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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Syriza, Podemos... ça bouge un peu !

31 Décembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Jean-Luc Mélenchon s'enthousiasme à l'idée que Syriza puisse emporter les élections le 25 janvier (une hypothèse à laquelle même le journal Le Monde semble croire) : "Enfin ! La chaîne va craquer. 2015 peut être le commencement de la libération du vieux continent ! Merci la Grèce ! Aujourd’hui Athènes demain Madrid. Vivement Paris !"

 

Mais ce blogueur n'a jamais été très visionnaire, et  ce n'est pas la premère fois que les sondages se trompent en annonçant une victoire de Syriza. Enfin bon : si la Grèce se rebelle un peu, et si le Royaume-Uni sort de l'Union européenne, nos politiques vont peut-être enfin devoir se montrer inventifs.

 

En Espagne Podemos dépasse 20 % dans les intentions de vote (ils vont le montrer dans deux semaines sans doute aux élections andalouses), et les pressions sécessionnistes se poursuivent en Catalogne. Que ceux qui comprennent l'espagnol écoutent ce très bon discours de Pablo Iglesias de novembre dernier, qui cite l'économiste Krugman, qui fait la "une" du journal de culture générale "Books" ce mois-ci en France, et trouve des mots très justes pour décrire le mal "sociétal" que le libéralisme, et le "merkélisme" infligent à l'Europe du Sud.

 

 
Son discours anti-fasciste et anti-libéral devant le parlement européen est très bon lui aussi.
Et ses questions avec de bonnes références à l'anti-russisme et au pro-israélisme européens vont dans le bon sens aussi (il y a aussi sur You Tube de bonnes interventions d'Iglesias sur la Libye, sur Gaza).
 
Je n'ai jamais entendu Tsiparas de Syriza parler en version originale. Mais il est clair qu'Iglesias de Podemos, lui, est un grand ballon d'oxygène pour la péninsule ibérique.
Quand j'entends Iglesias, je comprends pourquoi Mélenchon, avec sa rhétorique jacobino-écolo ne pouvait pas être un Hugo Chavez français, et pourquoi la France ne pouvait pas avoir de Chavez. La France ne fait pas partie des PIGS, et n'en connaît pas les drames, elle a des problèmes identitaires propres qui la font se tourner vers une Marine Le Pen, mais reste malgré tout, du côté du manche, dans le camp des oppresseurs. Pour cette raison son discours politique même sur le volet contestataire était voué à rester désincarné et dépourvu de toute jeunesse, de tout idéalisme. Elle ne pouvait faire partie du "Sud" de l'Europe, ni du "Sud" du monde. La France dans cette séquence historique, comme en 1818 et en 1940 est vassale des oppresseurs, et ses états d'âme dans ce rôle ne peuvent qu'être réactionnaires, pas révolutionnaires.
A part cela je vous conseille de lire Counterpunch sur les intox anti-nord-coréennes dans l'affaire Sony.
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Wo Krieg war soll Frieden werden

29 Décembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

vall-e-d-ossau.jpgBeau coucher de soleil sur les Pyrénées. La chaîne était rose... Un froid de canard pourtant. Puis un beau halo de lumière autour de la Lune.

Vais-je inciter le maire de mon village à mener une action en direction de l'Abkhazie ? Divers facteurs me poussent à revenir à l'action municipale en ce moment, dans le Nord et dans le Sud de la France. On joue son rôle de citoyen comme on le peut, avec les billes dont on dispose. Un geste en direction de l'Abkhazie serait en même temps un signe d'amitié adressé à ses protecteurs russes. Par ces temps de guerre froide larvée, cela peut être d'un certain intérêt. Le Conseil pour la paix et la coopération de Saint-Pétersbourg m'a d'ailleurs envoyé ses voeux pour le nouvel an.

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30 décembre 1988

28 Décembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse

Le 30 décembre 1988, en page 62 (qui développe le sujet de couverture), l'Express fait un dossier sur le thème "La génération cocon", avec pour sous-titre "A quoi ressemblent les jeunes, en 1988 ? A leurs parents ! Interrogés tous les dix ans pas L'Express, ils n'ont jamais semblé aussi sages. Leur bonheur : un emploi, une famille. La révolution n'est pas pour 1989." Une photo comme illustration : un cours des étudiants de première année à l'IEP de Paris (Sciences Po), amphithéâtre Emile Boutmy, avec cette légende "Un cours à Sciences Po. Dans la liste des priorités, avoir une profession qui plaît passe bien avant avoir des enfants."

Au tout premier rang, avec son cahier bleu je reconnais sans peine Laurent Solly, futur collaborateur de Nicolas Sarkozy et numéro 2 de TF1, aujourd'hui un des responsables de Facebook France.

Celui que j'ai entouré d'un trait rouge, c'est moi. Oh bien sûr même si vous zoomiez vous ne me reconnaîtriez pas, mais dès le jour de la publication de l'Express, j'avais découpé la page et indiqué où je me trouvais sur cette photo. J'y reconnais aussi deux copines en haut à gauche. Nous avions tous 18 ans. Je n'avais quitté mon Béarn natal que depuis trois mois et vivais dans une piaule minuscule d'un foyer d'étudiants d'Asie du Sud-Est rue Saint-Jacques. Nous avions eu nos premiers "galops d'essai" (partiels) pas très brillants pour moi à l'époque sauf en histoire (ça allait s'améliorer au trimestre suivant). Hiver froid, à faire la queue le soir au restaurant universitaire "Bullier", à potasser les polycopiés de Jean-Claude Casanova en économie, le Gicquel en droit constitutionnel, les Points Seuil en histoire. Fichue année.

Le thème "les jeunes vont-ils refaire mai 68 ?" était une tarte à la crème médiatique à l'époque. Deux ans plus tôt nous avions été une majorité à manifester contre la loi Devaquet.

 

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Contre Jung

26 Décembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

J'ai rappelé il y a peu les bienfaits et les sottises du jungisme. Sur le volet "sottises", il faut lire "Jung et les Archétypes" de Jean-Loïc Le Quellec paru l'an dernier. Je vous conseille aussi les travaux de Le Quellec sur l'art rupestre du Sahara. Il a changé ma vision du "terreau archaïque" des peuples d'Afrique du Nord (un terreau qui eut aussi une influence sur Apulée).

 

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Journaleux

26 Décembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Des journalistes de la presse officielle française corrompus par le roi du Maroc, Mélenchon qui s'indigne à juste titre de l'accueil fait à Saakachvili au parlement européen, mais qui serait plus crédible pour le faire s'il prenait la peine d'apprendre l'orthographe du nom de cette tête brûlée géorgienne (au fait, face à Zemmour, Méluche a eu raison de défendre l'ouverture culturelle, mais pas l'ouverture des frontières, et surtout pas de soutenir que les Germains ne sont pour rien dans l'effondrement de l'empire romain).

 

Quelques amis corsaires m'encouragent à écrire pour leurs feuilles de choux sur Internet, sur le Proche Orient ou sur l'Ukraine. Je résiste à ces sollicitations, par manque de temps, d'énergie et de conviction. De toute façon la presse alternative sur le Net est morte, j'approuve le papier ici de David Rovics sur ce thème.

 

Books ce mois-ci fait un très bon dossier sur Delphes et ses vapeurs sismiques (son pneuma), tout en intelligence et en nuances, sous la plume de Peter Green, excellent auteur par ailleurs d'un "D'Alexandre le Grand à Actium" dont je vous recommande la lecture.

 

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Binaire

23 Décembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Choisir entre la France européiste bobo de centre-droit et de centre-gauche qu'on nous impose depuis 30 ans et la France hostile à tout ce qui vient d'au-delà de ses frontières. Je m'y refuse. Et pourtant je sens bien que bientôt il n'y aura pas de troisième voie. L'être humain n'est pas doué pour sortir des dichotomies binaires.

 

Alors quoi ? Continuer à répéter les mêmes choses ? Se replier sur la sphère privée ? Se lancer dans la métaphysique ? Ha, la métaphysique... Pauvre métaphysique entre les mains des abonnés à Disneyland !

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"Ce qu'on ne peut dire il faut le taire"

23 Décembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

goya.jpg"Ce qu'on ne peut dire il faut le taire", disait Wittgenstein. Un pays où "Le Monde" et "Libération" sont des journaux autorisés (je ne dis même pas des journaux "officiels" et subventionnés comme ils le sont en France aujourd'hui) ne mérite pas d'être appelé une démocratie. Cette presse de caniveau, hargneuse, dogmatique, menteuse, donneuse de leçons, est une insulte permanente à la moralité publique, à la décence et à l'intelligence. Un pays comme celui-là est un pays qui ne MERITE pas qu'on lui parle, qui ne mérite pas qu'on y fasse usage de sa liberté d'expression. Gardez votre Internet, vos journaux, vos blogs, votre novlang à la con. A chaque coins de rue, chaque jour, je vois s'installer l'abrutissement collectif, et une morale de vieille dame sénile envahir le vocabulaire commun partout, des prétoires des tribunaux aux cabinets des "thérapeutes herboristes", coachs, artistes et conseillers en croyance, hédonisme et longévité de tout poil. Ce pays-là dans ce monde-là ne mérite plus qu'on y fasse usage d'aucune forme de langage. Le silence est la seule réponse possible à sa stupidité mortifère.

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Also...

22 Décembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse

   I'll leave my memories, a little trace high above, on some stone which I would be able to recognize easily. One day when I would visit the places of my creation, I will walk through the ruins of this old stone city, only one pillar will stay intact infront of me, and on its top a stone I marked with my memories. I'll take it into the white empty room and when only my eyes would stay alive in me, I'll watch the parts of my past, one part by one, bringing it back again. I would live again the most valuable fragments of my life. I would wake up the subconscience, thousands of emotions I felt once, and the same joy. Life is too valuable to be lived just once. There in that white room, I'll be able to live again every moment of my past, my first memory as a child, a smell of the air near the big river, music which led me to trans, photos when I was beautiful and shining, freezing touch of the glass like a cold peace I was longing for. I'll watch the traces with my eyes when I was young, selfconscious, curious. I 'll need just to change the position of my eyes and new pictures from the past will appear. But that evening in my future, I won't come in the white room to watch my childhood or the moment of my fullfilled ambition. That evening will be special. That evening will be yours. I am chased by the places from this city. A city where I belonged to you. That evening you'll be more and more near, the light will be in your eyes.I won't even need to enter in the white room of memories, although the mountain of time would pass, although a generations of people would pass aside me, although rains would wash out a lot of memories. But you, I'll see you clearly, a light in the middle of passing faces. I'll turn off the light in the white room. I'll need only to close my eyes in the deep obscure and to let the emotions overflow me, that night when i'll want to bring back the most beautiful memories. Something was left unspoken between you and me, I lost your presence in one of those catastrofies which left the hole in the time. I woke up one morning and you were gone, I started my life till the new sunset. You stayed in another dimension, I tried to hold my arms to touch you but that wall was so long and high. Everything changed since you're gone, the desert is on the place where we felt the whole new universe together, destroyed stones on the place of the city where I saw you the first time, when I wished you madly. I know you are with me, in another dimension, another time, with the same memories, those burning memories. And I let them overflow me, I let them hurt me just to remind myself that there was an eternety, that I am the thin line which connects the past and the future. The memories of the moments when we were one, and the land under our bodies was shaking under the overstrained emotions.
 

All I can do is to wait the moment when the time will stop, I'll shiver again in your hug, when you'll hug me strongly, my emotions will strangle my throat when I'll recognize your touch after the sea of the time

 


 

 


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IAO

20 Décembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous, #Barack Obama

Comme vous l'aurez constaté, je n'écris presque plus sur ce blog, principalement pour quatre raisons 1) beaucoup de gens ont pris l'habitude de "prendre de mes nouvelles" en lisant ce blog plutôt que de me contacter directement, ce qui n'est pas sain ; 2) le niveau des critiques que j'ai reçues dans certains commentaires anonymes de novembre volait si bas que je ne voyais plus l'intérêt d'exposer des idées à ce genre de détracteurs (même si je les sais archi-minoritaires); 3) je suis un peu las de sans cesse répéter depuis 15 ans "halte à la guerre à la Serbie, à la Russie, aux Chinois, à tout ce qui nous résiste" ; 4) je réoriente mon activité personnelle vers des horizons assez nouveaux qui n'ont pas leur place dans le format de ce blog.

 

Voilà donc quatre bonnes raisons de laisser mourir ce blog à petit feu, ce que je ferai probablement dans les semaines à venir.

 

barbudoLa politique actuelle n'est de toute façon pas suffisamment réjouissante pour qu'on s'y attarde. L'arrogance de l'Allemagne qui dicte sa loi à toute l'Europe, y compris à la Serbie, la germanophobie qui, en réaction, se dissimule de moins en moins - voyez chez Mélenchon par exemple -, l'étrange effondrement de la bourse de Moscou (qui fait même trembler les Chinois), les rumeurs (un peu trop vite adoptées par Le Monde par exemple)  d'une cyber-attaque nord-coréenne contre Sony Pictures Entertainment. La seule bonne nouvelle, c'est le rétablissement des liens diplomatiques entre Washington et Cuba, une bonne décision d'Obama (il en aura pris quelques-unes quand même) qui revient à admettre, enfin, l'immoralité de la politique américaine pendant un demi-siècle. L'anti-communisme a des aspects stupides, comme à Villejuif où la mairie UMP-écolo débaptise l'esplanade Georges Marchais, à l'ONU où USA, Canada et Ukraine (en plein réarmement), votent contre une résolution proposée par la Russie pour condamner le nazisme. Il va peut-être s'affaiblir un peu à l'égard de Cuba. Cela dit Cuba est-elle encore si communiste que cela ? Il semble en tout cas que sa jeune génération ne le soit guère, et son enthousiasme à se procurer des voitures neuves et des ordis et des téléchargements de Nicki Minaj ne me dit rien de bon.

 

Comme me disait un diplomate d'une pétro-monarchie il y a peu devant la couverture de mon livre sur la Transnistrie : "Nowadays countries that claim they are communist, in fact they are not". C'est si vrai.

 

plutarque.JPGJe parcours "Isis et Osiris" de Plutarque en ce moment. Livre érudit sur ce qu'il restait de la religion égyptienne à son époque. Livre dédié à une prêtresse d'Isis en Grèce. Mais je ne suis pas enthousiaste pour les spéculations des philosophes sur les arrières plans métaphysiques. La métaphysique n'est qu'une affaire d'actes au quotidien. Là où les actes ne sont pas, la métaphysique n'est pas.

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Le blog de Christophe Darmangeat

30 Novembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Bon, revenons à un niveau de réflexion un peu plus productif. Je signale à mes lecteurs qui aiment lire et réfléchir sans trop d'a prioris idéologiques sur le fonctionnement de l'humanité le blog de l'anthropologue Christophe Darmangeat. Un de mes correspondant m'en a conseillé la lecture en me faisant remarquer que cet auteur, bien que très à gauche, continue de résister aux folies du constructivisme social qui prétendent réduire toutes les différences sexuelles à un conditionnement de "genre". Cet article entre autres explicite sa position à ce sujet.

 

L'ensemble de son blog se focalise un peu trop sur la question du masculin-féminin, mais bon, après tout, c'est un thème fort vaste dont dérivent un grand nombre de questions comme par exemple celle de savoir (ici) si l'humanité est de plus en plus violente ou de moins en moins (question qu'on a déjà croisée chez Lawrence H Keeley ou Steven Pinker). Donc il mérite d'être recommandé.

 

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Pour se distraire

29 Novembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik

C'est made in Corsica.

 

 

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"Bienvenue en Sibérie" de Ralf Huettner

29 Novembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Moi qui ai un peu voyagé en Russie et qui ai ma petite opinion sur la culture bobo contemporaine, il me faut dire un mot du film "Bienvenue en Sibérie" que je regardais hier.

 

Le thème résumé par le Figaro "En pleine crise de la quarantaine, l'Allemand Matthias Bleuel est envoyé en mission au fin fond de la Sibérie par son entreprise de vente par correspondance, dont il doit superviser la filiale locale. Après une série de ratés et un choc des cultures programmé, Matthias commence peu à peu à s'attacher à sa nouvelle vie de l'autre côté de l'Oural. Une comédie réjouissante !".

 

Il se peut effectivement que le film n'ait pas d'autre prétention que celle-là : être une comédie divertissante. Beaucoup de films n'aspirent pas à davantage de nos jours. La plupart même. On voit de jolis paysages. On rit des caricatures des Allemands et des Russes (mais les Russes savent être si proches de leur caricatures bien souvent...). Au fond le film réalise le tout rêve probable de tout cadre moyen allemand : tout quitter de notre médiocrité occidentale pour s'amouracher d'une fille de chamane chor (une minorité de Khakassie). N'est-ce point aussi vers cela que faisait signe le livre à grand succès de Sylvain Tesson il y a trois ans ?

 

Dans ce besoin de grands espaces, de folie, et même de surnaturel se joue l'épuisement d'une rationnalité occidentale qui en conciliant à merveille sur le papier liberté et sécurité individuelles ne peut plus qu'enfermer tout le monde dans la névrose. Ainsi l'Occident secrète son poison, puis projette sur les écrans les antidotes sous forme d'autres poisons (puisque le cinéma n'est même plus cathartique). La boucle est ainsi bouclée.

 

Le livre fait aussi voir combien le surnaturel entre dans cette économie de l'exotisme, et travaille la conscience trop rationnelle. Au fond c'est un seul et même "appel" qui se manifeste sous l'Occident, comme c'était le cas sous l'Empire romain à l'époque d'Apulée (voir l'enthousiasme de cet auteur pour les décors égyptiens sur les navires).

 

 

 

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JJ Candelier pour des relations diplomatiques avec Pyongyang

28 Novembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

kim-jong-ilLorsque je m'étais rendu en Abkhazie en 2009, il avait été question que le député communiste du Nord Jean-Jacques Candelier, aujourd'hui vice-président de la commission de la défense à l'assemblée nationale, nous y accompagne. Puis cela ne s'était pas fait. Je ne suis donc pas plus surpris que cela d'apprendre qu'il ait présenté une proposition de loi pour l'établissement de relations diplomatiques avec la République populaire démocratique de Corée du Nord. Il a été immédiatement désavoué par son parti.

La rupture des relations diplomatiques entre Paris et Pyongyang est une bizarrerie à laquelle lors de son premier septennat François Mitterrand avait promis de remédier après s'y être rendu, vaine promesse. La France est aujourd'hui le seul pays d'Europe avec l'Estonie à ne pas avoir de relations avec Pyongyang, ce qui ne dérange pas le PCF mais cause des problèmes pratiques - par exemple quand j'ai voulu me rendre dans ce pays avec un collègue allemand, ce qui finalement ne s'est pas fait, lui pouvait facilement discuter avec la représentation diplomatique nord-coréenne dans son pays, notamment pour l'obtention d'un visa, et pas moi.

Une vieille question existe traditionnellement dans la diplomatie, qui est de savoir si l'on ne doit reconnaître que les régimes politiques que l'on aime bien ou que ceux que l'on n'aime pas. Bien sûr le descendant de républicain espagnol que je suis sait quelle importance symbolique ces choses ont et combien par exemple il fut douloureux de voir la France reconnaître le régime du général Franco. Mais le réalisme impose quand même d'avoir des relations avec des Etats qui fonctionnent depuis plus de 50 ans, ne serait-ce que pour pouvoir aplanir par la voie des ambassadeurs les tensions qui peuvent apparaître avec eux. Avoir des relations diplomatiques seulement avec des pays amis n'a pas d'intérêt, et c'est se méprendre complètement sur le sens de ce qu'est la diplomatie.

La proposition du député Candelier, à l'heure où la France envisage par ailleurs de reconnaître l'Etat palestinien, me paraît pertinente.

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Une fenêtre

27 Novembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

parisRevu Kady-Diatou il y a peu. Je vous ai parlé d'elle il y a quatre ans. Je suis quand même un peu fidèle aux gens que je rencontre. Toujours aussi drôle, aussi élégante, aguicheuse, pudique, droite. Elle dissimule toujours sous du badinage ses problèmes d'argent, son long combat de Cendrillon grâce auquel, coiffeuse de luxe à Abidjan - elle coiffait la famille du président Bédié et les speakerines de la TV -, elle a pu venir en France, décrocher un CDI d'aide soignante bien que sa mère adoptive l'ait empêchée d'aller à l'école. Boulot, cours du soirs, économies. Combat, encore et toujours. Aujourd'hui elle essaie de faire construire une maison sur le bord de la mer à Abidjan. Parce que, dit-elle, c'était le rêve de son père, construire une maison, mais il est mort quand elle avait 8 ans avant de le réaliser. C'est à elle de le mener à bien. "Petit à petit l'oiseau construit sa maison" dit-elle, en déformant le proverbe français. Grâce à une de ses tantes qui était conseillère du président Houphouet autrefois, elle a pu acheter ce terrain dans une zone non constructible et y faire poser des fondations. Il lui manque 6 000 euros pour réaliser son rêve, mais elle sait qu'elle y parviendra, malgré les intérêts des crédits à rembourser en France et les frais de l'éducation de sa fille.

On ne sait jamais trop qui vous apporte quoi dans la vie. Dans le roman de Murakami dont je vous ai déjà parlé, une adolescente dit au personnage principal qui se bat pour retrouver sa femme quelque chose du genre "je sens que dans ton combat d'une certaine façon tu te bats aussi pour moi". Dans le roman on ne sait pas très bien dans quelle mesure cette phrase est vraie. On peut dire que le personnage principal rend service d'une manière générale à l'humanité en défendant une cause juste - la survie de la femme qu'il aime -, ou que plus précisément il va rendre service aux Japonais en les débarrassant d'un homme politique en pleine ascension, son beau frère, qui séquestre son épouse. Quoi qu'il en soit, on perçoit intuitivement que le bien que les gens font, y compris celui qu'ils font à leur père décédé, se répercute ou se diffuse d'une façon mystérieuse. 

sangriaAlors, dans une conversation avec Kady-Diatou, je perçois peut-être qu'elle se bat un peu pour moi et pour toute l'humanité en essayant de faire construire sa maison. Et pas seulement. J'ai aussi la satisfaction d'une sorte de voyage dans de l'humain qui n'est pas moi. Je passe mon temps à lui faire répéter trois ou quatre fois des bouts de phrases que je ne comprends pas dans sa bouche à cause de son accent. Je me sens sourd à son langage, à sa culture, et pourtant pas trop éloigné de ça malgré tout. Des tas de réflexions qu'elle me sort me surprennent par leur simplicité, leur spontanéité ou leur côté décalé, ou me font rire, et, en même temps, je sais qu'elle les dit pour ne pas dire autre chose, de plus compliqué, ou de franchement triste, qu'il s'agit juste de donner le change, mais on ne donne jamais le change complètement. En le donnant on montre qu'on le donne, et donc on ne le donne pas, on révèle en cachant. Le néon rose et bleu masque mal la grisaille de l'arrière cour, mais l'arrière cour grise est aussi pleinede reflets bleus et roses. C'est le théâtre de la vie. Comme nos conversations de fond de bistrots à Belgrade en 1999 où l'on riait beaucoup et où l'on savait bien tout ce qu'il y avait en réalité derrière les rires. Et l'on grandit comme ça, et l'on s'ancre dans le réel, et l'on s'oblige à garder les fenêtres de son humanité ouvertes, par lesquelles on fait passer de l'air (pour ne pas s'enfermer dans l'écriture, la lecture, l'éducation de la progéniture et la routine familiale comme une partie de moi le voudrait).

Je ne dirais pas que j'ai "accès à l'Afrique" à travers les conversations avec Khady-Diatou, même si ce sont des réalités de ce monde là qui me parviennent à travers elle. Je ne sais pas exactement à quoi j'ai accès au juste, et peu importe. En tout cas je n'accède pas à des clichés. Il y a quelques jours, j'étais à une fête de l'Humanité de province et un jeune groupe français qui joue des morceaux de musique burkinabe et danse sur ces morceaux (ce qui suppose de longs mois d'apprentissage sur place, à Ouagadougou), s'est lancé à la fin du spectacle dans une apologie très kistch et très bobo de l'Afrique sur le thème "ce sont des gens géniaux, et leurs danseurs sont des sportifs de haut niveau" etc. Niveau de profondeur d'un écervelé de 20 ans à qui les parents offrent le privilège d'apprendre le tamtam sur les bords du fleuve Niger plutôt que de préparer Polytechnique dans une obscure chambre parisienne. Moi je ne dirais certainement pas que Kady-Diatou est géniale, que sa façon de concilier divers apports culturels etc est "trop cool", qu'il faut "soutenir son combat", que sais-je encore. Je dis juste qu'elle m'impressionne parfois, m'amuse à l'occasion, m'étonne, et que très vraisemblablement je ne comprends pas le dixième de ce qu'il y aurait à comprendre dans ce que sa personnalité incarne, et dans ce qui se joue dans sa présence (et encore moins à l'arrière plan de tout cela) ; mais que tout ce qui en émane en tout cas sonne juste, et que je souhaite à tous mes lecteurs de croiser des Kady-Diatou dans leurs vies quotidiennes, et de garder les yeux et les oreilles ouverts pour ne pas les rater si l'occasion leur est donnée, un jour, d'en rencontrer sur ler chemin.

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Lire les jungiens

26 Novembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1950-75 : Auteurs et personnalités

Au 20 ème siècle, une profonde lassitude à l'égard de la mécanique rationnelle a poussé certains des meilleurs esprits de leur génération (du moins ceux qui n'avaient pas le talent littéraire suffisant pour devenir écrivains ni le goût de l'abstraction pour se faire philosophes) à embrasser la cause de la psychologie, puis, à partir des années 70, de la sociologie, investissant dans ces disciplines à la fois leur désespoir devant le scientisme et un reste d'attachement à l'ombre d'un fantasme positiviste (rien à voir avec ce qui se passe aujourd'hui où le gros des doctorants en psycho et en sciences sociales sont une sorte de Lumpernproletariat intellectuel qui, en d'autres temps, aurait été employé à faire du secrétariat dans les usines). Quand j'étais ado cette démarche semblait encore parfaitement légitime. Aujourd'hui elle m'apparaît grotesque. Une de ses pires dimensions, je trouve, peut être repérée dans la jungisme, théorie la plus bancale qui soit. Et cependant, pour aussi frustrantes que fussent ces sciences humaines, il faut malgré tout s'y intéresser, car les cerveaux qui s'y adonnaient n'étaient pas de faible envergure.

 

Prenez par exemple Marie-Louise von Franz, la disciple de Jung, dont j'ignorais encore l'existence récemment, et qui est pourtant décédée seulement quand j'avais déjà des échanges épistolaires avancés avec Bourdieu, en 1998, c'est à dire pour moi à peine avant-hier. A son actif il faut quand même mettre le fait qu'elle est un des rares esprits académiques à ne pas prendre l'Ane d'Or d'Apulée pour une farce (voyez son interprétation du conte, publiée l'année de ma naissance, en 1970). Bien sûr il est exaspérant de lire sous sa plume qu'Apulée avait un "complexe maternel négatif" qui s'exprime dans son récit de l'apparition de la Grande Déesse (Isis), ou de voir qu'elle disserte de façon péremptoire sur le fait que l'auteur était une sorte de "pied noir" qui devait défendre sa romanité face à la culture d'Afrique du Nord (aujourd'hui on sait que c'est l'inverse : Apulée était un Berbère qui venait d'adopter récemment la romanité). Mais il faut passer sur ces sottises et les prendre avec une certaine tendresse comme je le fais avec Devereux. D'ailleurs elles ne sont jamais tout à fait fausses. Par exemple quand Mme von Franz, avec sa sensibilité féminine, fait le procès de la froideur de la culture machiste masculine gréco-romaine en reprochant à Socrate d'avoir refusé de parler à sa femme avant sa mort, et justifie le mauvais caractère de Xanthippe - que la tradition décrit comme une mégère - on doit lui savoir gré de cet apport à la réflexion collective (autrement plus constructive que les travaux féministes américains actuels pour lesquels la culture masculine depuis l'invention de l'agriculture n'est pas essence qu'une "culture du viol").

 

Donc oui, il faut encore lire les sciences humaines du XXe siècle, et même dans leur version jungienne...

 

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