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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Ceku menotté

24 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Peuples d'Europe et UE

Toutes les journées ne peuvent pas être mauvaises, et les alliés de MM. Kouchner et Sarkozy ne peuvent pas gagner à tous les coups.

Aujourd'hui on apprend l'arrestation d'un criminel de guerre d'ex-Yougoslavie, et, pour une fois, ce n'est pas un Serbe (non sans blague ?) : il s'agit de l'ancien premier ministre albanokosovar Agim Ceku, accusé de crimes de guerre commis lorsqu’il était colonel des forces croates en 1993, puis lorsqu’il était chef d’état-major des forces kosovares (UÇK) en 1998-99, et encore à nouveau lors des pogroms anti-Serbes au Kosovo en 2004. Il a été placé en garde à vue au point de passage frontalier de Giuechevo alors qu'il pénétrait en Bulgarie depuis la Macédoine voisine dans la nuit de mardi à mercredi. M. Ceku, c'est le monsieur dégarni sur la photo là à gauche, qui pose avec notre adorable ministre des affaires étrangères ancien gouverneur du mandat néo-colonial de l'ONU à Pristina, Kouchner-de-la-guerre.


Selon des sources diplomatiques, les autorités de Belgrade avaient demandé en vain début mai à leurs homologues colombiens de procéder à son extradition de la Colombie vers Belgrade. Ce n’était pas la première fois qu’Agim Ceku échappait à la justice, mais cette fois ci, l’échec aurait été dû à l’intervention directe de Bernard Kouchner. Prenons les paris : qui va être le premier à faire pression sur la Bulgarie pour obtenir sa libération ? notre ministre bien aimé, ou bien M. Richard Holbrooke autrefois émissaire de Clinton au Kosovo, hérault de M. Obama en Afghanistan, ou M. Solana secrétaire général de l'OTAN du temp où il fallait casser du Serbe, aujourd'hui responsable des affaires étrangères de l'Union européenne ?

Bon à part ça Michel Collon donne une conférence sur Hugo Chavez et le Proche Orient à Paris demain soir (librairie de la Résistance), il faut y aller ! et cet après midi je rencontre une responsable d'un groupe d' immigrés anticolonialistes. Que des choses positives.

 

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Fin de journée au milieu du choc des civilisations

22 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Je pourrais, pour terminer cette journée, synthétiser tous les arguments qui ont été échangés à propos de l'intéressant débat sur la burqa - débat qui rejoint le non moins intéressant débat sur l'Iran - mais l'énergie me fait défaut et je trouve que l'intéressante ouverture sur Robespierre qu'esquisse Mme C de Belgique, dans son récent commentaire (cf cid-dessous), après avoir approuvé mon point de vue sur la burqa constitue, au fond, la meilleure des conclusions possibles pour aujourd'hui (même si je ne partage pas complètement son adhésion aux références qu'elle avance sur l'Iran ni certaines connotations un peu "complotistes" de son vocabulaire).

Plutôt que de longues analyses (et il y en a eu de nombreuses dans nos commentaires) que les lecteurs d'Internet lisent souvent de façon sélective, partiale, en fonction de leurs propres préjugés sur les questions qu'ils abordent, je pense que l'heure est à l'action (ce gros mot que la gauche de la gauche privilégie de moins en moins ainsi qu'elle l'a montré après la victoire du "non" au référendum sur le Traité constitutionnel européen). L'action, c'est à dire la stratégie, et la tactique, sur le terrain politique, en prenant les forces et les faiblesses des groupes réellement existants ou susceptibles de se constituer en peu de temps. J'ai quelques idées derrière la tête que j'espère pouvoir "tester" en situation dans quelques mois. Bien sûr un blog n'est pas un espace où les stratégies peuvent se dévoiler, mais j'entends terminer cette journée par le mot "stratégie" afin que les lecteurs de bonne foi n'aillent point s'imaginer qu'il ne s'agit que de décorticage de concepts.

J'espère que les jeunes issus de l'immigration, et notamment ceux d'origine musulmane, en France, en Belgique, et dans le reste de l'Europe, auront la force de ne pas se laisser impressionner par le discours des donneurs de leçons anti-burqa, et de ne pas non plus s'engouffrer dans des impasses comme le vote Dieudonné ou la démission devant le combat politique. Car c'est par eux que passera le succès de stratégies contre le projet de choc des civilisations mené par les élites euro-étatsuniennes (et qui est en réalité un projet d'asservissement du Moyen-Orient comme de toutes les régions remettent en cause leur hégémonie), projet dont sont solidaires, objectivement quoique souvent à leur insu, ceux qui veulent utiliser Voltaire contre les cultures de nos anciennes colonies. Ces jeunes sont une composante importante des dispositifs qui pourront se mettre en place pour faire pièce à la loi du cynisme et de l'intolérance à laquelle adhère une si grande part de notre classe politique. Un point à ne pas perdre de vue.
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Islam et philosophie

22 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Je lisais tantôt sur http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2009-06-22/vous-l-avez-dit-port-de-la-burqa-entre-emotions-et-convictions/920/0/354706

"caroline_chaïma demande la parole : "Laissez parler les premières concernées ! Je suis Française née en France, en pleine campagne picarde, de parents, grands-parents, arrière-grands-parents français et je suis musulmane, je porte le voile intégral et j'ai envie de dire : et alors ? Ce que j'aimerais dire, c'est que je suis heureuse derrière mon voile, j'ai juste décidé de me préserver des regards pervers. Ce n'est ni mon père, ni mon frère, ni mon mari qui m'ont forcée à porter le voile intégral, c'est un choix personnel.""

Voilà encore un exemple en Occident de ce qu'un ami, après avoir reçu le texte sur Foucault et l'Iran dont je parlais dans un commentaire, appelle un "mouvement plus général d'intérêt pour l'islam comme alternative au rationalisme". Je tiens à préciser que cet ami est heideggerien et que certains théologiens musulmans utilisent Heidegger.

 

Je dois dire ici que si sur le plan politique, je suis pour un dialogue ouvert avec la culture musulmane, sur le plan de l'interrogation ontologique (je n'ose pas dire de la philosophie), je ne vois pas du tout ce que l'islam peut apporter (ni d'ailleurs l'heideggerianisme). A mon sens, une seule question est légitime : pourquoi l'être ? (c'est à dire pourquoi la matière, je précise cela pour éviter les dérives spiritualistes qui étranglent la philosophie occidentale quand elle se confronte à cette question). Or cette question ne peut recevoir la moindre réponsedu point de vue de la rationalité humaine, laquelle pour répondre devrait avoir la faculté d'englober la possibilité du non-être autrement que comme limitation de l'étant, ce dont elle est incapable. Toutes les autres questions posées par la philosophie (qu'est ce que le beau, le bien, pourquoi l'art, pourquoi le politique etc) pouvant être par ailleurs "désamorcées" et renvoyées à leur illégitimité profonde par une approche adéquate sur le mode du "comment" (par exemple "qu'est ce que le beau" est une question qui se désamorce avec "comment le beau", "comment la naissance de l'art", "comment l'aspiration esthétique chez le primate humain", "comment le désir des formes dans le fonctionnement biologique des animaux soumis au mouvement et à la reproduction sexuée) .

 

Pour moi le rapprochement avec l'Islam en vue de "respiritualiser l'Occident " est un thème hors ontologie, ce n'est que de la construction doctrinale littéraire comme le sont les trois quarts de la philosophie depuis Platon et ce pourquoi je ne me reconnais plus dans la philosophie, sauf à la nommer littérature (et un genre mineur de la littérature, un genre saturé d'idéologie).

 

On me trouvera bien sévère avec la philosophie, et justement ce petit billet est l'occasion de faire le bilan. Que doit-on à la philosophie ? Son seul mérite à mes yeux aura été d'essayer de construire comme des problèmes universels (donc faiblement engagé dans des croyances, des pratiques, ou des conflits locaux) des dilemmes qui se présentaient en situation de façon "aigüe" : par exemple, qu'est ce que le bon gouvernement des hommes (Platon), quand Athènes se déchirait sur la question de la démocratie, ou qu'est ce que l'homme peut savoir et doit croire (Kant) quand l'Europe était secouée par la crise de l'Auflärung. Ces questions n'ont d'intérêt que comme effort de situer un propos sur un plan universel, sachant que les philosophes européens se sont toujours hâtés d'y trouver des réponses qui n'avaient rien d'universel (un peu comme Descartes qui dans les Médiations métaphysiques révoque en doute toutes les croyances locales qui l'habitaient pour finalement, à l'appui de  démonstration sur le cogito, réintroduire une croyance aussi locale que le "malin génie", et finalement la preuve ontologique de Dieu de Saint Anselme).

Le meilleur de la philosophie est le geste vers l'universalité, et c'est la seule partie que, pour ma part, j'en sauverais. Mais en rien l'ouverture à l'Islam, ni à aucune autre croyance ne peut la rendre plus universelle ni plus légitime. L'universalité véritable la philosophie ne la trouve in fine que dans la reconnaissance de sa propre impossibilité comme discours sur l'être et dans son humble effacement devant l'étude attentive du "comment" selon le règles universelles de la logique, c'est-à-dire selon une méthode scientifique.

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Robert Fisk à propos de l'Iran

21 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Je veux juste signaler ici l'article de Robert Fisk sur http://www.independent.co.uk/opinion/commentators/fisk/robert-fiskrsquos-world-in-tehran-fantasy-and-reality-make-uneasy-bedfellows-1710762.html qui me paraît assez équilibré sur l'Iran. Fisk n'aime ni la République islamique ni Ahmadinejad, mais reconnaît que les quartiers pauvres ont voté pour lui. D'après lui Ahmadinejad a sans doute recueilli 51 ou 52 % mais la bureaucratie de la République islamique aurait cru, maladroitement, rendre sa victoire moins contestable en rajoutant une louche de fraudes pour dépasser les 60 %, sciant ainsi la branche sur laquelle elle était assise. Une ironie de l'histoire en somme.
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La journée de la burqa

20 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Je regrette, infiniment (euphémisme) que la gauche de la gauche en la personne de M. Gérin, main dans la main avec la sarkozyste Mme Amara, se mettent en tête maintenant d'interdire le port de la burqa et du voile intégral dans notre pays. Quand le sociétal remplace le social, quand la Journée de la jupe devient un film culte, le néocolonialisme et le choc des civilisations ont de beaux jours devant eux.

Ce sinistre projet est clairement islamophobe, c'est le projet des petits bourgeois donneurs de leçons occupés par leur "mission civilisatrice".  C'est dramatique.

Je n'ignore pas que beaucoup de femmes sont victimes du machisme dans les pays musulmans, et que la burqa fonctionne comme une prison pour beaucoup d'entre elles.

Cependant je reste libéral en matière vestimentaire. Tout ce qui ne conduit pas à l'incitation au viol et à la corruption des mineurs doit être autorisé. La burqa ne relève pas de ce registre.

En outre je ne peux pas ignorer que 1) le port de la burqa ou du voile intégral est très minoritaire en France, même parmi les musulmanes ; 2) certaines femmes musulmanes souhaitent sincèrement porter ce vêtement qu'elles rattachent à leur tradition.

Si l'on veut libérer les femmes musulmanes, attachons nous à les instruire, elles et leurs frères, leurs maris, et à leur faire une place dans notre société, plutôt que de leur imposer la violence de la loi. Et avant même que de les libérer, commençons par les entendre. Le "projet civilisateur" n'est pas à sens unique, et nous avons aussi à nous laisser "civiliser". Entendons notamment ce qu'ont à nous dire les peuples musulmans. Quand certaines de leurs autorités cultuelles expliquent que les femmes occidentales ploient sous la dictature de la séduction, de l'apparence, du corps mince, du maquillage, du narcissisme et de la volonté de plaire, n'ont-elles pas raison ? Si une loi veut règlementer la "dictature" de la burqa, ne doit-elle pas aussi alors règlementer celle de l'industrie de l'habillement, et celle de l'industrie de la nudité, qui créent tant de frustrations et tant d'inégalités entre femmes jeunes et vieilles, belles et laides ? N'y a-t-il point là un enfer pour les femmes qui n'a peut-être rien à envier à l'enfer de la burqa ? Si le voile, intégral ou non, est pour certains un moyen de soustraire les femmes à la loi de leur marchandisation, c'est un argument que l'on doit entendre, autant que celui des féministes occidentales qui y voient un instrument d'aliénation sans trouver pourtant à redire à la dictature du string. Et faisons preuve de la plus grande circonspection devant ces projets législatifs remplis de bonnes intentions, dont le fondement réel est le refus de comprendre l'autre, la volonté aveugle de lui imposer notre morale, nos valeurs, notre propre aliénation. Il est vrai qu'on oublie si bien ses propres chaines en prétendant libérer autrui...

Un ami me disait que nous devrions créer un mouvement "Pas en notre nom" comme le mouvement anti-guerre de 2002 qui s'exprimerait à chaque aberration de nos gouvernants en matière de politique étrangère ou de relation avec le cultures que leurs erreurs n'engagent pas les citoyens qu'ils entendent représenter. Le thème de la loi sur la burqa serait un bon sujet pour ce genre d'action. Et si demain la burqa venait à être interdite, nous devrions tous, hommes et femmes, sortir dans cette tenue en signe de refus de ce totalitarisme de la political correctness.

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Nouveau tracker

19 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Atlas alternatif

J'ai installé un nouveau compteur "tracker" (http://tracker.icerocket.com/) sur le blog de l'Atlas alternatif, et sur le présent blog.

Bilan mitigé pour l'heure. C'était un mauvais jour pour mon blog parce que je n'ai posté aucun article d'intérêt général depuis 48 heures. Le compteur affiche un piètre chiffre de 10 visites pour la journée de vendredi alors que d'ordinaire nos chiffres tournent autour de 30-40 selon les statistiques d'overblog. Près de la moitié de ces lecteurs sont des belges (Diest, Bruxelles, Namur), le reste des français (Boulogne-Billancourt, Lyon, Hyères, La Rochelle), je ne sais qu'en conclure.

Une des difficultés du décompte sur le blog de Delorca est que ce chiffre de 10 visiteurs est très inférieur à celui que fournit pour la même journée le compteur d'overblog qui, lui, compte 28 visites, dont seulement 29 % viendraient en accès direct. On a le sentiment que le décompte du tracker exclut tout ce qui arrive au blog via des mots clés.

Un hiatus existe aussi pour le blog de l'Atlas alternatif, mais dans l'autre sens puisqu'overblog recense 37 visiteurs alors que le tracker en compte 43 en 24 h. Ces deux chiffres rejoignent les statistiques habitiuelles, le blog étant encore boosté notamment par mon article sur l'Iran qui avait déjà attiré 120 visiteurs la première journée, et qui représente encore la moitié des motifs de visite aujourd'hui (bien que cet article ne soit repris par aucun blog, les gens le font circuler par email). Par nationalité, les visiteurs sont aux 2/3 français, avec cependant 5 belges, 3 suisses, 2 canadiens et 2 lecteurs du Maghreb (Tunisie et Maroc) ainsi qu'un ouzbek (qui a lu l'article Ouzbékistan). Côté français on relève une assez grande dispersion sur le territoire (dont j'ignore si elle reflète la diffusion de l'Atlas alternatif). 4 connexions dans le nord-ouest (Bretagne-Normandie) 2 dans le grand sud-ouest (1 dans le Limousin, 1 en Roussillon), 2 dans l'Est (Dijon, Strasbourg), 2 à Bourges (on ne sait pas pourquoi), 3 dans le Rhône-Alpes, 6 en Ile de France (dont 2 à Paris), 1 à Toulon, 1 dans le Nord-PDC. Ce qui est très satisfaisant, c'est de toucher des petites villes comme Noisiel (15 000 habitants Ile de France), Viry (3 000 Rhone Alpes), Bihorel (9 000 Normandie),Voiron (19 000 Rhone Alpes), Hennebont (13 000 Bretagne), Tremblay (1 400 Bretagne), Collioure (2 700 Roussillon), Ste Foy lès Lyon (21 000 Rhone Alpes), Montigny-en-Gohelle (10 000, Pas de Calais, où l'on s'intéresse visiblement au Myanmar). Compter presqu'un quart de ses lecteurs dans des communes de moins de 30 000 habitants, cela signifie que l'on compense via Internet les concentrations de bibliothèques et de points de presse dans les grandes villes.

Bon pour le moment je m'en tiendrai là, et réessaierai un décompte un jour où j'aurai un peu plus de lecteurs. Je sais ce que vous allez dire : que 40 lecteurs ce n'est pas terrible. Mais notez que mes blogs de présetent ni filles nues, ni recettes de cuisine, ni propos bateaux sur l'avenir du PS ou de Barroso comme tant d'autres, vu la spécificité de mes problématiques, je ne peux pas prétendre attirer les foules.
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L'Islam au resto pakistanais

18 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Délaissant les débats enflammés sur l'avenir de l'Iran (Paul Veyne a bien raion : aujourd'hui tout le monde cherche à avoir un avis sur le relations internationales comme au temps de Sénèque tout le monde devait avoir un avis sur les dipositions de l'âme, une scène de Bridget Jones dit aussi cela je crois), j'ai dîné hier en célibataire au Pakistanais près de chez moi. J'avais amené le livre "Histoire du Bouddhisme tibétain : La Compassion des Puissants" d'Elisabeth Martens, un ouvrage pas terrible qui part d'un bon sentiment (dénoncer notre engouement pour le Dalaï Lama) mais qui se perd trop dans des rappels "neutres" de l'histoire antique, et, sur des points essentiels de l'époque contemporaine, renvoie à d'autres livres sans les résumer, comme si nous avions le temps de nous y reporter, sans parler des familiarités de langage assez déplacées que le livre s'autorise.

Le chef a repéré ce livre dans mes mains. Le dialogue s'est engagé :

"C'est quoi que vous lisez ? le bouddhisme ?
- Oui.
- Vous êtes bouddhiste ?
- Non, je le lis par curiosité.
- C'est de quelle époque le bouddhisme ?
- Il y a 2 500 ans.
- Ah oui ?"


A ce moment là j'avais oublié que le patron était pakistanais, je pensais qu'il allait comparer le bouddhisme à l'hindouïsme. Mais il est juste resté là pensif; puis il a enchaîné :

"Et Adam, quand il a quitté le Paradis terrestre, c'était quand ?"

J'ai songé qu'il était peut-être un chrétien d'Inde. J'ai juste dit
"Oh ça, Adam c'est la religion chrétienne"

Il s'est exclamé "Oh oui, oui, mais pour moi toutes les religions me conviennent !".
Et il a poursuivi : "J'ai un livre à la maison : toute l'histoire depuis Adam au dernier président Musharaf. Mais j'ai toujours du mal à dater les choses.A chaque fois je me dis ' c'était quand ?' "

Je n'ai pas voulu heurter sa foi. J'ai seulement répondu "Adam on ne peut pas savoir quand il  existé"
Ma réponse a eu l'air de le satisfaire. La réflexion de ce type "toutes les religions me conviennent" m'a rappelé M. Rachid. Toujour scet Islam englobant qui peut s'accomoder de tout puisqu'il est censé avoir le dernier mot sur tout, être le dernier mot de tout. N'empêche que les petits commerçants orientaux m'étonnent toujours : l'endroit où ils placent leur curiosité, la façon dont ils l'expriment.

A propos de l'Islam, le Dissident internationaliste hier m'a sorti toute une théorie politique : "La notion de pouvoir de droit divin, m'a-t-il dit, est une notion chrétienne, pas musulmane . Les musulmans ne peuvent pas considérer qu'un pouvoir vient de Dieu, c'est de la mécréance à leurs yeux. Ils pensent que les hommes doivent construire un pouvoir s'appuyant sur les règles divines, ce qui est autre chose, puisque les règles divines sont établies en principe à partir d'une libre discussion des textes divins et les non musulmans sont censés pouvoir se gouverner selon leurs propres lois au sein d'une société musulmane. (cette liberté est dans les faits entravée très souvent certes, et pour les musulmans et pour les non musulmans !!!) 

On peut évidemment discuter ces principes aussi, mais ce n'est quand même pas la même chose que le pouvoir de droit divin, puisque le droit à la révolte contre un souverain injuste est censée être la base de l'islam (certains disent que c'est la raison des dictatures, car aucun musulman ne peut accepter longtemps de se soumettre à un pouvoir, alors il doit être doublement autoritaire pour imposer la peur puisqu'il ne peut pas imposer la servitude volontaire).

Il y a un hadith qui dit :
 
' Quand tu te trouves devant un souverain injuste, lève ta main contre lui, et Dieu sera de ton côté
Si tu ne peux pas le faire, alors lève la parole contre lui, et Dieu sera de ton côté
 Si tu ne peux pas le faire, alors pense contre lui, et Dieu sera de ton côté (mais cela sera compté comme le plus petit degré de la foi).'

La différence fondamentale avec le christianisme, un peu comme dans les pays de l'Est avant 1989, est qu'on apprenait aux gens qu'ils sont libres et ne doivent aucune soumission au pouvoir humain ...après quoi on verrouille. Mais le point de départ reste quelque part le droit à la révolte.

Chez les chrétiens traditionnels (pauliniens disons) on verrouille au niveau du surmoi (et ensuite de la police), chez les autres on verrouille au niveau de la police.

C'est même une des thèses des évolutions dictatoriales de ces sociétés musulmanes (ou bolchéviques ?). Puisqu'au départ on annonce aux gens leur droit à une liberté totale, de peur qu'ils en profitent, on verrouille totalement le pouvoir, encore plus durement. 

C'est un argument qu'on retrouve par exemple presque clairement chez Saddam Hussein qui parlait de ce peuple libre d'Irak qu'il es difficile de canaliser sans réprimer ...Et Rafsjandjani il y a quelques années dans une interview assez franche portant sur l'Irak en guerre civile avait dit quelque chose du genre : avec un peuple libre comme les Irakiens, pour qu'il marche à peu près droit, il n'y a que des dirigeants comme Saddam Hussein qui en sont capables..."


J'ai fait remarquer que la question restait de savoir si cette "philosophie" de Saddam hussein ou de Rafsandjani puise vraiment ses racines dans la conception musulmane de l'homme, ou s'il ne s'agit pas d'une croyance de café du commerce comme quand Pétain disait qu'avec un peuple querelleur (et donc libre) comme les gaulois/français il fallait une main de fer pour les encadrer (et j'ai entendu ça aussi chez les Serbes).

Mon pote que nous appellerons dorénavant "le Sandiniste" est revenu de Savoie où il a passé le weekend avec l'Octogénaire révolutionnaire (un type qui a combattu aux côtés de Castro et du Che et qui bosse encore pour la société venezuélienne Petrocaribe). Il m'a passé un coup de fil. L'Octogénaire lui a donné plein d'idées sur ce que nous pouvons faire pour notre mouvement anti-impérialiste, et le Sandiniste en est revenu requinqué.


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Le débat sur Téhéran

17 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Hé voilà, ça n'a pas raté : la gauche antiimpérialiste s'offre une nouvelle fois un débat bien pourri sur ce qu'il faut penser de la "révolution colorée" de Téhéran. Tous les ingrédients sont là, y compris l'accusation - formulée à demi mots, avec un petit sourire entendu en coin de lèvre, comme d'hab - de "rouge-brunisme" pour quiconque ne saute pas au plafond de joie devant le spectacle des jeunes femmes des quartiers riches de Téhéran qui descendent dans la rue maquillées comme des carrés d'as avec un foulard vert sur le visage.

Certains comme le Scientifique belge, allergique à la religion, veulent croire que Moussavi n'est pas le valet d'une nouvelle Fondation Soros, et qu'il incarne une troisième voie entre les partisans de la capitulation devant l'Oncle Sam et les partisans d'Ahmadinejad, comme naguère en Serbie Kostunica entre Milosevic et Djindjic. Who would believe it ?

Des questions intéressantes surnagent au milieu de tout ça comme celle de savoir si une femme est plus libre en string, exposée au regard concupiscent ou dépréciatif des hommes, ou en tchador soustraite au jeu de la séduction. Un ami a rappelé que les Iraniennes ont imposé le tchador en 1979 alors qu'il était interdit sous le shah. Pour elles c'était à l'époque une libération d'une mode que la plupart ne pouvaient pas atteindre quand bien même elles l'auraient voulu. La police du shah tirait sur les millions de manifestantes portant le tchador interdit ...

Mais une fois de plus le débat en France est plombé par les procès d'intentions, les donneurs de leçons de pureté "démocratique" à gauche sont à la fête, et tout le monde est sommé de prendre le parti de Moussavi (soutenu par les grands médias de nos contrées) sans chercher à problématiser quoi que ce soit.

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Chavez, la critique et le commandement

16 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Puisque je faisais avant-hier une remarque sur la psychologie de Mahmoud Ahmadinejad, voici une vidéo qui reflète celle d'Hugo Chavez, avec ses bons côtés et les mauvais. Toujours utile à regarder, pour avoir un jugement nuancé...


Chávez responde a intelectuales de izquierda que critican su


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Elections iraniennes

14 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Tandis qu'Hugo Chavez félicitait chaleureusement Mahmoud Ahmadinejad pour sa réélection, qualifiant sa réélection de "victoire très grande et très importante" pour les peuples qui luttent pour un monde meilleur, le Parti communiste français s'inquiétait, dans un communiqué, de la réélection du "plus dur, celui qui apprécie les provocations antisémites, celui qui n'a fait qu'accentuer une répression brutale dans son pays, multipliant les condamnations à mort, écrasant les libertés et les droits de l'homme sur son passage". "Malgré cette réélection, qui n'est pas de bon augure pour le peuple iranien, on attend de la nouvelle administration américaine, des Européens et de la France une attitude de responsabilité et l'ouverture à un dialogue nécessaire afin d'apaiser les tensions et agir collectivement pour la sécurité internationale, pour le désarmement et la non-prolifération nucléaire", concluait le PCF.

Le contraste entre ces deux positions montre la difficulté pour la gauche anti-impérialiste de définir une pensée cohérente à propos de la République islamique d'Iran. Ce régime ne peut pas plaire à la gauche depuis le début (depuis 30 ans) puisqu'il s'est construit sur la liquidation des forces révolutionnaires socialistes et laïques iraniennes au profit de la petite bourgeoisie de ce pays.

Ahmadinejad lui-même inspire de la méfiance pour des raisons spécifiques. Une partie de ces raisons relèvent de la désinformation pure et simple, par exemple ses déclarations sur la nécessité de rayer Israël de la carte sont une déformation grossière de son propos initial. Certaines autres de ses initiatives sont pour le moins maladroites voire stupides comme son coup de pouce aux négationnistes en organisant une conférence à leur profit à Téhéran "au nom de la liberté d'expression", d'autant qu'il semble que lui-même en réalité ne remet pas en cause l'existence de la shoah. Cette provocation à l'égard de l'Occident n'avait pas beaucoup de sens. Il est difficile de voir clair dans la position de l'Iran en ce moment sur la judéophobie. On sent que se mêle dans leur vision le paternalisme protecteur habituel de l'Islam, l'antisionisme (justifié selon moi), et une importation de certaines visions complotistes nauséabondes, venues de l'extrême-droite occidentale du 20ème siècle, et qui est ce qu'il peut y avoir de plus détestable en fait dans l'idéologie iranienne en ce moment.

A cela s'ajoute évidemment un mépris pour les libertés formelles (notamment les droits des minorités) qui n'a rien à envier à ce qu'on trouve en Arabie Saoudite, en Egypte, en Syrie.

Ceci étant posé, deux éléments doivent être pris en compte avant d'entrer dans l'engrenage de la diabolisation d'Ahmadinejad. Dans les relations internationales aujourd'hui, on ne peut pas prendre position comme si l'on vivait dans la République de Platon ou tout autre monde idéal. Nous sommes dans un monde de rapport de forces. Ahmadinejad est une pièce importante dans le jeu de ceux qui refusent de réduire la Palestine au statut de bantoustan (ce qu'elle deviendra nécessairement si le point de vue de Mahmoud Abbas s'y impose). Ahmadinejad est un des rares leaders musulmans à mener une politique active de soutien à la résistance armée palestinienne. C'est aussi un des rares leaders du Proche-Orient à jouer avec conviction la carte du non-alignement aux côtés de Chavez, de Morales et de Mugabe. Enfin, son aspiration - qui est aussi celle de l'ensemble de la population iranienne - à pouvoir se défendre au moyen de l'arme nucléaire alors que le pays est encerclé par les bases militaires étatsuniennes et menacé par les missiles nucléaires israéliens et américains - me paraît on ne peut plus légitime.

On peut regretter d'avoir à créditer M. Ahmadinejad de ce genre de choses, mais voilà à quoi la folie impérialiste occidentale - avec la complicité des opinions publiques - nous conduit, et il faut faire avec.

Personnellement je ne partage pas les inquiétudes de certains sur la prétendue folie du dirigeant iranien. C'est un homme qui n'a pas un pouvoir infini puisqu'il est pris dans un jeu d'équilibre de pouvoirs subtil, notamment avec le pouvoir théocratique qui le surplombe. A titre personnel il a l'air d'être un homme de bonne volonté, intègre, issu des classes populaires (ce qui est rare dans ces régions). C'est à l'origine un ingénieur compétent, et courageux - car il s'est battu dans les rangs des gardiens de la révolution pendant la guerre Iran-Irak, porté aussi sur la poésie si l'on en croit son blog (mais c'est un trait répandu en Iran). On peut ne pas aimer ses idées qui sont très largement celles du régime de Khomeyni depuis son origine : un univers moralisateur qui se teinte d'une mystique du sacrifice un peu trop sanguinolante (ici le chiisme rejoint le catholicisme). Mais il faut reconnaître qu'il l'oriente dans un sens souvent pragmatique, et, en tout cas, encore une fois dans le sens du non alignement du Tiers-Monde, ce qui est en soi une bonne chose.

D'un point de vue de gauche, je ne peux pas être enthousiaste pour Mahmoud Ahmadinejad, mais il me faut, comme Chavez, prendre acte de ce qui dans sa politique va plutôt dans le sens de la libération des peuples, tout en sachant que, s'il est renversé, ce n'est pas le régime socialiste rêvé par les trotskistes et le PCF qui s'imposerait en Iran, mais, vraisemblablement, une sorte de régime parlementaire néo-libéral subventionné par les Etats-Unis qui signerait un traité de paix avec Israël et abandonnerait aussi bien la cause des pays déshérités que celle de la Palestine.

Vendredi dernier dans une dépêche de Reuters, le chef des gardiens de la révolution islamique Yadollah Javani dénonçait une "révolution de velours" (par analogie avec la Tchécoslovaquie de 1989) et une "révolution de couleur" (par référence à l'Ukraine notamment). Les médias occidentaux ont parlé de "révoution verte" (cf ci dessous une vidéo occidentale en faveur de l'adversaire d'Ahmadinejad qui devrait faire fuir tous les citoyens conscients des manipulations impérialistes dans le monde, une vidéo qui, comme il convient de nos jours, cherche surtout à brouiller les cartes, situant Moussavi à la fois du côté des aspirations pro-occidentales d'une certaine jeunesse bourgeoise, et du souvenir de la résistance au Shah - avec en prime une défense de "l'intifada électronique" - aider la Palestine sur Facebook, c'est mieux que dans la réalité). La gauche anti-impérialiste même si elle n'aime pas le régime iranien ne peut entrer dans cet engrenage là. La position qui me paraît la plus opportune à l'égard d'Ahmadinejad, même si elle est difficile à tenir, est du côté de la neutralité à l'égard de l'Iran.



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Les sans-voix et les pauseurs

13 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Le Dissident internationaliste m'a annoncé cette semaine qu'il commencerait sans doute à écrire un livre cet été : "des scènes de vie pour parler de gens que j'ai croisés dans mon itinéraire, des gens rencontrés dans des circonstances exceptionnelles, et qui eux-mêmes ne peuvent pas parler parce qu'ils subissent d'énormes censures, professionnelles ou autres".

Ecrire sur les sans voix, pour les sans voix, qui avait été aussi le but de mon premier livre, et la raison pour laquelle je suis devenu sociologue plutôt que philosophe ou historien. Exercice difficile. Je ne suis pas étonné d'entendre cela dans la bouche du Dissident internationaliste, plutôt que dans celle des intarrissables donneurs de leçon (comme il y en a notamment dans la bande à Chomsky).

Je suis fatigué des pauseurs qui n'ont rien à dire. Les auteurs de livres bourdieusiens à la Denord qui enthousiasment les petits cercles libéraux "contestataires" comme le blog d'Edgar. Tous ces gens s'aveuglent. Même feu-Castoriadis que je réécoutais cet après-midi sur Là-bas si j' y suis m'emmerde et, rétrospectivement, je ne m'étonne point qu'il ait été trotskard à l'heure où la classe ouvrière grecque risquait sa peau à être stalinienne.

Les sans voix, eux, croyez le ou non, se trouvent à tous les échelons de la société. Songez que ma chef, dans mon job de juriste, me racontait avant hier comment elle a été chargée dans le cadre d'une de ses missions d'écrire le droit de l'urbanisme du Royaume du Cambodge il y a quelques années. Elle décrivait avec passion les pauvres tenus pour moins que rien, le ministre qui à la télévision dit qu'il ne faut pas les instruire parce qu'ils sont sources d'agitation, et l'introduction de la propriété privée dans ce pays dans les années 1990, oui, vous avez bien lu : la fin du 20 ème siècle, parce qu'avant, le pays était communiste, et auparavant encore, les terres étaient toutes propriétés du roi comme dans l'Empire inca ou l'Egypte des Pharaons. "Le gouvernement cambodgien a décrété que la propriété appartiendrait à celui qui la cultive. Or les analphabètes n'ont pas su démontrer qu'ils cultivaient leur terre et se la sont faite voler".

Bon sang qui dit cela ? Notre distingué auteur de l'article "Cambodge" de l'Atlas alternatif (qui a fait tant parler de lui par la suite et n'a jamais mentionné l'Atlas alternatif dans sa biblio) l'a-t-il dit ? Hé bien cette dame aussi est à sa manière une sans voix, parce que son statut professionnel lui interdit absolument d'écrire ce genre de chose.

Alors lisez les bourdieusiens en chef, ou les chomskyens en chef, ou les castoriadisiens en chef si ça vous chante. Mais je vous le dis : toute cette engeance m'emmerde profondément. Je leur préfère cent fois les sans-voix, les gens qui ne savent pas faire la promotion de leur livre comme le Dissident internationaliste (et qui n'ont pas leur groupe de fans sur Facebook), les éditeurs qui n'arrivent pas à approvisionner la Fnac dès que dix livres sont vendus, les animateurs de radio qui savent mille fois plus choses sur un pays en guerre (et les mille intrigues prosaïque qu'il y a derrière cette guerre) que les pontes de Sciences Po mais qui n'osent pas écrire là dessus parce qu'on ne les invite pas dans des colloques. Ces gens sont des gens vrais, des gens plus près du réel que les pauseurs. Et tant pis pour ceux qui ne le comprennent pas.
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L'Un et le multiple dans les religions et la métaphysique

10 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

J'écrivais hier en réponse à un militant communiste qui vantait les mérites de l'Un et, par voie de conséquence, du monothéisme qualifiant, comme il est d'usage dans l'histoiographie classique :


"Cela dit la "vieille religion d'Israël"  a eu aussi pas mal de déviation polythéistes au cours de son histoire (soigneusement camouflées ou diabolisées a posteriori par la bible) au point qu'on peut se demander si ce n'est pas le monothéisme qui est en fait une "déviation" du vieux polythéisme israélite

 

Mais j'avoue que philosophiquement  je ne suis pas un fan de l'Un, qui correspond à la notion d'indifférenciation, et, au fond, renvoie soit au solipsisme, soit à la dissolution du soi dans le monde, c'est à dire à la mort (je suis de ce point de vue assez d'accord avec la critique nietzschéenne de l'unité schopenhauerienne, et, à travers elle, de l'unité platonicienne). Je ne suis pas sûr qu'historiquement ni logiquement un devienne deux (schéma métaphysique et monothéiste). Il me semble plutôt que le multiple est premier, et le multiple retourne toujours au multiple. Je sais que l'hypothèse du big bang, va plutôt dans le sens des partisans du Un... mais le point de départ du big bang était il déjà "un", ou n'est ce pas un réductionnisme mathématique qui nous le fait penser ?

Je te suivrai pour dire que le monothéisme a parfois des vertus. Tout comme, dans d'autres sphères, le socratisme, le zoroastrisme, le bouddhisme, le taoïsme, et diverses autres grandes réformes idéologiques antiques ont eu le mérite de faire avancer chez l'être humain l'idée de révolution comme processus de changement radical, volontaire et organisé de soi-même et de l'ordre social. 

Mais alors il vaut mieux que ce soit un monothéisme "philosophique" comme celui du néoplatonisme ou du stoïcisme, car au moins celui-là ne produit pas de guerres armées entre sectes.
 
Il est vrai qu'il ne faut pas idéaliser le polythéisme et que, comme le disent Zizek et Veyne, le polythéisme devait être plus ennuyeux à vivre que la saga vivifiante du monothéisme autour de la faute et de la rédemption individuelle
 
Toutefois le polythéisme permettait une certaine cohabitation entre les dieux de différentes cultures, ce qui avait du bon. Et je ne crois pas du tout qu'il ait favorisé  l'esclavage et le productivisme plus que le christianisme - qui a quand même réduit 50 millions de Noir au rand d'esclaves.
 
L'explosion de l'esclavagisme romain après la conquête du bassin méditerranéen sous la république finissante était plutot perçu comme une sorte d'hubris peu compatible avec la morale de la vieille religion romaine"

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"La Révolution des Montagnes" dans "La République des Pyrénées" (bis)

9 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La Révolution des Montagnes

Voici l'article publié dans la République des Pyrénées des 6 et 7 juin 2009. Ce journal avait déjà mentionné ce roman en mars, ainsi que mon "10 ans sur la planète résistante", ai-je appris récemment...    FD

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Livre : Le Béarnais Frédéric Delorca signe un roman aux formes d'essai politique

La Révolution des Montagnes


Dans son numéro d'avril, Philosophie Magazine a demandé à plusieurs penseurs d'imaginer à quoi pourrait ressembler le futur si s'accomplissait une hypothèse fondatrice (« Et si tout le monde parlait la même langue? », « Et s'il existait un gouvernement mondial? », « Et si la différence des sexes n'existait plus? », etc...). « Et si un mouvement révolutionnaire arrivait à arracher à l'État français un statut d'autonomie pour le Béarn? », telle pourrait être l'hypothèse à l'origine de « La révolution des montagnes », le premier roman de Frédéric Delorca, publié aux Éditions du Cygne.


L'auteur de ce roman est un authentique béarnais (originaire de Jurançon) de 38 ans vivant à Paris depuis une vingtaine d'années mais ayant gardé des liens très forts avec sa région d'origine. Ceux-ci ne manquent pas d'affleurer dans les multiples descriptions qui émaillent son récit. D'une très grande qualité littéraire, elles évoquent avec justesse l'atmosphère des rues paloises ainsi que certains des lieux emblématiques du Béarn (le cloître de Sarrance, la vallée d'Ossau,...). Est évoqué également le chant polyphonique qui, selon l'auteur, occupe une place privilégiée au sein du patrimoine culturel béarnais.

Mais au-delà d'une évocation, peut-être nostalgique, de notre région, c'est avant tout de politique qu'il est question dans ce roman.


En les inscrivant dans le cadre du Béarn, l'auteur évoque les nouvelles formes politiques, telles l'altermondialisme, qui ont émergé dans le cadre de la gauche radicale. C'est en ce sens que son roman acquiert une dimension universelle et échappe au cadre étroit et stéréotypé de « la littérature régionaliste ».


A travers les péripéties marquant l'action du Mouvement du Renouveau Béarnais, l'auteur donne à réfléchir sur la part de manipulation inhérente à la vie politique et à la problématique que, selon lui, ne manquent pas de poser les séparatismes. En effet, pour Frédéric Delorca (comme en témoignent maints articles de son blog), dans le contexte actuel de globalisation, toute volonté d'indépendance d'un territoire, si petit soit-il, concerne le reste du monde. Ces velléités ne manquant pas d'ailleurs d'être bien souvent instrumentalisées par les grandes puissances. C'est donc à la lumière des événements qui ont secoué l'Europe centrale et orientale depuis la chute du mur de Berlin qu'il convient de lire ce livre.


Puisqu'aucun territoire, si petit soit-il, ne peut demeurer vierge de toute ingérence étrangère dès lors qu'il fait valoir son droit à l'autodétermination, comment faire vivre une indépendance réelle qui ne soit pas le jouet d'une instance de pouvoir quelle qu'elle soit (puissances étatiques étrangères, multinationales, industrie du spectacle...)? C'est ainsi qu'au sein du roman se rejoignent les thèmes de la manipulation et de l'autodétermination. Telle est, en tout cas, la problèmatique à laquelle tente de faire face son héros, Stéphane Fulgaran.

Se fondant sur sa connaissance intime du Béarn, Frédéric Delorca s'est, pour certains de ses personnages, inspiré de personnalités bien réelles que les lecteurs avertis s'amuseront à reconnaître derrière leur nom d'emprunt. Cela ne saurait cependant faire oublier que ce livre est une fiction et doit avant tout être appréhendé comme tel. Et en définitive, en plus d'être un ouvrage (fort bien écrit, ne boudons pas notre plaisir) qui évoque superbement notre région associé à une stimulante réflexion politique, « La révolution des montagnes » est aussi un très bon roman. Ce qui est déjà considérable..

 

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Elections européennes

7 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Je m'étais promis de ne pas commenter le résultat des élections européennes, mais j'en dirai quand même un petit mot.

La leçon principale qu'on peut tirer de ce scrutin partout en Europe, à part le fort taux d'abstention qui manifeste le désintérêt (justifié) de l'électorat pour la construction européenne telle qu'elle existe aujourd'hui, c'est que, malgré la crise du capitalisme financier, les peuples d'Europe font confiance à la droite. Et ceux qui ne se rallient pas à la droite votent plutôt timidement pour les écologistes ("ma santé, mon petit environnement") dont on peut se demander s'ils ont quelque chose à voir avec la gauche. La fausse gauche (les sociaux-démocrates) est à juste titre sanctionnée, sans que la gauche de la gauche en profite réellement. Si le NPA n'avait pas fait cavalier seul (ce qui ne lui a rien rapporté) les anti libéraux en France auraient totalisé sans doute plus de 12 %, ce qui aurait marqué les esprits et distingué notre pays du reste de l'Europe, mais leur incapacité à s'unir à elle seule en dit long sur la faiblesse de cette gauche-là qui n'a au fond pas grand chose à envier à celle de la fausse gauche...

In fine ces élections montrent une fois de plus la fragilité structurelle (souvent évoquée sur ce blog) des idées de gauche en Europe (c'est encore en France qu'elles sont le moins anéanties), à la différence de ce que l'on peut constater ailleurs (en Amérique latine, ou dans le sous-continent indien). Il n'est pas impossible que quelques décennies à venir d'hypnose médiatique et de destruction de l'éducation nationale finissent par couler définitivement les idées progressistes sur notre continent.

Du coup, si l'on peut se réjouir de ce que la poussée des eurocritiques au Royaume-Uni et en Irlande menace directement la ratification du traité de Lisbonne, voire puisse à terme aboutir à un retrait de ces pays de l'UE, on peut se demander si un effondrement de l'UE n'aboutirait pas à une récupération encore plus forte des peuples qui la composent par des courants de droite, et donc à un dangereux retour des nationalismes xénophobes, à l'opposé de patriotisme universaliste (non ce n'était pas un oxymore) dont la gauche se réclamait au 19 ème siècle.
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Peut-il y avoir un bon sens états-unien sur la Serbie ?

7 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Dans le New York Times hier, William Montgomery, ancien ambassadeur étatsunien propose enfin la solution de bon sens qui aurait évité tant de malheurs aux Balkans si elle avait été appliquée dans les années 1990 : la partition du Kosovo et un référendum d'autodétermination en Republika Srpska de Bosnie. Cette solution a toujours été refusée par les pouvoirs européens et étatsuniens par pur tabou idéologique, alors qu'il était évident que les peuples dévastés par la guerre civile n'aspirent qu'à cela. Il faut séparer les peuples qui ne peuvent plus vivre ensemble, ce qui ne signifie pas du tout que ceux ci deviendront nationalistes et monoethniques bien au contraire (d'ailleurs la Serbie est un des pays les plus pluriethniques des Balkans). C'est la solution de Dobrica Cosic que Diana Johnstone, contributrice de l'Atlas alternatif, défendait encore en 2007 (et Chomsky aussi je crois). Tant de vies gâchées par nos idéologues euroétatsuniens...
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