Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

"Les régimes populistes contre le mondialisme" dans les bibliothèques

26 Mai 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les régimes populistes, #Actualité de mes publications, #George Soros

Mon bouquin de novembre dernier sur les populismes fait son chemin dans les bibliothèques universitaires (ce qui ne veut pas dire que seuls les chercheurs devraient s'y intéresser). Les bibliothèques universitaires de l'UFR de droit de Bordeaux et de celle de droit de Lille II, en France,ainsi que de l'université de Genève en Suisse l'ont dans leurs rayons.C'est une bonne nouvelle car ainsi des thématiques refoulées par les médias officiels comme l'action subversive de Soros en Hongrie ou le pizzagate américain ont là une brèche pour s'introduire dans les discussions universitaires.

Il est aussi au deuxième étage de la bibliothèque publique d'information de Beaubourg à Paris, et en version numérique dans les bibliothèques municipales et médiathèques de Lille, Levallois-Perret...

Au passage merci au Comité Valmy d'avoir repris ici le papier de Labévière sur ce livre !

Lire la suite

Todd, Corbyn, la Syrie, Tolbiac

20 Avril 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Peuples d'Europe et UE, #Débats chez les "résistants"

Emmanuel Todd a raison dans cette déclaration (voir ici) : l'Occident est parano et délirant, les diplomates russes sont bien plus intelligents que les nôtres, la Russie n'est pas un monstre tentaculaire, elle est dix fois moins peuplée que l'Occident, mais bien plus rationnelle, et d'ailleurs le taux de suicide et d'homicide y est en chute libre, signe de santé de sa société civile.

Et Corbyn a raison aussi quand il dit qu'on devrait bombarder l'Arabie Saoudite (que nous fournissons en armes) pour la punir d'avoir utilisé des bombes au phosphore interdites par la convention de Genève plutôt que la Syrie où la preuve de l'utilisation d'armes chimiques par le régime d'Assad n'est toujours pas apportée.

En tout cas, sur le plan du rapport de force militaire, on a noté que dans la nuit du 16 au 17 avril le régime israélien a tiré 9 missiles contre Damas et Homs, tous interceptés par la DCA syrienne. N'ayant pas osé prendre des risques et pénétrer l'espace aérien syrien, les avions de combat israéliens se sont bornés à faire feu depuis le ciel libanais, rapporte Al-Masdar News. Équipée d'armements dernier cri, l'armée de l'air israélienne vient de subir donc un nouveau revers par de vieux S 200 soviétiques désormais guidés par d'excellents radars. Sans même que la Russie n'ait eu à utiliser ses S 400. Lors du bombardement du 13 avril contre un labo de recherche pharmaceutique 71 des 100 missiles tirés par les Occidentaux avaient été interceptés (voir aussi d'intéressantes remarques sur ce bombardement ici). En outre deux n'ont pas explosé et ont été remis aux Russes par Damas pour en analyser les secrets de fabrication (et les défauts...).

Par ailleurs, information étonnante du 12 avril deux unités chinoises, les Tigres sibériens et "Nimri al-Layla" sont sur place en Syrie avec les Russes pour combattre un groupe islamiste ouïgour (Parti du Turkestan) à Idlib où ils sont protégés par les Turcs. Il est vrai que cette guérilla ouïgour a paradé à Idlib avec des tanks pris à l'armée syrienne ce qui n'est pas pour rassurer Pékin.

Alors qu'on ne sait toujours pas d'où provient le poison qui a visé l'ex agent double Serguei Skripal (la Grande-Bretagne s'enferme dans l'opacité et personnellement je vois mal quel profit Poutine pouvait tirer de cette affaire dans un climat déjà tendu, donc je ne le crois pas responsable de l'affaire), le Figaro à propos d'un colloque sur la Russie, se livre à une dénonciation des collusions "rouges-brunes", vieille antienne du débat public français depuis 30 ans (vous vous souvenez comme j'avais eu du mal à empêcher des gens de droite à écrire dans l'Atlas alternatif, donc le rouge-brunisme n'est pas ma tasse de thé, mais on sait que les médias dominants se refont une virginité morale à peu de frais tous les six mois en dénonçant les "collusions entre les extrêmes", ça fait partie du jeu médiatique comme la célébration annuelle des oeufs de Pâques et d'Halloween, complètement sans intérêt)...

Au Parlement européen Macron, mécontent de la réélection d'Orban en Hongrie appelle à la réforme de l'Europe dans une logique de "guerre civile" contre le nationalisme. Je me demande ce qui arriverait à Orban s'il se mettait à parler de "guerre civile" contre Macron et Merkel. Au niveau du langage, les fondés de pouvoir des grandes banques comme notre président ont tous les droits. Au passage celui-ci refuse l'entrée des pays balkaniques, alors que Juncker la réclamait de peur de voir ressurgir les guerres des années 1990. Là dessus je suis plutôt d'accord avec lui. On a assez de problèmes comme cela sans élargir encore l'UE. Pour le reste, le petit marquis ne me fera pas prendre les armes pour son Europe qui liquide notre service public ferroviaire. Je suis du côté des cheminots... et des étudiants. Samedi dernier au soir (14 avril), la fac de Tolbiac occupée depuis trois semaines organisait une « Fête de soutien aux cheminotEs » qui permettait de recueillir 6 000 euros pour ces derniers. Un beau geste. Hier on apprenait que 150 universitaires ont dénoncé la répression policière sur les campus. Je ne crois pas qu'on soit à la veille d'un nouveau mai 68, mais construire la convergence des luttes est utile pour entretenir la résistance des consciences et empêcher nos gouvernants de livrer complètement notre pays aux oligarques du monde.

Lire la suite

Les bonnes philippines dans le monde arabe

16 Avril 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les régimes populistes, #Billets divers de Delorca

Je regardais un peu les news philippines ces derniers temps. Le meurtre d'une femme de ménage originaire de ce pays retrouvée morte dans un réfrigérateur au Koweit au début de l'année a poussé le président Duterte à lancer un bras de fer avec les autorités de ce pays, interdisant l'émigration de nouvelles employées jusqu'à ce qu'il obtienne la garantie qu'elles conserveraient leur passeport et leur téléphone portable. Il a mis les pieds dans le plat en disant que la plupart de ces femmes se faisaient violer par leur employeur et a obtenu gain de cause puisque le Koweit a accepté de négocier avec lui. L'enjeu est aussi le salaire minimum. A Singapour les femmes de ménage philippines ont obtenu un salaire minimum de 550 dollars par mois.

Aujourd'hui on apprend qu'une domestique philippine près de Djizan en Arabie saoudite a été forcée à boire de l'eau de javel par sa patronne et s'est retrouvée à cause de cela aux urgences de l'hôpital. Il y a une bonne vidéo ici sur le sort pénible des femmes de ménage philippines au Maroc où elles sont pourtant sans doute un peu mieux traitées qu'en Arabie. Et pour mémoire une domestique philippine avait été sauvée par son gouvernement en 2015 après avoir posté la vidéo ci-dessous.

J'ignore si Duterte que j'ai déjà critiqué sur ce blog en février est l'homme de la situation pour faire face au défi de la protection des travailleuses émigrées de son pays (les femmes de ménage représentent une bonne part des 10 millions de Philippins expatriés), mais sa position ferme à l'égard du Koweit a été appréciée et semble bénéficier d'un vrai consensus national dans son pays à ce sujet. La question est de savoir s'il pourrait dynamiser assez le marché de l'emploi philippin pour que le pays n'exporte plus ses bonnes...

En tout cas ce président populiste reste difficile à cerner. Le 14 février il a nommé le chef de l' Iglesia ni Cristo comme envoyé spécial de son ministère des affaires étrangères. C'est une église autochtone aux relents déistes ariens (son symbole sur You Tube rappelle le compas et l'équerre de la franc-maçonnerie, et sa doctrine quoiqu'en principe entièrement axée sur la Bible nie la divinité du Christ). Elle compte plus de 2 millions d'adeptes dans le monde et étale sa richesse avec son dôme colossal construit en 2014 qui peut accueillir 55 000 personnes.

Je ne sais pas trop ce qu'il faut en conclure sur les réseaux auxquels il se rattache. La presse est très peu explicite sur ce genre de point.

Cette affaire des bonnes philippines me rappelle une anecdote qui fait le lien entre l'histoire de la protection des travailleuses émigrées et celle des réseaux religieux de Duterte. En 1997 quand j'avais abandonné toute religiosité, j'avais à Paris une femme de ménage philippine pour une heure par quinzaine. Elle avait trouvé un jour dans mes affaires une cassette vidéo sur la Bible, un truc super mal fait dont je ne sais plus pourquoi je l'avais acheté (peut-être était il offert avec une revue). Elle avait alors demandé à me l'emprunter et je la lui avais cédée sans hésiter. C'était en français, pas sûr qu'elle y ait compris quelque chose. Elle allait à la messe à Saint-Ferdinand-des-Ternes, je crois me souvenirs que beaucoup de Philippins se retrouvaient là bas (le pays est encore catholique à 80 %). La dynamique religieuse dans le prolétariat philippin est un sujet des plus intéressants sur lequel se penche notamment le sociologue Jayeel Cornelio.

Bon, voilà, ce n'était qu'une petite évocation en passant. A part ça, les types qui examinent l'actualité à la loupe (et parfois par le mauvais bout de la lorgnette) disent que, si les dates symboliques influencent les événements violents médiatisés, comme la Saint Valentin avec la tuerie de Floride ou les vendredis 13 avec l'attaque sur la Syrie, il pourrait se passer quelque chose le 1er mai, pas à cause de la fête du travail mais à cause des petits jeux bizarres auxquels se livrent divers groupes pour la fête païenne de Beltaine... On peut toujours les prendre au mot. Si quelque chose de spectaculaire se passe le 1er mai, on pourra y voir une preuve "expérimentale" de la validité de certaines de leurs hypothèses (puisque toute bonne science est censée être prédictive). Si rien ne se passe ce jour là, on pourra tous s'élever contre la bêtise des thèses gratuites de ces "complotistes".

En ce qui me concerne j'aimerais bien, à titre d'ascèse, m'interdire d'écrire dans ce blog jusqu'au 1er mai. De toute façon vu le petit nombre de gens que mes billets intéressent il ne devrait pas être difficile de tenir. Espérons qu'aucun grand événement mondial ne m'incitera a revenir au clavier d'ici là...

Lire la suite

Frappes sur la Syrie : maintenons la pression contre le parti de la guerre !

14 Avril 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Proche-Orient

La coalition américaine, française et britannique a bombardé trois sites en Syrie cette nuit (qui était encore le vendredi 13 aux USA) au mépris du droit international, au risque d'aggraver les tensions avec la Russie, de renforcer les djihadistes en Syrie, et alors même que les résultats de l'enquête sur l'utilisation des armes chimiques à la Douma ne sont pas connus.

J'ose espérer que Trump, sous la pression d'une partie de son électorat et de ses soutiens qui restent anti-ingérence, n'a réalisé que des frappes théâtrales comme en avril 2017, des frappes uniquement destinées à faire illusion auprès du lobby de la grande presse et des banquiers avide de guerre et que nous apprendrons bientôt, comme l'an dernier, et que le président américain avait en fait téléphoné à son homologue russe et s'était concerté avec lui pour limiter l'impact réel des frappes.

L'opinion publique doit en tout cas maintenir sa pression sur les gouvernements occidentaux pour éviter que d'autres agressions ne soient mises en oeuvre par le parti de la guerre contre la Syrie, sur le modèle de l'Irak et de la Libye. Elle doit aussi ramener à la raison les faux opposants comme Benoît Hamon, qui n'ont pas hésité à soutenir la logique d'ingérence (tout comme par ailleurs ils soutiennent l'européisme béat). Le devoir de chacun est de contribuer à clarifier les idées de son voisin sur la question du bellicisme global, et de faire comprendre à nos gouvernants qu'ils doivent compter avec l'avis des citoyens honnêtes et pas seulement celui de la mafia du parti de la guerre.

Lire la suite

Retour sur la question kurde

4 Avril 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Débats chez les "résistants"

Il y avait ce soir sur la chaine de télévision parlementaire (LCP) un reportage sur les femmes combattantes kurdes puis un débat comme la télévision les aime (c'est à dire une débat où tout le monde est d'accord sur tout).

Après avoir vu cela, il me semble nécessaire de faire une mise au point sur la question kurde. J'ai moi-même dans ce blog accordé beaucoup de place à la conquête d'Afrine parce que, comme je l'ai écrit, elle illustrait la manière dont les Occidentaux abandonnent lâchement leurs supplétifs, ainsi qu'ils l'ont aussi fait à d'autres périodes de leur histoire, alors que les combattants du YPG s'étaient montrés héroïques face à Daech.

Pour autant je refuse les caricatures et je crois que tout le monde devrait garder à l'esprit le fait que la question kurde est très complexe et qu'il serait idiot de croire que tout est tout noir ou tout blanc dans cette affaire.

J'ai entendu des sottises énormes dans ce débat. Les Kurdes "peuple le plus seul de la Terre" (ah bon ? Et les Karens de Birmanie ? Et les Papous sous le joug indonésien ? Et tous ces peuples amazoniens en voie d'extinction dans les favelas brésiliennes ?). Le peuple qui "rêve d'un Kurdistan depuis la nuit des temps". Euh non, pas vraiment, comme les Basques, les Catalans et tant d'autres ils n'ont vu leur conscience nationale n'émerger qu'au XIXe siècle, avant chacun n'avait pour identité que son village, sa vallée, et notez qu'encore aujourd'hui la conscience nationale reste très imparfaite, et il y a beaucoup de Kurdes turcs qui votent pour Erdogan.

"Le PKK est une organisation de résistants comme les FFI en France pendant la seconde guerre mondiale". Le PKK a fait sauter des bombes dans des marchés et tué délibérément des civils, nos résistants ne le faisaient pas. "Le PKK ne sont pas des enfants de coeur...." C'est en effet le moins que l'on puisse dire... Et, pour aussi antipathique que soit Erdogan, il faut quand même en face oser des poser des questions sur un certain fanatisme du PKK, des questions qui ne doivent pas être taboues, comme le fanatisme de l'UCK kosovare maoïste dans les années 1990 aurait dû être posé dans les débats en son temps.

On nous dit : "Le PKK a changé, il est devenu démocratique, écologiste etc". Moi je vois des news sur le Net qui disent que le YPG affilié au PKK confisque les propriétés de chrétiens syriaques, est-ce seulement de la propagande turque ? Le reportage montré par LCP révélait qu'ils enseignent aux petits Kurdes de Syrie à écrire avec l'alphabet latin et non plus avec l'alphabet arabe. Qui peut, après cela, croire qu'ils veulent juste l' "autonomie" et pas, à terme, l'indépendance, alors qu'ils sont censés faire partie de la République ARABE de Syrie ? Ferait-on confiance à une guérilla corse qui affirmerait ne vouloir que l'autonomie de l'île, tout en dissuadant aux petites Corses de parler le français ?

Il y  a à boire et à manger dans cette cause du PKK. Autant la répression d'Erdogan est bestiale et condamnable, autant l'organisation PKK doit nous inspirer quelque méfiance. Je ne crois pas qu'il soit si formidable que le croient les médias que les femmes kurdes syriennes se shootent à la drogue de la guerre (avec tous les effets d'endoctrinement et d'aliénation affective que cela implique) et rêvent de mourir en martyre plutôt que de fonder une famille avec leur mari. Cela a été utile pour combattre Daech quand toutes les autres populations de la région baissaient la tête, mais ça ne peut pas être ce qui structure positivement un peuple. Il y a dans notre fascination pour cette image de la femme à la kalachnikov quelque chose qui interroge l'état des fantasmes occidentaux en ce moment, et encore une fois ça ne peut pas être l'alpha et l'oméga de l'histoire d'un peuple, et nos médias devraient aussi nous faire réfléchir à la manière dont le Rojava kurde peut se projeter dans l'avenir au delà de cette exaltation stérile du combat pour le combat.

Mais bon, on peut se demander si, de toute façon, les Kurdes de Syrie ont encore une chance de pouvoir encore décider en quelque manière que ce soit de leur avenir. Afrine (qui représentait une bonne part du Rojava en termes démographiques) est tombée et risque de subir un nettoyage ethnique. Si Trump retire ses troupes de l'Est du pays, le PKK devra accepter qu'Assad gouverne à nouveau les zones kurdes, et il est peu probable qu'il ait envie que le YPG continue à enseigner aux enfants de ne plus écrire en arabe (et si les Américains restent, les Kurdes syriens sous leur botte seront vassalisés par Washington comme ceux d'Irak). Que deviendront tous ces gens (et notamment ces femmes) qui se sont mis à vénérer l'étoile rouge ? Les renverra-t-on à leurs foyers en les persuadant de tenter de redevenir des "citoyens ordinaires" comme le fit le FLN en Algérie avec ses femmes combattantes après l'indépendance ? Ou devront-ils prendre le chemin des prisons ou de l'exil ? A moins qu'Assad ne leur accorde une sorte d'autonomie "light" comme la France le fit aux Kanaks néo-calédoniens en 1988, avec quelques avantages financiers en prime (mais les caisses de l'Etat syrien sont vides) ? Cela serait sans doute un moindre mal, mais il n'est même pas sûr que le Rojava obtienne cela, car en s'alliant aux Américains, le YPG se sera révélé peu fiable aux yeux de Damas, et il faudra du temps pour réparer le climat de méfiance que cela a engendré. Et de toute façon, que je sache, l'YPG n'est même pas allé à Sotchi pour discuter de cette hypothèse au début de l'année, ça augure mal de l'avenir.

Quelle que soit l'option politique finale pour les Kurdes de Syrie, on sent bien que de toute façon elle sera très en deçà de l'euphorie romantique née dans le climat de guerre et de sacrifice. Quant au Kurdistan turc, avec comme on le disait plus haut une population qui reste intrinsèquement divisée entre partisans d'Erdogan et communistes amis du PKK, son impasse apparaît encore plus totale.

Lire la suite

La menace d'invasion turque à Sinjar pourrait parachever le génocide des Yézidis

28 Mars 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies, #Proche-Orient

J'évoquais il y a peu une "compulsion de répétition" contre les Yézidis à propos d'Afrine. Dimanche Erdogan a annoncé des opérations militaires dans la région de Sinjar qui est pourtant sous le contrôle de l'armée irakienne et de ses milices alliées, tandis que l'armée turque attaque en ce moment Tel Rifaat en Syrie où 75 000 personnes venues d'Afrine se sont réfugiées.

Les Unités de résistance de Sinjar, idéologiquement affiliées aux unités de protection du peuple (YPG) du PKK qui ont aidé lés civils Yézidis après la reconquête de la plaine de Ninive sur Daech se disent prêtes à affronter les Turcs. Les portraits d'Ocalan sont partout dans la région où 4 000 familles déplacées se sont réinstallées (mais il faudrait 100 milliards de dollars pour reconstruire la région qui subit la pénurie d'électricité, d'eau et d'emplois.

Depuis octobre Sinjar elle-même est contrôlée par les Unités de mobilisation populaire, une milice chiite du Sud qui l'a couverte du Slogan "Ce qui perdure de l'Etat d'Ali - Ali State remaining" qui a remplacé le slogan de Daech "Ce qui perdure de l'Etat islamique". Le YBS creuse des tunnels dans les montagnes. Les Turcs ont déjà tué au cours des dernières années une vingtaine de personnes en bombardant la zone.

"Si l'attaque par la Turquie se matérialise, ce serait probablement le dernier clou dans le cercueil des Yézidi à Sinjar" écrit le journaliste indépendant Fazel Hawramy. A  Khanasoor, fief du YBS, où plus de 33 000 yézidis vivaient aux côtés des Chrétiens. Il n'en reste plus que  2 000.

Lire la suite

La motion du sénat américain sur le Yémen

21 Mars 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Proche-Orient

Voici la liste des 44 sénateurs que leurs adversaires qualifient de "pro-iraniens", et qui, avec le soutien de collectifs comme Antwar.com et Codepink, ont bien failli parvenir à faire passer une motion interdisant l'appui étatsunien à l'ingérence saoudienne au Yémen. Cela fait 37 démocrates, 2 indépendants et 5 républicains. Ceux là n'auront pas le sang des enfants yéménites sur leurs mains. Les députés français qui n'ont pas le sang des enfants libyens sur leurs mains du fait de leur vote en 2011 sont moins nombreux.

 

Lire la suite

Catalogne : la stratégie de la tension

6 Mars 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Espagne, #Peuples d'Europe et UE

Les indépendantistes qui n'ont eu que 47 % des voix prétendent toujours avoir gagné les élections. Toujours en dehors de toute réalité ils tiennent à mener à bien leur processus sécessionniste pour accroître les tensions, ne pas entrer dans une logique gestionnaire et, au passage, dissimuler la corruption qui gangraine le gouvernement autonome.

Lire la suite

Disney et de Molay

2 Mars 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik

Une pythagoricienne imbibée de franc-maçonnerie que j'avais rencontrée en 2014 m'avait vanté les mérites du film d'animation Raiponce de Disney où l'on trouvait des allusions à la pelle à la magie, à l'initiation, à l'hypnose.

Vous pouvez consulter sur Internet des tas d'articles et vidéos sur le rapport de Disney à l'occultisme (avec quelques bêtises dans le lot, mais pas uniquement, par exemple la vidéo de Disney à la gloire de Pythagore), son rôle dans la sexualisation des enfants à travers Disney Channel (et les horribles nymphes à la Miley Cyrus qui en sont issues).

Hier le conservateur américain qui anime la chaîne "A call for an uprising" sur You Tube et qui enquête en ce moment sur la fusillade dans le lycée de  Parkland en Floride rappelait que Disney avait fait partie de l'Ordre de DeMolay, société paramaçonnique fondée à Kansas City en 1919. Elle doit son nom au grand maître des Templiers français Jacques de Molay, brûlé vif à Paris en 1314 après la liquidation de son ordre accusé de pratiques occultistes et du culte de Baphomet.

On dit qu'il aurait lancé cette malédiction au seuil de sa mort : "Pape Clément ! … Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste jugement ! Quand à vous Roi Philippe ! Maudits ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu'à la treizième génération de votre sang  !" Le pape Clément mourut peu de temps après son exécution, et la 13e génération des rois de France aurait été celle de Louis XVI. Selon une tradition apocryphe à la mort de Louis XVI un franc-maçon anonyme aurait plongé ses mains dans le sang du roi sur l’échafaud en disant" Jacques de Molay tu es vengé".

Reprenant Drumont (évidemment précisons que citer ici une reprise d'une allégation factuelle de Drumont sur la famille d'Orléans ne m'empêche pas d'être par ailleurs en désaccord complet avec un bonne part des écrits de cet auteur), l'historien Gazeau de Vautibault, dans son "Les Orléans au tribunal de l'histoire, tome 3", 1908 (p. 98 et suiv) raconte ainsi l'initiation au rang de chevalier Kadosch du duc de Chartres (père du futur roi Louis Philippe) devenu Grand maître de toutes les Loges en 1771 :

"Il fut introduit par cinq Francs-Maçons dans une salle obscure. Au fond de cette salle, était la représentation d'une grotte qui renfermait des ossements éclairés par une lampe sépulcrale. Dans un des coins de la salle, on avait placé un mannequin couvert de tous les ornements de la royauté, et, au milieu de cette pièce, on avait dressé une échelle double.

Lorsque le duc de Chartres fut introduit, on le fit étendre par terre, comme s'il eût été mort. Dans cette attitude, il eut ordre de réciter tous les grades qu'il avait reçus et de répéter tous les serments qu'il avait faits. On lui fit ensuite une peinture emphatique du grade qu'il allait recevoir, et on exigea qu'il jurât de ne jamais le conférer à aucun chevalier de Malte... On lui dit de monter jusqu'au haut de l'échelle, et, lorsqu'il fut au dernier échelon, on voulut qu'il se laissât choir; il obéit, et alors on lui cria qu'il était parvenu au nec plus ultra de la Maçonnerie... On l'arma d'un poignard, et on lui ordonna de l'enfoncer dans le mannequin couronné : ce qu'il exécuta. Un liquide couleur de sang jaillit de la plaie sur le candidat et inonda le pavé. Il eut de plus l'ordre de couper la tète de cette figure, de la tenir élevée dans la main droite, et de garder le poignard teint de sang dans la main gauche; ce qu'il fit. — Alors, on lui apprit que les ossements qu'il voyait dans la grotte étaient ceux de Jacques de Molai, Grand-Maître de l'Ordre des Templiers, et que l'homme, dont il tenait la tête ensanglantée dans la main droite, était Philippe le Bel, Roy de France. On l'instruisit de plus que le signe du grade auquel il était promu consistait à porter la main droite sur le coeur, à l'étendre ensuite horizontalement et à la laisser tomber sur le genou, pour marquer que le coeur d'un chevalier Kadosch était disposé à la vengeance. — On lui révéla aussi que l'attouchement entre les chevaliers Kadosch se donnait en se prenant les mains comme pour se poignarder."

Le dessinateur Keno Don Hugo Rosa qui dans les années 1980 contribua à relancer les BD du groupe Disney en 2001 sortit "La Couronne des croisés", une histoire profondément empreinte des mystères des Templiers et dont un des personnages qui aide la famille de Picsou se nomme Molay.

J'ai été frappé de voir en 2015 combien les spéculations ésotériques sur l'histoire de France tournaient autour des Templiers. C'est au fond un sujet typiquement occultiste, comme les Esséniens, les Goths ou les OVNIs. Cela fait signe vers des connaissances magiques secrètes réprimées par les Eglises officielles, que l'être humain avec l'aide de "quelques anges invisibles" pourrait s'approprier. Pas étonnant, dans un sens, que l'univers de Disney, qui à Noël dernier faisait ouvertement l'apologie du spiritisme à travers le film "Coco", se soit aussi inspiré de cela. Or ce n'est pas le genre de "savoir" qui oriente vers la charité envers autrui, ni vers l'humilité, ni même qui porte chance à ses partisans si l'on en juge par divers itinéraires biographiques de ceux qui y ont adhéré.

Lire la suite

Kirkouk, Afrin, les chrétiens orthodoxes de Jérusalem, Duterte

27 Février 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Proche-Orient, #Les rapports hommes-femmes, #Revue de presse

Petite revue de presse. Antiwar.com ces derniers jours décrit une situation compliquée au Proche-Orient. A Kirkouk en Irak l'Etat islamique continue de tendre des embuches aux milices chiites du Sud du pays dépêchées par Bagdad pour y maintenir l'ordre. A Afrin en Syrie l'accord entre le YPG et Damas impliquerait que l'enclave puisse être livrée aux Turcs (qui de fait sont entrés dans sa capitale le 26 février sans toutefois encore la contrôler) en échange de quoi les forces gouvernementales iraient aider le YPG à Manbij sur l'Euphrate (sauf que là bas, il y a aussi des troupes américaines qui ont tué plus d'une centaine de soldats syriens loyalistes récemment, on ne voit pas trop comment tout ce beau monde pourrait cohabiter...).

Je suis affligé de voir Boris Johnson proposer à nouveau le soutien britannique à des frappes contre Assad. Il y a une complaisance occidentale à s'embourber dans les logiques d'ingérence stériles et dangereuses. Tout cela pour plaire au lobby médiatique qui défend les ultimes poches de résistance djihadistes dans ce pays... Je sais bien que les chances de démocratisation du régime syrien sont minces. Mais je ne vois pas pourquoi au nom de cela on devrait préférer que les takfiristes imposent leur loi dans certaines parties de la Syrie.

Je lis aussi cette polémique autour des biens de l'Eglise orthodoxe à Jérusalem parce que la municipalité lui impose de payer des impôts et que l'Etat envisage une loi d'expropriation (contre indemnité) rétroactive. Le président chrétien libanais pro-Hezbollah Michel Aoun relayé par Al Manar accuse Israël de vouloir en finir avec le christianisme au Proche-Orient. Accusation un peu excessive : certes l'impôt municipal n'a pas l'air très conforme au droit international, mais il ne vise que les biens non cultuels de l'Eglise, et le gouvernement a reporté le vote de la loi d'expropriation. Encore une tempête dans un verre d'eau purement idéologique comme celle qu'avait déclenchée le transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem.

Aux Philippines le président Duterte le 7 février a déclaré devant un auditoire masculin qu'il fallait tirer sur le vagin (bisong) des combattantes de la guérilla maoïste la Nouvelle armée du peuple qui ne s'occupent pas de leurs enfants. Aujourd'hui il précise que c'était de l'humour. En avril 2016 il avait affirmé à propos d'une missionnaire australienne de l'Assemblée de Dieu Joyeuse (Jacqueline Hamill, 35 ans) prise en otage, violée et tuée pendant une émeute de prison à Davao en 1989 qu'elle était si belle que le maire (il était alors maire de Davao) aurait dû la violer en premier. Duterte est décidément un personnage détestable qui a beaucoup de sang sur les mains (il s'était vanté d'avoir tué personnellement des criminels quand il était maire de Davao pour stimuler la police locale), dont le seul mérite selon moi est d'être hostile à Soros et au nouvel ordre mondial... Les déclarations de Duterte suscitent à juste titre des réactions féministes hostiles, mais ni la Russie ni la Chine n'ont exprimé de regret de lui livrer des armes automatiques gratuites (alors que Washington a suspendu ses livraisons depuis son élection).

Du côté de ce blog, en ce moment des gens s'abonnent puis ce désabonnent. Une inconstance assez étrange. Le monde d'Internet est ainsi fait...

Lire la suite

Dons aux yézidis

26 Février 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies

Je le rappelle à mes lecteurs de temps à autre : pour ceux qui souhaitent aider la veuve et l'orphelin, j'ai un contact personnel avec une association d'aide aux réfugiés yézidis dans les camps en Irak, Al Smoqi Charity Assembly, qui vous garantit que votre argent ira directement aux victimes, et qui peut même vous fournir des photos des gens que votre argent a secouru au cours des dernières semaines.

Pour ma part, lorsque je leur envoie de l'argent, je ne "flèche" pas mon aide et je les laisse choisir leurs priorités. Du coup l'argent arrive tantôt à une adorable petite fille qui a perdu ses parents, tantôt à une digne grand mère qui a vu toute sa descendance massacrée. Hier ma correspondante Nareen me renvoyait quelques photos des bénéficiaires du moment. C'étaient des étudiants yézidis qui risquaient de devoir abandonner leurs études faute de ressources. Etudiants en pharmacie, en géographie, à l'école d'infirmières. Ces retours sont toujours une occasion de découvrir de nouveaux visages, même si la rencontre à travers une photo est aussi superficielle que celle qu'on peut avoir en chattant sur Facebook, et cela reste une façon d'aborder divers aspects de la réalité de cette communauté méconnue qui a toujours été de la chair à pogrom au Proche-Orient.

Si vous souhaitez contribuer, contactez moi.

Lire la suite

Propagande contre propagande en Syrie

25 Février 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Proche-Orient

Le Guardian sur La Goutha orientale (une des dernières poches djihadistes pilonnée par l'armée légale, ses milices alliées, et les Russes) ressortait cette semaine les gros sabots de la propagande des années 1990 en disant "La Goutha est un Srebrenica syrien" (la presse ne marche que par des slogans, et, en la matière, Srebrenica fait toujours "tilt" - au fait, juste pour mémoire, le bosno-musulman Nasser Oric, qui avait fait régner la terreur à Srebrenica avant que les généraux serbes ne fassent régner la leur, s'en était tiré avec une peine de 5 ans de prison en 2008 pour des crimes mineurs, l'injustice de Srebrenica n'est pas forcément celle qu'on croit). Le Monde toujours friand de titres choc de ses confrères quand Maïa Mazaurette n'est pas disponible pour y faire l'éloge de la masturbation, a repris sans hésiter cette expression. Le supporter inconditionnel d'Al-Nosra John Kerry à l'époque d'Obama avait déjà tenté la comparaison à propos d'Alep.

Propagande contre propagande, Syria News explique, vidéo à l'appui (mais que valent les vidéos à l'heure où tout le monde manipule les images ?) que les djihadistes à la Goutha ont essayé de descendre un avion de ligne avec 120 personnes à bord le 24 février et montre des photos de civils de Damas tués par des mortiers des djihadistes de la Goutha. De quel côté sont les "fake news" ? On parle de 10 000 victimes des mortiers des takfiristes de la Goutha (Daech, et ex-Al-Nusra). Même le centre médical situé route de Bagdad à Damas a été pris pour cible disent les médias syriens en réponse à la presse occidentale qui ne parle que des 22 centres médicaux de La Goutha bombardés par les Russes recensés par une obscure "Société américano-syrienne d’aide médicale (SAMS)". La guerre des propagandes autour des hôpitaux reflète hélas la tendance générale des armées dans toutes les guerres, ces derniers temps, à ne pas épargner les espaces de soin, parce que ça démoralise les populations et aussi parce que les combattants y trouvent souvent refuge... Un Français parle du quotidien de Damas en guerre ici.

Un câble de Wikileaks vient de dévoiler un Télégramme diplomatique confidentiel (TD) du 12 janvier 2018 de Benjamin Norman – diplomate en charge du dossier Proche et Moyen Orient à l’ambassade de Grande Bretagne à Washington – qui rend compte de la première réunion du « Petit groupe américain sur la Syrie » (Etats-Unis, Grande Bretagne, France, Arabie saoudite et Jordanie), qui s’est tenue à Washington le 11 janvier 2018. Il révèle la décision de Trump de maintenir une occupation américaine en Syrie pour un coût de 4 milliards de dollars par an pour contrer la présence iranienne, le projet occidental d'aboutir à un dispositif électoral en Syrie où Assad ne pourrait pas gagner, instrumentaliser le succès politique russe à Sotchi (où d'importants représentants de la société civile syrienne s'était réunie) au service du processus pro-occidental de Genève. Labévière a débusqué le lièvre pour les gens qui n'ont pas le temps d'éplucher Wikileaks. Le site russe Sputnik l'exhibe.

Chacun continue d'avancer ses pions sur le dos du peuple syrien. Et tout le monde est cependant convaincu de bien faire...

Personnellement entre la paix américano-isréalo-saoudo-européenne qui livrerait la Syrie aux djihadistes comme elle l'a fait de la Libye, et la paix russo-iranienne qui placerait le Proche-Orient sous la tutelle de l'intégrisme chiite, je préfèrerais pour le peuple syrien une voie d'émancipation plus indépendante, mais après sept ans de guerre où toutes les forces étrangères ont pris leurs aises dans ce pays, cela relève du voeu pieux, tout comme quand, en 2000 en Serbie, on rêvait d'une troisième voie entre Milosevic et l'alliance pro-occidentale autour de Kostunica...

Lire la suite

Vers une Pax Syriana à Afrin ?

19 Février 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient

A Afrin (Afrine), selon la presse turque, le PYD/PKK "n’a plus d’espace" depuis que les Forces armées turques ont pris le contrôle de plus de 70 points au nord, à l’ouest, au sud-ouest et à l’est de la capitale du district ("neutralisant" par la même occasion plus de 1 500 combattants de la milice YPG). Pendant le weekend le YPG, abandonné par les Occidentaux après avoir fait pour eux le sale boulot contre Etat islamique, se fendait de communiqués triomphalistes sur Twitter annonçant l'arrivée prochaine de l'armée gouvernementale syrienne. Mais on serait en fait loin d'un l'enlisement turc suivant un scénario "à la yéménite" dont j'avais esquissé la possibilité dans un billet sur ce blog il y a peu, et les Turcs estiment qu'Assad ne déploiera sans doute dans la ville que "des forces en quantité symbolique". La chaîne du Hezbollah libanais confirme l'entrée prochaine des forces légales syriennes à Afrine en évoquant une source kurde, mais sans rien préciser des termes du contenu de l'accord. Un désarmement complet ou partiel du YPG ? Un adoucissement du projet d'autonomie du Kurdistan syrien (le Rojava) ?

On sent bien en tout cas que ce déploiement syrien a les apparences d'une échappatoire pour dissimuler l'impossibilité pour le YPG de soutenir un siège de longue durée qui aurait été horriblement coûteux pour la population. Reste à savoir si l'instauration d'une éventuelle "pax syriana" à Afrin peut empêcher la politique de relocalisation dans le districts d'opposants syriens qu'envisageait Ankara ainsi que l'a révélé récemment l'épouse d'Erdogan et qui aurait eu des effets funestes pour la communauté kurde de la région (une politique qui s'inscrirait dans la logique de "sécurisation" de leur frontière Sud - rappelons que la Turquie reproche au PKK dont le YPG est une émanation d'avoir tué plus de 4 000 personnes en Turquie en 20 ans). Plus généralement c'est désormais tout l'avenir du projet autonomiste kurde en Syrie qui est en question alors que la pression turque s'affirme aussi sur l'Euphrate. Quel avenir se profile dorénavant pour la cohabitation entre les populations en Syrie du Nord après ces combats ? La même question vaut pour la plaine de Ninive en Irak : les Turcs dénoncent l'assassinat ciblé de leurs protégés turkmènes dans la région de Kirkouk depuis l'effondrement de Daech. Récemment un professeur de droit de l'université a été tué. Les Turcs accusent les services secrets du gouvernement régional kurde d'Irak (Asayish dont on a vu aussi l'action brutale dans les camps de réfugiés contres les yézidis l'an dernier).

Pendant ce temps au Sud de la Syrie, la paix est directement menacée par le bras de fer israélo-iranien. La situation proche-orientale en ce début d'année 2018 est décidément des plus délicates...

Lire la suite

Afrin : les responsabilités occidentales

3 Février 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Colonialisme-impérialisme

Bien sûr, il y a cette guerre du Yémen dont on parle peu, et à laquelle les gens comprennent si peu de choses que même un grand journal comme Le Figaro  dans sa version électronique du 30 janvier dernier s'emmêle les pinceaux et titre : "Yémen : les séparatistes Houtis encerclent le palais présidentiel à Aden" alors que, quand on lit l'article (et les dépêches des autres journaux), on se rend compte que ce sont les séparatistes sud-yéménites sunnites (ceux qui ont fourni les rangs d'Al Qaida naguère) qui encerclent le palais, et non les houthis chiites (qui ne sont pas séparatistes mais ont formé un gouvernement alternatif résistant à l'attaque saoudienne ) Sanaa au Nord... On se demande quel est le stagiaire qui a été recruté à  la hâte pour concocter ce titre qui mélange tout, et tant pis pour les collégiens qui feront leur revue de presse avec ce "fake title"...

Bien sûr il y a toutes les atrocités de la guerre en Syrie, à Idlib, à la Goutha, commises par le régime ou par ses opposants (Al Nosra, ASL, l'Etat islamique qui regagne ici ou là du terrain).

Et puis, au sein de l'enfer syrien, il y a Afrin, la poche kurde à la frontière nord, sous le feu turc depuis plusieurs jours (l'opération "Rameau d'olivier"). Afrin avec ses infos justes et sa propagande. Il y a Afrin avec la brutalité de l'armée d'Erdogan et de ses milices djihadistes (comme celle du sanguinaire Muslim al-Shishani). En fait c'est toute l'armée qui devrait être qualifiée d'islamiste puisque le président du parlement turc a parlé de djihad. Et en effet c'est largement du point de vue turc une guerre de religion. Alors que les Kurdes eux, en ont fait une oasis de tolérance - on y trouve des sunnites, des chiites alévis, des chrétiens syriaques, des yézidis, des athées.

Comme au Yémen, le patrimoine archéologique d'Afrin est visé. On parle d'un site hittite de l'Age de fer détruit à 60 % à Ain Dara par les frappes aériennes turques - un geste délibéré qui vise autant l'honneur kurde que celui de l'ensemble des syriens. On dit que l'armée turque utilise de l'agent orange, et des bombes à fragmentations (par exemple à Jinderes le 31 janvier) interdites par la Convention de Genève, comme  l'avaient fait les Occidentaux en Serbie et en Irak, qu'elle tire sur un barrage dans l'espoir qu'il cède pour inonder les villages, que les milices djihadistes à ses  côtés enrôlent de force des enfants de moins de 18 ans de la région comme cela se fait en Afrique et dans toutes les guerres désormais.

Et puis il y a ces femmes héroïques de la YPG (les alliés syriens du PKK) qui après s'être battues contre l'Etat islamique à Raqqa et Deir Ezzor ont rendu l'âme à Afrin en martyres : Avesta Xabur à bout de munitions a balancé se dernières grenades sur la tourelles d'un char d'assaut et sur les djihadistes qui l'encerclaient en se faisant sauter avec eux (les médias appellent ça un attentat suicide, en confondant avec les pratiques offensives des kamikazes, là, l'héroïne s'est juste défendue jusqu'au bout) ou Barîn Kobani qui, elle aussi s'est battue jusqu'au bout, et les djihadistes ivres de rage ont dénudé son buste et coupé ses seins devant une caméra pour en faire une vidéo virale diffusée sur le Net pour les voyeurs en mal de sensations morbides. Et il y a ces volontaires occidentaux, dont on commence à rapatrier les cercueils (j'ai vu le nom d'un jeune Anglais sur Twitter hier.

Combien de victimes ? On ne sait pas. La première question à se poser n'est pas celle de l'ampleur du drame mais celle du problème plus profond qu'il illustre. Et c'est pourquoi ce matin j'écris plus volontiers sur Afrin que sur les autres aspects des drames du Proche-Orient : la question que pose Afrin c'est une nouvelle fois celle de la façon dont l'Occident traite ses supplétifs. En amont de tout il y a le problème de la légitimité d'utiliser des supplétifs : Washington plutôt que d'envoyer ses propres troupes a misé sur les milices kurdes. Moralement il est criminel d'envoyer des peuples mener des guerres par procuration en leur faisant miroiter des promesses intenables. Les Etats-Unis l'ont fait avec les Hmongs au Vietnam, comme nous avec les Harkis pendant la guerre d'Algérie. Il est encore pire, lorsqu'on a décidé d'en faire nos mercenaires, de ne pas les contrôler. Comme le souligne le chercheur Brak Barfi dans L'Orient le Jour, Erdogan avait clairement posé qu'il refuserait de voir les YPG et le PKK implantés en Irak s'installer au delà de l'Euphrate. Or Washington n'a pas pu ou voulu les empêcher de franchir le fleuve... C'était la garantie de les envoyer au casse-pipe.

Aujourd'hui l'Allemagne un peu gênée de voir ses chars combattre à Afrin sous le drapeau d'Erdogan dit suspendre l'assistance militaire avec la Turquie pour l'entretien de ses chars. Un geste bien timide. Le ministre anglais Boris Johnson, lui, trouve une certaine légitimité à l'action turque et personne ne parle de remettre en cause l'aide militaire de Londres à Ankara, pas plus que les contrats militaires français. Les gouvernements occidentaux sous couvert d'appeler hypocritement à la retenue sont bien décidés de laisser tomber leurs supplétifs à Afrin, tout comme ils avaient laissé les Kurdes bien seuls à Kobané. Ils nous ont aidé à liquider l'Etat islamique, aujourd'hui ils peuvent crever. Les Russes eux aussi ont offert Afrin à Erdogan sur un plateau. Mais eux au moins avaient eu la décence d'aller directement au casse-pipe contre l'Etat islamique à Palmyre et à Raqqa, sans instrumentaliser le YPG.

En France officiellement le PCF soutient les Kurdes, mais à la manifestation devant l'assemblée nationale le 24 janvier pour Afrin le seul élu qui ait pris la parole était un sénateur centriste Olivier Léonhardt. Faites pression sur vos députés !

Lire la suite

Le livre de Delorca sur le populisme mentionné dans la revue "L'Arme et la Paix"

21 Janvier 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #ICD, #Actualité de mes publications, #Les régimes populistes

La revue L'Arme et la Paix de l'association Initiatives citoyenneté défense publie en page 1 un encart consacré à mon livre paru récemment "Les régimes populistes face au mondialisme" (eds du Cygne).

Une occasion pour moi de redire tout le bien que je pense de cette association grenobloise dans la diffusion d'informations alternatives pour aider à la compréhension des enjeux de notre époque.

La revue est en ligne ici.

Lire la suite