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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Les Simpsons

2 Septembre 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les Stazinis

Le succès du film et de la série télévisée Les Simpsons en Occident en ce moment : comme un appel à l'aide des classes moyennes, petites bourgeoises. Soumises au productivisme, aux normes d'optimisation dans tous les domaines (le travail, le sexe, la consommation, l'éducation des enfants), elles cherchent un contremodèle fantasmatique : Homer Simpson, le loser délirant, et le petit monde de Springsfield.
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Les héritages

8 Août 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Je discutais récemment avec une amie psychanalyste des héritages transgénérationnels. Ce sont des phénomènes étranges. Beaucoup de gens ne font rien de leurs héritages ou les renient : comme par exemple mon père, fils d'un Républicain espagnol, il est devenu apolitique, asocial et ne s'intéresse pas du tout à la guerre d'Espagne. 

D'autres les fourvoient complètement : exemple Jean-Marie Cavada, fils de républicain espagnol, lui aussi, devenu un bon agent du système (qui notamment fait voter la résolution anti Chavez au parlement européen où il est député).  

Les  héritages (et les traumas qui vont avec) sont durs à porter, et parfois difficiles à "cadrer" avec les possibilités qu'offre une société à un moment donné.

Moi-même je me demande ce que serait devenu mon propre héritage républicain espagnol si je n'avais pas croisé la Yougoslavie sur mon chemin, et, surtout la médiation, à l'époque, d'un jeune belgradois qui s'appelait Andrej et qui était lui aussi un héritier, puisque son grand père, ancien ministre des affaires étrangères de Tito, avait été volontaire dans les Brigades internationales en Espagne en 1936-39...

Le milieu anti-impérialiste en 2000 (qui était plus restreint qu'aujourd'hui) était rempli de gens qui portaient le devoir de perpétuer des combats familiaux héroïques. Je repensais il y a peu  à une amie grecque quiquagénaire que j'ai connue alors. Elle était très active sur la Yougoslavie, mais aussi au sein d'Attac. Je l'ai interviewée un jour, sur le site internet que j'avais à l'époque. Son père était communiste et elle avait les larmes aux yeux quand elle parlait de son combat, de son exil à travers les montagnes grecques quand les Anglais ont imposé leur propre régime à Athènes, alors que le PC à deux doigts de prendre le pouvoir était lâché par Staline.

En 2003 j'ai interviewé une autre "héritière" de combats du XX ème siècle, une activiste italienne, communiste, fille d'un journaliste militant. Je pourrais citer aussi David Graeber, l'anthropologue anarchiste américain, dont le grand-père fut aussi membre des Brigades internationales. Je m'intéressais beaucoup à la manière dont ces gens "actualisaient l'héritage". Souvent le poids du passé famial se combinait à des besoins de libération ou de revanche sociologiques : pas étonnant que ces combattants aient souvent été des femmes (dominées par le machisme de notre monde) ou des fils d'ouvriers comme Graeber et moi.

A côté de ces gens issus de milieu socialement "dominés", ou dominés du fait de leur genre, il y avait aussi (et il y a toujours), des fils de "dominants politiquement hérétiques" ou de "dominants rendus hérétiques par le système", comme Bricmont, Johnstone, Collins, qui eux aussi ont de ce fait un héritage "particulier" à assumer.

C'est une dimension que George W Bush, Clinton, Jospin, Chirac, Sarkozy, ne peuvent pas comprendre. Ils croient pouvoir endormir les gens avec la propagande, mais ils doivent composer avec le fait que dans ce monde il y a encore des tas d'orphelins des révolutions et des combats du passé, qui essaient d'en faire quelque chose au service de l'intérêt cimmun.

J'ai revu en juillet à  l'Espace Ishtar un film où Chavez parle de son grand père qui était combattant dans les troupes de Zapata. Souvent les combats sautent une génération. Les enfants crachent sur l'héritage, et ce sont les petits enfants qui essaient de comprendre et de donner du sens. 

Mon amie psychanalyste qui s'intéresse à la transmission des traumatismes liés aux guerres (elle m'a notamment parlé du livre "Histoire et Trauma, la folie des guerres" de Françoise Davoine et Jean-Max Gaudillière, que je ne connaissais pas), m'écrit : "La  plupart des gens refusent de faire ce type de liens (avec les héritages historiques) en fait, si leurs  parents proches ont masqué le passé, ou banalisé etc..., ce déni  familial  persiste. Cela remonte toujours quand on ne s'y attend pas et souvent de  façon déguisée". Elle-même attribue sa réaction très forte aux bombardements sur Bagdad en 1991 à une réminiscence des bombardements de Bilbao vécus par sa mère. Je me méfie de nombreuses hypothèses de la psychanalyse, mais il est clair qu'il ne faut pas sousestimer cette face obscure de la transmission.

 

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Le Voyage au Congo de Gide

7 Août 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Je lisais la semaine dernière le Voyage au Congo d'André Gide. Ce texte confirme ce qu'écrit Hannah Arendt dans le premier tome des livres qu'elle a consacrés au "totalitarisme" (un concept que je désapprouve) : que les colonies furent le premier laboratoire de la barbarie européenne (qui allait ensuite se déchaîner sous le nazisme). Une barbarie qui d'ailleurs n'était pas planifiée par l'Etat, mais résultait le plus souvent de la faiblesse des Etats, qui devaient laisser s'exprimer le sadisme des intérêts privés.

Les remarques de Gide sur la violence des exploitants de caoutchouc dans l'Afrique équatoriale française rappelle ce que l'on sait par ailleurs de l'horreur qui régna dans les plantations de caoutchouc du Congo belge, où les pires sévices punissaient les hommes accusés de sous-productivité ou d'insoumission. Ses analyses sur l'exploitation des porteurs, la désorganisation de la production et du commerce par les colonisateurs, au Gabon, en Afrique centrale méritent le détour. Car tout cela a laissé des traces très profondes (encores aggravées aujourd'hui par le système capitaliste mondial : sait-on que l'Afrique aujourd'hui à cause du mécanisme de la dette exporte plus de capitaux vers le pays du Nord qu'elle n'en reçoit ?).

Il est incroyable de voir avec quelle incurie on a pillé l'Afrique pendant plusieurs générations. Il faut relire les rares consciences européennes qui ont osé écrire contre ça : André Gide, Octave Mirbeau. Tout comme il faut relire les anotations de Victor Hugo dans Choses Vues à propos des massacres d'indigènes en Algérie dans les années 1850.

On revient de très très loin. Et il faudra hélas encore probablement une ou deux générations avant que les peuples du nord à la fois regardent ce passé criminel en face (sans chercher à le banaliser ou à s'en disculper), et soient capables de se penser comme égaux (non pas supérieurs) aux peuples du Sud.

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The Emperor's new clothes

24 Juillet 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Sur B 92 William Montgomery, ex ambassadeur, imagine déjà George W. Bush à la retraite dans quelques années expliquant aux médias ce qu'il aurait fallu faire pour gagner en Irak ("I am absolutely positive that five years from now, a retired President Bush will be giving interviews saying that if only we would have stayed the course, the situation in Iraq would have been much better"- http://www.b92.net/eng/insight/opinions.php?nav_id=42617). L'AFP ce soir met l'accent sur les bonnes performances d'Hillary Clinton dans la pré-campagne démocrate (cf une dépêche ce soir "Débat après débat, la sénatrice et ex-Première dame Hillary Clinton, met en évidence la solidité de sa candidature à l'investiture démocrate en 2008, une course de fond où elle continue de creuser l'écart").

Nous allons bientôt voir l'empereur dans ses nouveaux habits. Le retour de l'impérialisme subtil, souriant, à la Bill Clinton, celui des Etats-Unis des années 1990. Plus difficile à combattre dans un sens que le mysticisme borné et arrogant de l'administration Bush. Plus dangereux aussi, plus pernicieux. Il va falloir s'y préparer.

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PS : De ce point de vue là, je suis totalement en désaccord avec les propos du viel ex- sous-secrétaire au Trésor de Reagan Paul Craig Roberts qui circulent sur Internet (dixit Novosti http://fr.rian.ru/world/20070720/69339675.html) selon lesquels Bush pourrait proclamer l'état d'urgence pour attaquer l'Iran. A mon avis Bush peut attaquer l'Iran sans cela, en s'appuyant sur les medias et sur un consensus parti républicain/aile droite du parti démocrate (H. Clinton se rallierait sans problème à une telle attaque), sans prendre le risque de passer pour un dictateur (sauf évidemment cataclysme de dernière minute). Certes il est possible en effet que l'armée soit très lasse des conquêtes (ce pourquoi d'ailleurs l'Iran a été épargnée jusqu'ici) mais on ne voit pas bien pourquoi Bush tenterait un bras de fer avec elle. Je crois que l'époque actuelle est plus propice à la démocratie télégénique souriante qu'aux tentatives de putsch. C'est d'elle qu'il faut se méfier plus que des réflexes autoritaires de Bush. Et c'est peut-être sous le sourire d'Hillary Clinton que Washington bombardera Téhéran.

  

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L' "ambition" sarkozyste

24 Juillet 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

""Ambitieuse" pour la France, afin qu'elle soit "de retour" sur le terrain des droits de l'Homme, la secrétaire d'Etat Rama Yade souhaite "en finir" avec "l'arrogance française", en recensant toutes les condamnations du pays par la Cour européenne des droits de l'Homme." ainsi commence la dépêche AFP datée du Lundi 23 juillet, 22h48 sous le titre "Rama Yade souhaite "en finir" avec "l'arrogance française".

La définition sarkozyenne de l'ambition pour la France, c'est donc de faire passer le pays sous les fourches caudines d'une convention qui promeut une vision anglo-saxonne des droits de l'homme (et notamment une définition des droits des langues minoritaires très favorable aux communautarismes). Certes les droits des minorités sont importants, et la convention européenne des droits de l'homme, dont la cour européenne est la gardienne, malgré tous ses défauts (la référence aux droits à la vie familiale avec ses relents très chrétiens, très "Centre Européen de la Culture" de 1950 par exemple) n'est pas entièrement  à jeter à la poubelle, mais se fixer pour "ambition" une autoflagellation collective devant ce texte (ou devant George W. Bush comme le fit naguère M. Sarkozy) ce n'est pas faire preuve d'un grand amour de son pays...

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Récits de voyages

20 Juillet 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Encore deux comptes-rendus de lectures que je viens de publier sur Parutions.com : l'un porte sur un carnet de voyage de Malraux, l'autre sur un livre beaucoup plus d'actualité relatif à la Syrie et paru au Temps des Cerises : 

- http://parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=96&ida=8365 

http://parutions.com/index.php?pid=1&rid=6&srid=63&ida=8364 

Derniers CR de Parutions.com avant un mois.

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Gauches européennes

19 Juillet 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

J'ai profité du début de mes vacances pour continuer à décortiquer le dossier transdniestrien. J'ai épluché la constitution, toutes les biographies des députés, les articles du Tiraspol Times en ligne, glissé quelques correctifs dans les pages de Wikipedia souvent mensongères ou caricaturales sur le sujet. Le plus surprenant dans tout cela, c'est cette obstination de la classe politique pridnestrovienne, qui a toujours les faucilles et les marteaux dans ses emblèmes, à refuser le label communiste (avec deux PC dans l'opposition, nous n'avons hélas pas pu les rencontrer). Et ce parti "Renouveau" qui se dit de centre-droit, le mouvement de jeunes "Proriv", mi-Otpor/mi-anti-OTAN/russe, guévariste, finalement assez sympathique à travers ce que la presse locale en dit. Nous disséquons cela dans tous les sens avec mon camarade d'investigation Birino.

 

Hier je suis aussi sorti de ma bulle internautique pour rencontrer à Paris les responsables de la librairie Ishtar, Fouzia Lamrani et Mohamed Taleb. Ils organisaient dans l'après-midi une conférence Venezuela-monde arabe. Nous n'étions pas très nombreux, mais c'est habituel à Paris. En France, les gens ne s'intéressent pas assez à l'international. J'ai ensuite suivi Nathalie Levallois à l'ambassade du Venezuela où se tenait une petite réunion. Des gens du Cercle bolivarien de Paris s'y trouvaient. Tout cela permettait de prendre le pouls des forces militantes, de leur état d'esprit.

Si je rapproche cette sortie parisienne de ce que j'ai vu à Varsovie au début de ce mois où j'ai rencontré des membres de la Jeunesse socialiste (extrême-gauche), je tire de toutes ces rencontres l'impression d'une très grande diversité, et même le sentiment d'avoir affaire à un patchwork, avec des sensibilités et des centres d'intérêts très variés, des approches du monde actuel qui, si elles s'entendent pour dénoncer le néo-libéralisme ou l'impérialisme américain, sont loins de converger sur des objectifs concrets communs et, a fortiori, des modus operandi pour les atteindre.

 

La lecture de la presse me renforce dans cette idée. Mélenchon parle de créer die Linke en France avec le PCF, mais n'ose pas franchir le pas (ni le PCF non plus) - d'ailleurs aurait-il intérêt à le faire si Sarkozy continue à débaucher toute l'aile droite du PS ? -. Mais au même moment la "Linke" espagnole, Izquierda Unida (IU) qui, à sa grande époque, réunissait communistes, verts, et aile gauche des sociaux-démocrates, est en train de se déliter. Javier Parra, le patron de larepublica.es, dénonce dans un papier daté d'hier (http://www.larepublica.es/spip.php?article6205) la dérive "hors de la gauche" d'IU qu'il accuse de vouloir liquider le Parti communiste espagnol. L'Union est un combat. Un combat qui n'est pas toujours facile.

 

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Impressions sur la Transdniestrie/Pridnestrovie

8 Juillet 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Interviews-reportages vidéos réalisés par FD

Voici en quelques mots les impressions que je retire de la République moldave autoproclamée de Transdniestrie/Transnistrie/Pridnestrovie (République moldave de Pridnestrovie -  RMP) après un séjour du 2 au 6 juillet dans le cadre d’une mission d’observation, sous réserve d’enquêtes et d’analyses complémentaires.

1) Economie

La Transdniestrie (RMP) est un pays riche par rapport à ses voisins. Elle affiche un PNB par habitant de 1 000 dollars, soit la moitié de celui de la Moldavie, mais ce chiffre, dont la base de calcul reste obscure, ne reflète pas la réalité visible dans le mode de vie des gens, ni le potentiel remarquable de ce pays qui fut une des régions les plus industrielles de l’Union soviétique (métallurgie, textile, machines, agroalimentaire), bénéficiant d’une main d’œuvre de haut niveau qualifiée, et de terres agricoles très rentables. La RMP est fortement pénalisée par l’absence de reconnaissance internationale qui dissuade les investissements et pèse sur le commerce en raison des règles de double enregistrement des entreprises à Tiraspol et Chisinau qui entraînent des doubles taxations.  

Le pays a dû se lancer dans des privatisations, qui ont conduit à des pertes d’emplois. La RMP reconnaissait en 2004 un taux de chômage de 16 %. Les privatisations ont aussi entraîné l’émergence de l’oligopole Sheriff, holding qui contrôle la distribution d’essence, une partie des supermarchés, et une part croissante de l’industrie. Cet oligopole avoue fournir 15 % du budget de l’Etat sans qu’on puisse établir comment est calculé ce chiffre. Son influence sur les institutions est opaque. On sent chez les dirigeants une aspiration croissante à une reconnaissance occidentale qui permettrait de faire fructifier l’appareil productif.

Les terres agricoles n’ont pas été privatisées, restent propriété d'Etat et sont louées à bail pour 99 ans comme en Chine (y compris à des collectifs de travailleurs). Une partie des privatisations ont abouti à un contrôle des usines par les collectifs de travailleurs qui détiennent des part d’actions majoritaires.

2) Droits sociaux

De nombreux avantages sociaux de l’époque soviétique ont été conservés : éducation gratuite d’un bon niveau, santé gratuite au moins pour les soins minimaux, attribution des emplois, vacances en Crimée pour les enfants, diverses formes de soutien de la collectivité aux individus.  La constitution du pays met en valeur autant les droits individuels que les droits sociaux. Elle insiste sur l'éducation, la santé, la récompense du travail, le respect de l'environnement.
 
3) Démocratie

Le système politique reste marqué par une culture de consensus soviétique, qui explique en grande partie la reconduction régulière du président Smirnov à la tête de l’Etat (le leader de l'opposition parlementaire ne s'est pas présenté aux dernières élections présidentielles pour ne pas "fragiliser" l'Etat non reconnu). Les députés ne sont pas élus par tendances politiques, et les partis (10 au total, y compris un parti social-démocrate qui demande le rattachement à la Moldavie, mais beaucoup de ces partis sont liés à leur équivalent moscovite) ne constituent pas des ensembles cohérents et ne paraissent pas présenter de réels programmes, à part les deux partis communistes (opposition), qui n’ont pas de représentant au parlement (Soviet suprême) et qui défendent la renationalisation de l'économie. Néanmoins on relève des efforts importants pour faire prévaloir l’Etat de droit. Une cour constitutionnelle a été créée qui fait respecter la séparation des pouvoirs et des principes relativement libéraux (dans un cadre présidentiel inspiré du modèle russe). Un ombudsman prend en charge les litiges avec les administrations.  L'indépendance relative de la justice semble s'être vérifiée récemment avec l'échec de la belle-fille du président Smirnov à faire annuler par les juges l'élection de son rival dans la circonscription de Slobozya (sous réserve d'investigations complémentaires sur ce sujet).

Dans la rue les gens critiquent ouvertement le gouvernement et ne paraissent pas subir de répression dans l’expression de leurs opinions. Leurs positions sont assez apolitiques dans l’ensemble, notamment quant à l’avenir de l’entité transdniestrienne.

4) Relations interculturelles

Les autorités mettent beaucoup en avant la guerre de 1992, la supposée intolérance politique et linguistique du gouvernement de Chinisau, et leur propre attachement à une cohabitation harmonieuse entre les principales cultures moldave, ukrainienne et russe, et leur refus du communautarisme.

Si le trilinguisme se retrouve dans les inscriptions officielles, le moldave (dans sa version écrite en alphabet cyrillique) est peu présent en ville. Sociologiquement les Moldaves restent une population plus rurale et peut-être moins représentée dans les centres du pouvoir. Il s'emble qu'une sensibilité nationaliste moldave favorable au rattachement à la Moldavie, voire à la Grande Roumanie, susbisterait dans certains cercles intellectuels universitaires. A l’inverse des députés moldaves du Soviet Suprême soutiennent que les Moldaves de RMP, qui ont toujours écrit en alphabet cyrillique et ont toujours été tournés vers l’Ukraine et la Russie feraient l’objet de persécutions de la part des Moldaves de Chisinau, qui ont récupéré en 1989 l’alphabet latin introduit dans le Roumain du XIX ème siècle, traditionnellement liés à la Roumanie.

Des rumeurs non vérifiées existent sur des boycotts des élections dans les villages moldaves (ce que nient les autorités). En tout état de cause on ne perçoit pas de tensions intercommunautaires fortes. Les Russes et Ukrainiens, et même des Moldaves interrogés dans la rue sans présence des autorités affirment que les appartenances identitaires n’entrent pas en ligne de compte dans les rapports sociaux et disent ne pas avoir peur pour la conservation de leurs droits en cas de rattachement à la Moldavie. Certains vont d’ailleurs travailler ou étudier à Chisinau. Les diplômes prinestroviens sont reconnus en Russie et en Ukraine pour ceux qui veulent poursuivre leurs études. En Moldavie en revanche on les "confisquerait" pour remettre à leur place des diplômes moldaves, selon un de nos interlocuteurs (point à vérifier).

5) Relations internationales

La RMP est un petit pays de 550 000 habitants très provincial qui n’a qu’une vague idée de ce qu’est le monde au-delà de ses voisins immédiats. La Russie a les moyens de mettre fin à cette entité en cas d’accord entre Moscou et Chisinau. Depuis la « révolution orange », on a noté un raidissement de Kiev envers Tiraspol, entraînant en particulier l’obligation pour les marchandises pridniestroviennes de transiter d’abord vers l’Ouest, par la Moldavie, avant de pouvoir revenir à l’Est et entrer ou transiter par l’Ukraine, ce qui augmente les coûts d’acheminement. La mise en place d’une diplomatie de la RMP avec d’autres partenaires que les milieux russes, ou ex soviétiques (abkhazes, ossètes) qui lui restent fidèles, semble assez aléatoire. Toutes les rumeurs de liens entre la RMP et des puissances anti-américaines, proche-orientales par exemple, paraissent extrêmement saugrenues, tout comme les accusations de participation à des trafics illégaux, en particulier parce que les frontières de cette république enclavée sont totalement contrôlées par les douanes ukrainiennes ou moldaves. Cela étant, il est vrai que la Pridniestrovie n’a pas pu acheter ni dans l’UE ni dans la CEI, en raison de sa non-reconnaissance, les machines nécessaires au contrôle de ses frontières selon les normes de l’UE. Elle se les est finalement procurée en Afrique du sud. L’aéroport de Tiraspol  (un ancien aéroport militaire) reste fermé, car Chisinau continue de contrôler l’espace aérien de la République «autoproclamée ». La RMP n’a pas véritablement développé de vision globale des rapports internationaux, même s’il semble que le gouvernement de Tiraspol commence à prendre conscience de la nécessité de sortir du tête-à-tête diplomatique obligé avec les puissances de la CEI et l’UE accrochée à la « souveraineté moldave ».
 

       Frédéric Delorca

Cf : vidéos sur http://www.youtube.com/watch?v=_SNQSKfSyJ8 et http://www.youtube.com/watch?v=U9lA5yVn4oY.

Et article relatif à notre mission sur http://www.vspmr.org/News/?ID=1115

 

 

 

 

 

 

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Veille de départ

27 Juin 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Période assez intéressante. Je publierai à la rentrée un petit pamphlet au Temps des Cerises, et m'apprête à partir en voyage en Transnistrie lundi avec le Dissident et Mick Collins. J'en suis ravi car le sujet m'intéresse : à l'heure où se négocie l'indépendance du Kosovo, nous avons là un Etat structuré, homogène, qui peut prétendre aux mêmes prérogatives que ce que Washington veut faire de l'Etat albanais de Serbie. L'association russe Trans-European Dialogue nous invite à y constater la situation et notamment la protection des droits sociaux (car cette enclave a conservé un fort héritage soviétique). Certains disent d'elle que c'est la "Cuba de l'Europe". Par delà les rumeurs occidentales malveillantes sur son compte, je voudrais voir comment les gens y vivent.

Le député socialiste polonais, candidat à l'élection présidentielle en 2000, Piotr Ikonowicz sera de la partie avec un cinéaste paraît-il. Il y aura aussi des Allemands.  Tous cela sera sans doute très instructif, et je me prépare à écrire de longues pages sur le sujet.

Je suis particulièrement content de prendre l'avion Paris-Varsovie (nous retrouverons le Dissident en Pologne avant de rejoindre Odessa) avec le dramaturge états-unien Mick Collins. C'est un homme formidable, résistant anti-impérialiste de toujours qui rend en ce moment des services inestimables à l'Atlas alternatif et, à 63 ans, fait preuve d'un dynamisme que ses cadets français n'ont pas. J'espère que nos témoignages sur la vie à Tiraspol aideront à comprendre des aspects méconnus de la réalité européenne.

Affaire à suivre...

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Philosophie bourgeoise

14 Juin 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Dialogue avec un ex-prof de philo devenu bureaucrate aujourd'hui. Nous parlions du film sur Vergès, et du combat de Jamila Bouhired.

Lui : "Mais c'est horrrrrrrrible. Elle a commis des attentats qui ont tué des gens !!!

Moi - Parfois la violence se justifie face à une situation coloniale intolérable.

Lui (rigolard, arrogant) - Mais tout ça pour ça, pour ce qu'est devenu l'Algérie !

Moi - Oui, elle est devenue un client du FMI, mais peut-être justement parce qu'il n'y avait pas assez de Jamila Bouhired dans ce pays !

Lui - Alors si le choix c'est entre le fanatisme et la corruption moi je dis joker !".

En écoutant parler ce pauvre homme, encroûté dans son train train quotidien, j'ai compris pourquoi je devais me défier de la philosophie, ou du moins de l'usage que notre époque en fait. Passe encore qu'il confonde adhésion au FMI et corruption (l'adhésion au FMI c'est la compromission avec le néo-colonialisme, une réalité différente de la corruption). Mais le pire était ce raccourci incroyable entre résistance armée au colonialisme et fanatisme.

"Fanatique" pourquoi ? parce qu'elle tuait, dans les discothèques, des bourgeois européens insouciants qui jouissaient en tout inconscience du système colonial sur le dos de son peuple ? parce que l'être humain civil est par nature un innocent même s'il se complaît dans sa fatuité sotte, et cautionne par ce comportement les systèmes sociaux les plus horribles ?

"Fanatique", en vérité, parce que cette femme avait des certitudes, parce qu'elle a poussé le sens de la dignité jusqu'à tuer, voilà ce que lui reprochait en fait le bureaucrate, qui lui-même se définit comme un "tiède". Dans la tiédeur rampante de cet homme, celle qui le fait tous les jours ployer devant des chefs médiocres, et adhérer aux pires absurdités du système dominant (dans son boulot, en politique), se glisse une arrogance qui en aggrave l'abjection : celle du philosophe (ou de l'ex-philosophe) qui se croit supérieur, parce que lui a le sens du doute, ce que ces "fanatiques" sont censés ne pas avoir.

Je le dis toujours : la guerre du Kosovo fut mon école politique. Au début, en juillet 1998, j'étais moi aussi un bureaucrate, et je me prétendais philosophe. Et, contre mon correspondant serbe qui proclamait que la Serbie ne commettait pas de génocide au Kosovo et que tout cela n'était qu'une manipulation des grandes puissances contre son pays, j'objectais, moi aussi, le principe arrogant du doute. Skeptomai. Mais j'ai très vite compris qu'il fallait aussi savoir trancher, hiérarchiser les arguments, les témoignages, et placer certaines valeurs, comme la vérité, la dignité humaine, la justice, le courage au centre de tout, et au dessus du doute.

Je n'ai plus supporté ensuite, tous ces pauvres ignares qui, parce qu'ils lisaient Le Monde chez eux le soir, se croyaient supérieurs aux autres, et, devant mes convictions anti-systèmes s'exclamaient : "que diable as-tu fait de ton doute philosophique !". Ces gens déshonoraient la philosophie. Qu'on relise la Vie de Dion ou celle de Caton d'Utique de Plutarque. Et l'on verra comment les vrais philosophes placèrent les valeurs supérieures de l'humanité au dessus du doute.

Jamila Bouhired s'inscrivait dans leur lignée, dans le sillage de Socrate. Et mon bureaucrate arrogant stupide, avec son doute de pacotille adapté aux intérêts de sa caste, est dans le camp de ceux qui fournissent la ciguë.

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Laure Adler et Gilles Châtelet

13 Juin 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Lu dans Libération du 12 juin, le compte-rendu du procès d'Antoine Lubrina, ex-instituteur à Fleury-Mérogis, membre fu PCF, président du Rassemblement des Auditeurs Contre la Casse de France-Culture, accusé par Laure Adler (ex directrice de France Culture) de l'avoir représentée en caricature portant sur une pancarte l'écriteau "Vivre et penser comme des porcs" (http://www.liberation.fr/forums/forum.php?Forum=621). Libé explique que la docte directrice n'avait jamais entendu parler de ce brillant essai du regretté Gilles Chatelet et a pris la caricature pour une insulte ad hominem. L'ACRIMED soutient le combat d'Antoine Lubrina - un habitué des procès pour les causes de gauche http://www.conflits.org/document1584.html#ftn5 - contre l'entreprise de sabotage de la radio du Service public, France Culture - entreprise dont Laure Adler, selon lui n'aurait été qu'une exécutante (www.acrimed.org/article2377.html et http://www.broguiere.com/culture/chronique.htm).

Voilà en tout cas l'occasion de rappeler l'oeuvre de l'impertinent mathématicien trop tôt disparu. Bizarrement le journal Libération complimente au passage l'essai de Châtelet qu'il qualifie de "féroce et réjouissant"  en omettant qu'il fait partie de la cible de ce livre...

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Charles Barron / Connie Mack

11 Juin 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les Stazinis

J’apprends toujours beaucoup sur notre monde en rédigeant les nouvelles du blog de l’Atlas alternatif. Hier j’ai découvert d’existence de Charles Barron, conseiller municipal démocrate du 42 ème district de New York, et son débat bref mais intense avec le député républicain de Floride Connie Mack, l'homme du lobby des millionnaires cubains de Miami sur Fox News (repris sur You tube). Il suffisait de regarder la tête de ces deux hommes pour voir lequel des deux était le plus honnête. Et, bien sûr, cela se confirmait en les entendant. J’ai découvert sans grande surprise que le député de Miami avait été à l’initiative de tout ce qui, au cours des quinze dernières années, en matière de dispositif légal imposé par les USA, avait pu nuire au peuple cubain et à l’émancipation des peuples d’Amérique latine.

Je me suis renseigné du coup sur Charles Barron. J’ai appris qu’il avait été membre des Black Panthers. J’avoue ne pas connaître grand-chose à ce mouvement, bien que le Temps des Cerises, si je me souviens bien, leur a consacré un bouquin. Je me souviens que Diana Johnstone en avait connu certains militants, et n’en disait pas que tu mal. Romain Gary aussi (un gaulliste pourtant) les traite avec une certaine sympathie, je crois, dans Chien Blanc, alors que l’histoire officielle passe son temps à stigmatiser leur « extrémisme ». Depuis ma jeunesse je n’entendais jamais parler que de « repentis » de ce mouvement. Avec Charles Barron nous avons au moins un homme qui essaie de faire quelque chose de constructif sans renier son credo anti-impérialiste de jeunesse. Pas étonnant donc que les textes qui parlent de lui sur Internet l’accusent de toutes sortes de maux, à commencer par le « racialisme » - certains parlent surtout de racisme.

J’observe tout d’abord qu’il ne doit pas être facile de faire de la politique en tant que noir aux Etats-Unis, même aujourd’hui, et même quand on est un « oncle Tom » - ainsi les appelait Mugabe – comme Collin Powell ou Condolezza Rice. Il doit falloir se faire une bonne autosuggestion quotidienne pour se dire qu’on est à sa place, qu’on est malgré tout fidèle à ses ancêtres, que les Etats-Unis peuvent devenir un jour, sans révolution de ses structures, un pays réellement multiracial, un pays qui pourra cesser d’avoir 50 % de Noirs dans sa population carcérale, et qui cessera d’opprimer les Noirs d’Amérique du Sud et d’Afrique. Ce doit être d’autant plus dur quand on a face à soi en permanence des Connie Mack qui, comme le dit Barron dans le débat, incarne la « suprématie de l’homme blanc » avec la pire des arrogances, et une horrible mauvaise foi.

On m’objectera peut-être qu’un engagement universaliste à gauche ne devrait pas prendre en compte la spécificité des couleurs de peau, le racialisme étant l’anti-chambre d’une dérive vers l’extrême-droite. Mais ce serait faire preuve d’un irréalisme complet. On ne peut pas faire comme si les gens n’avaient pas de couleur, ni comme si un député noir valait un député blanc dans l’imaginaire des gens ordinaires. Le communisme soviétique a échoué à éradiquer le racisme de sa sphère d’influence à force de l’ignorer et de le noyer dans un internationalisme artificiel. Pour affronter le problème des discriminations raciales, comme des discriminations de genre, il faut commencer par les intégrer comme des données identitaires importantes du débat politique. Et, même si les militants de la cause noire, comme les militants du féminisme, dérapent parfois dans le communautarisme, on ne peut pas en tirer argument pour nier cette dimension objective des rapports humains dans le débat politique.

Puisque nous parlions du Venezuela dans cet article, j’observe que la révolution bolivarienne elle-même a décidé de prendre en charge cette thématique. Je crois me souvenir qu’il y a quelques mois un article de la revue du MRAP abordait cette question : Chavez, en jouant de son propre métissage, se pose en défenseur des gens de couleur. Je ne crois pas qu’on doive l’en blâmer. Le réalisme l’y oblige. Il ne peut pas faire comme si les gens les plus opprimés de son pays n’étaient pas en même temps les plus colorés.

A part cette question du racialisme, on reproche à Barron ses accointances avec Mugabe et Castro. Mugabe et Castro sont sur la scène mondiale dans la même position d’un Charles Barron face à un Connie Mack sur la scène de Fox News. Ils jouent une partie inégale face à un joueur malhonnête (le système politico-économique issu de la révolution capitaliste occidentale) qui a tous les atouts dans sa manche. On peut facilement ensuite leur reprocher leurs faux pas. C’est comme si l’on organisait une course entre un homme à pied et un homme à cheval et si l’on reprochait au premier de chanceler après avoir franchi la ligne d’arrivée. Moi, je trouve que l’alliance entre Barron, Castro et Mugabe – qui n’est d’ailleurs sans doute pas une alliance solide, forgée à coups de dollars comme l’en accuse Connie Mack – a quelque chose de profondément respectable, au milieu du cynisme de ce monde, quels que soient les défauts respectifs de ces trois hommes et des politiques qu’ils incarnent.

J’observe au passage que nous n’avons pas, nous, en France, des élus qui ont conquis de haute lutte des districts miséreux, composés d’underdogs, de laissés-pour-compte basanés, et qui portent une voix anti-impérialiste dans les grands médias. Aux Etats-Unis il y a Charles Barron, en Grande-Bretagne George Galloway. Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet, que je garde pour une autre fois.

Pour terminer je voudrais signaler aussi à quel point nous ignorons l’histoire des dominés, la façon dont ils l’ont vécue, la manière dont ils la racontent. J’en ai pris conscience davantage encore samedi dernier en allant voir le très bon film de Barbet Schroeder sur Me Vergès. Le film parle abondamment de Jamila Bouhired (qui fut l’épouse de Me Vergès), ce qu’elle a représenté pour les indépendantistes algériens, pour les Palestiniens, pour tout le Tiers-monde en révolte au tournant des années 1960. J’avoue ne jamais en avoir entendu parler auparavant. Il est vrai que j’ai grandi dans la culture bourgeoise de Sciences Po et des médias. Mais j’ai regardé sur Internet. Les mentions de ce nom y sont des plus rares. J’ai regardé le livre d’Annie Cohen-Solal sur la vie de Sartre. Elle y détaille sur trois pages le procès du réseau Janson (dont Barbet Schroeder ne dit rien), fait référence au rôle qu’y tint Vergès, mais ne cite le nom de Jamila Bouhired qu’une fois en passant dans la liste de condamnés à mort sans un mot sur le symbole qu’elle a représenté.

Cette ignorance de l’histoire des peuples colonisés devrait inciter tout le monde (et notamment les dominants) à la plus grande modestie à leur de se prononcer sur les grands problèmes de notre temps…

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Remarques à propos de Th. Meyssan

8 Juin 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Je visionnais ce soir pour la seconde fois la dernière interview de Meyssan. Meyssan fait un travail sérieux et courageux de collecte des faits dans un contexte oppressant de bêtise et d'intolérance des milieux médiatique. Il faut lui rendre hommage pour cela (à lui et à son équipe).

Ceci étant posé le débat retrouve tous ses droits quant à l'interprétation qu'il fait des données. J'approuve tout à fait le parti-pris de résistance globale, anti-impérialiste, qu'il partage avec la démarche de l'Atlas. Mais j'ai quelques légers désaccords avec son angle d'attaque, que je trouve, à plusieurs égards, marqué par la tradition radicale-socialiste dont il est issu.

Cet angle pèche (et se révèle un peu trop rad-soc) sur 2 points :

- l'idéalisation de la tradition française des Lumières (idéalisation que partage aussi mon ami Jean Bricmont) - d'où son label "Voltaire" qui est une force pour sa notoriété - et qui lui fait survaloriser le rôle de la France. Ainsi, dans sa dernière interview, Thierry Meyssan prête-t-il à Jacques Chirac une volonté marquée de protéger Nasrallah (il faudra regarder précisément dans le livre à quelle source il puise son récit sur le "bouclier aérien" français) et omet-il, quand il parle de l'espace aérien allemand mis à la disposition des B52 américains, de préciser que le même Chirac fit de même avec son propre espace aérien (il y eut même une requête devant le Conseil d'Etat à ce sujet).

- la haine des religions, qui conduit Meyssan à voir dans la politique états-unienne davantage une inspiration évangéliste que le résultat du fonctionnement du capitalisme. Or à mon sens il faut tenir ensemble les deux dimensions : l'idéologie (religieuse, morale, artistique) avec la marge d'autonomie qui la caractérise, et les rapports économiques, qui en fondent les conditions de possibilité. Du coup, la religiophobie dérape un peu sur un versant conspirationniste, notamment quand Meyssan s'efforce de concevoir que des sectes protestantes en Angleterre et aux Etats-Unis travaillent à la création d'Israël depuis la révolution de Cromwell. Je n'ai pas encore lu ce dernier livre de Meyssan qui expose cette thèse. Je ne doute pas qu'il repose sur des bases factuelles intéressantes. L'équipe "voltarienne" a en effet peut-être exhumé des éléments nouveaux sur ce sujet, qui montreront  qu'une sensibilité protestante recherche peut-être à réimplanter un foyer juif en Palestine depuis trois siècles. Mais tout est dans la manière d'agencer les faits et de les qualifier. Entre une petite idée qui flotte dans certains milieux plus ou moins comparables d'un siècle à l'autre, et l'hypothèse d'un projet de construction étatique extrêmement précis, et poursuivi avec obstination d'une génération à l'autre, il y a un fossé que probablement Thierry Meyssan franchit un peu trop allègrement (du moins est-ce l'impression qu'il donne dans l'interview, sous réserve de vérification dans le livre).

Ceci étant posé, je crois qu'il faut en tout cas se garder de minimiser l'importance de son apport au débat et à la conscience planétaires, le sien et celui de son réseau, fort justement récompensés par leur notoriété hors de nos frontières.

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Crossroad

8 Juin 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Je suis tout à fait bluffé en ce moment par l'arrogance des gens de droite et du centre (y compris l'aile droite de parti socialiste) à l'égard des forces de gauche. C'est un mélange de méchanceté, de conformisme, de lâcheté, de malhonnêteté et de bêtise qui fait froid dans le dos. Mélenchon sur son blog se plaint d'être maltraité par l'aile droite de son parti, mais en vérité c'est tout ce que notre pays compte d'imbéciles de droite qui se déchaîne en ce moment, fort du soutien de notre cher peuple versatile qui s'apprête à accorder une chambre bleue-horizon à l'UMP.

La foi de tous ces gens dans ce système prédateur du capitalisme, dans son exploitation des hommes et de la nature, dans les guerres qu'il provoque, serait touchante et risible s'il n'y allait pas de notre survie collective, et notamment de celle de millions de gens dépourvus de tout. Les plus risibles sont ceux qui crachent leur mépris sur un Chavez, un Nasrallah, et sur les peuples qui ont placé leur confiance en ces hommes. A la différence des léninistes dogmatiques d'autrefois nous n'avons hélas plus la certitude eschatologiques que tous ces abrutis cyniques et suffisants seront balayés par le Sens de l'Histoire. Avec Chomsky nous pouvons seulement dire que le jeu est ouvert. L'homo sapiens peut collectivement prendre cette canaille comme modèle, l'imiter, adopter ses valeurs de mépris et de compétition égoïste, ou, au contraire, faire le choix (toujours difficile, exigeant) de l'égalité et de l'intérêt collectif. Le jeu est ouvert et il le sera toujours, même si temporairement une époque peur sembler favoriser une option et la suivante une autre. Il sera ouvert, mais, sans cesse, avec une tendance lourde qui privilégiera les cyniques conservateurs : parce que c'est le choix de la paresse intellectuelle, le choix que tout un chacun a toujours mille raisons de privilégier, du plus pauvre au plus riche - le plus pauvre parce qu'il n'a plus la force de penser en termes politiques, le plus riche parce qu'il n'en a pas besoin... C'est à chacun d'oeuvrer, pour que ça ne dérive pas davantage, pour que le Parti de la paresse intellectuelle, du mensonge, de l'arrogance et du mépris ne marque pas davantage de points.

Un défi terrible à relever, en vérité...

Puisque rien n'est écrit d'avance, puisque l'Histoire ne garantira rien, cela fait peser sur tout le monde une responsabilité éthique bigrement lourde.
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Chavez et le Réseau Voltaire

8 Juin 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Hugo Chavez vient de faire une jolie publicité à Thierry Meyssan en lisant une partie d'un de ses articles (un bon article semble-t-il) en présence du président Daniel Ortega (http://www.voltairenet.org/article148776.html), un peu comme il l'avait fait pour Chomsky il y a quelques mois à la tribune de l'ONU.

Le Réseau voltaire est souvent critiqué, du fait notamment (si j'ai bien compris) de certaines collaborations avec l'extrême-droite (bien que Meyssan lui même soit un homme du centre gauche). Je dis bien cela sous toute réserve, car il est toujours difficile de faire la part de la fumée et du feu dans ce genre d'affaire. J'ai cru comprendre que cette critique leur était adressée. Personnellement, j'observe que le travail de ce réseau sur l'actualité internationale est issu de la guerre du Kosovo. Ce réseau est donc le fils de la politique de Chirac-Jospin à l'encontre de la République fédérale de Yougoslavie, tout comme mon propre travail d'information alternative (Meyssan l'expose dans une interview sur http://www.voltairenet.org/article148693.html). Voilà un point commun qui ne peut que m'inspirer de la sympathie, et ce d'autant plus que je n'ai jamais lu la moindre apologie des valeurs de l'extrême-droite sur leur site, bien au contraire. De toute façon, en réalité, la sympathie ou l'anthipathie importent peu dans le travail d'information et d'analyse qu'on doit fournir. Seuls les faits comptent. D'après ce que je peux connaître des travaux de Meyssan, certaines de ses recherches ne me persuadent pas tout-à-fait (par exemple sur l'effondrement des deux tours en 2001, nombre de ses arguments ne me paraissent pas très pertinents), d'autres davantage (sur le 11 septembre, les démonstrations de Meyssan concernant le Pentagone me paraissent plus fortes que celles sur les Twin Towers, et l'article que lisait Chavez sur l'Albert Einstein Institution a l'air également très solides).

L'Atlas alternatif est une initiative anti-impérialiste de gauche. C'est annoncé dans sa préface. Elle ne part pas d'une collaboration "trans-clivage". Mais si des chercheurs  établissent des faits objectivement prouvés, solides, intéressants, je crois que nous ne pouvons pas nous interdire de citer ces faits, et l'organe qui les relate, au simple motif que tel ou tel déjeunerait avec des gens du Front national. Ce serait du maccarthysme absurde. Amicus Plato, sed magis amica veritas. La vérité compte plus que les amitiés des uns et des autres. Notre époque a besoin de vérité plus que tout. Donc je pense que notre blog de l'Atlas doit prendre la vérité où elle est et citer la source qui la relate, quelles que soient les fréquentations de cette source. Les choses de ce point de vue sont très simples. Et si un jour la vérité relatée est démentie d'une façon convaincante, il faut aussi le signaler, comme nous l'avons fait en ce qui concerne la rumeur diffusée par la Capjpo/Europalestine sur le timbre israëlien à l'effigie de Sarkozy (qui s'est révélé être un faux-timbre de la section israëlienne de l'UMP, ce qui n'est pas tout à fait la même chose...).

En ce qui concerne les alliance bizarres des uns et des autres justement, j'observe que Jean-Luc Mélenchon, un peu involontairement sans doute, dans son blog (http://www.jean-luc-melenchon.fr/article/blogview/236/1/1/) soulève un sujet de polémique potentielle sur la question de savoir si le général José Nicolas Albornoz Tineo, membre de l'état-major militaire du président Chavez, a ou non participé le 27 mai dernier à un colloque organisé par des dirigeants du Front National à Agde. A vrai dire l'info traînait sur divers blogs depuis un certain temps, mais le sénateur socialiste ne s'en est enquis qu'après que Marianne l'ait reprise. Il publie sur son blog un démenti de l'ambassadeur du Vénézuela à Paris.

J'ignore si ce démenti est fondé ou pas. Mais je pense personnellement que les gens de gauche en France qui approuvent le processus bolivarien ne devraient pas se soucier des soutiens que les leaders venezueliens vont chercher, que ce soi du côté de l'Iran ou du FN. A mon avis, les bienfaits que cette révolution apportent aux populations les plus pauvres des pays de l'ALBA, et, au delà à l'ensemble du Tiers-Monde, comptent davantage que ces questions politiciennes. Chavez peut se chercher les alliés qu'il veut. La seule question sérieuse est de savoir si sa politique est progressiste, utile ou non aux pauvres. Et personne ne peut nier qu'elle l'est effectivement. Tout le reste n'est que littérature.

A part cela je signale la sortie du dernier numéro du Plan B, organe de critique des médias, que j'ai trouvé très bon, et même meilleur que les précédents... Le dossier sur Jacques Attali, ami de Kouchner et de Sarkozy, notamment vaut le détour...

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