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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

"Les régimes populistes face au mondialisme" de Frédéric Delorca

15 Novembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les régimes populistes, #Actualité de mes publications

Mon nouveau livre "Les régimes populistes face au mondialisme" vient de paraître aux Editions du Cygne. Vous y trouverez un point de vue sur Orban, sur la campagne électorale américaine, sur la crise des migrants, sur la Macédoine, la Catalogne, les opérations de Soros dans ces affaires et autour de la Cop21 et même auprès du pape dont la grande presse ne vous parle pas, des infos piochées dans le monde anglosaxon, et mieux pondérées (je l'espère) que ce qu'en font certains sites paranos.

Merci aux personnes qui ont commenté ce blog au cours des quatre dernières années. Elles ont contribué à me motiver à suivre l'actualité même quand le temps libre me faisait défaut (car j'ai un job prenant par ailleurs) ou quand la marche du monde m’écœurait un peu trop.

Le livre peut être commandé ici, ou sur Fnac.com ou chez votre libraire.

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Une nouvelle guerre par procuration au Liban ?

10 Novembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Le quotidien

Chers lecteurs, croyez bien que je me passerais volontiers d'écrire sur ce blog si l'actualité ne m'y poussait point. Je ne dirai rien d'un bref échange de mails que j'ai eu hier avec une spécialiste du développement personnel hier, ni même d'un courriel que j'ai dû adresser à un inspecteur de l'éducation nationale parce que dans une école primaire en veille de 11 novembre on enseignait à des enfants à confectionner des coquelicots rouges britanniques sans jamais leur parler du bleuet de France.

Je vous parlerai du Liban. J'aurais voulu ne pas avoir à signaler la situation de ce pays aujourd'hui comme celle du Yémen hier, mais le bras de fer irano-saoudien qui se joue dans les deux cas m'y oblige. Et encore, parler de bras de fer est une expression abusive qui dissimule sous une neutralité mensongère le fait que c'est Riyad qui déclenche, à Beyrouth comme à Sanaa, les hostilités, Riyad qui provoque la guerre, la destruction, le malheur des peuples, comme il l'avait fait en soutenant (à l'époque aux côtés du Qatar) les Printemps arabes et Daech.

Ce n'est pas moi qui le dis : c'est le quotidien israélien Haaretz qu'on ne peut soupçonner de sympathie pour Téhéran qui fait savoir dans un éditorial aujourd'hui que Riyad déclenche un nouveau front au Liban et veut pousser Israël à attaquer pour "faire le sale boulot à sa place". C'est peut-être Nasrallah, le chef du Hezbollah, qui accuse l'Arabie saoudite de retenir l'ex-premier ministre Hariri en otage, mais c'est quand même Macron qui est obligé de demander, selon L'Orient le Jour que la Saoudiens lui rendent sa liberté de mouvement(*), et Tillerson, le secrétaire d'Etat de Trump qui, malgré les millions de contrats d'armements conclus, demande à la monarchie wahhabite de ne pas provoquer une nouvelle guerre par procuration.

Le monde a besoin de tellement d'autre chose que de ces folies guerrières d'émirs décadents (qui achètent des enfants orphelins pour égayer leurs orgies) et surarmés.

(*) Dans le même journal un peu plus tard "Ce qu'ont fait les Saoudiens relève de la violation de souveraineté caractérisée. À laquelle s'ajoute une dose d'infantilisation méprisante envers le leadership de la communauté sunnite." - voir aussi les purges financières de Ben Salmane

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Le Yémen étranglé

9 Novembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Colonialisme-impérialisme

Pour se venger du petit missile qui a délicatement volé au dessus de l'aéroport de Riyad cette semaine, les amis saoudiens d'Hillary Clinton, John Podesta, François Hollande et (depuis peu) de Donald Trump instaurent un blocus de l'aide humanitaire au Yémen. 7 millions de personnes sont menacées de famine.

Il y a des chars Leclerc dans la coalition des pétromarchies qui opprime ce pays, et des conseillers militaires français. Faites pression sur vos députés pour aider son peuple.

 

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Petite synthèse sur la crise catalane

7 Octobre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Espagne, #Peuples d'Europe et UE

Un lecteur fidèle de ce blog de résumer mon point de vue sur la crise catalane.

Voici un aperçu global. Le comté de Barcelone, comme celui d'Aragon et celui de Navarre sont des création de Charlemagne qui, selon la légende, appelé à libéré St Jacques de Compostelle des "infidèles" par un ange (suivre "la voie lactée") organisa à cet effet une "marche" de son empire en Ibérie. Culturellement l'identité catalane est de la même branche que celle du Languedoc et de Provence, elle ne s'en est guère distinguée pendant des siècles, le comté de Barcelone a d'ailleurs longtemps appartenu au comté de Provence dont elle a adopté les couleurs (le drapeau jaune et rouge) puis son sort fut lié à l'Aragon.

Comme tous les nationalismes du XIXe siècle, celui de Catalogne fut le fruit d'une relecture sélective et mythique de l'histoire par des petits grammairiens de province (des "intellectuels dominés" dans le vocabulaire sociologique). Je vous renvoie sur ce point au célèbre "Imagined Communities" de Benedict Anderson que Bourdieu citait beaucoup dans ses cours sur l'Etat au Collège de France en 1990.

La première expression politique du nationalisme catalan fut la création d'un self-government sous la IIe république espagnole dans les années 1930. Il était l'expression des intérêts économiques d'une bourgeoisie industrielle et économique qui était le fer de lance, comme la bourgeoisie basque, de la modernisation de l'Espagne qui était restée au XIXe siècle, malgré des guerres civiles entre progressistes et traditionalistes, à l'égard du reste de l'Europe une sorte de "Corée du Nord" catholique conservatrice résistant aux influences du libéralisme anglais et du jacobinisme français (voir le témoignage de Custine). Cette bourgeoisie qui n'était pas exempte de tendances fascisantes et avait ses milices organisées par Josep Dencas dans les rues proclama l'Etat catalan en 1934 sois la présidence de Companys mais cette proclamation fut étouffée par la garde civile, et Dencas se réfugia en Italie mussolinienne.

En 1936, face au coup d'Etat de Franco soutenu cette fois par Hitler et Mussolini, le mouvement anarchiste, des militaires socialistes (marxistes ou franc-maçons) et le gouvernement autonome catalan se coalisèrent contre l'insurrection. Après la liquidation des milices anarchistes la République espagnole, dont la capitale était à Valence mais dont les troupes se battaient essentiellement autour de la Catalogne et de Madrid devint une sorte de République populaire armée par l'URSS (qui seule la soutenait activement) qui, derrière un parlementarisme de façade, reposait en fait sur le pouvoir des commissaires politiques communistes (en Catalogne le Parti socialiste unifié de Catalogen PSUC).

Après 38 ans de dictature franquiste, la question s'est posée de la nouvelle gouvernance en Catalogne durant la transition démocratique. Comme en témoignait récemment l'ex leader du PC espagnol Julio Anguita, les partis au pouvoir à Madrid dans le nouveau cadre de la monarchie constitutionnelle préférèrent installer à la tête de la Catalogne les nationalistes catalans exilés en France plutôt que de laisser s'installer au pouvoir une majorité socialo-communiste (malgré la conversion des communistes à l' "eurocommunisme").

Le gouvernement socialiste (PSOE) de Felipe Gonzalez et celui conservateur (PP) de José-Maria Aznar firent le choix de s'allier avec ces nationalistes catalans "modérés" (Convergencia i unio - CiU - de Jordi Pujol), tandis qu'émergeait peu à peu un nationalisme indépendantiste autour d'Esquerra Republicana de Catalunya (ERC). Au début des années 1990 à Sciences Po Paris il était de bon ton de louer la vertu bourgeoise des nationalistes catalans industrieux et "éclairés" face à l'obscurantisme extrémiste du nationalisme basque.

Ceci permit aux nationalistes catalans de monopoliser le discours institutionnel sur l'histoire du pays, utiliser beaucoup de fonds publics au service de leur propagande, obliger les habitants de Catalogne, y compris ceux qui n'étaient pas originaires de cette région, à apprendre le catalan dans les écoles, marginaliser la culture espagnole, avec la bénédiction de l'Union européenne qui voulait promouvoir une "Europe des régions" et de la majorité de l'intelligentsia européenne (par exemple à l'occasion des Jeux olympiques de Barcelone).

Dans les années 2000, la nationalisme "modéré" catalan compromis par les scandales financiers comme la classe politique madrilène, s'est trouvé en perte de vitesse et n'a trouvé une planche de salut que dans l'alliance avec Esquerra Republica de Catalunya (les deux ensemble ont eu 39 % des voix) , et même depuis quelques années, avec un groupuscule communiste indépendantiste, la CUP (8 %), tandis qu'en son sein émergeait un indépendantisme plus rural que le nationalisme de Jordi Pujol, incarné aujourd'hui par le président de la Generalitat Carles Puigdemont. L'ensemble des nationalistes ne représente en 2015 qu'une petite moitié des électeurs.

Cette coalition est opposée à des partis loyalistes, dont le principal maintenant est le mouvement de centre-droit Citoyens dirigé au parlement de Catalogne par une ex-cadre d'entreprise privée née en Castille de 36 ans, Ines Irrimadas, tandis que Podemos (version espagnole des Insoumis) joue une jeu ambigu dans ce dispositif (la mairesse Podemos de Barcelone a voté "blanc" au référendum illégal de 2017).

Puigdemont, largement otage des partis minoritaires de sa coalition (ERC et CUP), a lancé un programme sécessionniste offensif, axé successivement sur l'organisation d'un référendum illégal semblable à celui organisé en 2014 par son prédécesseur Arturo Mas, dans une atmosphère de cynisme qu'avait déjà révélé la manifestation de recueillement au lendemain des derniers attentats islamistes, où les indépendantistes au mépris de la plus élémentaire décence avaient accaparé le devant de la manifestation avec des banderoles chargées de slogans sécessionnistes. Le référendum de septembre 2017 a été qualifié à juste titre de "carnaval politique" puisque, sans l'appui de l'Etat espagnol pour en garantir la validité, il a été organisé dans des conditions de fortune et dans une ambiance d'intimidation (obligation faite aux écoles de collaborer à son organisation, méconnaissance des droits des électeurs à la confidentialité de leurs opinions , dénonciation comme traîtres de ceux qui n'y participeraient pas etc). Le gouvernement  espagnol a dépêché des milliers de gardes civiles pour empêcher la tenue du scrutin. Ceux-ci ont largement échoué à faire fermer les écoles, se heurtant à une forte résistance passive - population bloquant les rues, l'accès aux écoles etc. Comme avec la police de Manuel Valls à l'époque du CPE il y a eu quelques tirs de balles en caoutchouc et des coups de matraque distribués, mais assez peu par rapport au nombre de points d'intervention où la garde civile devait intervenir et compte tenu de l'ambiance électrique qui régnait alors (beaucoup de gardes civils ont été blessés).

Le scrutin fut une farce : seuls 42 % du corps électoral y a participé (c'est comparable au référendum illégal organisé au Vénézuela  par l'opposition), c'est à dire principalement les partisans de l'indépendance les gens ont pu voter, sous la protection de la police autonome catalane, qui, pour l'occasion, se comportait en police politique, avec des bulletins confectionnés chez eux, et mettre plusieurs bulletins dans différentes urnes d'autant que le blocage d'Internet par la police espagnole perturbait la comptabilisation des votes.

Toutefois la presse internationale - tout d'abord la presse anglo-saxonne, puis, en France, les grands médias de centre-gauche (Le Monde, Libération) et la télévision ont pris fait et cause pour les indépendantistes, montant en épingle les quelques cas de violence policière, souvent en en forgeant de fausses à partir d'images vieilles de plusieurs années, en gonflant le chiffre des blessés  et donnant une image positive de la "jeunesse indépendantiste" catalane, sans dire un mot des millions de Catalans loyaux à l'égard de l'Espagne qui restent chez eux assaillis par un sentiment de crainte, et sans rappeler que le mouvement catalan repose avant tout sur un égoïsme sacré à l'égard des régions espagnoles plus pauvres, alors que la région bénéficie déjà depuis 40 ans toute l'autonomie culturelle qu'elle peut souhaiter. Des politiciens de la mouvance populiste de droite comme l'Anglais Nigel Farage, ou des francs-tireurs d'habitude identifiés comme pro-russes comme Assange et Snowden sur les réseaux sociaux ont aussi soutenu avec véhémence les sécessionnistes, laissant même suspecter chez les médias dominants espagnols une sympathie du Kremlin pour Puigdemont - mais à l'inverse la Serbie, habituellement considérée comme pro-Russe et qui considère que la Catalogne est le Kosovo de l'Espagne a apporté son soutien à Madrid, tout comme, formellement, l'ensemble des pays européens et l'Union européenne).

Sans doute paralysé par l'image négative de lui qu'entretien la presse internationale (et il est vrai qu'il accumule des casseroles depuis longtemps), le premier ministre espagnol Mariano Rajoy hésite à mettre en oeuvre l'article 155 de la constitution qui lui permettrait de destituer le gouvernement sécessionniste de Catalogne qui a enfreint la loi espagnole malgré les condamnations prononcées par les tribunaux et bafoué toutes les règles démocratiques. Cette destitution, demandée par Ciudadanos (et dans un sens implicitement par le roi d'Espagne lui-même qui a prôné la fermeté) ouvrirait la voie à des élections qui rendraient à l'ensemble du peuple catalan la parole et aboutiraient peut-être à la mise en minorité de la ligne extrémiste de Puigdemont. Toutefois le secrétaire général du PSOE Pedro Sanchez, dont Rajoy dépend pour sa majorité aux Cortes, est hostile à cette option et préfère une solution négociée, laquelle pourrait déboucher une solution bancale d'indépendance-association dont on a vu dans les cas soviétique et yougoslave qu'elle n'est souvent que l'anti-chambre d'une indépendance en bonne et due forme. Mais le PSOE lui-même est divisé sur cette option, Alfonso Guerra, ancien ministre de la défense de F. Gonzalez s'est clairemennt prononcé cette semaine pour la mise en oeuvre de l'article 155.

L'argument de l'argent pourrait peser dans la balance : face aux tensions, des grandes entreprises et des banques commencent à déplacer leur siège hors de Catalogne. Arturo Mas, prédécesseur de Puigdemont à la tête de la Generalitat, a laissé entendre hier que la Catalogne n'est peut-être pas prête à assumer les conséquences d'une déclaration unilatérale d'indépendance que son successeur sous la pression d'ERC et de la CUP veut lancer la semaine prochaine sur la base du soutien de moins de la moitié du corps électoral...

Pourquoi cette flambée de soutien international au putsch anti-démocratique catalan ? Nous n'avons pas encore toutes les clés factuelles pour analyser les causes de l'avalanche d'intox qui tombe sur les citoyens du monde entier à travers Internet et les médias audiovisuels depuis 8 jours. Pour d'autres éléments d'infos je vous renvoie à cet article en français d'une prof à l'université d'Etat de Moscou Karine Bechet-Golovko que j'approuve très largement.

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Déclaration de presse d'Inés Arrimadas

2 Octobre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Espagne, #Peuples d'Europe et UE

Très bonne déclaration d'Inés Arrimadas contre le putsch populiste de la Generalitat de Catalogne (ou des staliniens de la CUP qui sont derrière Puigdemont). Contrairement à ce que disent les incultes, la Catalogne n'est pas en 1936. Elle est au 6 octobre 1934, proclamation de "l'Etat catalan" par Lluis Companys et des sympathisants de Mussolini du genre du Dr José Dencás Puigdollers...

Je crois que Ciudadanos a une assez bonne proposition pour la Catalogne : mettre en oeuvre les pouvoirs spéciaux (une sorte d'équivalent de notre article 16), dissoudre le gouvernement de la Generalitat qui s'est rendu coupable de forfaiture et organiser de nouvelles élections où une majorité anti-catalaniste (PSC+Ciudadanos pourrait l'emporter avec une neutralité de Podemos). Mais le PSOE à Madrid, qui est le faiseur de rois en ce moment, est sur une ligne plus molle de négociations avec Puigdemont. Mais que vont-ils négocier ? un référendum "légal" que les nationalistes (avec toute la pub internationale que Rajoy leur a donnée dimanche en leur envoyant la garde civile) gagneront avec 55 % des voix, et, finalement une indépendance injuste (car on ne fait pas sécession avec seulement un demi-peuple) à laquelle notre cher - et minable - journal Le Monde est déjà en train de préparer les esprits ?

Ah si Madrid avait à ses côtés Pékin et Moscou comme l'a Belgrade (qui vient d'obtenir que le Kosovo retire sa candidature à Interpol) !

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Crise des missiles nord-coréens: sortir de « l’hystérie »

12 Septembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Actualité de mes publications, #Le monde autour de nous

Ci-dessous mon article qui paraîtra dans le prochain numéro papier (octobre 2017) L'Arme et la Paix, revue de l'association Initiative Citoyenneté Défense (ICD), et qui est déjà en ligne ici sur le site de l'association. (Pour mémoire voir aussi mes autres interviews et articles pour leur revue depuis 2011 ici).

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                                   Crise des missiles nord-coréens: sortir de « l’hystérie »

 

Voilà plusieurs décennies que la République populaire démocratique de Corée est identifiée comme un élément perturbateur dans les relations internationales. Perçue en Occident comme une survivance absurde de la guerre froide, tandis que les deux Allemagnes et les deux Yémens ont eu la « bonne idée » de s’unifier au début des années 1990 (et avant eux les deux Vietnams), elle n’était pas spécialement appréciée non plus des Russes et des Chinois en raison du principe d’autharcie économique et politique qui la gouverne depuis sa création, encore qu’elle présente aux yeux de ces deux pays un sérieux avantage : celui d’empêcher les troupes américaines de venir stationner au voisinage de leur frontière orientale.

 

Il est vrai que le régime de ce pays ne peut guère inspirer de sympathie. Si on peut lui reconnaître le mérite d’avoir offert à sa population les avantages de l’éducation et des services sociaux pour tous, et d’avoir fait émerger une intelligentsia capable d’envoyer des satellites dans l’espace (une prouesse pour un pays si isolé), il a poussé l’embrigadement des masses, l’endoctrinement et l’uniformisation au-delà de ce qu’avaient fait auparavant tous les autres régimes communistes. Depuis les années 80, du reste, le culte de la personnalité du leader Kim Il-Sung, poursuivi même à titre posthume, ainsi que de sa doctrine, le « juche », a éclipsé la référence marxiste, faisant baigner le pays dans une étrange ambiance sectaire. Les violations des droits de l’homme (liberté d’opinion, liberté religieuse etc) y sont massifs, et le bien-être économique laisse à désirer, même si la capitale Pyongyang, qui est la vitrine du système, affiche des progrès sensibles depuis quinze ans.

 

Pour autant c’est moins la misère morale ou économique du peuple nord-coréen qui inquiète les grandes puissances (après tout celle-ci a hélas bien des équivalents dans le monde) que l’engagement militaire non-aligné de ce pays, qui, comme Cuba, la Syrie ou l’Irak de l’époque baasiste, a très tôt compris la nécessité de développer un système de défense puissant si elle ne veut pas être rapidement vassalisée et convertie de force au capitalisme par les puissances occidentales.

 

Les Etats-Unis depuis un demi-siècle au moins considèrent avec méfiance la capacité de la Corée du Nord à exporter des armes à destination de pays ou de groupes de combattants qui ne sont pas franchement soumis à l’hégémonisme de la bannière étoilée (on a vu la Corée du Nord collaborer militairement avec le Pakistan, l’Ouganda, mais aussi la Syrie et l’Iran). Les stocks d’armes chimiques et bactériologiques de Pyongyang inquiètent aussi.

 

Mais les craintes les plus fortes proviennent du programme nucléaire nord coréen qui, bien qu’il ne soit pas le seul dans ce cas (l’Inde, le Pakistan, Israël et l’Iran sont dans la même situation « dissidente ») viole le traité de non-prolifération de 1968 (dont Pyongyang a eu l’honnêteté de se retirer).

 

Contrairement à ce que laisse croire une certaine propagande médiatique en Occident, ce programme nucléaire n’est pas par essence offensif. Il a été lancé en 1992 quand George  Bush Sr a laissé sans réponse la demande des autorités nord-coréennes d’un engagement des Etats-Unis à ne  pas remettre en cause l’existence même de la République démocratique populaire de Corée. Et, après une phase de relative ouverture et de négociations sous les mandats de Bill Clinton, Kim Jong-il a été encouragé à le reprendre par le bellicisme échevelé des puissances occidentales au cours des deux dernières décennies. Les Nord-coréens eux-mêmes n’ont cessé de répéter que le spectacle affligeant de la puissance américaine se ruant à l’assaut de l’Irak de Saddam Hussein et de la Libye de Kadhafi, qui avaient loyalement renoncé à leurs armes de destruction massive, pour liquider physiquement leurs dirigeants et y faire régner le chaos, a servi de démonstration du fait qu’aucun régime ne peut plus suivre une politique de non alignement s’il ne se dote d’une force de dissuasion nucléaire crédible. C’est aussi le raisonnement que suivent les mollahs en Iran.

 

Il semble que ce discours d’auto-défense suscite une réelle adhésion parmi le peuple Nord-Coréen, par delà la terreur que la dictature fait régner ou la stérilisation de l’esprit critique, parce que la Corée du Nord – comme les Occidentaux tendent à l’oublier, mais le criminel oublie facilement son crime –  a été littéralement martyrisée par l’armée états-unienne et ses alliés au début des années 1950, qui y ont commis les pires crimes de guerre contre les civils, faisant périr un cinquième de sa population, tandis que le général Mc Arthur menaçait (déjà) d’y faire exploser la bombe atomique. Au massacre que Picasso a immortalisé dans un de ses tableaux s’est ajoutée l’humiliation des missiles nucléaires de Washington stationnés en Corée du Sud et pointés sur Pyongyang jusqu’à la présidence de Jimmy Carter. Les peuples que nous oppressons ont la mémoire longue.

 

Incontestablement  le potentiel nucléaire nord-coréen a connu un accroissement spectaculaire au cours des trois dernières années, depuis que Pyongyang s’est procuré par la contrebande des moteurs d’anciens missiles intercontinentaux soviétiques qui permettent aux Coréens d’atteindre l’île américaine de Guam. L’ironie de l’Histoire veut que le nouveau régime ukrainien anti-russe issu du coup d’Etat de Euromaidan ait contribué à ce saut qualitatif de l’armement nord-coréen… De l’inconvénient de laisser les régimes mafieux prospérer…

 

Pour autant les tensions que provoquent les essais nord-coréens reposent principalement sur de la rhétorique. Il semble en effet que dans cette affaire tout le monde soit prisonnier d’une logique de surenchère verbale. Le régime du jeune Kim Jong-un a besoin de donner l’impression qu’il peut menacer les Etats-Unis, pour flatter l’orgueil national de son peuple. Le président américain Donald Trump, à son niveau aussi, est obligé de vociférer allant jusqu’à menacer comme il l’a fait le 8 août, de déclencher « le feu et la furie comme le monde ne l’a jamais connu » Sa campagne électorale avait été un tissu de contradictions qui, au nom du pragmatisme, proposait tout à la fois la réduction de la présence militaire américaine outre-mer, l’alliance ponctuelle avec les Russes contre le djihadisme, et la fermeté contre l’Iran, Cuba et la Corée du Nord. Sous la pression du lobby militaro-industriel de plus en plus présent dans la garde rapprochée de Donald Trump, et des accusations de collusion avec la Russie que lui adressent la clique des démocrates clintoniens (les grands médias, Soros…) très mollement combattue par l’Establishment républicain, Trump doit montrer sa capacité à ne pas laisser les tests nucléaires nord-coréens sans réponse.

 

Or la réalité des menaces est largement surévaluée. Contrairement à ce que laisse penser une certaine propagande chauvine et paranoïaque aux Etats-Unis, s’il semble que les missiles nord-coréens puissent atteindre l’Alaska voire, plus hypothétiquement, être montés sur des sous-marins comme le font les pays membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (ce qui serait le seul moyen de les rendre opérationnels pour une première frappe sans destruction immédiate du pays), la preuve de la capacité de la Corée du Nord de miniaturiser des ogives nucléaires pour les monter sur les missiles n’est toujours pas apportée. Autrement dit, on en reste à une menace très virtuelle.

 

Les Etats-Unis ont été les premiers dans les années 1990, à abandonner l’engagement à ne pas employer en premier l’arme nucléaire contre un autre pays (la doctrine du « no first use »), ce qui rend quelque peu risible l’accusation de « folie » qu’ils adressent à Kim Jong-un quand il tient le même discours qu’eux. La vérité factuelle est cependant que la Chine n’accepterait jamais qu’un conflit nucléaire éclate à sa frontière, et cela aussi bien Kim Jong-un que Trump le savent, ce qui rend encore plus théâtrale l’inflation verbale de l’été, que Vladimir Poutine a qualifié à juste titre d’hystérique. A cet égard, on peut regretter que le président français Emmanuel Macron ait ajouté un grain de sel stupide à la surenchère en laissant entendre que l’Europe était menacée… Jusqu’à nouvel ordre la France métropolitaine est , comme l’ont fait remarquer les Nord-Coréens, assez éloignée de l’Alaska, et elle a à son actif (si l’on peut dire) une présence nucléaire dans le Pacifique que Pyongyang est encore loin d’avoir égalée dans l’Atlantique Nord ! Le président français se ridiculise sur ce dossier comme il l’a fait juste avant sur celui de la renégociation de la directive européenne sur les travailleurs détachés, alors pourtant que la Chine semblait compter sur Paris pour apaiser un peu les tensions.

 

Par delà les excès langagiers, la crise de l’été a entraîné deux effets importants dans les rapports de forces. Le premier est le lâchage complet de Pyongyang par Pékin puisque la Chine a accepté de voter avec les Etats-Unis des sanctions au Conseil de sécurité (on peut se demander quel avantage elle escompte en échange de ce revirement). La seconde est le contenu même de ces sanctions qui va frapper à un degré difficile à évaluer le peuple nord-coréen. Déjà au printemps dernier Washington avait imposé à l’ONU le gel des exportations nord-coréennes de minerais, pourtant vitales pour les réserves en devises de ce pays, puis début août l’ONU avait systématisé ces mesures et interdit l’exportation des produits de la pêche nord coréenne. Le texte voté à l’unanimité par le conseil de sécurité le 12 septembre dernier interdit notamment les exportations de textile de la Corée du Nord, réduit les approvisionnements en pétrole et prévoit un embargo sur les livraisons de gaz. On voit mal comment en mettant les travailleurs nord-coréens de l’industrie textile sur la paille, ou en forçant les habitants et les usines à recourir au charbon (ou à geler cet hiver), l’ONU peut espérer convaincre Kim Jong-un de renoncer à ses ogives nucléaires. Elle risque plutôt de renforcer le nationalisme d’un peuple placé au ban des nations. Il est vrai que l’étranglement des populations par l’embargo est une vieille recette anglo-saxonne qui avait tué des centaines de milliers d’enfants en Irak dans les années 1990 (« Et cela en valait la peine » comme disait Madeleine Albright). En l’espèce la Corée du Nord (en tout cas sa nomenklatura) semble avoir de nombreux moyens pour contourner les sanctions : les dignitaires ont leurs propres voies d’approvisionnement en essence, les navires nord-coréens sont sous pavillons de complaisance et ne peuvent être inspectés, tandis que le textile nord-coréen est souvent exporté sous des marques chinoises. Le ralliement des Russes et des Chinois aux méthodes étatsuniennes laisse donc très perplexe.

 

Sans doute des sanctions valent-elles mieux pour la paix mondiale qu’une attaque militaire sur Pyongyang qui aurait conduit à un conflit explosif pour l’ensemble de la planète entre la Chine et les Etats-Unis. Mais le réalisme recommanderait plutôt que chacun puisse prendre acte du fait que le programme nucléaire nord-coréen défensif, comme celui de l’Inde, du Pakistan  et d’Israël, constitue désormais une exception irrémédiable au principe de non-prolifération, et que, pour l’avenir, afin que l’exemple nord-coréen ne fasse plus d’émule, les membres permanents du Conseil de sécurité s’engagent par traité à ne plus provoquer de « regime change » dans le monde, à ne plus engager eux-mêmes de frappes préventives, nucléaires ou conventionnelles et à faire respecter la pluralité multipolaire. Autrement dit un revirement à 180 degrés par rapport à la politique occidentale des 50 dernières années… On peut toujours le recommander, même si nos dirigeants sont loin d’en prendre le chemin…

 

                                                                       Frédéric Delorca

                        Auteur de « Au cœur du mouvement anti-guerre », Eds du Cygne, 2015.

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Mémoire yézide, et épuration anti-Daech

7 Septembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies, #Proche-Orient, #Le monde autour de nous

Un Indien, Amish Srivastava (opposant à cette Inde de Modi où on lynche les gens qui mangent de la vache), qui bosse pour Voice of America (VOA) vient de sortir un petit film de 11 minutes sur la vie de la yézide Nadia Murad, aujourd'hui "ambassadrice de bonne volonté" de l'ONU. Le film "The last dance" (la dernière danse) est construit à partir des 60 dessins peints en quatre semaines par un kurde syrien Lukman Ahmad, lui aussi employé à VOA.

Ce court-métrage souligne à juste titre que des milliers  de femmes yazidi (environ 3 000) sont encore esclaves sexuelles. Après la chute de Mossoul, et tandis que l'armée régulière syrienne est sur le point de libérer les derniers quartiers de Raqqa tenus pas les islamistes, beaucoup d'entre elles ont été exfiltrées vers d'autres villes du monde musulman et peut-être d'autres pays où elles sont toujours captives.

Nadia Murad a rencontré le ministre des affaires étrangères français JY Le Drian il y a 6 jours pour discuter avec lui de la situation de la communauté yézide à Sinjar et étudier les modalités pour poursuivre en justice les trafiquants d'esclaves yézides ou leurs tortionnaires.

Début août le ministre des affaires étrangères irakien a demandé à l'ONU une aide pour la poursuite des criminels de Daech. Le Royaume Uni a présenté un projet de résolution indiquant que seuls les criminels de Daech seraient poursuivis pour crimes de guerre (et non les armées et milices kurdes ou arabes pro-gouvernementales... ce qui pose quand même quelques problèmes...).

Une cour spéciale a été instaurée à Qaraqosh  près de Mossoul. Human Rights Watch  a été informée en juillet par un juge que 2 000 suspects d'appartenance à Daech sont en passe d'y être jugés pour les divers sévices infligés à toutes les populations de la plaine de Ninive, toutes communautés confondues. Selon un reporter de la BBC la cour examine 50 cas par jour ! En d'autres termes, c'est une justice expéditive. Il a assisté au procès d'un Irakien qui disait avoir juste été cuisinier des militants de Daech. Ce genre d'individu peut se prévaloir de la loi d'amnistie au bénéfice des gens recrutés malgré eux par Daech votée par le parlement irakien en août 2016, mais Human Rights Watch certifie qu'elle a entendu un juge de la région de Ninive (peut-être de cette cour de Qaraqosh) dire qu'il ne voulait pas entendre parler de cette loi, même pour les cuisiniers. Il existe aussi une cour kurde dirigée par le PYD qui gère 700 dossiers au nord de la Syrie. Open Society, l'ONG de Soros, recommande aux Etats syien et irakien d'adopter des lois sur les crimes contre l'humanité pour ne pas encombrer leurs faibles moyens des cas subalternes à l'égard desquels les juges risquent d'être très injustes. Leur reporter Nadem Houry racontait le 25 août qu'à Raqqa ceux qui s'en sortent le mieux parmi les ex-membres d'EI/Daech ne sont pas ceux qui ont les mains propres mais ceux qui ont des appuis dans les clans puissants (souvent kurdes) qui contrôlent les Forces démocratiques syriennes (un peu comme les combattants d'Al-Nosra recyclés dans les FDS).

La cour pénale internationale ne peut prendre en charge l'épuration car son mandat ne pourrait se limiter aux seuls crimes de l'Etat islamique.

L'activisme international des Yézides pour la répression des crimes de guerre se focalise autour du centre culturel Yazda à Houston (Texas). Hier le centre recevait Knox Thames conseiller spécial du département d'Etat pour le Proche-orient et l'Asie centrale et méridionale pour les minorités religieuses (il venait d'inaugurer le centre de Yazda à Lincoln au Nebraska), la conseillère de Trump Pam Proyer et d'autres membres du Département d'Etat. Yazda (qui a un centre d'aide aux Yézides sur place, en Irak, à Dohuk, et d'autres antennes sur place) est présidée par Haider Elias, un diplômé de la fac de psychologie de Huston natif de Sinjar. Dans 8 jours il animera quatre jours de conversation du Jewish Journal (Journal Juif) à Los Angeles en partenariat avec la "Beyond Genocide Campaign" (Campagne au delà du génocide) une association de rabbins progressistes californiens coordonnée par la rabbin Pam Frydman, diplômée de la fac de psychologie de Tel-Aviv.

Sociologiquement cela dessine une galaxie de soutiens économiques aux yézides d'orientation assez "centre gauche" avec des Indiens anti-Modi basés aux USA, des rabbins californiens et des Israéliens de centre-gauche (les travaillistes de Zionist Camp dont une député préside un groupe d'amitié israélo-kurde organisait en juillet dernier une commémoration du génocide des yézides irakiens à la Knesset).

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Le référendum catalan

6 Septembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Espagne, #Peuples d'Europe et UE, #Les rapports hommes-femmes

J'avais salué en 2015 le charisme d'Inés Arrimadas. Aujourd'hui elle a fait ce qu'elle a pu contre la loi inconstitutionnelle d'organisation d'un référendum sécessionniste votée aujourd'hui en dénonçant l'ambiance de menaces et de tension qu'entretiennent les nationalistes catalans. Ce référendum ne servira à rien car seuls les indépendantistes iront aux urnes. Déjà aujourd'hui le PSC, Ciudadanos, le PP et une partie du Podemos catalan ont quitté l'hémicycle avant le vote. Cela me rappelle l'indépendance de l'Abkhazie qui n'avait été votée en son temps que par une moitié des députés, car les élus partisans du maintien dans la Géorgie n'avaient pas siégé (encore les Abkhazes étaient-ils plus légitimes à s'opposer aux loyalistes géorgiens que les catalanistes aux hispanistes, car en Abkhazie ces sécessionnistes se battaient pour rester fidèles à une fédération multiethnique utile à l'équilibre mondial, l'URSS, quand les catalanistes ne se battent que pour leur nombril). Dans le Caucase, tout cela se paya d'une guerre civile sanglante. Ce genre de guerre est improbable en Europe, mais l'intolérance des sécessionnistes est la même.

Et l'intolérance nourrit la haine. Voulez-vous une preuve : à propos d'Inés Arrimadas, justement. Le 3 septembre à 23 h 07, une femme de Badalona (près de Barcelone) de 45 ans, qui se décrivait comme "philologue réceptionniste" et qui a été gestionnaire de qualité dans un grand groupe, écrivait sur Facebook après avoir vu Arrimadas combattre le référendum catalan à la TV : "Je sais que les critiques vont me tomber dessus de tous les côtés, je sais que ce que je vais dire est machiste et tout ce que vous voulez, mais en écoutant Arrimadas dans le débat de T5 tout ce que je puis lui souhaiter c'est que quand elle sortira cette nuit, elle soit violée en groupe parce que c'est tout ce qu'elle mérite cette chienne dégoutante". Peu de temps après Tinsa la principale société d’évaluation des prix de l’immobilier en Espagne qui l'employait par interim a fait savoir qu'elle mettait fin à son job chez elle. Je me suis demandé ce qui a pu passer par la tête de cette femme visiblement dans une situation économique précaire d'imaginer ce genre de truc sur la présidente du groupe Citoyens au Parlement catalan. Est-ce un effet de la culture porno ? Un effet qui toucherait même les femmes ? Hélas on peut supposer que la dame exprimait le point de vue de beaucoup de beaufs catalanistes. Un site la qualifie de feminazi... Un souvenir du temps où le président de la Generalitat au début des années 30 était un admirateur de Missolini ? (avant que la Catalogne ne défende vaillamment la République en 36).

Bon il faudrait aussi que je parle de la pitoyable tournée des premiers ministres est-européens initiée par Macron en août mais d'autres l'ont fait mieux que moi sur You Tube.

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La canalisation de Plotin

6 Septembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Philosophie et philosophes, #Grundlegung zur Metaphysik

Quand je préparais ma licence de philo à 20 ans à la Sorbonne, il y avait dans notre cours un jeune normalien qui voulait faire sa maîtrise sur Plotin, philosophe néoplatonicien de l'antiquité tardive. Je trouvais cela étrange parce que mon entourage ne jurait que par les philosophes modernes (postérieurs à Descartes). En plus Plotin me paraissait ennuyeux avec ses hypostases et son végétarisme.

L'historien anglais ER Dodds évoque dans son célèbre livre sur l'irrationnel chez les Grecs une anecdote survenue à Plotin au début de sa carrière et que raconte son disciple Porphyre - je lisais cela la semaine dernière. Comme un prêtre égyptien venait à Rome, il lui aurait proposé de lui révéler quel Dieu animait sa vie intellectuelle et morale. Plotin accepta. Ils firent donc un rituel de canalisation qui m'a rappelé ma canalisation d'Isis chez une médium en novembre 2014, et ils le firent dans l'Isiacum de Rome parce que c'était le seul endroit pur (Dodds précise que les temples égyptiens étaient les seuls où l'on ne pouvait entrer qu'après avoir jeûné, et je crois que nos églises devraient s'inspirer de cette règle). Le prêtre fit son rituel, et une entité apparut qui révéla que Plotin était inspiré par un Dieu et non par un simple daimon (une entité inférieure). Mais au moment d'interroger l'entité sur le nom du dieu, l'assistant fut pris d'une sorte de folie (peut-être mêlée de jalousie dit Porphyre) et tua les oiseaux postés en défense, ce qui fit échouer la canalisation.

Un des aspects intéressants de l'anecdote est le rôle que jouent les oiseaux dans l'histoire. Il paraît qu'ils avaient une fonction apotropaïque. En étranglant les oiseaux, on empêchait la parole de l'entité de se donner en toute sécurité ou en toute pureté. C'est une historiette bien étrange...

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Les nouvelles sanctions contre Pyongyang, la transition cubaine, le massacre des Rohingya

5 Septembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Le monde autour de nous, #Asie

Je ne cesse de dénoncer la manie anglo-saxonne des embargos. Il faut le faire à nouveau après l'annonce par Trump de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord, alors que toutes les exportations de minerais de ce pays sont bloquée depuis plusieurs mois. Poutine s'est opposé à ce projet qui pourrait avoir des conséquences humanitaires graves. Il a raison.

Même s'il y a eu une croissance économique en Corée du Nord grâce à l'économie parallèle, le peuple y est pauvre. On parle de Pyongyang, mais il semble que seule une nomenklatura de privilégiés habite cette ville et l'on ne sait rien des campagnes. Les sanctions économiques les frapperaient durement sans avoir aucun impact sur le programme nucléaire gouvernemental. Il faut arrêter cette politique de matamore.

A part cela on nous parle de la transition politique à Cuba. Au terme d'une série d'élections locales et nationales, le premier vice président du Conseil d'Etat Miguel Diaz Canel, un ingénieur qui a dix ans de plus que moi devrait succéder à la tête de l'Etat à Raul Castro qui continuera de contrôler le parti. Pas de changement brutal à prévoir, une vidéo de Diaz Canel est sorti sur les réseaux sociaux où il demande plus de répression des médias indépendants. Je ne sais pas si "Cuba hurts" (Cuba fait mal) comme disait Eduardo Galeano, mais en tout cas elle ne s'alignera pas sur les intérêts du Pentagone et de WallStreet de si tôt.

Dans la série "je me répète", il me faut à nouveau parler des Rohingya, comme je l'avais fait en 2013 sur le blog de l'Atlas alternatif et sur ce blog.Russia Today hier avait des mots très ironiques contre Aung San Su Kyi, prix Nobel de la paix birmane aujourd'hui au pouvoir. ll y a de quoi, car les massacres que subissent ces musulmans de Birmanie depuis dix jours sont terrible.

On devrait faire une liste des crimes dont les prix Nobel de la paix se sont rendus coupables directement ou par leur complicité active et passive : Kissinger responsable du coup d'Etat chilien et des milliers de morts qu'il a engendrés, Lech Welesa qui, sur le tard, soutint la guerre de Bush en Irak (avec son cortège de destructions qui continuent encore), Barack Obama avec sa guerre des drones, celle de Syrie et celle d'Ukraine. Aujourd'hui Aung San Su Kyi et le massacre des Rohingya. Tout cela devrait justifier la mise à la retraite d'office de l'ensemble de l'académie Nobel.

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L'honneur assassiné de Léontine de Villeneuve

21 Août 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #XIXe siècle - Auteurs et personnalités, #Divers histoire, #Les rapports hommes-femmes, #La droite, #Cinéma

Dans le livre qu'il a écrit contre Deleuze "Apocalypse du désir" mais que je ne vous recommande pas car je le trouve un peu trop labyrinthique, Boutang voit dans le cavalier blanc du chapitre 6 de l'Apocalypse de Jean la figure du désir immédiatement adhérant à l'instant et sans but, désir pur et enfantin, à la différence du désir de guerre, du désir de mathématisation des rapports humains et du désir de néant qu'incarnent les trois autres cavaliers.

Châteaubriand éprouve à l'égard de cette forme de "désir pur" la même méfiance que Boutang. Il dit l'avoir vécu à 60 ans en 1829, dans sa vieillesse, sur le chemin de Cauterets (en Bigorre) et le compare au "repos inopiné" de Palinure dans l'Enéide qui s'était mal fini.

Il allait rencontrer dans la station thermale une de ses admiratrices de 26 ans, Léontine de Villeneuve, qui le lisait depuis deux lustres et entretenait une tendre correspondance avec lui depuis deux ans. Hélas pour le grand écrivain (que je soupçonne d'être un peu mythomane comme comme Malraux), celui-ci n'hésita pas à la diffamer dans ses Mémoires d'Outre-tombe en faisant croire qu'elle l'avait forcé à la raccompagner chez elle dans ses bras alors qu'elle n'avait que 16 ans (sic). Boutang dit que la plénitude de l'instant précède souvent un meurtre. Là c'est l'honneur de Mlle de Villeneuve (devenue ensuite comtesse de Castelbajac) que Châteaubriand tua.

La petite fille de Léontine a publié plus tard en 1925 ses lettres sous le titre Le roman de l'Occitanienne et de Chateaubriand, et tenté de rétablir la vérité.

"Il a fallu l'étrange passage des Mémoires de M. de Chateaubriand pour troubler mes souvenirs, écrivait à plus de 40 ans Léontine après être tombée sur cet extrait des mémoires dans  un journal. En présence de ce vrai et de ce faux.ainsi mêlés, et je puis ajouter ainsi travestis, l'effroi m'a saisie (*). Je me suis demandé si je me trouvais réellement vis-à-vis de moi-même dans cette personne dont je ne reconnaissais pourtant ni les sentiments, ni les actions. Mais ma fierté a pu se relever lorsque j'ai traduit chaque ligne de cette page au tribunal de l'exacte vérité. "

Elle expliquait plus loin que la différence d'âge (puisqu'il pouvait être "deux fois son père") l'avait poussée à vivre à Cauterets en toute innocence son amitié avec le grand homme et lui faire lire sa poésie, elle qui ne voulait vivre que de cet imaginaire là, et pour cette raison n'était toujours pas mariée. Chateaubriand qui apprit à ce moment-là qu'il était évincé du pouvoir, fit miroiter à Léontine la perspective qu'elle pourrait intégrer à titre permanent le cercle d'amis qu'il comptait fonder à Rome. Après avoir refusé cela parce qu'elle devait tout de même à son père de se marier, Léontine, le lendemain même, propose quand même d'aller attendre l'écrivain à Rome tandis qu'il irait règler des questions politiques à Paris. L'attendre, mais en tout bien tout honneur, pour intégrer ce groupe d'amis qu'il voulait réunir. Car, elle le dit dans son texte, elle est légitimiste, et politiquement plus à droite que Châteaubriand (trop libéral à son goût). Et dans ce milieu là on ne badine pas avec l'honneur !

"Vous me retrouverez entre les murs d'un couvent, sous la sauvegarde de la protection religieuse. Là, ma réputation sera mise à l'abri... Je ne parle pas de mon honneur : personne n'aura jamais le pouvoir d'y porter atteinte. Vous pourrez venir me voir tous les jours dans cet asile où nous nous donnerons hautement le nom d'amis, même en présence de Mme de Chateaubriand. Et, plus tard, lorsque les années seront venues pour moi comme pour vous, pourquoi ne deviendrais-je pas une nièce d'adoption qui se consacrerait à soigner et à consoler votre vieillesse?" lui aurait-elle dit... Et Chateaubriand refusa ce beau projet sacrificiel puis quitta Cauterets. Ils allaient s'écrire plusieurs fois encore (alors que dans ses Mémoires Chauteaubriand fait comme s'il connaissait à peine la jeune sylphide). Ils se revirent même en 1838 à Cauterets, puis rue du Bac à Paris juste avant la mort de l'auteur du Génie du christianisme. La correspondance publiée montre bien que la version de Léontine était la bonne.

Notre époque qui aime ajouter le crime au crime, le mensonge au mensonge, en 2008, sortit le film "L'Occitanienne",  dans lequel Châteaubriand et Léontine s'enlacent et se caressent longuement au milieu d'images suggestives du flot rageur du gave qui roule ses galers (j'aurais encore préféré une version avec Rocco Siffreddi et Clara Morgane...). Tant pis pour ce qu'était réellement Léontine de Villeneuve, son idéalisme littéraire, et sa vertu royaliste rigide. L'important n'est pas de rendre justice aux gens du passé, à ce qu'ils ont vécu ni ce en quoi ils ont cru. Léontine n'est plus ici qu'une jeune fille de notre époque qui aurait abusé d'une correspondance sur Facebook, et, arrivée dans la chambre de l'écrivain auquel elle était prête à se donner et même à qui elle voulait donner un enfant (ce qui, suivant les critères du XIXe siècle, est le comportement d'une catin...) réaliserait que tout est plus compliqué qu'elle ne l'avait initialement pensé. Notre époque n'aime pas rendre justice aux êtres, ni au passé... seulement idolâtrer ses propres valeurs, sa propre médiocrité...

Le réalisateur du film a le culot d'écrire en postface du film dans le générique que Léontine fut profondément blessée de "l'entrefilet" que Châteaubriand lui consacra dans ses mémoires ! (comme si lui, l'homme de notre époque, prétendait lui rendre justice et réparer l'offense faite à la jeune femme de 1829 en lui versant à son tour un pot de chambre sur la tête). Mais qu'eût elle dit du film alors ! Léontine n'avait pas été blessée du peu de place que l'écrivain lui accordait dans son livre mais du fait qu'il ait laissé entendre qu'elle voulait coucher avec lui, comme une fée des forêts un peu follette, alors que, comme ils étaient membres de la bonne société aristocratique tous les deux, et ayant de nombreux amis en commun (elle y insiste pour éclairer l'arrière-plan de leur rencontre), elle avait placé leur complicité littéraire à un tout autre niveau... Est-ce si dur à comprendre de nos jours ?

(NB : je n'ai pas le temps de développer ce point, mais il faut bien voir que notre temps aveuglé par sa fascination pour le désir charnel, et soucieux de rendre justice aux femmes - mais pas à la femme idéaliste, seulement à la femme sexuellement disponible, et mécontente de n'avoir pas assez de pages dédiée à son égo dans les mémoires d'un écrivain - non seulement ne comprend rien à l'honneur aristocratique et la vertu chrétienne qui le soutenait - à la différence de l'aristocrate romaine païenne antique qui selon Paul Veyne se donnait au noble le plus offrant dans un adultère sans état d'âme -, mais encore ne comprend rien à toute la beauté dont l'art littéraire se parait au début du XIXe siècle, beauté que Châteaubriand ne croyait pas ternir en se vantant d'avoir séduit une sylphide, mais qu'une aristocrate encore vierge aurait bien sûr anéantie en vautrant sa délicate poésie dans une sombre coucherie prénuptiale avec l'idole de son tabernacle épistolaire).

(*) c'est moi qui souligne

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Invitation yézide

20 Août 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies

Je suis invité au mariage d'une jeune yézidi irakienne en Allemagne. Mon hôte m'écrit dans son anglais approximatif : "The sister of my man with her husband and son were kidnapped by ISIS, and they have a sad story. I am sure at least 50 survivors will attend the wedding and i promised them to not speak or do any thing make them sad, it will be only Yazidi traditional dances and a dinner, my people need hope and i want to give them this hope that they really need it now."

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Chavez et la sorcellerie

16 Août 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik

Traduction de l'interview du journaliste hispano-venezuélien David Placer auteur du livre "Los brujos de Chavez", une enquête menée auprès d'une soixantaine de personne, entretien publié dans le journal mexicain "El Universal" du 28 mai 2016.

- Qu'est-ce que révèle le livre?

- Il explique comment la politique et la superstition ont entremêlées au Venezuela, dans un phénomène politique unique dans lequel la Santeria cubaine a servi à exercer un contrôle sur les dirigeants politiques et militaires. Il offre une vision jusqu'ici inédite montrant comment Chavez et  le chavismese sont tournés vers Santeria pour accumuler et conserver plus de pouvoir.
 

- Comment influencé Castro a influencé Chavez?

- Chávez avait un caractère profondément superstitieux. Il a grandi dans les plaines vénézuéliennes écouter des histoires de fantômes et d'esprits. Et Fidel Castro, voyant en lui cette personnalité nettement croyante et superstitieuse, a profité de cette faiblesse. Il l'a rempli de babalawos  [hauts prêtres] de la santeria cubaine censé le le guider dans ses voies spirituelles. Mais ces conseillers qui ont accompagné non seulement Chavez, mais aussi les officiels chavistes de haut rang, les gouverneurs, les militaires et chefs d'entreprises publiques, étaient des espions. Cette révélation surprenante dans le livre est faite par Raúl Baduel, ancien ministre de la Défense [vénézuélien], et qui était compagnon et ami de Chavez [Baduel a rompu avec Chavez depuis 2007].


- A la mort de Chavez, comment le phénomène s'est-il prolongé dans le chavisme?

- Maduro a hérité de cette superstition présidentielle si présente au Venezuela parmi nos dirigeants. Le président est un disciple de Sai Baba, qui était le chef jusqu'à sa mort d'une sorte de secte en Inde. Et Maduro a également dit que l'esprit de Chavez lui apparaît partout: dans le métro, à la Caserne de la Montana [où les restes de Chavez reposent] et même sous la forme d'un petit oiseau. En plein palais présidentiel Miraflores, il y a des éléments de Santeria comme une tête d'alligator, des bonbons et des pétales de rose sur l'épée de Simon Bolivar. Et de tout cela je peux en témoigner de mes propres yeux parce que j'étais dans les salles du palais présidentiel et j'a pris des photos de tous ces éléments qui ne sont pas explicables autrement dans une perspective différente de celle de Santeria.
 

- Qui a été la vénézuélienne Cristina Marksman pour Chavez ? 

- Ce fut la première sorcière, soeur de sa maîtresse pendant plus de 10 ans, Herma Marksman, et elle lui lirait les lettres, lui faisait prendre des bains dans les rivières pour éloigner les mauvais esprits.
 

- Que vous a dit Baduel de la pratique de la Santeria?
 

 - La Santeria et la sorcellerie ont été utilisés par de hauts responsables du chavisme avec la conviction que, avec elle, ils pourraient obtenir plus de puissance. L'un des passe-temps des hiérarques supérieurs est d'invoquer les esprits, généralement ceux des Libérateurs. C'est un passe-temps qui continue à Miraflores (le palais présidentiel). Les administrateurs eux-mêmes me l'ont avoué. Ces épisodes ne sont pas seulement exposés par Baduel, mais aussi par une grande partie de cercle intime de Chavez.


- Voulez-vous dire que les grandes décisions ont été influencés par Santeria?


- Sans doute. Chaque fois que Chavez avait une réunion importante ou un voyage, il courrait chez sa sorcière principale, Cristina Marksman.Devenu président il a fait la même chose avec ses babalawos. Il était un homme qui comptait beaucoup sur ces pratiques pour prendre des décisions ou organiser des réunions.


- Quel lien y a-t-il entre la mort de Chavez et les os de Bolivar?


- Il y a une croyance répandue, non seulement parmi les adeptes de la Santeria et du Palo, qui qui sont ceux qui effectuent des rituels avec des os humains, que l'exhumation des os de Simón Bolívar [en 2010] a eu des conséquences fatales pour Hugo Chávez. La cérémonie, diffusée à la télévision tôt le matin, et où Chavez a parlé aux os de Bolivar, a été comprise de cette façon, non seulement par les opposants adeptes de la santeria et du palo, mais par les chavistes eux-mêmes. C'est ce qui est connu dans les milieux populaires comme "la malédiction de Bolívar". C'est là une conviction sans aucun fondement scientifique.
 

Selon ces croyances, la malédiction est tombée Chavez. Mais il est curieux que, après la publication du livre, un certain nombre de sorciers de l'opposition ont pris contact avec moi. Ils me demandent de révéler le lieu d'un des sortilèges réalisés par Chavez, parce qu'ils comprennent que grâce à cet endroit, le chavisme reste au pouvoir. C'est là aussi une perception sans fondement scientifique ou rationnel, mais une partie de Vénézuéliens sont convaincus que tous ces sortilèges, toute la sorcellerie présidentielle, a eu des conséquences pour le pays.
 

- Il y avait un plan pour diffuser Santeria au reste du pays? 

 - En effet. Santeria cubaine a commencé dans la hiérarchie des chavisme et s'est diffusée jusqu'auxbases sociales du pays. Dans les ports, à l'aéroport, dans les ministères et les entreprises publiques où prédomine le chavisme, domine également la Santeria. Elle est devenue la religion officielle du régime. Et les chavistes le savaient: s'ils étaient adeptes de la Santeria, étaient plus susceptibles de monter quand leurs chefs étaient aussi des santeros. Le but était d'avoir une religion officielle, parce que l'Eglise catholique a toujours été très critique du chavisme.

- Le phénomène a-t-il été sapé par la crise au Venezuela?
 

- Il reste plus vivant que jamais. Tous ces éléments sont encore à Miraflores et Nicolás Maduro et plusieurs de ses dirigeants continuent de consulter les sorciers et les voyants. C'est une caractéristique intrinsèque et en temps de difficultés cette dépendance aux rituels et l'occulte augmente. L'incertitude leur fait demander de la certitude. Ils doivent s'autoconvaincre que les problèmes disparaitront ainsi.

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Les Indiens hispanisés des Caraïbes

6 Août 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #XVIIIe siècle - Auteurs et personnalités, #Divers histoire

Les westerns nous ont montré des Indiens habitués à traiter avec la civilisation anglo-saxonne mais, au XVIIIe siècle,il y en avait aussi en Louisiane française qui s'habillaient à la Louis XV, et en Floride espagnole certains qui avaient été baptisés par des prêtres castillans. Quand le Père jésuite de Charlevoix fait partie d'une embarcation (un bateau nommé "Adour" bien qu'il eût un équipage breton) qui échoue en 1722 sur une des "Iles des Martyrs" à 150 kilomètres de la Havane, il est cerné par des "Sauvages" qui détestent les Anglais (mais les Français se sauvent en disant qu'ils sont alliés des Espagnols), tribu dont le chef se fait appeler Dom Antonio, mais dont les bonnes manières s'arrêtent malheureusement là (voir le récit ci-dessous). Charlevoix ne saura jamais à quelle ethnie ils appartenaient. Voici deux pages de son récit savoureux.

- Dommage que Gallica n'ait scanné que 3 tomes de sa description de l'Amérique française (au point que la fiche Wikipedia sur Charlevoix affirme qu'il n'existe que trois tomes de cet ouvrage), vous ne trouverez le tome 6 qui relate l'année 1722 que sur Google Books.Quel incroyable bonhomme que ce Charlevoix auquel on doit aussi une histoire du Japon et une du Paraguay ! -

 

 

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Vénézuéla, Yézides, Assemblée, Cristina

28 Juin 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse, #Le monde autour de nous

Dans la série "Les médias vous manipulent" les Vénézuéliens font remarquer ceci : on vous parle de la crise économique chez eux à longueur d'année. Mais chez leur voisin colombien 1 000 enfants meurent de faim par an, alors qu'aucun ne meurt au Venezuela. Lequel des deux pays mériterait-il le plus de ce fait que les caméras de nos chers journalistes soient braquées sur lui ?

Mardi 27 juin à Caracas un hélicoptère de la police vénézuélienne a lancé des grenades sur le siège du tribunal suprême de justice et mitraillé le ministère de l’intérieur, à part ça l'opposition est très pacifique, Mais oui mais oui. (On avait parlé d'un  meurtre de juge il y a peu, il y aurait aussi beaucoup à dire sur les attaques de journalistes). Les forces spéciales de la Force Armée nationale bolivarienne ont été déployées pour arrêter ce groupe factieux.

 

Il y a une sorte d'acharnement invraisemblable dans la cruauté en ce moment au Proche-Orient. Les 25-26 juin, les troupes de Daech à Mossoul ciblaient la base médicale de la Yazidi American Women Organization d'Adlay Kejjan dont on a déjà parlé sur ce blog.

Bon à part ça, on constate un fort lobbying du journal Le Monde en ce moment pour la PMA. Méluche, lui, préfère s'en prendre aux couleurs mariales du drapeau européen à l'Assemblée, nourrissant une dialectique théâtrale avec l'ex-écolo arriviste de Rugy qui fait office de président (mais bon, on a déjà eu Bartolone, donc on est habitué à voir le perchoir choir et déchoir).

Pour finir pour travailler votre espagnol une interview de Cristina sur l'élection de Macron en France, la social-démocratie, la situation de l'Argentine.

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