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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

André Gide sur les mérites de l'Islam en Afrique

18 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Tunisie-132.jpg"Au contact de l'Islam ce peuple [dans la région de Fort-Archambault] s'exalte et se spiritualise. La religion chrétienne, dont ils ne prennent trop souvent que la peur de l'enfer et la superstition, en fait trop souvent des pleutres et des sournois." (André Gide, Voyage au Congo Folio p. 223)

 

Notons que l'expression un peu généralisante de Gide qui aujourd'hui passerait pour raciste est à remettre dans la contexte des analyses du Voyage au Congo qui n'essentialisent pas les défauts des peuples que l'écrivain croise : il les attribue surtout à la surexploitation coloniale qui en fait comme il dit de "tristes troupeaux humains sans bergers". La christianisation participe à ses yeux à l'avilissement de l'Afrique là où l'islamisation la "tirait vers le haut", pour ainsi dire.

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L'Occident ne désarme pas

17 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Le leitmotiv de l'émission C dans l'Air du 14 juin 2012 où intervenaient Christophe Barbier, Frédéric Pons, Gérard Chaliand et Jean-Dominique Merchet: "L'Occident désarme, le reste du monde s'arme". Ce thème était accompagné de l'idée que nous serions devenus des sortes de chérubins pacifistes pour qui la mort de soldats serait devenue insupportable.

 

D'une part le budget militaire étatsunien (qui est notre "parapluie" auquel nous déléguons notre défense) a régulièrement augmenté depuis cinq ans.

 

D'autre part les appels à la guerre incessants de nos médias, en particulier à l'égard de la Syrie, montrent bien que nos sociétés sont demandeuses d'interventions militaires.

 

Il faut souligner qu'en revanche les investissements du Tiers-Monde ou de ays émergeants procèdent d'effets de rattrapage, voire s'inscrivent en réaction à l'interventionnisme occidental. Ces dépenses ne présentent pas le même degré de dangerosité que celles des Occidentaux. Les investissements occidentaux sont ciblés sur de la haute technologie sur le volet des armes nucléaires, chimiques, bactériologiques, et des armes destinées à neutraliser le potentiel des adversaires (boucliers anti-missiles, drones, armes de sabotage informatique etc), qui sont beaucoup plus efficaces que le simple entretien d'une présence armée défensive sur un territoire vaste qui absorbe une bonne part du budget militaire de pays comme la Chine ou l'Inde.

 

Enfin il faut noter que l'interventionnisme militaire occidental direc et indirect implique le recours massif à des supplétifs (les milices libyennes payées par le qatar, l'armée afghane face aux Talibans, les milices tutsies dans l'Est du Congo etc) qui permettent d'occuper le territoire en économisant les ressources humaines de sa propre armée, sans oublier bien sûr toutes les formes de mercenariat officiel ou officieux comme Blackwater en Irak (ce qui pose ensuite la question de la dépendance des gouvernements occidentaux à l'égard de ces "clients" auxquels ils sont ensuite redevables).

 

Voilà qui invalide totalement le schéma simpliste et angélique d'un soi-disant "désarmement occidental" que nous vendent les marchands d'armes pour tenter d'enrayer le déclin des budgets militaires.

 

Le vrai problème est justement que la course aux armements généralisée se poursuit bien qu'en Occident il ne se reflète pas dans les masses budgétaires. Une telle compétition fait émerger des pôles nucléaires (l'Occident, la Russie, la Chine, l'Inde, et peut-être deux ou trois autres dans les années qui viennent dont peut-être le Brésil ou l'Iran si elle échappe à un bombardement occidental) qui ont intérêt en permanence à destabiliser les autres (par la désinformation, le sabotage, l'infiltration d'alliés, et l'entretien de guerres secondaires dans les sources d'approvisionnement en matières premières (Afrique, Proche-Orient). Ces pôles pourront de moins en moins tolérer en leur sein la pluralité du débat démocratique sur la légitimité de leur existence, quiconque nourrissant ce genre de débat étant susceptible d'être accusé de travailler pour les pôles rivaux. La France peut-elle se soustraire au pôle occidental et faire entendre sa propre voix (avec son propre système d'autodéfense, ce qui suppose aussi ses alliances propres) ? Personnellement j'en doute, d'autant que cela pourrait la conduire à construire son propre pôle qui n'aurait alors pas nécessairement vocation à être plus juste et plus "démocratique" que les autres avec lesquels il serait de nouveau en compétition...

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Remarques économiques d'Edgar et prolongement géopolitique

12 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Je signale ici un intéressant article d'économie d'un des rares membres de la blogosphère qui parle parfois de mes travaux.

 

Je me garderai de commenter l'aspect économique de ce billet n'étant pas spécialiste. Sur le volet politique, le billet lance un appel à la préservation des espaces de discussion démocratiques, mais je doute que cet appel puisse avoir des effets. La mondialisation aurait pu être démocratique si le désarmement militaire avait eu lieu (comme c'était prévu dans la dynamique de discussion Est-Ouest sous Gorbatchev). Mais dans les années 1990 les USA n'ont cessé de s'armer et de s'inventer des ennemis-alibis, ce qui a provoqué les guerres (car l'armement doit servir comme l'a dit Mme Albright) ainsi que le réarmement des concurrents (russes, chinois, iraniens etc). Aujourd'hui l'heure est à la constitution de grand pôles militaires (occidental, russe, chinois etc) qui cohabitent dans un équilibre de la terreur (course à la conquête de l'espace, à la piraterie informatique etc) façon guerre froide, tempéré par l'échange commercial (un équilibre qui inclut le développement de guerres aux périphéries pourvoyeuses de matières premières - Proche Orient et Afrique en particulier). Dans ce dispositif, les pôles rivaux ne peuvent tolérer de débat démocratique que sur les sujets non vitaux, c'est-à-dire autres que les sujets qui sont les causes même de leur constitution et de leur surarmement. Ils peuvent débattre de "plus ou moins de social" "plus ou moins d'environnementalisme", mais pas sur la raison d'être de leur existence ni de leur rivalité avec les autres. C'est pourquoi même si l'Union européenne éclatait, elle serait remplacée par un autre système de hard ou soft power qui maintiendrait ses composantes sous le joug de l'idéologie occidentale et de ses principaux présupposés.

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Les aléas de l'histoire

11 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Dans les rangs des militants tout le monde s'en donne à coeur joie : contre l'insuffisante radicalité de Mélenchon l' "européiste socialtraître" (moi qui le lisais attentivement je l'avais pourtant trouvé sur bien des points plus radical que le PCF même si, c'est vrai, il avait des côtés mitterrandiens), contre la timidité de Syrisa en Grèce etc.

 

Tous ces gens là sont toujours prompts à refaire l'histoire avec des "si". Moi je ne sais pas du tout si dans une société aussi droitisée et souvent aussi paumée que la nôtre la stratégie de la radicalité est plus payante que celle du compromis. Je vois juste que Méluche a frôlé le nirvana après la manif de Bastille quand sa campagne "prenait" et tenait en respect même les journalistes les plus cyniques. Puis la descente aux enfers a commencé avec le discours du Prado où il s'est a commencé à se banaliser. J'ai l'impression que l'appareil du PCF prompt à négocier avec le PS (ce que je ne critique pas, car j'ignore quelle est la bonne stratégie en ce moment) l'a beaucoup poussé sur cette voie. Je continue de penser que Méluche avait un potentiel de radicalisation supérieur à ce qu'on croit, surtout s'il avait été en situation de bras de fer avec Merkel. Mais encore une fois il est aléatoire de refaire l'histoire (la "what if history" comme on dit).

 

Peut-être rebondira-t-il à nouveau l'an prochain si la crise européenne s'intensifie. Peut-être pas. Il est toujours dangereux de parier sur les crises car elles amènent souvent plus de souffrances que de résurrections, mais les esprits maladivement hostiles au cours réel des choses créditent toujours a priori les crises d'un potentiel d'évolution conforme à leurs attentes, sur la base du principe "rien ne peut être pire que le statu quo" et d'une bonne dose d'égocentrisme... L'humain a du mal à imaginer l'ampleur des difficultés qui peuvent se présenter. Quelque chose dans sa psyché l'immunise contre cela.

 

A part ça la campagne électorale d'Hénin-Beaumont a montré que le Front national usait de méthodes peu recommandables pour attaquer ses adversaires : les faux tracts. Je ne me fierais pas à un parti qui a recours à de tels expédients. Cela dit Mélenchon commettait une erreur grossière (mais qui participait de sa banalisation) en allant défier Mme Le Pen dans sa circonscription laissant entendre que l'antifascisme était l'alpha de ses propositions politiques... Ce n'est pas ce que les gens attendaient, il fallait prendre les problèmes des gens plus en amont, s'attaquer aux causes pas aux conséquences, je l'ai déjà dit sur ce blog.

 

Aujourd'hui il y a quelque chose de triste dans le fait que n'importe quel petit arriviste socialiste arrive devant des grands élus locaux communistes comme Braouzec et Brard dans le 93. Difficile de savoir si cette mouvance à terme s'en remettra. Peut-être des coups de pouces des socialistes (comme l'abaissement du seuil pour créer un groupe, ou 100 sièges à la proportionnelle promis par Hollande) les aideront-ils. Ce ne serait guère glorieux. 

 

En tout cas, la page des législatives d'une certaine façon est déjà tournée. L'heure est maintenant à la contemplation de ce que nos amis socialistes, après cinq ans d'opposition en demi-teinte, vont proposer pour faire face à la crise européenne. Vu la panne d'imagination qui a toujours caractérisé ce parti, il y a fort à craindre qu'ils n'inventeront rien, sauf quelques expédients, quelques entourloupes pour faire passer l'acceptation des injustices (dont un terrible mattracage fiscal des classes moyennes pour sauver l'apparence d'un presque équilibre budgétaire). Les économistes nous disent que l'austérité ne mènera à rien, mais qu'il n'y aura aucun levier pour relancer l'économie, sauf à ce que nous devenions tous d'ardents fédéralistes européens. Mais chacun sait que cela n'arrivera pas. Alors seront nous dans cinq ans tous hors de la zone euros, avec des dettes à la valeur nominale démultipliée et des monnaies affaiblies vouées à la dévaluation compétitive entre elles ? L'époque est inquiétante, c'est le moins qu'on puisse dire.

 

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Les Hibères caucasiens et le souvenir de Jason

9 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

P1020509gagra.JPGPlutôt que de vous perdre dans les méandres de la fiche Wikipédia sur l'histoire de l'Ibérie (que Pierre Grimal en 1990 orthographiait Hibérie) dans la Caucase, voici un extrait des Annales (livre VI, chapitre XXXIV) qui en dit long sur l'importance du souvenir de Jason et de l'épopée de la Toison d'Or dans l'image que les Hibères avaient d'eux-mêmes en 35 après JC.

 

"Enfin les Parthes, peu faits à souffrir l'outrage, entourent leur roi et lui demandent le combat. Toute leur force consistait en cavalerie. Pour Pharasmanès, il avait aussi des gens de pied. (2) Car les Ibériens et les Albaniens, habitant un pays de montagnes, supportent mieux une vie dure et des travaux pénibles. Ils se disent issus de ces Thessaliens qui suivirent Jason, lorsque après avoir enlevé Médée et en avoir eu des enfants il revint, à la mort d'Éétès, occuper son palais désert et donner un maître à Colchos. Le nom de ce héros se retrouve partout dans le pays, et l'oracle de Phrixus y est révéré. On n'oserait y sacrifier un bélier, animal sur lequel ils croient que Phrixus passa la mer, ou dont peut-être l'image décorait son vaisseau. (3) Les deux armées rangées en bataille, le Parthe vante à ses guerriers l'éclat des Arsacides, et demande ce que peuvent, contre une nation maîtresse de l'Orient, l'Ibérien sans gloire et ses vils mercenaires. Pharasmanès rappelle aux siens qu'ils n'ont jamais subi le joug des Parthes; que, plus leur entreprise est grande, plus elle offre de gloire au vainqueur, de honte et de péril au lâche qui fuirait. Et il leur montre, de son côté, des bataillons hérissés de fer, du côté de l'ennemi, des Mèdes chamarrés d'or; ici des soldats, là une proie à saisir. "

 

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Tacite

8 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Antiquité - Auteurs et personnalités

Vous vous souvenez sans doute que Nietzsche affirmait dans son style habituel que la seule grande figure de l'Evangile c'était Pilate. J'avoue que je prends plaisir, l'âge venant, à lire Tacite, en ouvrant les Annales au hasard. Ici je tombe sur la révolte de Boudicca, là sur la conquête de l'Arménie. A cet endroit  la querelle entre Smyrne et je ne sais plus quelle autre ville pour obtenir le droit d'ériger un temps à la famille impériale, là aux déboires d'un gouverneur de Cyrène ou d'un brigand espagnol, une campagne contre des Thraces. Tacite, c'est le regard aristocratique romain sur l'histoire de l'Empire au Ier siècle, comme Pilate est le regard aristocratique romain sur les querelles de la Judée. Il y a toujours chez Tacite cette sorte de pessimisme moral très romain qui ne s'étonne pas des égarements humains, et même y voit une fatalité. Du coup ils deviennent facilement l'explication de tous les malheurs. Les défaites militaires sont dues à la lâcheté, les insurrections dans les provinces au relâchement moral des gouverneurs corrompus. Il n'y aura jamais de critique systémique chez Tacite. Juste de l'indignation et du pessimisme qui dispensent de réfléchir. C'en est amusant, presque sympathique même, tant cela est simple. Simple et élégant, parce qu'il y a toujours cette volonté de n'idéaliser rien ni personne, et puis cette précision du style, resserré en quelques mots. Certes tout n'est pas pourri dans le monde de Tacite. Il y a encore beaucoup d'administrateurs romains et de généraux pleins de sagesse, de dignité et de courage qui tiennent leur rang. Le monde romain fonctionne grâce à eux. Mais il y a tout autour, c'est à dire chez les autres Romains, comme chez les Barbares, une déliquescence inévitable, inhérente à la nature humaine. Plus encore chez les Barbares d'ailleurs, bien sûr, les Barbares quels qu'ils soient, les Bretons comme les Parthes, parce qu'eux cèdent encore plus à la nature que les Romains, avec leurs rituels de combat bizarres, leurs initiatives désordonnées, leur promptitude à se diviser et à trahir... Un regard intéressant qui, en même temps, fait voyager aux quatre coins du monde méditerrannéen et dans les coutumes d'il y a deux mille ans. Je ne me lasse pas d'y retourner, de temps à autre, pour y picorer quelques pages.

 

ps : Il faudra que je vous parle aussi un jour de l'émission Métronome sur l'histoire de Paris (plusieurs épisodes, les deux premiers le 4 juin à regarder sur Pluzz.fr). Emission pleine de naÏveté notamment quand elle aborde l'Antiquité sous l'angle d'un parisianisme effreiné, mais qui a le mérite de restituer la richesse extraordinaire de ces hauts lieux de la capitale que l'on cotoie quotidiennement sans les comprendre, et donc sans les connaître.

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Revenus du 64

8 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

Pour les lecteurs du 64 uniquement - source ici
 
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Le Sahel, la Libye, l'Abkhazie, les Basques, la planète

5 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Aristippus01Un mien camarade me signale un compte-rendu un peu douteux de propos que Richard Labévière aurait tenus à Alger récemment sur le Sahel - cf ici. Cela fait un peu complotiste sur les bords (sauf si notre ami journaliste a des éléments inédits pour étayer ses affirmations). Mais il se peut que ses propos soient déformés par le compte-rendu.

 

A l'inverse, du côté des dominants, sur le même sujet je trouve dans "Le dessous des cartes" (diffusé sur Arte aujourd'hui) une tendance tout  à fait scandaleuse de M. Jean-Christophe Victor (cf vidéo ci-dessous) à banaliser l'éclatement des Etats sahéliens, en faisant comme si celui-ci résultait arithmétiquement de facteurs socio-économiques contemporains. Un phénomène presque naturel comme une tempête de sable en quelque sorte. Rien sur la folie des Occidentaux en Libye et du Qatar allié de Total de la Mauritanie au Mali...

 

Pour vous consoler de tant d'excès vous pouvez lire l'article fort intelligent du contributeur de l'Atlas alternatif Vijay Prashad à propos des prochaines élections en Libye ici.

 

Copie de incendie albassade

A part cela, en ce qui me concerne je me réjouis d'avoir reçu un courriel d'une jeune étudiante abkhaze qui prépare dans une université française un doctorat en psychologie sur les représentations sur la valeur santé parmi les adolescents russe, français et abkhazes. Les Abkhazes comme beaucoup de peuples du Caucase sont des gens émouvants qui vivent sur un volcan en activité (et qui ont déjà payé un lourd tribut aux guerres). J'ai beaucoup insisté dans mon livre sur le mystère qu'ils représentent à mes yeux. Toute approche comparée entre trois peuples aussi différents que les Abkhazes, les Russes et les Français ne peut que faire progresser l'intelligence et la compréhension de notre époque. Je m'y étais essayé moi-même sur un mode un peu empirique. Le faire dans un cadre universitaire est encore mieux. Je ne m'étonne guère de voir qu'une femme aborde le problème par la santé. Le corps, l'ethics of care, c'est la manière la plus concrète et peut-être la plus profonde de prendre les choses.

 

DSCN0939Je lis des choses très angoissantes pour l'avenir de notre planète en ce moment. Sur la disparition programmée des métaux précieux, la déforestation, la faillite de notre modèle de consommation. Ces grandes considérations globales engendrent souvent des appels au dépassement des frontières, et au mépris des particularismes. C'est une erreur. Il faut tenir ensemble les préoccupations globales et les aspirations locales comme dans cette histoire des Basques qui tentent, après les Bavarois, de se doter d'une monnaie à eux en complément de l'euro. Ne devenons pas abstraits dans notre travail sur l'universel...

 

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A propos de la Lettre des relations internationales du PCF de mai 2012

3 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Voici la lettre des relations internationales (LRI) du PCF de mai 2012 et mon commentaire critique juste en dessous (critique constructive car j'aime bien le Front de gauche).

 

 

 

- Sur l'Algérie la phrase "le moment n'est il pas venu de sortir de cette période postcoloniale" est pour le moins inopportune. Imaginons en 1936 : le nazisme menace toute l'Europe centrale. Qu'aurait-on dit alors si un auteur allemand non-nazi mais disons proche de l'ex-Zentrum (le parti centriste interdit par Hitler mais qui n'a jamais été très clair sur l'impérialisme allemand), avait choisi ce moment là pour dire aux Tchèques et aux Serbes "Les amis, le moment n'est il pas venu de sortir de la méfiance à l'égard du pangermanisme et de virer les gouvernements anti-allemands que vous avez à la tête de votre pays ?"


C'est exactement ce que fait la LRI. Le PCF fut longtemps ambigu face au nationalisme algérien, il n'a pas été en pointe pour le soutenir dans les années 50, c'est le moins qu'on puisse dire (et souvenons nous qu'en 45 il qualifiait les manifestants de Sétif de doriotistes - ce sont surtout certains militants de base qui dans les années 60 ont été efficaces dans le soutien au FLN... quand d'autres rejoignaient l'OAS). Aujourd'hui le néo-colonialisme est partout en Afrique, du nord au sud, et le PCF arrive la bouche en coeur "hey les mecs, si on  sortait du post-colonialisme et du vieux ressentiment contre la France", pour convaincre les Algériens de virer le FLN... Il n'a aucune légitimité pour ça.

 

Bien sûr qu'on me comprenne bien, l'analogie que je cite ici ne cherche pas à tracer une égalité entre néo-coloniaisme et nazisme, ni non plus à dédouaner le FLN de ses propres travers et fautes. Si je choisis la comparaison avec l'Europe des années 30, c'est uniquement parce que l'exemple parle à tout le monde. Je pourrais aussi parler de traités imposés par la République romaine aux derniers souverains séleucides, mais cela parlerait moins aux gens. Je veux juste montrer ici qu'on ne peut pas recommander à un peuple qui a eu des centaines de milliers de morts dans une lutte de libération nationale de virer le parti qui a incarné cette libération, alors qu'on appartient soi-même à un parti qui n'a pas été à 100 % investi dans la lutte.

 

- Sur Borat, je suis en désaccord avec le billet de M. Streiff, "politiquement correct", sans humour. Je ne vois pas le rapport entre les parodies de Borat et "Maréchal nous voilà". C'est juste un billet d'indignation à deux centimes sans intérêt.

 

- Sur la Syrie "plan Annan mis en danger par la répression massive du régime et les affrontements armés". Phrase idiote. On a l'impression que les affrontements "tombent du ciel", voire qu'ils sont le résultat de la répression. Pas un mots sur les livraisons d'armes qatariennes, le rôle d'A Qaida, celui d'autres alliés de Washington dans l'encadrement des "forces syriennes libres". Toujours la même bouillie avec des concepts abstraits "la répression" "l'engrenage de la violence", sans pointer du doigts les amis de nos gouvernants et les lobbys qui les financent. Bien sûr il y a des choses à reprocher au régime d'Assad et le drame syrien ne provient pas uniquement des ingérences étrangères loin s'en faut, mais pourquoi le silence du PCF sur les manoeuvres de l'autre camp ?

 

- Sur le Soudan, je ne vois pas en quoi le fait que le gouvernement soudanais, menacé par la CPI, ait fait des concessions aux USA en les laissant construire une grande ambassade à Khartoum en 2010 et en reconnaissant le sud-soudan en échange de leur retrait de la liste des Etats terroristes (promesse d'ailleurs non tenue par l'Oncle Sam) serait le signe d'un terrain d'entente "paradoxal ou peut-être cynique" comme le dit l'article. Lorsque les colonisateurs anglais imposaient aux chefs de tribus africains ou à l'empire chinois au XIXe siècle, les socialistes européens auraient ils été assez idiots pour dire que cette humiliation est "paradoxalement ou peut-être cyniquement" le signe d'une "entente" entre ces protagonistes ?

 

A propos de la politique étrangère du Front de Gauche, signalons le bon papier sur le blog de Jean-Luc Mélenchon contre l'alignement atlantiste de M. Hollande... mais il est dommage que cela vienne au moment même où son auteur s'engage à ne jamais voter une motion de censure contre ce gouvernement. Là encore imaginons, je ne sais pas, Jean Jaurès en 1905 qui dirait "je condamne la politique du gouvernement qui augmente le budget militaire, mais je ne voterai jamais pour sa destitution"... Bizarre... Pour le reste je continue à encourager mes lecteurs à diversifier leurs lectures sur le Net sur tous les dossiers du brûlants du moment (par exemple la Syrie) et à garder leur esprit critique à l'égard de toute forme de prêt-à-penser, qu'elle vienne des pouvoirs dominants ou de leurs adversaires.

 

Je voudrais aussi dire un mot des propos intelligents de Moisés Naïm dans le revue Books sur la malédiction du pétrole. Il y souligne combien cette source d'énergie qui permet de réaliser des profits exponentiels voue tous les régimes (sauf les vieilles démocraties à la norvégienne) à la corruption, en citant les exemples du Vénézuela (d'avant Chavez) et de la Russie actuelle. Il n'y a pas que le problème souvent soulevé par les anti-impérialistes que le pétrole suscite les convoitises du Pentagone. La difficulté est bien plus profonde, hélas...

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Blague espagnole

1 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

sangria"Un médecin danois dit :
"Au Danemark, la médecine est tellement avancée que nous enlevons les testicules à une personne, nous les greffons sur une autre et en six semaines cette dernière est déjà capable d'aller chercher un travail ".

 

Un médecin allemand dit :
« Ca ce n'est rien, en Allemagne, on enlève une partie du cerveau d'une personne, on la greffe sur une autre, et en quatre semaines cette dernière est déjà capable d'aller chercher un travail ".

 

Un médecin russe dit :
"Ce n'est rien, la médecine est si avancée que nous extrayons la moitié du coeur d'une personne pour la greffer à une autre et au bout de deux semaines, les deux sont à la recherche de travail ".

 

Le médecin espagnol réplique alors :
"Rien à voir avec nous ; vous êtes tous très en retard ! Regardez : nous en Espagne, nous prenons une personne sans cerveau, sans coeur et sans testicules et nous en faisons un président ...  et maintenant tout le pays est à la recherche de travail !!!!" "

Tenez, en parlant de blagues :

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Jonathan Coe

28 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La Révolution des Montagnes

jocoe.jpg"De façon générale, je pense qu'un individu quel qu'il soit, en atteignant la quarantaine, le milieu de sa vie, a de plus en plus de mal à considérer l'existence et la société comme une plaisanterie - fût-ce une plaisanterie tragique. Ce qui commence à vous frapper, c'est plutôt la tristesse qu'il y a dans la façon dont les choses tournent, dans les ratages, les erreurs commises qu'on ne peut pas toujours réparer..." Voilà ce que déclarait en 2009, l'écrivain britannique Jonathan Coe dans Télérama.

 

La même année, en octobre, Technikart faisait un dossier sur la "crise des 40 ans". Décidément les quadras des années 2000 auront bien écrasé les jeunes sous le poid de leur tristesse. Il n'en allait pas de même dans les années 80, je crois. A l'époque au contraire les quadras de la génération d'avant nous écrasaient de leur autosatisfaction idiote de gens qui étaient fiers d'avoir "fait mai 68", renversé le vieil ordre conservateur et amené au monde le freudisme pour tous, les films X et le capitalisme boursier.

 

J'en profite pour dire un mot de Jonathan Coe. Je lisais son pavé sur les années Tony Blair "Le cercle fermé" ce weekend sans avoir lu la première partie du dyptique (c'est juste un livre que quelqu'un m'a passé, mais on peut le prendre en route sans avoir eu accès au premier tome). Par sa prolixité il fait penser à Irving auquel je m'intéressais à 20 ans.  Son roman se lit assez bien, c'est efficace sur la première moitié. Mais à la longue on se lasse un peu et l'on repère les ficelles : ces chapitres courts avec les rebondissements de dernière minute qui vous donnent envie de connaître la suite. Un peu comme une bonne série TV ou un paquet de Chips dans lequel on glisse juste les ingrédients qui vous donneront envie d'en manger un second paquet, sans qu'on puisse affirmer que le premier était bon. Il y a quelque chose de l'ordre de l'addiction là dedans. A la moitié du livre, on se rend compte que c'est un peu trop gros. Ces personnages auxquels il faut absolument que quelque chose de palpitant arrive, comme dans Desperate Housewives. Ca ne peut pas être crédible sur toute la longueur. D'autant que qui peut accepter une seconde que sept ou huit personnes qui ont été ensemble dans un lycée provincial à Birmingham dans les années 70, se retrouvent toutes, comme par hasard, à des postes très importants (deux journalistes, un député etc, au point même que deux d'entre deux font partie du Top 50 des personnalités britanniques de l'année 2002) qui les mettent en prise avec la grande histoire (l'histoire avec un grand "h") de leur pays ? Il arrive un moment où cela devient un peu "too much", un peu trop tiré par les cheveux.

 

Mais bon, je sais que tout le monde n'aura pas un regard aussi sévère que le mien. D'ailleurs il y a vraiment des bons passages dans ce livre, et des personnages attachants. Par exemple l'éternelle célibataire (divorcée, mais ça revient au même) italophile qui, de retour dans son pays après une longue absence, découvre tout ce qui est devenu plus violent, plus absurde (notamment avec le culte du téléphone portable) en Angleterre - quelque chose qui fait penser qu'au tournant du millénaire ce pays a connu comme la France, un processus de très grande dégénérescence des mentalités : globalisation oblige, la vulgarité ne l'a pas épargné non plus. L'idylle du député néo-travailliste (blairiste) égocentrique de 35 ans avec une stagiaire de 20 ans est traitée sans manichéisme et sur un mode qui restitue parfaitement l'impasse à laquelle mène l'inadéquation affective probablement génétique entre hommes et femmes. (On retrouve cette thématique aussi dans le portrait au vitriol de l'incurie des hommes condamnés à surveiller leur progéniture dans les jardins d'enfants, mais là le trait est trop forcé). On peut apprécier aussi les petits allers-retours Normandie-Angleterre que l'auteur offre à au moins deux reprises à ses lecteurs et qui en dit long sur le regard anglais porté sur nos falaises. Tout cela suscite d'autant plus l'adhésion que le point de vue de l'auteur est très à gauche, presque aussi anti-blairiste qu'anti-thatchérien. Et, pour cette raison aussi sans doute, assez nostalgique.

 

Certains comparent Coe à Evelyn Waugh dont je lisais avec délice "Scoop" à 17 ans. C'est peut-être un peu exagéré. En tout cas je ne crois pas que Waugh ait jamais eu recours à des techniques de fabriquants de chips pour tenir son lecteur en haleine. Pas aussi grossièrement en tout cas (d'ailleurs ses livres étaient plus courts). Je pense qu'il faut voir l'influence de l'état d'esprit télévisuel sur la littérature dans le recours à des procédés si peu recommandables.

 

A chaque fois que je lis de la fiction, cela me rappelle que moi aussi j'ai écrit un roman, dont mon éditeur il y a peu encore disait qu'il était "excellent" et qu'il était fier de l'avoir publié. Je me demande si un jour des lecteurs éclairés s'y intéresseront. Après ma mort peut-être...

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Kofi Yamgnane à propos de la Libye

25 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Je soumets ceci à votre réflexion. M. Yamgnane est un ancien ministre et conseiller aux Relations africaines de Francois Hollande. On peut supposer qu'il ne parle pas à la légère.

 


 
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Salut à toi

23 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Je pourrais presque égrainer ce soir quelques pensées "fraternelles" sur un mode un peu "salut à toi" des Béruriers noirs (je rigole). Ca n'a pas grand sens, mais bon, comme peu de gens le font sur la toile francophone allons y.
 
Pensées pour :
 
- Le peuple du Bahrein qui supporte cette semaine la création d'une union politique avec l'Arabie saoudite dont il ne veut pas
- Le peuple yéménite qui reçoit 4 milliards de dollars des monarchies pétrolières comme un cadeau empoisonné
- Le peuple libanais qui, comme le peuple syrien, voit se profiler un risque de guerre civile dans un conflit dont tous les tenants et aboutissants sont profondément pervertis
- Les nombreux étudiants québecquois arrêtés au cours des derniers jours
- Le peuple chinois qui peut-être ne vit qu'un rêve de croissance dans un pays où l'eau va bientôt manquer
- Le peuple américain qui risque d'entraîner tous les autres dans sa chute
- Christiane Taubira : je ne suis pas d'accord avec ses lois mémorielles, mais il est frappant de voir qu'à chaque fois que la gauche revient au pouvoir la calomnie n'est jamais loin (alors que lorsque la droite arrive aux affaires l'opposition se mure dans le silence)
- Les gens du Mali du Nord qui ont essayé de manifester (qu'est-il advenu de leurs manifestations ? y a t il eu une répression ?)
- Les combattants islamistes de Somalie que l'Ethiopie vient de menacer d'écraser (leur combat est à l'opposé des manifestants du Mali mais les uns et les autres sont victimes d'une grande iniquité et de jeux géopolitiques mondiaux qui les dépassent)
- Les Palestiniens (bien sûr) coincés dans un casse-tête qui tire aussi le peuple israélien vers le bas
- Les Serbes qui viennent d'élire un président dont j'ai du mal à penser quelque chose
- Les Népalais dont je ne sais pas s'ils sont en train de se faire avoir ou pas
- Les Nords-Coréens dont j'ignore si les rumeurs de canibalisme à leur propos sont fondées ou relèvent de la propagande, mais qui de toute façon paient un prix élevé pour "l'originalité" de leur histoire tragique sur 70 ans
- Les Abkhazes : je pense à eux suite à un mail d'une amie de Soukhoumi reçu il y a peu
- Les gens de provinces d'Europe et d'autres pays riches maintenus artificiellement dans la fermeture au monde (je pense à mon village natal) même quand ils s'y croient ouverts
- Les gens des capitales qui noient leurs chances de comprendre le monde dans le snobbisme et la vanité bourgeoise (ou bobo)    
- Les gens qui bossent tellement que leur idéal se limite à pouvoir dormir vingt minutes tout de suite, et ceux qui bossent si peu, qui intéressent si peu la société qu'ils en sont devenus dingues
- Les gens à l'article de la mort chez eux, dans les hôpitaux, ailleurs, à deux doigts de devenir de purs objets inertes, festin des mouches et de la vermine, et qui touchent du doigt le sens ultime (absurde) de toute la comédie de l'existence des êtres vivants en ce bas monde
- Les enfants qui ont 3-4 ans englués dans leur confiance en leurs rêves, en l'amour de leur parents, en tout ce qui occulte à leurs yeux le non-sens de leur être-au-monde
- Les transhumanistes qui ne raisonnent pas comme moi
- Ceux qui ont vécu avant nous et que parfois ce blog essaie de tirer de l'oubli, lorsque faire se peut, et ceux qui viendront après
- Les éléphants d'Afrique (ou les rhinocéros) dont le martyre pour le commerce de l'ivoire et l'emblème des folies ultimes d'une humanité devenue bien trop puissante, bien qu'elle demeure à d'autres égards si dramatiquement démunie  
- Les formes vivantes des galaxies lointaines qui ne sont pas prêtes de rencontrer la nôtre ni de nous aider à résoudre nos problèmes
- Le berger seul dans des grands espaces naturels qui lui parlent une langue imaginaire
- Les masseuses vietnamiennes de Paris dont je ne connais pas la vie
- Les nounous africaines de nos quartiers qui sont pourtant bien enviables par rapport aux éboueurs
- Les gens trop riches qui ne savent que faire de leur fortune
- Les intellectuels trop installés dans leur confiance aux livres, aux diplômes, à l'érudition (je pense à une fille rencontrée il y a peu : pourtant il n'y a pas de progrès de intellectuel sans une certaine dose de désespoir) 
- Les Djeuns qui se croient malins parce qu'ils me gonflent à bouffer du Mac Do dans mon train en gueulant dans leur portable, et fument du shit entre deux portes dans le RER... Ces mecs là que les candidats aux législatives dans les banlieues flattent bassement à coup de slogans démagogiques à la con ("lutte contre les discriminations" "valorisons les talents de la jeunesse"), de promesses d'emploi aux "espaces verts" des mairies, et leurs camarades de classe d'âge des départements désindustrialisés qui eux croient en la révolution "bleu marine" sans avoir la moindre idée de toutes les sottises dont cette "révolution" pourrait accoucher...
- Les Nicaraguayens qui ont réélu leur président il y a 3 mois et en tirent des choses positives, sans doute les Vénézuéliens feront-ils de même bientôt.
- Les Islandais, bien sûr, puisqu'on ne parle pas d'eux.
- Les VRP de l'industrie mondiale de l'armement qui ont toujours le vent en poupe, et qui doivent s'inventer chaque jour de drôles de raisons pour être fiers d'exister...
- Les gens qui continuent de préférer lire Nietzsche, Crébillon, Epictète plutôt que de s'abrutir devant une rediffusion de "Un gars une fille" (comme je l'ai fait cet après-midi) sur la TNT (ou plutôt que de lire un bouquin de "sciences humaines" de l'Harmattan ou d'un philosophe à la mode, ce qui revient au même) et qui ont assez de sagesse, ou de placidité, pour ne tirer de leurs lectures aucune envie d'écrire des livres ni de se faire mousser sur le Net.
   
Euh, bon, j'arrête là ma liste. Pas de quoi faire une bonne chanson, mais ça fait toujours un billet. Overblog m'en saura peut-être gré.
 
fi
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Henriette

22 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #XVIIIe siècle - Auteurs et personnalités

Dans les Mémoires de Casanova, une femme occupe une place importante : la française qu'il surnomme "Henriette", qui a 31 ans lorsqu'il la rencontre. C'est une femme en fuite en Italie qui vit seule (partiellement accompagnée d'unmilitaie hongrois mais pendant quelques semaines seulement) déguisée en officier, au péril de sa vie, pour échapper à son beau père qui veut la mettre au couvent.

 

Casanova lui prête des répliques très belles dans les dialogues qu'il relate. Et voici en quels termes il décrit son intelligence :

 

casan

 

Au début du XXe siècle l'érudit Charles Samaran (dans Jacques Casanova Vénitien, Calmann-Lévy, 1914) a avancé une hypothèse pour l'identité d'Henriette, confirmée cinquante ans plus tard par J. Rives Childs (Casanova, Pauvert, 1962). Il s'agirait de Jeanne-Marie d'Albert de Saint Hippolyte (1718-1795), nièce du seigneur de Luynes, dont le château de trouve à quelques kilomètres d'Aix-en-Provence et qui quitta son mari trois ans après l'année de leur mariage (1744).Casanova n'a jamais livré son identité dans ses Mémoires, mais tout le monde souscrit aujourd'hui à la thèse de Samaran.

 

Je m'étonne que les gender studies qui aiment à chercher de héroïnes de la cause féministe dans l'histoire ancienne n'aient jamais mis en valeur Mme d'Albert de Saint Hyppolyte (comme je me suis indigné il y a peu de la place trop modeste de la reine Marguerite de Navarre dans le panthéon contemporain). Peut-être est-on retenu par le fait que cette dame n'est connue que par le témoignage de son amant et n'a pas laissé d'écrits, ou parce qu'elle ne chercha pas à se valoriser en accomplissant des prouesses à connotations masculines (j'ai déjà souligné à propos des goûts vestimentaire d'Alexandra Kollontaï la tendance des auteur féministes à négliger les aspects trop "codés féminins" de leur propre histoire des femmes).

 

Pourtant le brio de cette "Henriette" (y compris son brio intellectuel) tel qu'il transparaît dans le récit de ses faits et gestes du côté de Césène la place très au dessus de n'importe quel ministre (homme ou femme) de notre gouvernement et de celui qui l'a précédé (pour ne relever que cet exemple) et c'est une grande injustice qu'elle ne bénéficie même pas d'une fiche sur Wikipédia, alors que Rachida Dati et Sarah Palin en ont une très fournie. J'espère au moins que du côté d'Aix-en-Provence (une fort jolie ville où j'ai adoré m'égarer en 1996), où elle avait grandi, quelqu'un a songé à lui dédier au moins le nom d'une rue...

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Héraclitéisme radical

21 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Avant hier, un journaliste de France Culture s'émerveillait du fait que sur Internet, à l'occasion du décès de Donna Summer, on pouvait désormais consulter de longs articles de Wikipedia et surtout des tas du clips d'élle sur Youtube dans autant de versions qu'on veut, et y ajouter hommages et commentaires. Il se demandait toutefois si tout cela ne nourrissait pas une nostalgie artificielle. On peut aller plus loin et se demander si cela ne revient pas à fragmenter le temps.

 

Pour ma part à mesure que je vieillis, je deviens non seulement un nominaliste (refusant de subsumer le singulier sous l'universel), mais encore un héraclitéen radical : non content de penser qu'on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, j'en viens en considérer qu'il n'y a aucune persistance ni du fleuve ni même de celui qui se baigne. La seule Donna Summer qu'il y eût fut pour moi celle de 1983 et aucune autre, et même plus précisément le visage qu'elle eut dans un clip au début du clip, et nul autre, de même que je n'eus de village natal que celui que parcourait mon grand père durant sa retraite au moment où il le parcourait et nul autre, etc.

 

Mais il est vraisemblable que ce soit Internet qui me rende ainsi. Pendant 15 ans j'ai vécu sans avoir aucun accès aux images de mon passé, à part quelques photos dans un album, et les écrits de mon journal. J'ai sauté au plafond vers 2005 quand un site commença à proposer des clips vidéos que je n'avais pas revus depuis 1986. Ce site fut bientôt balayé quand apparut You Tube et surtout, quand les majors du disque cessèrent d'y censurer les clips que les gens y postaient.

 

Aujourd'hui avec toutes ces images (que je n'ose pas appeler virtuelles, instruit de ce que le mot a trop de sens différents pour être utile) du Net chacun peut se reconstituer le monde qu'il veut à l'année qu'il veut, tel l'aïeul de Louis de Funès sorti d'une glaciation dans la comédie populaire Hibernatus... Il y a quand même de très gros dangers à cela. Des dangers dont seuls nous sauvent les mots qui, à la différence des images, sont toujours mobiles et n'enferment pas.

 

Les mots justement je devrais les employer plus pour parler des cultures populaires peut-être. Tenez, pour évoquer à nouveau Donna Summer par exemple. Songez qu'elle fut finalement la seule victime célèbre du 11 septembre 2001 (si j'excepte Saddam Hussein qui fut aussi le condamné collatéral de la chute des Tours jumelles, mais d'une autre manière). Une victime avec onze ans de retard - dont, on peut s'en douter, quelques longs mois de calvaire.

 

Oussama Ben Laden l'admirateur de Whitney Houston aura eu la peau de Donna Summer. Il y a quelque amère ironie dans cette histoire. Une ironie qui me peinerait si Donna Summer n'était pas morte à mes yeux... fin 1983. 

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