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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

"Let the music play"

4 Juillet 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Pendant ma petite descente aux enfers hivernale (je dis "petite" car elle aurait pu être bien pire et plus dangereuse), je suis tombé, au hasard des synchronicités, sur ce morceau de musique dont j'ai fait par ailleurs l'éloge sur Internet et qui évoque mes 13 ans. J'ai été surpris par le texte que je n'avais pas écouté sérieusement à 13 ans, et par la grâce très sobre des gestes de la chanteuse.

 

Vous savez, il y a ce philosophe australien, Stove, qui se plaint qu'avec le surréalisme, Bergson, Heidegger etc on soit entré dans "l'âge du jazz de la philosophie" qui a déglingué les valeurs de la rationalité et de l'intellect. Tous les réacs se sont plaints de ça dans tous les domaines de la culture.

 

La victoire de la musique noire américaine, du jazz jusqu'au funk, dans la culture occidentale est une victoire juste (qui annonce la victoire ultérieure du mouvement des droits civiques, laquelle n'en est qu'un sous-produit).

 

Un jour, en 2012 je crois, j'ai rencontré un black de mon âge à Pau. Un type improbable qui avait été l'agent commercial de grands interprètes de ma génération comme Deniece Williams, Earth Wind and Fire, que sais-je encore. Toute sa famille (ses oncles, ses aïeux) avait un rapport très intime à la musique. Ce type s'appelait Kevin Polk. Polk est le nom du onzième président des Etats-Unis. Je suppose qu'on a donné ce nom à l'un de ses ancêtres quand il a été libéré des plantations au XIXème siècle. Les noirs américains n'ont pas de nom, sauf celui que leur maître a bien voulu leur donner après avoir volé celui de leurs ancêtres. Je n'ai rien demandé sur la généalogie de sa famille. Je ne suispas un intello lourdingue qui "cuisine" les gens sur leur passé. Mais son amour pour la musique parlait pour son histoire. C'était l'amour de ce qui, pendant des siècles de servitude, avait maintenu en vie ses ancêtres.

 

J'ai retrouvé le même amour dans les gestes de la chanteuse Shannon pendant ma longue déchéance. Elle raconte comment, sur la piste de danse, une magie amoureuse s'est nouée entre un homme et une femme. Comment l'homme s'est éloigné soudain pour danser avec une autre, d'une manière inexplicable. La femme alors se tourne vers l'Amour, son Dieu, et lui demande ce qu'elle doit faire, et l'Amour dit "Let the music play, he won't get away, this groove he can't ignore, he won't leave you any more". Et le deuxième couplet décrit le miracle : "he's dancing his way back to me" (phrase répétée deux fois avec beaucoup d'inspiration). Pour les ancêtres de Shannon comme pour ceux de M. Polk, la musique, le "groove", fut l'intermédiaire avec les dieux de leurs ancêtres perdus et vaincus. Peut-être même un remplaçant de leurs dieux. Le "groove" est devenu leur "maat" comme disaient les égyptiens, leur ordre des choses, et ils savaient que ce maat ne les trahirait pas. Que tout reviendrait vers eux en temps utile.

 

Cette chanson, comme les films que me conseilla le lecteur de ce blog Jeff, m'aidèrent à tenir, me firent entendre que tout reviendrait en temps utile, qu'une justice serait rétablie. Ainsi, ce qui aida certains peuples à résister, aide d'autres peuples et d'autres individus à survivre. Je peux ressentir en écoutant "Let the music play" la même chose qu'en entendant le vieil hymne serbe "Ajde Jano" dont je peux imaginer qu'il aida ce peuple à tenir le choc de la tyrannie ottomane. Les résistances des uns sont le salut des autres.

 

 

 

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Les démagogues, les sociaux-dem', les terres d'Hadès

4 Juillet 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Il y avait à ma table hier un quadra juriste turc "libéral" (au sens américain du terme, c'est-à-dire "de gauche"), de ceux qui mangent du porc et boivent de l'alcool. "J'étais opposé aux kémalistes autrefois, disait-il, mais aujourd'hui comme beaucoup je suis obligé de dire 'Entre deux fascistes, je préfère celui qui boit du vin' ". Pour cette raison il aime mieux vivre à Antalya (où l'AKP n'est pas majoritaire) qu'à Istanbul. Favorable à l'autonomie des Kurdes, il a signé eu des problèmes un jour pour avoir signé une pétition en faveur d'une demande de pardon des autorités turques aux Arméniens.

 

"Le discours sur le complot que sort Sarkozy depuis sa garde à vue est le même que celui d'Erdogan, notait-il, encore qu'Erdogan fasse bien pire avec la Justice que Sarkozy". Tout ces démagogues me font peur. Je hais la France sarkozyste autant que cet aimable Turc déteste la Turquie erdoganiste...

 

sarko.jpgFace à cela, les sociaux-dem' sont toujours aussi inconsistants : François Hollande annonçant une Enième réforme des administrations, un Grand Paris qui coûtera plus cher que les intercommunalités en terme de masse salariale, une réforme des régions qui ne fera qu'éloigner le contrôle des citoyens sur elles, travail minutieux de dynamitage de la République encore et toujours. Emmanuel Valls va-t-il nous ressortir un timbre à l'effigie des Femen pour nous remonter le moral ? Celles-ci ont du plomb dans l'aile, après avoir foutu le feu au théâtre qui avait eu l'immense générosité de les héberger (un incendie accidentel... leur chef a dû laisser trainer une clope mal éteinte), puis squatté un local administratif insalubre à Clichy, menacé d'aller s'installer dans une église ou à l'Hotel de ville de Paris chez leur copine Anne Hildago (sic). Il n'y a plus que Brigitte Lahaie pour les accueillir sur RMC.

 

Pas plus enthousiasmante la gauche de la gauche, qui, quand elle sort de son entre-soi  bien pensant appelle à voter Juncker à la présidence de la commission européenne.

 

cerbyPour me changer les idées, je parcours cette nuit le papier que Babette Babich a posté sur Academia.edu à propos d'un texte de Nietzsche sur la mort d'Empédocle. Elle travaille ses marottes (comme tous les universitaires) autour de Lucien de Samosate et contre les transhumanistes. Elle note comme en passant l'importance des descentes aux Enfers en philosophie, chez Pythagore, chez Parménide etc. Et je lui donne raison ! Toutes les descentes aux Enfers comptent depuis celle d'Inanna chez les summériens. C'est un sujet à méditer sans cesse. Il n'y a pas de retour vers la lumière (d'anabase si l'on veut) sans une plongée profonde dans les ténèbres.

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Le contribuable solidaire des peuples des "Etats voyous"

1 Juillet 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Le groupe BNP Paribas est condamné à une amende égale au montant de ses bénéfices annuels par la justice américaine pour avoir effectué des opérations avec des Etats sous embargo juridique étatsunien comme le Soudan ou Cuba. Cette condamnation devrait avoir pour conséquences de priver l'Etat de 2 milliards d'impôts s'il applique (comme cela est annoncé) la déductibilité du montant de l'amende des prochains bénéfices imposables de la banque. Autrement dit, les contribuables français paieront à hauteur de 2 milliards d'euros pour le choix (à mobile lucratif et non idéologique, il va sans dire) fait par ce groupe il y a quelques années de braver les interdits étatsuniens. Cas intéressant de "solidarité forcée". 2 milliards, cela fait quand même 33 euros par personnes, que, chers amis lecteurs, vous auriez pu tout aussi bien décider vous-mêmes (par exemple par le biais d'associations que vous auriez créées, vous qui êtes si créatifs) de donner à des Cubains, des Abkhazes, des Zimbabwéens, etc.

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Commémoration de l'assassinat de François-Ferdinand, archiduc d'Autriche

29 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

visegradJe désapprouve bien sûr les commémorations de l'attentat de Sarajevo de 1914 qui sont une réhabilitation de l'empire des Habsbourg et déplore la participation des autorités françaises à ce spectacle de pantomime aux côtés de l'histrion Bernard-Henry Lévy. Quiconque connaît un peu l'histoire sait que personne parmi les progressistes n'a jamais éprouvé la moindre nostalgie de l'Empire austro-hongrois à sa chute, et même un esprit progressiste mais aussi peu combattif que Stefan Zweig reconnaissait que personne en Autriche-Hongrie n'eût été enclin à déplorer le décès du très impopulaire archiduc François-Ferdinand, si la presse pangermaniste autrichienne n'avait joué sur les peurs de la population.

 

Je comprends la décision des Serbes de Bosnie et de Serbie de ne pas s'associer à cet exercice de diabolisation de Gravilo Princip, militant yougoslaviste, qui fut traité dans toute la Yougoslavie, y compris sous la dictature de Tito qui pourtant n'était pas serbe, comme un héros. Sans doute le principe de l'assassinat politique est-il blâmable mais tout aussi blâmable était la survie des empires cléricaux racistes et rétrogrades en Europe centrale au début du XXe siècle.

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Le syndrome de Viridiana

26 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik

Mon amie provençale me dit que, si le medium qu'elle m'a fait connaître en février est devenu un voyou (car il a été fort arrogant et malautrus avec elle et avec ses amies), c'est à cause de moi, car je lui aurais donné confiance en lui même en le valorisant et, de la sorte, il aurait perdu toute humilité. Il faut donc que je cesse de m'intéresser aux gens si cela les rend cyniques et égoïstes. Appelons cela le syndrome de Viridiana. Invitez les affamés à votre table et ils saccageront votre maison... Une autre version de "cria cuervos y te sacaran los ojos"...

 

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"L'Opinion" (journal marocain) contre Pierre Piccinin

25 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Journaux-3-2.jpgLe mensuel en ligne de Pierre Piccinin da Prata, auquel je collabore, "Le Courrier du Maghreb et du Proche Orient"  va prochainement  publier son numéro de juillet. Ce nouvel e-zine fonctionne plutôt bien et s'est distingué notamment auprès de l'Institut du monde arabe. Je ne suis pas d'accord avec Pierre Piccinin sur tout, loin s'en faut (voyez mon compte rendu très nuancé de son livre sur la Bataille d'Alep par exemple), mais j'apprécie son sens du pluralisme (il accepte par exemple dans ses colonnes aussi bien des points de vue pro-Hezbollah qu'anti), ainsi que son côté "homme de terrain", et son énergie "managériale".

 

Le site semble avoir attiré l'attention du journal gouvernemental marocain L'Opinion, qui, dans son article du 25 juin, s'en prend au "Focus" de juin que le rédacteur en chef de Courrier du Maghreb et du Proche-Orient a consacré au sort du prisonnier Ali Aarrass. Je ne connais pas le fond de l'affaire Ali Arrass, mais je suis très surpris du ton de l'article dont la moitié des lignes sont consacrées à tenter de discréditer Pierre Piccinin par des attaques ad hominem sans finesse, et l'autre moitié à dénigrer par l'insulte le contenu de l'interview. On ne peut pas dire que la tonalité de cette attaque traduise une très grande sérénité de la part de son auteur...

 

Sur le bien fondé des propos de la soeur d'Ali Arrass je n'ai aucune opinion (à la différence du journal du même nom), mais il me semble correspondre parfaitement à la vocation d'un site d'information sur Internet de donner la parole à la famille d'un prisonnier. Cela s'appelle la liberté de la presse. On n'a pas l'impression que le journal l'Opinion la tienne en très haute estime...

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Ojo de tigre

22 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse

P1010968Je retravaille le tome 2 de ce qui fut "12 ans chez les résistants" et qui va devenir un livre autonome dans quelques mois avec un titre du genre "Guerres impériales et résistance". J'ai avancé jusqu'à la guerre d'Irak de 2003. Mon point de vue ayant mûri au bout de douze ans, je dois reformuler beaucoup de choses. Le travail de précision du contexte est important aussi, d'autant qu'à mesure que l'histoire présente évolue, le passé prend des couleurs différentes, les remises en perspectives ne sont plus les mêmes...

 

J'ai appris hier qu'Andre Vlchek excellent chroniqueur de Counterpunch, enquêtait en Côte d'Ivoire (je ne dévoilerai pas sur quel sujet, vous le saurez bientôt en le lisant). Il avait besoin de contacts là-bas. Je n'ai guère pu l'aider. Nous ne cessons jamais de payer l'échec du réseau de l'Atlas alternatif.

 

republica-espanolaEn tant que sujet de la couronne d'Espagne (avec l'espoir que cette couronne devienne bientôt une République), je continue de lire l'actualité espagnole qui, malgré la crise économique, ou à cause d'elle, est un peu plus dynamique que celle de France. J'y découvre la gué-guerre entre les deux gauches - Izquierda unida et les "indignés" de Podemos, deux partis qui s'en sont très bien sortis aux dernières élections européennes -, les cris d'orfraie de El Mundo qui hurle à l'arrivée du chavisme en Castille après les victoires de Podemos et pleure sur le fait que le PSOE va devoir "gauchiser" son discours (avec un FdG à 6 % ça ne risque pas d'arriver chez nous).

 

Quand on est las de politique à la lecture des journaux espagnols, on peut toujours se changer les idées en essayant d'imaginer ce que fut la journée de cette actrice de X chilienne qui a tenu sa promesse, nous dit El Mundo, de faire l'amour pendant 16 heures non-stop avec ses fans si l'équipe de son pays gagnait un match du Mondial de foot... Le capitalisme pousse à faire n'importe quoi des corps. Cela me rappelle ce documentaire d'Arte diffusé il y a quelques jours sur les maladies professionnelles des sportifs poussés au delà de leurs limites physiques.

 

En ce qui me concerne, je ne reçois pour tout écho de la coupe du monde au Brésil que les coups de klaxon des excités dans la rue, le soir, lorsque la France gagne (même face à des micro-Etats footballistiques comme la Suisse). C'est déjà bien trop.

 

Ce soir je m'amuse à regarder "oeil de tigre" sur Wikipedia. Sur cinq versions (française, anglaise, espagnole, italienne, arabe) seule une (la castillane) évoque (en deux mots) la dimension religieuse de cette pierre dans l'Islam, le bouddhisme et l'hindouisme. Rien sur ses valeurs ésotériques en Occident...

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Irak : encore un mauvais calcul des baasistes

21 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

jeu_dames.jpgAu début des années 60, le Baas irakien fut anti-communiste (quand le PC irakien arrivait à faire descendre 1 million de personnes dans la rue dans un pays qui en comptait 7), et valet des Etats-Unis. Aujourd'hui le Baas irakien est devenu pro-saoudien par haine de l'Iran et du Baas syrien, et utilise les cinglés d'Isis comme devanture pour marcher sur Bagdad... Pas glorieux du tout comme évolution. Tout cela servira les plans occidentaux pour faire éclater la Syrie et l'Irak. On est très mal partis...

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Politique, vérité et amour

17 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

J'approuve Aristote sur l'idée que la politique est un art accessible à tout un chacun (donc le citoyen qui entre dans le débat politique n'a pas à avoir de complexe face au technicien), il faut juste avoir conscience que... justement c'est un art... donc une manière nécessairement intuitive d'arbitrer entre des impératifs contradictoires. Après cela, chacun est légitime à définir cet arbitrage en fonction de sa propre vision du monde (de droite, de gauche etc), pourvu 1) que l'arbitrage soit en lui-même intrinsèquement cohérent 2) qu'il ne repose pas sur des mensonges factuels (il faut toujours être honnête avec les faits, ce qui suppose qu'on prenne le temps de se renseigner à leur sujet, c'est souvent le plus difficile, d'autant que les désinformateurs sont légion).


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Il n'y a donc pas de jugement politique possible sans foi en la vérité.

 

Comme on l'a souvent dit sur ce blog, la vérité est provisoire et dynamique (toujours ouverte à un dépassement) du point de vue du sujet, et repose à la fois sur la raison et sur l'intuition

 

Cela ne veut pas dire qu'elle soit entièrement relative et historique dans l'absolu (au contraire, elle est, par elle même, nécessairement une et anhistorique). Il n'y a pas d'unité possible du corps politique dans le relativisme ou l'historicisme (sauf dans une perspective téléologique, religieuse ou marxiste, à laquelle je ne souscris pas).

 

Il n'y a pas de recherche sincère de la vérité sans foi en l'amour, car l'amour est ce qui nous ancre dans l'horizon humain, qui est le seul terreau possible de la vérité.

 

J'adhère à une notion extensive de l'amour. Pour les grandes notions , les définitions les plus couramment admises et les plus vagues sont les meilleures, car la part d'intuition est légitime à leur sujet, et parce que l'imprécision des mots intègre la variété des expériences possibles.

Il est bon que le mot "amour" en français soit très général et qu'il englobe toutes sortes de mouvements vers autrui, depuis le simple fait de rendre service à un inconnu dans la rue, jusqu'à l'amour maternel/paternel ou filial. La conception la plus élevée et la plus complète (celle dans laquelle on peut placer aussi le plus d'exigence) de l'amour est celle que mobilise la formation d'un couple (et c'est là que se joue sa forme la plus pure). ste baume

L'amour ne pouvant s'éprouver dans les formes les plus élevées à l'égard de toutes les créatures, ni même de toutes les créatures humaines, sa forme minimale (et tout à fait admissible) peut consister à leur égard en un respect de ce qu'elles sont, respect des règles de vie commune (les lois), respect de la parole donnée, volonté de ne pas nuire.

 

Une bonne partie de ceux qui professent un rapport direct à une transcendance (religieux, thérapeutes spiritualistes, politiciens inspirés) placent leur transcendance au dessus de l'amour humain (souvent d'ailleurs parce qu'eux-mêmes souffrent d'un manque affectif), et ne perçoivent autrui qu'à travers le pouvoir qu'ils peuvent exercer sur lui. Ceux-là n'entendent rien à l'amour humain, et, de ce fait, rien non plus à la vérité (ceux qui eurent raison dans l'histoire de mon point de vue furent ceux qui, au contraire, placèrent l'amour au dessus du divin).

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Mauvaises nouvelles internationales

12 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

iraq.jpgFinis les rêves occidentaux de 2011 (qu'on savait bien chimériques) autour des "Printemps arabes". Après la réélection d'Assad en Syrie (88,7 % des voix), l'élection d'Al-Sissi en Egypte (96 % excusez du peu...), le coup d'Etat militaire en Libye, les gains de l'Emirat islamique d'Irak et du Levant en Syrie et en Irak (où on peut soupçonner Maliki d'avoir "laissé faire", on retiendra surtout l'échec complet de la strétagie américaine à Damas et à Bagdad qui a conduit à ce désastre).

 

En dehors du monde arabe, les chances d'émancipation des peuples sont aussi en berne en Thaïlande avec ce coup d'Etat militaire où les militaires promettent un bonheur, assez dérisoire, et au Nigeria qui est en train de se transformer en "failed State" (comme le serait à nouveau le Mali si la France s'en retirait). Le tout sur fond de durcissement des rapports américano-russes du fait du putsch ukrainien et sino-américains du fait du bras de fer entre Pékin et les alliés de Washington (Japon, Corée du Sud, Philippines etc) autour des îlots désertiques qui entourent l'Empire du Milieu...

 

Que ceux qui entrevoient des signes d'espoir dans les relations internationales en ce moment nous écrivent...

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Projet de loi communiste sur les questions sexuelles (1933)

11 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

DSCN5111.JPGA Marseille ce weekend je suis tombé (entre autres choses surprenantes - notamment des révélations sur la plante abortive Artemisia et la reine Artemisia II de Carie - ) au musée de l'histoire de ville, sur la revue "Le problème sexuel" de novembre 1933, qui invitait en couverture à lire en page 38 "notre enquête à propos du projet de loi communiste sur les questions sexuelles et l'avortement".

 

Décidément beaucoup de renvois à la question de l'avortement au cours de ce voyage dans la cité d'Artémis (devenue la "Bonne mère" avec la christianisation).

 

J'ai bien sûr pensé à Alexandra Kollontai, déjà mentionnée sur ce blog, à Clara Zetkin, Danièle Casanova etc. Les grandes heures du féminisme communiste international. Mais je n'avais jamais entendu parler de ce projet de loi. J'apprends ce soir en parcourant le web que la revue  "Le problème sexuel" est parue en 6 numéros de 1933 à 1935, à l'initiative de Berty Albrecht. Denise Albert, que j'avais interviewée à Sevran il y a quelques années et à qui j'avais consacré un petit livre aujourd'hui épuisé, a été la première à me parler de Berty Albrecht.

 

Souvenirs, souvenirs...

 

Allez, une petite vidéo de Marseille, une jolie cérémonie, l'évêque faisait très gouverneur romain...

 

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Le critère d'Adjani

11 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

paris-match-adj.jpgDans Paris-Match du 28 mai que je lisais ce matin chez mon coiffeur, Isabelle Adjani reconnaît qu'elle a raté sa vie sentimentale dans les grandes largeurs, et dit en soupirant qu'elle envie les femmes qui parlent de leur "ex" (au singulier) en souriant.

 

Si avoir réussi sa vie sentimentale, c'est pouvoir parler d'un "ex" ou d'une "ex" en souriant, alors je suppose que j'ai réussi la mienne, puisqu'il y en a une, au moins une, une qui me vient à l'esprit très spontanément, qui vit à 1 807,7 kilomètres de Paris en voiture  vers l'Est si j'en crois ladistance.fr à qui je pense avec un sourire et qui pense à moi de la même manière. "In spite of everything, i have fond memories of you :) " m'avait-elle écrit en décembre dernier, m'apprenant par la même occasion l'expression "fond memories". J'avais recopié dans le livre "Eloge" son mail d'il y a 15 ans, dans lequel elle proclamait qu'un jour quand elle serait vieille elle regarderait son passé et trouverait dans ses souvenirs la lumière réconfortante de notre passion de l'époque. Il est probable que cette prophétie se réalisera. Car elle et moi "in spite of everything", malgré les colères, les agacements, les tortures, n'avons jamais gâché l'absolue pureté de ce qui nous unissait à l'époque. Même mon livre condamnant "urbi et orbi" cette histoire, n'en a pas altéré la beauté. kmgd.jpg

 

Mais je doute que le critère d'Adjani soit tout à fait pertinent...

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Le coup d’Etat abkhaze et le conflit ukrainien

4 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

Mon article publié ce matin sur le site "Esprit Cors@ire" :

 

P1020569En Abkhazie que, la version électronique du Monde du mercredi 28 mai relatant les événements qualifie sottement de « petite région pro-russe et séparatiste de Géorgie » (désignerait-on la France comme une province « pro-américaine » de l’Union européenne ? l’Abkhazie étant alliée des Russes par nécessité économique et militaire, et avec bien plus de nuances que la France ne l’est des Américains), des opposants ont pris d’assaut le palais présidentiel à Soukhoum mardi dernier. Les forces armées sont restées dans un premier temps fidèles au président Alexandre Ankvab, réfugié dans son fief de Goudaouta, mais celui-ci le 1er juin a finalement décidé de démissionner pour éviter tout bain de sang.

 

Le motif du coup de force était la politique gouvernementale d’octroi de passeports (et donc du droit de vote) aux ressortissants de la minorité mingrélienne à l’Est du pays, soupçonnés d’être alliés au gouvernement géorgien - un sujet qui occupait déjà le débat politique local il y a cinq ans (cf "Abkhazie à la découverte d'une 'république' de survivants") – et la gestion de l’aide financière russe, détournée par le clan Ankvab selon ses opposants.

 

A Tbilissi, les analystes qui pendant des années se sont obstinés à ne voir dans les présidents successifs d’Abkhazie que des « marionnettes » de Moscou, s’empressent une fois de plus de discerner dans ce « Maïdan » abkhaze

 

La suite sur le site Esprit Cors@ire  ici (dead link).

 

Article in extenso ici

 

 

 

                                               Le coup d’Etat abkhaze et le conflit ukrainien

 

 

En Abkhazie que, la version électronique du Monde du mercredi 28 mai relatant les événements qualifie sottement de « petite région pro-russe et séparatiste de Géorgie » (désignerait-on la France comme une province « pro-américaine » de l’Union européenne ? l’Abkhazie étant alliée des Russes par nécessité économique et militaire, et avec bien plus de nuances que la France ne l’est des Américains), des opposants ont pris d’assaut le palais présidentiel à Soukhoum mardi dernier. Les forces armées sont restées dans un premier temps fidèles au président Alexandre Ankvab, réfugié dans son fief de Goudaouta, mais celui-ci le 1er juin a finalement décidé de démissionner pour éviter tout bain de sang.

 

Le motif du coup de force était la politique gouvernementale d’octroi de passeports (et donc du droit de vote) aux ressortissants de la minorité mingrélienne à l’Est du pays, soupçonnés d’être alliés au gouvernement géorgien  - un sujet qui occupait déjà le débat politique local il y a cinq ans (1) – et la gestion de l’aide financière russe, détournée par le clan Ankvab selon ses opposants.

 

A Tbilissi, les analystes qui pendant des années se sont obstinés à ne voir dans les présidents successifs d’Abkhazie que des « marionnettes » de Moscou, s’empressent une fois de plus à discerner dans ce « Maïdan » abkhaze une opération téléguidée par Vladimir Poutine en soulignant que son leader Raoul Khadjimba avait été autrefois le candidat malheureux de Moscou contre le président SergueïI Bagapch. Certains notent cependant que Moscou a réagi très tardivement en envoyant l’émissaire du président Vladislav Sourkov à Soukhoum, si bien qu’il se pourrait fort bien que l’élan contestataire soit purement endogène dans ce pays où les conflits politiques se règlent souvent encore à coups de fusil.

 

Quelles que soient les forces à l’œuvre derrière les luttes de faction en Abkhazie, l’influence du conflit ukrainien saute aux yeux. En premier lieu, le fait qu’on parle d’un « Maïdan » abkhaze ne relève pas du hasard : la nouvelle « révolution colorée » ukrainienne, avec rassemblement populaire et renversement du président légalement élu à la clé, applaudie par les Occidentaux, a créé un nouveau précédent dangereux dans tous l’espace post-soviétique et peut-être au-delà. Le message lancé par la révolution de Kiev est « descendez dans la rue, ne respectez plus le verdict des urnes, le coup d’Etat permanent est possible ! » (si l’on ose une référence ici à la terminologie mitterrandienne).

 

Deuxièmement, la crise ukrainienne crée une insécurité dans l’ensemble du bassin de la Mer noire. Les Abkhazes, attachés au souvenir des hauts faits de l’Armée rouge (ils ont été, comme les Transnistriens, fidèles aux valeurs soviétiques jusqu’à la fin du mandat de Gorbatchev), ne voient pas spécialement d’un bon œil des milices d’inspiration néo-nazie donner le coup de poing en plein cœur du parlement de Kiev… ni non plus les navires de guerre américain patrouiller de plus en plus nombreux au large de leurs côtes depuis l’annexion préventive de la Crimée par Moscou.

 

Le président français « pro-américain » François Hollande a d’ailleurs pu attiser les craintes des Abkhazes en se précipitant le 13 mai  à Tbilissi pour assurer la Géorgie du soutien de la France à son « intégrité territoriale ». Malgré les efforts de l’Elysée pour présenter cette démarche comme une sorte de « service minimum » aux côtés des alliés des Occidentaux, les Abkhazes savent ce que signifient ces mots prononcés cinq jours seulement après que le ministre des affaires étrangères de la Géorgie ait annoncé qu’il allait accélérer les efforts pour assurer l’adhésion de son pays à l’OTAN : bientôt l’Abkhazie pourrait être considérée comme un pays sécessionniste au sein d’un Etat membre de l’Alliance atlantique, et le mécanisme des traités pourrait transformer n’importe quel incident frontalier en casus belli impliquant, par la simple mécanique des traités, toute l’Alliance…

 

L’équation de sur les bords de la mer noire est simple : l’opération « Euromaïdan » menée pour accélérer par la force l’inclusion de l’Ukraine à la sphère euro-atlantique, et la réaction russe en Crimée qui en a découlé ainsi que les initiatives d’autodéfense dans le Donbass, ont aujourd’hui plongé toute la région dans une logique de guerre froide : qu’on songe par exemple au bras de fer entre la Moldavie et Moscou sur la question de la visite du vice-président du gouvernement russe Dmitri Rogozine en Transnistrie. Cela entraîne un isolement croissant de l’Abkhazie sur la scène internationale, transformée de plus en plus, dans le discours occidental, en simple annexe des intérêts russes dans le Caucase Sud, ce qui compromet les chances pour l’Abkhazie d’élargir le périmètre des Etats qui reconnaissent sont indépendance (au nombre de quatre actuellement), et paradoxalement lie encore plus étroitement le pays à la Russie (au point qu’on débat maintenant d’une possible annexion, comme en Ossétie du Sud). Et cela implique aussi une vulnérabilité croissante à l’égard des tentatives de déstabilisation pro-russe, mais aussi anti-russes (d’où le fait que la question de l’octroi de la citoyenneté à la minorité mingrélienne ressurgisse en des termes de plus en plus sensibles à Soukhoum sans même parler du possible retour des 200 000 réfugiés géorgiens de 1992, de plus en plus relégué aux oubliettes par ce nouveau contexte international).

 

Le moins que l’on puisse dire est que la perpétuation de la crise ukrainienne est ainsi devenue une très mauvaise nouvelle pour les chances de la paix dans cette région du Caucase.

 

F. Delorca

 

 

(1) Cf Frédéric Delorca « Abkhazie, à la découverte d’une ‘république’ de survivants » Paris, Editions du Cygne, 2010

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Les alcaloïdes de la mandevilla

30 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik

mandevillaOn progresse : la mandevilla (autrefois appelée dipladenia) fait partie de la famille des apocynacées (comme le laurier rose et la pervenche), plantes produisant un latex riche en alcaloïdes. Dans les pharmacopées traditionnelles, certaines espèces sont réputées pour leur propriétés anti-inflammatoire, analgésique et prescrite pour traiter les morsures de serpent (peut-être un lien avec le serpent d'Apollon, et ceux du désert des Syrtes dans la "Retirada" de Caton, nous sommes d'ailleurs avec une lune dans l'angle de Jupiter, grande référence de Caton).

 

Mais peut-être la synchronicité entre cette plante et mon dimanche 25 mars tient-elle plus à cela " Apocynum, lui-même issu du grec apo, loin de, et kunos, chien, employé ici dans le sens 'qui les tue', en référence à l'usage d'Apocynum androsaemifolium comme poison. "... le lien avec le saint cynocéphale et le sacrifice des chiens à la lune noire d'avant hier est peut-être davantage à retenir.

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Interview de F. Delorca dans Altinpost

29 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

Ci-dessous la version française de l'interview de Frédéric Delorca qui vient de paraître dans l'e-zine de la diapora abkhaze en Turquie Altinpost (publiée en turc ici).

 

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- Il y a très peu d'intellectuels français qui se sont intéressés à l'Abkhazie et vous êtes un d'entre eux. Nous savons que vous avez écrit un livre important sur ce pays qui s'appelle "Abkhazie A la découverte d'une "République" de survivants". Pourquoi l'Abkhazie? Comment avez vous rencontré ce pays?

 

--- J'ai mené un combat contre l'hégémonisme de l'OTAN à partir de la guerre du Kosovo, et j'ai toujours voulu lutter contre la désinformation à propos des diverses guerres à travers le monde, y compris les "conflits gelés" d'ex-URSS. En 2007 je me suis rendu en Transnistrie, et, en 2009, quand des amis polonais m'ont proposé de faire partie d'une mission de contrôle électoral pour la première élection présidentielle après la reconnaissance par la Russie, j'ai tout de suite accepté de m'y rendre.
 
- Pourquoi est-ce que les pays occidentaux refusent la réalité d'une Abkhazie indépendante ?
 
- La principale raison est que les puissances occidentales ont toujours été réticentes à l'idée de remettre en cause les frontières héritées de la seconde guerre mondiale. Avec l'éclatement de la Yougoslavie et celui de l'Union soviétique, elles ont accepté l'idée de découper les frontières des anciens Etats fédéraux le long des limites des Etats fédérés, mais n'acceptent pas d'aller au delà. La contradiction complète tient bien sûr au cas du Kosovo, dans lequel l'Ouest ne veut voir qu'une exception (mais ça n'a aucun sens). Peut-être l'indépendance de l'Ecosse va-t-elle faire évoluer les mentalités. Mais ce que les Européens acceptent pour l'Ouest du continent, ils ne sont pas prêts à l'accepter pour les pays riverains de la Mer Noire. Toujours le "deux poids deux mesures"... Et puis l'annexion de la Crimée a suscité beaucoup de craintes. Les esprits des milieux gouvernementaux restent crispés et fermés à tout effort de pédagogie. 

- Que devrait faire la diplomatie abkhaze, afin d'obtenir une reconnaissance européenne ou bien celle-ci est-elle impossible avant longtemps ?
 
- Il est toujours utile de développer un travail de lobbying auprès de diverses institutions comme le Conseil de l'Europe ou le Parlement européen. Auprès des médias aussi. Il faut mener un travail pédagogique. expliquer que l'Abkhazie a été rattachée de force à la Géorgie par Staline. Raconter toutes les épreuves traversées par le peuple abkhaze, depuis la déportation au XIXe siècle, jusqu'à la guerre patriotique de 1992-93, mettre l'accent sur le côté multiethnique de l'Abkhazie actuelle, sur ses efforts pour se démocratiser, sur le mérite qu'elle a eu de résister à tous les embargos, casser tous les clichés du pays dangereux, mafieux, base du militarisme russe etc que ses adversaires entretiennent en permanence.

- Quels sont les moyens alternatifs pour l'Abkhazie d'avoir une communication directe avec les gens en Europe, la société civile etc. ? 
 
- Les Européens de l'Ouest (et surtout les Français) ont deux grands défauts : ils ne s'intéressent pas beaucoup à ce qui se passe au delà de leurs frontières (la très grande majorité ignore l'existence de l'Abkhazie), et leur point de vue est conditionné par les grands médias, c'est à dire en fait par quelques journalistes qui répètent ce que disent une dizaine de leurs confères (par exemple en France, l'AFP, le Monde et Radio France internationale qui restent les plus influents sur la politique étrangère). Pour contourner le mur de la désinformation, il faut aller vers des milieux qu, ont des raisons diverses et variées de se méfier des "vérités officielles". Par exemple les milieux souverainistes (hostiles à l'Union européenne), la gauche de la gauche, les écologistes, les partis régionalistes (j'avais moi même tenté d'amener avec moi un élu occitaniste en Abkhazie). Ces mouvances peuvent être intéressées par le point de vue abkhaze. Il est aussi possible de développer une coopération culturelle avec les municipalités, les régions ou les associations quelles que soient leur couleur politique. Le Caucase est si mal connu en France. Je suis sûr par exemple que l'Association des Populations des Montagnes du Monde qui est présidée par un élu de ma région natale pourrait collaborer utilement avec l'Abkhazie.

- De quelle manière la "crise ukrainienne" pourrait-elle affecter l'Abkhazie?

- Principalement, elle crispe les relations Est-Ouest ce qui ne peut que renforcer aux yeux des Occidentaux la volonté d'isoler l'Abkhazie. Le pire serait sans doute si cette logique de guerre froide aboutissait à l'entrée de la Géorgie dans l'OTAN. D'une manière générale il faut souhaiter une stabilisation de la situation ukrainienne autour d'une solution "raisonnable" qui préserve les intérêts à la fois de la partie russophone du pays et ceux de la partie orientale et mette un terme à la logique de militarisation et de déstabilisation de l'ensemble du bassin de la Mer Noire. Cela suppose bien sûr le désarmement des milices de part et d'autre (celui de Secteur de droite et des éventuels mercenaires présents à l'Ouest du Pays, comme celui des groupes d'auto-défense russophones à l'Ouest). Espérons que le réalisme finira par prévaloir de part et d'autre sur ce point.

- Quelle est votre opinion sur le partenariat stratégique russo-abkhaze et sur le rôle de la Russie dans le destin de l'Abkhazie ?

- Je crois que les dirigeants abkhazes ont compris à la fois que l'alliance avec la Russie était à court terme le meilleur moyen de renforcer la sécurité du pays et d'éviter une nouvelle guerre avec la Géorgie, et que cette alliance risquait à plus long terme de les rendre trop dépendants du sort de la Russie dans les relations internationales si elle restait trop "exclusive". D'où l'intérêt pour l'Abkhazie de développer des liens également avec la Turquie, l'Iran, le monde arabe... Mais comment développer des contacts avec ces autres pays si ces derniers ont peur de reconnaître la République abkhaze, et comment lier des contacts avec eux sans devenir un enjeu de leurs rivalités voire sans importer une partie de leurs problèmes internes ? Je suppose que c'est une question assez complexe.
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