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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Sombres alliés

11 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Les Occidentaux ont toujours aimé les nazis quand ils les aidaient à tenir en respect les Russes. On le voit en Ukraine aujourd'hui. Quelque part dans son journal de 1969 Paul Morand rappelle que l'ingénieur nazi qui a inventé les V3 pendant la seconde guerre mondiale a reçu les félicitations... de l'ancien président du tribunal de Nüremberg qui l'avait condamné ! Cet ingénieur a joué un rôle actif dans le programme spatial de la NASA (la bien nommée) qui lui doit d'avoir réussi à surclasser les Soviétiques dans la conquête des étoiles.

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"Servitude humaine" de Somerset Maugham

8 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

Peut-être vous souvenez-vous de la chanson de Souchon qui disait « Comme dans ces nouvelles pour dames, de Somerset Maugham ».

J’ai acheté de Somerset Maugham « La Servitude humaine » (Of human bondage – le titre est meilleur en anglais, il fait moins « énième plagiat » d’un titre Vigny, le grand Vigny, si drôle quand il parle de Napoléon en Egypte, Vigny marié à Pau…). Pas à cause de Souchon, mais parce que le Docteur Deepak Chopra, fils du médecin personnel (indien) de Lord Mountbatten, dit quelque part que cet ouvrage qui lui fut offert par son père fut parmi les trois qui le décidèrent à devenir médecin plutôt qu’écrivain.

Je vous vois venir, fieffés rationalistes. Vous écumez, vous sautez sur votre chaise : « Bougre de Delorca, oser mentionner ce fumiste de Docteur Chopra dans les nobles colonnes de ce blog ! » Mais non vous ne dites même pas cela, parce qu’en bons rationalistes vous ignorez jusqu’au nom de Deepak Chopra, comme de Doreen Virtue, et de tous ces obscurs spéculateurs qui travaillent le cœur des distinguées trentenaires internautiques qui prient nuitamment la lune croissante (Artémis, nous y sommes en ce moment, après la sombre Hécate en Saturne du 29 au soir). Et je ne vous donnerai ni raison ni tort, à la manière d’Apollonios de Tyane (« Néron creusera et ne creusera pas le canal de Corinthe », au fait j’aurais plein de choses intéressantes à vous dire sur les murailles de Thèbes, et sur l’Apollon de César-Auguste, mais ne nous dispersons pas trop, n’est-ce pas ? je ne suis pas un véritable écrivain et donc je n’ai ni le temps ni la légitimité pour écrire des livres ou des billets sur ces sujets importants et graves).

maughamRevenons à nos moutons. Somerset Maugham fut un auteur à succès de l’entre deux guerres. Le mieux payé du monde a-t-on dit. Vous allez me dire : s’il avait pour public les jeunes bourgeois indiens de l’époque cela fait déjà du monde, « mais pas que » comme disent les jeunes journalistes qui veulent être à la mode. « La servitude humaine » n’est pas son titre le plus connu. D’ailleurs il n’est plus réédité. Je l’ai commandé à un petit bouquiniste de province qui se vend sur Amazon. Ces gens me touchent toujours. Ils vous envoient toujours leurs livres bien empaquetés, avec de jolis timbres, parfois un gentil mot. Ils aiment leur métier, ils vous sont reconnaissants de ne pas avoir acheté Marc Lévy ou Jacques Attali.

L’édition que j’ai en main, plutôt bien conservée, a été publiée en livre de poche en 1966, à partir d’une édition chez Hachette de 1960. Les livres étaient moins prétentieux à l’époque. Pas de texte racoleur en quatrième de couv, pas de présentation de l’auteur. La traductrice est très discrète, elle ne mentionne même pas son prénom « Texte français de Mme E.R. Blanchet » est-il écrit, rien à voir avec certaines connasses des milieux antiguerre que j’ai connues dans les années 2000 qui indiquaient leur nom comme traductrices des articles sur Internet en plus gros encore que le nom des auteurs… Pardon pour cette nouvelle digression…

Le livre est dédié à Léon Barthou… Voilà qui m’interpelle… Nous autres béarnais, qui savons que Barthou est un nom bien de chez nous, avons tous été formés dans des écoles ou des lycées Louis Barthou. Barthou, natif d’Oloron-Sainte-Marie, président du conseil et ministre des affaires étrangères, périt en 1932 ou 1934 (ma mémoire défaille, mais je dirais plutôt 34) sous les balles d’un fasciste croate pour avoir trop aimé les Russes et les Serbes. C’est en partie à cause de cela qu’il n’y eut point d’alliance franco-russe contre Hitler (au grand dam du Malraux des Carnets du Front Populaire et de Mme Lacroix-Riz), comme il n’y a pas d’alliance franco-russe contre les néonazis ukrainiens aujourd’hui. Les Béarnais sont parfois géniaux, mais dans ce cas il arrive qu’on les assassine… Pensez à Henri IV…

Léon Barthou était-il de la famille de Louis ? Les sites trouvés sur Google ne disent rien sur lui (la mémoire internautique est ingrate), sauf qu’il fut « aéronaute », et vice-président d’un club français spécialisé dans ce domaine. Les gens du Sud-Ouest se prenaient parfois pour Icare. Les Messier, Latécoère, Daher. Ce n’est pas un hasard, si Airbus est à Toulouse. Quelle divinité les poussait-elle à vouloir voler ?

Je regarde Wikipedia sur Somersert Maugham. Né à Paris dans une famille de diplomates anglais, il passe, comme beaucoup de bourgeois de son temps, les vacances de sa petite enfance avec sa mère l’été à Deauville et l’hiver… à Pau…

Il a donc mis ses pas dans ceux de Vigny sur le boulevard des Pyrénées (le choix du titre « Servitude humaine » par le traducteur français n’est donc pas si débile, pas si hasardeux en tout cas, « il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous »). Sa mère est morte en couche (avec un cinquième fils mort-né) quand il avait huit ans (en 1883). Wikipedia ne dit pas s’il continua à se rendre à Pau après cela. En tout cas, s’il a connu Léon Barthou à Paris à l’âge adulte, ils ont pu évoquer ensemble le Béarn.

Poursuivons. Le héros de « La servitude humaine », Philip, voit sa mère mourir en couche en 1885. La scène est belle. Elle lui caresse délicatement les flancs huit jours avant d’expirer. Je l’ai lue avant de parcourir la fiche Wikipedia, donc sans savoir que c’était autobiographique. Evidemment en songeant que tout cela relève du témoignage oculaire, du vécu, on le perçoit différemment.

L’auteur a de fait grandi comme un enfant unique car ses frères et sœurs étaient bien plus âgés que lui. Il en va de même du héros Philip. J'aime la géographie de Paris de ce Philip, entre la Gaîté Montparnasse et le boulevard Raspail à Paris. Le voyage de Philip dans la vie, est celui auquel nous convie Maugham. A la fin du chapitre 53 on a carrément droit à un rapide cours de philo entre Hobbes, Spinoza et Hume, et même de philo politique sur le rapport entre l'individu et l'Etat.

 

Les portraits de la fac de médecine de Londres ne sont pas mal non plus. Et toujours ses rêves obsédants autour de l'Andalousie. A son héros aussi on a dit que les plus belles femmes du monde s'y trouvaient. Moi c'est un vieux monsieur qui me l'avait dit, dans le TGV espagnol DSCN5767en 1994 quand nous traversions l'austère Castille. Le monsieur n'avait pas vraiment le physique de l'éphèbe bien placé pour vanter les beautés sévillanes, c'est pourtant ce qu'il fit, et sur un ton si convaincant que vingt ans plus tard je m'en souviens encore. Pourtant allez savoir pourquoi, quand je suis allé sur les bords du Guadalquivir, je n'ai pas vu de femmes, seulement des monuments. "Je vous ai attendus sur les bords du Guadalquivir et vous n'y étiez pas", phrase absurde que Malraux lança, selon Chirac, dans un meeting en banlieue rouge pour faire taire les gars de la CGT venus l'empêcher de parler... Oued-el-Kabir, le grand fleuve, le Rio Grande... Mais ne dérivons pas trop...

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Les gaullistes étaient-ils des fascistes ?

7 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Au milieu de tant de traits profondément antipathiques dans le journal de Morand, quelques saillies vraiment drôles, comme celle-ci, le 15 septembre 1969 :
de-gaulle-copie-1.jpg
"Le syndicalisme a pris, samedi, l'offensive. Le Parti communiste est le seul parti : il va essayer de faire sauter le gouvernement. Mais chez les gaullistes, les durs (style "Debré") vont prendre la tête de la résistance (à cet égard, très dangereux d'avoir confié l'armée à Debré). Ce sont des fous ; ils sont très capables de se démasquer fascistes et de casser le Parti communiste syndicaliste avec leurs groupes d'action civique, troupes d'Allemagne, etc. Retour de de Gaulle, Malraux compris, etc. Bref, je pense qu'on est fort près de l'affrontement."

L'amateur d'histoire fiction (de "what if history") que je suis est comblé.

Morand n'aimait pas Debré qu'il trouvait idiot. J'aime aussi quand il se moque de la bouche "en cul de poule" de De Gaulle, de ses airs bonnasses, de sa manière de récupérer les idées à la mode, de flatter la vanité des Français tout en détruisant le pays tout autant qu'il le construit (comme Louis XIV, Napoléon et Clemenceau dit-il). Morand comme Céline fut un vichyssois anti-patriote, une curiosité pour entomologiste.
Epaminondas.png
Pour ma part plus j'y pense plus je crois que la grandeur de Bonaparte tint à son côté Epaminondas, et seulement à cela : c'est à dire que comme Auguste il tenait sa puissance d'ailleurs, d'un prodige. Chateaubriand l'a très bien senti.

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Mars toujours là...

7 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

b52.jpgL'expulsion des députés communistes de la Rada ukrainienne, le déploiement de lance-roquettes Grad à Slaviansk, les propos de Chuck Hagel sur l'intérêt géostratégique de la fonte des glaces dans l'Arctique, les mamours de François Hollande avec le premier ministre japonais Abe (celui qui rend hommage aux criminels de guerre de la seconde guerre mondiale en leur sanctuaire), le viol de la constitution philippine pour installer une base américaine.

 

Cette année 2014 commence à sentir un peu trop la poudre...

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Ukraine : le spectre de la guerre civile et de l’internationalisation du conflit

6 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

ukraineLa signature d'un accord entre la Russie, l’Union européenne et les Etats-Unis le 17 avril, prévoyant le désarmement des paramilitaires nationalistes et des milices pro-russes n’aura finalement été d’aucun effet. Au contraire, la situation sur le terrain n’a cessé de prendre le chemin de la guerre civile au cours des deux dernières semaines.


Le 23 avril dernier, 120 000 personnes à Slaviansk (une ville d’environ 110 000 habitants dans l’oblast de Donetsk à l’Est) assistaient aux funérailles de trois membres de leurs groupes d'autodéfense tués trois jours plus tôt à un check-point au nord de leur ville par des néo-nazis de Secteur Droit, armés de mitrailleuses allemandes MG 42. S’en est suivi, dans le cadre d’une opération initiée dans l’ensemble du Sud-Est ukrainien dès mi-avril, une tentative de reconquête manu militari de la ville qui pendant huit jours s’est transformée en un siège, les troupes du gouvernement autoproclamé de Kiev se révélant assez peu enclines à tirer sur leurs compatriotes, et les insurgés ayant eu la présence d’esprit de prélever quelques otages parmi les experts militaires de l’OSCE venus leur rendre visite (ou les espionner suivant les versions). Fin avril, le conflit à Slaviansk semblait cantonné à la guerre de la désinformation : le 29 les rues étaient bombardées de tracts lancés d'hélicoptères Mi-8 (si l’on en croit la Komsomolskaïa Pravda) indiquant : "Évitez les rassemblements publics - des hommes parmi les manifestants appartenant aux services spéciaux russes, chargés d'éliminer physiquement toute personne qui tente de critiquer la politique de la Russie. Ils se cachent derrière vous et vous utilisent comme boucliers humains, comme le firent les occupants de l'Union soviétique dans la période 1941-1945 ". Symétriquement dans les rangs pro-russes on se gargarisait volontiers de l’imaginaire du blocus de Leningrad pendant la seconde guerre mondiale, alors que, selon l’AFP du 29 avril, le principal axe d’approvisionnement de la ville restait fermement contrôlé par les insurgés. Les troupes de Kiev sont passées à l’assaut le 2 mai contre les postes de contrôle de la ville ainsi que d’autres bourgades de l’oblast de Donetsk, avec semble-t-il des résultats contrastés.

 

La violence a aussi éclaté à Odessa, le 2 mai au soir. Lire la suite sur "Esprit cors@ire" ici  

 

Voir aussi le dossier du Mouvement de la Paix ici.

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Le journal de Paul Morand 1970

6 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1950-75 : Auteurs et personnalités

Bon, je le précise une nouvelle fois pour les spécialistes du fichage sur Internet (les mecs de 21 ans et demi à barbichette) : je suis anti-réac, anti-facho, et anti-vichyssois. Mais cela ne m'empêche pas de lire TOUS nos grands classiques, et d'apprécier éventuellement certains traits de leur caractère, ou même simplement certains de leurs bons mots, ou certaines de leurs inspirations, même quand ils ne sont pas de mon bord politique.

 

Il en va ainsi par exemple de Paul Morand dont j'ai évoqué "Hécate et ses chiens" alors que je le lisais (comme par hasard) lors de la dernière lune noire, et ce d'autant plus que Morand, comme Soupault venait du surréalisme.

 

J'ouvre ce matin le journal de Morand à la date de ma naissance, 26 septembre 1970. Au moment où je suis né, vers 13 h, Paul Morand déjeunait à l'Hotel du Commerce, à Saint-Marcel, faubourg de Chalon-sur-Saone : une  "côte de boeuf venant du Charolais, servie individuellement sur l'os" (sic), puis il relit à Vevey le script de son interview par Boutang réalisée le 1er août à Rambouillet (Archives du XXe siècle), qu'il juge médiocre à la lecture.

 

Pas passionnant allez vous me dire. Certes. Il ne peut pas se produire un prodige tous les jours.

 

Plus drôle le 28 septembre il note que le Figaro littéraire signale dans ses morceaux choisis Simenon, Queneau, Sarraute, Vilar, Robbe-Grillet, Genet, Godard, etc. et ajoute "la peur des professeurs devant la terreur des Lettres !"

 

Puis il cite un mot de Louis Dumur dont il affirme qu'il s'applique aussi à Sartre et aux pontes de la Pensée 68 : "Victor Hugo n'a pu se faire mettre en prison. Le commissaire a dit qu'il n'arrêtait que les gens sérieux".

 

Et le 29 septembre , il observe Maginot, Mussolini, Hitler, Brejnev ont tous agi en fonction de catégories mentales de leur jeunesse, 20 ou 25 ans avant d'avoir le pouvoir de décider. Et il ajoute finement : "Sentimentalement aussi, c'est vrai : toute sa vie, on choisit le type de femmes qu'on a aimé au collège".

 

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La province dans le cinéma français

5 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Quand un copain m'a fait le "pitch" comme on dit du nouveau film de Lucas Belvaux "Pas son genre", je me suis dit : "J'espère que ce n'est pas la Enième comédie pseudo sociologique française made in Canal+, du genre le Gout des autres...", ces petites choses de Bacri-Jaoui ou de Klapisch qui finissent par se plagier elles-mêmes à l'infini.

 

Puis j'ai regardé la bande annonce.

 

 

Et là c'est bien ce que je craignais. Des coiffeuses j'en ai connues dans diverses régions, mais hélas celle-là  l'entendre parler pendant 3 secondes suffit à faire comprendre qu'elle n'est pas coiffeuse... et encore moins coiffeuse à Arras (bon je sais qu'il est difficile pour un cinéaste parisien de concevoir cela, puisqu'à Paris les coiffeurs sont des monuments de culture, voire parfois de cuistrerie genre "capilliculteur" comme disait Desproges)

D'ailleurs une coiffeuse en province ne s'essaierait probablement pas à chanter "Live is life" comme dans la bande annonce car elle aurait trop peur d'essayer de dire des mots en anglais (le cinéaste aurait mieux fait de tenter "capitaine abandonné" de Gold, encore que l'actrice est peut-être un poil trop jeune pour cette chanson) - et c'est là juste un constat, je ne place aucun jugement de valeur là dedans.

Un prof de philo, quant à lui, même en province, n'oserait pas dire que la philo est un "sport de combat", d'une part parce que les philosophes détestent les sociologues (donc exit la référence à Bourdieu) et, d'autre part, parce qu'il aurait conscience d'avoir 12 ans de retard dans ses références...

 

Ce n'est donc apparemment pas du Stephan Frears ou du Ken Loach (qui a fini par se caricaturer lui meme il est vrai). Il est assez incroyable et triste qu'un cinéaste parisien ne puisse pas trouver une actrice acceptable dans le rôle d'une coiffeuse du Pas de Calais. Cela me rappelle "La vie rêvée des anges" où Elodie Bouchez non plus ne faisait pas du tout crédible en fille du Nord. Simptôme de notre centralisme, la province est inaudible dans le cinéma français, à moins de devenir cucul la praline comme dans les films de Guédiguian.

 

Je ne dis pas que les filles des milieux populaires de province doivent être figées dans des caricatures. Je dis juste que les actrices parisiennes (ou issues des grandes métropoles régionales et formées "à la parisienne") qui les incarnent devraient au moins tenter d'avoir quelques modes d'expression dans l'accent, le mouvement corporel, le visage, qui traduisent une "altérité sociale", au détour d'une phrase, d'un soupir... Nos cinéastes sont complètement incapables de trouver cela dans leur casting, ou de le susciter dans leur mise en scène, parce qu'il ne le perçoivent tout simplement même pas dans la réalité.

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Le pouvoir et la puissance

5 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik

Après la victoire d'Actium, Octave (futur César-Auguste) attribua son succès à Apollon Phoebus (le brillant) dont le culte n'était pas vraiment répandu à Rome : c'était avant tout un dieu grec (mais Auguste ne disait-il pas qu'il faut que les Romains s'habillent comme les Grecs - avec le pallium des philosophes - ?). Antoine son adversaire s'était placé sous la protection de Dionysos, et Cléopâtre sous celle d'Isis (la terre mère, qui ressuscite le dieu mort). De sorte qu'Actium est une victoire d'Apollon sur Dionysos dans la mer (car c'est une bataille navale, à la différence de Pharsale entre Pompée et César, mais toujours en Grèce).

 

Avant eux, Pompée s'était placé sous la protection de Venus victrix, et César sous celle de Venus génitrix (dont il se prétendait le descendant). Vénus contre Vénus. C'était un temps où tout chef se réclamait d'une force surnaturelle non pas pour assujettir son peuple, mais pour s'assujettir lui-même à un sens de la puissance pondérée (la seule qui agisse dans le temps) et du devoir (du renoncement dans l'action, si vous voulez, pour reprendre les termes de la Bhagavad-gita).

 

auguste

En persévérant dans cette piété (pietas), Auguste se donnait les moyens de construire, et de se réclamer de plus en plus d'une ascendance apollinienne (de sorte qu'on le nomma Divus Augustus, le divin Auguste). Certains disent que Jésus-Christ fut nommé "le fils de l'Homme" par opposition au "Divin Auguste", je n'entrerai pas dans ce débat, mais il est en tout cas très étonnant que le véritable Jésus s'il a existé ou en tout cas le Jésus des Evangiles canoniques soit né sous Auguste et que sa naissance (probablement imaginaire) à Bethléem, dans la ville de David, soit conçue comme une conséquence d'un décret (probablement imaginaire aussi) d'Auguste.

 

Que le pouvoir individuel soit stérile sans l'aide d'une puissance qui transcende l'individu (comme par exemple la puissance de la morale universelle) est une règle de laquelle notre président de la République ferait bien de s'inspirer, ce sot dont la dernière trouvaille face à la crise ukrainienne (créer une communauté énergétique européenne contre la dépendance au gaz russe) est d'une débilité sans nom !

 

Cela est aussi vrai dans la vie privée. Je songe par exemple aux gens qui valorisent le pouvoir sexuel auquel ils prêtent une fausse sacralité (le sexe sacré est une chose très particulière). Il est de la dernière mode de faire l'amour à la nuit tombée au bureau, ou dans les salles de classe pour les instituteurs (et même dans les sanctuaires, mais voyez de quel prix Atalante et Hippomène le payèrent). Un de mes amis avait amené sosu la lune une sienne conquête dans un bureau du ministère des affaires étrangères en 2004. Voilà le genre de chose que je ne me serais jamais permis je crois. Des policiers parisiens viennent de le payer cher. Entraînés par le stupre, semble-t-il par une nympho alcoolisée canadienne (à laquelle je ne jette pas la pierre car il y avait peut-être une inspiration profonde dans son initiative), ceux-ci, selon le dernier rapport de l'enquête rendu public, ont sauté leur copine au quai des Orfèvres. La Ménade (eux doivent dire "l'Empuse") a toutefois changé de posture en cours de route, c'est le cas de le dire (elle a changé de main), et a choisi de transformer le bal en tragédie (et en disant cela je ne me prononce pas sur le fait de savoir si un geste déplacé de ses amants ou d'elle en est la cause). Elle s'est donc enfuie seins nus en criant au viol. "Viol au quai des Orfèvres" fut la "Une" des journaux le lendemain, et les flics y perdront sans doute leur job. C'est qu'il faut autant de prudence et de sérieux dans les choses de la chair que dans le reste. "On ne badine pas avec l'amour" disait Musset. Non que l'amour doive être triste, il peut et peut-être même doit être délirant. Mais le délire doit toujours être indexé à une puissance qui le dépasse. Sans quoi il n'est que simple accident de parcours.

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Où l'on reparle encore du sel...

4 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

M'étant fort vaillamment battu aujourd'hui pour assumer mes devoirs paternels auprès de mon fils, assister l'accouchement du site Courrier du Maghreb, rédiger en urgence pour Esprit corsaire - et à leur demande - un article sur l'Ukraine qui me permet aussi d'honorer comme il se doit ce malheureux et vaillant pays -, je m'offre un peu de poésie en lisant Cocteau.

 

Il y a quelques jours je recevais "La difficulté d'être", livre de cet auteur que j'avais commandé sur Amazon. Le lendemain, alors que nous sommes à dix mille lieues de ce sujet, ma camarade Amira me parle spontanément d'un daim blessé dans "La belle et la bête"... de Cocteau... Et elle me recommande de me frotter les mains avec du gros sel de cuisine et de répandre ce sel le long des plaintes des cloisons des maisons pour en chasser les énergies négatives...

 

Voilà bien une raison supplémentaire de prendre très au sérieux mon billet sur la statue de sel du 27 février dernier...


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Ce soir, fourbu au terme d'une journée si active, juste avant de me coucher, j'ouvre au hasard "La difficulté d'être"... et tombe sur un chapitre consacré à la mémoire des lieux et aux maisons hantées. Evidemment... Comme d'habitude tout se tient. "On n'échappe pas les uns aux autres", ainsi que le dit Marie dans le film de Godard...

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Egypte – Quand les militaires sifflent la fin de la récréation…

4 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

Mon premier article pour "Courrier du Maghreb et de l'Orient" :

 

"Après sa première élection présidentielle démocratique, en mai 2012, qui avait porté à la tête du pays Mohamed Morsi, issu des rangs des Frères musulmans (avec une courte avance en voix il est vrai, mais sans que le scrutin ne donne lieu à une sérieuse contestation), l’Égypte a brutalement refermé cette parenthèse par une sorte de « contre-printemps arabe », le 30 juin 2013, quand quatre à trente millions de manifestants sont descendus dans les rues, à l’appel de la plateforme pluraliste Tamarod (« Rébellion ») pour exiger des élections anticipées.
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La devanture politique de la Confrérie des Frères musulmans, le Parti de la Liberté et de la Justice, payait ainsi une année d’errements..."

 

La suite de cet article se trouve sur le site "Courrier du Maghreb et de l'Orient" ici qui vient d'être inauguré ce dimanche 4 mai 2014.

 


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Hommage à Apollon Phoebus

4 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

Avec le "True faith" que j'écoutais dans le train hier, hommage à Apollon Phoebus, dieu du Divin Auguste (dont la mère selon la tradition s'accoupla avec Apollon et eut la marque du Python sur elle au sortir du coït), et à Gaston Phoebus, autre figure apollinienne, qui fonda le donjon du château de Pau, et dont la statue, à l'entrée de ce chateau, complète les armoiries de la très lunaire Marguerite de Navarre.

 

Comme à Massalia (allez, une petite pensée pour sa forêt sacrée rasée par Jules César), nous sommes sous la double protection du Soleil et de la Lune croissante (actuellement, celle-ci est dans l'angle de Jupiter, le dieu de Caton d'Utique - voyez la Pharsalia ci-dessous).

 

Au fait, saviez-vous que "fuis moi" est la phrase d'Atalante à Hippomène quand celui-ci promet d'entrer en compétition avec sa course ailée ? Je lisais cela dans Ovide cette nuit (comme toujours le hasard guide mes lectures), sous Artémis croissante. Atalante à la couche ensanglantée, Atalante et les pommes de Vénus (il faut qu'il y en ait trois). Atalante et Hippomène qui finissent dans l'attelage de Cybèle à force d'impiété. Dans cette affaire aussi il y a une forêt sacrée, et un sanctuaire dans une grotte. Sainte Baume tu es si belle.

  ste baume

Bizarre quand même que l'histoire d'Atalante soit, dans les Métamorphoses, insérée dans cette d'Adonis (liée à celle de Perséphone), comme une mise en abîme.

 

 

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Déclin d'un écrivain

30 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

J'ai trouvé assez drôle cet article sur Annie Ernaux dans Paris-Match (que je lis toujours attentivement chez mon coiffeur). Cela rejoint un peu mes impressions sur son livre "Les Années" que j'avais commenté en 2010 sur Parutions.com (et encore j'avais tenté de rester gentil car Mme Ernaux m'avait soutenu - dans des courriers privés - il y a douze ans sur la Yougoslavie). C'est daté du 20 avril dernier.

 

" Hyper Rasoir

Annie Ernaux se transforme en sociologue de grande surface dans un essai... au rabais.
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Annie Ernaux se transforme en sociologue de grande surface dans un essai... au rabais. Annie Ernaux est entrée pour la première fois dans un hypermarché en 1968. C’était à Annecy, chez Carrefour, où elle a rempli un chariot entier par crainte de la pénurie. Très petit bourgeois, comme attitude. Daniel Cohn-Bendit en aurait fait des gorges chaudes. Mais faites confiance à la romancière : même si elle s’en rendait compte, elle l’écrirait. Dans ses textes, Annie Ernaux manifeste une allergie violente à l’égard de toute forme d’humour, mais cultive avec autant d’intransigeance son souci de la vérité. Son truc, c’est l’autofiction sociale. Lire son dernier livre, par exemple, c’est comme feuilleter de la documentation. Sujet : les hypermarchés. En particulier, celui de Cergy, géré par Auchan. Elle ne nous épargne aucune description. Balzac était déjà long dans la pension Vauquer du « Père Goriot » mais, au moins, on ne connaissait pas les lieux.

Là, c’est carrément bizarre. On entre dans le détail pour montrer ce que tout le monde a vu cent fois : « Le niveau 1, non alimentaire, a la forme d’un rectangle profond. Un Escalator le relie au niveau 2, d’une surface double, divisé en deux espaces communicants, mais décrochés à angle droit l’un par rapport à l’autre, ce qui, en réduisant l’horizon infini des marchandises, atténue l’impression de grandeur »... C’est beau comme du « nouveau roman », mais soyons indulgents pour le style : c’est de l’écriture « grande surface ». Cela ne va pas chercher loin, mais ça n’y prétend pas. Même si ce sont les trois heures les plus longues de la semaine, la lecture de ce petit essai ne prend pas plus. Dans le genre plongée en France, Florence Aubenas est mieux inspirée : elle rencontre des gens, raconte des histoires, soigne son écriture. Annie Ernaux, elle, nous apprend ce qu’on sait déjà tous.
Va-t-elle écrire « femme noire » ? Ou « africaine » ? Ou « femme », tout court ?

Page 12, elle écrit : « Les femmes et les hommes politiques, les journalistes, les “experts”, tous ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans un hypermarché ne connaissent pas la réalité sociale de la France. » Croit-elle vraiment qu’il y en a ? On dirait plutôt que c’est elle qui découvre les lieux : chez Auchan, en grande banlieue, elle cherche la Quinzaine littéraire qu’on ne trouve même pas à Saint-Germain-des-Prés ! Finalement, si on n’apprend rien sur ces hypermarchés qui assassinent les petits artisans et étranglent les agriculteurs en serrant les prix comme l’étrangleur ottoman, on voit, en revanche, à merveille comment (dys)fonctionne une intellectuelle parisienne. Page 21, devant elle, une acheteuse noire lui pose un problème de conscience. Va-t-elle écrire « femme noire » ? Ou « africaine » ? Ou « femme », tout court ? Après une page d’hésitation, elle choisit l’audace : ce sera « une femme noire » !

Un peu plus tard, en revanche, elle n’ose pas photographier un joli petit garçon dans une allée par crainte de céder à un besoin de « pittoresque colonial » ! Tombée sur un immense rayonnage illuminé de poupées Barbie, elle frémit de rage et songe, émue, au beau saccage que pourraient s’autoriser les Femen. Plus loin, ce sont les Mulliez, propriétaires d’Auchan, qui lui inspirent des sentiments réservés. Dès que quelque chose la heurte, elle l’attribue à l’action d’une volonté malfaisante. Autant que des explications, elle cherche des adversaires. Quand, face aux ordres crachés par la voix synthétique des caisses automatiques, elle observe qu’à présent les machines ont l’air intelligentes et les hommes désorientés, c’est à elle qu’on pense.

 

Gilles Martin-Chauffier

 

« Regarde les lumières mon amour », d’Annie Ernaux, éd. Seuil, 72 pages, 5,90 euros" http://www.parismatch.com/Chroniques/LIVRESQUE/Hyper-rasoir-560588

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Le grand "oui"

27 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

lune.jpgTout ce qui m'est arrivé depuis six mois, et peut-être même depuis un an, est parfait. Il n'est pas un seul événement, même minime (même un micro-événement), qui me paraisse illégitime. Tout s'est passé comme cela devait se passer, tout me semble très cohérent, justifié. Il n'est pas une seule chose dans tout ce qui a été dirigé vers moi, jusqu'au moindre petit bout de mail que j'ai reçu en ce mois d'avril (en intégrant aussi les non-dits qu'il y a, entre les lignes de ces petits bouts de mails, lesquels parfois signifient le contraire de ce que les mots explicites expriment) dont je ne puisse dire : "oui, cela est juste, cela me convient".

 

Bien sûr, quand je dis cela, je ne parle pas des milliers de morts du Soudan du Sud sur lesquels j'ai écrit un billet hier pour le blog de l'Atlas alternatif, ni des assiégés de Slaviansk en Ukraine, des licenciements à deux pas de chez nous, des maladies, des souffrances des gens. Je parle uniquement de ce qui a été dirigé vers moi, et je dis : oui, cela a sa logique, cela m'a fait évoluer dans le bon sens, cela me convient parfaitement. Je n'éprouve pas l'ombre d'un ressentiment.

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Paul Morand et Alberto Moravia

26 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

P1010968Dans "Hécate et ses chiens" (1954), de Paul Morand, je retrouve un thème favori des romans de Moravia : cet étrange grain de sable, qui se glisse dans le parfait amour des couples mariés ou adultérins, et qui transforme aussi insensiblement que mystérieusement leur paradis en enfer. Moravia découpe ses phrases au scalpel, avec un esprit tout analytique, dépouillé, positiviste ; Morand, en vieux réac vichyssois précieux, avec un luxe de mots rares et de métaphores inattendues.

 

Lequel des deux rend l'énigme plus angoissante ? On ne saurait le dire. Les deux en tout cas s'épargnent une facilité : celle d'aller tout de suite chercher une explication transcendante, dans les esprits ou dans le karma. "Contrainte professionnelle" de l'écrivain qui, à la différence du prêtre, doit produire des mots à tout prix, et donc rester dans les effets verbaux ? Je ne sais. En tout cas chez l'un comme chez l'autre le mystère reste nu de toute élucidation possible. Plus sombre donc qu'une nuit sans lune.

 

"J'ignorais que les draps d'un lit sont une cage de fer où l'un des insectes combattants doit dévorer l'autre, une guérilla sans pardon ni quartier, où chaque heure change les faces du combat, bref que rien n'est moins naturel que l'acte fondamental de la nature, car la réalité y débouche sur le rêve et le sexe dans le cerveau, son maître. Je ne connaissais encore que la face de l'amour ; j'allais en voir la croix". Ca a un petit côté "L"Empire des sens", je trouve.

 

Le livre se termine un peu comme le film "Gueule d'Amour", je trouve.

 

 

 

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"La Pharsale", la "retirada" des pompéiens

21 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Antiquité - Auteurs et personnalités

spLes Républicains espagnols ont eu leur "retirada" en 1939, le digne et pauvre repli de leurs troupes militairement défaites et moralement victorieuses à travers les Pyrénées, mais sans grand écrivain pour la narrer. Les Républicains romains, les pompéiens, quelques décennies après leurs hauts faits, ont eu La Pharsale de Lucain.

 

Je vous conseille de la lire par petits bouts en français sur Internet à défaut de l'acheter dans le commerce (car elle est fort chère, on ne vend qu'Amélie Nothomb à des prix abordables).

 

J'aime bien le portrait attendrissant que Lucain fait au livre VIII de la femme de Pompée, la noble Cornélie descendante des Scipions, après la défaite : A Lesbos "quoique le malheur de Pompée eût affligé tous les cœurs, c'était moins ce héros qu'on plaignait que celle avec qui ce peuple était accoutumé à vivre comme avec une de ses citoyennes, et qu'il voyait avec douleur s'éloigner. Quand même elle irait joindre un époux triomphant, les femmes de Lesbos en lui disant adieu auraient peine à retenir leurs larmes, tant sa pudeur, sa dignité, la modestie répandue sur son chaste visage lui ont attiré leur amour. Ce qui les a le plus touchées, c'est que loin de se rendre incommode à ses hôtes, et loin d'humilier même les plus petits, elle a vécu à Mytilène dans le temps des prospérités et de la gloire de Pompée comme s'il eût été vaincu."

 

Pompée s'intéresse aux astres à la manière d'Auguste : sur le bâteau il interroge le matelot. "Souvent l'âme accablée de ces pénibles soins, et rebutée de l'affligeante image que lui présente l'avenir, il écarte pour respirer, ces idées tumultueuses, et l'abattement de ses esprits, qu'un trouble si violent épuise, lui laisse un moment de relâche. Il questionne alors le pilote sur tous les astres, comment on reconnaît les rivages, quel moyen le ciel lui donne de mesurer l'espace parcouru de la mer, quel astre lui montre la Syrie, quels feux du Chariot le font se diriger vers la Libye."

 

Rappelons que le pythagoricien Apollonios de Tyane disait être la réincarnation d'un matelot égyptien... je viens de comprendre pourquoi en lisant Lucain...

 

Lucain a des accents à la Chateaubriand évoquant Napoléon quand il décrit la déchéance grandiose de Pompée : "Son fils fut le premier qui, du rivage de Lesbos, suivit ses traces sur les mers. Après lui vinrent une foule fidèle de patriciens, car même depuis sa ruine et la défaite de son armée, la Fortune ne put l'empêcher d'avoir des esclaves couronnés, et dans sa déroute, il traînait après lui tous les rois de la terre, tous les sceptres de l'Orient. "

 

Comme Chateaubriand il réfléchit aux alternatives stratégiques quand il fait dire à Pompée, chargeant Déjoratos de recruter de nouvelles troupes : "j'ai perdu tout ce qui sur la terre était au pouvoir des Romains, mais il me reste à éprouver le zèle des peuples du Tigre et de l'Euphrate, où ne s'étend point encore la domination de César. Allez en mon nom soulever l'Orient et le Nord, pénétrez jusque dans le fond des États du Mède et du Scythe, allez dans un monde qu'un autre soleil éclaire, rendez au superbe Arsacide ces paroles que je lui adresse : Si l'ancienne alliance que nous avons jurée, moi par Jupiter Latin, vous par le culte de vos mages, subsiste encore entre Rome et vous, Parthes, remplissez vos carquois, tendez vos arcs, souvenez-vous qu'en chassant devant moi les peuples du Caucase, je vous laissai la liberté d'errer en paix dans vos campagnes, sans vous réduire à chercher dans les murs de Babylone un asile contre moi. J'avais déjà franchi les bornes du vaste empire de Cyrus, et vers le fond de la Chaldée, je touchais aux bords où l'Hydaspe et le Gange vont se jeter au sein des mers. Cependant lorsque la victoire me soumettait tout l'Orient, je voulus bien excepter le Parthe du nombre des peuples que je rangeais sous les lois de Rome, et leur roi fut le seul que je traitai d'égal. Ce n'est pas une fois seulement que les Arsacides m'ont dû la conservation de leur empire, et, après la sanglante défaite de Crassus en Assyrie, quel autre que moi eût apaisé le ressentiment des Romains ? Engagés par tant de bienfaits, ô Parthes ! Voici le moment de passer l'Euphrate qui devait à jamais vous servir de barrière. Courez sur cette rive que vous interdit le fondateur de Zeugma. Venez vaincre en faveur de Pompée ; et Rome elle-même consent à être vaincue à ce prix". S'ensuivent des réflexions intéressantes sur les possibilités de s'en remettre aux Maures ou aux Parthes, les inconvénients de l'une ou l'autre option, et le risque que Cornélie finisse dans un harem du roi des rois arsacide où "Un même lit reçoit des épouses sans nombres ; les lois, les nœuds de l'hyménée y sont souillés par ce mélange impur ; ses mystères les plus secrets y sont célébrés sans pudeur, en présence de mille femmes."

 

Puis c'est Caton d'Utique traversant le désert des Syrtes en Libye, refusant de consulter l'oracle d'Ammon en disant à Labienus : "Pourquoi chercher si loin des dieux ? Jupiter est tout ce que tu vois, tout ce que tu sens en toi-même. Que ceux qui, dans un avenir douteux, portent une âme irrésolue, aillent interroger le sort ; pour moi, ce n'est point la certitude des oracles qui me rassure, mais la certitude de la mort. Timide ou courageux, il faut que l'homme meure. Voilà ce que Jupiter a dit, et c'est assez."  Les soldats de Caton tués par des serpents, les Psylles qui finissent par sauver le campement par des chants magiques pour qu'ils aillent à Leptis, tandis que César bâcle sa visite à Troie (et foule maladroitement au pied les mânes d'Hector)

 

Je ne suis pas un grand connaisseur, mais je trouve que cela vaut bien l'Enéide...

 

 

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