur d'Europalestine à la 17ème Chambre Correctionnelle du Palais de Justice de Paris dans le cadre des poursuites judiciaires engagées contre l’association CAPJPO-EuroPalestine, en raison de ses écrits sur la guerre d’Afghanistan. Olivia Zémor a expliqué qu'ils étaient accusés "d'injure à l'armée" et d' "apologie du crime terroriste" parce qu'ils auraient dit que la France en Afghanistan menait une "sale guerre". Mon camarade d'origine serbe a sursauté sur sa chaise : "Quoi ? en France on peut être poursuivi en justice pour ça ?" J'ai quand même dit qu'en règle générale je me méfiais un peu de la façon dont les accusés rendaient compte des griefs qu'on leur adresse (rappelez vous l'affaire Bishara que j'évoque dans 10 ans sur la planète). En tout cas Europalestine va y perdre des sous - les procès sont des moyens de couler les mouvements, rapelez vous Living Marxism. Michel Collon a souligné que les débats sur l'Afghanistan au procès étaient passionnants et qu'il était dommage que l'on n'ait pas eu les mêmes dans les médias. Je veux bien le croire - les procès politiques sont toujours instructifs : j'avais moi même fait un compte rendu détaillé  le 27 mars 2000 pour le site Résistance du procès de l'Avocats sans frontières contre Le Monde sur les propos anti-serbes publiés dans ses colonnes. Malheureusement il ne reste de ce procès que le résumé du verdict final après appel sur StopUSA. Il faudrait peut-être que je remette mon texte de Résistance en ligne à l'occasion...


Comprendre la guerre en Irak à la Librairie Résistance

Post scriptum : Quelques jours après cet article, le 3 juillet, la librairie a été à nouveau ataquée (cf vidéo ci-dessous), suscitant une condamnation formelle et un appel à manifester des partis de gauche (NPA, PG, Verts, Indigènes de la République)

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Paris ad nauseam

25 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

L'ambiance parisienne est réellement infecte. Elle l'était il y a 20 ans, elle le demeure. Toute cette insoutenable légèreté : parce que M. X connaît M. Y ou déjeune avec Mme Z, M. X n'est plus lui-même, M. X est pris dans le jeu, ne vous écoute pas, n'écoute personne, n'écoute qu'à moitié. Le jeu, il n'y a plus que cela qui compte : le jeu entre quelques personnes, ce que Machin pense de Bidule, comment on se positionne. Comme la cour de Louis XIV disséquée par Norbert Elias, la notion de champ de Bourdieu. A Paris il n'y a que cela, et c'est très conscient. Même chez les militants. J'ai décrit ce phénomène à propos du salon de l'Ecrivain engagé. Je le découvre partout. Et cela m'exaspère, cette satisfaction de soi-même, ce sentiment d'être arrivé à quelque chose parce qu'on est dans un jeu avec X et Y, la surdité à l'égard du réel qui en découle. On croit pouvoir juger de tout, on croit avoir assez lu même si l'on a pas le temps de lire. Ce n'est pas telle ou telle personne en particulier que je vise ici, c'est un trait constant que je trouve chez tout le monde à Paris. C'est Paris, en tant que telle, pourrait-on dire, cette chienne de ville. Les gens y sont plus sympa qu'il y a 20 ans, mais en profondeur c'est la même ronde des vanités qui les entraîne.

Pourtant ceux qui travaillent ou militent dans cette ville, en raison de la proximité particulière qu'ils ont à l'égard des médias et de tous les pouvoirs nationaux concentrés en quelques quartiers, devraient être pétri d'un esprit de sérieux, et même de modestie, presque monacale. Tous devraient trembler à l'idée qu'ils sont peut-être en position d'influer par leurs faits et gestes sur le destin de 60 millions de leurs compatriotes, et peut-être au delà, sur l'Europe et le monde. Mais non, c'est tout le contraire. C'est une indifférence complète à l'égard de la lourdeur des enjeux qui l'emporte, une absence totale de sens de l'analyse, et même, bien plus, d'esprit philosophique, c'est à dire de goût pour l'interrogation, le taumazein. Tout va de soi pour qui milite à Paris. Les certitudes sont de mises. Et même lorsque chacun s'inscrit en faut contre la superficialité des médias, ce n'est que pour y substituer la vacuité de ses dogmes propres. Des dogmes qu'on n'interroge guère, puisque seul le jeu compte... seul compte le fait de savoir qui j'ai vu avant-hier, qui je verrai demain, où j'irai parlé, où l'on m'a entendu...

On voudrait pouvoir ignorer Paris, et pourtant on ne le peut pas : ce n'est pas en Franche-Comté, ce n'est pas en Charente que l'on peut monter des partis politiques qui pèseront sur la politique étrangère de la France. Il faut donc faire avec Paris tout en sachant que tout ce que l'on y dit, tout ce que l'on y fait, tombera dans le biais de la frivolité intrinsèque de cette ville. Misère de la concentration des pouvoirs, misère de la délégation, du système représentatif. Dans ces moments on se sent anarchiste. On eût voulu que l'Europe ne fût qu'une fédération de petites communautés qui ne délégât jamais le pouvoir à des représentants, des partis politiques constitués dans les grandes villes. Le ver est dans le fruit dès que l'action politique est déléguée.

 

 

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Le 24 juin rive gauche...

24 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Au coeur des mouvements anti-guerre

Vu la dame du groupe politique dont je vous parlais ce matin (nous pourrions l'appeler Zénobia)... Aïe, aïe, comment parler de cela ? Je le voudrais, dans l'intention de faire connaître à tout un chacun les gens qui combattent dans les milieux dissidents, et pour que l'information ne soit point cantonée aux milieux parisiens. C'est dans cet esprit d'ailleurs que j'avais publié mon 10 ans sur la planète... Oui, mais voilà, éventer la confidentialité de nos conversations, ce serait compromettre nos possibilités d'action conjointe ultérieure... Et pourtant l'envie me brûle les lèvres tant cette entrevue, le lieu où elle se déroula, la manière dont chacun de nous deux se positionna, ce que chacun de nous dit ou ne dit pas, demanda ou ne demanda pas, me paraissent instructifs pour la connaissance des milieux militants. Mais non allons. Motus et bouche cousue, nous garderons cela pour nos mémoires.

Beaucoup de gens aujourd'hui ont lu mon article sur l'arrestation de Ceku sur le blog de l'Atlas alternatif, des connexions de Grèce, de Russie, de Suède, du Sénégal, d'Oman, de Californie... et même (mais oui !) de Bethléem en Palestine occupée... Des recherches par mots clés qui ne fidélisent pas le lecteur je suppose. Un correspondant mulhousois réfléchit à l'idée de créer un forum antiimpérialiste en appendice du blog de l'Atlas, ce qui me paraît être une excellente idée, toujours dans l'esprit de fédérer les énergies.

Au fait, pour ceux qui s'intéressent encore à l'Iran, un article de Meyssan qui satisfait en partie le voeu que j'avais formé de voir naître une analyse sociologique des révolutions colorées : disons qu'ici on peut trouver un historique et un inventaire des organismes, c'est déjà bien.



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