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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Hungaro-sumérien

19 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse

Il y a quinze ans et quelques mois j'étais à Budapest, sur Hösök Tér, la place des héros (cf mon livre "Eloge de la liberté"). Mon héros de l'époque n'était pas Gilgamesh, même si cinq ans plus tôt j'avais acheté à Madrid un ouvrage de Kramer sur Sumer.

 

Aujourd'hui j'appends que le Hongrois, mais aussi des tas de langues eurasiatiques non-indoeuropéennes, de l'avar à l'ibère, pourraient être liées au sumérien... Il faut toujours être prudent en matière de rapprochements linguistiques, mais allez donc savoir...

 

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La culture policière, Berl et l'individualisme français, Lucien Bonaparte

19 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Etat policier. Culture policière. France Culture, Arte. L'art n'intéresse plus "qu'en tant" qu'il peut faire passer un message politique, un message de solidarité avec nos insititutions, nos médias, les "fondements de notre civilisation". Nous faire "participer à l'actualité" à tout prix, consensualisme étouffant, totalitaire. Aucune spontanéité. Telle artiste est libanaise, elle a été formée dans une école en Irak, elle a tel point de vue sur le Proche-Orient. Cela seul compte. Son esthétique ? sa sensibilité ? ce qu'elle peut dire d'elle même ou dire à l'humanité en dehors de la référence à l' Actualité, à notre Kulturkampf civilisationnel, à notre totalitarisme ? On s'en fout. Seuls son itinéraire et sa participation à notre consensus obligatoire comptent. Comme seuls comptent les héritages du passé en tant qu'ils sont "mobilisables" par le totalitarisme du présent : Aristophane, Montaigne, Stendhal. Tous "au service de" notre cause. Comment cela vous n'avez rien à faire de la question de la Tolérance, de la Liberté d'expression officielle, de l'Amour dispensé par nos chères institutions européennes et internationales ? Mais vous êtes un ennemi de l'humanité !

 

Je lisais Emmanuel Berl dans la revue "Europe" hier soir. Son article dans le numéro d'octobre 1933. Berl sent le soufre parce qu'il a mal tourné en 1940 en devenant pétainiste. Une faute qu'il a commise et que je ne m'explique pas, sauf à dire que les intellectuels les plus justes les plus pertinents peuvent aussi devenir très cons. Pourtant en 1936 il était pote avec Malreaux, homme de gauche, un peu rad' soc' comme Alain, mais sincère dans son progressisme. Son appel aux sentimens individualistes et libertaires des Français face aux totalitarismes montants a quelque chose de touchant. "Thèbes fut grande grâce à Epaminondas et non l'inverse" écrit-il. Voilà qui me va droit au coeur moi qui suis un inconditionnel d'Epaminondas (euh, c'est qui Epaminondas ? est-ce qu'il est compatible avec les Femen et avec les dernières circulaires de Manuel Valls ? demanderont les journalistes qui lisent ce blog...).

 

front populaireLe regard de Berl sur la révolution bolchévique, et surtout sur la façon dont beaucoup de socialistes français ont tenté de devenir communistes alors qu'en fait leur référénce c'était Jaurès et un vieil anarchisme national. Il raconte comment la France fut stupéfaite de voir les Menchéviks, qui étaient encore les héritiers de 1789, se faire supplanter par la bande à Trostki et à Lénine, qui, vue de Paris, avait quelque chose d'aussi cinglée et mystique que le moine Raspoutine. Incompréhensible Russie. Il est sûr en tout cas, que le parti communiste français a peiné à devenir stalinien, comme l'extrême droite française fut finalement assez peu hitlérienne (quoiqu'elle fût antisémite, raciste, pessimiste, stupide et excécrable, mais l'hitlérisme n'était pas dans son style).

 

Un autre qui cite Epaminondas c'est Lucien Bonaparte, le frère de l'empereur, dans ses mémoires. C'est parce que son adjoint, un moine défroqué, au comité révolutionnaire de Saint Maximin en 1793 avait adopté ce pseudo (je crois savoir pourquoi, mais je ne l'expliquerai que dans un livre, dans quelques années). Les mémoires de Lucien Bonaparte sont sur Google Book en ligne en version française. Jetez y un oeil chers lecteurs, c'est bien écrit, et d'une lecture agréable. Le cadet de Napoléon n'est pas tendre pour les Jacobins, et surtout pour la bande de brutes avinées qui exécutent leurs décrets absurdes. C'est du même tonneau que le propos de Chateaubriand sur les vierges de Verdun.

 

La France est un pays violent (il n'y a pas de grandeur sans violence d'un point de vue nietzschéen), mais je crois qu'elle a été archi-vaccinée contre le jacobinisme. C'est pourquoi même en 1848 le jacobinisme était l'anti-référence; Toute la gauche était orpheline de Robespierre, mais profondément aux antipodes de la Terreur. Voilà pourquoi elle fut tout au long du XIXe siècle contre la peine de mort, voilà pourquoi en 1945 elle ne prit pas le pouvoir quand ses hommes en armes contrôlaient toutes les villes. Et elle a bien raison. Il est des erreurs qu'il ne faut pas répéter. Il n'est point de violence plus efficace que celle qui se condense en non-violence, celle de la Bhagavad-Gita et de Gandhi.

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Plutarque, prêtre d'Apollon

15 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Antiquité - Auteurs et personnalités

Plutarque impute l'incendie de Persépolis par Alexandre le Grand à deux causes, l'une clairement explicitée, l'autre plus implicite mais transparente à travers la symbolique qu'il mobilise. La cause explicite est l'incitation des courtisanes (hétaïres), et notamment de la courtisane du général Ptolémée, Thaïs, qui est athénienne. Thaïs pendant cette nuit de débauche incite Alexandre ivre, à venger sa ville d'origine qui avait été incendiée par les Perses. On notera que Plutarque juge très patriotique et digne d'Athènes cette soif de vengeance, mais trouve le propos de Thaïs un peu "au dessus de sa condition", sans toutefois préciser en quoi : est-ce le fait d'avoir pris l'initiative de proposer une mesure de représaille qui lui paraît inconvenant venant d'une hétaïre ou bien est-ce le contenu-même de la mesure proposée, à savori sir caractère excessif (l'incendie d'un joyau de la civilisation perse) ?

 

Il faut s'attarder sur cette première cause, car elle montre le pouvoir des femmes, à travers la figure des hétaïres, dans la Grèce antique. Pour ma part je prends très au sérieux le rôle des hétaïres dans l'histoire et le trouve largement sousestimée par les historiens. Par exemple, je suis intuitivement enclin à croire que l'hétaïre Phryné traduite devant l'aréopage d'Athènes était véritablement une prétresse d'Aphrodite qui pratiquait des pouvoirs magiques (ce pourquoi elle était traduite en justice, comme d'ailleurs Apulée allait l'être quatre siècles plus tard), et je crois qu'elle était très profondément inspirée dans tous ses actes, notamment lorsqu'elle proposa de reconstruire avec sa fortune personnelle les murs de Thèbes. Thèbes était une ville sacrée notamment parce qu'elle avait dû sa dernière hégémonie aux pythagoriciens, et principalement au pythagoricien Epaminondas, et l'on sait quel lien comme Phryné, les pythagoriciens entretenaient avec les déesses-prostituées/déesses-mères.

 

La cause moins visible est la "mania" (folie sacrée) de Dionysos, qui transparaît dans le fait qu'Alexandre est ivre quand il prend sa décision, mais aussi dans le fait qu'il porte une couronne et une torche (ce qui le rattache aux rituels de Dionysos). On sait que Dionysos a beaucoup marqué l'imaginaire alexandrin (à travers par exemple les surnoms des Ptolémée, et jusqu'au surnom de Marc-Antoine, marié à la "Nouvelle Isis"). Donc Persépolis doit, en dernière analyse, sa destruction à Dionysos (et je crois qu'il faudrait avoir cela à l'esprit quand on lit la montée du pythagoricien Apollonios de Tyane au mont Nyssa, qui est à la frontière du monde iranien, dans le Caucase, telle que la raconte Philostrate).

 

ste baumePlutarque est fascinant, parce que des générations d'écrivains européens de Montaigne à Stendhal ont lu ses "Vies" et se sont inspirées d'elles en faisant complètement l'impasse sur le fait qu'il était prêtre à Delphes (au point même qu'un des pères allemands du racisme systématique nazi, Christoph Meiners, met en doute le fait que cet auteur ait pu aussi composer un traité ésotérique comme celui sur le Démon de Socrate). Pour la modernité européenne, un prêtre ne peut pas être aussi précis dans ses récits et compilations historiques s'il écrit en tant que prêtre. Pour elle, Plutarque n'est qu'accessoirement prêtre, comme, si l'on veut, beaucoup d'abbés catholiques ont été principalement historiens et très accessoirement prêtres ou pas du tout prêtres dans leur façon d'écrire. Or, concernant Plutarque, quand on lit ses narrations (comme celles de Lucain, mais ça crève encore plus les yeux chez Lucain), il est évident que la cause "métaphysique" est toujours solidaire de la cause "positive". Et c'est en cela justement qu'il est profond. Parce qu'il croit en la cause métaphysique (dans le sens d'un "deus sive natura") au sens des énergies du vin ou de l'amour, qui sont tout à la fois naturelles et invisibles, il fait vraiment "le tour" de toutes les causes possibles, ce qui en fait un historien "complet" (pour autant qu'on pouvait être historien à ce moment là, puisqu'être historien obligeait de toute façon à compiler des récits qui en partie relevaient de la légende, sans aucun moyen de parvenir à une rationalité complète). Et c'est parce qu'il a cette ambition totalisatrice qu'il peut être aussi exhaustif sur les faits qu'il relate.

 

Plutarque écrit en tant que prêtre et en tant que mystique d'Isis dont il est l'initié, dont il connaît bien la prêtresse supérieure à Delphes, et à qui il a consacré un traité (Isis et Osiris). Et tout cela n'a pas à être pris au sens métaphorique ou ironique (comme le fait trop souvent l'historiographie contemporaine laïque - voir par exemple cet article imbécile sur la parenté du héros de l'Ane d'Or d'Apulée et de Plutarque).

 

Autant je déplore les contresens modernes des rationalistes sur Plutarque, autant je ne comprends pas non plus les reproches de Kingsley à l'égard du néo-platonisme en général et de Plutarque en particulier qu'il accuse d'avoir défiguré Pythagore (comme d'ailleurs il en accuse Platon). La tradition athénienne post-platonicienne a peut-être des défauts, mais je ne crois pas qu'il faille blâmer Plutarque pour les "rationalisations" du pythagorisme. Je crois au contraire que Plutarque a le mérite d'avoir réintroduit de la nature naturante et du mysticisme dans la pensée grecque à travers la figure d'Isis (qu'il faut toujours percevoir selon moi à travers le dernier livre de l'Ane d'Or), en tenant cela "ensemble" avec beaucoup de rationalité dans l'art de l'exposé (il est vrai qu'on est très loin du chamanisme des vers d'Empédocle, mais le pari de Plutarque comme de Platon tient justement à cette idée que le divin est aussi bien dans le Logos que dans les transes de Dionysos et d'Isis, ce qui est un pari qu'on ne peut pas tout à fait abandonner...).

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Déesse de l'érection

11 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik

Difficile de s'enthousiasmer pour la politique en ce moment, n'est-ce pas ? Le spectacle écoeurant de la lâcheté du centre-gauche transformé, comme sous la IIIe République (ou comme toujours), en fondé de pouvoir des banques. Nos sociétés sont vieilles. Les jeunes sont voués au béni-oui-ouisme, ils ne comptent pour rien. La précarité est leur avenir pour que les babyboomers retraités puissent continuer à jouir de leurs placements bancaires. Babyboomers, grandes fortunes, banquiers et Medef même combat, sous le parapluie de l'Union européenne.

 

La Grèce ploie, se plaint d'avoir été trahie par l'Espagne. Pas sûr qu'une Espagne dominée par Podemos la soutiendrait plus efficacement dans le bras de fer avec Merkel. Ni notre Front de Gauche non plus. Voyez les se liguer contre Mélenchon dès que celui-ci a une parole un peu conciliante pour le gouvernement russe - et pas seulement conciliante, mais juste, car il est très vrai que cet opposant assassiné n'était qu'une sbire du néo-libéralisme sous Eltsine, qu'il ne représentait presque rien, et qu'on ne voit pas bien quel intérêt Poutine aurait eu à l'éliminer. On parle peu dans nos médias des tentatives de coup d'Etat au Venezuela, comme des tensions américano-israéliennes autour d'un possible accord entre Washington et Téhéran (nous avons tant besoin de l'Iran pour combattre l'Etat islamique). Nos médias se passionneraient plus pour la politique étrangère si nous pouvions à nouveau filmer nos bombardier partant à l'assaut de quelque régime "ennemi des droits de l'hommes". Mais la situation géopolitique ne nous permet plus de "rêver" de cela... au moins jusqu'à la prochaine élection présidentielle américaine.

 

isis.jpgLoin de cette navrante médiocrité politique, je relisais cet après-midi un passage de D'Isis au Christ aux Sources Hellenistiques du Christianisme de Jean-Pierre Chevillot (ed L'Harmatten). Il y souligne opportunément le lien que les Egyptiens faisaient entre Isis et l'érection masculine. Puisque quand son défunt frère et époux Osiris fut démembré, la belle déesse ailée réunit le cadavre, mais le pénis manquait. Isis en façonna un nouveau qu'elle colla sur le cadavre qui ressuscita en bandant, et elle en "profita" pour s'accoupler avec lui et donner naissance à Harpocrate/Horus. Il paraît que la Gnose imagina quelque chose de semblable autour de la résurrection du Christ avec Marie-Madeleine ("imagina" ou "rapporta" car tout un courant du New Age tient la chose pour véritable).

 

Cette histoire d'Isis colorait sans doute d'une teinte divine l'érection chez les Egyptiens, et non seulement chez les Egyptiens mais encore chez les Grecs et les Romains jusqu'à notre Gaule profonde (il y avait un temple d'Isis à Angers) et dans tout l'Empire, qui s'éprirent de la Reine des Cieux. Il peut sans doute paraître ridicule aux yeux de beaucoup de nos contemporains de rapporter l'érection ou tout autre phénomène physique, tout sentiment, toute plante, tout animal, à quelque chose de divin comme pouvaient le faire les Egyptiens. Nous préférons tant railler, dénigrer, objectiver, réduire à de la positivité scientifique, pour tout mieux adapter à notre ennui existentiel et au vide du quotidien... Moi je trouve quand même que ce regard égyptien sur la virilité ne manque ni de profondeur ni de charme. Mais bon, cette tournure d'esprit reviendra peut-être sous nos latitudes, et ce sans forcément faire des détours par les tibétaineries ou par les massages "ayurvédiques", encore que ceux-ci contribuent à "réancrer" nos sensations dans des émerveillements concrets, ce qui n'a rien de superflu...

Actualisation 2019 : Toutes ces pratiques de Yoga, médecines douces etc sont porteuses de démons et son liées à la spiritualité luciférienne New Age qui ne peut vous attirer que des ennuis. Evitez les.

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L'Abkhazie antique

7 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

juillet-2006-099.jpgJ'ai évoqué ici la prégnance de l'image des Argonautes chez les Ibères selon Tacite. Revenons d'un mot sur l'Abkhazie antique du temps où elle était la Colchide.

 

Du point de vue de la légende, dans le cadre de l'expédition des Argonautes, les Dioscures fondèrent une ville en Colchide, sur la mer Noire : Dioscurias (ou Iskouriah, Isgaur, Sebastopolis, aujourd'hui Soukhoumi), qui devint un grand centre commercial. Du point de vue historique Dioscurias était une vieille colonie milésienne, comme Phasis (Poti) en Mingrélie.

 

Voici ce que dit Strabon (qui est né sur la côte pontique de la Turquie actuelle) de la Colchide à l'époque d'Auguste :

 

"[Or la Colchide était à cette époque bien déchue de ce qu'elle avait été]. Dans les temps anciens, en effet, elle avait jeté le plus vif éclat, comme on en peut juger par ce que la Fable nous raconte ou plutôt nous laisse deviner de l'expédition de Jason poussée peut-être jusqu'en Médie et de l'expédition antérieure de Phrixus. Mais les rois successeurs de ces héros ayant divisé le pays en plusieurs skeptoukhies n'eurent plus qu'une médiocre puissance, et, quand survint le prodigieux accroissement des états de Mithridate Eupator, toute la Colchide y fut aisément absorbée. Seulement, Mithridate n'envoya jamais pour la gouverner et l'administrer qu'un de ses plus fidèles serviteurs et amis. C'est à ce titre, notamment, qu'il y avait envoyé Moapherne, oncle paternel de ma mère. De son côté la Colchide fut toujours le pays qui fournit le plus de ressources à ce prince pour l'entretien de ses forces navales. Mais, une fois Mithridate renversé, ses états se démembrèrent et furent partagés entre plusieurs princes. Le dernier qu'ait eu la Colchide est Polémon, et sa veuve Pythodoris qui a continué à régner se trouve aujourd'hui réunir à la fois sous son sceptre la Colchilde, Trapézûs, Pharnacie et certains pays barbares de l'intérieur dont nous parlerons plus loin.- La Moschike si célèbre par son temple [de Leucothée] forme trois régions distinctes occupées, la première, par les Colkhes, la seconde par des tribus Ibères, la troisième par des Arméniens. Le souvenir de Phrixus s'est conservé encore dans le nom d'une petite ville d'assiette assez forte qui est située en Ibérie sur les confins de la Colchide, nous voulons parler de Phrixipolis, plus connue actuellement sous le nom d'Ideessa.

19. Au nombre des peuples qui fréquentent l'emporium ou marché de Dioscurias figurent aussi les Phthirophages, ainsi nommés à cause de leur saleté et de la vermine qui les couvre. Leurs voisins, les Soanes, ne valent guère mieux qu'eux sous le rapport de la propreté, mais ils leur sont bien supérieurs en puissance ; on peut même dire qu'ils surpassent en force et en bravoure tous les autres peuples de ces contrées. Aussi exercent-ils une sorte de domination sur les tribus circonvoisines du haut des cimes escarpées du Caucase qu'ils occupent en arrière de Dioscurias. Ils ont pour les gouverner un roi assisté d'un conseil de trois cents guerriers et peuvent mettre sur pied, à ce qu'on assure, jusqu'à des armées de 200 000 hommes. Chez eux, en effet, tout le monde est soldat, [mais] sans pouvoir se plier à la discipline des armées régulières. Un autre fait qu'on nous donne pour certain, c'est que les torrents de leur pays roulent des paillettes d'or que ces Barbares recueillent à l'aide de vans percés de trous et de toisons à longue laine, circonstance qui aurait suggéré, dit-on, le mythe de la Toison d'or. [Quelques auteurs] prétendent aussi à ce propos que, si l'on a donné à un peuple du Caucase le même nom qu'aux peuples de l'extrême Occident, à savoir le nom d'Ibères, c'est parce que les deux pays se trouvent posséder des mines d'or. Les Soanes trempent la pointe de leurs flèches dans des poisons qui ont cela de particulier que leur odeur insupportable aggrave encore, s'il est possible, la blessure faite par les flèches ainsi préparées. En général, les peuples du Caucase voisins de la Colchide habitent des terres arides et de peu d'étendue ; toutefois les deux nations des Albani et des Ibères, qui à elles seules occupent l'isthme presque tout entier, et qu'on peut à la rigueur ranger aussi parmi les nations caucasiennes, se trouvent posséder une région fertile et capable de suffire amplement aux besoins d'une population nombreuse."

 

Plus tard au moment du déclin de l'empire romain (3e siècle de notre ère) extrait de La marine des Ptolémées et la marine des Romains. La marine marchande / par le vice-amiral Jurien de La Gravière -E. Plon, Nourrit et Cie (Paris)-1885

"Les limites des provinces romaines d'Asie, avaient été portées, depuis l'époque où Arrien côtoyait le littoral du Pont-Euxin, de Dioscurias à Pityus, "ville pourvue d'un port et défendue par une forte muraille". Procope compte deux jours de navigation entre Pityus et Dioscurias ; Muller reconnaît l'emplacement de Pityus dans la localité moderne de Pitisounta, située à trente milles envirion de Soukhoum-Kaleh, débuché maritime dont le nom se retrouvera souvent dans l'histoire des lutes que les Russes n'ont cessé de soutenir contre les armées du sultan." (p. 149) De la Gravière raconte comment Successianus ayant été remplacé pour la défense de Pityus, les Goths ravagèrent ensuite la Colchide jusqu'à Trapézont. Une occasion de rappeler le souvenir de cet amiral breton érudit.

 

Dans Études sur le commerce au Moyen Age. Histoire du commerce de la mer Noire et des colonies génoises de la Krimée (Comon Paris 1848) F. Élie de La Primaudaie (qui n'a pas encore sa fiche sur Wikipedia) note que "Dioscurias, où se rassemblaient, dit Strabon, des peuples parlant soixante-dix langues différentes, était le grand dépôt des précieuses marchandises de l'Orient, et ce commerce avait fait de l'Ibérie, pays pauvre et presque désert aujourd'hui, l'une des contrées les plus peuplées et les plus opulentes de l'Asie" (p. 12) et "Phanagoria, Panticapée et Dioscurias étaient les marchés d'esclaves les plus considérables et les plus fameux" (p. 7).

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F. Delorca à l'émission "L'Humeur Vagabonde" sur France Inter

5 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

abkhazieJe ferai en 10 minutes une brève présentation de l'histoire de l'Abkhazie sur France Inter le jeudi 19 mars dans l'émission de Kathleen Evin "L'humeur Vagabonde" consacrée au livre de Dov Lynch "Mer noire" de 20h à 21h, disponible en podcast à la date de l'émission jusqu'en 2017.

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Sollers sur la folie du monde

2 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

P1020711Difficile d'être complètement anti-Sollers. Pourtant mon stoïcisme est aux antipodes de son hédonisme, et pourtant j'aurais du mal à m'opposer à sa vision de ce qu'il appelle la "folie" de notre époque. Même ses clins d'oeil au chamanisme me parle. Etrange. Pourtant ce chamanisme est ce vers quoi la folie de notre époque fait signe en permanence. Alors quoi ? Ruse de la raison, ruse des esprits, ruse de l'histoire. Ne pas trop chercher à comprendre.

 

Et mon stoïcisme alors ? Certains le trouvent hédoniste, il ne l'est qu'en apparence. Il est surtout cynique, comme le premier stoïcisme, celui de Zénon et Chrysippe. "Ecrit sur la queue d'un chien". Pardon de passer tant de temps à définir ma vision, c'est à dire mon style - vision et style se tiennent toujours. Mais quand demain je vous pondrai mon livre sur le Proche-Orient il faudra bien que vous compreniez de quelle philosophe il procède non ? On n'est jamais aussi fort que lorsqu'on s'adosse à une philosophie solide. Il faut avoir une philosophie folle, et une folie philosophique. Regardez Hegel : plus grand monument de la rationalité, et plus grand monument de la folie, tout ensemble et en même temps.

 

Sollers a raison de dire que notre contre-folie est nécessairement aussi une folie à sa manière, mais qu'elle est une folie qui a pour elle la durée. On voit bien que l'atout contre le bougisme de notre époque, le seul atout possible, c'est le sens de la durée. Celui qui a réussi à s'inscrire dans un temps long (c'est à dire aussi la cohérence) a gagné la partie. Je pense que je n'en suis pas loin.

 

Et par derrière, la "Vieille taupe" creuse sa galerie. Ce matin je me lève en envoyant un manuscrit à un petit éditeur, ce soir je me couche avec une petite chance qu'il soit publié par un grand...

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Quelques "unes"

26 Février 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse

AT

 

nato-bomb.jpg

-  Civilians 'massacred' in Myanmar

 

-Russia's quest for Balkan bases

 

- Turkey setting up a pipeline to encourage Uyghur emigration and, possibly, recruiting Uyghurs to join the Syrian uprising

 

AW

 

- US Military Vehicles Paraded 300 Yards From the Russian Border

 

- Report: Libya Coup General to Meet With Israeli Officials

 

CP

 

- Venezuela: a Coup in Real Time

 

 

 

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After pack

17 Février 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Y a t il une vie après le "pack premium overblog" ? ce pack meurt dans 3 jours. Ce blog retrouvera-t-il son adresse URL antérieure ? Ou disparaîtra t il ? Les concepteurs du pack ne le disent pas. En tout cas voici la nouvelle adresse est celle-ci delorca.over-blog.com.

 

Incubation. Vieille technique présocratique pour susciter des théophanies. Samedi sur Arte dans l' "Egypte des dieux", vue par 500 000 personnes (2,5 % d'audimat samedi), on ose nous dire que la croyance des Egyptiens en la vie en l'au-delà serait née du constat qu'ils firent que les cadavres ne se décomposaient pas dans le désert. Ah bon ? Tout procédait d'observations empiriques déformées ? il n'y avait pas des gens qui avaient des visions de l'au-delà dans leur société et qui pouvaient influencer leurs contemporains ? Il y en a pourtant dans la nôtre, pourtant si rationaliste, qui s'efforce de les marginaliser à tout prix... et chez eux ? non ? Bon d'accord, non. Apparemment il n'y avait pas de devins-guérisseurs en Egypte selon ce docu. Et les pharaons n'avaient pas de harems : ils voyageaient avec leur petite dame légitime sur e Nil comme un gentil couple protestant allemand, les Egyptiens étaient des gens de notre époque quoi... Faut croire que les livres d'historiens qui nous parlent des centaines de femmes des pharaons élevaient en cheptel et gadées par une pléthore d'eunuques étaient mensongers. De même le docu ne dit pas qu'Akhenaton comme son père, et comme Ramsès II, s'est accouplé avec ses filles et a eu une progéniture avec elles (cf Les Secrets d'Hator p. 82). Vu l'heure de grande écoute, il ne faut pas choquer les oreilles, et tant pis si la vérité est sacrifiée (une fois de plus). Je retiens donc du docu qu'Amenophis III (-1388/-1352) faisait peindre des naïades dans un style réaliste, et enviait les conquêtes de Toutmosis III. Et je ferai "comme si" avec ça j'avais vraiment appris quelque chose...

 

A part ça, je feuillette la presse vénézuélienne, Granma, le Quotidien du peuple, Antiwar.com. On m'interviewe sur des sujets légers. J'endure les horreurs de la SNCF (devenu un des pires services publics de France après en avoir été le fleuron). Je vais me replonger bientôt dans l'écriture sur le tantrisme. Rien de très intéressant pour vous, n'est-ce pas chers lecteurs ? Alors allez donc plutôt acheter mes livres que de lire ce blog.
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Les prophéties chez Lucain

11 Février 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Antiquité - Auteurs et personnalités

romans.jpgQuand César franchit le Rubicon, Lucain dans le livre I de la Pharsale décrit la terreur qui s'empare de nombreux Romains ("Oh ! Qu'aisément les dieux nous élèvent au comble du bonheur ! Que malaisément ils nous y soutiennent !").

 

On consulte les devins étrusques, selon la tradition, dit Lucain, à commencer par Arruns de Luca, qui lit dans le mouvement des oiseaux et émet un oracle au vu des entrailles d'un taureau : "O dieux ! Dois-je révéler au monde tout ce que vous me laissez voir ? Non, Jupiter, ce n'est pas à toi que je viens de sacrifier, j'ai trouvé l'enfer dans les flancs de ce taureau. Nous craignons d'horribles malheurs, mais nos malheurs passeront nos craintes. Fasse le ciel que ces signes nous soient favorables, que l'art de lire au sein des victimes soit trompeur, et que Tagès qui l'inventa nous en ait imposé lui-même."

 

C'est Figulus qui est chargée de l'expliciter :

 

"Figulus, qu'une longue étude avait admis aux secrets des dieux, à qui les sages de Memphis l'auraient cédé dans la connaissance des étoiles et dans celle des nombres qui règlent les mouvements célestes, Figulus éleva sa voix : "Ou la voûte céleste, dit-il, se meut au hasard, et les astres vagabonds errent au ciel sans règle et sans guide ou, si le Destin préside à leur cours, l'univers est menacé d'un fléau terrible. La terre va-t-elle ouvrir ses abîmes ? Les cités seront-elles englouties ? Verrons-nous les campagnes stériles ? les airs infectés ? les eaux empoisonnées ? Quelle plaie, grands dieux ! quelle désolation prépare votre colère ? De combien de victimes un seul jour verra la perte ! Si l'étoile funeste de Saturne dominait au ciel, le Verseau inonderait la terre d'un déluge semblable à celui de Deucalion, et l'univers entier disparaîtrait sous les eaux débordées. Si le soleil frappait le Lion de sa lumière, c'est d'un incendie universel que la terre serait menacée ; l'air lui-même s'enflammerait sous le char du dieu du jour. Ni l'un ni l'autre n'est à craindre. Mais toi qui embrases le Scorpion à la queue menaçante, terrible Mars, que nous réserves-tu ? L'étoile clémente de Jupiter est à son couchant, l'astre favorable de Vénus naît à peine, le rapide fils de Maïa languit ; Mars, c'est toi seul qui occupes le ciel. Pourquoi les astres ont-ils abandonné leur carrière, pour errer sans lumière dans le ciel ? Pourquoi Orion qui porte un glaive, brille-t-il d'un si vif éclat ? La rage des combats va s'allumer ; le glaive confond tous les droits ; des crimes qui devraient être inconnus à la terre obtiennent le nom de vertus. Cette fureur sera de longue durée. Pourquoi demander aux dieux qu'elle cesse ? La paix nous amène un tyran ! Prolonge tes malheurs, ô Rome ! traîne-toi d'âge en âge à travers des ruines. Il n'y a plus de liberté pour toi qu'au sein de la guerre civile."

 

Et une matrone qui, habitée par Phébus, va compléter :

 

"Telle des sommets du Pinde descend la bacchante pleine des fureurs du dieu d'Ogygie, telle à travers la ville consternée s'élance une matrone révélant par ces mots le Dieu qui l'oppresse. "Où vais-je, ô Péan ! Sur quelle terre au-delà des cieux suis-je entraînée ? Je vois le Pangée et ses cimes blanches de neiges, et les vastes plaines de Philippes au pied de l'Hémus. Phébus, dis-moi, quelle est cette vision insensée ? Quels sont ces traits, quelles cohortes romaines en viennent aux mains ? Quoi ! une guerre et nul ennemi ? Où suis-je ailleurs emportée ? Me voici aux portes de l'Orient où la mer change de couleur dans le Nil des Lagides. Ce cadavre mutilé qui gît sur la rive du fleuve, je le reconnais. Je suis transportée aux Syrtes trompeuses, dans la brûlante Libye, où la cruelle Erinys a jeté les débris de Pharsale. Maintenant je suis emportée par-dessus les cimes nuageuses des Alpes, plus haut que les Pyrénées dont le sommet se perd dans les airs. Maintenant je reviens dans ma patrie. La guerre impie s'achève au sein du Sénat. Les partis se relèvent ; je parcours de nouveau l'univers. Montre-moi de nouvelles terres, de nouvelles mers, Phébus, j'ai déjà vu Philippes (50)." Elle dit, et tombe épuisée sous le dernier effort de sa fureur."

 

A la suite de Cicéron, les historiens attribuent au sénateur Nigidius Figulus (98-45 av JC), médium et voyant, la renaissance du pythagorisme à Rome.

 

Cicéron dit de lui:

 

« Cet homme fut à la fois paré de toutes les connaissances dignes d'un homme libre et un chercheur (investigator) vif et attentif pour tout ce que la nature dissimule (quae a natura involutae videntur). Bref, à mon avis, après les illustres pythagoriciens dont l'enseignement s'est de quelque façon éteint après avoir fleuri pendant plusieurs siècles en Italie et en Sicile, il est l'homme qui s'est levé afin de le renouveler. » (Timaeus, I, 1, 2)

 

Plusieurs choses me surprennent dans ce passage. D'abord le fait que Rome au bord du chaos remette la lecture de son avenir à ses vaincus : les Etrusques - seul peuple non indo-européen d'Italie, qui, après avoir dominé Rome, ont vu leur région soumise et ravagée par elle - et une femme, une matrone.

 

Je suis surpris de voir qu'un vieil augure est interrogé avant Figulus. Dans les traditions africaines les vieux parlent en dernier, mais peut-être est-ce l'inverse au Sénat romain (j'ai oublié), et comme la religion fonctionnait sur le modèle du Sénat (comme la congrégation d'Isis sur le modèle des municipes si l'on ne croit Apulée) ce serait un point à vérifier.

 

Dans le propos de Figulus divers points m'échappent. " Si l'étoile funeste de Saturne dominait au ciel, le Verseau inonderait la terre d'un déluge semblable à celui de Deucalion, et l'univers entier disparaîtrait sous les eaux débordées. Si le soleil frappait le Lion de sa lumière, c'est d'un incendie universel que la terre serait menacée ; l'air lui-même s'enflammerait sous le char du dieu du jour", "toi qui embrases le Scorpion à la queue menaçante, terrible Mars", "Orion qui porte un glaive"... Je note que l'astrologie est très présente dans la Pharsale puisqu'elle revient lorsque Pompée navigue vers sa mort au large de l'Egypte.

 

La femme qui sort dans la rue est possédée par Apollon Phébus (plus Phébus d'ailleurs qu'Apollon dont le titre grec n'est introduit que par Auguste, mais Lucain peut commettre un anachronisme en pensant aussi ici à l'Apollon grec), comme la Pythie de Delphes. On sait que la mère d'Auguste a été fécondée par le serpent d'Apollon pour enfanter Auguste selon Suétone (et l'on se souvient de l'importance de l'oracle d'Apollon et de la sibylle de la ville italo-grecque de Cumes dans Virgile. Or Suétone raconte que Figulus émet une prophétie lors de la naissance d'Auguste, ce qui lie d'une certaine manière Figulus à Apollon comme cet enchaînement étrange chez Lucain entre Figulus et la matrone inspirée par Apollon.

 

C'est finalement la matrone voix d'Apollon qui livre l'oracle le plus précis, qui est un véritable résumé de toute l'oeuvre "la Pharsale". La matrone effectue une "décorporation" diraient nos médiums contemporains et se trouve authentiquement transportée aux divers lieux de la guerre civile. Alors que la prophétie astrale de Figulus est très axée sur le temps (elle prédit la durée de la guerre), celle de la matrone est très spatiale (elle en visualise les lieux).

 

Je ne suis pas en train de dire que Lucain rapporte des traditions réelles sur la première année de la guerre civile en Italie (nous n'avons aucun moyen de le savoir). Je dis juste que son propos a un sens qui mérite d'être exploré "de l'intérieur". Lucain est l'auteur d'une descente aux enfers. Nous savons que les descentes aux enfers sont des résultats de techniques d'incubation qui mettent en contact avec le sacré. Par conséquent "La Pharsale" se donne comme un poême inspiré, et les "visions" dont il témoigne doivent être analysées de très près.

 



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Prendre soin de sa langue et de son savoir

5 Février 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Dans "Quand l'Europe parlait français", Fumaroli explique que le français du duc de Saint-Simon, comme celui de Frédérique-Sophie Wilhelmine, margravine de Bayreuth, est moins marqué par l'apprentissage de la version latine que celui des écrivains professionnels de leur temps. Ma lecture de Saint-Simon est trop ancienne et mon commerce avec les écrivains classiques trop sommaire pour que je puisse apprécier le bien-fondé de cette remarque. Toutefois, il transparaît dans ce propos l'importance du soin que l'on accorde au langage, lequel oriente (c'est une évidence, mais rappelons le quand même) son style de perception, ses idées, sa sensibilité.

 

Moi-même qui écris fort mal, toujours à la hâte, et sans l'énergie suffisante pour retravailler mon style, je tente de ne pas perdre cela complètement de vue, et même, je m'accroche à cette idée comme à ma dernière chance de ne pas finir complètement avalé par la médiocrité ambiante (ce qui suppose un combat quotidien). Et cela concerne aussi bien le langage que le savoir et la culture.

 

Cela ne fait pas partie des valeurs des gens de la génération de Serge July. La génération 68. Un ami cinéphile m'envoyait il y a peu cette vidéo d'un de ses représentants, un certain Vincent Nordon dont j'ignorais l'existence jusqu'alors. Interview amusante par son refus d'entrer dans le 21ème siècle, mais lassante par sa désinvolture adolescente.

 

 

 

J'apprécie chez ce Nordon le côté cinéphile érudit qui ne joue pas les importants (à la différence du Zagdanski dont il parle dans cette interview et dont je découvre les videos sur You Tube, une véritable bête de scène de la TV). Mais la désinvolture fatigue :  ce côté éternels ados qui ne soignent pas les formes, et n'ont pas beaucoup de fond culturel non plus, à part leur connaissance du cinoche, ces mômes sexa-(ou septua-) génaires qui parlent entre eux comme au bistrot devant la caméra (on a l'impression de les déranger en regardant leurs vidéos). Dans une de ses interviews Nordon regrette que son père ne l'ait pas poussé à lire les auteurs latins, et dans son dialogue avec Zagdanski sur la littérature sur You Tube, Godard reconnait qu'il n'a presque rien lu (notamment de Shakespeare, bien qu'il ait fait un film dessus) et qu'il se borne à proposer des trucs comme il fait avec son plombier "sans savoir comment marche le radiateur".
 
Cette inculture est ce qui exaspérait de vieux réacs comme Morand dont je lis parfois le journal de 1970. Elle est plus sympathique que celle de nos ténors télégéniques à la Onfray, mais ce sont quand même des facilités d'enfants gâtés. Ces gens faisaient semblant d'avoir lu Shakespeare, nos créateurs et journalistes contemporains, eux (les moins de 50 ans) ne lisent que des dépêches d'agences de presse ou leurs équivalents littéraires (du Houellebecq). Nous devons revenir à "un petit peu plus de travail", sur le fond et sur la forme...

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Artisanat

25 Janvier 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

werthJe me répète mais il faut vraiment lire "Cochinchine" de Léon Werth récemment réédité. Ce n'est pas seulement un plaidoyer contre le colonialisme européen (qui fut la forme de barbarie consensuelle stupide des années 1900-1930, comme le fut le droit le l'hommisme des années 1990-2000, ou l'antiterrorisme aujourd'hui*), mais aussi une réflexion profonde sur la pudeur, la politesse et la légèreté de l'Orient (je lis pas mal sur le confucianisme classique en ce moment), au miroir de laquelle la grossièreté européenne révèle sa laideur, et une réflexion adossée, non pas comme la doctrine des Indigènes de la République aujourd'hui, au pur ressentiment "made in Europa", mais à la grande tradition classique des Lumières (des Lumières très françaises et assez universelles pour être "ouvertes" au bouddhisme, au taoïsme etc).
 
On retrouve chez Werth beaucoup de l'esprit de la revue Europe de Romain Rolland à laquelle il collabora, l'esprit d'une gauche révolutionnaire attachée à une tradition de douceur et d'élégance contre ce qu'elle appelait la "civilisation mécanicienne", fauteuse de guerre, et dont les Etats-Unis et Clemenceau étaient déjà, à leurs yeux, les principaux architectes... Cette gauche a été balayée par le stalinisme, puis par l'opportunisme socialdémocrate et sociallibéral. Mais des hommes comme Werth furent aux idées de gauche, et au style de la gauche, dans les années 20, ce qu'un Vecchiali fut au cinéma des années 70.
 
Evidemment tous ces grands stylistes et ces grands créateurs sont avant tout d'humbles artisans, de petites lucioles au fond de leurs ateliers, qui trouvaient dans leur modeste grandeur la force nécessaire pour résister efficacement à la sauvagerie de leur temps sans se compromettre. Ils eurent leurs admirateurs à travers le monde, des gens de la même élégance qu'eux, de la même exigence personnelle, et même si l'histoire officielle les ignorera toujours ils auront toujours raison au tribunal clandestin de l'Histoire objective (pourrait on dire pour plagier Hegel). Ce sont en tout cas des exemples de vies bien accomplies en des temps où, comme aujourd'hui, vivre dignement et proprement était rendu impossible par des formes puissantes de totalitarisme.

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* A propos d'antiterrorisme, voyez la vulgarité des écriteaux d'Air France sur les postes d'embarquement à Orly, qui, menacent de poursuites judiciaires et de refus de laisser monter dans l'avion quiconque "agresse physiquement ou verbalement un agent". Triste France où le terrorisme est prétexte à toujours plus de fouilles physiques, d'avilissement et d'abrutissement mental, et où on ne peut plus se faire entendre des services publics (de plus en plus ineptes et incompétents dans l'univers marchand "globalisé"), qu'en gueulant (j'ai vu jeudi un cadre distingué sexéganaire se faire virer manu militari d'un train par les services de sécurité du seul fait qu'il a osé critiquer devant un contrôleur la stupidité kafkaïenne de la SNCF), tandis que le seul fait de gueuler devient passible de poursuites judiciaires pour "viol moral du consensualisme forcé". Dans cette France là, rechercher l'indépendance d'esprit, la culture, l'élégance et la dignité requiert toujours plus de solitude, de refus obstiné de parler le langage d'Internet (loin de l'esprit hargneux des commentateurs malveillants, mais aussi de la bêtise rugueuse de tant de blogueurs "amis" que je n'ose même plus lire). Messieurs de la plateforme Overblog, faites votre travail (pensez à la citation "monsieur le bourreau...") : vous pouvez liquider le présent blog ou le noyer sous la publicité, je ne renouvellerai pas l'abonnement "Premium".

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Mon livre-bilan

5 Janvier 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Au coeur des mouvements anti-guerre

couv antigVient de paraître un livre-bilan de mon engagement dans les milieux anti-guerre "Au coeur des mouvements anti-guerre". Le livre peut-être commandé ici. C'est un livre testament sur quinze ans d'engagement, les idées que j'ai défendues et ce qui j'ai pensé ou cru comprendre des milieux "résistants", sur le volet des relations internationales, de la géopolitique, mais aussi de la politique intérieure.

 

Je ne me demande pas à quoi ont servi ces années d'engagement car je suis fidèle au vieux principe hindouïste du renoncement dans l'action, donc les fruits positifs ou négatifs de ce que j'ai tenté d'accomplir m'indiffèrent. Vous avez pu voir d'après le commentaire fiéleux qui m'a été adressé en novembre dernier quel niveau de haine stupide et hargneuse j'ai pu provoquer (auprès de gens prêts à disséquer mon itinéraire dans tous les sens pour y trouver matière à ironie). Il est probable que, d'une manière générale, la présence sur Internet favorise bien souvent davantage de réactions négatives de gens aigris, jaloux, désireux d'en découdre etc ou d'indifférence que d'encouragements. Il vous suffit de voir combien de sites sur la toile mentionnent le présent blog pour vous en convaincre. De toute façon, je n'étais pas spécialement à la recherche de "coups de pouce". Depuis plus d'un an je ne vois plus bien l'intérêt d'écrire dans ces colonnes. Les problèmes structurels du monde et de la France sont les mêmes depuis 15 ans et j'ai suffisamment disserté à leur sujet. Quant à mes petites recherches philosophiques ou culturelles, je n'ai jamais eu le temps de les expliciter comme il se devait, et il vaudrait mieux en discuter en petit comité que sur la place publique internautique.

 

Il est possible que je publie encore quelques petits billets sur ce blog, mais celui-ci est amené à occuper une place très marginale dans le panel des modes d'expression que la vie m'offre encore un petit peu en ce début d'année 2015.

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Interview de F. Delorca sur la Transnistrie

3 Janvier 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie

transnistriecouv.jpgLe 27 novembre dernier j'ai donné l'interview sur la Transnistrie que vous trouverez ci-dessous. En France, la Transnistrie n'intéresse plus que les adeptes du ballon rond à cause des succès du FC Sheriff de Tiraspol. Cette interview ainsi que mon livre sur ce pays sont cités dans la version papier du magazine So Foot de ce mois-ci.

 

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Que savez-vous de Victor Gushan, outre le fait qu'il soit à la tête de Sheriff (le trust qui contrôle une grande partie de l'économie de la Transnistrie) ?


- Tout ce que l'on peut savoir sur Victor Gushan c'est que c'est un ancien membre des services secrets de ma République soviétique socialiste de Moldavie qui, après la sécession de la Transnistrie, a profité de son influence pour constituer le conglomérat financier Sheriff qui accapare le business de la grande distribution, des télécoms, du gaz, bref de tout ce qui rapporte. En somme c'est un cas assez classique en ex-URSS, d'un membre de la nomenklatura qui profite de son influence pour prendre le contrôle de l'économie après l'effondrement de l'Etat soviétique. Le cas est aussi fréquent en Ukraine et en Russie.

A-t-il d'autres activités officielles ou cachées?


- Je n'ai pas mené d'investigation particulière sur la question. Et je ne crois pas que même ses adversaires en Moldavie lui prête des fonctions occultes. Mais être le chef de la holding financière dont dépendent plus de 15 % des recettes de l'Etat (selon ce qui m'avait été dit quand j'étais en Transnistrie, suffit à être faiseur et défaiseur de rois.

Que sait-t-on de son influence réelle et de son pouvoir dans le pays?


- C'est lui qui a tenu à bout de bras le gouvernement de la Transnistrie quand dans les années 1990 Igor Smirnov en était le président "héroïque" - puisque Smirnov, ancien ingénieur, s'était distingué en 1991-92 dans la guerre contre les nationalistes moldaves pro-roumains. D'ailleurs des membres de la famille de Smirnov travaillaient au sein du conglomérat Sheriff et profitaient de ses largesses. A partir de 2006 Gushan et Sheriff ont progressivement lâché Smirnov, et, en accord avec le Kremlin, un autre président, plus jeune, et plus proche de Poutine, Evgueni  Chevtchouk a été installé à la tête de la Transnistrie en 2011 aux termes d'élections présidentielles où Smirnov a été évincé dès le premier tour. Bien sûr Chevtchouk est un ancien directeur adjoint de Shériff et pour beaucoup il était au moment de son élection l'homme de Sheriff. Depuis lors on dit que ses relations avec Sheriff se sont dégradées. On a notamment remarqué que le fils de Victor Gushan a échoué à devenir le maire de la capitale de la Transnistrie, Tiraspol, ce qui pourrait être dû à un veto de Chevtchouk. Après il se peut qu'il y ait un jeu de pouvoir complexe entre Sheriff, le Kremlin et les autres oligarques russes, mais là dessus on est réduit à de la pure spéculation.

Comment peut-on qualifier l'économie du pays?


institution.jpg- C'est un système socialiste sur lequel s'est greffé une oligarchie. La caractère socialiste a été préservé en partie à cause de l'isolement du pays non reconnu internationalement, en partie à cause de la mentalité soviétique de la base sociale du régime - des fonctionnaires et ouvriers russes et ukrainiens implantés en Moldavie avec l'industrialisation stalinienne et qui refusaient la désintégration de l'URSS. Il se vérifie encore dans le fait que l'agriculture reste largement collectivisée, que la médecine est une médecine d'Etat etc. Mais la vente de nombreux commerces et industries à la holding Sheriff et les privatisations menées par le parti de Chevtchouk ("Renouveau") depuis sept  ans ne fait que renforcer son caractère oligarchique, en offrant aussi des ouvertures sur un capitalisme de petites entreprises.

Pensez-vous concevable que les infrastructures titanesques du FC Sheriff Tiraspol soient le fruit d'investissements illégaux sur le marché noir et que le club de football serve à blanchir de l'argent?


- Le club sert surtout à mobiliser le patriotisme politique des Transnistriens. Il y a peut-être d'autres moyens en Russie de blanchir de l'argent que de crée un club de foot. Cela dit qu'il y ait du marché noir c'est à peu près évident puisque la non-reconnaissance de la Transnistrie au niveau international favorise les transactions occultes. On a parlé de trafics d'armes et de stupéfiants, mais je ne suis pas certain que ce soit prédominant car cela mettrait trop le pays dans le collimateur des Occidentaux et donnerait des armes idéologiques au gouvernement de Chisinau (Moldavie) qui demande en permanence la suppression de l'entité transnistrienne. En revanche qu'il y ait de nombreux détournements de fonds autour des fournitures de gaz russe, du marché de la distribution etc c'est très probable.

Trois adjectifs pour qualifier la Transnistrie ?

- Isolée, très particulière, en voie de russification. Isolée, parce que cela reste une sorte de sous-préfecture soviétique assez coupée du monde (même si beaucoup de Transnistriens grâce à des passeports russes ou ukrainiens arrivent à voyager). Très particulière parce qu'elle avait quand même réussi à constituer une identité originale, fondée sur le souvenir du temps où cette partie de la moldavie était ukrainienne (elle n'a jamais fait partie du grand ensemble roumain auquel les nationalistes de Chisinau voulaient la rattacher en 1991-92). En voie de russification parce que l'évolution actuelle de la Moldavie et de l'Ukraine vers un rapprochement avec l'Union européenne et l'OTAN nourrit une volonté de rattachement à la Russie, sur le modèle de ce qui s'est passé en Crimée.

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