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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Ernst Jünger, Bernanos et Barbusse

17 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

poilusJe parcours "La guerre comme expérience intérieure " Ernst Jünger dont un de mes contacts sur Facebook signalait la réédition (tout en critiquant la préface de Glucksmann qui il est vrai est digne d'un mauvais khâgneux en panne d'inspiration). Il faudrait faire une comparaison entre ce livre,  Les Enfants humiliés de Bernanos et Le Feu d'Henri Barbusse.

 

Pas trop de temps pour cela hélas. Je trouve chez Jünger une force, une intrépidité même : cette absence de gène dans l'évocation de la pourriture, des cadavres. Quand on dit que la guerre est une mise à nu du face-à-face avec la mort, on oublie que c'est aussi un face-à-face avec la pourriture des cadavres, celle que les convenances sociales habituellement enveloppent. Il y a des mots très forts et très éloquents sur la manière dont le cadavres se décomposent, sur la manière dont ils épousent la terre, mais aussi envahissent les vivants (Jünger raconte les journées vécues par les soldats entourés par les mouches qui assaillent lprussees chairs des trépassés). Toute guerre et bien sûr surtout les grandes guerres (14-18, 39-45, peut-être la guerre Iran-Irak il y a 30 ans), celle où le temps manque pour ensevelir les morts, est à la fois une expérience d'autrui comme cadavre-potentiel-à-tout-moment, mais aussi, de soi-même comme mêlé-indissociablement-à-la-pourriture des morts. Il y a ensuite des considérations vitalistes (très dans l'air du temps de l'Allemagne de l'époque) sur tous les renouveaux pulsionnels (sur le versant de l'Eros ou de la violence) que cette expérience-là entraîne, mais ce versant m'intéresse moins que l'étape en elle-même de l'immersion dans la puanteur de la mort, c'est-à-dire dans ce que d'habitude la civilisation garde caché (et je pense en écrivant cela à Antigone face au cadavre de son père).

 

On comprend très bien comment après cela l'Europe s'est investie dans une folle inversion des valeurs que décrit Zweig dans ses mémoires (mais on peut aussi songer à l' "âge du jazz de a philosophie" dont parle David Stove). Encore que Zweig n'a pas connue les tranchées, et donc ne peut comprendre la banalisation de la violence fasciste que préparait cette expérience. On peut s'étonner que Jünger ait pu dépasser ce traumatisme par l'écriture (et avec quels mots !) et que cette force de dépassement soit aussi ce qui l'a empêché de tomber dans le nazisme (voir "Les falaises de marbre").

 

Evidemment on ne peut plus entendre grand chose à tout cela aujourd'hui où l'abrutissement de l'espèce ne passe plus par la guerre (puisque le nationalisme a été - provisoirement ? - vaincu) mais par la consommation et les technologies (merci le libéralisme !). J'entendais des journalistes quadras sur France Culture il y a peu dire à peu près n'importe quoi sur la guerre d'Afghanistan. Et je trouve le pire témoignage de l'incapacité de notre époque à comprendre ce que furent nos aïeux dans ce film débile, La Chambre des Officiers, qui met en scène des soi-disant gueules cassées de 14-18, mais en fait de vrais pitres, avec des allures minables de petits maîtres de conf de fac actuels, et des idées minables de petits bourgeois que ni les idéaux (la patrie, le christianisme, le socialisme etc), ni le désarroi devant l'effondrement de ces idéaux n'a jamais touché (puisque le seul malaise de ces petits individiualistes postmodernes tient simplement au fait d'être moche, de ne plus plaire aux femmes et de faire peur à leurs enfants).

 

chreibenBon, nous pourrions encore parler longuement de cela (par exemple de l'Iran, qui, à mon sens, est, comme la Turquie, un pays plus intéressant que le monde arabe car moins obsédé par l'islamisme, vu la sécularisation croissante de la société, avec cette opposition intéressante entre ceux qui vivent avec les cadavres de la guerre, et ceux qui les ont enterrés - mais dont les menaces occidentales ouvrent hélas les tombres). On pourrait aussi parler de Gaza (où là Israël nous parle de frappes "ultra-précises" pour afficher le moins de cadavres et de pourriture possible, mais derrière il y a quand même l'outrage : le chef de guerre tué en pleine trève, le "sous-traitant de la sécurité" éliminé comme il disent dans Haaretz, l'opération politicienne lamentable en période électorale - Ernst Jünger dit quelque part que tuer les êtres est moins grave que de les nier). On pourrait aussi parler, pourquoi pas, de ces trois lettres de Bergson à Deleuze sur lesquelles je tombe par hasard cette nuit. Mais le moment ne s'y prête pas. Une autre fois peut-être.

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Sciences Po

15 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse

louis-philippe"Alors qu’une nouvelle page de l’histoire de Sciences Po doit s’ouvrir, nous demandons aux deux présidents, Jean-Claude Casanova et Michel Pébereau, de se retirer tous deux des conseils qu’ils dirigent, l’un depuis 6 ans, l’autre depuis 24 ans. Nous ne nous sentons pas engagés par les résultats du Conseil d’administration de la FNSP et du Conseil de direction de l’IEP de Paris des 29 et 30 octobre 2012 et nous réclamons l’organisation d’une nouvelle procédure de recrutement et d’élection." (extrait d'une pétition en ligne ici)

 

Les orléanistes tombent non à cause des énormités qu'ils profèrent avec suffisance ici ou là (sur les ondes radiophoniques par exemple) depuis des lustres, mais à cause de leur rôle à la tête d'une école de formation des "élites".

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15 avril 1986

15 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Extrait de mon journal le 15 avril 1986 (la faute d'orthographe à "odieux" authentifie le document !)

 

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Opinions

15 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Le fait que l'on ne me demande rien devrait être une raison suffisante pour que je ne dise rien. Et cependant si je devais attendre qu'on me demande quoi que ce soit avant de publier un livre par exemple, je ne publierais jamais rien. Or on ne peut nier que beaucoup de gens trouvent mes publications utiles.

 

Donc pour les quelques personnes qui de temps à autre tapent "delorca" sur Google ou ont mon blog dans leurs favoris et jettent un coup d'oeil à mes textes en se disant "où en est Delorca de ses réflexions ?", voici quelques une de mes réflexions sur les grands sujets du moment, au hasard des mots clés qui me viennent à l'esprit. Bien sûr ce ne sont que des opinions, de la doxa. Faites en ce que vous voulez.

 

Chine : Une nouvelle équipe prend en main le PC chinois. Je m'amuse du décalage entre l'imagerie très sérieuse (en costume sombre) de ce PC et ce que les médias occidentaux voudraient voir. Décalage aussi, sans doute, avec certains aspects "branchés" de la société chinoise (mais qui n'est pas TOUTE la société chinoise). J'ai dit un mot à ce sujet en janvier dernier (cf ici), mon avis n'a pas changé. Je reste favorable à une politique d'échange constructif avec la Chine. C'est un pays au potentiel formidable, mais aussi exposé à de très nombreux risques (crise morale, pénurie d'eau, crise des matières premières etc).

 

Déficits publics : J'attends toujours que l'on m'explique pourquoi avec un PIB bien plus élevé qu'en 1981, un Etat qui a réduit ses effectifs, et des services publics qui marchent moins bien, nous avons 15 points de prélèvements obligatoires en plus. Je veux bien croire que quelques cadeaux faits aux employeurs (10 % du PIB), les abus de certaines corporations (les médecins qui creusent le déficit de la sécurité sociale, les élus locaux qui développent à l'excès leurs administrations) contribuent aux gaspillages. Il y a aussi sans doute beaucoup de professions à observer de plus près (comme le secteur de la grande distribution), et des dépenses à remettre sur la table du débat public (comme celles liées à notre appartenance à l'OTAN). Mais peut-être faut-il aussi remettre à plat beaucoup d'aspects du fonctionnement de l'Etat (par exemple est-on sûr que l'informatisation n'est pas une source de dépenses supplémentaires ? est-on sûr que l'on encourage chez les citoyens un rapport à l'Etat qui soit de nature à en diminuer les dépenses - je pense à cette culture de "consommation des institutions" qu'on voit à l'oeuvre un peu partout). La question de la dette dérive largement de ces problématiques-là.

 

Gaz de schiste : Peut-être est-il trop tôt pour en envisager l'exploitation, puisqu'il semble que l'on n'en maîtrise pas bien les effets dérivés. Faut-il pour autant "vouloir savoir" et propecter pour avoir une cartographie des réserves estimées comme le souhaitait M. Allègre ? Dans un monde libéral où savoir qu'une ressource existe crée des pressions dans le sens de l'exploitation, vu la faiblesse de nos Etats qui ne résistent à aucun lobby, mieux vaut sans doute rester prudent et ne pas trop vouloir connaître nos réserves. M. Rocard n'est pas une homme qui fait autorité à mes yeux. Mais il est clair que si dans 10 ans les techniques sont mieux maîtrisées, et s'il se confirme que nous sommes le "Qatar du gaz de schiste" alors il faudra s'il intéresser de près... et nous n'aurons peut-être plus de problèmes pour payer notre sécurité sociale ou faire face à la dette publique ! (question : aurons nous la sagesse de faire avec le gaz de schiste ce que la Norvège fit avec le pétrole ? Pas sûr... Notamment à cause de l'Union européenne.

 

Qatar : Je souhaite que la France se désengage de son alliance avec le Qatar et même propose un redécoupage du Golfe persique éliminant ces micro-Etats. Mais c'est comme la sortie de la France de l'OTAN ou de l'Union européenne, cela doit se penser dans le cadre d'une stratégie vaste.

 

Ecologie : Je soutiens l'idée d'une réforme globale de la société pour diminuer son consumérisme et l'adapter aux ressources limitées de la planète. Cela suppose un renforcement de l'Etat, et un encadrement ferme du capitalisme. Les Verts ne sont pas à la hauteur de cet enjeu politique. Mamer, Duflot, Gatignon etc le montrent chaque jour.

 

Syrie : Je continue de penser que la France doit rester neutre dans le conflit qui oppose la dictature baasiste (dont l'existence n'est plus adaptée à notre époque, et les islamistes soutenus par la Turquie et les monarchies du Golfe. Il serait souhaitable, comme en Serbie en 1999, qu'une troisième force apparaisse, mais je ne crois pas que les quelques blogueurs et jeunes citadins démocrates que compte encore ce pays puissent offrir une option crédible pour l'heure. Il faut que les Etatst-Unis cessent d'encourager l'opposition armée sur la voie de l'intransigeance. Une solution à la zimbabwéenne serait sans doute un pis-aller, même si elle aurait l'inconvénient de maintenir en place l'appareil du Baas, ce qui n'est certes pas très satisfaisant intellectuellement pour le démocrate que je suis, mais on ne voit pas d'option alternative sérieuse à court terme.

 

Libye : Je n'ai aucune opinion sur la Libye. C'est le fruit de l'absence d'information là dessus. Quel est le poids de l'Etat libyen au dessus des milices, et de créer un semblant de démocratie dans ce pays ? Je l'ignore. J'espère juste que la passion anti-kadhafiste (à certains égards légitime, je pense aux victimes des crimes de guerre kadhafistes à Misrata) des nouvelles autorités, qui les a conduit a emprisonner massivement et sans procès une partie importante de la société libyenne, parvienne à se concilier avec un sens du consensus national et du respect des droits de la défense.

 

Islamophobie : Tout un chacun a le droit d'aimer ou détester l'Islam, le judaïsme, le christianisme, le bouddhisme etc. Il est cependant légitime que si un dixième de la société française est de culture musulmane cela se ressente dans les insititutions, la culture officielle de notre pays : que cet apport soit intégré. D'autant que l'entelacement de la culture française et de l'Islam remonte à plus d'un siècle désormais, et que l'Islam comme institution (pas seulement les individus qui s'en réclamaient) s'est montré loyal à la République française dans les circonstances les plus dures, notamment la guerre de 1914-18 . L'ouverture à la sensibilité musulmane suppose aussi un traitement plus impartial des conflits du Proche-Orient.

 

Eglise catholique : Je suis en désaccord avec les appels lancés à l'Eglise catholique à se réformer. Chaque religion interprète ses textes sacrés comme elle l'entend. Ce n'est pas aux personnalités extérieures qu'il appartient d'émettre des jugements. J'observe que la tradition catholique est riche de divers courants, qui vont de l'extrême gauche à l'extrême droite, tous intéressants à étudier. A titre personnel je préfère que le débat politique se déploie sur la base de discussions rationnelles et non de dogmes religieux, mais chacun est libre dans sa sphère privée de cultiver l'imagerie qu'il souhaite, et il est bon aussi que nos institutions connaissent et reconnaissent ce qui en elles a été influencé par le christianisme, tout comme elles doivent être ouvertes aux autres religions et à l'athéisme.

 

Transhumanisme : C'est un mouvement très divers lui aussi, et souvent caricaturé. Ila  le mérite d'avoir une vision prospective des effets des technologies sur l'humain. La question de la fatigue que l'humanité inspire en nous et de la volonté de la dépasser par la technologie me paraît très sérieuse

 

Humanités : Les humanités doivent être replacées au coeur de notre culture contre le discours des spécialistes. Le goût des belles lettres, du style, mais aussi de l'histoire, du respect de notre passé en l'appréhendant pour ce qu'il est (et non comme une annexe du présent) doivent être remis au goût du jour. Mais il faut éviter que les humanités ne deviennent un réservoir de propos creux et mondains ou d'idées fumeuses comme ce fut le cas par le passé. Un certain encadrement rationnel est nécessaire.

 

Mariage homosexuel : Je trouve absurde la volonté de certains homosexuels d'accéder au mariage, étant moi-même hostile à cette institution. Pour l'éducation des enfants il me semble que la présence d'une figure féminine et d'une fiigure masculine auxquelles l'enfant peut se référer est un facteur important de la construction de soi. Je suis d'ailleurs partisan, au nom du respect de la diversité culturelle, qu'une culture féminine et une culture masculine continuent d'exister dans la société comme sources de valeurs et de références spécifiques, ce qui bien sûr n'empêche pas les individus d'alterner leur adhésion à l'une et à l'autre , voire de les mélanger au gré de leur développement existentiel. Je suis aussi conscient du fait que la culture masculine dans sa version traditionnelle (et ses affinités avec la violence physique dans le cadre patriarcal ancien) doit subir un aggiornamento du reste assez difficile à réaliser dans le détail.

 

Voilà, on pourrait continuer ce petit égrainage pendant quelques heures si le temps pour cela ne faisait défaut...

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L'écriture vagabonde

13 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

 C’est amusant et émouvant : une copine qui vient de publier son premier livre chez mon éditeur vit une intense agitation intérieure. De l’ « autocombustion », comme elle dit. Je pense l’avoir un peu apaisée en lui disant qu’un livre publié est une part de nous-mêmes que l’on quitte, qui est achevée, comme une vie qu’on termine,  et qu’on peut désormais contempler tranquillement, parce qu’elle est finie. On peut aussi prendre appui sur elle pour écrire autre chose. En tout  cas elle ne nous appartient plus, et elle trouvera une autre vie chez les autres, sous une autre forme.

 

transnistriecouv.jpgTenez, par exemple j’ai découvert hier qu’un Franc-comtois, me cite dans un de ses récits. Il a traversé l’Europe en vélo jusqu’à Tiraspol, et, pour évoquer son arrivée à la frontière de la Transnistrie, lui vient cette phrase « "Bienvenue au pays des derniers soviets ! " comme l’a écrit Frédéric Delorca en 2007 ». « Voyage officiel au pays des derniers soviets » est  en effet le sous-titre du livre que j’ai écrit il y a cinq ans.

 

Cette évocation de ce cycliste m’a rappelé le temps où Deleuze se réjouissait de recevoir des courriers d’associations de surfers, ou de plieurs d’enveloppes. Il est bon de voir son écriture revivre sous des actes ou sous des latitudes qui n’ont rien à voir avec son propre quotidien. Que mes mots aient dansé dans les rayons des roues de ce voyageur, voilà bien la meilleure aventure qui pouvait leur arriver. Mon année 2007 est morte depuis belle lurette, mais une part d’elle a revécu dans le sillage de la bicyclette de ce Fran-comtois, entre Dniestr et Danube. C’était peut-être la meilleure chose qui pouvait lui arriver. Et avec elle ont revécu un peu des moments vécus avec  ces gens à Tiraspol, un peu des mots de l’interprète en langue française, et de ma camarade russo-kazakho-transnistrienne à qui j’écris de temps à autre. Ces instants, ces gens, ces situations se sont un peu prolongés dans les initiatives, les rencontres, les audaces et les folies de ce cycliste. Je n’aurai donc pas écrit en vain.

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Centenaire de la guerre des Balkans et du Congrès de Bâle

10 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

La guerre des Balkans, vous connaissez ? C'est cette guerre sur laquelle pour en première dans les années 80 on faisait un peu l'impasse, et sur laquelle en première de Sciences Po on faisait une fiche rapide (une demi-page) pour dire que la Serbie, la Grèce et la Bulgarie se sont agrandies et que la Turquie n'a gardé qu'Istanbul dans sa partie européenne.

 

Marrant comme dans un cadre scolaire tout devient abstrait... Un peu comme dans nos médias aujourd'hui.

 

CNN Turk commémore le centenaire du début de cette guerre en ce moment. En septembre la Radio Télévision Turque (TRT) organisait   un concert intitulé « la Fête Balkanique (la Fête de l’Amitié) » ayant "pour objectif de montrer les liens historiques à travers la musique" le 1er septembre dernier à 20h00 à Skopje en Macédoine , puis le 8 septembre à Sarajevo en Bosnie.

 

Le 27 novembre il y aura sans doute à Sofia la célébration de la victoire bulgare à Merhamli. Le Parti socialiste bulgare propose de donner le nom du général Delov au poste de douane de Mazaka, sur la frontière bulgaro-serbe. Il avait élaboré la même proposition à Kardzhali mais s'était heurté à la résistance du parti communautaire turc dans cette ville. En Serbie les autorités commémorent la guerre sur une ligne d'apaisement et de pacifisme. Non sans raisons. Pour avoir une idée des fantasmes que suscitent ces souvenirs chez certains esprits sommaires, on peut regarder les deux vidéos tout en bas. Mais bon, le concours de l'Eurovision nous en donne déjà le spectacle tous les ans.

 

Commentaire de Jaurès au moment du Congrès Socialiste International  de Bâle fin novembre "Hélas ! la rivalité haineuse des peuples balkaniques a depuis une génération fait un mal infini. Si les Grecs, les Serbes, les Bulgares, au lieu de se jalouser et de s’égorger pendant trente ans, s’étaient unis pour exiger des réformes comme ils se sont unis pour assaillir la Turquie, l’évolution de l’Orient aurait pu s’accomplir sans les violences et les souffrances de la guerre"... (sur ce congrès il faut relire le roman d'Aragon "Les Cloches de Bâle")

 

 

 

 

 

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A quoi on sert

9 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Je pourrais me demander à quoi je sers... Je veux dire en dehors de ma vie familiale et de mon boulot. Cette semaine il y a deux personnes qui me l'ont rappelé. Une personne qui m'a interviewé sur l'Abkhazie. Une autre qui m'a envoyé son livre (une recueil de nouvelles) pour me remercier de l'avoir aidée à le faire publier chez un éditeur parisien. Aider la création, aider ceux qui veulent faire connaître le réel, leur réalité intérieure, celle du monde qui les entoure, de leur pays, voilà une juste cause, plus importante que de scander des slogans et d'appeler à manifester. C'est dans cette optique que j'ai toujours travaillé, depuis le temps où je témoignais pour les Serbes incompris. Aider à dire, à faire connaître, aider ce qui est vrai, au milieu des clichés mensongers passés en boucle. C'est plus important que la politique des partis, des associations, des groupes, tout ce système d'embrigadement.

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Tanja Nijmeijer, la guerillera hollandaise

6 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Amis lecteurs qui essayez de penser l'avenir, continuez à suivre ces deux thèmes : les technologies (leur destin dans le transhumanisme par exemple) et le matriarcat (avec tous les débats féministes dans le périmètre du Front de gauche). Beaucoup d'autres thèmes comme l'avenir de l'Union européenne, les politiques libérales etc, sont moins déterminants pour notre futur que ces deux-là.

 

Alors côté female power et matriarcat, on avait parlé il y a peu de la jeune pachtoune Malala Yousafzai qui se remet de ses blessures dans un hôpital de Birmingham. Signalons aujourd'hui un autre phénomène médiatique féminin, la guérillera hollandaise Tanja Nijmeijer, surnommée "Alexandra" qui s'est engagée dans les FARC arrivée avant-hier à La Havane pour négocier les accords de paix avec le gouvernement colombien. Sa bio est sur Wikipedia en français.

 

Quoi qu'on pense des FARC et des révolutionnaires en général, je pense que son nom mérite autant sinon plus d'être connu que celui d'Ingrid Betencourt dont on nous a stupidement rebattu les oreilles il y a quelques années, au point de recouvrir l'Hôtel de Ville de Paris de son portrait.

 

Au fait : le Front sandiniste de libération nationale vient de remporter une victoire écrasante aux élections municipales du Nicaragua.

 

 

 

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Shows très chauds en Béarn...

4 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

Discussion digne de l'ambiance de mon roman "La révolution des montagnes" aujourd'hui. Un DJ me racontait une prise de bec entre deux gogo dancers dans une boite connue de Pau : "L'une d'elle avait pris le melon, disait-il, elle disait 'moi je touche 1 800 euros au black, je fais des soirées privées pour le PDG de telle grosse boîte. Ici c'est de la merde de danser pour un public ordinaire' - c'est clair qu'elle avait bu un peu trop et qu'elle avait pris de la coke, ça s'est terminé en crise de larmes entre les danseuses dans les loges". Bon bien sûr il m'a dit le nom de la boîte (très connue) mais je serai discret !

 

Et vous saviez vous que Chris Anderson était à El Palacio à Pau récemment ? et vous saviez vous qu'il avait produit Keen'v ? Oui bien sûr vous saviez, bon moi je ne savais pas... Plus difficile : vous saviez vous que Gizane y était aussi (un autre jour)  avec ses serpents (cf la vidéo ci dessous) ? Le DJ en question eut la lourde tâche de porter ses pythons... dur dur d'être un DJ...

 

 

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Considérations basques

3 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Monsieur Valls livre à la justice espagnole Aurore Martin une ressortissante française qui a adhéré à un parti indépendantiste qui n'était pas interdit en France. La gauche s'insurge (le PCF, les Verts, le Syndicat de la magistrature), mais les souverainistes bon teint français ne  trouvent rien à redire à cette atteinte au droit national. Pas un blog de cette mouvance pour en parler.preuve que chez eux la défense de l'hexagone est à deux vitesse. Il y a les bons français (ceux qui pensent comme eux) et puis il y a les autres.

 

 

De passage en Béarn cet après-midi je tombe sur l'aimable émission de Julie Andrieu qui célèbre le cochon basque des Aldudes noir et rose. On me précise dans ma famille qu'il était autrefois le dénominateur commun de toutes les fermes du Sud-Ouest avant d'être détrôné par le cochon anglais, plus facile à engraisser mais d'un caractère bien plus agressif.

 

Tout me renvoie aujourd'hui à ce que le Sud-Ouest doit à la culture basque. M. Valls et ceux qui le soutiennent , ne serait-ce que par leur silence complice, devraient savoir que l'Injustice ne grandit pas la France et ne nous la fera pas aimer.

 

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Actualités françaises, et une réflexion sur le bellicisme américain

2 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

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Mélenchon propose sur son blog d'intégrer le POI au FdG en reconnaissant qu'ils ont rallié beaucoup de militants à la manif du 30 septembre contre le traité budgétaire européen. Elément intéressant, et qui prouve peut-être que le POI n'est pas associé dans l'imaginaire de la gauche à l'initiative du "Comité Pas en notre nom" qui se fait tirer dessus sur le Net.

 

L'actualité n'est pas passionnante en ce moment. Les déboires du gouvernemant Ayrault en ce moment sur tous les fronts seraient drôles si l'addition n'allait pas être à la charge des Français. Comment ont-ils pu ne pas anticiper le fait qu'ils seraient mis en minorité au Sénat sur la programmation budgétaire ? Cela dépasse l'entendement - voir ausi le bon article du Diplo sur Hollande et la Palestine.(Et pendant ce temps M. Sarkozy vend ses talents d'ex-président sur le marché des conférenciers à 100 000 euros la conférence, voir un repotage récent d'Envoyé spécial - n'en doutons pas, le cynisme des puissants n'a pas de limite... et cependant vous verrez qu'une majorité de Français votera bientôt à nouveau pour eux).

 

centcom-copie-1.jpgAujourd'hui Russia Today (dont un lecteur a rappelé récemment à juste titre sur ce blog qu'elle avait des penchants complotistes, mais je crois qu'on peut la regarder en triant soi-même le bon grain de l'ivraie) comme toujours faisait flêche de tout bois pour construire une contre-propagande. Mais cela tombait un peu à plat (comme souvent). Un argument contestable entre mille que j'entends chez eux (et chez beaucoup de militants alternatifs) : avec les millions de dollars dépensés dans les opérations d'Afghanistan et du Pakistan, qui tuèrent des civils et ravagèrent ces pays, les Etats-Unis auraient pu financer des services publics chez eux et à l'étranger. C'est un argument que nous avons nous-mêmes utilisés dans l'Atlas alternatif mais, avec le recul, je le trouve très naïf, car pas assez Clausewitzien. On ne peut pas dire que l'argent dépensé en opérations militaires qui ont échoué est perdu, et qu'il aurait été plus utile employé ailleurs. Parce qu'une opération militaire, même ratée, joue un effet dissuasif. Si vous vous abstenez d'engager vos soldats là où on s'attend à ce que vous le fassiez, quelqu'un d'autre (notamment vos riivaux actuels, ou vos adversaires potentiels), vont interpréter cela comme un signe de faiblesse, et engageront contre vos intérêts des actions qu'ils n'auraient pas osé mettre en oeuvre si vous aviez déployé vos forces. Et le fait d'encourager le rival à agir contre vous peut avoir un coût économique supérieur à celui d'engager la force en premier.

 

Autrement dit on ne peut pas raisonner sur de l'économie virtuelle. Je ne dis pas que les USA ont eu raison d'engager la force en Afghanistan. Il y a parfois de très bonnes raisons politiques de refuser d'engager la force, y compris du point de vue de la Realpolitik (par exemple, comme le fait la France en refusant de reconduire les accords militaires hérités du gaullisme qui prévoyaient un recours automatique à la force quand les intérêts français en Afrique ou ceux de dictateurs alliés, pour leur substituer une logique de coopération plus pacifique et égalitaire). Je dis juste que l'économie (fondée sur des évaluations virtuelles) n'est pas un argument solide pour disqualifier le bellicisme.

 

L'argument "encore plus à gauche" selon lequel, "à long terme" le développement des services publics rend les gens plus intelligents et moins belliqueux, de sorte que tout renoncement au recours à la force est positif pour l'humanité sur une génération, tient encore moins selon moi. Car d'une part il n'est pas sûr que les services publics forts rendent les peuples pacifiques (l'éducation et la santé gratuite dans le Caucase soviétique n'a pas empêché les peuples de se ruer les uns sur les autres à la fin de la guerre froide), et de toute façon ils ne rendent pas plus pacifique l'adversaire.

 

J'ai entendu Mitt Romney répéter récemment le catéchisme américain selon lequel le rôle de défenseur de la liberté qui revient aux Etats-Unis les oblige à ne pas diminuer le budget militaire. Je comprends cet argument et d'une certaine façon je compatis parce que c'est un argument de détresse. D'une certaine façon les USA sont pris dans un piège. Les circonstances historiques sur un siècle en ont fait une superpuissance mondiale bardée de discours messianiques (je fais l'impasse sur la petite parenthèse isolationniste post-wilsonienne des années 20), situation dont ils ont retiré beaucoup de privilèges économiques (et un droit de tirage monétaire sur le reste de la planète), mais qui aujourd'hui les piège complètement. Obligés par la dette à réduire leur potentiel militaire, ils ne le peuvent pas. De toute évidence il leur faudrait recalibrer leur puissance, devenir moins omniprésents partout, moins flamboyants, mais ils ne peuvent le faire sans encourager leurs rivaux à avancer contre eux (ceux que la Russie et la Chine par exemple font depuis dix ans de façon très visible). Les USA ne peuvent se réformer, ni se redimensionner, comme leurs comptes budgétaires l'impose. Ce qui laisse redouter un atterrissage très douloureux chez eux, et peut-être très irrationnels (sauf bien sûr révolution technologique au profit des Etats-Unis dans les domaines civils ou militaires ce sur quoi pariaient les neocons autour de Rumsfeld en 2002).

 

On peut aussi se demander du reste si le continent européen peut se réformer. Non pas se transformer en "Europe sociale" comme on dit au Front de gauche ce que je ne crois pas, mais, même si un retour aux nations se produit, trouver le moindre sens à cette recalibrage national des espaces publics. Je crains que le seul sens que nous puissions lui trouver demeure dans la perpétuation d'un état de vassalisation à l'égard de la puissance américaine. Et les discours des partis "nonistes" (les "nonistes" de 2005) ne me laisse rien entrevoir de sérieux à ce sujet.

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Une bonne raison de boycotter la redevance : "George et Fanchette"

29 Octobre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #XIXe siècle - Auteurs et personnalités

Tenez, une bonne raison de refuser l'augmentation de deux euros de votre redevance que propose la pauvre Mme Filipetti, et même de ne pas payer de redevance en jetant votre TV aux orties : le téléfilm (financé par votre taxe) "George et Fanchette" que diffuse France 5 ce soir et qui prétend saisir un moment de la vie de George Sand en 1848.

 

Le cinéma contemporain ne sait rien restituer du XIXe siècle et surtout pas ses génies (vu que tous ceux qui tiennent le haut du pavé de la création aujourd'hui ne sont que de vils mollusques insipides). Alors on fait jouer le rôle d'Aurore Dupin-George Sand par l'archibanale Ariane Ascaride qui prend des airs de femme terne et posée. Ce que n'ont pas compris les idiots qui ont fait ce film, c'est qu'un grand écrivain est tout sauf un être ordinaire aux bonnes manières. George Sand, telle qu'elle se décrit elle-même dans ses mémoires est tout le contraire de cela. Oui c'est un être réfléchi, profond, et qui sait très bien assumer ses responsabilités et mener des projets à long terme. Mais c'est aussi, elle le dit elle même, une femme qui ne tire pas son bonheur de ce qui réjouit d'habitude les autres individus de son sexe, mais qui, à l'inverse, se laisse emporter d'enthousiasme par bien des détails de la vie qui laissent les autres indifférentes. Vous vous souvenez de son ivresse devant les paysages des Pyrénées, de sa migraine devant la croix en feu des funérailles de Louis XVIII. Tout le charme du personnage est là, dans ce côté imprévisible, sa capacité à s'engloutir dans des détails.

 

Elle a perdu son père lorqu'elle était encore en bas âge, sa mère était mi-comédienne mi-prostituée, elle avait gardé d'elle le côté fillette qui attire à elle tous les oiseaux de la forêt, un côté un peu fou, un peu chamane... Tenez j'ouvre encore au hasard son "Histoire de ma vie", p. 584 et tombe sur cette phrase : "J'étais trop mal vêtue, et j'avais l'air trop simple (mon air habituel , distrait et volontiers hébété) pour attirer ou fixer les regards." Un air volontier hébété. Oui. cela se voit très bien dans le portrait au crayon que Musset fit d'elle. C'est une rêveuse, un personnage décalé, c'est ce qui fait toute sa séduction, et qui justifie son ancrage dans l'écriture c'est à dire dans l'autre monde, dans l'au-delà de l'ici-bas, dans le dialogue avec la postérité.

 

Quel rapport avec les airs de brave fonctionnaire du ministère de la culture (voire de prof de français de troisième) qu'arbore Ariane Ascaride (ou qu'on fait arborer à Ariane Ascaride parce que personne sur le tournage n'a même idée que George Sand pût être autre chose que cela) et qui, à eux seuls, discréditent tout le film ? Je préfèrerais cent fois qu'il n'y eût sur nos écrans que des films américains imbéciles et violents plutôt que pareilles insultes à la grandeur de notre histoire littéraire et qu'on cessât de prélever dans nos poches de quoi financer pareils navets...

 

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Le bal des célibataires

28 Octobre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse

On se souvient du livre de Bourdieu "Le bal des célibataires". Je connais pas mal de gens en Béarn, notamment dans ma famille, qui sont restés célibataires chez leurs parents toute leur vie. Telle aurait d'ailleurs été probablement ma condition si je n'avais eu l'idée folle de croire en la connaissance et d'aller tenter ma chance dans les grandes écoles à Paris.

 

Je me demande si les sociologues de l'université de Pau se sont penchés sur cette question récemment (je n'ai pas l'impression qu'ils fassent beaucoup connaître leurs travaux hors de leurs murs). Ce statut de "Tanguy" doit avoir une drôle d'influence sur la perception du monde et du temps. Une enfance indéfiniment prolongée dans des meubles et des décors qui vieillissent. Le refus d'aller affronter l'altérité, d'aller y prendre des responsabilités. C'est peut-être une glorieuse forme de résistance à la modernité, quoique les néo-libéraux s'en arracheraient les cheveux (arg ! quelle entrave à la mobilité du capital productif humain !).

 

Est-ce que la situation périphérique d'une région peut pousser tout le monde vers une attitude régressive, involutive (en Espagne on parle d' "involucionismo"). Les garçons incités à rester chez eux à ne rien faire, les filles de même, devenant de ce fait moins coquettes, moins séduisantes, moins intéressantes (une copine béarnaise me disait il y a trois ans "Oh là là j'étais à Paris pour un salon porte de Versailles. Comme les filles sont apprêtées ! Je comprends qu'elles trouvent que nous les Béarnaises nous sommes des paysannes !)."  Un cercle vertueux d'involucionismo se crée alors qui favorise le passéisme, la passivité et la sous-natalité. De quoi faire rêver les obsédés de l'empreinte carbonne non ?

 

En Espagne aussi les "Tangy" sont nombreux, qui ne veulent "ni travailler ni étudier". Le pays privé de son droit au crédit voit son chômage grimper à 25 % (près de 40 % en Andalousie). De quoi déchaîner de nouveau cercles "involucionistas" à n'en plus finir. L'involucionismo est l'avenir de l'Europe.

 

A propos de Bourdieu, Tobie Nathan s'énerve contre son livre ("les Héritiers") qui décrivait les acteurs de mai 68 comme des grands bourgeois, alors que lui venait de la cité de Gennevilliers (mais d'une famille qui n'était pas dépourvue de capital culturel, notons le). Se peut-il qu'il y ait eu un biais statistique qui ait fait manquer à Bourdieu les "rank and file" du mouvement étudiant  (car Nathan reconnaît qu'il faisait partie des sous-fifres) ? Ou bien son livre se désintéressait-il des seconds couteaux ? Il y a bien longtemps que je ne l'ai pas revu, donc je ne sais plus. Nathan est quand même très bon pour démystifier le milieu académique (à propos de Devereux notamment). Mais il faut reconnaître que psychologie est un terrain de bidonnage particulièrement fécond.

 

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George Sand aux funérailles de Louis XVIII

26 Octobre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #XIXe siècle - Auteurs et personnalités

sandEn septembre 1824, George Sand est à l'enterrement de Louis XVIII. Malheureusement son témoignage dans "Histoire de ma vie" est coupé. On n'aura donc pas la totalité du tableau, mais il y a quand même des bribes intéressantes. Elle est venue avec une amie qui a réussi à avoir au culot les meilleures places dans la basilique Saint-Denis pour 16 personnes. Elles sont toutes vêtues de noir parce que toutes les femmes en France, même bonapartistes ou libérales, ont décidé  par effet de mode de partager le deuil. La petite Aurore-George n'a pas voulu jouer les "esprits forts" comme elle dit.

 

Communiste dans l'âme, elle n'éprouve évidemment aucune tristesse dans ce deuil. Elle observe que la Restauration n'est pas mise en péril par le décès du roi car les libéraux attendent beaucoup de Charles X. Comme souvent dans ses récits, elle se laisse happer par les détails. Cette grande croix en flammes et ces rangées de cierges sur fond de velour noir dans la basilique lui font mal aux yeux pendant deux heures et lui donnent la migraine. Une cantatrice italienne à côté d'elle, Mme Pasta, dit que c'est comme l'enfer ou une cérémonie de sorciers. A un moment elle voit Louis-Philippe qui a des airs de jeune homme guilleret.

 

Voilà. Sand m'amuse toujours avec ses fausses naïvetés, ses petites marottes qui sont toujours très féminines (alors pourtant qu'elle dit détester la compagnie des femmes qu'elle trouve trop "nerveuses" et inquiète pour des choses puériles). Ces funérailles sont pourtant un sacré événement : premières funérailles royales après la profanation de Saint Denis par les révolutionnaires, encore un effort surhumain, digne de la Corée du Nord aujour'hui, que fait la monarchie en ce temps là pour faire "comme si rien ne s'était passé", pour réparer l'irréparable... Tout ce théâtre d'ombres, quand essaie d'exister encore ce qui n'est déjà plus, et depuis très longtemps.

 

Je lis Sand parce que je n'arrive pas à avoir par Parutions.com les livres dont je voulais faire la critique. Alors je picore dans Sand comme je butinerais dans Custine. Juste pour le plaisir d'avoir la compagnie de gens que j'aime bien. C'est un peu loin du vote du budget du gouvernement Hollande par le Sénat, du taux de chômage en Espagne, de la trêve en Syrie, mais ce n'est pas moins intéressant. Ces gens des années 1820 ont un point commun avec nous : ils vivent dans un moment où l'histoire retient son souffle : entre l'épopée napoléonienne et le temps des nouvelles révolutions.

 

Comme nous mêmes nous trouvons sans doute dans une dernière respiration entre la première déferlante de la vague néo-libérale (dans les années 1990) et l'arrivée d'un monde sans doute très profondément différent de celui du XXe siècle (pour le meilleur et pour le pire). Ces périodes d'entre-deux sont toujours intriguantes. Les esprits rassemblent des morceaux de la culture du passé en essayant de l'ajuster à ce qui pourra advenir, sans avoir d'idée précise de la forme que les événements peuvent prendre ni de la direction dans laquelle le rouleau compresseur va se mettre en branle...

 

Au fait, je repense à Louis-Philippe. Je trouve vraiment qu'on ne peut pas avoir de sympathie pour la branche orléaniste. La trahison de Louis XVI par Philippe-Egalité, quand on y songe, est une affaire horrible, et bien avant même que ce dernier ne vote la mort du roi. Songeons aussi au cadavre de la princesse de Lamballe éventré traîné sous les fenêtres du Palais Royal sous les fenêtres de Philippe Egalité qui n'y trouve rien à redire. D'ailleurs un bien drôle d'endroit que ce Palais Royal propriété des Orléans. Pourquoi y ont-ils toujours laissé proliférer la prostitution ? Et pourquoi Napoléon voulut-il y installer son Conseil d'Etat ? Je me demande ce qu'il aurait mieux valu en faire... Peut-être le brûler ? Rien de ce qui touche à cet endroit ne me dit rien de bon. A ma connaissance il n'y a que Stefan Zweig pour en chanter la louange dans ses mémoires (ainsi que celle des écrivains illustres qui l'habitèrent), car il y demeura quelques mois.

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Mal-être bourgeois

26 Octobre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Ayant quitté Brosseville, je retrouve des milieux que je n’aime pas beaucoup, milieux de juristes, de magistrats, de fonctionnaires où le surmoi écrase tout le monde. En septembre j’entends une documentaliste qui dit à un magistrat « si vous voulez, je peux faire des recherches documentaires pour vous », le magistrat « ah non, c’est mon travail, je ne veux pas que vous perdiez de l’énergie avec ça, je le ferai ». Puis au réfectoire, la cantinière à 13 h 15 sert des gens à table parce qu’il n’y a pas beaucoup de monde. Quand elle s’approche de la table d’une magistrate, celle-ci lui lance « Pourquoi vous faites ça ? Pourquoi vous venez me servir à table ? Est-ce que ça fait partie de vos attributions ? Je peux venir chercher mon assiette à la cuisine vous savez, ça me fera faire de l’exercice » (la femme est maigre comme un clou et n’a pas spécialement besoin d’exercice of course).

 

Je croise cette attitude des juristes de tout poil à l’égard des subordonnés en permanence. L’éternel « ne vous embêtez pas, c’est à moi de le faire, c’est moi qui dois souffrir etc ». J’en avais déjà parlé sur ce blog il y a cinq ans. Peut-être est-ce leur façon d’intégrer une culpabilité qui pèse sur l’Etat en général, ou sur la moyenne bourgeoisie je ne sais pas.

 

Je trouve cela horripilant. Leur mal-être, leurs manières modestes, leur façon de se disculper en permanence des injustices du monde par ce refus apparent des hiérarchie, qui est aussi une façon pour eux de ne rien devoir à la classe inférieure, et de n’avoir en fait pas d’échange avec elle (puisque 80 % de l’échange possible passe par la prestation de service - précisons dans l'anecdote ci-dessus que la cantinière a répondu "mais çe me fait plaisir de vous servir à table", l'idée qu'on puisse se faire plaisir et se réaliser comme être social, utile au monde, dans ce genre de prestation est évidemment étrangère à la moyenne bourgeoisie). Ca va avec leur incapacité d’aller voir concrètement ce qu’il se passe hors de leur bocal habituel, leur refus de savoir ce qu’il se passe à Bani Walid etc. Peut-être tous ces gens rêvent-ils d'être entourés de robots, auxquels, comme à leurs ordinateurs, ils n'auront surtout pas à dire "merci".

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