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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Pussy Riot, les valeurs affectives, la narrativité

22 Août 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Je ne l'aurais pas cru (vu ma méfiance actuelle à l'égard de la "pensée 68"), mais le rapport à la sexualité (qui est en réalité un rapport à l'individualité, puisque, décidément, la sexualité reste un facteur de construction de soi face au groupe) demeure très influent dans la définition des positionnements politiques. Tous les articles que je lis en ce moment pour défendre la Russie de Poutine dans l'affaire de Pussy Riot sont marqués par une haine sous-jacente de la culture punk (très gentiment louée dans la comédie "Le Grand Soir" signalons le au passage). Un ami anti-impérialiste qui se dit pourtant de gauche, qualifie dans un message privé les filles de ce groupe de "petites putes".

 

Franchement je trouve cela nul. La mobilisation internationale pour ce groupe ne m'enthousiasme pas parce qu'elle sera sans doute récupérée, une fois de plus, par le Big Business d'USAID, de la fondation Soros, et des multinationales, mais je ne suis pas non plus d'accord avec l'hostilité que les réacs déploient en ce moment. La contestation de l'ordre par l'exhibition sexuelle est une valeur prisée par les anarchistes, c'est une valeur qui a acquis sa légitimité au fil de dernières décennies. Bien sûr elle ne peut pas être généralisée car elle perd alors de son sens. Mais tant qu'elle s'affirme par des voies artistiques (et nul ne peut douter des ambitions artistiques des Pussy Riots) elle reste respectable en soi. On ne peut pas dire "c'est une valeur de bobo, tout juste bonne pour les lecteurs de Libé ou du Nouvel Obs", parce qu'alors cela signifie qu'on entretiendra éternellement les classes populaires dans la haine de ce genre. Au nom de quoi ? D'un sacro-saint Ordre moral ? La récupération marchande de la subversion ne doit pas renvoyer aux conservatismes d'antan.

 

P1000086-copie-1.JPGSi vous n'avez qu'un seul texte à lire sur le sujet, voyez l'interview de Joël Bastenaire ancien attaché culturel à Moscou et spécialiste du rock russe. Il a notamment le mérite de comparer le régime de Poutine au Second Empire français sur le plan du pluralisme politique (vous vous souvenez peut-être que je m'étais demandé pourquoi une communiste comme George Sand avait pu garder sa liberté sous Louis Napoléon Bonaparte, et comment un autre communiste, Anatole France, pouvait avoir la nostalgie de la liberté de pensée sous le Second Empire, les remarques de Joël Bastenaire sont utiles pour comprendre la version "soft" du césarisme, la version "hard" étant le fascisme).

 

Et laissez de côté toute la littérature sur les "complots de la CIA" et autres qui intoxiquent ceux-là même qui s'en font les chantres.

 

Au milieu de tout cela je tombe ce matin sur une intéressante étude sociologique (dont à l'instant je ne trouve hélas plus l'adresse URL) sur les moeurs affectives des Français. Les jeunes ne rêvent pas de libération sexuelle comme les soixante-huitards, ils veulent de la stabilité des affects, mais tout autour d'eux va dans le sens de la précarité, non seulement leurs jobs, mais ils voient aussi que le taux de séparation des couples n'a jamais été aussi élevé qu'aujourd'hui. Contradiction patente qui, nous disent les enquêtes, voue les gens à fétichiser leur progéniture (pour le meilleur et pour le pire de ce qui en résultera pour celle-ci), comme seul facteur de stabilité. Les causes de cette évolution sont connues : récupération mercantile et hygiéniste du corps, coupure de la sexualité de tout schème narratif (du story telling si on veut). N'en doutons pas, c'est la crise du schème narratif qui est en cause ici ! On ne peut plus rien créer autour du corps, sauf des happenings nihilistes à la Pussy Riot, parce que le "sens de l'histoire" fait défaut (non pas celui de la grande Histoire, mais des histoires au quotidien, dans le quotidien). Moralité : il est grand temps de réhabiliter la fiction ainsi l'affect de chacun trouvera des voies de créativité et de libération quand même plus intéressantes qu'un "vivement Noël avec mes enfants"...

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Prudence est mère de toutes les vertus

19 Août 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Cette semaine, la société va commencer à entrer dans ce mouvement débile et insupportable de conformisme qu'on appelle "la rentrée". Chacun va se préparer à oublier ses vacances à la montagne,à la mer ou à l'étranger, et se poser des questions sur ses choix d'action dans les mois qui viennent.

 

Pour ma part j'aborde cette rentrée sous des augures assez funestes. Mes contraintes sont dix fois plus fortes qu'il y a un an et je vais peut-être laisser tomber le blog de l'Atlas alternatif. Il est aussi possible que je me décide à donner un ton beaucoup moins politique au présent blog. Les questions brûlantes ne manquent pas pourtant : la guerre civile syrienne, le nouveau tounant que prend l'Egypte, les menaces contre l'Iran, ou contre Julian Assange, les rumeurs de manipulation politique contre Mme Fernandez en Argentine etc.

 

Mais l'intervention dans le débat public est un parcours d'obstacles en ce sens qu'il faut en permanence éviter les pièges que la bêtise ambiante vous tend. Parfois on peut agiter un chiffon rouge sur un blog pour attirer les buffles (et même si possible, les attirer dans la mauvaise direction), parfois d'autres méthodes sont plus opportunes, tout dépend des moments. Certes trop de slalom isole, mais l'isolement vaut mieux, pour préserver un potentiel d'influence, que d'être enfermé avec trois mille idiots dans une catégorie dont on ne sortira jamais.

 

A la rentrée deux personnes, bien placées dans des réseaux, aimeraient me voir faire un pas dans leur direction (deux personnes, alors que trente autres ont définitivement et heureusement fait une croix sur moi, de toute évidence - si je faisais de la sociologie du "champ politique" actuel comme cela me plaisait il y a treize ans je pourrais dire pourquoi et expliciter leur impensé sur ce point, mais j'en ai perdu le goût). Je ne sais pas encore si je vais faire ce pas ni de quelle manière.

 

Je suis hanté, comme on peut s'en douter, par le sentiment du devoir devant les drames de notre époque, mais je n'ai aucune envie de perdre mon temps dans des collectifs stériles qui non seulement anéantissent l'intelligence et la volonté de ceux qui les intègrent, mais en plus les enferment dans des étiquettes.

 

La crise de notre temps est des plus graves. Cécité géopolitique comme dans tant d'autres domaines, abrutissement général, dans les librairies les rayons des classiques disparaissent, de même que tout ce qui, dans la vie quotidienne, peut encore nous garantir une forme d'indépendance morale à l'égard de la technologie et du système de formatage globalisé. On ne peut pas répondre à ces défis par des élans du coeur déraisonnés qui ne feront qu'accroître in fine notre impuissance à changer le cours des choses. Agissons avec discernement, et, lorsque l'action mène à un mur, sachons nous replier provisoirement sur des digressions intellectuelles, même pendant trente ans s'il le faut. Il faut beaucoup de dextérité et de réactivité pour manoeuvrer. Les écueils s'approchent vite de notre coque. Je m'autorise tous les détours qu'il faudra pour préserver l'acquis des trois derniers lustres d'écriture, d'analyse et de réflexion. Aucune envie de dilapider tout cela dans des erreurs de pilotage comme tant d'autres le font.

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Troyes

16 Août 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse

Hier la télévision montrait la ville de Troyes dans le cadre d'une émission sur la comédienne compagne du maire de cette ville (l'ex ministre de MM. Chirac et Sarkozy que j'ai d'ailleurs rencontré quand il n'était que jeune député de Nogent-sur-Seine, nul besoin de nommer tous ces gens).
 
J'ai beaucoup aimé cet endroit où j'ai vécu pendant six mois en 1994. Il est dommage que ma condition d'apprenti fonctionnaire à l'époque m'ait souvent détourné de la vie "ordinaire" et des rêveries que je pouvais avoir dans cette ville.
 
Elle avait le calme de la Charente, mais un calme plus artificiel car toutes les grandes guerres s'étaient déroulées à ses portes, alors que la Charente, elle, s'est tenue à distance des conflits. C'était un calme voulu, celui qu'on impose à nos musées, et cette cité en forme de décor de film sur le Moyen-Age avait toutes les caractéristiques d'un conservatoire de choses très anciennes, c'est ce qui en faisait le charme.
 
Nous étions au coeur de la Champagne, en ce milieu des années 1990, et en même temps l'abondance des vieilles pierres faisait que nous n'étions nulle part et dans aucune époque. Le matin pour aller bosser je longeais la très vieille cathédrale, le rectorat, le quartier de l'annexe de l'université de Reims au bord de la Seine. Tout cela était divinement médiéval comme Tolède. Le soir je dînais le plus souvent seul dans l'Est de ce vieux centre qu'on nomme le bouchon de Champagne notamment au restaurant "Le Bouchon champenois", rue des Chats.
 
Le samedi 14 mai 1994 j'écrivais "Je manque de curiosité. Ma curiosité intellectuelle est clairement circonscrite. Elle tombe sur un nombre de sujets limité sur lesquels elle revient ensuite à la manière d'une compulsion de répétition. Placez moi devant une ville comme Troyes, mon attention se fixera sur telle bâtisse, telle ruelle. J'y penserai périodiquement sans pour autant chercher à en savoir plus sur ce bâtiment ou cette rue, et sans chercher à découvrir les autres quartiers. Voilà pourquoi je n'éprouve aucunement le besoin de voyager."
 
Et c'est vrai qu'à la différence des autres étudiants de grandes écoles que je connaissais, je ne cherchais pas du tout à acquérir une érudition sur les lieux que je fréquentais, ni à voir au delà de ce que mon regard croisait par hasard. Ainsi de Troyes je n'ai au fond pas su grand chose à part que ç'avait été la capitale des Foires de Champagne, le lieu de résidence d'un philosophe juif célèbre au XIe siècle, un certain Rachi je crois (j'ai visité la synagogue médiévale, on en  faisait beaucoup de cas à l'époque, en ce temps de célébration des "rencontres des cultures" et de la tolérance religieuse avec l'Islam et le judaïsme, comme on l'avait fait deux ans plus tôt à Séville), ainsi bien sûr que de Chrétien de Troyes : les sous-préfets du département et leurs collaborateurs m'avaient offert pour mon départ les oeuvres complètes de cet auteur à la Pléiade, en vieux français et français contemporain, qui m'ont beaucoup plu autour de mon vingt-quatrième anniversaire.
 
Je ne parlerai pas de mes histoires de coeur dans cette ville, ni des visites de mes proches qui séjournèrent dans le grand appartement de fonction dont je disposais ; encore moins, bien sûr de mon travail. De ce temps là je veux surtout me souvenir de l'écriture d'une nouvelle, "Ulysse chez Circé", que j'ai ensuite voulu transformer en roman (après avoir lu à la bibliothèque municipale un article dans la revue "Le Cheval de Troie" qui n'existe sans doute plus) dans lequel Enée retrouvait Ulysse en Italie, cela s'appelait Les Fondateurs. Je me souviens avoir acheté (le samedi 28 mai très précisément m'apprend mon Journal que je lis après coup) aux Passeurs de Textes, la meilleure librairie de Troyes, le début de l'Enéide pour bien m'imprégner de cette ambiance. J'étais fasciné par cette phrase dans laquelle je percevais toute l'ambition et la puissance de la langue latine : "Externi generi uenient qui sanguine nostrum nomen in astra ferant". Je la reproduis de mémoire, c'est une des rares citations non canoniques qui aient accroché mon esprit. Le roman était vaguement parodique, au second degré, un peu bizarre. J'y croyais beaucoup.
 
Je ne sais plus trop à quel éditeur j'ai dû l'envoyer. Il n'a jamais été publié. J'aimais l'idée qu'une ville médiévale m'inspirât un imaginaire antique - de la guerre de Troie aux flâneries de Troyes -, comme je me plaisais à mêler sur le lecteur de cassettes de mon appartement (un lecteur qui ne m'appartenait pas car tout était fourni par l'employeur) Alpha Blondy et Mike Oldfield à l'heure où la radio diffusait plutôt "The Power of Love" de Céline Dion. Je mêlais les époques. Il y avait cette année-là l'élection de Mandela à la présidence de l'Afrique du Sud, la guerre civile en Bosnie et ce même 14 mai je cherchais à adhérer à une association pour donner corps à mon engagement contre "les fascistes serbes". J'étais sur ce plan  là un jeune idiot idéaliste qu'on pouvait aisément berner.
 
A l'époque je lisais aussi Aphrodite de Pierre Louÿs, Lucrèce, Derrida, Onfray, Ricoeur, Sarah Kofman. J'aimais Troyes parce que les Parisiens et leurs médias ne parlaient jamais de cette ville si proche pourtant de chez eux (les Franciliens préfèrent la Normandie à la Champagne). J'aurais pu en faire ma ville d'adoption. Cela s'est peut-être joué à peu de choses. Il est étrange de se dire que les gens connus là-bas existent encore. Quand on n'est que de passage quelque part, on tend à associer le lieu à une époque. On pense que les gens rencontrés et l'endroit avec eux ont disparu avec les circonstances de la rencontre. Mais c'est faux. Ils ont eu leur devenir, bon ou mauvais. Troyes continue d'exister comme 36 000 autres communes en France. Simplement y retourner pour moi reviendrait juste à visiter un livre de souvenirs en trois dimensions, comme j'avais essayé de le faire vers 2006 ou 2007 en tournant cette vidéo (ci dessous). Donc c'est vrai que pour moi il ne peut pas y avoir "à nouveau" ou "encore" une ville de Troyes. C'est pour moi une ville aussi inexistante désormais que l'antique Cyrène ou que Ctéphison. C'est devenu un non-lieu...
     

 
 
 
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Syrie / George Sand "Histoire de ma vie"

15 Août 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #XIXe siècle - Auteurs et personnalités

Vous savez ce que j'ai fait ce soir ? J'ai parcouru les pages en anglais qu'on trouve quand on clique sur "report" sous ce lien. Le dernier rapport de l'ONU qui parle notamment des massacres de Houla en Syrie. En juin j'avais un peu expliqué sur le blog de l'Atlas alternatif en quoi cette affaire avait l'air assez embrouillée. Il fallait donc que je lise quand même dans le texte (ce que les militants "alternatifs" ne font jamais), en anglais, les pages des derniers éléments d'enquête de l'ONU. Elles ne sont pas bonnes pour le gouvernement syrien : elles hachent menu la version des rares témoins pro-gouvernementaux avec des éléments d'une précision confondante. Bien sûr il est toujours possible qu'il y ait du bidonage onusien, mais le moins qu'on puisse dire est que quand même l'acte d'accusation ne repose pas que sur du sable. Je me devais d'attirer l'attention des anti-ingérence sur ce rapport, parce qu'à force d'entendre dire n'importe quoi dans nos grands médias, on finit par penser que, dans ce genre de guerre, toute la propagande repose sur de falsifications aussi grossières que les flacons de Colin Powell à l'ONU fin 2002. C'est loin d'être le cas. Je ne dis pas que l'ONU a raison, mais je signale juste que l'acte d'accusation cette fois est très circonstancié.

 

Voilà pour la Syrie. Dois-je aussi signaler la grande mobilisation de certains "alternatifs" pour une très jolie journaliste syrienne enlevée dans je ne sais quelles collines par des fanatiques islamistes et dont on nous livrera peut-être bientôt la photo du cadavre ? (j'espère bien sûr qu'il n'en sera rien et que cette personne sera retrouvée saine et sauve). Il paraît que des gens en France se mobilisent pour elle et écrivent à l'Elysée. Mais non, je n'appellerai pas à agir pour sa libération, parce qu'alors on m'objecterai à juste titre qu'il est injuste de le faire sans alarmer symétriquement l'opinion publique sur les enlèvements commis par l'armée loyaliste syrienne. Et puis je me souviens aussi de toute la confusion qui a régné fin 2011 autour de la journaliste de télévision libyenne qui, si je me souviens bien, portait le nom de la ville de Misrata, et avait brandi un pistolet devant la caméra lors de la prise de Tripoli. On l'a dite morte (certains "alternatifs" l'ont dite morte), puis ça a été démenti, puis on ne sait plus du tout aujourd'hui si elle est encore de ce monde, si elle est toujours prisonnière des milices ou si elle a été libérée tant les communiqués contradictoires se sont succédés. Tout cela me conduit à prôner, encore et toujours, la plus grande prudence quand on parle de ce genre de guerre civile. Tout ce que je puis dire ici, c'est que l'appel M. Bernard Henri-Lévy à l'ingérence aérienne est selon moi complètement idiot, mais cela, mes lecteurs le savent déjà.

 

Alors mes amis, si nous laissions un peu de côté cette guerre que nous serons impuissants à arrêter, cette guerre, et avec elle, le bikini de Mme Trierweiler, et l'alternance de nouvelles tragiques et futiles dont les journaux nous abreuvent, pour regarder en arrière et ... parler un peu de George Sand ?

 

sand.jpgHé, pourquoi pas, oui, allons, pourquoi pas ? un peu de douceur dans ce monde de brutes. Rassurez vous, je serai bref. Ne serait-ce que parce que je n'ai pas lu en entier son "Histoire de ma vie". J'ai juste picoré des passages ici et là. Les aventures des petites filles rêveuses mal à l'aise dans leur milieu familial m'intéressent, mais jusqu'à un certain point seulement. Pas de longue dissertation sur le sujet, juste quelques brèves remarques.

 

Mme Sand écrivait délicieusement bien, même si parfois ses petites leçons existentielles sont un peu assomantes. Et c'était une femme très honnête, non seulement courageuse (ça chacun le savait, on ne se fait pas un nom dans le milieu littéraire à cette époque quand on était femme sans cette vertu), mais pétrie de principes et capable de les respecter au delà de ce que j'imaginais avant d'ouvrir le livre. C'est ce qui rend le personnage à la fois admirable et attachant. C'est une femme qui voulait le Bien, et le voulait passionnément. Elle tâcha toute sa vie de ne pas laisser cet idéal dans la sphère des abstractions mais de le répandre tout autour d'elle d'une façon très pratique (ce que beaucoup d'idéalistes, surtout dans la gent masculine, oublient souvent de faire).

 

J'aurais pu scanner sur ce blog la page où elle raconte comment elle est devenue "communiste" comme elle le dit., à 14 ou 15 ans Je pense que le PCF devrait la citer (mais le PCF sait-il qu'Aurore Dupin alias George Sand fut classée communiste au moins jusqu'à Napoléon III ?). Je n'ai pas bien compris si l'écrivain est restée communiste de coeur après 1850 (son '"Histoire de ma vie" date de 1848). Je sais qu'elle s'est accomodée de l'Empire, mais Proudhon aussi, et qu'elle n'a pas soutenu la Commune, mais ça ne suffit pas à mes yeux à en faire une renégate.

 

Ce qui est certain c'est qu'on devrait envoyer ses livres à Hugo Chavez, car elle fut communiste et chrétienne, chrétienne parce que communiste et réciproquement, elle y insiste beaucoup. Je comprends que Flaubert ait été fatigué par toute la religiosité du socialisme français du XIXe siècle...

 

Il y a des passages de son livre que j'aime beaucoup. Le bel hommage qu'elle rend à ses parents (quoiqu'il soit un peu long). Le charme se glisse dans les détails : par exemple cette page où elle explique qu'elle ne sait pas pleurer, que, lorsque les émotions gagnent sa gorge, elle parvient pas à jeter des larmes et se contente de gémir. Une femme qui compta beaucoup dans ma vie jadis était comme ça aussi. Or c'était une époque où il était important de savoir pleurer car on sanglotait souvent, plus ouvertement qu'aujourd'hui, et l'on accordait beaucoup d'importance aux larmes (n'avais je pas au fait fait la même remarque à propos du XVIIIe siècle et d'une lecture publique de Casanova qui s'était terminée à grands sanglots ? il faudrait rechercher dans mes billets du mois dernier). Un des symptômes de la déshumanisation actuelle est bien sûr que les pleurs n'ont plus du tout bonne presse !

 

Evidemment vous n'aurez jamais ce genre de détail dans un téléfilm contemporain sur la vie de George Sand ou de n'importe quel auteur des années 1830, parce qu'on ne nous mettra en scène que des acteurs porteurs des styles d'expression émotionnels les plus répandus, et plus précisément les plus répandus à notre époque (car il n'y a aucun effort pour rejoindre les manières d'être du passé). Comment Mme Sand gémissait-elle dans les périodes les plus dures de sa vie ? Nous ne le saurons jamais. Elle dit que peut-être un jour elle mourra de recevoir un grand choc affectif qu'elle ne saura "gérer émotionnellement" (pour utiliser une tournure actuelle) par les larmes. Elle était hantée par l'idée (plusieurs fois exprimée dans son livre) que nous portons en nous mêmes le principe qui causera notre mort.

 

J'aime certaines de ses émotions, quand par exemple elle conte son désarroi de mère à amener son fils Maurice très déprimé faire sa rentrée au collège Henri IV. Par contre, je ne supporte pas les portraits qu'elle dresse des contemporains illustres qu'elle rencontre, et qui tous sont débordants de compliments généreux mais ne permettent jamais de retenir quelque image intéressante que ce soit du personnage dont elle parle.

 

Un épisode a retenu mon attention songeuse : quand elle décrit sa tristesse de jeune adolescente de 11 ans devant le spectacle de la démobilisation de l'armée de la Loire (les dernières restes de la Grande Armée napoléonienne) qui défile non loin de chez elle. J'avais gardé le souvenir de l'introduction de la Confession d'un Enfant du siècle de Musset qui soulignait les causes politiques du spleen de la génération romantique qui avait vu revenir la médiocre restauration après la glorieuse épopée napoléonienne. Je n'avais pas mesuré à quel point tous ces auteurs avaient eu, dans leur propre famille, des anciens officiers de l'Empereur - dans le cas d'Hugo, et de George Sand elle-même, ce furent leurs propres pères. Et surtout je n'avais pas mesuré toute la bassesse morale de cette aristocratie revenue dans les fourgons des armées étrangères, qui se permet de faire exécuter des maréchaux d'Empire héroïques comme Ney, alors qu'eux-mêmes n'avaient été bons qu'à se planquer outre-Rhin ou outre-Manche pendant les heures les plus grandioses et les plus tragiques de l'histoire de notre pays.

 

On comprend à quel point pour ces adolescents-là l'air devait être irrespirable. Cela fait penser à Vichy, au franquisme en Espagne, à toutes ces périodes terribles dans l'histoire des peuples quand les lâches et les menteurs tiennent le haut du pavé, et font qu'ainsi toutes les valeurs de la société sont falsifiées.

 

"Histoire de ma vie" présente une Sand jeune, un peu comme "La première moitié de ma vie" écrite par le dernier empeur de Chine quand il eût 40 ans. Que fut Sand à 70 ans ? Que représentait-elle pour des gens qui n'étaient pas nés sous l'Empire comme elle ? Une espèce d'antiquité respectable mais un peu lassante et encombrante comme  l'étaient par exemple dans les années 1980 les vieux barons du gaullisme ? J'ai entendu il y a peu un extrait de l'éloge funèbre que prononça pour elle Victor Hugo (qui était pourtant plus âgé). J'ai trouvé qu'elle manquait singulièrement de vibration et d'inspiration. On avait l'impression qu'Hugo n'avait fait que le "minimum syndical". Pourquoi ? Reprochait-il à Sand de ne s'être point exilé comme lui sous Napoléon III ? La profondeur politique de Sand s'était-elle émoussée avec l'âge ? J'aimerais bien le savoir...

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Les lecteurs (suite)

14 Août 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

"026--1992--29.8.92-24.11.92--204.jpgLes gens de mon métier n'écrivent jamais que pour un certain nombre de personnes placées dans des situations ou perdues dans des rêveries analogues à celles qui les occupent". George Sand, Histoire de ma vie.

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Les journaux intimes préformatés

13 Août 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Tout en écoutant les lourdeurs des commentaires de Depardon sur son petit film "Empty quarter" (mis en DVD par Arte en 2005), je chargeais hier les scans de mon journal intime de 1985 sur des espaces privés gratuits mis à disposition par certains sites. Je découvrais au passage d'autres sites qui proposaient aux gens d'écrire des journaux intimes en ligne, et j'étais affligé par l'absence totale de liberté laissée aux auteurs : on les enferme dans des modèles pré-définis dont on leur remplit la vue d'entrée de jeu, on les incite à écrire des pages courtes et, sous l'empire de ces injonctions, les pauvres sont enclins à rédiger des billets brefs et au fond très impersonnels comme sur des blogs. Là comme ailleurs le système Internet et notre époque révèlent leur profond mépris de l'individualité, leur volonté imperturbable de l'encadrer et l'assêcher jusqu'à ce que mort universelle s'ensuive.

 

P1010968Décidément sur ce sujet je resterai de la vieille école. 28 ans après les débuts de mon journal je continue de l'écrire (et souvent de le gribouiller) sur des pages de cahiers d'écolier, sans limite d'espace, sans aucun modèle à singer, libre de faire courir ma plume comme si je dessinais  -et il faut absolument que l'écriture intime soit un exercice de dessin, pleine et sereine par moments, illisible et tendue à d'autres. En faire un travail de dactylographie sur un écran lumineux c'est la priver de sens.

 

Lorsque les "scans" c'est à dire les photos des 10 premières années de ce journal bizarroïde seront en ligne comme des albums, je me demande bien à qui je les confierai. Mais nous en sommes encore loin. C'est un travail de bénédictin.

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Les "postures bourgeoises et atlantistes version guerre froide" de M. Hollande

13 Août 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La droite

p1000121.jpgC'est l'ancien Premier ministre M. Fillon qui le dit aujourd'hui dans  Le Parisien à propos de la politique de M. Hollande en Syrie :

 

"«Que notre président normal comprenne qu'il n'y a rien de normal dans le monde dont il est désormais l'un des principaux responsables. Qu'il prenne des risques, qu'il abandonne ses postures bourgeoises et atlantistes version guerre froide», insiste-t-il. Au passage, l'ancien Premier ministre se démarque de Nicolas Sarkozy, qui a récemment fait un rapprochement entre la situation en Syrie et celle en Libye avant la chute de Kadhafi, semblant privilégier une intervention étrangère. «J'ai toujours pensé qu'une telle intervention militaire serait une très grave erreur stratégique», écrit  François Fillon qui craint «un nouvel Irak»."

 

Fillon chasserait-il sur les terres de Villepin désormais ?

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Le réel de la fiction

12 Août 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La Révolution des Montagnes

Tous les gens qui conjecturent autour de la Syrie en ce moment et s'envoient à la tête sur Facebook des cadavres de femmes décapités par des bombes en se demandant si l'obus était gouvernemental ou islamiste m'emm** presque autant que les cyniques ou les lâches à la Hollande qui nourrissent la guerre civile avec une parfaite bonne conscience. Que tous ces gens poursuivent leurs ratiocinations brutales loin des écrans de mes ordinateurs.

 

Hé, en ce moment je me sens plutôt l'âme du romancier solitaire ; voyez ces lignes de Flaubert écrites à Louis Colet l'avant-veille de noël 1853 : "C'est une délicieuse chose que d'écrire ! que de ne plus être soi, mais de circuler dans toute la création dont on parle. Aujourd'hui par exemple, homme ou femme tout ensemble, amant et maîtresse à la fois, je me suis promené à cheval dans une forêt par un après-midi d'automne, sous  sous les feuilles jaunes, et j'étais les chevaux, les feuilles, le vent, les paroles qu'ils se disaient, et le soleil rouge" etc. Il venait d'écrire le récit d'une promenade à cheval de madame Bovary et de son amant.

 

Tout cela est très vrai. Je n'ai écrit qu'un roman dans ma vie, j'ai retenu le nom du personnage principal (parce que j'ai eu du mal à le trouver), et oublié, cinq ans après, celui de son héroïne, car je le voulais quelconque. Mais je me souviens de ces personnages comme s'ils avaient existé, et je me souviens des scènes que je leur ai fait vivre, spécialement des plus dures à écrires, de celles qui me touchaient le plus, de l'évolution complexe de leur relation, de leur quête. J'ai été en eux. En cela ils furent autre chose que mes enfants. J'ai été eux dans le sens que dit Flaubert, et bien sûr j'ai été les situations qu'ils vivaient. Tout cela m'a marqué autant voire plus que ce que j'ai vraiment vécu dans la vie "ordinaire". On ne devrait pas essayer d'oublier ce qu'on a écrit, ne serait-ce que parce que dans le morne vécu que nos sociétés ultranormées, ultraformatées nous réservent, seule notre création présente encore quelque chose de vraiment imprévisible et de vraiment humain.

 

Peut-être au 1er janvier enverrai-je mes voeux à mes personnages ? Il m'arrive d'avoir envie d'ajouter une suite à ce roman, juste pour éprouver la joie de retrouver les personnages qui le peuplaient. Mais cela sonnerait faux. Quel dommage que je n'aie pas la force d'inventer de nouveaux personnages, une nouvelle histoire ! Parce que je suis moins oppressé, moins "dans la seringue" (comme dit un mien ami) du non-sens que je ne l'étais en 2006-2007. Je ne sais. C'est toujours une chance que d'avoir encore devant soi un roman à écrire.

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"L'art pour l'art" de Flaubert

9 Août 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #XIXe siècle - Auteurs et personnalités

flaubert.jpgFlaubert en 1870, dans sa religion de l'art pour l'art (si hostile aux autre cultes : socialisme, catholicisme) angoissé à l'idée que le support de cette religion - la France, Paris - puisse être balayé par l'invasion prussienne (la hantise que la France devienne un pays bigot affaibli comme l'Espagne, ou "un pays plat et industriel comme la Belgique"). Cette crainte lui arrache même une petite sympathie nostalgique pour la République (dans une lettre Sand, notez qu'il dialogue mieux quand mêm avec la gauche - Sand - qu'avec la droite), quoiqu'il raille la mode du retour à 1792 dont il est témoin (comme de Gaulle dans ses mémoires raillera la "mode révolutionnaire" de 1945-46, une mode qui a bien failli s'emparer à nouveau des médias à un moment de la campagne de Mélenchon cette année).

 

Je me suis décidé à acheter sa correspondance que jusque là je m'étais contenté de parcourir dans les bibiothèques. En fait je cherchais les souvenirs de G. Sand qu'Amazon tarde à me livrer, mais ils sont introuvable dans la plus grande librairie d'une ville moyenne française.

 

Une pensée pour les tentatives d'utiisation de Flaubert par Sartre et Bourdieu, celle de Bourdieu notamment trop prise dans une grille de lecture assez "inutile et incertaine" comme aurait dit l'autre...

 

C'était quoi alors cet "art pour l'art" (auquel Nietzsche aussi adhéra à sa manière) ? Un sorte d'hypersensibilité à toutes les formes d'injustice (Flaubert a toujours le mot "Justice" à la bouche), de facilité, de lâcheté, un refus de la démagogie (notamment d'évolution du monde à l'"américaine", déjà il s'en préoccupait, peut-être sous l'influence de Tocqueville), le choix de Voltaire contre Rousseau, de l'élitisme, dans un esprit de complet désintéressement (Flaubert ne vivait pas de sa plume, et sa vision de l'art est incompatible avec l'utilisation cuistre et superficielle qu'en font les bourgeois. Le tout dans une recherche intransigeante d'une totale exactitude formelle.

 

Flaubert pensait que la victoire prussienne annonçait le triomphe du positivisme, et donc un déclin inévitable de la civilisation française (quelque part Flaubert qualifie sous Napoléon III la France de première nation du monde, ce à quoi sans doute beaucoup de Français souscrivaient à l'époque). A-t-il eu raison ? Les année 1860 furent-elles le sommet de ce sommet de ce que pouvait réaliser l'art littéraire français ?

 

Je n'ai sans doute pas la sensibiité assez affutée pour en juger. Un lecteur anonyme a bien voulu en passant par ce blog m'y traiter courageusement de "bourrin" et il y a sans doute du vrai là-dedans.

 

Dans un précédent billet j'ai dit que le positivisme n'avait été que le poil à gratter de la période suivante. Il n'a pas vaincu, tout comme les Prussiens n'ont pas fait de Paris un "nouveau Varsovie". Il y a encore eu le symbolisme, Mallarmé etc. Mais la mécanique de la modernité industrielle était là, avec son travail incessant,  sa manière bien particulière de rythmer le temps et d'asservir par ce biais les sensibilités, c'est indéniable.

 

Aujourd'hui il n'y a plus "d'art pour l'art" bien sûr. Il n'y a plus chez les critiques que la recherche des "motivations socio-psychologiques", la volonté de se rincer l'oeil ou de compatir dans une débauche de bons sentiments, la recherche de messages politiques, et chez les auteurs l'abdication de tout élitisme, la passivité devant la bêtise et l'injustice, la volonté de plaire à tout prix, de se faire un nom, de ne pas "investir pour rien" etc. Bref rien qui relève d'aucune justesse de regard ni de ton, encore moins de l'élégance stylistique.

 

En tout cas cet "art pour l'art" avait quelque chose d'éthiquement irréprochable (c'était d'ailleurs son ambition, presque platonicienne) et constitue toujours une sorte de point abstrait de référence pour accéder à une lucidité supérieure, une sorte de point d'Archimède sur lequel on gagne à asseoir son jugement. Par exemple si l'on veut se faire une opinion sur la Commune de Paris. Quand Flaubert y voit un grand retour au Moyen-Age (et dans la bouche d'un Spinoziste post-révolutionnaire comme lui, ce n'était pas un compliment), la remarque interpelle, et donne à réfléchir...

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Un mot de Flaubert

9 Août 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #XIXe siècle - Auteurs et personnalités

A propos des succès de Thiers :

 

"Les prostituées, comme la France, ont toujours un faible pour les vieux farceurs"

 

(Lettre à George Sand, 18 décembre 1867)

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Agapé

8 Août 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Ma correspondante turque qui planche sur Comte-Sponvile m'écrit ce soir que des traducteurs chinois lui écrivent parce qu'ils ne savent pas traduire chez ce philosophe le mot de "amour charité/agapé" !

 

Blaise_Pascal.jpg

Quel cauchemar ! quelle barbarie ! Tout le monde a l'air de se résigner "ben oui, mot trop chrétien, trop classique, intraduisible". En Turquie, en Chine, on capitule. Un mot métaphysique, ça n'a plus d'intérêt à notre époque. Je hurle, j'exhorte : allez voir dans vos langues comment furent traduits Pascal et Denis de Rougemont ! On ne peut pas laisser ce mot orphelin, on ne peut l'égorger au coin d'une rue ! non ! Le monde meurt s'il perd ce mot !

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George Sand vue par Debû-Bridel

8 Août 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #XIXe siècle - Auteurs et personnalités

Sand.PNGJ'écoutais tantôt à la radio la conférence de 1954 "George Sand, homme politique", par le sénateur "gaulliste de gauche" (mais ex maurrassien) et "grand résistant" Jacques Debû-Bridel. Dans cette conférence Debû-Bridel célèbre la radicalité populiste de George Sand en 1848 mais blâme son choix de soutenir Jules Favre (avec qui elle avait travaillé 22 ans plus tôt au cabinet de Ledru Rollin) contre Gambetta en 1870. Il est vrai qu'il y a quelque chose de pétainiste dans ce négociateur de la paix avec Bismarck. Lorsqu'il remarque que les ouvriers que Sand avait appelé à descendre dans la rue le 16 avril 1848 furent accueillis par la Garde nationale au cri de "A bas les communistes" le sénateur ajoute qu'à l'époque on parlait déjà des communistes mais que les choses étaient plus simples car alors ils n'étaient pas liés à une "puissance étrangère" (sic). J'ai trouvé cela amusant, et somme toute assez vrai. Pour lui ce 16 avril eût pu être un succès pour les Républicains et les socialistes mais il remarque à juste titre que les journées qui réussissent sont célébrées par la postérité comme des "révolutions" et les journées qui échouent condamnées comme des "émeutes".

 

Je veux bien revisiter un peu le XIXe siècle avec Mme Sand et viens de commander "Histoire de ma vie". Je m'étais enthousiasmé pour la Confession d'un enfant du siècle  de Musset et Choses Vues d'Hugo à 16 ans, puis j'ai un peu négligé cet univers là, en grande partie sous l'influence de mon époque. Il convient de revenir à ce siècle un peu bizarre à nos yeux de révoltes ouvrières, d'utopies saint-simoniennes, et de résistance au cléricalisme omniprésent. Pourquoi ne pas le faire avec Mme Sand ? Ne lui prête-t-on pas toutes les qualités : bonne amante sensuelle (mais fidèle avec ça, même dans sa relation chaste - par la force des choses - avec Chopin), bonne mère, bonne aristocrate par son père (descendante du maréchal de Saxe), et par sa mère bonne fille du peuple qui aime à faire des confitures ? Je trouve un peu sot son amour candide et rousseauiste des paysans, mais c'est une écrivain de génie, alors il doit quand même être bien agréable de passer quelques heures en sa compagnie. Je vous dirai.

 

A part ça, ce soir Michel Onfray jugeait que la maître de Camus, Jean Grenier était un personnage "pas très sympathique" parce qu'il n'aimait pas sortir le soir (si si, réécoutez sa conférence à l'Université populaire de Caen, c'est exactement ce qu'il dit). De même qu'il n'aimait pas Kant parce que celui-ci n'avait pas eu de vie sexuelle. L'ennui c'est que ce genre de caractéristique concerne les trois quarts de la haute intelligentsia, qui, par définition, pour aimer la lecture et l'écriture, doit avoir des penchants monastiques... J'en conclus qu'Onfray est plus proche des noceurs paillards, mais le niveau de sa pensée est en conséquence...

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Alep, les docus TV ouverts aux dissidents, l'Espagne, la fille qui connaît la Défense

7 Août 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Il est profondément douloureux de voir un pays de culture ancienne comme la Syrie tomber dans le chaos. Une guerre de tanks et d'artillerie dans une grande ville comme Alep (même si elle a été vidée de ses habitants) est une catastrophe qui va détruire pour longtemps tout ce qui faisait sa force et sa beauté. A cela s'ajoute l'horreur médiatique, ce mensonge institutionnalisé qui veut faire croire qu'il y a les bons et les mauvais dans ce combat, et que tout le mal incombé au régime dictatorial. En vérité c'est une très sale guerre, comme toutes les guerres civiles, avec des exactions énormes des deux côtés,  et une guerre dans laquelle nous devrions être neutres, ce que nous ne sommes pas. Et dire que M. Sarkozy (je suis bien gentil de l'appeler "Monsieur") continue de verser de l'huile sur les flammes dans ce pays, même tout dépouillé de la fonction présidentielle qu'il se trouve. Un vrai nouveau José Maria Aznar. Pauvre homme !

 

Je n'épiloguerai pas, cela ne sert à rien. Une fois de plus l'opinion publique occidentale est piégée et désarmée. Et une fois de plus les rares petits collectifs qui tentent de faire de l'info alternative, comme celui que j'ai tenté d'aider en juillet se discréditent tout seuls : citoyens dormez sur vos deux oreilles et consommez.

 

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Cet après midi il y avait un reportage sur la fin de l'URSS sur la chaîne parlementaire. Tranquillement parmi les intervenants ont donnait la parole à Chomsky qui disait qu'Eltsine était "un dictateur "alors que Gorbatchev eût pu amener la démocratie sociale à l'URSS, et que l'Ouest avait préféré à partir de 1991 soutenir la dictature. Ce soir Arte montrait un documentaire très favorable à la politique de nationalisation des multinationales par Castro après sa prise du pouvoir à Cuba. Est-ce parce qu'il s'agit dans les deux cas d'histoire "ancienne" qu'on donne la parole à la gauche sur ces sujets ? Je l'ignore.

 

De toute façon la gauche n'inquiète personne en ce moment. L'Espagne est en train de couler, et Izquierda unida n'est créditée que de 8,5 % selon les derniers sondages. La zone euro va peut-être se défaire sous le poids de mécanismes économiques un peu obscurs, et la gauche n'y aura été pour rien. Il faudrait que je vous parle de mon dernier déjeuner à la Défense avec cette femme dont je vous ai parlé en 2008. Elle travaille dans ces tours, voudrait publier un livre sur les gens (ses collègues) qui là-haut, décident des dégraissages d'effectifs en Inde ou à Shanghaï. Mais elle ne le fera pas. Parce que mon éditeur ne l'accueille pas à bras ouverts. Les égos, toujours les égos. Quand on ne leur offre pas le tapis rouge les gens se replient sur leur quant à soi. Dommage. Elle était probablement une des meilleures connaisseuses du capitalisme actuel, tel qu'il fonctionne tous les matins au dessus de nos têtes, avec toute sa bêtise et sa médiocrité, pas celui que filme Cédric Klapisch. One more missed opportunity...

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Post spiritum omne revolutio tristis est

7 Août 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

On oublie aujourd'hui combien, à l'époque du bergsonnisme triomphant, la révolution bolchévique put être perçue par des gens comme Romain Rolland, Anatole France, puis Paul Nizan, et même André Malraux, comme le prolongement du panthéisme de Tolstoï (rappelez vous que j'ai souligné sur ce blog aussi combien même Gandhi dans les années 30 insistait sur le potentiel spirituel du socialisme russe).

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Le spiritualisme, notamment en France (et la France dominait encore le monde intellectuel de l'époque, en tout cas l'intelligentsia de gauche d'Europe), était certes gêné par le positivisme de tous les scientifiques professionnels à la Russell ou inventeurs en herbe dont bien des humoristes d'Alfonse Allais à Céline (dans Mort à crédit) parlent abondamment, ainsi que par un certain nihilisme de la jeunesse désespérée par la saignée de 14-18, qui étaient des sortes de poil à gratter susceptible de contester son hégémonie, mais il aurait peut-être survécu s'il n'avait été anéanti dans les années 30 par le propagandisme fasciste (Goëbbels) et capitaliste (Bernays) qui visaient l'abrutissement généralisé.

 

Il faut entendre les effets du fascisme largo sensu. Un témoin direct comme Borghese par exemple voit dans le totalitarisme stalinien une contagion du fascisme italien avec cette mode du règne des milice, de la brutalité  divinisée et des grands défilés paramilitaires qui écrasent l'individualité.

 

l_nine.jpgAprès le double rouleau compresseur capitaliste et fasciste, l'idée révolutionnaire en France n'est plus devenue, dans les années 60, qu'un vague élan de revendications catégorielles de la jeunesse contre l'autorité de la vieille génération, élan doublé d'un travail intellectuel de disqualification de la culture classique (le structuralisme), tout cela demeurant parfaitement compatible, finalement, avec le capitalisme américain triomphant, et non exempte d'élément fascisants (dans l'attaque personnelle mesquine des adversaires, le totalitarisme intellectuel, des éléments qui étaient étrangers au socialisme spiritualiste d'un Romain Rolland ou d'un Jean Jaurès par exemple).

 

Comme vous le savez, j'ai regardé avec beaucoup d'intérêt (et même soutenu tout en en mesurant les insuffisances) la tentative de Mélenchon d'acclimater à l'hexagone la révolution chaviste en lui insufflant une dose de mitterrandisme et une autre de néo-jacobinisme. Lui paya son écot à la conception "post-spiritualiste" de la révolution, le volet soixante-huitard en mobilisant au sein du PG la rhétorique féministe, celle de l'ouverture à "l'altérité" du tiers-monde etc, après avoir initialement été accusé de machisme et de soutien à l'esprit réactionnaire sur les questions "sociétales". La chanson révolutionnaire de Mélenchon bien sûr ne portait aucune trace du spiritualisme des années 1920, pas plus d'ailleurs qu'aucun autre aspect de la culture contemporaine française.

 

DSCN4664.JPGJ'ai remarqué qu'au mois de juillet l'Humanité Dimanche ne parle plus de Mélenchon. Peut-être fatiguée par la théatralité un peu forcée que le tribun socialiste a fait sienne, et déçu par le score électoral en demi-teinte auquel tout cela a abouti, l'hebdomadaire communiste préfère maintenant parler des fromages du terroir et interviewer le député auvergnat André Chassaigne. C'est d'une autre révolution qu'il s'agit là. Celle de la ruralité, de la vieille France qui défend sa poste et son bureau de tabac, puisqu'André Chassaigne est au communisme ce que Jean Lassalle est à la démocratie-chrétienne. Ce courant écolo-communiste est encore trop faible pour supplanter le mélenchonisme. Nul doute que s'il parvenait à s'imposer ses adversaires ne tarderaient pas à le qualifier de "néo-pétainiste". Il sera en tout cas intéressant d'en examiner le devenir dans les années à venir. Je connais un peu cette France de villes moyennes et de villages (non pas celle de l'Est qui vote pour Marine, mais celle du Massif central et du Sud-Ouest), qui, par attachement à ses vieux murs de pierre accorde de meilleurs scores au Front de gauche que la moyenne nationale. On ne peut pas dire que sa "révolution" soit porteuse d'idées très adaptées aux enjeux contemporains (notamment aux questions que la technologie nous pose). Mais sa réticence profonde à l'égard des folies de notre temps est des plus respectables et il ne serait pas mal qu'une force politique sérieuse (plus sérieuse que les enfantillages du Parti les Verts-Europe écologie) prenne en charge ce qu'elle exprime. Ce n'est plus le grand élan spirituel des années 20, juste une volonté d'inertie, presque taoïste, probablement nécessaire dans un monde qui court trop vite.

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Post spiritum omne natio tristis est

6 Août 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

J'entendais tantôt à la radio un publiciste rappeler que Paul Nizan en 1938 avait écrit une apologie de Descartes puis exhorté en 1939 le PCF à définir une ligne autonome à l'égard de l'URSS. Il était sans doute un penseur potentiel du "socialisme à la française" fauché par la seconde guerre mondiale, comme Péguy l'avait été par la première.

 

Il faut reconnaître que la seconde guerre mondiale a enterré l'idée française parce qu'elle en a liquidé le potentiel utopique (dont peut-être le programme du Conseil national de la Résistance fut l'ultime avatar). Les deux générations qui ont suivi cette liquidation n'ont fait que gérer l'héritage sur un mode bureaucratique tandis que le pays s'alignait sur les Etats-Unis et se déconsidérait dans sa lenteur à décoloniser (tandis que les intellectuels, eux, se perdaient en folies idéologiques), même pendant la parenthèse anachronique de la présidence de De Gaulle.

 

Voilà pour le XXe siècle. Il est bien plus évident encore au XXIe que l'idée française est morte. Cependant au XXIe siècle la mort de la France ne peut plus nous arracher de regrets, car, à la vérité, toutes les nations sont aujourd'hui mortes, et ne sont plus que les ombres de dieux morts projetées sur les parois de la caverne peut-on dire ici pour plagier Nietzsche.

 

0017.jpgEt il y a à cela une raison simple que Sloterdijk a très bien entrevue dans certaines de ses pages sur l'humanisme : c'est que l'existence des nations européennes était solidaire d'une quête morale et spirituelle, oui, spirituelle, immatérielle. Or tout le spirituel a complètement déserté notre monde (et qu'on ne me parle pas des transes du renouveau religieux un peu partout qui ne sont que des thérapies de souffrances pathologiques bien éloignées de la finesse de ce qu'on entendait autrefois par le spirituel !).Lorsque je voyage dans mes souvenirs je trouve un écho de ce que pouvaient être les projets nationaux au XIXe siècle (tous les projets nationaux) dans les vagues impressions que j'ai gardées en 2003 d'un jardin public (déjà anachronique) à Riga que je sillonnais aux côtés d'une jeune Lettonne réellement éprise de son pays. Ce jardin peuplé de statues de "grand hommes" non loin du minuscule palais de la présidence, était rempli d'un calme un peu mélancolique qui pouvait faire penser à la Suisse. Les projets nationaux étaient solidaires de ce calme là, de cette poésie des parcs dans laquelle pouvait germer une aspiration morale personnelle à laquelle la nation pouvait apporter une réponse.

 

Les nations aujourd'hui ne sont plus que des coquilles vides, des conservatoires de vieilles habitudes, dont le seul projet peut être d'incarner ce que les autres ne sont pas, sans pour autant porter le moindre souffle ni le moindre avenir. Qu'est-ce que la nation russe par exemple, sinon un projet collectif purement négatif : celui de ne pas être asservi par encore plus vulgaire et plus abject que soi - ne pas être asservi par Mac Donald's, les pétroliers texans et l'hypocrisie de l'administration Obama ? La nation américaine devenant à son tour et symétriquement une simple volonté de ne pas tomber sous le joug d'autres projets identifiés comme tyranniques (l'étatisme russe ou chinois, que sais-je encore). Ce qui est obscène dans le projet national russe, comme dans tout projet national, ce n'est pas quil soit incarné par un rustaud qui veut "buter les terroristes au fond des chiottes". Car des rustaud, la nation russe en a porté bien souvent au pouvoir, à commencer par Ivan le Terrible. C'est que ce rustaud ait pour seule perspective ontologique de consolider Gasprom face à Exxon, ou l'agroalimentaire russe face à Monsanto, sans que son peuple puisse être poussé vers l'avenir par la moindre rêverie spirituelle.

 

L'acte de décès de la France en tant que nation s'ajoute ainsi à celui des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine, de l'Inde, etc dan un très long registre d'Etat Civil. La spiritualité jadis, dans ses formes plus ou moins raffinées, n'était peut-être qu'une illusion, mais qui tenait debout l'humanité. En son absence l'humain se parodie lui-même dans tout ce qu'il essaie d'être et ses nations ne sont que de décors de carton pâte (mais de décors hélas armés, et capables de s'entredétruire de la pire des manières).

 

Je ne suis pas nostalgique quand j'écris cela. Je ne vois pas du tout comment les choses auraient pu évoluer différemment. Je prends acte de la réalité voilà tout.

 

Et ceux qui ont cru que les empires (fussent-ils des empires de la Paix et des bons sentiments) prendraient le relais des nations mortes se sont trompés. Les Jacques Delors, les François Mitterrand, se sont égarés. Ils n'ont créé que des machines sans âmes comme l'eurocratie actuelle, car pas plus dans les empires que dans les cadavres des pays l'esprit humain ne survivait.

 

arcus.JPGEn parlant de Mitterrand, je dois dire que j'ai à nouveau pensé à lui quand je suis allé traîner cette année encore dans le Charentes. L'an dernier c'était du côté d'Angoulême et de Jarnac, cette année à Saintes. Le douceur et le calme des villes moyennes de cette région ne cessent de me surprendre. Dans ma province natale, le temps à maints égards s'est arrêté, dans bien des domaines (la musique par exemple), mais les gens cherchent à combler leur anachronisme en affichant des passions actives, notamment pour le sport (et les médailles d'or de M. Estanguet leur en ont encore donné le prétexte). En Charente, au contraire l'immobilité semble se vivre dans un plaisir tranquille, comme la lente dérive des gabares touristiques sur le fleuve... On comprend que cette région ait encouragé Mitterrand à rester toute sa vie un homme des années 30, un étudiant ligueur nostalgique du temps d'avant. Sa spiritualité à lui ne lui a donné aucune inspiration en politique (il fut un des politiciens les moins inventifs de notre histoire) et a fini par dériver vers un pharaonisme de pacotille à l'image de la crise morale que son pays traversait. La Charente, je pense, l'aidait au moins à vivre sans douleur l'ensevelissement collectif dans le matérialisme publicitaire. Les Charentais, comme les Lettons, ont encore des jardins publics très silencieux qui au moins enveloppent de calme les égarements des dernières décennies.

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