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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Le décès de Donna Summer

17 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les Stazinis

Que l'on me pardonne mon côté midinette ce soir, mais comme j'apprends à l'instant le décès de Donna Summer, il m'est impossible de ne pas penser au jour de l'année 1983 où je suis allé acheter au Palais des Pyrénées de Pau "She works hard for the Money" en maxi 45 tours, un des premiers disques que j'aie acheté pour ma toute nouvelle "chaîne stéréo" comme on disait (ce n'était pas de la Hi-Fi, trop chère...), et le seul "maxi" que je me sois procuré de toute ma vie. Je suis trop jeune pour avoir connu la grande époque de Donna Summer (les années 70), mais pour l'adolescent de 12 ans et demi que j'étais, ce visage et cette voix - elle avait 34 ans -, comme ceux de Kim Wilde, d'Irene Cara, faisaient partie d'un panthéon d'icônes féminines qui traçaient le chemin vers cette vie adulte qui nous faisait peur et dans laquelle nous avions en même temps hâte d'entrer. Ces stars égayaient nos tympans, encourageaient nos rêveries, nous donnaient envie d'apprendre l'anglais, de voyager. Nos cerveaux étaient trop neufs pour pouvoir les comparer à d'autres icônes ou a fortiori à des femmes réelles de notre quotidien. Elles étaient donc des essences, des ousia, qu'on ne pouvait mettre en relation avec rien sauf avec notre "protension" vers le monde et l'avenir comme aurait dit Merleau-Ponty, avec les désirs d'un moi presque dépourvu de tout passé, avec la pure ouverture de nos douze printemps.
 
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Lo que nunca ha tenido sentido, y nunca lo tendra

16 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Espagne

Il y avait ce soir sur Arte une soirée Pedro Almodovar. Je tourne toujours en rond quand je parle de l'Espagne sur ce blog. En fait c'est un sujet dont je ne veux pas parler, mais que je ne peux pas éviter. Un sujet dont je crois toujours pouvoir m'affranchir, mais qui me rattrappe toujours, souvent par l'intermédiaire de tiers.

 

Il m'est retombé dessus quand j'avais 20 ans, par le biais de mes petits camarades de Sciences Po hispanophiles. Aujourd'hui il me poursuit à travers mes cousins. Je crois toujours qu'il n'a plus rien à me donner, et je reçois de lui. C'est étrange. Je reçois mais je n'en fais rien. Du Béarn j'ai fait un roman, de l'Espagne rien. Mais c'est là.

 

Pays compliqué. Très hermétique à mes yeux. Un pays qui a fait peur, pendant des siècles à l'Europe. Car il était le fer de lance de son obscurantisme, de ses ténèbres. Et cependant c'est le pays du "mas vale honra sin barcos que barcos sin honra" face aux Etats-Unis. Ce pays qu'Orwell aimait tant qu'il était persuadé que, même sous une dictature, brune ou rouge, il garderait une décence, une retenue dans les persécutions, que l'URSS et l'Allemagne n'avaient plus (Orwell écrit cela dans l'Hommage à la Catalogne quand un sbire du gouvernement républicain après la liquidation des anarchistes vient fouiller sa chambre).

 

Souvenir de ces pilotes espagnols aux ordres de l'OTAN qui ont refusé de bombarder Belgrade en 1999 et l'ont fait savoir au monde entier. Que sont-ils devenus. L'époque où l'employé du consulat de Yougoslavie (RFY) à Paris tenait à me parler en castillan...

 

J'ai souvent pensé à Cioran qui plaçait un signe d'égalité entre Russie et Espagne du point de vue de leur fonction en Europe et de leur mysticisme. Le néo-conservateur Bernard Lewis trace la même égalité et l'explique à sa façon : deux pays soumis à une longue occupation musulmane, puis qui ont eu leur reconquista, et qui finalement ont colonisé d'autres musulmans. Je ne sais pas. Je connais moins la Russie que l'Espagne, et je connais au fond fort peu l'Espagne, malgré mes attaches familiales là-bas et les longs mois que j'y ai passé. Pour moi la Russie est un pays de fous. Et l'Espagne un point d'interrogation. Je ne sais pas. Je ne comprends pas.

 

Devrais-je faire quelque chose de ce pays ? Quoi ? Aller avec un cousin dans ce village sans habitant près de celui où est né mon père ? Y aller avec un photographe pour des prises de vue... un peu spéciales ? J'ai des idées oui. Des idées. Pas les mêmes qu'à 20 ans, pas avec la même fraîcheur d'esprit, cela va de soi. Mais quand même... Ils ont foutu des éoliennes sur les plateaux de Don Quichote mais ils n'ont pas complètement toutes les idées qui peuvent germer dessus.

 

Est-ce qu'il y a encore des fontaines le long de la Castellana ? J'ai vu que les Indignés ont été sévèrement réprimés il y a quelques jours à la Puerta del Sol. Espagne de l'austérité. Les gens se désapent en public pour protester. Hé quoi ? Peut-on dire que Merkel écrase en ce moment le dernier héritage de la Movida, comme elle s'oppose à ce qu'il reste de la résistance communiste grecque au nazisme ? (je pense à ce vieux, Manolis Glezos, qui a dérobé le drapeau à la Svastika sur l'Acropole, qui est une des figures de proue de Syriza).

 

Mais quoi, tant qu'il y aura Pénélope. Vous souvenez-vous de Sertorius ? "Rome n'est plus dans Rome". L'étrange général romain, un "populaire" anti-aristocrate, qui avait domestiqué une biche si j'en crois Plutarque. Touchante image. C'est en Espagne qu'il cherchait son "autre Rome" et l'eût peut-être construite si ce pauvre idiot de Pompée (ce pauvre pantin devrais-je dire) ne l'en avait délogé. Mais assez parlé ! Nous ne règlerons pas le compte de l'Espagne ce soir.

 

Ici, pour finir, deux films associés au temps où je bossais à l'ambassade de France à Madrid, calle Salustiano Olozaga. Ah, Madrid, ce mirage au milieu du désert, cette cité purement étatique, "villa y corte", pur produit des diktats des rois, avec ses grands avenues américaines, ses bars à sangria et à drogues en tout genre. La ville la moins authentique que je connaisse, et, pour cette raison, celle à l'égard de laquelle je tends à être le plus indulgent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le livre sur l'Abkhazie qui éclipsera le mien

15 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

P1020569J'informe mes lecteurs de la présentation de l'ouvrage "Voyage au pays des Abkhazes" (éditions Cartouche) du correspondant du Figaro et de RFI Régis Genté à la Maison d'Europe et d'Orient dans le 12ème arrondissement de Paris lundi prochain à 19 h 30. M. Genté disposant d'un meilleur réseau que moi (en ce qui me concerne je n'ai même pas fait une présentation publique de mon livre), il ne fait aucun doute que son travail fera oublier l'existence du mien sur le même sujet (voire de celui de Léon Colm dont je ne sais pas trop quel écho il a reçu à Paris lors de sa publication en 2009). Il s'agit là d'un simple constat bien sûr, qui n'est assorti d'aucun regret car les mondanités intellectuelles parisiennes tout comme le devenir de mes livres me laissent assez indifférent.

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Nuances

14 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca

Lu en commentaire d'un clip vidéo de 1988 :

 

 "It seems people take things more literally than ever before. I think it's because of what I call the Internet generation. If the kids of the 80s were the Fast Food Generation, and wanted things fast, the youths of today want things NOW. And I have noticed they don't want subtlety or nuance in anything in their lives. They really react with knee-jerk reactions to most things. They seem incapable of figuring out how allusion or symbolism works. They want it all explained in black and white."

C'est assez juste.

 

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Die Linke plonge, gros problème pour le Front de Gauche

14 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

assnatPas de chance pour le Front de Gauche (FdG) : leurs alliés "naturels" en Europe ont gagné dans le mauvais pays et perdu dans le bon. Ils ont gagné en Grèce (Syriza) mais ça ne devrait pas servir à la gauche française puisque la Grèce a de bonnes chances de quitter la zone euro, et donc elle ne sera plus un allié de Paris pour faire pression sur la Banque centrale européenne comme le souhaiterait le FdG. En revanche l'allié du FdG outre-Rhin, Die Linke, perd les élections dans le pays vraiment utile pour la construction de l' "alter-Europe" dont il rêve : l'Allemagne. Hier en Rhénanie du Nord-Westphalie Die Linke est passée sous la barre des 5 %, elle ne sera pas repésentée au parlement de cet Etat, et disparait  donc des écrans radars.

 

Le FdG français va-t-il en tirer des conclusions quant à sa stratégie politique ? Deux possibilités. Soit il revient à une stratégie plus nationale de rupture unilatérale avec les traités européens. Soit il se met davantage à la remorque des sociaux-démocrates (en France et en Allemagne) qui sont les seuls à avoir le vent en poupe à la fois à Paris et à Berlin, et les seuls à même de faire semblant encore pendant quelques mois de préparer une "Europe de la croissance".

 

 

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Vie et littérature

13 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

chreibenA la radio ce matin le seul type au monde qui ait écrit un roman en hongrois sans être hongrois lui-même raconte comment il est devenu amoureux de la langue magyare jusqu'à en devenir un traducteur réputé. Il précise que l'amour ne lui est pas venu par l'entremise d'une personne mais par intérêt pur pour les structures grammaticales ce qui l'a mis à l'abri des déceptions ultérieures. Il explique comment la conjugaison de l'expression "je t'aime" en hongrois met mieux en valeur l'activité qu'elle désigne.

 

Voilà un homme qui a soumis sa vie à la nécessité du Verbe (pas de la Propagande, comme nos journalistes). Je me suis souvenus de mots hongrois qui restent au fond de moi. Deux seulement "Hocok Ter". Je préfèrerais qu'ils n'y fussent pas. Ou peut-être pas, au fond, allez savoir. Car s'ils n'y étaient pas, mon existence serait encore bien plus factice, je crois.

 

Autre forme de vie littéraire (mais qui s'ignore) : ce matin je dialoguais (en français précisons le) avec une jeune Egyptienne (23 ans) secrétaire à Alexandrie, musulmane fille d'une famille riche. Son histoire à la Roméo et Juliette. Elle est amoureuse d'un jeune homme pauvre (qui vit au Koweit aujourd'hui). Mais sa famille ne veut pas. Elle lui fait épouser un autre homme. Ils ont une petite fille en 2010. Mais la secrétaire manque de dynamisme au lit. Un rapport par mois ça ne suffit pas à cimenter un couple. Le divorce est au bout du chemin. La loi égyptienne assez protectrice permet à la jeune secrétaire de continuer à occuper la maison de son ex-mari après la séparation. Mais le père ne veut pas qu'elle reste seule. Il voudrait qu'elle vienne vivre chez lui Elle ne veut pas être la servante de ses frères et vivre avec leurs femmes. e drame. Au bureau ça ne va pas non plus. Le directeur lui fait des avances en permanence. La petite fille bavarde réclame toujours son père. La jeune maman est désemparée. Elle voudrait mourir. Elle met des clips de Cabrel sur son profil Facebook.

 

Le problème de cette fille ce ne sont pas les islamistes. Quand on lui demande si elle sort voilée elle se récrie "ce que vous croyez sur l'Egypte c'est en Araie Saoudique (sic) que ça se passe, pas ici. Ici il y a beaucoup de chrétiens par exemple". Quand on lui demande ce qu'elle pense de Aliaa Magda el-Mahdy (en lui envoyant le lien au cas où elle ne la connaisse pas) elle la juge "folle et bête". Les problèmes comme le danger islamiste sont bien abstraits pour elle. Elle est déjà confrontée à une difficulté bien plus poignante : l'incompatibilité avec une forme de vue littéraire (romantique) qu'elle a adoptée sous l'influence occidentale, et le vieux patriarcat proche-oriental. La voie féministe d'émancipation est sa seule chance de survie.

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Syrie, Algérie, toujours la même propagande

12 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse

Journaux-3-2.jpgSur LCP un documentaire entièrement à charge contre le régime syrien ce soir, avec en prime un plateau-débat dominé par une journaliste proche du Conseil national syrien fantoche : bravo encore à nos grands médias pour leur impartialité ! L'Algérie (pauvre pays encerclé par l'islamisme made in Qatar) redonne une majorité au FLN à l'assemblée populaire nationale. Reuters le déplore à demi-mots en accusant une élite "non élue" (sic) de rester au pouvoir, et en espérant que les présidentielles donneront une autre chance pour le renversement du régime (pour son remplacement par une autre islamisme made in Qatar ?).

 

Y a intérêt que le Front de Gauche sorte vite de ses ambigüités en politique étrangère. Parce que là en ce moment je n'entends rien d'intelligent dans cette mouvance sur des sujets pourtant très graves. Et le pauvre Mali occupé par le salafisme dans sa moitié nord, qui lève le petit doigts pour lui ? Non vraiment ça ne va pas du tout. Dogmatisme de l'information, inertie des opposants. Tout cela devient très inquiétant.

 

Mais au fait, que fait Michel Rocard à Téhéran ?

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Boys and girls

12 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

women-save.jpgLa revue Books que je lisais cette semaine consacre, entre autres choses intéressantes, deux pages aux mémoires de Casanova. Celui-ci est resté dans l'histoire de notre espèce non pas comme un grand consommateur de sexe, mais comme une sorte de héros de la séduction parce qu'il s'est montré tout au long de sa vie d'une immense générosité et bienveillance non seulement à l'égard de ses conquêtes (dont on évalue le nombre à 150 environ, ce qui n'est pas énorme) mais aussi à l'égard du jeu amoureux lui-même et des inévitables revers de fortune qu'il implique.

 

Vous savez qu'à la fin de la métaphysique (et à la fin du christianisme) - disons avec les Lumières - certains ont cherché le sens de la vie humaine dans l'action politique, perçue comme le seul horizon d'exercice légitime de la rationalité (voyez Lefort là-dessus)... quitte à ce que tout cela se termine dans un goulag... D'autres sont revenus plutôt à ce constat de base : que l'humanité comme toutes les espèces de mammifères est divisée entre hommes et femmes, et que, à la différence de beaucoup d'espèces, elle est susceptible d'éprouver du désir à toute période de l'année et de la vie adulte, de sorte que le jeu infini des possibilités d'action qu'ouvrait cet état de fait pouvait occuper utilement une bonne partie de notre état d'esprit nocturne et diurne pourvu qu'on sut l'encadrer de certaines règles et lui donner un certain style... Autrement dit retournons dans la cour de récré de notre enfance et, au lieu de jouer au foot ou aux billes avec les garçons de notre âge, allons voir du côté des filles... (Pas de régression freudienne là, pensez putôt au Dionysos enfant de Nietzsche).

 

L'époque actuelle ne se prête pas beaucoup à la mise en oeuvre de la philosophie de Casanova. Parce qu'il y a les violents (façon DSK si l'on en croit la mère de Banon et certaines accusations judiciaires récentes) ; parce qu'il y a la political correctness et ses cohortes d'inquisiteurs (voyez cependant la décision récente du Conseil constitutionnel assez opportune à mon sens de censurer la loi sur le harcèlement sexuel) ; parce qu'il y a un certain climat de malveillance, de jalousie, de rivalité, de mépris entre les gens qui laisse peu de place à l'idéal de générosité que la séduction implique. Le capitalisme préfère vendre de l'Eros en conserve dans ses publicités, son packaging, sur ses écrans d'ordinateur, faire du teasing, du fétichisme de la marchandise en de la marchandisation mortifère du fétiche.

 

Et cependant il se trouve encore des gens pour y croire. Voyez donc le site ci-joint dont un auteur m'a parlé il y a peu. Il offre quelques bonnes surprises dont l'éclectisme méthodologique (l'ouverture à la sociologie, à l'histoire, à la psychologie évolutionnaire), la manière dont il mêle théorie et pratique (avec son espace de rencontre), ainsi que son côté militant. Militer pour l'adultère comme il le fait est un choix difficile dans une société dont le fonctionnement et les institutions ne sont pas a priori définies pour favoriser son développement (même si, comme il le signale dans ses pages, la France est le pays le moins mal loti en la matière). Mais peut-être les conditions historiques du moment, vu le niveau d'éducation que nous avons atteint et le degré d'émancipation des femmes (même si beaucoup reste à faire), s'y prêtent-elles et le jeu en vaut peut-être la chandelle. Un des enjeux bien sûr est de venir à bout de l'instinct de jalousie et de possession, probablement hérité de notre rapport génétique à la procréation mais aussi des formations culturelles issues des sociétés agraires, ou en tout cas d'apprendre à composer intelligemment avec lui comme notre espèce a appris à composer avec l'instinct de meurtre. Les militants de ce site (dont j'ignore le profil sociologique et psychologique) tiennent en tout cas entre leurs mains un projet sociétal qui est peut-être un prélude au communisme sexuel rêvé par certains philosophes antiques. En tout cas un moyen de réintroduire du jeu casanovesque dans notre société si peu encline ces derniers temps à le valoriser.

 

 

 

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De l'air !

11 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

juillet-2006-099.jpgJour de pluie sur Paris. Je vois tout le monde s'enfermer dans ses petites marottes. Un ex pote à moi, proche des Indigènes de la République, qui essaie de se persuader que le projet de parti politique de la sénatrice verte Halima Boumédienne a de l'avenir, Mélenchon qui veut se présenter à Hénin-Beaumont, un souverainiste qui cite une publiciste de sa mouvance comme un argument d'autorité (*). Tout le monde à l'air d'avoir envie de se raccrocher à ses marottes, qu'il utilise comme des marqueurs identitaires sans plus relativiser, sans réinscire ça dans des perspectives plus générales bien pondérées (encore que pour la fixette de JL Mélenchon sur Hénin-Beaumont je comprenne le raisonnement stratégique derrière : abattre les extrèmes-droites en Europe et sortir les médias de leur fascination pour elles, mais parce que ce raisonnement tourne à la marotte, il devient contreproductif, le Front de Gauche devrait plutôt réfléchir sérieusement à ce qu'il veut faire du cadre national français...). Quand la politique n'est plus qu'affaire de fétiches, elle devient ennuyeuse à mourir. Je compte donc m'en éloigner dans les jours qui viennent pour quelques semaines. J'espère qu'aucun événement d'envergure ne m'y ramènera.

 

(*) Il vient de m'écrire qu'il ne l'a pas publié comme argument d'autorité (même si des lecteurs l'ont pris comme tel ainsi qu'on le voit dans les commentaires) et qu'il ignorait le background de cette publiciste. Dont acte.  Mais la tendance à ne citer que les gens de son propre microcosme (limité à 50 personnes qui se connaissent toutes), même quand ce sont des Américains, est quand même le signe d'une sclérose de la mouvance.

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Retour de Sicile

7 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Retour de Catane Syracuse et Taormine.

 

Le théâtre grec de Syracuse défiguré par de tréteaux. Les guides parlent des visiteurs illustres : Platon, Eschyle. Evidemment ils oublient mon préféré : Aristippe de Cyrène. L'histoire est toujours injuste.

 

Les colonnes du temple d'Athèna enchâssées dans les murs de la cathédrale Sainte Lucie. La côte magnifique entre les Jardins de Naxos et les hauteurs de Taormine. L'Etna, le château d'Ursino à Catane...

 

J'ai parlé pendant une heure en espagnol avec un crypto-chauffeur de taxi entre Catane et Taormine, atteint d'une infirmité cardiaque depuis l'enfance, qui donc ne pouvait travailler dans un emploi "normal", et percevait seulement 200 euros de l'Etat ce qui l'obligeait à avoir cette activité "tolérée" comme complément de salaire. Dans son discours sa haine de l'Etat italien rejoignait sa colère contre l'Union européenne. La Sicile est livrée à elle-même. Les vieux sont édentés. Les trains privatisés ont des wagons des années 50...

 

 


 

 

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Elections en France, en Grèce, en Serbie, les peuples, les oligarchies

7 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Il y avait des drapeaux algériens sur les Champs Elysées hier pour fêter la victoire de François Hollande, et des "youyous" au meeting de Mélenchon à Marseille trois semaines plus tôt. La xénophilie de la gauche d'un côté, de l'autre Sarkozy à 48 % et non à 45 malgré l'ultradroitisation de son discours dans l'entre-deux-tours, et beaucoup de votes blancs comme Mme Le Pen l'avait recommandé à ses électeurs. On est en plein dans les problématiques soulevées par Algalarrondo l'an dernier.

 

belote.jpgDerrière Hollande la gauche bobo, les classes moyennes des grandes villes, et puis un certain monde rural de tradition socialiste (dans le Sud-Ouest), ou qui a récemment lâché la démocratie chrétienne (Bretagne). Jean-Luc Mélenchon avec sa campagne flamboyante a réussi un peu à rallier quelques ouvriers au premier tour, pas beaucoup. Une bonne partie sont restés proches du FN (plus du tiers ont voté Marine Le Pen au premier tour) et de la Droite populaire (plus de 40 % derrière Sarkozy).

 

Mélenchon fait aujourd'hui le pari de les arracher en juin à la logique du vote utile qui a profité à Hollande. Pas gagné d'avance. On a le sentiment qu'un gros tiers de la classe ouvrière reste proche d'une droite dure, un tiers fluctue entre le PS et la droite d'un élection à l'autre, un autre tiers est plutôt voué à l'abstention. Très peu ont vocation à croire en un discours Front de Gauche (FdG), lequel n'est crédité que de 7 % d'intentions de vote sur l'ensemble de la population aux prochaines législatives, ce qui peut faire du 10 % si les électeurs de Sarkozy s'abstiennent et s'il n'y a pas trop de vote PS.

 

Le FdG pourrait ramener à lui une frange de l'électorat ouvrier de la droite populaire et du FN s'il tenait, comme je l'évoquais dans le Programme pour une gauche française décomplexée, un discours républicain, national et protectionniste qui, sans jouer avec les clichés xénophobes comme le fait Marine Le Pen (sur les fantasmes de l'islamisme, le hallal etc), réhabiliterait la notion de souveraineté populaire et de démocratie dans les frontières définies d'un pays, et non pas dans les frontières mouvantes d'un vaste empire européen manipulé par les banques. Mais il s'aliènerait alors sa composante bobo (petits profs, petits fonctionnaires) qui est la base de ses militants, ainsi qu'une bonne partie de sa clientèle dans les ZEP lesquelles ne veulent pas entendre parler de frontière (idem pour la clientèle PS dans les  mêmes banlieues). Dès que j'aurai cessé mes fonctions en Ile de France, je vous raconterai quelques anecdotes que j'y ai vécues en rapport avec cette problématique.

 

Les micro-partis souverainistes ne sont pas bien placés non plus pour incarner un tel discours. Debout la République (DLR), qui est le plus structuré d'entre eux, hier soir a publié un communiqué dans le pur style du RPR des années 1980, accusant M. Sarkozy d'avoir porté à l'Elysée un socialiste (comme si le mot par lui même était une insulte) et appelé à construire une alternative gaulliste. Pas un mot pour un électorat potentiel de gauche. Preuve que ce parti veut rester un grouspuscule de droite et rien de plus.

 

Ces données montrent qu'une voie républicaine entre boboïsme et xénophobie sera difficile à défendre.

 

Les Grecs ne sont pas tout à fait dans cette configuration puisque l'appauvrissement de la classe moyenne y est tel que l'équivalent du Front de Gauche Syriza (mais sans le PC qui fait 8 % tout seul !) dépasse de peu le Parti socialiste, tandis que le total  Pasok+droite classique s'élève à moins de 50 % (oublions pour un temps la poussée des néo-nazis d'Aube dorée, bien qu'elle soit symptômatique de la poussée xénophobe dans ce pays aussi). J'ignore si la gauche là bas a plus de stratégie qu'en France mais pour l'heure sa poussée a pour effet immédiat de compliquer la tâche des banquiers. L'ingouvernabilité prévisible du pays va obliger l'Union européenne à imposer une ingérence coloniale croissante à Athènes (qui peut aller jusqu'à faire revoter les Hellènes), ce qui ne fera que compliquer le soi-disant "sauvetage" de ce pays, nourrir la spéculation contre l'Espagne, et l'Italie, et donner de nouveaux maux de têtes aux fédéralistes bruxellois et aux oligarchies financières de tout poil.

 

Cela peut-il donner des arguments à François Hollande pour négocier un desserrage de l'étau du Mécanisme européen de stabilité ? Allez savoir... Je note qu'un ministre allemand commence à parler de relance salariale dans son pays.

 

Autres élections hier : en Serbie (législatives et présidentielles). Là le parti souverainiste ("Parti progressiste") de M. Nikolic passe juste devant les européistes de M. Tadic avec chacun un quart des suffrages. Le Parti socialiste (ex communiste) qui a joué la balance entre l'un et l'autre ces dernières années s'en sort bien à 14 % des voix (en net progrès). L'ex président Kostunica est dans les choux à 7 %, de même que l'extrême droite intransigeante de Seselj qui ne sera même pas représentée au Parlement (preuve que l'époque de Milosevic est bien révolue dans ce pays). La montée de M. Nikolic profite peut-être du malaise grec et de l'alternance française qui mettent à mal le dispositif bruxellois et discréditent un peu l'européisme à Belgrade comme ailleurs.

 

Mais dans ce pays comme chez nous les eurocrates ont plus d'un tour dans leur sac, et la partie de poker est loin d'être terminée... Affaire à suivre donc...

 

 

 

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François Hollande élu président de la République

6 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

hollande.jpgMonsieur François Hollande, candidat du parti socialiste, vient d'être élu président de la Répubique française. Ce faisant il met fin à cinq années de sarkozysme, cinq années qui furent parmi les plus noires de l'histoire de notre pays parce qu'ells furent notamment caractérisées par le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN, son alignement systématique sur les thèses des néo-conservateurs américains, la ratification du traité de Lisbonne contre le peuple, un haut niveau de corruption politique et morale au sein du gouvernement de notre pays avec une surenchère dans la démagogie populiste (entre autre la xénophobie, mais pass seulement) et le mépris de la chose publique.

 

La fin du sarkozysme va assainir l'ambiance, car elle place au pouvoir un homme plus modeste, sans doute plus honnête, bien que son entourage soit loin de l'être toujours, et qui ne fera sans doute pas de l'entourloupe, et de méthodes marketing abjectes, une forme légitime d'exercice du pouvoir. Mais évidemment nous savons que le Parti socialiste reste un parti européiste, atlantiste et néo-libéral. Bien qu'il soit relativement plus à gauche que ses homologues européens, ses dirigeants ne sont pas en mesure à eux seul d'impulser une politique de résistance à la droite européenne, ni de défense de la relance économique.

 

Il va falloir que des forces politiques se structurent en France pour obliger M. Hollande à refuser le mécanisme européen de stabilité et imposer un logique de résistance au système bancaire.

 

Selon moi, le Front de Gauche peut être un facteur important de ré-orientation de la politique européenne. La bonne campagne de M. Mélenchon a arraché la gauche noniste à la logique de la fragmentation et rallié à la politique de nouvelles franges d'électeurs grâce à une revitalisation de l'imaginaire républicain. Mais le score électoral de cette coalition au premier tour ne peut suffire à peser sur le nouveau président, ni sans doute à créer un effet d'entraînement en Allemagne comme JL Mélenchon l'espérait. Une augmentation du nombre de députés FdG serait sans doute un atout supplémentaire à l'issue des élections législatives, mais cela ne peut remplacer l'absence de stratégie qui continue malgré tout à caractériser le FdG face aux institutions européennes, tout comme face au système financier et militaire occidental (on a trop vu pendant cette campagne M. Mélenchon improviser d'une semaine sur l'autre, et parfois d'une façon contradictoire, ses positions sur de nombreux dossiers, comme celui de la politique à l'égard de la Syrie).

 

Il faut que soit au sein du FdG (mais est-ce possible ?), soit en dehors de lui, se structure une force politique plus claire dans ses orientations stratégiques, qui, éventuellement en partenariat avec lui, pèse sur le nouveau président de la République pour exiger de lui la rupture nécessaire avec la logique  mortifère du système financier, de l'Union européenne, et de l'OTAN.

 

Pour ce faire, il faudrait que la mouvance souverainiste républicaine (MPEP, DLR, UPR) rompe avec la logique groupusculaire et sectaire qui l'inspire depuis plusieurs années, définisse un programme unitaire, et présente des candidatures communes aux prochaines élections législatives sans attendre les élections européennes qui n'auront aucun impact sur la vie politique nationale. Le pourra-t-elle à un mois de l'élection des députés ? On peut en douter, et cependant la France ne pourra pas durablement infléchir le cour des événements planétaires sans cet effort de fédération des forces antisystémiques.

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Fuyons la facilité

6 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Retour d'une semaine en Sicile, région sur laquelle il y aurait beaucoup à dire. Je regarde quelques vidéos de gros égos internautiques anti-européistes que je préfère ne pas citer pour ne pas leur faire de publicité (ils en font suffisamment pour eux-mêmes). Je pourrais aussi vous parler du père Chouard (Etienne Chouard) avec qui j'ai eu un bref échange. Des gens qui tous ont un talent sur un plan ou un autre, mais qui parviennent à le gâcher par un truc qui déraille.

 

Une incitation pour moi à rester sur la voie de la modestie, et du travail de fond - la lecture, l'acquisition d'une culture, la persévérance dans un certain scepticisme, une voie stylistique qu'il faut défendre, construire, dans une lignée civilisationnelle dont la barbarie internautique éloigne même les cerveaux les plus subtils. Prenons la peine d'éviter la facilité.

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La politique étrangère vue par Bertrand Badie

26 Avril 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Journaux-3-2.jpgDans  Le Monde :

 

"Il n'est pas sûr du tout que le néo-conservatisme ne soit plus d'actualité. D'abord, parce qu'il est une forme actualisée du vieux modèle messianique qui a profondément marqué les Etats-Unis, et plus généralement le monde occidental. On peut le tenir pour l'expression radicale d'une histoire longue dont rien n'indique qu'elle soit aujourd'hui achevée. Si l'on prend en compte le camp républicain, les primaires ont même montré une surenchère entre des versions différentes mais tout aussi intenses du néo-conservatisme: celles de Rick Santorum, de Newt Gingrich ou de Rick Perry... sans compter les adeptes du Tea Party. Quant à Mitt Romney, l'option néo-conservatrice est moins nettement affichée, mais elle reste une composante de son discours.
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Passons du côté démocrate : le néo-conservatisme n'y a certainement pas la même rudesse, mais il reste une composante plus discrète de l'architecture idéologique globale. L'idée de "League of democracies" y est populaire, extraite de la dogmatique wilsonienne et très présente, y compris dans l'entourage de Barack Obama. Elle confère aux démocraties occidentales un rôle de gardien du monde qui n'est pas aussi éloigné des "rêves bushiens". Enfin, l'Europe, très majoritairement de droite, reste dominée par des principes qui sont loin d'être incompatibles avec le néo-conservatisme d'outre-Atlantique, d'autant plus que la gauche a renoncé depuis un certain temps à forger une politique étrangère alternative."

 

Vous pouvez lire le reste de l'interview de B. Badie dans Le Monde...

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PS : Quant à moi, je renvoie au passage à mes propositions de politique étrangère ici. 

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Qu'est devenu l' "Atlas alternatif" ?

26 Avril 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Atlas alternatif

Ce livre collectif aura finalement connu un destin étrange. Publié il y a sept ans (en fait il était terminé en septembre 2005 mais un petit contre-temps a retardé sa publication de dix mois), il avait été largement ignoré lors de sa publication (seules RFI et l'Humanité Dimanche en avaient parlé, Regards de Miss Autain, Serge Halimi du Monde Diplo qui avait son propre "atlas", la bande à Mermet de Là-bas si j'y suis, François Ruffin et tant d'autres personnalités qui avaient le vent en poupe alors dûment sollicitées l'avaient enfoui dans leurs tiroirs dès qu'ils l'avaient reçu). Sans doute à cause des innombrables rivalités et querelles de personnes, pinaillages en tout genre qui épiçaient la vie des chapelles de "la vraie gauche" à ce moment-là (parmi les 42 contributeurs beaucoup de gens sur la place parisienne pouvaient en identifier un ou deux qu'ils détestaient).

 

atlasalternatif.jpgLe livre aurait pu être enfoui aux oubliettes au bout de quelques mois comme tant d'autres ouvrages collectifs universitaires, spécialement à l'heure où tout un chacun se croit suffisamment informé par la simple lecture des posts sur Internet. Néanmoins le livre a continué d'exister grâce à des blogs (dont celui qui était consacré à son actualisation et qui continue de publier des billets régulièrement), ainsi qu'à être acheté par des bibliothèques publiques pas seulement dans les facs (par contre j'ignore si des particuliers se le procurent, on ne m'a jamais communiqué les chiffres des ventes).

 

J'ai parfois l'impression que, même si beaucoup de publicistes continuent à lui appliquer la loi du silence, l'ouvrage reste un peu en arrière-plan du paysage intellectuel sur les questions de géopolitique. Une journaliste l'avait mentionné dans le Monde Diplomatique en mars 2011. Le mois dernier l'historien Jean-Guillaume Lanuque directeur de la revue  Dissidences, y faisait référence dans une recension d'un ouvrage récemment publié chez L'Harmattan.

 

Google n'est plus aussi complet qu'il y a quelques années pour le recensement des pages qui mentionnent un ouvrage ou un nom. Vers 2005 on pouvait facilement trouver des centaines de pages mentionnant un auteur. Maintenant Google se borne à mentionner les 150 plus récentes et les plus lues. Difficile de reconstituer donc sur cette base le paysage internautique des sites qui se sont intéressés à ce livre. Notons que le portail Expertpublic.fr a adopté le blog de l'Atlas parmi ses références il y a quelques mois. On peut peut-être y voir le signe d'une certaine "institutionnalisation" (même si elle reste modeste) de l'ouvrage dans l'univers d'Internet.

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