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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Pas rentable

26 Septembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Certains sociologues (à quoi bon les citer ?) ont planché sur ce sujet si répandu chez nos congénères : le besoin de reconnaissance. J'aurais pu témoigner auprès dans leur enquête en tant qu'auteur qui n'en reçoit aucune.

Aujourd'hui (jour de mon anniversaire en plus), là où je bosse, le journal interne a fait circuler sur l'Intranet une pub pour une interview donnée dans un grand journal par un type qui a écrit sur l'ENA.... Ce type est un collègue. Fort jeune. Il se trouve que je travaille chez moi depuis hier, donc j'ignore si tout le monde s'est précipité sur son bureau pour aller lui serrer la paluche et le féliciter. Bien sûr le livre de ce type sera oublié par tout le monde dans 10 ans (mais après tout l'Atlas alternatif aussi sera vite oublié), toutefois le gars se sera senti soutenu par son milieu professionnel et aura un peu plus de plaisir cet hiver à se rendre au boulot que moi, qui n'ai jamais reçu, en 15 ans, l'ombre d'un soutien, non seulement des milieux professionnels où je sévissais, mais même d'aucune autre institution (n'étant publié que par des toutes petites structures qui ne pouvaient même pas faire de la com' efficace pour ce que je faisais).

Je ne trouve pas spécialement avantageux ce type de solitude qui finit par inspirer de l'amertume à l'égard de pas mal de milieux, alors qu'il vaudrait mieux cultiver à leur égard une indifférence neutre. Hier un pote que je n'avais pas recontacté depuis cinq ans me dit qu'il a "adoré" mon roman "la Révolution des Montagnes" (roman dont très peu de gens hélas auront une chance de connaître l'existence en France). Mes bouquins sont suivis par quelques proches ou ex-proches, à distance, qui, du coup, se dispensent de prendre de mes nouvelles, puisqu'ils en trouvent dans l'ouvrage qu'ils ont acheté à 15 euros. Et puis il y a des inconnus qui s'abonnent au blog on ne sait pas trop pourquoi. Mais cela reste infinitésimal. Une dame le 13 août, un garçon le 16 septembre. Pourquoi, on ne sait pas trop. Comme ceux qui tapent "delorca" sur Google de temps à autre.

Je me suis creusé la tête hier pour savoir à quel éditeur je pourrais envoyer mon dernier manuscrit sur mes dernières trois années passées dans une mairie "Front de Gauche" de la banlieue Nord de Paris, et je suis arrivé à la conclusion que je n'en voyais aucun. Idem pour mon petit recueil de considérations politiques décalées que j'ai écrit en janvier dernier. J'ai parlé à un petit éditeur. Tout de suite les questions fatidiques : "vous avez vendu combien d'ouvrages jusqu'ici ?", "combien d'exemplaires du nouveau livre seriez vous prêt à acheter avec vos propres deniers ?". La loi du marché. Et qu'on ne me réponde pas "publie tes bouquins en ligne". Ceux que j'ai postés sur Calameo ne sont lus par personne ! Et ils sont une floppée dans ma situation. Beaucoup aussi sont tellement écrasés par le fonctionnement absurde du système éditorial qu'ils n'arrivent même pas à prendre la plume pour écrire, malgré le besoins urgent qu'ils en ressentent (car l'écriture reste toujours une revanche, même chimérique, sur tout ce qui limite la "puissance" dans l'ordre du réel, comme dirait Spinoza).

Mais que faire ? Je ne vais quand même pas téléphoner à la directrice de cabinet de François Hollande, en lui disant : "Sylvie, vous vous souvenez ? Quand je bossais avec vous à l'ambassade de France à Madrid, vous m'aviez apporté des petits gateaux avenida de America !". Je n'ai gardé aucun contact avec elle depuis 18 ans. Je ne suis pas un homme de réseaux. Je le paye. De toute façon, sûr qu'elle ne me proposerait pas de plancher sur un projet de révolution à planifier sur les cinq années à venir. Donc je ne vais quand même pas adhérer à Terra Nova pour mendier un semblant de reconnaissance, pour ressentir un semblant d'utilité, alors qu'à 27 ans, malgré la plus grande souplesse de mon échine d'alors, je ne l'aurais certainement pas fait.

Mais je ne vais pas non plus (comme beaucoup de contestataires ridicules le font) me dire "allons allons, au moins je reste pur, je témoigne pour les générations à venir, je leur passerai le flambeau un jour, je suis la vieille taupe invisible" et autres balivernes. Ni non plus "sublimer" mon petit ressentiment, ou ma petite impuissance, en pondant un article définitif sur un conflit qui tue 6 millions de morts (le Congo) en me disant "bravo garçon, tu es le seul à le faire !". Certains blogueurs font ça. Six mois, un an. Puis quand ils voient qu'ils n'ont que trois lecteurs par jour ils arrêtent.

Une sociologue (nous commencions par les sociologues, finissons avec eux) m'a sollicité pour me poser des tas de questions sur Internet en ma qualité de blogueur (peut-être parce que mon blog est au dessus du rang 50 sur Overblog). Aucune des entrées de son questionnaire ne me paraissait pertinente. Ca me rappelle quand j'ai reçu le questionnaire de Bourdieu (à l'époque j'ignorais que c'était de lui) en 1988 après mon prix Concours général (il en a épluché les résultats dans Homo Academicus). Ces gens-là feraient mieux de se mettre à la broderie.

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Chemins de traverse

24 Septembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Les Verts (EELV) redeviennent ce que José Bové avait voulu faire d'eux (avant de devenir vice-président de commission au Parlement européen) : un parti de contestation. Cela rend furieux les fanatiques de la religion européiste : leur fétiche favori est de nouveau menacé. Quoi qu'on en dise, l'histoire n'est pas écrite, et bien malin qui peut dire quels chemins de traverse elle prendra.

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Jean-Christophe Victor, la Syrie, "L'Innocence des Musulmans", Patrick Timsit

23 Septembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Mes enfants aujourd'hui nous allons apprendre une nouvelle chanson. Regardez la vidéo ci-dessous "Moustique".

 

Et après avoir regardé Le Dessous des Cartes "Les implications de la crise en Syrie 2/2" diffusé hier sur Arte, chantez sur le même air que cette chanson : "Jean-Christophe Victor tu es un bandit", "Jean-Christophe Victor tu es un imposteur".

 

Pas très sophistiqué comme critique ? A la mesure de la lourdeur et de la bêtise de la propagande que nous subissons. On n'a pas envie d'être élégant quand on nous assomme avec tant de bêtise. Une émission qui choisit ses dates de la façon la plus arbitraire (par exemple sur la relation entre la Syrie et le Liban), qui simplifie à outrance dans un sens biaisé et qui se termine sur la conclusion ô combien impartiale selon laquelle si le Conseil de sécurité est paralysé on pourrait au moins traduire Bachar el-Assad devant la Cour pénale internationale.... Ri-di-cule.

 

Je demande solennellement à la chaîne Arte (et vous pouvez faire de même) qu'il soit précisé sous le nom "Jean-Christophe Victor" "ancien conseiller politique de l'OTAN". Quand un général me parle, je veux voir ses épaulettes. Il faut cesser de nous faire prendre pour des analyses neutres la propagande de bas étage. Messieurs nous ne sommes pas si idiots que nous en avons l'air.

 

En parlant de choses pas sophistiquées, j'ai regardé ce petit clip (car ce n'est même pas un vrai film" de 13 mn sur Internet, "L'innocence des Musulmans". Le travail est de si mauvaise facture qu'on ne peut croire à un "plan" de la CIA ou des milieux évangélistes. Voilà un pauvre idiot de copte égyptien qui a bricolé sa petite "oeuvre" dans son coin, inspirée par les souffrances sans doute réelles de sa communauté en Egypte (ou des inquiétudes légitimes qu'elle éprouve), et le voilà dépassé par les événements, obligé de se cacher après que sa diffusion ait déjà causé la mort dizaines de personnes dans le monde de fous où nous vivons. Possible que certains fanatiques salafistes aient trouvé dans ce court-métrage de bas étage matière à s'enflammer (ils ne l'eussent pas fait devant un film des Monthy Python qu'ils n'auraient pas compris) et à faire progresser leur cause pour l'anniversaire du 11 septembre. Puis c'est l'engrenage, les médias, chacun se sentant obligé d'y mettre son grain de sel, même Nasrallah au Liban (lui qui n'a rien à voir avec les salafistes). Voilà à peu près comment je vois les choses. Heureusement il n'y a pas de contagion en France, et réjouissons nous que M. Ramadan ait gardé une ligne modérée (plus modérée que Charlie Hebdo).

 

Ensuite, je suis bien d'accord : il faudra bien que les peuples musulmans acceptent un joue le droit à la caricature, mais commençons d'abord à retirer les troupes de l'OTAN des pays du Golfe, suspendre notre soutien à l'occupation des territoires palestinien et au blocus de Gaza, cesser de jouer les va-t-en guerre en Iran, en Afghanistan, et nous pourrons alors plus sereinement donner des leçons de liberté de la création cinématographique, et même de liberté des propagandistes. Au fait, j'ai entendu hier le comédien Patrick Timsit que l'extrême droite présente comme un "sioniste" parce qu'il défend le droit d'Israël à exister tenir des propos assez originaux et assez justes hier dans "Salut les terriens" sur cette histoire de caricatures de Charlie Hebdo. Bon on préfèrerait citer des propos de professeurs d'université que de comiques troupiers sur ce genre de problème. Mais puisque les professeurs n'interviennent plus guère dans le débat public depuis longtemps, on se rabat sur les propos de comptoir, lorsqu'au moins ils sont empreints d'un certain bon sens.

 

 

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Jean d'Ormesson

22 Septembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

Je n'ai jamais compris cet homme : son nom à particule, son goût pour les dîners mondains, pour les bons mots, pour les institutions, son anti-communisme, son poste au Figaro. Mais dans un monde où Cécile Duflot peut être ministre, toute valeur ancienne est bonne à redécouvrir. C'est d'ailleurs ce que doivent se dire certains médias qui l'invitent à tour de bras : notre société ne produira plus de Jean d'Ormesson.

 

Alors je lis son "Saveur du temps", que j'ai trouvé dans une bibliothèque par hasard. Je découvre un dandy jouisseur qui a bien des mérites : l'humour (l'autodérision même parfois), l'élégance, et surtout l'absence de haine (dans la vie culturelle actuelle, cela devient si rare). Je partage avec lui son intérêt pour Châteaubriand (chez lui cela confine même à la passion, semble-t-il), pour Jerphagnon, pour Plutarque, sa critique (pas trop appuyée, juste ce qu'il faut) du structuralisme et de tous les esprits de système, sa défense déterminée de la littérature (notamment de la littérature classique) contre tout ce qui veut l'anéantir (à commencer par le cinéma). Je m'amuse de ses souvenirs de causeries avec Proust et avec Mauriac, de sa fierté d'être descendant d'un opposant à Louis XIV.

 

Il ne faut jamais mépriser les prêtres du beau langage. Car cette religion-là était utile à nos cerveaux. Et nous savons bien ce que nous devenons tous depuis que nous l'avons perdue.

 

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Un classement qui fera plaisir à mes éditeurs

19 Septembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

Copie-de-P1010708-copie-1.jpgUn classement qui fera plaisir à mes éditeurs car il fait de moi une victime reconnue du système médiatique (de nos jours il est toujours utile de porter une couronne d'épines sur la tête) : celui (que je découvre par hasard ce soir), qui me place en 10ème position du "Top 150" des intellectuels les moins invités à la télévision publique !

 

1. Jacques Abeille (1 ; 35 ; 35)
2. René Pommier (0 ; 23 ; 34,5)
3. Pierre Legendre (0 ; 21 ; 31,5)
4. Patrick Charaudeau (0 ; 20 ; 30)
5. Jean-François Mattéï (0 ; 19 ; 28,5)
6. Francis Jacques (0 ; 19 ; 28,5)
7. Matthieu Baumier (0 ; 19 ; 28,5)
8. Philippe Zarifian (0 ; 19 ; 28,5)
9. Pierre Lance (1 ; 23 ; 23)
10. Frédéric Delorca (0 ; 15 ; 22,5)
11. Daniel Béresniak (1 ; 22 ; 22)
12. Jean Salem (1 ; 21 ; 21)
13. Mehdi Belhadj Kacem (1 ; 21 ; 21)
14. Eric Werner (0 ; 14 ; 21)
15. Stéphane Ternoise (0 ; 14 ; 21)

etc.

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Ces Français populaires à l'étranger...

19 Septembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Les Syriens depuis le 16 septembre connaissent tous Chantal Dupille et pensent que c'est un célèbre écrivain français. Voilà ce que j'apprends en regardant le journal (cf ci dessous, minute 2'47) de la télévision officielle syrienne (bon je sens qu'on va me traiter encore de facho parce que je regarde ce genre de truc "interdit" et "politiquement incorrect", mais regarder ne veut pas dire qu'on adhère, sauf pour les cinglés du maccarthysme). Ca me rappelle le temps où les Serbes connaissaient tous Patrick Besson parce que leur gouvernement (ou leur système éditorial) en vantait les écrits très souvent.

 

Dans le même ordre d'idées, les lecteurs de Ria Novosti en Russie pensent sans doute que l'UPR est un grand parti souverainiste.

 

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Bourgeois contre bourgeois

17 Septembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Un type me disait hier : "La secrétaire générale du Syndicat des travailleurs du sexe, Morgane Merteuil, qui critique les Ni Putes ni Soumises et les Chiennes de Garde en les taxant de 'bourgeoises' fait des passes à 200 euros à Paris, et ne se déplace pas à moins de 100, soit trois fois les tarifs d'il y a 10 ans pour une prostituée moyenne et bien plus que le prix d'une prostituée d'origine immigrée. C'est une bourgeoise dans sa profession".

 

louis-philippeJe ne connais pas ce sujet là, mais je ne suis guère étonné : tous les gens qui ont des positions en pointe, même dissidentes, sur les sujets "sociétaux", sont nécesssairement des petits bourgeois ou des bourgeois. C'est aussi vrai d'ailleurs en matière de grands débats économiques (sauf quelques cas d'exception). Les gens qui bossent beaucoup et gagnent peu ont depuis longtemps renoncé à comprendre. C'est pourquoi un sondage d'aujourd'hui 44 % des gens "ordinaires" pensent que Sarkozy ferait mieux qu'Hollande (et 30 % aussi bien). Ils ne voient même plus le problème que pose le néo-libéralisme militant de l'UMP. Pour eux toutes les idées se valent, et seul celui qui s'agite le plus inspire le plis de confiance.

 

Du coup le gouvernement est voué à faire du bougisme (la conversion au taoïsme n'est pas pour demain) sur des point d détail absurdes. On parle de priver nos gamins d'école tous les jours à 15 h 30 pour les mettre à la charge des garderies des communes qui déjà vont crouler sous le poids des contraintes budgétaires européennes... juste pour le plaisir de les priver de la grasse matinée du mercredi...

 

Mais revenons à nos histoires de bourgeois. L'ennui avec les bourgeois qui prétendent représenter le peuple (par exemple être les secrétaire généraux de syndicats), c'est qu'ils n'ont pas d'idée concrète des problèmes et des réalités des gens, qu'ils les verront à travers des principes abstraits, qu'il ne seront enclins à agir que pour ceux qui leur ressemblent. Les gens ordinaires, eux, ceux qui bossent et ne sont pas payés pour théoriser, resteront avec leurs problèmes concrets qu'aucune médiation ne va replacer dans un ensemble signifiant, et seront de moins ne moins enclins à prendre la chose publique au sérieux, convaincus qu'au fond "l'élite" fait toujours "sa petite cuisine dans son coin".

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L'Occident, la Russie et les agitations salafistes

14 Septembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Je regardais ce soir sur Russia Today un débat consacré à l'effervescence islamiste des derniers jours dans le monde arabe. Le contributeur de l'Atlas alternatif Vijay Prashad y était convié, ainsi qu'une analyste londonienne, et un représentant d'un lobby américano-syrien. Je me doutais depuis hier que les Russes trop contents de voir se confirmer dans cet événement les sombres prédictions que leur inspiraient les révolutions arabes en 2011 débattrait en long et en large sur les insurrection salafistes. Je fus en revanche plu surpris de voir que cette télévision n'avait pas plus que les Occidentaux le sens du débat démocratique. Le représentant du lobby américain était sans cesse interrompu et ne pouvait développer aucun argument. C'en était grotesque, du Arte ou du France 24 à l'envers.

 

11-septembre-copie-1.jpg

L'attentat contre l'ambassade américaine de Benghazi, les troubles en Egypte, au Yémen, sentent l'action coordonnée par les réseaux salafistes. Les plus conspirationnistes (ceux pour qui Al Qaida est un "junior partner" occasionnel de la CIA) diront qu'il y a peut-être une entente entre les réseaux de droite américains qui ont conçu le film à deux centimes produit contre les musulmans et les radicaux islamistes qui a mis le feu aux poudres. La communauté d'intérêt entre les deux mouvances est en tout cas très nette, sur le dos des "tièdes" comme Obama (dont je persiste à regretter que les "anti-impérialistes" continuent de l'identifier à Bush, voire à le trouver "pire que Bush" comme un article du "Grand soir" le dénonce, tout comme ils inventent le mythe d' "Hollandozy" en France). Il ne leur faut pas de "modérés", ni dans le monde musulman ni en Occident. Y arriveront-ils ? En tout cas la nervosité monte dans les médias. Certains, comme en 2001, commencent à avancer qu'on devrait quand même réprimer un peu le régime saoudien (qu'on reste quand même loin de traiter avec la même sévérité de Bachar-el-Assad. Mais bon, tant que nous aurons besoin des Saoudiens pour faire baisser le cours du pétrole, et modérer le régime l'antisionisme montant du gouvernement égyptien (qui joue une carte difficile et intéressante en ce moment) nul doute que nos propagandiste sauront se taire.

 

Ce jeu compliqué entre salafistes, confréries des Frères musulmans (qui ne sont même pas homogènes entre elles), libéraux pro-occidentaux (comme l'actuel président libyen), amis de l'Iran, vestiges du nationalisme laïque (en Syrie, dans une certaine opposition égyptienne, en Tunisie...), minorités religieuses (chrétiennes notamment, avec toutes les nuances qui les traversent), semble avoir une issue des plus indécises. Beaucoup parlent de l'instabilité de l'Europe dont la monnaie unique pourrait bien voler en éclat, de celle des Etats-Unis au bord du gouffre financier, ou de la Russie au gouvernement affaibli depuis la réélection de Poutine. Mais ce n'est rien à côté du Maghreb et du Machreq où l'on sent que des coups dans tous les sens peuvent être tentés par les divers groupes qui s'affrontent dans chacun des pays. Je ne suis pas particulièrement optimiste sur le degré d'intelligence dont nos gouvernements sauront faire preuve dans cette région du monde (surtout sous la pression des va-t-en-guerre qui agitent nos médias), notamment si cela jusqu'à des interventions ouvertes contre la Syrie, contre l'Iran, ou contre tout autre pays qui basculerait dans un anti-américanisme trop virulent, mais je ne suis pas tout à fait convaincu non plus par le pessimisme russe. Beaucoup de valeurs de progrès sont en péril dans ces pays (et sans doute plus que dans les nôtres), mais pas forcément de la manière que l'on croit. La poussée islamiste peut renforcer leur sens de l'indépendance, ce qui est toujours bon pour la conscience civique. Si elle peut nuire à la condition féminine par exemple (et donc aux hommes par contrecoup) rien n'indique que la vision médiévale d'Al Qaida soit vouée à triompher. Des compromis entre laïcité et islamisme sont possibles au delà de la Méditerranée. Par exemple même dans le giron islamiste des formes de féminisme existent, parfois mal comprises par les Occidentaux. Le pire n'est jamais assuré. Et d'ailleurs la France serait bien inspirée de jouer la carte de  l'optimisme et d'encourager là-bas l'émergence de troisièmes voies partout où c'est possible.

 

En revanche il est certain que nous-mêmes devons, en Europe, nous protéger, redoubler de vigilance à l'égard de la mouvance salafiste (avec tous les moyens répressifs et éducatifs nécessaires, y compris à l'égard des bailleurs de fonds "amis" comme le Qatar), aussi bien d'ailleurs qu'à l'égard de tout fondamentalisme chrétien ou laïciste (je ne dis pas "laïque") qui veut, dans l'opinion publique, réduire l'islamisme à la seule vision d'Al Qaida. Nous le ferons d'autant mieux que nous défendrons avec ardeur nos institutions, sans tomber dans le piège de l'identitarisme occidental. Une ligne qui n'est pas facile à tenir, mais qui est la seule viable.

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Philosophie de la vérité et contestation politique

12 Septembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Un correspondant me transmettait tantôt un article de Jean Bricmont à propos des listes de dénonciation que rédigent les collégiens "anti-fas", anti-conspirationnistes etc (Jean Bricmont fut autrefois préfacier de l'Atlas alternatif avec lequel j'ai quelques désaccords profonds depuis cinq ans au point que nous n'échangeons plus depuis lors)


Je crois que le fond du problème tient au rapport à la vérité, et à l'historicité de celle-ci.

 

Il y a plusieurs formes d'historicisme : l'un qui se fonde sur la culture, l'autre sur la nature.
 
L'historicisme culturel dit "il n'y a de vrai que ce qui s'impose dans un champ social donné" (la fameuse phrase de Hegel "tout ce qui est réel est rationnel, tout ce qui est rationnel est réel"), ou, du point de vue contestataire "n'est vrai que ce qui est utile au triomphe d'une vérité alternative à celle qui domine aujourd'hui". Cette forme d'historicisme (et de relativisme) contestataire correspond à la position de la plupart des marxistes.
 
Bonobo.jpgDu point de vue de l'historicisme naturel néo-darwinien, la vérité est la connaissance dont l'humain est capable à un certain stade de son évolution naturelle, en interaction avec l'environnement auquel il est confronté. De mon point de vue, l'être humain se doit, individuellement et collectivement, de porter ce degré de connaissance aussi haut qu'il le peut à chaque génération (tout en sachant qu'il y aura toujours des limites à cet effort, limites largement liées à la configuration du cerveau de primate que nous portons en nous, l'irrégularité de sa persévérance, ses capacités d'auto-illusion etc).
 
Cela suppose que l'on ne se laisse aller à aucune facilité :
- On ne doit pas notamment dire des choses idiotes avec d'autres idiots (ou soutenir des idiots) simplement parce que cela servirait à accéder à un système social plus juste : parce que cela implique que le futur système social que l'on contribuera ainsi à instaurer sera fondé sur la bêtise et donc sera injuste. Donc il ne faut pas s'allier avec des conspirationnistes, des gens qui font de l'humour grossier qui fait appel aux instincts les moins raffinés de l'individu, des gens qui émettent des informations non vérifiées etc.
P1020417.jpg- On ne doit pas non plus tirer argument de la bêtise de ses adversaires pour se croire intelligent ou se croire dans le vrai, ce qui est le cas de beaucoup de gens parmi les soi-disant "dissidents" : beaucoup croient qu'ils ont rendu service à la vérité simplement parce qu'ils ont pondu un texte contre un intellectuel médiatique idiot, ou parce qu'ils auront avancé une idée ou un fait qui réfutent un slogan idiot que les médias diffusent. Ce faisant on choisit la facilité. A chaque fois que l'on conteste les mensonges dominants, il faut le faire avec un souci aigu de sa propre éthique (notamment de sa propre indépendance d'esprit), un sens de la nuance, un sens de la cohérence aussi (par exemple ceux qui critiquent l'utilisation de l'incarcération des Pussy Riots doivent aussi être assez honnêtes avec eux mêmes pour réfléchir à tous les aspects de ce qu'ils pensent de l'érotisme dans la société, de ce qu'ils pensent de l'ingérence - ce que ne fait pas Jean Bricmont par exemple car il n'aborde pas beaucoup de problèmes de l'ingérence informelle que créent les rapports entre les peuples au quotidien, par les canaux médiatiques notamment, sa critique de l'ingérence reste au niveau de principes abstraits sur des segments factuels extrêmement partiels). Voilà pourquoi d'ailleurs il faudrait passer moins de temps à critiquer les erreurs ou les mensonges de ses aversaires qu'à réfléchir aux vérités que soi-même on veut proposer au monde et à leur mise en cohérence.
 
Malheureusement la critique du système médiatique (et du système politico-économique que les médias défendent) n'a cessé de perdre en qualité depuis quinze ans, à cause d'Internet notamment. Elle ne satisfait plus aux critères de probité et de vérité que j'énonçais plus haut, et c'est pourquoi je suis de plus en plus en retrait par rapport à ces formes actuelles de contestation.

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La rentrée

8 Septembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Ainsi donc la rentrée s'est effectuée, cette semaine, ou, pour certains une ou deux semaines plus tôt. Sur le plan politique notre pays a retrouvé son rythme de croisière. La faiblesse du nouveau pouvoir socialiste en France face aux forces libérales, déjà visible avant les vacances, a fait à nouveau la "une" des journaux de droite (Le Point, l'Express etc). Mélenchon, requinqué par un long séjour au Venezuela est revenu avec des mots justes contre Hollande lui reprochant notamment de n'avoir pas fait voter par l'assemblée nationale la loi contre les licenciements boursiers déjà adoptée par le Sénat de gauche sous Sarkozy ou à titre symbolique une amnistie des syndicaliste licenciés et d'être allé courtiser le Medef à ses universités d'été.

 

Avec son souci habituel de la présentation didactique des problèmes, il a mis sur la table un certain nombre de dossiers plus ou moins connus du grand public. En premier lieu le référendum du traité de stabilité européen dont il veut faire un cheval de bataille et un objet de mobilisation pour septembre (mais il ne dispose que d'un délai bien court, et l'opinion publique n'agit guère en ce sens : sa pétition n'avance pas). A titre plus anecdotique, il se mobilise pour Julian Assange désormais protégé par le régime latino-américain dont il se sent le plus proche (l'Equateur), ce qui au passage peut lui attirer la sympathie de certains jeunes internautes libertaires pour qui le fondateur de Wikileaks est un héros, ou pour Audrey Pulvar et Arnaud Montebourg, attaqués par la grande presse après la nomination de la première à la direction de la rédaction du magazine bobo "Les Inrockuptibles", ce qui serait d'après lui le résultat d'une manoeuvre du Medef contre son compagnon ministre, principal obstacle, selon Mélenchon, à la droitisation du PS (mais bon je dois dire que je n'entends pas seulement des mots justes chez Monteboug : hier le ministre du travail M. Sapin rappelait que le CDI devait rester la norme en droit du travail, ce qui n'est pas du goût des libéraux). Le bras de fer entre forces de gauche et de droite est donc engagé en France, à l'heure où l'UMP rivalise de néo-libéralisme agressif (ainsi M. Fillon dans sa lutte contre M. Copé pour la direction du parti s'est il lancé dans une diatribe hystérique contre les 35 heures, la paresse des fonctionnaires etc comme l'aime son électorat). La violence de la droite est telle qu'on éprouve une sorte de tendresse pour le centre-gauche même dans son inaction, un peu comme aux Etats-Unis où c'est un mormon fou furieux que les Républicains nomment pour affronter le président démocrate Barack Obama... et qui a des chances de l'emporter selon certains analystes ! Tout cela fait froid dans le dos.

 

Pour ceux qui s'intéressent aux histoires de chapelles, on peut noter que, dans son dernier billet sur son blog, Mélenchon fait l'éloge du site Le Grand Soir de Maxime Vivas (bien implanté en Amérique latine), alors même que les jeunes collégiens qui militent contre l'extrême droite n'ont cessé d'en dénoncer les indulgences pour des réseaux anti-impérialistes peu reluisants. Preuve peut-être que les polémiques sur Internet n'ont finalement guère d'impact sur la grande politique.

 

A l'occasion de cette rentrée aussi les bonnes âmes se sont mobilisées pour les "chanteuses" punk russes de Pussy Riot condamnées à deux ans de "camps" (mais pas au goulag) pour profanation d'église (des chanteuses qui ont ma sympathie, davantage que les Femen ukrainienne qui sont allé scier des croix en solidarité, mais c'est affaire de goût : je n'aime pas le style Femen). La victime collatérale de cette effervescence un peu vaine fut la chanteuse dévôte Mireille Mathieu dont les propos tout en nuance qui ménageaient à la fois le pouvoir russe et les chanteuses a été caricaturé par Kommersant et livré en pâture à la grande presse internationale.

 

Les petites soeurs des pauvres ont aussi lancé beaucoup de cris indignés pour la Syrie. La "bataile d'Alep" a suscité l'enthousiasme des médias occidentaux, sans faire bouger l'intransigeance des Russes. Les Turcs sont montés au créneau, les Iraniens ont mobilisé les non-alignés derrière leur cause (à la faveur d'un hasard du calendrier qui prévoyait une réunion à Téhéran à ce moment-là). Finalement tout semble s'enliser dans une certaines confusion : Alep ne tombe pas comme Benghazi, bien que les insurgés parviennent à tenir le terrain au prix de lourdes pertes. J'ai moi même renoncé à comprendre ce conflit puisque personne n'a la bonté (dans les informations officielles, comme chez les "alternatifs") de me montrer une carte sur laquelle on verrait, dans chaque région du pays, une évaluation des forces en présence de part et d'autre et un descriptif des manoeuvres (offensives ou défensives) dans chaque grande ville (je sais que c'est difficile, dans une guerre civile mais quand même). Dans ce "jeu" beaucoup ont noté que l'Egypte mène une stratégie étrange. Morsi après avoir affaibli les militaires laïques est allé cherché de l'argent en Chine (pas aux Etats-Unis) pour briser la dépense à l'égard de ses bailleurs saoudiens, et a haussé le ton face à Damas. Le Proche-Orient n'a pas fini de surprendre.

 

Heureusement je ne suis pas obligé de décortiquer cela puisque j'ai fermé le blog de l'Atlas alternatif le 6 août, passablement fatigué par le comportement des groupes "alternatifs" (Actualutte, et d'autres "collectifs" croisés cet été). Cette fermeture est d'ailleurs complètement passée inaperçue. Même l'éditeur du livre (qui vient de refuser de réimprimer celui que j'avais écrit sur la résistante Denise Albert qui s'est pourtant très bien vendu à Sevran) ne s'en est pas soucié. Le blog meurt donc de sa belle mort (moins de dix lecteurs par jour hier) dans l'indifférence générale. Je n'ai aucun regret (n'ayant de toute façon plus de temps pour écrire en géopolitique). Je pense que ses billets constituent un beau portrait du monde tel qu'il fut de 2006 à 2012, mais faute de soutiens même moraux (à part le site Marx21.it qui en traduisit beaucoup d'articles) cela ne pouvait durer davantage. Dans un sens c'est une bonne chose que les lecteurs ne se soient pas mobilisés pour le faire traduire dans d'autres langues, lui trouver des contributeurs, l'associer à d'autres collectifs. Cela aurait entretenu en moi artificiellement le doute sur la nécessité de continuer ce blog ou pas. Au moins la loi du silence contre le blog de l'Atlas alternatif a clarifié la necessité d'y mettre un terme, ce qui, au passage me permet aussi de me prémunir de le cheminement politique néfaste de certains des contributeurs du livre qui aurait pu ensuite rejaillir négativement sur mes propres travaux.

 

Cette évolution logiquement réoriente mon esprit dans trois directions : mes recherches en socio-anthropologie sur d'autres blogs, et, sur celui-ci, un travail culturel "de fond" (sur la philosophie, la littérature, l'histoire) ainsi qu'un retour aux thématiques béarnaises (dont je suis pourtant géographiquement éloigné). L'âge avancé de mes parents, la nécessité de faire des bilans une fois passée la quarantaine me conduisent à jeter un regard (peut-être devrais-je dire un "dernier regard") sur ce que fut cette région, sur ce qu'elle a été pendant mon enfance et ce qu'elle est devenue. En ce début de décennie, le département des Pyrénées-Atlantiques vient de passer à gauche. Dans les provinces ce genre de chose a un sens. Je découvre par exemple que Colette Lapléchère, que j'ai rencontrée quand j'avais 21 ans, est devenue chargée de mission au Conseil général. Peut-être devrais-je lui envoyer "La révolution des montagnes". Pau n'est plus la ville que j'ai connue. Maltraitée par une mairie socialiste qui en a laissé mourir le centre-ville, elle va devenir l'enjeu d'une fière bataille en 2014. Le candidat de la droite s'est fait connaître il y a peu. Un ex-préfet jurançonnais. Tout cela va être homérique. Dans dix ans des gens de mon âge occuperont les fauteuils des notables là bas (déjà le candidat UMP qui affronta Bayrou dans sa circonscription est un type que j'ai connu au lycée). Puis viendra la génération suivante, qui portera dans ses yeux une autre vision du Béarn et du monde que nous autres, car eux n'auront jamais parlé avec les gens qui peuplent nos cimetières, ceux qui furent la jeunesse du Béarn dans les années 1920-1930, et avec lesquels mon esprit d'enfant, jadis, avait été en dialogue perpétuel (un dialogue souvent sans mot auxquels ceux qui naquirent après 1980 ne peuvent rien entendre).

 

Ainsi pour moi cette rentrée rime plutôt avec semi-retraite. Et mon vieillissement anticipé est aussi une réponse aux injonctions productivistes de notre époque, au mépris dont la société libérale et consumériste accable les faiblesses et les désirs intimes de tout un chacun. Plus on nous sommera d'agir, de produire, d'être positifs, dévoués à l'ordre collectif, utiles, de marcher au rythme de l'Actualité, de ses slogans ineptes, de ses préjugés moutonniers, plus je répondrai par la lenteur, la rêverie solitaire, l'inertie et l'indifférence.

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Pierre Vidal-Naquet et Bernard-Henri-Lévy

2 Septembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

finky-bhl-copie-2.jpgLa plupart de mes lecteurs qui connaissent les vraies valeurs de ce monde diront que j'enfonce une porte ouverte, mais hélas je dois le faire maintenant que la production massive de contre-vérités est devenue un art légitime, cautionné par les médias et dont la culture Internet elle-même se nourrit. Je vous encourage donc à lire intégralement la controverse entre Pierre Vidal-Naquet et Bernard-Henri Lévy en 1979 (avec la contribution de Castoriadis) ici. Et je souhaite que cette lecture inspire à tout un chacun un vif désir de retourner à cela seul qui devrait nous inspirer : la lecture calme et patiente des textes, la rigueur dans l'acquisition des connaissances jusqu'au moindre détail, la confrontation minutieuse des faits, le refus du tapage, des postures, de la grossièreté du style et du geste.

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Sand et les Pyrénées

1 Septembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

vall-e-d-ossau.jpgQuels écrivains romantiques n'ont pas vanté les Pyrénées ? Les gamins de nos écoles béarnaise dans les années 70 chantaient le poême de Vigny "Le cor" ("Sources, gaves, ruisseaux, torrents des Pyrénées") qui semble avoir été fort célèbre au XIXe siècle, au point que Flaubert le paraphrase sur un ton plaisant dans sa correspondance en disant qu'il n'est pas comme Vigny, et se plaignant du son du cor sous ses fenêtres à Croissy.

 

Je ne sais plus trop pourquoi George Sand s'est rendue à Tarbes et Luz-Saint-Sauveur en 1825 (qui pour nous béarnais sont les "Pyrénées des voisins" en quelque sorte...). J'ai cru comprendre que son mari était gascon.

 

Voici deux extraits de son journal de voyage (elle avait 21 ans).

 

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A côté des élans enthousiastes devant la beauté de la nature, il y a tous les agacements de devoir supporter la compagnie des crétins avec qui la jeune Aurore Dupin/George Sand voyage. La solitude de l'artiste en compagnie d'idiots. Un problème bien connu...

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Plutarque - Vies d'Agis et de Cléomène

1 Septembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Antiquité - Auteurs et personnalités

sparta.jpgSi vous n'avez rien à faire ce weekend, jetez donc un coup d'oeil aux Vies d'Agis et  de Cléomène de Plutarque. Ce n'est pas souvent qu'un auteur antique dit du bien d'un projet de réforme "de gauche". Et c'est peut-être parce qu'il s'agit de Sparte la "cité des Egaux" par excellence que Plutarque juge "beau" le programme visant à y rétablir l'égalité.

 

La ville, sous la domination de Philippe de Macédoine et d'Alexandre avait laissé les riches s'enrichir et les pauvres s'appauvrir ne pouvait plus présenter une armée de conscription convenable. Le jeune roi Agis entreprit une mini-révolution que Roussau n'eût point désavouée : partage des terres et abolition des dettes (bien que celle-ci profitât plus aux riches endettés qu'aux pauvres). Il rencontra le vieux roi rival porte-parole des conservateurs sur son chemin (car il y avait deux rois à Sparte, comme deux consuls à Rome) et, trop clément par nature, finit par périr à cause de sa générosité. Quelques années plus tard le roi Cléomène devait tenter la même expérience. Plus ferme de caractère, il allait, lui, se heurter miitairement aux Macédoniens, et vivre un exil funeste dans l'Egypte décadente de Ptolémée (c'est à cet endroit qu'on trouve l'expression devenue proverbiale "l'argent est le nerf de la guerre").

 

Le récit détaillé de Plutarque est très intéressant. Il nous plonge dans cet univers au fond assez peu connu de Sparte avec ses institutions aussi complexes que celles d'Athènes, notamment les "éphores", qui sont des magistratures "démocratiques" dans un système aristocratique, comme les tribuns dans la République romaine.

 

Il y a aussi chez Plutarque de très beaux portraits de femmes spartiates, championnes de la vertu devant la mort. J'ignorais jusque là ce trait, n'ayant conservé que le vague souvenir de l'accent marseillais dont certains traducteurs français affublaient l'héroïne spartiate du Lysistrata d'Aristophane pour rendre les tournures doriennes de son vocabulaire. Chez Plutarque, la femme spartiate a quand même plus d'allure...

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Anthropologie de nos séries d'enfance

31 Août 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse

026- 1992 (29.8.92-24.11.92) 206J'aurais pu vous parler de bien des dessins animés et de bien des films de la fin des années 1980. J'en choisis un au hasard tout simplement parce que je le regardais cet après-midi.

 

Des tas de gens sont morts au cours du premier semestre 1980 : Jean-Paul Sartre, Roland Barthes, Alfred Hitchcock. Mais pour moi et mes petits camarades de classe qui avions neuf ans, le premier semestre 1980 est surtout marqué par la mort de Volcor et celle de Furia dans la série San Ku Kaï que diffusait Antenne 2.

 

Ils ont bien raison sur Wikipédia de dire que c'était une série à la gomme faite de bric et de broc : "La réalisation bénéficiait, manifestement, d'un petit budget : lunettes de ski et vêtements en filet, casques de mobylettes ; récupération de scènes d'un épisode à l'autre ; scènes d'action tournées dans la même carrière", écrivent-ils. Un plagiat de Star Wars avec des références à l'imaginaire japonais (les arts martiaux notamment). Rien de plus.

 

Oui, mais pour nous qui avions neuf ans, et pour qui ni Star wars, ni même le Japon n'existaenit vraiment, il s'agissait de tout autre chose. Un film initiatique qui nous sensibilisait aux valeurs héroïques, comme Goldorak, Albator, Capitaine Flam, que sais-je encore... Je m'étonne aujourd'hui de voir que ma génération qui a gobé tant d'histoires de super héros se soit montrée si peu héroïque, si peu digne au final, si lâche, si immature, dans ses choix collectifs. C'est un mystère.

 

Je me souviens très bien de cet épisode 26 où les numéros 2 et 3 de l'armée des "stressos" (quel nom débile quand on y songe) meurent. On s'était attachés à eux au fil des semaines. Furia me faisait carrément fantasmer. Ce côté femme combattante, comme les déesses guerrières d'antan, était tout à fait insolite pour nous. Et un tantinet sexy. Mais sa fin est minable. Normale en un sens puisqu'elle a toujours incarné la lâcheté et la perfidie. Wikipedia explique qu'elle était " assez douée dans l'art des retraites rapides et précipitées, fourbe et ambitieuse"... Pas terrible pour l'image de la femme - les femmes du camp "du bien" n'étaient pas mieux traitées, et, à tout prendre, celle du mal m'intéressait plus.

 

Je me souviens parfaitement bien de la mort de Volcor et même du commentaire que nous en fîmes dans la cour de récréation. Je ne sais plus qui le dit le premier, mais nous tombâmes tous d'accord pour exprimer notre admiration pour sa loyauté car il fut le seul à périr dans la bataille sans trahir ses supérieurs hiérarchiques. Un vrai soldat idéaliste en quelque sorte...

 

La série dut beaucoup à sa musique entraînante qui venait dynamiser les scènes de combat que nous attendions toujours avec impatience. C'était plein d'adrénaline.

 

Je ne sais pas si les petits garçons aujourd'hui peuvent encore communier au jour le jour dans l'évocation d'épisodes de téléfilms vus la veille comme nous le faisions. Je suppose qu'Internet et la TV à la carte interdisent cela désormais. Et nourrit-on leur testostérone aux films de combat comme le faisaient les japonais à l'époque (sous la critique générale des conservateurs et des associations de parents d'élèves il est vrai), dans un monde où, désormais la violence reste représentée (dans les jeux vidéos notamment) mais seulement pour les plus de dix ans ?

 

Je m'interroge...

 


 


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