Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Interview de Delorca dans le principal journal abkhaze

11 Décembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

P1020576.JPGOn trouvera ci-dessous une photo de la page du journal La Vérité de Chégem (Chegemskaya  Pravda -"Чегемская правда") d'aujourd'hui dans lequel est publié l'interview de F. Delorca, auteur de "Abkhazie, à la découverte d'une 'République' de survivants" (eds du Cygne) par Marina Iosifyan. Comme la version initiale en français était plus longue, la voici in extenso.

--------------------

- En Russie et surtout en France j’ai  assez souvent rencontré les gens qui ne connaissent pas l’Abkhazie. Quand vous-mème vous avez entendu quelque chose sur l’Abkhazie la première fois? Pourquoi ce pays vous avez intéressé ?
 
- J’ai dû en entendre parler en 1991-92 au moment des guerres du Caucase, puis dans certains travaux d’anthropologues (je suis docteur en sociologie)s, mais c’est vrai que c’est le genre de pays dont on ne retient pas forcément le nom. Ayant coordonné l’Atlas alternatif en 2005, je me suis intéressé de près aux relations internationales, aux sources de tensions autour de conflits gelés (j’étais en Transnistrie en 2007) et notamment à la guerre entre Russes et Géorgiens en 2008. Donc quand on m’a proposé de faire du contrôle électoral en Abkhazie je n’ai pas pu refuser.

- Comment évaluez vous la couverture de la situation en Abkhazie par les média en France et en général en Europe?

- L’Abkhazie est un pays qui compte peu du point de vue français. La France s’intéresse assez peu à l’espace postsoviétique surtout quand il n’a pas de frontières communes avec l’Union européenne. En outre on sait que le point de vue géorgien sur la question abkhaze est très bien relayé auprès de la classe politique américaine, et aussi auprès des milieux dirigeants européens et français (au Quai d’Orsay par exemple). Nos médias n’ont pas beaucoup  de moyens pour enquêter sur place et n’ont pas d’intérêt économique particulier à se forger leur propre opinion sur l’Abkhazie. Donc ils ont repris largement à leur compte le point de vue géorgien. Je préfèrerais pour ma part qu’ils aient un point de vue plus impartial. Mais hélas c’est un problème qu’on trouve dans beaucoup de conflits

- Est-ce que votre image d’Abkhazie (que vous avez eu avant votre voyage) est changée pendant le temps que vous avez passé en connaissance avec elle ?

- Forcément l’image que j’avais était très sommaire, elle manquait de détails – par exemple j’ignorais tout du climat, de la personnalité des gens (et j’en ignore encore beaucoup). Sur le plan politique je crois que j’avais sousestimé la complexité des rapports des Abkhazes avec leurs voisins. Par exemple, je les croyais aussi pro-russe que les Ossètes du Sud, mais en fait j’ai appris que les choses étaient plus compliquées.

- Quand vous étes arrivé  en Abkhazie, il me semble que vos représentations sur ce pays restaient comme une « feuille blanche ». Donc ce qui m’intéresse c'est comment les représentations sur l’Abkhazie se sont construites dans votre téte ? Comment vous avez réussi à construire l’avis non contradictoire sur ce pays ? Parce que dans votre livre il y a beaucoup d’avis contradictoires sur les mèmes aspects de la vie en Abkhazie. Par exemple, vos compagnons vous disent que les gens gardent chez eux les armes après la guerre est c’est un vrai problème. En mème temps dans l’un de vos interviews il y a une question : « Est-il vrai que les gens ont des armes chez eux ? » la réponse : « Non. Après la guerre il y avait beaucoup d’armes mais le gouvernement a régulé la situation »

- Etre une « feuille blanche » est une ascèse à laquelle tout journaliste et tout chercheur doivent s’astreindre. Il faut apprendre à ne faire totalement confiance à aucun point de vue, ni non plus les rejeter complètement. Il faut apprendre à hiérarchisée ce qui est important et ce qui ne l’est pas, laisser la porte ouverte aux aspects du réel qui nous échappent et qui peuvent encore nuancer le jugement, sans devenir complètement relativiste. J’ai appris à faire cela en 1999 quand j’ai dû me forger ma propre opinion sur la guerre du Kosovo à l’heure où des mensonges sur ce conflit étaient diffusés en boucle partout.  Sur chacun des sujets que vous évoquez, j’ai voulu laisser les témoignages contradictoires tels que je les ai reçus pour montrer que c’est cela qu’on reçoit quand on enquête sur un pays. Mais on voit bien dans la façon dont je les présente que les témoignages sont plus complémentaires que contradictoires, simplement ils ne parlent pas de la même chose. Pour reprendre l’exemple des armes cela se voit bien. C’est un sujet difficile dans tous les pays même en France où il est très difficile de définir les armes létales et où on parle encore de caches d’armes dans les Pyrénées dont je suis originaire. Quand on demande s’il y a encore des armes, certains interlocuteurs pensent à des kalachnikovs, d’autres à des simples armes de chasse. Je n’ai pas les moyens d’aller faire une enquête poussée là-dessus, mais on peut penser que, quelle que soit la bonne volonté du gouvernement, beaucoup de gens gardent des armes pour leur autodéfense. C’est ce qui s’est passé aussi en France après 1945.

- Je voudrais  préciser les autres points contradictoires pour  savoir votre avis sur eux :
1.     Les conditions des femmes : dans votre livre il  y a les temoignages d’une femme abkhaze qui dit  que les femmes en Abkhazie se sentent complétement égales avec les hommes. En mème temps vous avez les témoignages d’un citoyen de Danemark et une femme française qui disent que ce loin d’être la vérité.

- Sur la question de la liberté des femmes, c’est comme pour les armes tout dépend de quelle liberté on parle : celle qui est garantie par l’Etat d’avoir accès à l’éducation par exemple, ou celle plus privée comme celle de pouvoir imposer une volonté indépendante à ses frères ou à son mari. Au travers des divers témoignages on sent bien que l’héritage soviétique a aidé le développement d’une certaine émancipation, mais que dans le cadre familial les traditions perdurent. Et le poids de ces traditions en soi n’est pas forcément incompatible avec la liberté. Car il y a des femmes qui trouvent que le respect des traditions, l’estime que cela leur vaut auprès des autres femmes ou des hommes, est une source de liberté pour elles. C’est aussi une dimension que certaines féministes découvrent en France (notamment en dialogue avec des femmes musulmanes issues de l’immigration) : la manière de vivre sa féminité et sa liberté en tant que femme peut varier beaucoup d’une femme à l’autre.

2.    Le système de la santé : l’avis de vos témoins dans le livre est aussi contradictoire : certains remarquent que le système de médecine est plus humain en Abkhazie que dans les autres pays, certains disent que ce système a des grands défauts.

- Je n’ai malheureusement pas pu visiter des dispensaires ou des hôpitaux. On sait que dans beaucoup de pays qui ont connu le communisme, il existe encore un système de santé gratuit ou bon marché mais de mauvaise qualité, et qu’il faut payer pour tous les suppléments, parfois même pour pouvoir avoir des médicaments efficaces. Ce surplus à payer peut être d’ailleurs déguisé sous forme de cadeau. Je comprends que des Abkhazes qui restent attachés à des valeurs de solidarité très répandues dans le Caucase aient envie de souligner que quand même ces valeurs existent encore dans leur système médical, même si on se doute que les difficultés économiques ont tendance à susciter l’apparition d’une médecine « à deux vitesses » pour les pauvres et pour les riches. Il est bien aussi qu’une Abkhaze arménienne qui connaît les Etats-Unis rappelle qu’en Occident le principe d’assistance aux malades pauvres est aussi bafoué, et peut-être parfois plus qu’en Abkhazie. Ce n’est pas le genre de sujet sur lequel on peut avoir un point de vue simpliste.

3.    Les relations entre les peuples différents en Abkhazie : il y a les témoins qui disent que il n’y a jamais les problèmes avec la compréhension et restrictions de droits entre les abkhazes et les autres peuples en Abkhazie, certains font des allusions sur le manque de compréhension entre les peuples

- Les différences culturelles sont partout  à la fois des sources d’enrichissement mutuel et de tension suivant les moments. On peut tout à fait comprendre que la composition multiculturelle de l’Abkhazie joue un rôle ambivalent de ce point de vue. Mais beaucoup de gens ne peuvent pas avoir une vue d’ensemble. C’est pourquoi les Abkhazes de  l’ethnie abkhaze majoritaire ont tendance à considérer que la société est tolérante. C’est pourquoi il faut interviewer des minorités, et dans mon livre c’est une Arménienne qui remarque que parfois la culture arménienne suscite de la méfiance. Il est normal que les gens des minorités  ressentent plus profondément les signes d’intolérance, et parfois même les exagèrent à partir d’une ou deux réflexions qu’ils ont entendues. On ne peut évidemment pas en tirer de conclusions trop rapides. Il est très probable que, si l’on faisait une étude plus approfondie, on se rendrait compte que la société abkhaze a des comportements à l’égard des minorités culturelles (je ne parle pas des minorités sexuelles c’est une autre question) plutôt proche de la moyenne des sociétés « ouvertes ». En tout cas il n’y a pas de discrimination dictée par les pouvoirs publics, ce qui est déjà très important. (En laissant de côté celui des Georgiens et des Mingréliens, qui est une question liée à la guerre).

4.    Et bien sur la question sur l’histoire de conflit entre l'Abkhazie et Géorgie. Vous avez montré l’avis géorgien dans votre livre. Le lecteur abkhaze est assez bon informé sur cet avis, mais ce que m’intéresse c’est comment vous avez réagi à cet avis  qui est complétement contradictoire avec l’avis d’autres témoignages dans votre livre.

-    Sur l’avis des Géorgiens, je n’ai pas été très surpris car j’ai déjà vu dans les Balkans par exemple comment, dans un contexte de guerre, chacun des protagonistes est enclin à réécrire l’histoire dans le sens qui arrange ses intérêts politiques, aussi bien l’histoire récente que l’histoire ancienne. Personnellement je ne tranche pas entre les deux versions de l’histoire, je pense que ce n’est pas utile pour déterminer les droits des peuples à l’heure actuelle. Savoir si les Apchouas étaient présents à Soukhoum depuis le Moyen Age ou s’ils font partie d’une « invasion récente » en provenance du Caucase du Nord est un sujet sentimentalement important pour les Abkhazes ou pour les Géorgiens, mais il ne me semble pas déterminant pour savoir de quels droits les Abkhazes peuvent se prévaloir. Ce qui compte davantage, c’est de savoir si oui ou non ils ont constitué un véritable Etat depuis 20 ans, et si oui ou non ils s’identifient à la cause indépendantistes de leurs dirigeants (et là-dessus les élections de 2009 ont apporté une réponse). En ce qui me concerne je suis neutre sur la question de nécessité ou pas d'une indépendance de l'Abkhazie, mais je dis juste que les événements des 30 dernières années fournissent des critères de légitimité plus pertinents que ceux d'il y a trois siècles.

- Avec vos savoirs sur la vie en Abkhazie (le système politique, sociale, les relations internationales) comment estimez vous son avenir ? Surtout la reconaissance mondiale de l’indépendance de pays.

- C’est un avenir qui dépend beaucoup de rapports de force internationaux, rapports de forces économiques, mais aussi symboliques. Jusqu’où les pays émergents comme la Russie ou la Chine sont-ils en mesure de faire avancer une vision « non occidentale » de l’avenir du monde au sein de l’Assemblée générale des Nations Unies. C’est une question très complexe qui ne dépend pas seulement des rapports économiques (même s’il est possible que les Etats-Unis et l’Union européenne usent du chantage économique sur cette question).  On sait que des pays d’Amérique latine, ou d’ex URSS sont hésitants. Parce que le discours selon lequel seul l’Occident est légitime à définir  l’exception à l’intangibilité des frontières reste largement accepté.

Cette question implique aussi les opinions publiques. Si j’étais à la place des autorités de la République autoproclamée d’Abkhazie, j’essaierais de faire du lobbying auprès des députés ou des maires issus de partis politiques qui nourrissent une vision des réalités internationales différente de celle que soutiennent les grands partis. Par exemple, en France, des mouvements comme le Front de gauche, Debout la République, ou encore les partis régionalistes, les Verts qui contrôlent des municipalités seraient sans doute intéressés à connaître la situation abkhaze et la faire connaître.

Mais évidemment en dehors de la question de la reconnaissance, on voit bien que ce qui compte aussi et surtout, c’est celle des relations avec la Géorgie. Peut-il y a avoir un rétablissement des relations économiques, une réconciliation entre les peuples, un retour des civils géorgiens expulsés ? On peut espérer que la récente défaite électorale de M. Saakachvili ouvre des perspectives sur ces dossiers.

- La réaction d’une de  certains de vos  interviewers n’avez pas vous étonné? J’ai remarqué la méfiance de certains à vous donner son accord pour l’interview. Pourquoi vos interviews ont décidé de prendre les pseudonymes ?

 

- Ils n’ont pas décidé. C’est moi qui le leur ai proposé, afin qu’ils puissent parler librement et en détail de leur vie (les détails sont souvent plus vrais que les généralités, surtout quand on choisit d’interroger des gens ordinaires). Il me semble assez normal que des gens qui vivent dans un pays en guerre larvée avec leur voisin, et qui savent que les médias occidentaux ne défendent pas leur point de vue se méfient.

- Les événements en Abkhazie sont éclairés sur un certain jour dans les médias européens et américains. Le citoyen d’Abkhazie a senti l’effet de la «guerre d'information ». Comment est-ce que le citoyen ordinaire qui n’a pas la possibilté de venir en Abkhazie pour voir la réalité avec ses propres yeux, peut-il éviter le destin d’une victime de la guerre d'information ?

-    C’est très compliqué. Il y a dix ans, je vous aurais répondu qu’Internet peut devenir un moyen de mieux comprendre le monde indépendamment des grands canaux d’information. Mais ce n’est pas vrai. Même sur Internet la majorité des gens vont lire les  sites des grands journaux, qui contiennent beaucoup de contrevérités, et les sites « alternatifs » racontent souvent un peu n’importe quoi aussi… Il est clair que les 60 millions de Français ou les 80 millions d’Allemands n’auront pas chacun un contact personnel avec les 200 000 Abkhazes pour se faire une opinion sur ce pays. Comme je le disais plus haut, il y a des moyens « locaux » de contrer la désinformation dominante, par exemple en  établissant des coopératons au niveau des municipalités, des associations etc, mais il n’est pas sûr que cela pèse très lourd. Paradoxalement dans un monde surinformé, c’est toujours le mensonge qui a le plus de chances de prédominer quand il sert les intérêts des plus puissants.

- J’ai remarqué que dans les interviews donnés par les abkhazes dans votre livre la réalité de la vie en Abkhazie est un peu enjolivée. Comment vous pouvez l’expliquer ? Par le désir de montrer son propre pays d’un meilleur coté ?  Si par exemple je ne savais rien de France et je voulu prendre l’ interview avec vous pour ce que vous me parler de la France, quelle image vous allez me donner ? Plutot réaliste ou plutot romantique ? Pourquoi ?


- Sans doute une réponse réaliste. Mais réaliste ne veut pas dire seulement négatif, il faut tenir compte des circonstances politiques. Il y a quinze ans, j’aurais parlé plutôt négativement de la France (et ça reste la tonalité dominante de nos médias) : parce que nous étions engagés dans l’approfondissement de l’Union européenne, parce que des travaux universitaires sortaient sur l’histoire de l’antisémitisme en France, sur les crimes du colonialisme etc. Aujourd’hui que la construction européenne a surtout aidé à l’application de politiques néolibérales et que l’ouverture internationale de la France rime surtout avec sa soumission à l’idéologie atlantiste, je suis plus enclin a valoriser ce que la France a de positif. Il est normal que les citoyens d’un pays en guerre, non reconnu, et isolé, ait tendance à embellir la réalité. L’observateur étranger doit à la fois respecter cela,  et en même temps garder une dose de scepticisme à ce sujet.

- Et finalement, la question importante pour le lecteur abkhaze : Qu’est-ce que c’est , le patriotisme pour vous ?


- En français, en anglais, et dans beaucoup de langues européennes, le mot patriotisme garde la racine latine « pater ». C’est la fidélité à la terre des pères, à ce qu’ils y ont fait. C’est un sentiment qui existe depuis le Néolithique, bien avant que le mot n’existe. Et c’est une dimension importante de la vie, quelque chose qui peut lui donner un sens plus profond et lui servir de repère dans un monde où la technologie modifie très profondément les êtres humains et les rapports qu’ils nouent entre eux. Mais en même temps c’est quelque chose qui peut être compliqué à vivre. Par exemple quand on a une double origine comme moi (qui suis à la fois français et espagnol). Je crois qu’il est très important de la combiner avec la liberté. La liberté implique qu’on soit ouvert à l’avenir, et donc à tout ce que l’avenir peut nous offrir : le changement de pays, la rencontre d’autres cultures. L’attachement à la liberté est ce qui empêche le patriotisme de devenir un culte morbide du passé et des morts. Cela oblige le patriotisme à se réactualiser, à se redéfinir en permanence dans le dialogue avec les autres, et avec les circonstances nouvelles que nous donne le monde à chaque instant.

Pour la version russ cliquer ici

pravda.jpg

Lire la suite

Chavez passe le flambeau, Robert Fisk et la Syrie, Israël et la Géorgie, la désindustrialisation

10 Décembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse

- Hugo Chavez, 58 ans, qui voit son cancer récidiver, appelle les Vénézuéliens à élire à sa succession le très peu charismatique Nicolas Maduro, si les médecins cubains ne parviennent pas à le guérir. Tragique destin des pères de révolutions. Comment désigner un père par procuration ? L'homme le plus proche de soi, le plus en accord avec ses idées, n'est pas nécessairement le plus charismatique.

 

Journaux-3-2.jpg-  Robert Fisk (qui fait autorité en matière de journalisme) l'affirme : il était à Hama en 1982 et il n'y a pas eu de trace d'utisation d'armes chimiques par Hafez el Assad à l'époque. Cela n'implique rien pour le temps présent mais c'est toujours utile à savoir. Le 12 décembre 2013, Le Bundestag allemand se prononcera au sujet de la proposition du gouvernement allemand d’envoyer, sur demande de la Turquie des missiles Patriot. Une "Ligue des libres-penseurs allemands" fait signer une pétition. Au fait, croyez-vous quà Doha le ministre des affaires étrangères russe a menacé le Qatar de disparaître ?

 

- Le ministre des affaires étrangères israélien annule sa visite en Géorgie après qu'elle ait reconnu l'Etat palestinien. Je suis quand même surpris de constater le triomphalisme du Hamas à Gaza. Qu'ont-ils gagné au juste ? En tout cas M. Netanyahu reste le favori de l'opinion publique israélienne (plus de 80 % de l'opinion publique de ce pays pensent qu'il est le futur premier ministre)...  

 

- Dans un département industriel de province hier je me renseignais sur la santé économique du pays. Des usines de 200-300 salariés ferment parce que les patrons exigent plus de 10 % de rentabilité. D'autres se vident par paquets de neuf salariés. Mais je ne crois pas que les gens reviendront sur le dogme du libre-échange. Ses partisans peuvent encore pour quelques décennies être canalisé vers des impasses comme le Front national et des impasses d'extrême gauche. L'idée du Front de gauche de faire du protectionnisme avec les normes sociales et écologiques est intéressante, mais je m'interroge sur les chances de Mélenchon de faire une majorité FdG/les verts/gauche du PS comme il prétend le faire. Il me semble que le système politique eut rester sclérosé sur un dialogue stérile UMP-PS avec 50 % d'abstentionnistes pour quelques lustres. Et je ne comprends pas bien le projet de nationalisation de l'acierie que défend la gauche de la gauche en ce moment. Y a-t-il une perspective pour un "acier écologique" en France ? Et comment ?

 

p1000207.jpg- Vous souvenez-vous que j'ai été contributeur du Cahier de L'Herne sur Noam Chomky ? Il faudra que je diffuse une ou deux vidéos récentes de ce linguiste sur ce blog à l'occasion, car il parle encore beaucoup !

Lire la suite

Un déficit d'amour

9 Décembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse

L'ancien boucher de mon village est mort il y a quatre jours après avoir été grabataire pendant six mois. Bizarrement il y avait peu de monde à son enterrement. La raison : les gens de sa génération susceptibles de venir à l'enterrement sont morts. Les jeunes ne sont pas venus, soit qu'ils aient quitté le village, soit qu'ils n'aillent point aux enterrements.

 

grandp-re1980.jpgJe ne comprends pas pourquoi j'ai passé quarante ans de vie sans me rendre compte qu'avancer dans le temps signifiait surtout voir disparaître un monde qu'on a aimé, celui dans lequel on a appris les mots, les sensations, les tournures de pensée, pourquoi cette pensée m'est-elle restée si longtemps étrangère ? Les religions - dans leurs développements postérieurs à l'âge axial - nous ont appris que l'amour était le remède à la mort et au deuil. Mais on voit bien qu'il y a un problème général avec l'amour. L'amour des jeunes pour les vieux, censé les soutenir dans l'épreuve de l'anéantissement des mondes anciens et de leur propre anéantissement, ne fonctionne pas : les vieux meurent seuls, les jeunes ne vont pas au enterrements, ils sont aux abonnés absents. Et du coup, sans doute, les vieux ont du mal à aimer les jeunes qu'ils peuvent aimer individuellement mais ne voient pas collectivement comme une génération capable de soutenir la leur puisqu'elle ne se rassemble jamais pour eux. Et, de ce fait, ils peuvent difficilement se consoler de la mort du monde d'hier en aimant le monde qui vient.

 

D'ailleurs on peut se demander si les jeunes "s'aiment" entre eux collectivement comme pouvaient le faire les vieux d'autrefois, du temps de leur jeunesse, quand ils se retrouvaient ensemble aux fêtes du village (même s'il ne faut pas idéaliser, évidemment, ce qui se passait alors). Les gens de mon âge sont dispersés dans diverses régions (d'où leurs efforts un peu ridicules pour se retrouver à travers "Copains d'avant"). Il y a quelque chose qui flanche sérieusement dans le collectif, dans la représentation de l'humanité comme des groupes (groupes d'âges susceptibles d'une certaine solidarité entre les groupes et au sein des groupes).

 

Des tas de journalistes trentenaires et quadra ont célébré il y a quelques semaines les 80 ans de Chirac suppléant par une certaine forme d'amour individuel, pour une personne fétiche (parce que consacrée par les médias) l'absence d'amour collectif. Mon père fêtera ses 80 ans jeudi prochain. Je suis frappé par la solitude et le silence qui entourent la disparition de sa génération. Une solitude et un silence qui seront peut-être démultipliés quand viendra le tour de la mienne, et de celle de nos enfants.

Lire la suite

Le changement c'est maintenant...

7 Décembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Méluche (ou son aide de camp) écrit sur son Facebook :

 

hollande

"L'accord sur la "gouvernance" d'EADS est une nouvelle agression des financiers contre l'industrie. L'accord prévoit que 70% du capital sera désormais flottant, abandonné au vent des marchés financiers. Et que le poids des Etats, dont la France, sera réduit au sein du Conseil d'administration. C'est toute la politique industrielle d'aéronautique et de défense qui est ainsi compromise. C'est un recul dangereux de la souveraineté et de l'indépendance nationale.

 

Le grand gagnant est l'oligarque parasite Arnaud Lagardère qui quitte le navire. L'accord prévoit qu'EADS va gaspiller plus de 3 milliards d'euros pour racheter ses propres actions. Arnaud Lagardère empochera à lui seul 1,2 milliards d'euros ! 

 

Cet accord est inadmissible. Comment le gouvernement peut-il cautionner un pillage et un gaspillage aussi honteux? Comme à Florange, le gouvernement humilie la France devant les financiers."

 

Comme tout est glauque du côté du gouvernement Ayrault en ce moment qui ne veut "changer la vie" que sur le front sexuel (voyez l'intention de Mme Vallaud-Belkacem d'interdire aux petites filles les jeux de filles et aux garçons les jeux de garçons dans les écoles), on a bien envie quand même d'écrire un peu sur toutes ces capitulations. Cependant, avouez le, vous n'allez pas, vous, voter pour le Front de Gauche aux prochaines élections ou aller convaincre vos voisins de le faire. Vous aussi vous avez peur que les marchés financiers nous mangent tout crus et que nous finissions avec la ration alimentaire de la Corée du Nord hein ? Vous n'avez pas du tout envie de socialisme, et d'ailleurs vous ne savez pas trop ce que ça peut vouloir dire, ou alors, si vous en avez envie, c'est juste pour en parler dans votre salon avec vos potes ou pour faire les malins sur des forums Internet. Donc soyons francs, le gouvernement Ayrault c'est vous et vous êtes le gouvernement Ayrault. Donc stop les complaintes inutiles, le rouleau du fatum passera sur nos petites vies, pas de problème. Nous sommes tous des Grecs !

 

Mais bon, au moins nous ne sommes pas des Japonais : notre sol reste stable...

Lire la suite

Telesur exagère et le PCF du Havre oublie Niemeyer

6 Décembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Je regardais Telesur ce soir, cette chaîne de télévision vénézuélienne qui a suscité tant d'espoirs dans les milieux altermondialistes dans les années 2005-2006. Elle parlait de la loi contre la concentration des médias en Argentine (une loi comme en font ou tentent d'en faire passer d'ordinaire les gouvernements de gauche, comme en France sous Mitterrand en 83 ou 84). Telesur titrait "Reporters sans frontières RSF condamne cette loi". Quand on va sur le site de cette ONG on se rend compte qu'il n'en est rien : elle juge la loi positive tout en dénonçant le climat de "polarisation" qu'elle suscite (polarisation à laquelle contribue le gouvernement argentin selon elle, mais pas seulement). D'ailleurs on se rend compte que RSF est souvent assez niniste : en Argentine elle renvoie dos-à-dos gouvernement et opposition, en Syrie elle critique les meurtres ciblés de journalistes par l'armée loyaliste et par les rebelles... Le ninisme n'est pas toujours une attitude intelligente, mais c'est parfois un pis-aller acceptable.

 

Du coup je me dis que, sans doute, le Venezuela et Telesur ont souvent exagéré leurs vitupérations contre les ONG occidentales du type Reporter sans frontière (surtout à l'époque - autour de 2007-2008 - où tout le monde était obsédé dans les milieux antiimpéralistes par le "révolution colorées" et le "soft power"), RSF à laquelle on peut certes reprocher beaucoup de choses (son indifférence au sort des journalistes de médias "ennemis" de l'Occident, son antichavisme primaire etc) mais dont il ne faut pas noircir outre-mesure les partis pris.

 

volcan.jpgPuisque nous parlons de l'Amérique latine, saluons ce soir la mémoire d'Oscar Niemeyer, grand architecte brésilien décédé à l'âge de 104 ans. Le journal cubain Granma cite aujourd'hui Eduardo Galeano à son sujet : "Niemeyer détestait autant le capitalisme que l'angle droit. Contre l'imperialisme, il ne pouvait pas faire grand chose. Mais contre l'angle droit, oppresseur de l'espace, son architecture triomphe, libre et sensuelle et légère comme les nuages". Le Parti communiste du Havre, lui, est bêtement silencieux sur la mort de Niemeyer alors que la ville lui doit pourtant son fameux pot de yaourt ou "volcan" à l'époque où le PC la gouvernait (le journal local Paris-Normandie et la municipalité actuelle de droite du Havre sont plus rapides à réagir). Heureusement le PCF, dont le siège national est aussi l'oeuvre de cet architecte, se fend d'un communiqué éloquent et l'Humanité d'un dossier spécial. L'honneur est sauf.

 

Rien à voir ou peut-être :

 


La liberté, c’est de dire la vérité, avec des précautions terribles, sur la route où TOUT se trouve (René Char)

Lire la suite

Walk like an Egyptian

4 Décembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

J'aime bien les Egyptiens. La façon dont ils faisaient fuir les colonnes de CRS (ou de leurs équivalents cairotes) en 2011 m'avait impressionné. Leur manière de faire sortir le président Morsi de son palais aujourd'hui n'est pas mauvaise du tout non plus. Voilà un peuple qui sait bouger. Bon, je les apprécie moins quand ils déshabillent les journalistes occidentales sur la place Tahir pour leur glisser un digitus obscenus - d'ailleurs ce soir les reporters femmes de LCP et de France 3 parlaient prudemment de la terrasse de leurs hôtels avec vue sur la ville. J'avoue ne pas avoir lu très en détail le projet de constitution de M. Morsi. Il n'avait pas l'air en soi très scandaleux d'après les résumés des agences. La référence à la charia existait déjà sous Moubarak (comme sous Saddam Hussein dpuis 1992 et sous Kadhafi on a tendance à l'oublier) et Morsi avait introduit des mesures intéressantes dans son texte comme le non renouvellement du mandat présidentiel (mais on sait ce que M. Poutine en a fait, passons...). Mais la manière dont il le fait passer (en quelques jours, avec un pistolet sur la tempe de la cour suprême, et une assemblée constituante vidée de ses opposants) ne convenait pas à un président élu dans des conditions comparables à celles dont a bénéficié M. Copé à l'UMP (et avec la même marge en pourcentage).

 

Vu les effectifs de la manifestation pro-Frères musulmans avant hier on peut supposer que la mobilisation d'aujourd'hui suscitera une réaction de ce parti. J'espère qu'ils ne prendront pas le chemin de la guerre civile. En tout cas aujourd'hui le geste égyptien était beau. Plaudite cive.

 

Aristippus01Moins belles sont les menaces d'intervention militaire en Syrie dans les médias ce soir. De quoi s'agit-il ? D'un coup de bluff ? pourquoi , comment ? Je croyais que l'OTAN n'avait pas les moyens militaires d'une intervention là-bas. Quels sont les tenants et aboutissants de cette affaire ? Mystère. Pour tout éclairage nos médias si indépendants nous font un cours sur le gaz sarin. Je ne sais pas du tout si la Syrie en a ou pas, et si M. Assad a décidé d'en utiliser - s'il l'entreprend je doute quand même qu'il le fasse dans les zones urbaines n'ayant pas d'intérêt à s'en prendre ainsi à des civils (ce que font nécessairement les armes chimiques en ville) alors qu'il a lancé un processus de refonte politique de son régime. Cela me paraît aussi idiot que l'idée selon laquelle il pourrait attaquer la Turquie. Oui, cela sent le bluff. Mais dans quel but ? Pour faire pression sur le Russes ? Mystère.

 

Mystère aussi cette nouvelle d'un rachat possible de Pétroplus en Seine-Maritime... par les Iraniens. Les Iraniens, dans le pré carré de Laurent Fabius qui est élu du coin ! On aurait tout vu. Je suppose que notre ministre des affaires étrangères préfèrerait couler cent fois sa raffinerie que de se fâcher avec les Américains (allergiques à tous ceux qui commercent avec Téhéran en moment). Tout ce qui touche au Proche-Orient est décidément  bien sybillin...

Lire la suite

Altius

3 Décembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

vall-e-d-ossau.jpgIl n'y a plus que deux pays montagneux pour s'intéresser à mes travaux : l'Abkhazie, dont le principal journal publiera prochainement une interview de votre serviteur (bien sûr je la posterai sur ce blog), et la Suisse dont un grand média national me posera bientôt quelques questions en anthropologie du corps (pour la troisième fois en 10 mois, pas le même média à chaque fois). Je suis content de travailler avec des Helvètes après avoir, pendant un temps, très proche des Belges (il y en avait beaucoup parmi les contributeurs de l'Atlas alternatif souvenez vous). Il y a un jeu de miroir toujour intéressant entre la France et ces petites communautés francophones non hexagonales. Nous les pensons sous la catégorie de l'identique (par pur impérialisme), mais en vérité leur histoire a façonné chez elles des sensibilités très différentes de celles de notre pays. La Suisse est un pays qui a connu une histoire folle, et souvent tragique. Son émancipation des Habsbourg, son incroyable révolution calviniste, sa survie grâce au mercenariat, et encore son rôle de hâvre de raison dans la folie de la première guerre mondiale.

 

Il y a quelque chose d'à la fois très confortable et de très dur dans le fait d'être suisse, c'est du moins ce que je pressens au vu de ce que j'entrevois de ce pays, et de la dialectique de son rapport à la mondialisation.. J'aurai bien sûr tout cela à l'esprit lors de mon interview.

 

Mais laissons cela. J'ai oublié de saluer cette semaine la reconnaissance de la Palestine par l'ONU qui, bien sûr, m'a fait plaisir. Quand je pense qu'il a fallu que M. Fabius fasse pression sur M. Hollande pour que celui-ci l'accepte alors même que cela figurait dans ses promesses électorale et que M. Sarkozy était déjà allé dans ce sens au moment du vote sur l'entrée à l'UNESCO ! Ce président ne m'inpire décidément aucun sentiment positif. Et que dire du Royaume Uni qui voulait subordonner son vote à un engagement de M. Abbas de ne jamais poursuivre Israël en justice pour crime de guerre !

welcme.jpg

Une pensée pour ceux qui vont endurer de nouvelles colonisations en Cisjordanie. Et une pour Gaza. Pour nous aider : ce bel article de Caroline Bourgeret ici. J'aime les gens qui sont dans le réel. Le réel hors norme. Celui qu'on ne veut pas voir.

 

Bon, et puis un peu de détente. On rend hommage à Georges-Guy Lamotte, dont je vous ai déjà parlé là, et puis, juste en dessous, on se promène aux Halles de Pau. Voilà. Et au passage j'ai aussi une petite pensée pour le type qui aujourd'hui, dans la capitale du Béarn, s'est jeté par dessus le parapet du boulevard des Pyrénées. C'est une sorte de Promenade des anglais au dessus d'une palmeraie. Cet homme l'a choisie comme espace de son suicide. Le message a une certaine valeur.

 

Oh zut ! je découvre soudain que j'ai oublié de vous parler du lien que je fais entre l'Abkhazie et le bouquin de Gaudillières et Davoine "Histoire et trauma" que je relisais hier. Un livre qui enfonce un peu des portes ouvertes (ou du moins qui traite de sujets évidents à mes yeux) mais qui a le mérite de le faire en citant l'Iliade (à juste titre : on ne peut parler de la guerre sans évoquer l'Iliade, ni évoquer la métaphysique masculine sans citer l'Odyssée). Tant pis. Je laisse tout cela de côté. Place aux vidéos.

 

 

Lire la suite

Frédéric Taddeï et Françoise Hardy

2 Décembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

J'écoutais tout à l'heure une interview de Françoise Hardy par Frédéric Taddeï. Je ne suis pas fan de ce que fait ce journaliste dans le domaine politique (son émission sur la désobéissance civile récemment sur France 3 tombait à plat tant par le choix des invités que des questions posées), mais j'admire les esprits généralistes (je hais les spécialisations), lorsqu'ils sont capables à la fois d'étendre leur savoir hors des limites ordinaires et de l'approfondir, ce que sait faire Taddeï, qui a beaucoup de curiosité dans de nombreux domaines et une façon de s'imprégner du domaine de la création que peu de journalistes ont. Il a su faire des choix intelligents, comme celui de cette émission parfaitement démago "Ce soir ou jamais" qui mélange chanteurs et politiciens, extrémistes et apparatchiks du Système en mettant tout sur le même plan. Il a senti de quoi notre époque avait besoin, un peu comme Bernard Pivot et Jacques Chancel aux époques précédentes, et, de ce fait, en est devenu un acteur incontournable, peut-être même une cristallisation.

 

tvoldIl le fait avec un sens de la légèreté, une petite désinvolture apparente, tout en connaissant bien non seulement le "dossier" de l'invité qu'il accueille, ce qui en soi représente un volumineux boulot en amont, mais assez de domaines, dans leur généralité et dans le détail, pour faire des recoupements. De sorte que, par exemple avec François Hardy, il parvenait exactement à rebondir où il fallait, et, à chaque fois, dans la bonne direction, pour rester toujours au plus près de ce qui intéresse l'artiste qu'il avait en face de lui, et de ce qui compte vraiment pour saisir son itinéraire et le milieu où elle évoluait... Ce sont des talents qui sont donnés à bien peu de gens.

 

Bon voilà. A part ça je termine l'année avec deux manuscrits vraiment importants pour moi à tenter de placer chez des éditeurs d'envergure, et un troisième que je compte finir d'écrire dans trois ou quatre semaines qui concerne les cultures populaires (je n'en dis pas plus). Bides ou best-sellers potentiels l'avenir le dira. Je préfèrerais la seconde hypothèse, non pour le fric, mais pour rencontrer un peu de monde, changer un peu de l'horizon monotole actuel. J'en ai marre de publier des bouquins qui se vendent à 50 exemplaires dont 10 pour des bibliothèques universitaires et sur lesquels je n'ai absolument aucun retour de personne.

Lire la suite

Le conseil général du 64 n'oublie pas Aurore Martin

1 Décembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

Aujourd'hui dans un communiqué de presse, le conseil général des Pyrénées-Atlantiques a fait savoir qu'il avait voté à l'unanimité hier une motion suite à l'incarcération de la militante basque Aurore Martin s'adressant "aux autorités de l'Union européenne, au président du Conseil et à la Commission européenne, afin qu'ils interviennent face aux disparités d'application" du MAE et "remédient aux situations d'injustice engendrées".

 

Déjà le 2 novembre le président du Conseil général socialiste avait  à propos de l'arrestation d'Aurore Marton "regretté une telle décision précipitée au moment où beaucoup de citoyennes et de citoyens et de leurs représentant (e) s mettent tout en œuvre pour trouver les voies pacifiques d’un règlement définitif."

 

On rappellera qu'il y a quinze jours une sénatrice écologiste de Seine et Marne avait interrogé le gouvernement à ce sujet. Le texte de sa question est ici. La réponse est très langue de bois. On peut se demander notamment si la protection consulaire promise a été effectivement mis en oeuvre (la sénatrice Mme Lipietz laissait entendre qu'il n'en était rien à la date du 15 novembre dernier).

 

Lire la suite

Les grands "dépressifs" de l'histoire selon Bruce E. Levine

1 Décembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

P1020724C'est un sujet que j'aborde un peu dans mon livre sur le stoïcisme, alors pourquoi ne pas poursuivre la réflexion (pour ceux qui lisent l'anglais) avec cet article du psychologue clinicien Bruce E. Levine en ligne ici ? Sa liste de dépressifs célèbres est longue : Bouddha, Dickens, Twain, Lincoln, Freud, Kafka, Churchill. Elle pourrait sans doute l'être plus longue compte tenu de la définition très large que l'auteur (et notre époque avec lui) semble donner à la notion de dépressif.

 

Mais je suis assez sceptique sur le bien-fondé même de cette catégorie. Elle recouvre ce qu'on appelait autrefois les "tempéraments mélancoliques". On ne peut pourtant pas dire que le changement de terminologie marque un progrès. Jadis il était admis que le penchant mélancolique était répandu, comme le tempérament colérique, joyeux etc. On le savait prédominant chez certaines personnes, tout en étant susceptible de tomber sur n'importe qui à la faveur d'un événement malheureux ou d'un changement des humeurs corporelles (puisqu'on raisonneit beaucoup en terme de "complexion"). Le terme de mélancolie avait le mérite d'être moins stigmatisant que celui de dépressivité. Il n'était pas rigoureusement attaché au domaine médical et à des procédures thérapeutiques (comme le Prozac par exemple). A la limite on pouvait le rattacher à l'influence des dieux, du génie, au talent poétique (voyez quelle apologie en firent les romantiques).

 

L'histoire de cette notion est très symptomatique du pouvoir que tout un chacun est prêt à accorder aux institutions (en l'occurrence l'institution médicale), au totalitarisme que tout un chacun veut bien incorporer dès qu'on lui promet un mieux être émotionnel ou anatomique en échange. Bruce E. Levine dans cet article croit jouer un mauvais tour à l'obsession médicale en montrant que les mélancoliques du passé se guérissaient sans médecin. Mais bien sûr en remplaçant la notion de tempérament mélancolique par celle de penchant dépressif, il surmédicalise sans le savoir le thème qu'il aborde en classant sous le registre thérapeutique un pan de l'histoire de l'humanité qui se disait autrefois sous la catégorie de la poésie. Voilà un bel exemple de fausse subversion (sur un site de gauche qui se veut rebelle). Ici la rebellion se fait complice des pouvoirs en place en offrant comme unique porte de sortie aux victimes de la dictature actuelle qu'une option qui elle-même n'existe qu'à travers le vocabulaire de cette dictature.

 

Pour échapper au piège, il faudrait parvenir non seulement à refuser les termes d'état dépressif ou de déprime (a fortiori de dépression qui mériterait que je lui consacre un billet à soi seul), mais encore recréer cette fluidité de l'imaginaire  qu'autorisait autrefois la moindre spécialisation des tâches et des pouvoirs institutionnels, de sorte que des affects imprécis pouvaient se rattacher à plusieurs univers symboliques (la religion, la création etc) et s'épancher successivement dans chacun d'eux sans être rivés à une assignation thérapeutique stérilisante.

 

On sent bien que cette réintroduction de la fluidité passe par un travail intellectuel indépendant (donc largement solitaire) et ambitieux (car c'est toute une recomposition qui est en jeu). Rien ne serait plus vain que de proposer par exemple la constitution d'un petit groupe d'artiste ou d'une communauté anarchiste au fin fond des Cévennes qui appliquerait le refus des catégories psycho-médicales contemporaines, car ce groupe serait traversé de toutes parts par les apories culturelles de notre époque. C'est dans une construction philosophique individuelle et seulement là que les clés d'une reconstuction salutaire de l'imaginaire social peut être retrouvée. Prenez une construction intellectuelle comme la théorie de Deleuze dans les années 70 (qui est un très bel exemple de tentative de réintroduire de la fluidité à partir d'un travail de fond sur des concepts vieux de 2 500 ans), elle est aujourd'hui plus utile pour redonner du souffle aux esprits captifs que, par exemple, le souvenir de la communauté utopiste de Monte Verita dans les années 1900. Je ne veux pas dire par là que la solution est dans Deleuze, mais seulement que le travail intellectuel nous conduit plus loin dans la sortie des dictatures (en l'occurrence ici la dictature fonctionnaliste et médicale) que la pratique politique, parce qu'il est plus radical et plus global.

Lire la suite

"Georges-Guy Lamotte, Le dernier des socialistes" de Fernand Bloch-Ladurie

28 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

chreibenUn peu de détente : voici mon compte-rendu d'un livre amusant publié par les éditions  "Aux Forges de Vulcain", pour le lire, cliquez ici.

Lire la suite

Ce que nous pouvons savoir (un peu d'ontologie)

28 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

 Après avoir lu mon billet sur la fin de l’apeiron, un lecteur me demande si, au terme de mes lectures philosophiques, je suis relativiste sur le plan « ontologique ».

 

Ceux qui connaissent bien mes écrits ont déjà la réponse mais il n’est pas inutile de la résumer pour les nouveaux visiteurs de ce blog (toujours plus nombreux au vu des statistiques de mon compteur), d’autant que tout résumé, par le choix-même de ses termes, peut apporter par lui-même des éléments nouveaux.

 

Du point de vue de l’ontologie, je pense que nous ne pouvons connaître de l’être que ce que l’évolution darwinienne nous a déterminé à en connaître. Et cette connaissance est de deux ordres :

 - la connaissance sensible, qui tire sa validité de son utilité pour la survie des individus et de l’espèce (je sais qu’il y a une table devant moi parce qu’elle résiste à mes doigts, lorsque je la touche, parce que mes yeux la rencontrent quand j’ouvre mes paupières etc, un savoir utile à ma conservation sans quoi je risquerais de me fracasser le crâne en tombant dessus si je ne savais pas qu’elle était là)

- la connaissance intellectuelle, qui naît d’une réflexion sur les données sensibles, permet d’optimiser la connaissance que l’on en a  (en rectifiant certaines erreurs des sens) et d’aller au-delà (grâce à elle nous connaissons par exemple les lois de la physique quantique qu’aucune perception par les sens ne pourrait nous donner)

 

La connaissance intellectuelle bien qu’elle permette d’aller plus loin que les sens reste partiellement tributaire de notre évolution darwinienne, et de certains schèmes qui, dans notre cerveau, sont issus de l’expérience sensible, par exemple celui qui nous porte à penser qu’une chose ne peut pas être et ne pas être en même temps.

 

Je ne crois pas faire preuve d’occidentalocentrisme en disant cela. Car, bien que la pensée logique ait été poussée très loin par les Occidentaux à la faveur de diverses révolutions sociales et politiques (l’invention du logos grec), le logique intellectuelle en lien avec l’expérience sensible existe dans toutes les cultures, même si beaucoup de pensées magiques en Orient notamment se sont ingéniées à former des systèmes intellectuels contre-intuitifs (et, à vrai dire, à mes yeux dépourvus de validité épistémique) dans lesquels justement des énoncés comme « une chose ne peut pas à la fois être et ne pas être » sont réfutés (on a aussi, bien sûr, connu ce genre de pensée en Occident).

 

Le lien entre la pensée intellectuelle logique et l’empreinte de l’évolution darwinienne sur nos corps fait que, selon moi, nos cerveaux ne parviendront pas aux niveaux d’abstraction suffisants pour progresser dans la connaissance de l’être au point de pouvoir apporter des réponses à des questions comme « qu’est-ce qu’il y avait avant le Big Bang » ou « existe-t-il des univers parallèles au nôtre ? » (ou encore les nombreuses questions relatives à la définition du temps, de l’espace etc). Reconnaître cette clôture des possibilités du savoir fait partie incontestablement de la fin de l’apeiron que j’évoquais il y a quelques jours. De ce point de vue là je suis kantien, bien que, sur le plan épistémique, je réfute le constructivisme de Kant (nous ne « construisons pas » les objets de notre savoir).

 

galaxy-copie-1.jpgEt je ne crois pas en l’hypothèse des transhumanistes selon laquelle en déléguant la tâche de comprendre à des machines (supposées être capables de traiter abstraitement plus d’informations que nos cerveaux, à supposer que nous parvenions à en construire de pareilles), nous progresserons significativement dans la compréhension de l’être.

 

Car, à supposer même qu’une machine à fonctionnement accéléré parvienne à une découverte de lois sur les questions que je posais précédemment (à propos du Bigbang ou des univers parallèles pour reprendre ces exemples) ou a fortiori d’hypothétiques méta-lois susceptibles de rendre compte du fait que la matière ait des lois (ou que la matière existe) , encore faut-il qu’ensuite elle trouve ensuite les formules pour rendre ce savoir accessible à un cerveau aux capacités d’abstraction limitées comme le cerveau humain.

 

L’autre hypothèse à laquelle souscrivent les transhumanistes est la liquidation de l’humanité dans son devenir-machine. Mais il faut bien reconnaître alors que cette espèce mécanique qui succèdera à la nôtre nous sera à ce point étrangère que peu importe au fond ce qu’elle parviendra à comprendre ou à ne plus comprendre de ce monde et de l’être en général .

 

Je crois donc, en dernière analyse, que nos schèmes cognitifs sont surtout destinés à favoriser le développement des individus, des groupes humaines, et de l’espèce en général (à travers la médiation des sous-groupes qui la composent, ce qui ne veut pas dire que cette utilité fondatrice ex ante doive être la finalité de la connaissance ex post), qu’à l’intérieur de cet espace de contrainte, ces schèmes cognitifs sont tout à fait valables pour connaître la part de l’être qu’il nous est imparti de pouvoir connaître et qu’il faut travailler à les améliorer. Améliorer nos schèmes cognitifs à l’intérieur du périmètre de savoir légitime possible, cela suppose d’affiner nos modes de discrimination du vrai et du non-vrai, de hiérarchisation et de mise en rapport des savoirs, et aussi de travailler sur l’aspect pratique de ces schèmes, c’est-à-dire sur la mise en œuvre éthique, politique et esthétique de ces schèmes, aux lois qui dans ces diverses sphères pratiques doivent gouverner notre action. Ce qui suppose notamment de refuser la facilité du relativisme.

 

Il est difficile de garder une volonté de connaissance dans un périmètre de savoir identifié comme limité et de ne pas céder à la paresse intellectuelle du relativisme ou du nihilisme. Car l’humain est un animal profondément mu par la mégalomanie et particulièrement stérile quand on le prive de son horizon de conquête (ce qu’avait bien vu Nietzsche). Il faut donc trouver un horizon de conquête pour briser la clôture de l’apeiron. On sent bien que cette rupture ne sera pas possible sans la conservation de certaines catégories esthétiques hérités du temps où l’esprit de conquête prédominait. C’est pourquoi le présent blog accorde une telle place à la relecture d’auteurs anciens et à l’évocation d’époques révolues, non pas par fétichisme passéiste mais dans l’espoir d’en préserver des traits utiles à la définition d’un ethos de rupture.

Lire la suite

La fin de l'apeiron

25 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Tout le monde peut être d'accord sur ce diagnostic, bien que celan'implique hélas rien quant aux solutions à apporter (car les solutions sont absentes). La tristesse de notre monde tient à ce que nous avons liquidé l'apeiron, cette notion qui travaillait (et angoissait) tant les présocratiques. L'apeiron : l'infini, ce qui reste ouvert.

 

Avec cette vision du "village-monde" qui a travaillé la globalisation, cette obsession d'exploiter intensivement et rationnellement chaque millimètre carré jusqu'à ruiner l'écosystème, et de réduire (par le réductionisme biologique) les dernières formes de résistance (comme la dépression, grande résistance du début des années 2000, voyez "Tomber sept fois, se relever huit" de Labro), l'espace est aujourd'hui complètement clôturé : il n'y a plus d'Odyssée possible. Dans ce huis clos dont les issues ont été soigneusement bouchées, toutes les rancoeurs et les méchancetés peuvent se déchaîner : elles seules même peuvent donner une raison de vivre. C'est pourquoi dans ce monde sans fenêtre Bernard-Henri Lévy et Caroline Fourest sont rois.

 

C'est aussi, par la force des choses, un monde où les femmes, habituées à gouverner des espaces clos, respirent mieux que les hommes, autrefois éduqués au don quichottisme. Tout notre passéisme se nourrit de cela du reste : il n'est plus d'horizon de conquête que dans le temps écoulé, celui qui vient ne promettant que toujours plus de paralysie de nos gestes.

 

grille.JPGDans ce monde fini où tout est quantifié (même les séries TV : il suffit d'aller voir sur wikipedia à chaque fois qu'on souhaite savoir combien d'épisodes il nous reste à voir) l'instant manqué est une fraction du quantum d'instants de même nature qui nous étaient alloués (par exemple, le nombre de fois où je vois mes parents est un nombe de fois fini), et donc chaque instant se vit comme un arbitrage entre diverses pertes possibles, ce qui de toute façon le prive de toute saveur.

 

Bien sûr on est là à l'opposé de tout ce qui fut la culture des enfants gâtés des années 60-70, culture dont je suis héritier (je m'en rendais compte encore ce soir en lisant un séminaire de Castoriadis sur Platon daté de 1986). Le livre de Tobie Nathan dont j'ai déjà dit beaucoup de bien ici est très sincère sur l'esprit de conquête qui présida à cette époque. Il dit notamment des choses très belles sur ce qu'était la conquête sexuelle à ce moment-là qui était vécue come un réel horizon métaphysique et pas du tout comme aujourd'hui comme un simple enjeu d'optimisation du bien-être.

 

Je sais bien que, de nos jours, beaucoup de jeunes gens sont prêts à se saisir d'Internet et des outils de leur environnement pour "réussir des coups" ainsi que je l'ai remarqué dans un précédent billet, mais ces coups n'ont pas plus de valeur que des stratégies à deux balles à une table de poker. Le système est bien trop normé, y compris dans les pertes prévisibles, pour qu'on puisse encore y parler du moindre esprit de conquête, encore moins d'une errance.

 

Il me semble que la fermeture de l'apeiron se ressent sur chaque aspect de nos modes de pensée. Par exemple sur la manie de la pondération et de la vérification que nous avons introduite en philosophie et en sciences humaines (pour autant que cette dernière expression ait un sens), là où jadis l'esprit de conquête en dispensait tout le monde. Le bougisme qu'on impose à tout le monde, y compris à nos enfants en les amenant visiter des musées à trois ans... reflète aussi l'inquiétude généralisée de vivre dans un monde où en fait il n'y a plus aucun moyen de se projeter dans quoi que ce soit, et donc plus rien à faire (au sens profond du terme) : un monde devenu un immense camp d'internement à ciel ouvert.

Lire la suite

Ecrire un nouveau roman peut-être

23 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Vous savez ce qui nous tue tous aujourd'hui ? C'est qu'il n'y a plus de vie spontanée. Je relisais tantôt des pages de mon journal de 1987, année où je vivais ma vie de lycéen, ancré dans de vraies émotions. Je referme mon journal. J'ouvre mes mails. Je tombe sur ceci : "Nom de dieu de dieu de dieu ! Mais merci ! Ton article me fait profondément plaisir et m'honore ! De plus, il est tellement bien écrit ! Il est formidable. Incroyable. Pincez-moi !J'ai hâte de te serrer dans mes bras mardi !Je t'embrasse fort, fort, fort !". C'est une copine écrivaine. Sa réaction à ma recension de son dernier livre qui vient d'être publiée sur Internet ce matin. Jolie réaction pleine d'émotions... sauf que ça m'arrive sur un écran... je ne sais pas pourquoi il me semble que cette médiation des écrans fausse tout. Je la verrai mardi soir à sa séance de signature, mais il n'y aura pas plus de spontanéité à ce moment-là (où elle sera prise par les dédicaces, et moi par l'urgence de prendre un train) qu'aujourd'hui dans ces remerciements neutralisés par l'appareil informatique. Tout est ainsi, sous cellophane...

 

P1010968On court tous vainement après une "authenticité" comme mon pote qui cultive ses légumes dans l'Ariège et repère dans les rues de Saint-Ouen les dernières espèces végétales comme le "last survivor" d'un cataclysme.

 

Depuis hier j'ai envie d'écrire un nouveau roman. C'est peut-être la dernière chose authentique à faire. Après tout j'ai la chance d'avoir toujours un éditeur ouvert à la fiction. Ca ne se vendra pas, mais ça sera écrit. Quod scripsi scripsi.

Lire la suite

Mélenchon sur le budget, sur le différentialisme, et sur l'Allemagne

23 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Mélenchon a raison sur son blog de condamner la timide abstention des députés du Front de gauche sur le budget d'Ayrault :

 

assnat"C’est dans ce contexte qu’est intervenue, écrit-il, notre discussion au Front de Gauche à propos du vote sur le budget de l’Etat. Ce n’est pas un secret : le Parti de Gauche, comme la totalité des représentants des  partis du Front de Gauche à la coordination, sauf ceux du PCF, étaient partisans de voter contre ce budget. Ce n’est pas une affaire de posture plus ou moins frontale vis-à-vis du PS et de son budget. C’est d’abord une appréciation sur le fond : c’est un mauvais budget pour le pays et dans le contexte de récession commencée. C’est le budget de la plus grande contraction de la dépense publique depuis plusieurs décennies. C’est aussi le budget d’une RGPP aggravée dans tous les ministères non sanctuarisés. Enfin parce que nos groupes parlementaires ont voté contre la loi de programmation budgétaire pluriannuelle. Dès lors il est normal d’en refuser la première application. Mais le fond est aussi politique : il s’agit de la mise à distance qu’il faut affirmer avec tout le système et la politique du nouveau gouvernement. Bien-sûr, aucune voix des nôtres n’a soutenu ce budget. Pas un parlementaire du Front de gauche n’a voté le budget des socialistes. C’est le point clef. Il n’y a donc pas de fracture politique dans le Front de Gauche à propos de l’autonomie face au gouvernement et au parti qui le dirige.

 

Le groupe à l’assemblée s’est donc abstenu. Mais pourquoi pas de vote contre ? Croyons-nous réellement qu’il peut se passer quoi que ce soit qui inverse la politique du nouveau gouvernement hors des clous de la loi de programmation budgétaires contre laquelle nous avons voté ? L’orientation n’est-elle pas affichée sans ambages ? Nos amendements n’ont-ils pas tous été rejetés ? Et cela alors même qu’ils étaient exactement rédigés comme ils l’étaient à l’époque où nous étions dans l’opposition et que les socialistes les avaient votés avec nous ?  Cette ligne n’est-elle confirmée et approfondie depuis par le plan Gallois et la déclaration de la conférence de presse du président ? Je sais très bien que nous partageons tous cette appréciation. Que veut dire alors l’abstention dans ces conditions ? Selon nous c’est une source de confusion pour les nôtres et un signal de souplesse que la violence du gouvernement Ayrault interprète comme un aveu de faiblesse et l’affichage d’une divergence interne au Front de gauche. Tout cela parce que les socialistes et leurs journalistes jouent le petit jeu de répéter que nous votons avec la droite ? Qui est-ce que cela trouble à part ceux qui sont déjà troublés de toute façon ? Le PS faisant la leçon sur les votes avec la droite après sa collusion avec le traité de Sarkozy ?"

 

Il y a aussi des remarques intéressantes de Mélenchon à propos du "différentiaisme" de Hollande, même si je suis en désaccord avec la défense du "mariage pour tous" par le leader du PG (en ce qui me concerne je suis pour l'abrogation du mariage).

 

Jeu damesJ'aime bien aussi ce paragraphe réaliste sur l'Allemagne :

 

"C’est sans doute même le problème fondateur. C’est pour contenir une propension allemande à toujours vouloir pousser les murs que les politiques européennes ont été construites. La première union européenne, n’en déplaise à la légende dorée, n’a pas d’autre but que d’empêcher un retour de l’antagonisme franco-allemand inacceptable dans le cadre de la confrontation avec le glacis soviétique dont la point avancée sur l’ouest était… l’autre Allemagne. Quand la réunification s’est faite, on a su immédiatement que l’histoire ne s’était pas effacée autant qu’on le croyait. Comme les Français l’exigeaient, le gouvernement allemand mit un mois à reconnaitre la ligne Oder-Neisse comme frontière intangible à l’est. Mais il la reconnut. Ce ne fut pas la même musique quand, sans attendre les garanties que les Français avaient demandées sur les droits de minorités, Berlin reconnu l’indépendance de la Croatie et de la Slovénie en quarante huit heures, aggravant le sentiment d’impunité des dirigeants croates d’alors. Ces souvenirs nous font rappel au réel. L’Allemagne est une puissance politique en premier lieu. Souvent les dirigeants français pratiquent un angélisme très bêta à ce sujet. Comme ils sont travaillés à mort par le déclinisme ambiant et très intrusif de la bonne presse des élites françaises, ils commettent deux erreurs. La première est de croire que les dirigeants allemands sont complexés comme eux. La seconde d’oublier que l’esprit de capitulation est une tradition des élites françaises. Comment oublier l’ampleur de la collaboration de celles-ci pendant l’occupation nazie ? Ni combien et quels journaux durent être confisqués à la libération."

 

Puis après avoir observé que l'objectif de Mitterrand à Maastricht (encadrer l'Allemagne), a échoué (c'est l'Allemagne qui nous a encadrés), Mélenchon conclut : "Tout cela doit nous aider à évaluer correctement le rapport de force avec l’Allemagne au lieu de nous traîner à la remorque de la chancelière, des retraités et des trouillards."

 

On connaît le choix stratégique de Mélenchon dans ce but : "l'autre Europe". Je préfère personnellement celui de Nikonoff que celui-ci énonce à nouveau avec brio dans un billet récent en critiquant au passage son propre choix terminologique il y a quelques années en faveur du concept flou de "désobéissance". Reste à ce dernier à penser l'option géopolitique par laquelle la sortie de l'Union européenne ne rimerait pas avec confrontation ouverte avec l'Allemagne, et donc à définir une confédération franco-allemande alternative à la sortie "sèche" de l'Union européenne...

Lire la suite