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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Daniel Ortega réélu

12 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #La gauche

Eclipsée par les élections américaines, la belle victoire du président sortant sandiniste Daniel Ortega au Nicaragua mérite d'être soulignée. L'opposition (le FAD) avait appelé au boycott, mais 68 % des électeurs se sont rendus aux urnes et 72,5 % ont réélu M. Ortega dès le premier tour, de sorte que celui-ci va entamer son troisième mandat, de quoi faire pâlir d'envie François Hollande avec ses 4 % de popularité.

La recette de ce succès politique : une croissance économique constante depuis dix ans (une des meilleures du continent en 2016), une réduction de la dette publique de 85 à 48 % en 9 ans. Mais n'allez pas croire qu'il s'agisse là du résultat de recettes néolibérales : les programmes sociaux "Faim zéro", "Plan Toiture", "Usure zéro", "Goûter à l'école", "Tickets productifs" et "Maisons pour le peuple" ont fait reculer la pauvreté de 42 à 29 %. Le tout sur fond de collaboration avec Cuba et le Venezuela. Ainsi ce petit pays qui fut martyr de la guerre froide à l'époque de Reagan montre qu'il n'y a pas de fatalité au recul de la gauche en Amérique Latine après le retour de l'Argentine et du Brésil dans le giron de la droite.

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La libération de Bashiqa en Irak

11 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Aide aux femmes yezidies

La ville de Bashiqa, au nord-est de Mossoul, a été libérée par les peshmergas du général Bahram Arif Yassin le 7 novembre (dimanche), alors qu'Erdogan persécute le parti pro-kurde en Turquie. Bashiqa était autrefois une ville touristique, nous dit Wikipedia, peuplée majoritairement de yazidis et de shabaks, deux groupes ethno-religieux syncrétiques, d'ailleurs les Shabaks fréquentaient les sanctuaires yazidis (aujourd'hui détruits) même s'ils se sentent dit-on  plus chiites (les yazidis, eux, mélangent une sorte de zoroastrisme hérétique avec du soufisme - on ne développera pas ici les enjeux idéologiques des débats autour de la religion yazidie et du culte de Tawsi Melek). Une messe a eu lieu à l'église chrétienne le 9, et une cérémonie au temple yazidi le 10. Les yézidis se promettent d'y reconstruire leurs lieux saints. Espérons qu'ils parviendront plus facilement à y retourner et reconstruire leurs maisons qu'à Sinjar où ils n'ont pas remis les pieds, bien que la ville soit libérée depuis un an.

Alors que la guerre fait rage à Mossoul, une partie des esclaves sexuelles yazidies de Daech ont été transférées à Raqqah, où elles sont livrées dans des bordels encadrés par des Anglaises musulmanes qui ont rejoint Daech dans le cadre de la brigade al-Khanssaa. Daech justifie cela par le texte du Coran, et il est vrai que le Coran prône la réduction en esclavage des ennemies captives (voir le commentaire du chapitre 4 24 ici et ici). Les enfants ont eu le cerveau lavé dans des camps militaires, beaucoup peuvent servir de kamikazes.

En octobre la chancelière allemande Mme Merkela a défendu l'idée de créer une zone sous protection internationale pour la défense des minorités dans les provinces de Sinjar, Tal Afar (dont la capitale peuplée de Turkmènes sunnites sera dure à libérer surtout par des milices chiites) et la plaine de Ninive. Un projets aux relents un peu interventionnistes mais bon...

Dans un des camps de réfugiés en Irak où l'on voit arriver avec crainte la froidure et la pluie et où le chauffage de fortune provoque des incendies, mardi dernier le 8, un enfant yazidi est ... Sa mère l'a appelé Trump... La nouvelle est publiée aujourd'hui sur Twitter par Adlay Kejjan qui fait du lobbying républicain aux USA (Kejjan est une entrepreneur dans le secteur paramédical, trois de ses soeurs sont mortes à Sinjar à l'époque de Saddam parce que le régime barrait l'accès aux médicaments pour les yézidis à l'époque de l'embargo). Espérons que la maman ne regrettera pas ce choix à l'heure où l'on commence à annoncer que le nouveau président des Etats-Unis pourrait  prendre le néoconservateur John Bolton comme ministre des affaires étrangères...

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Paul Morand, la littérature

10 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi, #1950-75 : Auteurs et personnalités, #Lectures, #Grundlegung zur Metaphysik

Il y avait ce soir à la TV sur une chaine de la TNT une longue interview de Paul Morand. Je l'ai écoutée jusqu'au bout.

Je sais que des jeunes gens comme Romain ou Etienne qui m'ont fait l'amabilité de réagir à ce blog naguère ont apprécié que j'y parle d'auteurs du XXe siècle comme Gary ou Werth. J'ai peut-être mieux fait de faire cela que d'y parler de politique. Je ne sais pas...

Ce soir j'écoutais Morand comme on dialoguerait avec un extra-terrestre. J'ai tellement peu de points communs avec cet homme... et pourtant son monde m'a effleuré plusieurs fois dans ma vie. Le monde des peintres surréalistes, de Malraux, de Gide, de Proust. Je l'ai croisé au sortir de l'enfance, au début de ma vie d'adulte, au milieu. On ne sait pas pourquoi ce genre de chose vous atteint, s'éloigne de vous, puis revient à divers moments. On plaint ceux qui n'ont pas la chance de croiser cela sur leur route.

Le monde des surréalistes était encore présent en moi en 2012, je crois, à moins que ce ne fût 2013, à travers Soupault. Et puis l'oeuvre de Morand s'est invitée dans ma vie en 2014 à travers Hécate et ses chiens et à travers son journal de 1968-1970. C'est lui qui m'a donné envie de lire le journal de Simone de Beauvoir de la même époque. Je me demande si je n'ai pas connu Hécate et ses chiens après avoir lu un article du journaliste Labévière. 2014 était une année vraiment épouvantable pour moi et en même temps mêlée de révélations compliquées. Il était étrange que le roman de Morand soit arrivé là, car Hécate et ses chiens est un livre un peu diabolique. Juste un peu. Et cependant moi qui, après toutes mes découvertes, suis devenu allergique aux démons, je ne perçois pas de danger dans le monde de Morand. Peut-être suis je en cela trop naïf. Peut-être à cause de cette espèce d'humilité très sobre du personnage qu'on retrouvait dans son interview ce soir.

Peut-être à cause de son absence. Cet homme fut très présent à son époque, et en même temps tellement décalé, évanescent. Pas le genre de type qui vous embrigadera dans une légion criminelle. Il se sera beaucoup trompé, autant je pense quand il aimait Picasso, que quand il se résignait au pétainisme, ou quand il détesta De Gaulle. Mais il s'est trompé de façon intéressante, toujours, d'une façon bizarre, instructive. Peut-être à cause de son espèce d'absence de tout justement D'où ses phrases courtes dans l'interview, et le fait qu'il avoue ne pas aimer parler. Un point commun avec Deleuze.

J'ai la chance de ne pas être un écrivain, de n'avoir pas derrière moi une oeuvre, même si j'ai pondu un roman et quelques témoignages autobiographiques. Je peux donc aborder n'importe quel livre de façon parfaitement désintéressée, candide, désinvolte. Je n'ai même pas, à la différence des profs, à me poser dans le rôle du type "qui s'y connaît", qui doit transmettre, je ne suis même pas dans ce sérieux là. Je suis dans un sérieux, certes, mais un sérieux à moi, un sérieux lié à ma recherche incommunicable, incompréhensible par autrui, donc je tire des livres ce que je veux, j'en dis ce que bon me semble sur ces pages numériques ou ailleurs. Ca a de l'importance, et ça n'en a pas. Dans quelques semaines je serai pour quelques jours à Venise. Je ne l'ai pas choisi. Ca arrive comme ça, alors que Venise évoquait toujours pour moi Sollers et toute une imposture littéraire que je déteste. Une boursoufflure devrais je dire. La ville n'a-t-elle point elle même vécu du vol et de l'imposture depuis le Moyen-Age ? Pour m'y sentir moins seul, j'emmènerai le livre de Morand avec moi, "Venises". Dans l'interview de ce soir, il expliquait que Montaigne, Rousseau et bien d'autres génies ont écrit sur cette ville où lui même a rencontré mille célébrités. Je pense qu'à travers ce livre je retrouverai un peu du monde littéraire, et de l'univers des esthètes, qu'accaparé par ma recherche métaphysique depuis deux ans je néglige un peu trop. J'ignore si j'en parlerai sur ce blog. On verra bien.

Ai-je déjà parlé dans ce blog de Morand ? Je pense que oui. Qu'en ai-je dit ? Je ne sais plus. Est-ce que la littérature cela compte vraiment ou n'est-ce qu'un de ces pièges hédonistes de plus qui nous éloignent de la vérité ? Grave question. Platon voulait chasser les poètes de la Cité. A ma connaissance l'Israël biblique n'a pas eu d'écrivains, même à l'époque hellénistique des Macchabées. Il en a eu un avec Flavius Josèphe, mais ce n'était plus l'époque biblique, en tout cas plus celle de l'Ancien Testament. Il faudrait que je vous parle de Josèphe d'ailleurs car j'ai lu trois chapitres de son récit des guerres juives il y a peu. Passons. Oui, les peuples qui se confrontent sérieusement à la vérité ne pratiquent pas la littérature. Cependant l'auteur de l'Ecclésiaste ou celui du Cantique des cantiques ne sont-ils pas des écrivains ? Le style nous éloigne de la vérité, mais comment peut-il y avoir une vérité sans style ? Surtout une vérité pratique, au quotidien. Comment puis-je manger une pomme avec une certaine vérité dans ma façon d'être si je n'ai pas un regard littéraire sur elle, et sur ma façon de la prendre en main ? Je ne sais pas trop comment vous expliquer cela, mais je crois qu'il y a là un "vrai sujet" comme eût dit un de mes collègues.

Donc il se peut que vous tombiez encore sur des lignes sur Morand, en parcourant ce blog, dans les mois à venir, et sur des lignes sur Venise. Sauf si je me persuade de ce que je perds mon temps à aborder ces sujets là...

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Encore un mot sur la victoire de Trump

10 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Les Stazinis, #Colonialisme-impérialisme, #Revue de presse, #Le monde autour de nous, #Grundlegung zur Metaphysik

En France, les grands "merdias" s'appesantissent sur l'amertume que provoque chez eux la victoire de M. Trump. Mais c'est oublier l'espoir que celle-ci provoque à travers le monde parmi les gens qui ont tant souffert des compromissions de Mme Clinton avec le Qatar.

La presse russe par exemple cite un député au parlement syrien et président de la chambre de commerce d'Alep Fares Shehabi qui explique que les habitants de sa ville sont tous heureux de l'élection de Trump car pour eux Mme Clinton (avec son projet de zone d'exclusion aérienne) c'était le soutient américain Al Nosra...

Sur Twitter la directrice de l'Organisation des femmes américaines yézidies écrit sur Twitter "Ma tante chante des prières pour Trump depuis 2 heures dans l'espoir qu'il nous débarrasse de Daech et que les yazidis puissent vivre en paix à nouveau".

Encore un mot sur la victoire de Trump

En Serbie bien sûr on se réjouit, parce que Trump pendant la campagne avait dit que les bombardements de 1999 avaient été une erreur, et parce que sa femme slovène a des amis serbes. Le système clinton (Bill-Hillary) dans les Balkans reste synonyme d'ingérence barbare et de soutien aux mafieux, ce que Nuland l'adjointe de Clinton a renouvelé en Ukraine en 2014.

Diana Johnstone dans Counterpunch intitule son article "Ding Dong la Sorcière est morte", qualifiant Trump de "magicien d'Oz".

Encore un mot sur la victoire de Trump

La manière dont Clinton en fin de campagne s'affichait avec Beyoncé et Jay Z, après avoir eu le soutien de Lady Gaga et Madonna lui donnerait raison...

Et qu'on ne vienne pas nous dire que Trump a eu moins de voix que Clinton. C'était arrivé aussi à GW Bush en 2000. Et surtout, n'oublions pas que les libertariens plus à droite que lui lui ont piqué des voix tout en étant d'accord avec une partie de son programme. Et sans les campagnes de diffamation menées par tous les grands médias (il n'avait que Fox News avec lui) Trump aurait fait beaucoup mieux. Donc sa victoire n'est pas volée.

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La belle victoire de M. Trump

9 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les Stazinis, #Colonialisme-impérialisme, #Peuples d'Europe et UE, #Le monde autour de nous

Bien que je ne partage pas un certain nombre de ses idées (sur la légalisation du port d'armes, sur l'assurance médicale etc), je salue la victoire électorale claire, nette et précise de M. Trump (dont j'ai déjà dit du bien ici et ici notamment), laquelle va apporter un ballon d'oxygène à la démocratie américaine et constitue un meilleur gage de pacification des relations internationales que les projets de la diabolique Mme Clinton. J'espère que cette dernière fera l'objet des poursuites pénales annoncées par son adversaire républicain pendant la campagne du fait des nombreuses forfaitures dont elle s'est rendue coupable. Sa défaite, comme celle des adversaires du Brexit il y a quelques mois, est celle du système médiatique et financier international tout entier qui musèle les peuples depuis trop longtemps, mais je doute que ce système délirant, drogué au mensonge et à l'imposture, se remette en cause... Il est à craindre au contraire qu'il mette beaucoup de bâtons dans les roues de M. Trump, lequel va sans doute peiner à former une équipe performante après avoir été lâché par une bonne part de l'Establishment républicain. Pourvu que les néo-conservateurs n'en profitent pas pour lui remettre le grappin dessus !

Formons des voeux néanmoins pour que la défaite de Mme Clinton augure d'un rapprochement américano-russe, d'une diminution des tensions au Proche-Orient et autour de la Chine, peut-être aussi de la fin du traité de libre-échange transatlantique et du réveil des peuples d'Europe, à l'exemple des peuples américain et britannique, contre la pensée unique dominante.

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Digne du XIXe siècle : éléphants et pygmées persécutés par les Rothschild

6 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Une info que vous ne trouverez pas dans vos journaux. Benjamin de Rothschild a mis en place au Cameroun une opération permettant aux touristes d’abattre, pour la somme de 55 000 euros, un éléphant de forêt. Pour ce faire, les Baka ont été expulsés de leur territoire ancestral. "Des soldats, policiers et gardes armés patrouillent le territoire; les Baka ont maintenant été informés que les patrouilleurs tireraient à vue si les Baka pénétraient sur le territoire pour chasser afin de nourrir leurs familles, ramasser des plantes ou se rendre sur des sites sacrés" signale Survival international.

Né à Neuilly, le 30 Juillet 1963 d'Edmond de Rothschild et de Nadine Lhopitalier, Benjamin de Rothschild est domicilié à Genève. A la tête de l'empire Rothschild en France (son épouse Ariane de Rothschild, une ancienne cambiste de la Société Générale dirige à Genève la compagnie Financière Edmond de Rothschild,), il est officiellement la 20e fortune de France avec 2,9 milliards d'euros mais ce chiffre est probablement sousévalué. Sa visite au président Paul Biya en 2015 avait fait couler de l'encre à Yaoundé.

Rappelons que d'ici 2025, il pourrait ne plus y avoir d'éléphants de forêt en Afrique. A cause du braconnage, 62% d'entre eux ont disparu en l'espace de dix ans.

La presse évoque souvent le rôle des guérillas et des petits braconniers dans l'extermination des éléphants, mais pas celui des millionnaires...

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Nareen Shammo à Rome

5 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies, #Proche-Orient, #Les rapports hommes-femmes

La journaliste yézidie Nareen Shammo était invitée le 30 octobre denier par le parti radical non violent transnational et transparti à Rome à parler du génocide des yézidis. Je ne sais pas ce qu'est cette organisation. Selon son post sur Facebook, elle a souligné que les femmes dans les camps ont toujours besoin d'un soutien psychologique urgent, elle a aussi plaidé pour les yézidis réfugiés en Turquie et en Grèce et pour les chrétiens victimes de Daech (Etat islamique).

Ce parti est l'ancien Parti radical du "cicciolino Panella" comme l'appelait la star du X italo-hongroise des années 1980... de vieux souvenirs... Il faudrait que des organisations plus importantes en France accueillent aussi Nareen pour des conférences.

Les djihadistes en ce moment retiennent 400 femmes yazidies comme boucliers humains à Tal Afar (Talafer) à l'ouest de Mossoul. L'hiver approche pour les réfugiés dans les camps, et le retour dans les villages où ils ont vécu même s'ils ont été libérés par Daech n'est pas à l'ordre du jour (dans une ville comme la bourgade kurde Sinjar-Shingal, 20 000 habitants en 2008, qui avait été le lieu de tournage du film "L'exorciste" de William Friedkin, en 1973, des musulmans sunnites ont en 2014 aidé Daech à liquider les hommes yézidis et à déporter leurs femmes).

Si vous voulez aider les femmes yézidies ex esclaves de Daech, n'hésitez pas à me contacter.

 

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La question de la paix avec Daech

3 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants", #Colonialisme-impérialisme, #Proche-Orient, #Philosophie et philosophes

J'ai déjà dit à propos du débat Badiou-Onfray que je désapprouve l'athéisme d'Onfray, et depuis 20 ans je n'ai guère de sympathie pour sa philosophie très manichéenne, et superficielle qui procure du "ready made" à des gens qui n'ont pas envie de se confronter à toute la difficulté et à tout le charme des grands philosophes à lire dans le texte. Je perdrais mon temps à décrire toutes les caricatures de Nietzsche, de Kant, de Spinoza qu'il a pu produire et tout le mal qu'il a fait à l'intelligence dans notre pays en faisant croire aux gens que philosopher c'était cela (mais c'est en somme moins de mal sans doute que celui provoqué par les vrais savants qui se sont repliés dans leur tour d'ivoire en renonçant à faire de la vulgarisation, et aussi que la politique de nos gouvernants qui fait que dans nos écoles un enfant de CE1 ou de CE2 passe plus de temps à dessiner et jouer au basket qu'à apprendre à lire et écrire).

Mais penser c'est débattre, et on ne peut laisser sans débat et sans réplique les propos des gens que les merdias nous présentent comme des grands penseurs.

Alors oui il faut débattre de la proposition d'Onfray sur la possibilité d'une paix avec Daech, et il faut en débattre rationnellement, c'est-à-dire sans prendre en compte l'hypothèse que les forces divines peuvent demain entraîner en une seconde l'effondrement de Daech, celui de l'Occident, celui des deux, ou encore une réforme idéologique profonde de l'Occident comme de Daech. Parce que, même si l'on croit que le monde invisible ou son auteur a ce pouvoir-là, nul croyant (sous réserver d'une révélation prophétique avérée) ne peut prétendre être avoir la certitude qu'il sera mis en oeuvre. Donc nous devons aussi penser avec nos moyens humains, au moins en tant que partie (modeste) du job à faire.

Il faut en débattre, parce que la question d'Onfray est trop absente de l'univers de pensée totalitaire (et puéril) occidental : celui de la discussion avec l'ennemi, qui est au fondement de la notion même de diplomatie. Ici la question est profonde car il s'agit de discuter avec un ennemi qui veut explicitement notre destruction, alors que nos ennemis récents - Milosevic, Saddam Hussein, Poutine - n'étaient que d'anciens alliés un peu trop turbulents qui restaient disposés à adhérer à au moins une partie de nos valeurs et dépendaient idéologiquement de nous.

J'ai pour ma part défendu (voir mes livres) la non-ingérence face à ces "ennemis là" au nom de la souveraineté des Etats sur laquelle repose le droit international contre le droit humanitaire (Onfray, lui, qui ne croit pas en la légitimité des Etats, en tant que libertaire, n'est d'ailleurs pas légitime à s'opposer à l'ingérence).

J'ai en revanche soutenu dans la guerre du Mali le principe de la coopération internationale qui est compatible avec la souveraineté des Etats puisqu'elle suppose que le gouvernement concerné sollicite une aide, sans être trop regardant sur les conditions dans lesquelles le gouvernement malien (à l'issue du putsch) a pu recourir au soutien français. Et d'ailleurs cette guerre a effectivement libéré le nord du Mali du joug d'Ansar Eddine et d'AQMI (même si l'action de guérilla sporadique y perdure). En vertu de ce principe j'approuve aussi le soutien russe au gouvernement légal syrien.

Notre intervention militaire contre Daech est illégale en Syrie (alors qu'elle est légale en Irak...). Nous devons donc en principe la condamner. Elle ne serait légale que si elle était sollicitée par le gouvernement syrien.

Je ne vois donc pas pourquoi Onfray dans la vidéo ci-dessous suggère que nous devrions négocier avec Daech l'arrêt de nos bombardements contre la fin du terrorisme. Si notre action est illégale nous devons y mettre fin, c'est un devoir moral, ça ne se négocie pas.

Il est d'ailleurs amusant qu'Onfray laisse entendre que nous devions demander à Erdogan ou au Qatar de jouer les intermédiaires pour négocier la paix avec Daech, alors qu'il s'insurge contre la mainmise de ces pays sur notre classe politique...

Maintenant supposons (pure politique fiction) que Paris (en rompant avec Washington) se réconcilie avec Moscou, ou que (c'est déjà moins de la fiction), Trump étant élu à la Maison Blanche, tout le bloc occidental s'allie à la Russie contre Daech et qu'Assad demande donc officiellement aux avions français de bombarder Raqqa, notre politique de bombardement deviendrait-elle pour autant opportune ?

Elle pourrait être un gage de paix avec la Russie, mais je la considèrerais néanmoins inopportune. Je ne suis pas convaincu que l'apport militaire de la France à l'éradication de Daech soit décisif. Nos moyens sont modestes et nous provoquons sans doute plus de victimes civiles que de dégâts dans les rangs des islamistes. Comme gage de bonne volonté à l'égard de Moscou, nous pouvons nous engager à avoir une attitude positive sur la crise ukrainienne, sur la Crimée, sur la coopération économique, sur la question du bouclier antimissile, etc. Ce seraient là des signes de bonne volonté plus utiles que l'envoi de bombardiers, l'aviation russe étant déjà pourvue en moyens suffisants pour mener ses propres opérations en partenariat avec l'armée arabe syrienne, voire avec les combattants kurdes, tout comme les Etats-Unis sont pourvus de moyens suffisants en Irak avec l'aide des Kurdes, des Turcs et du gouvernement de Bagdad.

Dans le cas de figure où nous refuserions une aide militaire sollicitée par Damas, je ne crois pas non plus que nous aurions à négocier cela avec Daech. Ce refus correspondrait à nos intérêts tout simplement. Il apaiserait probablement l'ardeur de Daech à se venger contre nous, mais il n'y a pas lieu de négocier cette affaire.

On nous objectera que le refus d'aider Damas diminuerait notre influence au Proche-Orient et nous priverait d'une place à la table des négociations régionales le jour où les puissances se réuniront pour règler la question palestinienne. Tout d'abord cette négociation régional n'est pas près d'avoir lieu compte tenu du refus israélien, et rien n'indique que dans le cadre d'une négociation globale avec la Russie incluant les sources de conflit en Europe de l'Est, nous ne pourrions pas proposer notre bienveillance en Ukraine contre une influence maintenue sur la question palestinienne. En outre notre position au Proche-Orient peut être renforcée différemment, par une politique de coopération renforcée avec le Liban par exemple.

Nous pouvons aussi mettre en valeur notre rôle presque exclusif dans la lutte anti-islamiste en Afrique dans l'intérêt du monde pour demander à titre de compensation d'avoir aussi un mot à dire au Proche-Orient ou en Extrême-Orient (cela, il est vrai, supposerait que l'on soit un peu plus malin dans la gestion des effets de notre fiasco libyen).

Restent deux questions. La première que pose la journaliste en cours de débat : si Daech continuait à attaquer la France malgré le retrait de son engagement en Irak et en Syrie, devrions nous négocier ? Onfray répond sur la question des moeurs : selon lui nous ne devons pas modifier notre "art de vivre" et nos valeurs sous la pression terroriste. Il a raison : selon moi nous devrons un jour réformer nos moeurs, mais ce doit être déconnecté du chantage de Daech. Il se pourrait aussi que Daech poursuive les attentats en posant d'autres conditions que la réforme morale ou religieuse. A priori il n'y a aucune raison de négocier quoi que ce soit lorsque, nous étant nous même exonérés de toute faute en cessant de bombarder l'Irak et la Syrie, nous nous contentons de défendre notre territoire. Nous serions alors en situation de légitime défense pure et simple.

Enfin, on peut se demander : après avoir laissé les Etats-Unis et la Russie agir seuls en Irak et en Syrie (comme le font les Allemands), si nous devrions approuvé une éventuelle négociation entre Moscou et Daech ou entre Washington et Daech en cas d'échec de leur entreprise d'éradication territoriale. On voit qu'à ce degré, la question ne concernerait plus la France que d'une manière extrêmement indirecte. Probablement à ce moment-là la question d'un donnant-donnant entre les grandes puissances et Daech pourrait-elle être posée et mériterait-elle peut-être une approbation. Mais on voit bien que ce thème ne viendrait qu'en bout de processus. Il me semble en tout cas qu'au jour d'aujourd'hui le thème de la négociation avancé par Onfray est sans objet. Nous devons stopper de façon unilatérale l'intervention militaire en Syrie et en Irak, et rester fermes sur la défense des intérêts français à l'intérieur de nos frontières, et ces deux principes n'ont pas à être négociés.

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Clinton et Abedin

2 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les Stazinis

Fabuleuse, non ? cette histoire de milliers de mails classifiés de Mme Clinton qu'on retrouve sur l'ordinateur de Mme Huma Abedin au mépris de toutes les règles de sécurité, à travers un compte Yahoo (un délit passible de prison aux Etats-Unis comme en France, d'ailleurs chez nous Hollande comme Mme Clinton pourrait être poursuivi en justice pour avoir livré un document déclassifié à la presse, outre le fait qu'il a avoué avoir ordonné quatre assassinats ciblés sans jugement)...

Du même coup on apprend que cette femme, Mme Abedin, qu'on présente comme "l'ombre d'Hillary Clinton" et qui pourrait être son bras droit si celle-ci était élue présidente, a grandi en Arabie saoudite et qu'elle reste liée à travers notamment sa mère à la Ligue mondiale musulmane wahhabite... (bizarrement la droite américaine relie aussi Mme Abedin aux frères musulmans, mais c'est incompatible avec l'Arabie saoudite, peut-elle manger à ces deux rateliers ?). On avance que l'Arabie Saoudite financerait 20 % de la campagne de Clinton.

L'affaire est bien plus grave que les inventions des démocrates contre Trump (comme par exemple cette actrice de X à qui il aurait fait des avances et qui semble relever d'un montage pur et simple).

30 000 mails détruits par Mme Clinton alors que le Congrès menait une enquête sur elle, certains d'entre eux probablement très compromettants (assez pour que le directeur du FBI ait ressenti le besoin de couvrir en en faisant part au public américain 11 jours avant l'élection) retrouvés sur l'ordinateur de Mme Abedin, le FBI qui relance son enquête, Julian Assange qui donne un petit coup de main depuis son ambassade équatorienne... Les Etats-Unis retiennent leur souffle. Le Monde dans un combat d'arrière garde qui nous explique : "bah, juste des petites maladresses de Mme Clinton", et qui insiste "mais regardez comme le couple Obama est sympa et classe, le jour d'Halloween" et puis "Obama dit que Trump est un danger pour la démocratie, hein, alors, c'est bien la preuve que le vrai danger pour la démocratie américaine c'est Trump non ?" ... Pas sûr que ce soit ce que l'exploitation des milliers de mails révèlera... si du moins les alliés du clan Clinton laissent travailler la police jusqu'au bout...

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Le problème des minoritaires : l'exemple de Sigest

2 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

C'est un problème que j'ai souvent rencontré dans les années 2000 : les adversaires de l'atlantisme se sentent si écrasés par le rouleau compresseur médiatique (et ses prolongements tentaculaires à l'école, dans les universités, dans la vie quotidienne), qu'ils en viennent à chanter la louange du premier venu qui s'oppose à cette propagande, sans parfois faire preuve de beaucoup de discernement.

C'est le cas selon moi ce qui arrive au site Proche&Moyen-Orient.ch lorsqu'il fait l'apologie des éditions Sigest, alors qu'il existe sur le Net cet article dont visiblement tous les arguments ne relèvent pas de l'exagération polémique, et qu'on peut raisonnablement mettre en cause la pertinence de bien des analyses de M. JM Vernochet au cours du dernier lustre.

Les ennemis de nos ennemis ne sont pas nécessairement nos amis.

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Le retour des outsiders...

1 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Les Stazinis, #Proche-Orient, #Revue de presse

Trump remonte dans les sondages à quelques jours de l'élection américaine. Il faut dire que la FBI ne pouvait plus protéger H. Clinton après les nouvelles trouvailles faites dans le cadre d'une enquête annexe, sur l'ordinateur d'une de ses ex-collaboratrices. L'ampleur de la forfaiture de Mme Clinton ne peut plus être dissimulée, et même les gens intoxiqués par le politiquement correct médiatique (avez vous vu que Wikileaks a révélé que les organisateurs des débats télévisées communiquaient en avance les questions à Mme Clinton ? qui parlera d'impartialité des médias américains après cela ?) voient bien quel gang de malfaiteurs est la famille Clinton. Nos médias continueront à nous faire le coup de la gentille Clinton contre le méchant Trump, comme ils nous ont joué la scène des gentils européistes contre les méchants partisans du Brexit en Angleterre, mais là leur langue de bois tourne complètement à vide et sera bientôt si éloignée de la réalité terrestre qu'on pourra la mettre en orbite autour de mars.

Des tas d'outsiders à travers le monde sont prêts à prendre leur revanche sur la pensée unique médiatique en ce moment. Certains sympathiques, d'autres beaucoup moins... Le général Aoun, ami du Hezbollah, vient d'être élu président de la République au Liban ; les Emirats arabes unis qui avaient joué une carte anti-qatarie en Libye, font de même, selon Mediapart, en essayant d'aider le Front national en France ; Mélenchon (malgré tous ses défauts) devance Hollande en intentions de vote dans nos sondages hexagonaux ; Podemos en Espagne (dont je n'aime pas les sympathies catalanistes mais dont de nombreuses positions anti-OTAN furent justes) s'apprête à devenir la force dominante à gauche après le ralliement du PSOE à Rajoy ; et le candidat de "l'extrême droite" en Autriche, qui a perdu de peu l'élection présidentielle mais peut s'offrir un troisième tour le 4 décembre drague l'électorat serbe de son pays...

Le système capitaliste mondial peut bien sûr neutraliser une à une toutes ces brèches "populistes", "nationalistes", etc, mais on peu constater que le colmatage est laborieux...

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Des nouvelles de la guerre froide...

26 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Revue de presse, #Le monde autour de nous

Paul Craig Roberts (dont j'ai parlé parfois sur ce blog et dans mon livre sur mon engagement) existe encore et attire l'attention des internautes ici sur le fait que la Russie considère désormais l'OTAN comme une menace depuis qu'Obama s'obstine à installer un dispositif anti-missile (en fait lanceur de missiles) à sa frontière. Il s'inquiète du risque de guerre. Pepe Escobar (un autre vétéran des débats géopolitiques des années 2000) est plus rassurant : en cas de guerre nucléaire les Russes sont protégés, Washington le sait, et en Syrie H. Clinton ne pourra pas imposer sa no-fly zone où la Russie a déjà la sienne. L'Espagne menace de ne pas laisser les navires de guerre russes en partance pour la Syrie faire une halte à Ceuta, mais au fond, tout cela ne serait que du bluff... sauf si H. Clinton tente le "regime change " à Moscou, comme l'en accuse Diana Johnstone dans "Counterpunch".

En Bosnie les Serbes font marche arrière après leur référendum pour le 9 janvier fête nationale. Le chef du FSB russe (les services secrets) Nikolai Patrushev en visite à Belgrade offre une collaboration au ministère de l'intérieur serbe. Chacun avance ses pièces. C'est le jeu d'échecs mondial.

Si vous n'avez pas connu les charmes de la guerre froide du XXe siècle, vous allez les découvrir maintenant...

Situation confuse au Vénézuela après que la cour constitutionnelle ait invalidé la première collecte de signatures pour l'éviction de Maduro. Le Parlement de droite lance un procès en trahison contre le président mais l'armée ne suit pas, les menaces de violences dans la rue sont dans les deux camps, le pape offre ses bons offices. Malgré l'inflation, une grande partie du peuple reste mobilisée derrière le chavisme. Une résistance qui compte.

Allez, pour finir la palme de l'ignominie imbécile revient cette semaine à Boris Johnson, ministre des affaires étrangères britannique, pour sa sortie dans The Independent que les yéménites et tous les défenseurs de l'éthique apprécieront à sa juste mesure : "Si nous ne vendons pas d'armes à l'Arabie Saoudite, quelqu'un d'autre le fera à notre place".

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Aide aux esclaves de Daech : pourquoi ne faisons-nous rien ?

26 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies, #Le monde autour de nous, #Ecrire pour qui pour quoi

Il y a un peu plus d'un an, quand, après avoir regardé le reportage de la BBC sur l'action de la journaliste Nareen Shammo auprès des femmes yezidies séquestrées par les fanatiques de Daech, j'ai contacté cette journaliste, j'ai cru que mon geste allait dans le sens de ce que tout le monde pense. Les lecteurs de ce blog savent que je suis plutôt habitué des causes ultra-minoritaires qui n'intéressent personne. Là, j'ai plutôt pensé que je représenterais un millionième, un dix millionième de tous les efforts de la planète pour aider ces femmes rescapées de la pire des ignominies, et qui, ayant perdu leurs maris, leurs frères, vivent aujourd'hui sous des tentes du haut commissariat aux réfugiés. Je serais une goutte d'eau dans un océan de solidarité comme celui qui s'est mobilisé pour les victimes du tsunami il y a douze ans en Asie du Sud-Est.

Au fil des douze derniers mois, il m'est arrivé quatre ou cinq fois d'envoyer un peu de mes économies à l'organisation qui, en Irak, s'occupe de ces femmes. Un tout petit peu d'argent, vraiment trois fois rien. En retour cette association m'a envoyé des photos de femmes à qui cet argent était parvenu, celles que j'ai publiées ensuite sur ce blog pour inciter les gens à donner aussi de l'argent.

Aussi, l'été dernier, quand Nareen Shammo m'a écrit que j'étais "le meilleur ami au monde" du peuple yézidi, j'ai vraiment cru qu'elle manifestait là un penchant "marseillais" pour l'exagération... Elle, qui a été reçue par tant de médias occidentaux, qui a reçu des prix internationaux, qui a serré la main de Ban Ki-Moon et de tant de sommités et qui a accompagné à l'ONU Nadia Murad aujourd'hui lauréate du prix des droits de l'Homme «Vaclav Havel» du Conseil de l'Europe et "ambassadrice de bonne volonté pour la dignité des victimes du trafic d'êtres humains par l'ONU", comment peut-elle dire qu'il n'y a pas de meilleur ami des réfugiées qu'un Français très moyen comme moi qui n'a donné que quelques euros de sa poche ?

Je n'ai vraiment pas pris cela au sérieux. Mais en même temps, j'ai trouvé bizarre que Nareen m'écrive : "Frédéric, il y a une dame en France qui a promis de donner cent euros et nous n'avons toujours rien reçu pour l'heure, pourrais tu lui téléphoner stp ?"... Hé, quoi ? en était-elle à 100 euros près ? Etonnant aussi le récit que Nareen faisait sur Facebook de son passage à Genève : on avait l'impression qu'elle s'était rendue au comité des droits de l'hommes de l'ONU avec Nadia Murad un peu par ses propres moyens, ça ne sentait pas l'accueil "first class" des grandes causes de charité mondiale patronnées par Bill Gates et la Carnegie Foundation... Sur Twitter, Nareen multipliait les appels aux dons, et laissait un peu transparaître son désarroi... Il y a huit jours elle écrivait sur Twitter "Je suis vraiment fatiguée et désespérée, depuis le premier jour du génocide yezidi, nous demandons de l'aide et nous attendons des actes. Nous n'avons plus besoin de mots."

Hier, comme je lui confiais ma tristesse de ne pas pouvoir l'aider plus, Nareen m'a répondu ceci : "Tu  es un des meilleurs amis des yézidis. Tu as fait ce que personne n'a fait. C'est vrai. C'est une honte de le dire, mais vraiment il n'y a plus d'humanité dans notre monde" (You are one of best Yazidi friends, you did what nobody did.This is true, it is shame to say this but really there is no more humanity in our world.)

Je ne sais pas comment vous expliquer. Etre une goutte d'eau dans l'océan, c'est une chose. Mais agir juste un peu, en se disant qu'on ne sera qu'une goutte, et, à l'arrivée, se rendre compte qu'il n'y a pas d'océan autour de soi, qu'on a été la seule goutte, alors qu'en face, les milliers de femmes réfugiées meurent de soif, soif de ce minimum de reconnaissance auquel elles auraient pu prétendre après l'horreur qui s'est abattue sur elles - une reconnaissance qui aurait pu se manifester par quelques billets de dix euros - c'est absolument terrifiant !

"Vraiment il n'y a plus d'humanité dans notre monde". Cette phrase me poursuit depuis hier soir. Non seulement personne en Europe n'a agi pour empêcher l'éclatement communautaire de l'Irak après l'invasion américaine criminelle, personne n'est descendu dans la rue pour protester contre la montée en puissance des bailleurs de fonds de Daech, l'Arabie Saoudite et le Qatar, au moment des Printemps arabes, mais aujourd'hui tout le monde hausse les épaules devant le martyr de ces femmes yézidies en se disant qu'il y aura bien quelqu'un à l'ONU pour s'occuper d'elles...

Oui, bien sûr, le haut commissariat aux réfugiés assure le minimum : il fournit des tentes, et de la nourriture. Mais est-ce que ça nous dispense de faire plus ?

On voit bien les illusions d'optique dans lesquelles on se laisse prendre. Le système médiatique nous fait croire que parce qu'une femme est félicitée par l'ONU, cela suffit, que derrière un charity business va se mettre en place. Mais c'est faux. Cela n'a rien d'automatique. Et d'ailleurs, même si ça avait été le cas, qu'est-ce qui nous empêchait nous, à titre individuel, nous qui sommes si fiers de défendre nos valeurs contre l'intégrisme de Daech, de faire aussi à notre tour, à titre personnel, un petit geste concret en direction de ces femmes ?

Oui, certes, il y a d'autres calamités ailleurs. L'ouragan à Haïti, le nombre incroyable de morts et de réfugiés au Sud Soudan etc. Mais en quoi ces calamités là nous dispensent-elles de nous poser la question "pourquoi ne donnerais-je pas 50 euros pour les femmes yézidies ?". Nous avions là une cause facile à cerner, qui ne touchait pas des millions de gens comme le tsunami d'il y a douze ans. Une cause directement liée aux erreurs de notre politique étrangère, et directement en rapport avec les attentats perpétrés sur notre sol. Ceux qui attaquaient la France, la Belgique, l'Europe sont aussi ceux qui ont massacré ce groupe ethno-religieux irakien et réduisent ses femmes aux pires abominations. Quand bien même des milliards d'euros afflueraient vers ces femmes rescapées (ce qui n'est hélas pas du tout le cas), qu'est-ce qui nous empêchait de dire "moi aussi je veux vous dire que je connais votre martyr et que je vous soutiens" ?

Je me suis repassé le film des derniers mois. Cet été, alors que mes billets sur les yezidis ne suscitaient que quelques "likages" sur Facebook, une femme médecin m'a écrit qu'elle voulait aider les femmes outragées. Je lui ai donné les coordonnées de Nareen, et puis plus rien, la dame s'est volatilisée dans la nature. Sans doute dépassée par ses activités quotidiennes. Dépassée surtout par l'idéologie du zapping des mails, et le principe que, de toute façon, personne n'est obligé de respecter ses engagements (vive la consommation des rapports humains !). A cette occasion, Nareen m'avait dit : "on a un fort besoin de psychologues sur place dans les camps pour aider les femmes". J'ai écrit à une copine psychologue. Elle m'a répondu : "Je réfléchissais mais je ne vois personne autour de moi susceptible de partir. d'autant que la mission demande des compétences bien précises sur les traumatismes et les syndromes afférents au stress post-trauma.Je te conseille de tenter une annonce au Journal des Psychologues, à la FFPP, fédération française des psychologues et de la psychologie, ou encore de voir avec les labos dans les facs de psycho.Si je pense à d'autres pistes, je te tiendrai au courant. En tout cas, je te félicite pour ton engagement !"

Féliciter, réfléchir. Ils sont tous bons pour cela. Mais elle ne m'a pas demandé les coordonnées pour envoyer 50 euros par Western Union. C'est à ça que faisait référence le tweet de Nareen sur le fait qu'il lui faut des actes...

J'ai écrit à une amie prédicatrice protestante. Elle m'a répondu le 1er octobre : "Non, je n’ai pas de psycho sous la main, capable d‘un tel travail d’aide. J’ai eu à traiter spirituellement beaucoup de femmes violées (c’est épouvantable, leur nombre, y compris dans les meilleurs familles. Mais aujourd’hui dans beaucoup d’endroit, ex Caraïbes, toutes les fillettes sont violées par un membre de leur famille… c’est devenu la norme !). Il faut un miracle divin pour le pardon (pas facile car elles sont souvent dans le déni), l’abandon de la colère,. Mais c’est Jésus seul qui peut guérir les coeurs brisés (Es 61 - Lu 5)." Dix jours plus tôt je lui avais parlé de la possibilité de verser de l'argent par Western Union et je lui avais envoyé les articles de mon blog. Elle m'avait répondu : "Dieu nous donne des fardeaux, le coeur pour agir, et les moyens pour le faire ! C’est très bien, votre action: que de souffrances horribles  !"

Des paroles intéressantes, des félicitations, mais il manquait toujours ce réflexe de dire "Allez, donnez moi un contact en Irak que je puisse verser un peu d'argent" ou même l'idée de publier sur son blog (elle a des centaines de lecteurs) un appel au don. Qu'est-ce que ça lui aurait coûté ?

Je ne laisse pas de m'interroger sur cette culture des mots que nous avons et cette difficulté que nous éprouvons pour aller au bureau de poste à côté de chez nous envoyer un peu d'argent. Or cela seul peut être qualifié d' "acte". Les mots, les mots... Alors moi, je suis un très mauvais "fund raiser". Je ne sais pas dire "madame, allez y postez un billet pour les femmes yézidies sur votre blog" ou "ma chère camarade psychologue, plutôt que de réfléchir aux moyens idéaux d'aider ces femmes pourquoi n'irais tu pas à ton bureau de poste toi aussi ?" J'attends que ça vienne spontanément des gens. Et apparemment ça ne vient pas. Ca se perd dans les tuyaux de l'abstraction. Nous sommes un peuple terriblement abstrait...

Enfin, voilà, au moins maintenant vous savez. Vous savez que, si les chrétiens orientaux bénéficient de réseaux d'entraide dans les paroisses et les évêchés d'Europe occidentale, les yazidis, bien qu'ils aient des porte-paroles invités sur nos plateaux de télévision et au conseil des droits de l'homme de l'ONU, ne reçoivent rien sur le terrain, sauf un soutien minimal du HCR. Donc si vous pensez pouvoir faire quelque chose n'hésitez pas. 

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Les pro-OTAN en mauvaise posture en Moldavie

25 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie, #Colonialisme-impérialisme, #Peuples d'Europe et UE

Alors que les pro-OTAN ont gagné de peu et dans des conditions plutôt troubles les élections au Montenegro, ils risquent de les perdre en Moldavie. Igor Dodon, leader du parti des socialistes de Moldavie, souvent présenté comme le candidat de Moscou (dans un débat télévisé il vient d'ailleurs de valider le rattachement de la Crimée à la Russie) est crédité selon un sondage publié lundi dernier de 41% d'intentions de vote aux prochaines élections présidentielles du 30 octobre contre 14 % pour  Maia Sandu, leader du Parti de l'Action et de la Solidarité, supposée être la candidate des Etats-Unis, et 11 % pour Marian Lupu du Parti démocrate de Moldavie, selon un sondage de lundi dernier.

De quoi réjouir les Transnistriens qui pourraient bénéficier d'une fenêtre d'ouverture pour la normalisation comme à l'époque de Voronine. En revanche cela ne fera pas l'affaire du régime de Porochenko à Kiev. On peut compter sur lui, en alliance avec le gang Clinton-Nuland-Biden si tout ce petit monde est porté au pouvoir à la Maison Blanche, pour déployer des intrigues à Chisinau, avec la bénédiction du très atlantiste Alain Juppé...

Avant d'oublier, je conseille à mes lecteurs anglicistes la lecture du bon article de Cockburn sur le parallèle Alep-Mossoul, même si c'est hors sujet par rapport à la Moldavie (quoique...). On peut aussi en trouver un résumé en français ici.

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Mauvaise année 2017 en perspective...

21 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous, #Les Stazinis, #Colonialisme-impérialisme, #Proche-Orient

Je ne suis pas optimiste... Mossoul va tomber, mais Erdogan fait ce qu'il veut en massacrant 200 combattants kurdes aujourd'hui avec la bénédiction des Etats-Unis, et l'Etat islamique active ses cellules dormantes à Kirkouk, ce qui donne une idée de ce qu'ils feront l'an prochain avec leurs cellules en Europe quand ils ne contrôleront plus de territoires en Irak (et peut-être en Syrie ? car j'espère quand même que Washington ne laissera pas EI se masser à Raqqa comme Nasrallah l'a laissé entendre).

Les Etats-Unis auront la cynique Hillary Clinton à leur tête, celle qui voulait provoquer un "printemps catholiques" avec une ONG à sa solde pour renverser a hiérarchie romaine (dixit Wikileaks) et qui tient toujours à instaurer, comme en Libye jadis, une no-fly zone en Syrie au risque d'une guerre avec les Russes (au fait, messieurs du Crif, en quoi est-ce si mal que M. Poisson ait affirmé que cette candidate était liée à des intérêts "sionistes" ? l'Aipac n'est-elle pas sioniste ?). En France nous aurons Sarkozy ou Juppé comme président de la République, et je doute qu'ils aient la carrure pour faire face aux tensions provoquées par la montée de la menace terroriste. Il est vrai que maintenant que le ministère de la défense a livré son système informatique à Microsoft nous pouvons directement dissoudre l'Etat français, et même l'Union européenne et en faire un 51ème des Etats-Unis d'Amérique (ou former les Etats-Unis transatlantistes). Merci en tout cas à François Hollande de s'être définitivement ridiculisé avec son dernier livre de confidences (ça pourrait nous éviter de voir sa bouille sur nos affiches électorales l'an prochain, mais bon, celle de Valls ne vaut pas mieux), et merci aux Wallons d'avoir joué au village gaulois face au traité euro-canadien qui préfigure si bien le traité transatlantique qu'on tient tant à nous imposer. Mais ces petites satisfactions n'effacent point les augures amers qui planent sur 2017...

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