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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Hommage au Québec

19 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #XVIIIe siècle - Auteurs et personnalités

En hommage au Canada francophone, ce texte de Pierre-François-Xavier de Charlevoix extrait de " Histoire Et Description Generale de La Nouvelle France: Avec Le Journal Historique D'Un Voyage Fait Par Ordre Du Roi Dans L'Amerique Septentrionnale" (1721)

 

Le regard sur les Indiens relève peut-être souvent du cliché, mais tout n'y est certainement pas faux.

 

Charlevoix - pourle regard et l'action duquel Chateaubriand avait de l'estime - n'est pas un écrivain, sa plume est sèche et sans imagination, mais c'est un explorateur, un homme de terrain, qui a du bon sens : par exemple quand il estime qu'employer des esclaves noirs sur les plantations (lorsqu'il voyage plus au sud que le Canada - il pousse même à plusieurs reprises jusqu'à la Havane) est une erreur, car les esclaves, à la différence des "engagés" ne voient pas dans la terre qu'ils cultivent une patrie, et, dominés par la seule peur, un jour se révolteront. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les événements de Saint Domingue à la Révolution lui donnèrent raison après coup...

 

Ce qu'il dit du monde amérindien nord-américain, déjà sur le déclin quand il l'observe, est une grand source de réflexion pour nous sur ce que pouvait être cette culture, une culture qui imprègne le Québec, le Canada anglophone, et le nord des Etats-Unis (puisque Charlevoix ne parle ici que des Illinois et des Iroquois) peut-être plus qu'on ne le pense, ne serait-ce que dialectiquement, ou sur le mode de l'absence, ou sur celui de la présence obscure...

 


clvx par baslez
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Hommage

19 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

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Badiou, l'Ukraine, mes activités diverses et variées

15 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Je ne connais pas mes lecteurs. J'ignore s'ils s'attendent à ce que je parle de littérature,de politique internationale, ou que je traite ce blog comme un journal intime (car il y a aussi un public pour les journaux intimes). N'ayant plus aucun commentaire dans les colonnes du blog depuis un mois je ne sais vraiment pas du tout pour qui j'écris ni ce que je dois écrire.

 

Vais-je vous parler par exemple du film "Les Carabiniers" de Godard que je regardais à nouveau hier et dont Vecchiali a fait la critique ?

 

Ou de ce débat fort ennuyeux que je visionnais ce matin entre Badiou et Aurélien je-sais-plus-qui ?

 

 

 

Badiou me déçoit. Lui qui théorisait "l'événementialité pure" quand il écrivait sur Saint Paul ne sait plus que nous réciter Marx et nous parler du sens de l'Histoire. Jeanne d'Arc allait elle dans le sens de l'Histoire ? Ou, pour prendre un exemple plus laïque, Gengis Khan ? En vieillissant, je finis par rejoindre Malraux : je crois plus en l'action des volontés individuelles qu'aux lois qu'imposent les forces de production.

 

L'ami avec qui je prenais un verre vendredi et qui revenait de Syrie, voulait me faire plaisir, et flatter mes convictions stoïciennes, en me parlant de morale individuelle qui résiste à la bêtise grégaire. Je pense que je suis même cette année au delà du stoïcisme. Mais oui Monsieur Badiou, les individus vous surprendront peut-être un jour. En bien ou en mal d'ailleurs, et subséquemment les masses aussi. Ce n'est sans doute pas seulement à cause de Moravia, mais c'est vrai que je valorise désormais l'opacité du réel, et de cette opacité, comme de la prochaine nuit, qui sera une nuit de pleine lune, on ne sait pas du tout ce qui pourra bien sortir. L'avenir est enceint de tant de choses étranges !

 

Prenez l'Ukraine. Comme elle préoccupe, et comme elle inquiète. Les oligarques et les apprentis sorciers (on devrait les appeler les "apprentis Erdogan" même, vu le penchant du personnage pour les coups fourrés, il en devient emblématique de son temps, comme Bandar Ben Sultan et quelques autres) qui ont voulu leur nouvelle révolution orange en décembre avaient-ils prévu qu'il déchaineraient tant de colère à l'Est en lâchant leurs chiens néo-nazis dans les rues de Kiev ? Qui arme aujourd'hui les milices dans le Donbass ? M. Poutine ? Des agents provocateurs pro-occidentaux ? La CIA ? Ou les gens sont-ils assez grands pour s'armer tout seul ? Envoyez des journalistes indépendants sur place ! dites nous ! On sait si peu de choses.

 

Je collabore désormais à une revue en ligne qui sera lancée en mai, je vous en reparlerai lors de sa sortie, consacrée au Maghreb et au Proche-Orient et qui fonctionne avec des correspondants sur place. Il leur manque des gens en Arabie Saoudite, en Egypte et en Turquie. Si vous en connaissez, faites moi signe. J'espère que cette revue nous aidera à percer l'opacité du monde. Je me rapproche aussi des gens de Mondafrique. On reparlera de tout cela à l'occasion.

 

Pour le reste il va falloir que je retravaille la suite de mon bouquin sur l'ingérence de l'OTAN (lequel est d'ailleurs dans les rayonnages de la bibliothèque publique de Beaubourg, je l'ai découvert récemment). Cette suite était la seconde partie du livre "12 ans chez les Résistants", mais je vais la remanier à la lumière de la "sagesse" de mes quarante et quelques piges et je l'enrichirai de considérations sur l'Ukraine et sur la Syrie.

 

Je devrais être aussi sollicité prochainement juste pour une petite causette par une équipe municipale de ce qu'il reste de l'ancienne ceinture rouge parisienne. Je tenterai de les faire profiter de mon expérience acquise à Brosseville il y a cinq ans (déjà !). Au fait, Brosseville est passée à droite... Sans surprise... Mais ne comptez pas sur moi pour vous parler davantage des élections ni de M. Valls à deux temps (ces petits pantins aux dents longues comme il y en a tant au PS et au centre droit ne m'inspirent rien du tout).

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Déterminations sociales et métaphysiques

12 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Un ami me disait hier : "La déstabilisation de la société par le libéralisme fait sentir ses effets à tous les échelons, et dans tous les domaines de la vie, même les plus intimes. Le langage est désarticulé, le sens des mots et des choses ne correspond plus. Les rapports sociaux relèvent maintenant du chamanisme. On envoie un mail ou une lettre, on ne sait plus si on vous répondra, ou on vous répondra à côté. Hier un jeune m'a demandé son chemin dans la rue. Je n'ai même pas compris sa question. L'alignement sujet verbe complément ça n'existe plus. Du coup, on en est réduit à agir conformément à ses principes sans plus se soucier des conséquences, et pour le reste je fais du yoga pour rester zen".

 

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J'ai repensé aux journalistes qui l'an dernier m'accueillaient à bras à ouverts, devaient publier un de mes articles, et aujourd'hui, sans raison, ne répondent plus à mes mails. A l'ancienne mairesse de Bobigny qui avait lancé une offre de recrutement. J'avais répondu en tant que haut fonctionnaire. Même pas une réponse polie. Même chose avec des sergents recruteurs de la DATAR... L'impolitesse à tous les niveaux, l'aléa partout, le chamanisme. Plus de prévisibilité nulle part.

 

Marrant que cet ami comme moi en vienne à réhabiliter le principe du "renoncement dans l'action", même s'il ne le formule pas dans les mêmes termes que moi. Ne plus se soucier de l'impact social de ce que l'on fait. Obéir juste à ses principes, dans tous les domaines.

 

Heureusement, au milieu du désarroi, l'ordre social crée aussi parfois sa propre télépathie. Ainsi cet ami et moi nous comprenons nous sans même parler. A propos de télépathie, une histoire amusante que j'ai apprise par mes lectures hier. Vous savez que Godard dans "Le Mépris" cite spontanément dans ses références cinématographiques "Voyage en Italie" de Rossellini, qui n'est pas mentionné dans le roman initial de Moravia. Cependant, ce que Godard ne savait pas en tournant son film, c'est que, lorsque le roman "Le Mépris" est sorti (l'année qui a suivi la sortie de "Voyage en Italie" sur les écrans italiens), le scénariste de "Voyage en Italie" est allé voir Moravia et lui a dit : "Sans le savoir vous avez écrit mon histoire. Moi aussi je vivais un bel amour réciproque avec ma femme, et elle m'a plaqué quand nous avons acheté une maison ensemble, une maison que j'avais payée grâce à mes scénarios, je m'étais mis à en écrire exprès pour cela". Si ce n'est pas de la télépathie en chaîne ça. Bon, bien sûr, un bon sociologue vous dira qu'il y a des conditions sociales qui font que, au même moment, beaucoup de créateurs s'interrogent sur l'instabilité de leurs compagnes, se font plaquer par elles, etc (et ce n'est pas non plus un hasard complet si à travers le face-à-face homme-femme dans "Le Mépris" de Moravia, se joue par anticipation l'affrontement Jason-Médée de Pasolini, grand ami de Moravia, et bien des problématiques de l'Ecole de Francfort). Appelez cela détermination sociale ou détermination métaphysique. En tout cas la télépathie est là.

 

...

 

"Hue donc mes chevaux s'écriait le petit Claus" - dans Les Carabiniers (en 63), Andersen, et Prévert (en 64)

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"Journal de l'Amour" d'Anaïs Nin

10 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

De très belles choses dans le "Journal de l'amour" d'Anaïs Nin. Son rapport à la passion, au corps, mais aussi son refus de la politique, de la pulsion destructrice des hommes, en pleine guerre d'Espagne notamment. Un regard de femme, en défense de la vie, de la création. Beaucoup d'échos en moi à des thématiques sur la féminité auxquelles je réfléchis depuis six ou sept ans.

 

"Un homme qui ne trompe pas sa femme n'est pas un homme" disait Hélène, la femme de Morand (journal du 28 mai 1969). 

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Le Québec passe aux libéraux

8 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Je n'ai jamais aimé l'expression, souvent entendue à la TV française, "nos amis québécois" ou même "nos cousins québécois". Je lui ai toujours trouvé une connotation paternaliste. Je n'aimerais pas qu'on dise "nos amis béarnais" par exemple. Mais peut-être est-ce mon côté parano. En tout cas je saisis l'occasion des élections générales d'hier pour dire un mot au sujet du Canada francophone.

 

Vendredi dernier Le Devoir parlait d'un troisième siège de député (tous les 3 sont sur l'île de Montréal) à la portée de  Québec Solidaire (QS), mouvement altermondialiste indépendantiste, qui connaît une croissance importante dans les intentions de vote au niveau de l'ensemble de la province (13 % d'intentions de vote, selon le dernier sondage de CTV-Ipsos), les solidaires récolteraient treize pour cent des suffrages aux prochaines élections. La circonscription montréalaise de Sainte Marie Saint Jacques pouvait revenir à sa candidate Manon Massé. Finalement le pari de Manon Massé a été gagné  mais le parti plafonnerait au niveau de l'ensemble de la province à 7,5 %.

 

Les libéraux avec 41,5 %  des voix ont gagné (au grand dam des Femen locales semble-t-il) face au centre-gauche souverainiste (Parti québécois - PQ- de Pauline Marois qui perd même son siège), 25,4 %. Coalition avenir Québec (centre-droit) fait aussi un bon score. Taschereau (à l'Ouest du Québec), où nous avons un lecteur fidèle, reste aux mains d'une députée du PQ, Agnès Maltais.

 

 

 

 

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"Le Mépris" de Jean-Luc Godard

8 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Arte diffusait hier soir "Le Mépris" de Godard (vous pouvez le voir en replay). J'avoue que je ne l'avais jamais vu, bien que Godard ait été une des idoles de mes 20 ans (aujourd'hui je le trouve un peu trop surévalué). J'ai poussé le côté dilettante jusqu'à le prendre en cours de route et rater une bonne partie de l'intrigue (mais je suis comme Deleuze, commencer un livre ou n'importe quelle oeuvre par le milieu, sans en comprendre la moitié, ou en devant la deviner, me plait bien).

 

Je vais pousser ici le côté dilettante jusqu'à m'autoriser à dire ici ce que je veux sur ce film, ce que je veux et n'importe quoi, c'est-à-dire ce qui m'intéresse moi. Je précise cela parce qu'hier encore quelqu'un a été surpris d'apprendre que j'étais quelqu'un de passionné. Apparemment beaucoup de gens qui lisent mes textes ne comprennent pas vraiment ma démarche et croient que j'accumule juste une érudition "pour le plaisir intellectuel", avec un détachement (voire un vain narcissisme) de collectionneur. En réalité, je n'ai jamais voulu acquérir une culture ni accumuler un savoir. J'ai toujours poursuivi une quête. Et, plus encore depuis les événements de cet hiver, je ne perçois cette quête d'abord et avant tout que comme une façon de tirer un fil d'Ariane. Je prends ce qui advient sur mon chemin, j'essaie de le comprendre, et j'en suis la direction jusqu'au prochain événement, jusqu'à la prochaine coquille d'escargot trouvée sur le talus. Sur mon chemin il y a eu la Bhagavad Gita, Vecchiali, Grémillon, Godard, une phrase de Finkielkraut entendue par hasard samedi dernier à la radio dans une discussion avec Pierre Manent qui disait que Montaigne voulait ménager les animaux en se fondant sur Plutarque et de beaux vers de Lucrèce sur la vache séparée de son veau. Je prends, je prends tout, je tire les fils d'Ariane.

 

Sur mon chemin il y a donc ce film de Godard, pris en son milieu. Je m'ennuie un peu devant les scènes d'intérieur, le face à face Bardot-Piccoli... Mais quand même ce hiatus entre Piccoli (pardon je n'ai pas retenu le nom du personnage) qui veut absolument que Bardot (qui s'appelle Camille, comme Shenandoha Camille) lui dise qu'elle ne l'aime plus, m'intrigue. Et elle qui est dans le déni. Cette insistance de Piccoli qui "ne lâche pas", qui veut la Vérité. Et puis ce moment où la Vérité éclate (veritas index sui), et Bardot laisse effectivement tomber qu'elle ne l'aime plus. C'est très beau parce que cela vient à l'improviste, et sans fiuriture. C'est une vérité radicale, terrifiante, et cependant discrète dans sa forme, banale, livrée de façon anodine comme on dirait "passe moi le sel". Piccoli a enfin sa vérité (une vérité qui d'ailleurs le renvoie à toute sa crainte antérieure de la vérité, la crainte de la catastrophe). Maintenant il veut savoir pourquoi. Pourquoi. Mais il n'y a pas de "parce que". Bardot est dans le "c'est ainsi", "admettons que ce soit à cause de ceci ou de cela", "c'est parce que c'est toi, à cause de toi" (pensez au "parce que c'était lui parce que c'était moi" à propos de La Boétie), "peu importe après tout". Bardot est elle-même surprise par son désamour, triste d'en arriver à ce point "je t'en veux, je t'aimais tant". La victime du désamour (Piccoli) est en plus victime du reproche : c'est de sa faute.

 

Je repense à l'autre victime de la trahison, Gabin dans "Gueule d'amour". Gabin se féminise, s'adoucit, se replie sur son échec. Piccoli, lui, veut encore se battre, giffle Bardot, se promet de "reconquérir" son amour. Il est toujours en action.

 

"Le mépris" est un beau film sur le désamour, surtout sur le désamour féminin (je ne sais pas si le désamour masculin est du même ordre). Du coup il fait apparaître la féminité sous son jour le plus mystérieux (et bien sûr cela allait bien à Bardot). Sous son côté lunaire. Artémis-Séléné. D'ailleurs je pense que Godard aurait pu faire un film moins solaire, plus nocturne, mais il aurait fallu une autre actrice, peut-être la Liz Taylor de "Suddenly last summer". Bardot ne pouvait inspirer que de l'apollinien. J'ai pensé à "Et Dieu créa la femme", et je découvre ce matin sur Wikipedia que Jean-Louis Bory a écrit que "Le Mépris" était le véritable "Et Dieu créa la femme" de Bardot. Nos intuitions se rejoignent.

 

Alors il y a ces scènes tournées à Capri, l'île de la solitude de l'empereur Tibère. L'île de la mélancolie solaire. Il y a celle que je trouve magnifique, tournée en plan fixe, où Piccoli s'endort contre un rocher tandis que Bardot plonge nue dans la mer. Elle s'éloigne comme un poisson, indépendante et libre, dans l'élément aquatique féminin, quand l'homme rivé à son rocher fuit dans son sommeil.

 

Piccoli est toujours dans le parallèle avec Ulysse sur lequel un film se tourne. Il est Ulysse lâché par Pénélope qui va devoir tuer les amants de celle-ci. Il s'interroge : Ulysse est-il délaissé par Pénélope, ou bien a-t-il été faire la guerre de Troie parce qu'il n'aimait plus sa femme ? A travers Pénélope c'est son propre amour qu'il interroge : aurait-il cessé d'être aimé par Bardot/Camille parce qu'au fond c'est lui qui ne l'aimait plus ? Le scandale et la violence du désamour inexplicable soulignent le mystère de l'amour lui-même. On ne sait plus qui aimait qui.

 

Mais on voit bien qu'au fond les interrogations de Piccoli ne servent à rien. A rien d'autre qu'à le maintenir dans l'action, à ne pas le laisser se reposer et sombrer dans le désespoir. Parce qu'en réalité, le désamour soudain de la femme, la volte-face impromptue, obéit à une injonction métaphysique. Tout est métaphysique de part en part. On le voit bien quand, après avoir quitté Piccoli pour partir avec son metteur en scène, Bardot/Camille meurt dans un accident de voiture. C'est au fond "karmique" comme diraient nos médiums new-age : la rencontre Piccoli-Bardot, leur amour et leur désamour, comme la mort de Bardot à la fin obéissent à une nécessité qu'aucun des personnages ne maîtrise.

 

Piccoli trouve-t-il une forme de sérénité dans l'accomplissement de ce "karma" à travers la figure d'Ulysse retrouvant sa "patrie" à la fin ? On ne le sait pas. Godard n'est pas Brisseau. Godard est un joueur, souvent même un fou du roi, un hystrion. Il s'arrête à la frontière de la métaphysique, toujours. Il y avait une sorte d'injonction dans la philosophie des années 60, notamment dans le structuralisme je trouve, à toujours rester à la frontière du chamanisme. Même chez un non-structuraliste comme Deleuze, mais dont la théorie des agencements a quelque chose de structural, il y a une fascination pour la métaphysique et le chamanisme (je pense à son interview dans l'abécédaire où il parle de l'écrivain à la limite du cri animal) qui reste à la frontière ("Fools rush in where angels fear to tread" comme dirait Alexander Pope).

 

Tout le regard de Godard sur la féminité est dans ce film. Je trouvais hier soir chez Bardot/Camille mille échos au personnage central de "Je vous salue Marie" que Godard écrivit vingt ans plus tard : notamment à cette scène où Marie à plusieurs reprises rabroue Joseph parce que la caresse n'est jamais la bonne, la façon de caresser n'est jamais adéquate ("Vous faites l'amour très bien, mais en somme comme un professionnel, il n'y a pas de quoi se vanter" comme dit Hélène Surgère dans "Corps à coeur" de Vecchiali). Il y a, dans "Le Mépris", toute l'énigme métaphysique du rapport homme-femme, je trouve.

 

Maintenant il me restera à lire le roman de Moravia qui a inspiré le film.

 

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Agora

6 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

assnat

Un ami m'envoie, à propos des dernières élections municipales françaises, un commentaire d'un réac qui reproche aux socialistes "bobos" d'avoir trop longtemps méprisé le "bon peuple" rempli de schémas identitaires supposément vertueux. Il me fait remarquer que cette posture est typiquement élitiste, et ajoute une remarque critique du blogueur Jean Zin à l'égard de ceux qui, chez les écolos, ressortent les vieilles théories tout aussi élitistes, de Gramsci sur l' "hégémonie idéologique".

 

Pour gagner du temps, je vous livre ici ma réponse (un peu décousue mais qui décrit mon état d'esprit du moment) :

 

"Je suis d'accord sur le fait qu'idéalement il faudrait dépasser le clivage entre la gauche "sociétale" bobo (Anne Hidalgo, mairesse de Paris, disant lors de son élection "j'aime tous les enfants parisiens quelle que soit leur couleur, leur orientation sexuelle etc" sic) et le populisme identitariste néo-réac, dont ton Christian Roux, comme Eric Seymour, Finkielkraut etc font partie. Mais personne n'a pour l'instant la clé de ce dépassement.

La sociologie ne produit pas de politique comme le dit ton ami Jean Zin, c'est très vrai. Et le gramscisme est un élitisme, c'est vrai aussi.

Je ne crois pas trop au "mouvement social" qui a des côtés très petits bourgeois (Bourdieu dans certains moments de lucidité a reconnu son propre côté petit bourgeois aussi), ce qui ne veut pas dire que le "peuple" (de droite ou abstentionniste) qui ne se reconnait pas dans les mouvements sociaux ait plus raison que les petits bourgeois de ces mouvements.

Je suis très sceptique sur la possibilité de dépasser la césure entre le peuple et les élites. La fusion entre les uns et les autres, dans le cadre d'une élection ou d'une révolution est souvent le fruit de malentendus réciproques, ce qui ne veut pas dire que ces malentendus ne sont pas parfois féconds sur le plan de l'évolution politique des uns et des autres. Tout ce qu'on peut faire d'utile dans ce genre de dispositif est de jouer les commis voyageurs entre les différences régions de l'espace social pour au moins ne pas être dupe des illusions de la "représentation officielle" du monde.

programme-pour-une-gauche-copie-1.jpgL'alternative que j'évoquais dans le Programme pour une gauche française décomplexée et que je généraliserais aujourd'hui, serait d'introduire du tirage au sort à 50 % des effectifs dans tous les corps dirigeants de la société (politiciens, journalistes, haute administration système judiciaire, armée, police etc), mais cela ne règlerait pas le problème de la technicité des sujets, qui ferait que les 50 % non tirés au sort resteraient les véritables décideurs.

La démocratie produit à la fois une aspiration de chacun à contrôler le destin collectif, et une complexité sociale qui donne le pouvoir aux spécialistes et empêche de garder une vue d'ensemble. Et les spécialistes imposent une vision d'élite. Le paradoxe me semble assez indépassable, les frustrations qu'il provoque aussi.

D'où ensuite l'importance de l'effort individuel (l'effort de commis voyageur) pour au moins "rester humain" c'est à dire continuer à garder une vision ou une sensibilité "d'ensemble", et à pousser d'autres personnes à faire de même. Mais c'est un exercice qui demande beaucoup d'énergie et qui a ses propres limites. Un regard de cinéphile, de philosophe, d'artiste, peut y aider (en se disciplinant bien sûr, la discipline étant la clé de tout)."

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Zénon

6 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Les stoïciens recommandent le suicide en cas d'extrême nécessité. Zénon s'est suicidé par auto-strangulation. Personnellement pour ma propre mort j'ai une petite préférence pour la pendaison.

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Quinzième anniversaire de l’agression de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie

5 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

1couv serbieIl y a quinze ans, le 23 mars 1999, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, en violation de la charte des Nations Unis (puisque aucune résolution du conseil de sécurité ne l’y autorisait) lançait une campagne de bombardements sur la République fédérale de Yougoslavie, campagne qui, selon le ministre Hubert Védrine à l’époque, ne devait durer que quelques jours, et qui en fait dura plus de deux mois.

 

 La suite sur Esprit cors@ire ici

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Carta a Eva

3 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Il n'y a pas de grande politique sans grande humanité, et pas de grande humanité sans grands sentiments, c'est-à-dire sans grandes amours et sans grandes haines (mais "La grandeur effraie" comme dirait l'autre).

 

Si en ce moment rien de marquant ne sort de France, ni dans ses milieux dirigeants (le PS et l'UMP), ni dans son opposition (atomisée et asservie à des intérêts mesquins), c'est parce que l'humanité dans sa mesure et dans sa démesure n'y est plus assumée.

 

Le personnage d'Eva Peron se rappelle à mon souvenir de temps en temps, souvent quand je m'y attends le moins. C'est encore le cas à travers cette série télévisée diffusée récemment en français sur Arte "Carta a Eva" que vous pouvez voir en intégralité en espagnol ci-dessous. Le jeu de contrastes entre l'héroïne (fort brillamment interprétée, je trouve, par Julieta Cardinali) et le couple présidentiel madrilène ne pouvait pas ne pas parler à mon coeur de républicain espagnol, et surtout à ma sensibilité existentielle au delà de tout particularisme. Je ne verse pas dans l'angélisme : la compassion d'Evita ne peut pas être en soi une vertu politique si elle n'est pas secondée, par ailleurs, par une sorte de profondeur inspirée à la Bonaparte ou à la Epaminondas (mais qui sait, du reste, si cette profondeur Eva Peron ne l'avait pas elle aussi, sans hélas avoir la chance d'être à la tête ni d'un grand pays ni d'une grande armée pour pouvoir en faire la démonstration). C'est en tout cas par cette voie d'une intuition humaine poussée jusqu'à ses extrémités métaphysiques que la politique peut atteindre un dépassement, sans quoi on est condamné à rester le Pompidou d'un de Gaulle, ou le Nicolas Maduro d'un Hugo Chavez.

 

 

 

 

 
 
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"Gueule d'Amour" de Jean Grémillon (1937)

1 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Il y a quelques jours, je vous conseillais de jeter un oeil à "Corps à coeur" de Paul Vecchiali. Vecchiali est un fan du cinéma français des années 30 qu'il trouve sousévalué par les cinéphiles contemporains. Dans sa préface aux écrits de Grémillon parus chez L'Harmattan en 2010, il met en valeur les petites scènes qui portent les films de ce cinéaste à des niveaux sublimes.Dans "Gueule d'amour" notamment (1937), il retient le grand moment : lorsque Lucien Bourrache pleure.

Il est vrai que "Gueule d'amour" ressemble par bien des aspects à "Corps à coeur" à 40 ans de distance. Serge Daney (dont je critiquais il y a peu l'approche de "Céline" de Brisseau) verrait tout de suite les rapports de classe dans l'histoire amoureuse (qui étaient moins présents dans Corps à coeur), laquelle a un petit côté "Le rouge et le noir" de l'époque du Front populaire (mutatis mutandis bien sûr)... Mais ce n'est vraiment pas là l'essentiel.

Gabin a un joli jeu naïf et modeste (féminisé aussi diront certains). L'actrice Mireille Balin est convaincante. Le rythme, la façon de filmer, surprennent, et sont très en avance sur leur époque. Ils annoncent par certains côtés la Nouvelle Vague. Par exemple les plans sur les visages à la minute 16'45 de la 4ème partie sont très forts, ou encore la façon de filmer les ombres des spahis dans la 5 ème partie (on est dans du cinéma très subjectif comme chez Vecchiali et Brisseau justement). Et les 5 dernières minutes sont très vraies et très belles, tout en restant très sobres. C'est encore une façon très juste d'aborder la question du masculin et du féminin, face à face, dos à dos. De l'amour, de ses simagrées (une comédie poutrant sincère et finalement tragique), de ses impasses. Tout se joue par delà bien et mal. Ni Lucien Bourrache ni Madeleine Courtois ne mentent. Aucun ne renie ni ses sentiments ni ce qu'il est. L'amitié virile qui au final vient essuyer le sang et les larmes comme le linge de Sainte Véronique ne résout finalement rien, et le train qui emporte dans sa fumée le souvenir de la passion et du crime n'est autre que le temps. Mais tout restera finalement indécidable et irrésolu.

 

Le critique américain Dave Kehr disait de "Gueule d'amour" :

"It's amazing that a film of this quality should be so completely unknown. [...] Gremillon seems the master of every style he attempts, but his genius lies in the smooth linking of those various styles; the film seems to evolve as it unfolds, changing its form in imperceptible stages."

 

Le film est ici en 6 parties :

 

 


GUEUDAMO1  

GUEUDAMO2  

GUEUDAMO3  

GUEUDAMO4  


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Sri Lanka : une résolution au goût d’intérêts géostratégiques

1 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

boatEn 2011, lorsque l'ambassadrice du Sri Lanka au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies avait mené une action efficace pour faire retirer le projet de résolution des Occidentaux contre son pays, son homologue américain lui avait lancé "la prochaine fois nous vous aurons".

Ca a été chose faite, après des mois de flottement de la diplomatie srilankaise, cette année : le 27 mars dernier, ce même conseil a adopté par 23 voix pour 12 contre et 12 abstentions une résolution demandant au Bureau de la Haut-Commissaire aux droits de l'homme d'ouvrir une enquête complète sur les crimes présumés commis par les deux parties au Sri Lanka au cours des dernières années de la guerre contre les séparatistes tamouls

 

La suite sur le site Esprit cors@ire ici.

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Homo homini agnus est

29 Mars 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

La vidéo ci-dessous sur cette femme sourde de naissance qui entend pour la première fois grâce à un implant prouve :
1) que la science fait des miracles (mais nul ne l'ignorait)
2) que la voix humaine a un impact émotionnel sur l'humain tout à fait viscéral (et structurant).

 

On le savait déjà à partir d'observations sur des enfants qui en ont été privés, on le voit à nouveau là. Ce qu'un animal social comme nous doit à son espèce, tout ce qui le relie affectivement à elle, est considérable, et relativise beaucoup les visées individualistes de l'idéologie dominante.

 

 

 

Dans un autre ordre d'idées cela fait penser aux zoos qui sont obligés d'euthanasier des girafons (animaux sociaux eux aussi) pour préserver l'équilibre du groupe. Les patrons de zoos, tout comme Kim Jong Un dans son pays, pensent que l'intérêt du groupe doit l'emporter sur celui de l'individu, mais il faut bien reconnaître que l'individu sans le groupe, chez les animaux sociaux, n'est vraiment rien...

 

Cette force qui, dans l'individu, le rattache au groupe est ce qu'on nomme communément "amour" dans ses diverses formes, source de tant de bien être et de tant de douleurs comme chacun sait. Je dialoguais hier avec une femme, ainée de sa fratrie, qui n'a jamais été aimée de sa mère, et retrouvais dans sa façon de vivre ses affects d'adulte, et notamment leur ancrage (ou leur non ancrage) dans le temps, ainsi que dans sa façon de juger ceux des autres, des traits (à mes yeux très durs et très étrangers à mon propre fonctionnement) que j'ai connus chez d'autres filles qui présentaient la même caractéristique familiale qu'elle. Déprimante corrélation.

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L'AG de l'ONU sur la Crimée

27 Mars 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

800px-Map_Non-Aligned_Movement.pngL'Assemblée générale des Nations unies a adopté jeudi par 100 voix pour, 11 contre et 58 abstentions une résolution qui dénonce l'annexion de la Crimée par la Russie.

 

Ont voté contre : Arménie, Biélorussie, Bolivie, Cuba, Corée du Nord, Nicaragua, Soudan, Syrie, Russie, Vénézuela, Zimbabwe.

 

Se sont abstenus : Afghanistan, Algérie, Argentine, Antigua, Bangladesh, Botswana, Brésil, Burundi, Cambodge, Chine, Comores, Djibouti, Dominique, Equateur, Egypte, Salvador, Erythrée, Ethiopie, Fidji, Lésotho, Mali, Mongolie, Mozambique, Angola, Namibie, Nauru, Népal, Inde, Irak, Pakistan, Paraguay, Rwanda, Ste Lucie, St Vincent, Sao Tome, Senegal, Afrique du Sud, Sri Lanka, Suriname, Swaziland,Tanzanie, Uruguay, Ouzbékistan, Vietnam et Zambie.

 

N'ont pas pris part au vote : Congo, Iran, Bosnie, Belize, Cote d'Ivoire, Grenade, Ghana, Guinée Equatoriale, Israël, Guinée Bissau, Liban, Laos, Kirghizie, Maroc, Oman, Tonga, Tuvalu, Tadjikistan, Turkmenistan, Vanuatu, Emirats arabes unis, Yemen, Serbie.

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