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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Esclaves sexuelles de Daech et de Boko Haram

11 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies, #Les rapports hommes-femmes

Entre un article sur deux joggeuses aux seins lourds et un autre sur les malheurs d'une top model irlando-thaïlandaise (sic), Newschicken raconte comment un djihadiste priait avant de violer son esclave yézidie de 12 ans et lui expliquait, quand elle le suppliait d'arrêter (ne serait-ce que parce que son corps n'était pas biologiquement compatible avec les mensurations d'un homme mur), qu'il faisait un acte de foi et même un rituel sacré. Cette façon voyeuriste qu'a la presse people de nous parler des esclaves sexuelles de Daech est de plus en plus gerbante, mais pas plus au fond que les grand messes de charité sous la présidence d'Amel Clooney où tout le monde se donne bonne conscience...

Moi j'ai vraiment l'impression d'avoir raté mon "tiqqun" sur les Yézidis. On voit que quelque chose de particulièrement négatif dans la nature humaine (dans son sadisme comme dans sa religiosité) s'est joué autour des yézidis, comme jadis dans la shoah autour des juifs quoiqu'à une échelle numériquement moindre et personne n'arrive à y apporter une réponse correcte. La thèse des identitaires chrétiens "le vrai visage de l'Islam s'est révélé là" ne me convainc pas, même s'il est vrai que le fait que le Coran autorise la réduction en esclavage de la femme idolatre n'est pas complètement étrangère à cette affaire, c'est le moins qu'on puisse dire. Le cauchemar continue pour ces femmes en exil aussi, outre les effets de leur dépression.Une photo circule sur le web où l'on voit des petites réfugiées musulmanes syriennes de Deir ez-Zor montrer du doigt comme "kafir" (infidèles) les petites yézidies devant le camp de Cherso en Grèce. La localisation du camp qui accueille des femmes Yezidies en Allemagne est tenue secrète pour ne pas attirer la violence des islamistes. Les camps brûlent, soit à l'initiative de l'extrême droite comme à Chios en novembre, soit du fait des migrants eux-mêmes comme à Lesbos en septembre.

Je pense beaucoup à ce sikh britannique Ravinder Singh et sa Khalsa Aid. Il était récemment dans les camps yézidis où il fait très froid et où sévit une épidémie dont on a déjà parlé dans ce blog (Khalsa y aide 400 personnes, aidez les vous aussi !) distribuant de l'aide aux femmes prises en charge par le centre de la "nouvelle vie" (Jinda Center) de l'ONG Wadi à Dohuk, et son assoce est partout où il y a de la souffrance, en Syrie, au Yémen...Début janvier son coreligionaire ancien kickboxeur Kanwar Singh était parmi les réfugiés en Turquie. Ce groupe célébrait le 5 janvier le 350e Gourou Gobind Singh Ji un grand réformateur de leur congrégation qui dit vouloir aider toute l'humanité par delà ses croyances. "Les Sikhs sont les Yézidis de l'Inde" écrivaient-ils sur Twitter le 31 décembre.

La petite préface que je m'apprête à écrire cette année pour le livre de Nurcan Baysal (qui elle aussi fait un travail formidable dans les camps du Kurdistan turc) sur le massacre des yézidis n'aura pas le même impact que leur action sur le terrain. D'autant que l'éditeur chez lequel je le ferai paraître est minuscule...

Et puis, tant qu'à me pencher sur les horreurs que la "male attitude" fait subir aux femmes, j'aurais dû inclure dans mes billets les esclaves de Boko Haram en Afrique qui subissent le même sort que les yézidies. Après tout n'avais-je pas parlé des viols de masse au Kivu autrefois ? Sur les 276 filles de l'école de Chibok au Nigéria en 2014 enlevées par les djihadistes une vingtaine ont été libérées en octobre dernier, et 57 se seraient échappées. Les autres restent prisonnières et en étaient avant hier à mille jours de captivité. "Bring Back Our Girls" a encore du pain sur la planche. C'est la partie émergée de l'iceberg. Selon The Independent du 4 avril dernier, elles seraient des milliers, parfois âgées de seulement 8 ans, cachées dans les forêts du "califat". Quand les soldats nigérians les "libèrent" souvent ils brûlent leurs huttes avant même de les en avoir sorties, ou leur tirent dessus. Les camps qui  les accueillent ne sont pas administrés par l'ONU comme pour les yézidis, mais par l'armée nigériane. La population se méfie d'elles. On les dit intoxiquées par la propagande de Boko Haram. Certaines se font exploser sur des places de marchés après avoir été libérées... Syndrome de Stockholm, servitude volontaire... ou peut-être sont-elles encore menacées et objet de chantage par la secte après leur libération... Boko Haram a tué 30 000 personnes depuis 2009 et 2,6 millions sont déplacées. Un puits de souffrance sans fond...

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Bosnie, Lassalle, Mélenchon, Philippines, Clare Hollingworth

10 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca

La République serbe (RS) de Bosnie tient à son jour férié de célébration de son saint protecteur le 9 janvier. Elle l'avait adopté l'an dernier, la cour suprême de Bosnie l'a annulé pour discrimination envers les non-orthodoxes. Le président Dodik a fait ratifier ce jour par référendum en précisant que ce jour ne serait pas contraignant pour les minorités religieuses.

Le président de Serbie était présent à la parade militaire, mais aussi les eurodéputés français FN Edouard Ferrand et Dominique Bilde. Les députés se vantent sur Twitter d'avoir dîné avec madame le premier ministre de la République serbe de Bosnie ("Tous unis contre l'islamisme" écrivent-ils) et rencontré.le prince héritier de Yougoslavie Aleksandar Karadjordjevic. C'est le thème du bloc religieux chrétien qui animait déjà à l'oeuvre dans les réunions de solidarité franco-serbes en 1999. Nous n'en serions pas là si Bill Clinton et Helmut Kohl n'avaient pas marginalisé et diabolisé le yougoslavisme des Serbes dans les années 90.

Les députés français (eurodéputés ou députés nationaux) voyagent beaucoup en ce moment. En décembre Mme Duflot avait été bloquée à la  frontière quand les bombes tombaient sur Alep. Le député béarnais Jean Lassalle, de retour d'un voyage en Syrie avec Thierry Mariani (LR) et Nicolas Dhuicq (LR) dit du bien d'Assad à son retour.

L'Humanité Dimanche (HD) du 10 au 16 mai 2007 publiait une tribune libre de votre serviteur intitulée "Pour une vision de gauche des relations internationales". J'y plaidais pour le non-alignement de la France. Dix ans plus tard Mélenchon fait de la France non-alignée le slogan de la France. Les idées avancent trop lentement. Entretemps l'atlantisme n'a cessé de progresser dans les esprits. Nos médias désespérés par la victoire de Trump ne cessent de nous faire pleurer sur le départ d'Obama en passant sous le tapis sa sale guerre des drones au Yémen et au Pakistan, son ingérence absurde en Libye, en Syrie et en Ukraine.

De toute façon un eurodéputé (Mélenchon) qui s'est abstenu en 2011 sur la création d'une No-fly-Zone en Libye (zone d'exclusion aérienne, pivot de la stratégie d'ingérence dans ce pays promu par Sarkozy et Cameron) n'est plus qualifié pour parler de non-alignement.

En attendant les Russes marquent des points aux Philippines : l'Eskadra russe réalisera des exercices conjoints avec l'armée de ce pays. Un Vietnamien écrivait sur le site Manila Times que les Philippins allaient se faire commercialement gruger par le Kremlin comme l'avait été son pays il y a dix ans... Il est vrai que les Russes, comme les Américains, ne sont pas toujours à la hauteur de leurs promesses.

Pour finir, la mort de la journaliste Clare Hollingworth à l'âge de 105 ans, une sacrée casse-cou qui avait commencé sa carrière en volant la voiture du consul du Royaume-Uni à Berlin en 1939 pour aller saisir un scoop sur l'avance des troupes allemandes en Pologne, et qui, après avoir trompé la censure roumaine à Bucarest au moment de l'abdication du roi Carol, s'opposa à son arrestation en se déshabillant complètement "You can't possibly arrest me, I'm naked" dit-elle à la police, avant qu'un sien collègue ne l'évacue sous une couverture à la légation britannique.

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"Les luttes et les rêves" de Michelle Zancarini-Fournel

9 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures, #La gauche

De nos jours, quiconque ose sous-titrer un livre «histoire populaire de tel pays» s’expose désormais à la comparaison avec le célèbre livre d’Howard Zinn Histoire populaire de l’Empire américain qui a séduit tant de consciences de gauche à la fin des années 2000 en France, au point qu’un film en a été tiré. C’est ce que n’a pas hésité à faire Mme Zancarini-Fournel, professeur émérite à l’université Lyon-I, avec son livre : Les Luttes et les rêves. L’intention de l’ouvrage était sans doute noble, pourtant, disons le tout de suite, le compte n’y est pas.

Ce livre a certes des mérites, il est volumineux – plus de 900 pages, une vraie somme – et donc, fatalement, au fil des chapitres, il instruit : les portraits d’ouvriers révolutionnaires abondent, les anecdotes prolifèrent. A juste titre, il accorde une place de choix aux femmes, aux combats des peuples colonisés, et à la province, ce qui est sans doute une façon bien plus réaliste de découvrir le sujet que l’historiographie d’il y a quelques décennies.

La suite de mon CR est ici

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Les "Psaumes de David" en béarnais d'Arnaud de Salette

6 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn, #Divers histoire, #Grundlegung zur Metaphysik

En tant que béarnais, la question du protestantisme a souvent croisé mon parcours évidemment. La trace la plus ancienne de mes interrogations à ce sujet remonte, dans mon journal personnel, au 10 novembre 1986 (j'avais 16 ans) où j'écrivais sur un ton qui se voulait humoristique : "Cet après midi, après deux heures de brasse papillon en maths, j'étais assis à une table du café le Verlaine (à Pau) avec mon camarade Régis et six jeunes filles, dont deux protestantes, ce qui démontre une fois de plus mon extraordinaire tolérance à l'égard des suppôts de Satan qui, il y a quatre siècles, asservissaient le Béarn. A une des deux calvinistes je déclarai que j'aimais bien les protestants et qualifiai mon attitude d' "oecuménique". Celle-ci me rétorqua que l'oecuménisme n'était pas cela. Selon elle, il s'agissait de l'adhésion simultanée à deux religions chrétiennes. J'écoutai religieusement sa thèse, la remerciant de son cours de catéchisme. Naturellement, je savais sa définition erronée et l'assurance avec laquelle elle définissait un concept qu'elle ignorait me fit sourire". J'ai retrouvé ce passage cet été alors que je regardais des vidéos de prédicateurs sur You Tube. Un paragraphe qui montre au passage tout ce que ma personnalité de lycéen arrogant avait de pire. Je n'ai bien sûr gardé aucun souvenir de cette conversation ni des deux camarades de classe auxquelles je fais allusion...

Au grand l'oral de l'ENA en 1992 le journaliste Philippe Meyer m'avait beaucoup cuisiné sur la réforme, et dans cette école à Strabourg je côtoyais de temps à autre un calviniste militant. J'ai cherché dans ce blog en 2011 et en 2012, parfois un peu maladroitement, à cerner les mérites et désavantages de la "petite Genève" constituée à Pau avant l'abjuration d'Henri IV...

J'ai examiné d'un point de vue "anthropologique" la révolution calviniste en Béarn, avec des prohibitions des jeux et de la danse, dignes des talibans de notre époque. J'ai été sensible aux récriminations de Marguerite de Valois, la reine Margot, dans ses mémoires que l'on peut lire sur Gallica contre l'intolérance de cette révolution.

Aujourd'hui je suis devenu assez sceptique sur l'intégrité morale des deux femmes à l'origine de la victoire (provisoire) de la Réforme : Marguerite de Navarre et sa fille Jeanne d'Albret. La première, la Marguerite des Marguerites des poètes de la Pléiade, ne fut pas vraiment protestante mais elle protégea beaucoup de calvinistes dans le clergé local. Ses propos au capitaine Bourdeille relatés dans les Dames Galantes, sur cette tombe (peut-être dans le parc du château de Pau) de Mademoiselle de la Roche (Un bulletin historique et littéraire de la société d'histoire du protestantisme français du siècle dernier accessible sur Gallica précise que c'était une de ses dames, veuve et sans enfant, que la reine de Navarra envoya comme dame d'honneur à la duchesse de Ferrare en 1545 et qui allait être considérée en Italie comme une"créature méchante et de la pire espèce" avant de revenir à Pau pour y mourir) qui vibre quand son ancien amant marche dessus pue le spiritisme et l'occultisme à cent kilomètres (il est vrai que c'était à la mode : le frère de Marguerite de Navarre, François Ier, portait toujours sur lui de la poudre de momie égyptienne et fut fasciné par l'art "isiaque" de Léonard de Vinci). La fille de Marguerite, Jeanne d'Albret, fut moins élégante et plus intègre religieusement, mais sa manière de chanter un cantique à Notre Dame du Bout du Pont quand elle accouche de son fils Henri n'est pas à l'honneur de son calvinisme...

Pour me faire une meilleure opinion sur l'histoire de ma région, je me suis récemment penché dans ce classique de la littérature en langue béarnaise dont je connais l'existence depuis 1991 (cela fait partie des livres qu'on vend bon marché dans les festivals occitanistes) que sont les Psaumes de David traduits par Arnaud de Salette (les cours du Rav Dynovisz sur les psaumes sur You Tube avait excité ma curiosité à ce sujet à l'automne dernier).

Arnaud de Salette, qu'on croit né vers 1540 à Pau, est fils naturel d'un membre du conseil de Navarre, président du Conseil souverain en 1567 (il présida donc l'assemblée extraordinaire qui mit le Béarn en état de guerre contre la France en 1568 pour la défense de Navarrenx), qui l'a cependant reconnu et fait héritier par testament. D'abord avocat puis pasteur, il est reçu au ministère lors du synode de Pau en 1567, la même année que Jean de Liçarrague (1506-1601). La comparaison avec Jean de Liçarrague est intéressante. Puisqu'il est le traducteur du Nouveau Testament en langue basque imprimé sur ordre de la reine de Navarre à La Rochelle en 1571, livre dédicacé à Jeanne d'Albret (le conseil de Navarre lui accorda en 1573 50 écus Soleil - somme importante pour l'époque dit-on - pour cette opération selon l'Histoire de Béarn et Navarre composée par le pasteur de Nay Bordenave). En 1582 il était né à Briscous et pasteur à Labastide-Clairence, village basque du canton de Bidache, parlait français, béarnais et basque, et peut-être ancien prêtre catholique. En tout cas il fut emprisonné pour ses opinions. Il publia aussi le catéchisme de Calvin en baque. En 1874 il ne restait plus que 13 exemplaires connus de son Nouveau Testament dont 6 dans les bibliothèques publiques en Europe.

Salette semble d'un milieu social plus élevé que Liçarrague et plus impliqué dans la vie de cour. Pasteur à Orthez (adjoint d'un certain Solon), professeur à l'académie protestante de cette ville, il s'installe à Lescar avec son académie, à cause d'une épidémie de peste à Orthez, puis muté à Lembeye après de mauvaises fiançailles avec la fille d'un pasteur. Aumônier de la régente Catherine de Bourbon à Pau, il meurt vraisemblablement dans les années 1590. Les psaumes commencés en 1568 (quand Liçarrague traduisait son Nouveau Testament) ne sont publiés qu'en 1583 par un imprimeur montalbanais Louis Rabier installé à Orthez en 1578 et qui réalisa sa dernière impression à Montauban en 1582 d'un livre d'Athénagoras d'Athènes traduit par Michel Béraud (pasteur théologien de l'académie de Montauban qui enseigna aussi à Saumur). Il avait déjà publié les 150 psaumes de David en français à Orléans.

Les psaumes de Salette sont une mise en vers béarnaise pour être chantés sur le modèle de ce que Marot et de Bèze avaient fait en français. Selon Robert Darrigrand, reprenant l'hypothèse de l'abbé Bidache, estime que Salette a pu les traduire directement de l'hébreu. Seulement dix exemplaires sont parvenus à nous (moins encore que du Nouveau Testament en basque de Laçarrague) dont trois étaient en Angleterre et en Suisse.

Les Psaumes sont en hébreu les Téhilim. Selon un texte du Midrash (de l'exégèse, dans la Torah orale Torah SheBe'al Pe), le roi David a demandé que ses Psaumes aient autant d'importance que la Torah de Moïse. Dieu (Hachem) l'aurait refusé, alors que David a divisé son livre en 5 livres pour que cela corresponde aux 5 parties de la Torah. La demande de David  selon l'enseignement du Rav Dynovisz aurait permis de faire du judaïsme une religion standard dans laquelle la connexion à Dieu par la prière aurait été fondamentale, sans étude du texte placée au premier plan. David ayant une âme du côté féminin (et de la royauté féminine). Mais ce que David a obtenu c'est que l'on ne puisse être un géant dans la Torah qu'en passant par la prière. Toute réalité se construit à partir de réceptacle et énergie, la Torah est la lumière et la prière en est le réceptacle (comme l'âme et le corps). La prière est le corps. On ne peut donc être homme de Torah sans lecture quotidienne des Psaumes. Dans la Kabbale Moïse représente la tribu de Yesod (celle de la Lune et du fondement de l'arbre de vie), et David celle de Malkuth ou Malchut (la royauté féminine). Déjà la Torah de Moïse cherchait son réceptacle : au début du 2ème livre de la Torah, dans "voici les noms des enfants d'Israël qui sont descendus en Egypte" (Exode 1,1) la fin des mots de cette expression en hébreu donne Tehilim (les Psaumes). David dans ses psaumes a caché des secrets qu'ont approfondi le Zohar et la Kabbale.

Nous allons ici comparer la traduction de quelques psaumes de Salette avec la version française actuelle (nouvelle version Segond révisée 2014) et avec ce qu'en disent les autorités juives. On verra que Salette est souvent plus proche de l'hébreu sur le plan littéral, que de la logique occidentale (française) comme est censé le faire protestantisme par rapport au catholicisme mais que cela ne lui permet pas forcément de rejoindre la visée théologique du point de vue strictement juif de chacune des invocations qu'offrent les Psaumes.

Psaume 2 : "Pourquoi les peuples sont dans l'effervescence, et pourquoi les nations pensent-elles de telles vanités ?" "Pourquoi les nations s'agitent-elles" dans Segond, "Perqué hen brut e tempestejan tas holas gents" : Salette perd la notion de nation sauf si on comprend "gents" comme les nations dans le sens de "droit des gens" et après il parle des peuples mutinés. "Parce que voici que se dressent tous les dirigeants du monde, et tous les conseillers se réunissent dans le secret ensemble pour essayer de s'unir dans un projet contre Hachem et contre son Messie". Segond dit "Les roi de la terre se dressent et les princes se liguent ensemble, contre l'Eternel et contre son Messie". Salette "Les grands rois de la terre se sont levés ensemble et les seigneurs d'un coeur maudit, pour contre Dieu faire la guerre ensemble, et contre Christ son Fils béni". Salette est plus concret ici sur la notion de guerre, mais il en rajoute sur ce Messie "fils de DIeu" qui est absolument absent de l'original juif. Les deux perdent la notion de secret des conseillers.

"Il faut absolument briser ces chaînes" ("brisons leurs liens" écrit Segond, Salette fait juste plus imagé avec des"courroies renforcées") "et on les jettera". "Celui qui est dans le Ciel se mettra à rire" ("se rira de" écrit Salette, et "se moquera" chez Segond). Dans le Talmud, le traité "Avoda Zara" au début du Talmud explique que depuis la destruction du Temple Hachem ne rit plus, et il ne rira à nouveau que pendant la guerre de Gog et Magog, quand Israël sera revenu de l'exil "échappé de l'épée" selon Ezechiel, après le dévoilement du Messie. Pour les commentateur donc le psaume est une vision eschatologique de la guerre de Gog et Magog. Segond perd la dimension du rire que garde Salette.

"Le maître du monde se moquera d'eux et il commencera à leur parler avec colère", en hébreu. Bizarrement Segond écrit ce passage au présent ce qui le vide de toute dimension prophétique. Salette en béarnais le conjugue au futur. "Et il les fera tomber dans une panique inimaginable, elles seront frappées de stupeur" "dans sa fureur il les épouvante" dit Segond, "il les ébranlera" écrit Salette. "Est-ce que vous voulez remettre en cause le fait que j'aie librement choisi mon roi "c'est moi qui ai choisi mon roi" dit Segond (idem chez Salette). Puis le Messie prend la parole : "Et moi je parlerai de la loi" "Et moi, son roi, je conterai tout exprès son saint décret qui jamais ne varie" chez La Salette. "Je publierai le décret de l'Eternel" écrit Segond qui perd complètement le changement de locuteur ! Le mot choisi qui eut vouloir dire décret désigne la loi au dessus de la compréhension humaine. Les nations sont liées par les 7 lois de Noah, et selon le Talmud Dieu en ajoutera 13 aux 7 déjà connues, soit 20 valeur numérique de "keter" couronne qui est la Sephira la plus élevée de l'arbre de vie. Ces 20 sont des têtes de chapitres.

"Du maître du monde qui m'a dit 'tu es mon fils' " (bizarrement Salette ajoute "unique" à mon fils, peut-être pour le rapprocher du credo). Du point de vue juif évidemment pas de référence à Jésus ici. Moïse avait dit d'Israël devant Pharaon au moment de la dixième plaie "Israël est mon fils". Dans le 2ème livre de samuel 7: 14 Hachem dit à David au sujet de son fils qui construira le temple "Je serai son père et il sera mon fils".

"Aujourd'hui je t'ai fait naître" (repris par Salette et Segond) - signe selon les Juifs que cet engendrement est purement métaphorique -. Ce sera le moment où le Messie recevra toute sa force. "Demande moi ce que tu veux, je te le donnerai. Tu veux hériter des peuples, que ton pouvoir s'étende aux extrémités de la Terre, tu l'auras". "Frappe les avec un bâton de fer, pulvérise les comme des pots chez le potier". "Maintenant vous les rois, dit le Messie, prenez garde, vous qui jugez la terre, servez Dieu dans la crainte" (Segond utilise aussi ce mot, Salette dit "en toute révérence". "Et dansez en tremblant"... "Soyez dans l'allégresse en tremblant" dit Segond (Salette fait une longue paraphrase trop constructive "Réjouissez vous d'avoir un tel Seigneur et tremblez devant son excellence". Et pour finir "Embrassez ce qui est pur de peur que Dieu ne se mette en colère, bienheureux ceux qui placent leur confiance en lui" (embrassez le "bar"). "Embrassez le fils de peur qu'il ne se mette en colère" écrit Segond "baisez le fils pour qu'il ne se courrouce pas" écrit Salette. Selon les Juifs, "bar" ne veut dire fils qu'en araméen, mais jamais un mot araméen n'est employé dans les psaumes. Plus haut Dieu dit "ben" pour fils. Chouraqui dit "transparence" et non pas "pur". Le premier psaume comparait les méchants à l'écorce qui vole au vent et les justes au blé sans écorce, et bar peut vouloir dire ici le blé.

On voit que dans ce psaume Salette a le mérite de placer ses verbes au futur ce qui au moins restitue aux versets leur dimension prophétique (par rapport à Segond) et il fait correctement la part entre ce que dit l'Eternel et ce que dit le Messie. Mais il y a une surenchère chrétienne dans les rajouts ("fils unique", mauvaise traduction de "bar" etc) qui conduit à ne pas voir, comme dans Segond, que le psaume annonce une revanche du peuple d'Israël après que les peuples dans le guerre de Gog et Magog se sont entre-détruits.

Psaume 7 : "Il y a quelque chose que j'ai commis sans en avoir la moindre idée, et cette faute je veux maintenant en faire un chant pour Dieu, et cette erreur concerne  Kouch fils de Benjamin". Kouch est un fils de Cham, ancêtre des africains et des Egyptiens. De Kouch sortit Nimrod. Les commentateurs disent que Kouch est Saül et qu'il n'a pas voulu l'appeler Nimrod (fondateur de Ninive) en lui disant qu'il vient de Kouch. "Hachem c'est en toi qu ej'ai placé ma confiance, sauve moi de tous ceux qui me poursuivent, de peur qu'ils ne déchirent mon NEFESH, mon âme, comme le ferait un lion". Salette écrit "de peur que leur guidon ne m'atteigne" (le guidon étant le porte-enseigne) "et comme un lion me prenne". "De peur qu'ils ne me déchirent comme un lion" dit Segond...

David parle souvent de son Nefesh (qu'on traduit aussi parfois par psyché, c'est la partie émotionnelle de l'âme, Chouraqui dans sa Bible traduit par "mon être"). Ici la notion est annulée par Segond et Salette.
"Ai-je fait quelque chose qui le mérite ? Est-ce que je me suis comporté d'une manière qui pervertit les valeurs 'avel' ? Moi je n'ai jamais fait de mal à ceux qui me font du bien, et je n'ai jamais fait du bien à ceux qui me veulent du mal".

Salette traduit par "si j'ai consenti à quelque lâcheté, si celui qui en toute amitié demeurait avec moi ou qui à tort était mon ennemi n'a pas trouvé en moi un bon ami" (sic). Segond choisit "s'il y a de la fraude dans mes mains, si j'ai rendu le mal à celui qui vivait en paix avec moi, si j'ai dépouillé sans raison mon ennemi".

D'un point de vue juif David dit qu'il n'a pas eu de perversion de valeur, il n'a pas aimé son ennemi comme Saül qui refusa de tuer le roi d' Amalec (dont un descendant voudra l'extermination des Juifs à l'époque d'Esther) comme Dieu le lui ordonnait (1 Samuel 15:9) pour venger ce qu'Amalec leur avait fait à la sortie de l'Egypte ("celui qui est bon avec ses ennemis sera cruel avec ses amis" allait lui dire Dieu).

Les deux traductions chrétiennes sont aux antipodes de cette problématique. Mais notons que celle de Chouraqui l'est aussi puisqu'il écrit "si j'ai rétribué mon payeur de mal, ou dépouillé on oppresseur gratuitement".

"Hachem lève toi, dans ta colère " (Salette et Segond traduisent de même) "Et enfin accomplis la justice dont tu es toi même la source" ("réveille toi pour moi toi qui as établi le droit" dit Segond, "selon ton jugement" dit Salette, étonnamment concis cette fois).

Les deux traductions manquent le fait que David, prototype de l'homme poursuivi, accusé d'être un faux juif depuis le départ, de par ses origines, a été placé dans cette situation parce qu'il était jugé au niveau des petites erreurs de ses intentions et non de ses actes ou même pensées. Au niveau de l'action avec Bath-Sheba il n'a pas commis de faute. Son intention était de donner une lignée du roi Salomon le plus vite possible pour accélérer le tikkun. Sa seule erreur fut d'avoir fait tuer son mari avant que Dieu le fasse mourir en première ligne au combat. Comme le rappelle un site sur le Net " Technically, Bathsheba was not a married woman since David's troops always gave their wives conditional divorces, lest a soldier be missing in action leaving his wife unable to remarry " ( Talmud, Shabbat 56b ). David n'aurait jamais existé si Hachem n'avait pas pris au sérieux les intentions (David vient d'une inceste d'un père ancêtre des moabites - Lot - avec ses filles mais où l'intention était de survie du groupe, d'un beau père avec sa belle fille prise pour une prostituée - Juda et Tamar - mais où l'intention de Tamar était d'engendrer les rois d'Israël, de sorte que Dieu valorisa la part de bonne intention, et il fit de même avec les femmes de Moab, le peuple qui malgré son ascendance abrahamique ne nourrit pas Israël à la sortie d'Egypte, mais ce sont les seuls hommes qui sont engagés dans l'interdiction d'échange avec Israël car seuls les hommes allèrent au devant des israélites pour leur refuser le pain, comme le leur confirma la pudeur Ruth la moabite). Chaque cadeau que fait Hachem a un prix. Le prix de la bonne intention fut l'enfer pour David. Dieu a instruit David en lui montrant comment dans la moindre des bonnes intentions on peut trouver l'étincelle de divin (ce que devra faire le messie pour reconstruire le monde, la récupération des étincelles dans la kaballe), mais le revers est d'être jugé aux intentions. C'est pourquoi il est jugé même responsable des fautes de Samuel dont il fut victime parce que celles-ci eurent lieu du fait de son existence (d'où la notion de faute non intentionnelle). David veut protéger son nefesh parce qu'il a peur d'en devenir fou (lui et sa lignée messianique).

Cette attention aux intentions propre à l'ère messianique se retrouve dans le célèbre verset 10 de ce psaume "toi qui sondes les coeurs et les reins, Dieu juste" (d'ailleurs Salette ne parle que du coeur et pas du rein).

Psaume 33 : "Que les justes se mettent à chanter Dieu. Seuls ceux qui sont véritablement droits méritent de le louer. Louez Hachem, avec les harpes, le luth, les instruments à dix cordes. Chantons lui un chant nouveau. Mettez y les meilleurs de vos chants et instruments". "La louange convient aux hommes droits" dit Segond, "Car magnifier sa hauteur est aux justes chose belle et aimable" dit Salette. Ici c'est la traduction de Segond qui rend le mieux compte de l'accord entre intériorité et chant que désigne le fait en hébreu que seul le droit peut louer Dieu par le chant. "Hachem aime la bonté, la justice, la bonté d'Hachem remplit le monde" (Segond dit "la bienveillance", "les biens du Seigneur" dit Salette). "Le ciel a été créé avec la parole d'Hachem, tout ce que tu vois ne tient que sur le souffle de sa bouche". La parole de la Torah est ce qui le monde dit le Zohar, et la Torah du fidèle doit être tournée vers lui. "Toute leur armée est faite par son souffle dit Segond "de son souffle il a fait son armée" dit Salette.

"Hachem a réuni les eaux dans l'océan et ce monde est rempli d'eau" (l'eau de la mer et celle qui est sous terre) "Que tous ceux qui vivent sur terre craignent Dieu et tous ceux qui vivent sur terre doivent le craindre" . Le lien nature-spirituel selon le Malbim met en rapport la nature selon ses lois avec la nature selon la providence. L'énergie négative d'un individu se combine aux autres pour détraquer le monde. D'où le fait qu'il faut s'habituer à louer Dieu du plus profond de soi pour empêcher que le monde n'encourage en soi les penchants négatifs.

"Ce qu'il a dit est ce qu'il y a, ce qu'il a ordonné est ce qui restera. Hachem annule les décisions des nations. Il annule les pensées des peuples." ("il renverse le conseil des nations", dit Segond, "il détruit et corrompt ce qui se décide dans la tête des peuples" écrit Salette sur un mode plus clair)

"La seule chose qui restera c'est ce qu'Hachem a décidé.Le projet de son coeur, s'étend sur des générations"  "le conseil de l'Eternel subsiste à toujours et les projets de son coeur, de génération en génération" dit Segond "le conseil invariable du Seigneur demeure à jamais, ce qui est agréable à son coeur dure d'âge en âge". Segond là dessus est plus près de l'intention avec la notion de "projet".

Un petit plus donc pour Segondsur ce psaume, même si sa traduction comme celle de Salette ne permet pas de comprendre clairement que le Psaume incite à comprendre la réparation de Dieu sur plusieurs génération, quand la parole portée par l'homme n'est pas assez bonne pour le monde.

Psaume 39 : "En mi medish èo dit : jo prenerèi guarda a tot ço que jo harei etc" (je prenais garde à tout ce que je ferais), chez Segond "je disais : je garderai mes voies de peur de pêcher par ma langue" en hébreu:  "Je me suis convaincu de toujours faire attention à mon comportement (mais dans Chouraqi c'est "mes routes"), et de ne pas fauter avec ma bouche, j'ai toujours essayé de faire attention de fermer ma bouche lorsque le méchant devant moi me calomnie" (Salette dit "l'inique"). Il a montré que lorsque, poursuivi par son fils Absalom se leva contre lui (2 Samuel 15) il supporta les reproches du chef du Sanhedrin sans rien dire. "Je suis resté muet" en français, puis "et oui même du bien je me suis tu" écrit Salette, le français dit "éloigné du bonheur" (ce qui n'a rien à voir) les interprètes disent "même si on pourrait penser qu'il serait bon de répondre". Salette ici fait un effort supplémentaire par rapport à la Bible de Segond, mais rate quand même le sens juif. "Mon coeur était chaud" en traduction littérale de l'hébreu, "je sentis à mon coeur une grande chaleur" chez Salette, "mon coeur brûlait au dedans de moi" en français (Salette est plus près de l'hébreu). Le Talmud dit que les reproches contre David à propos de Bethsabée glaçaient le sang dans ses veines, mais qu'il se retenait de répondre pour ne pas leur enlever une place une place dans le monde futur (car celui qui fait honte en public à quelqu'un n'a pas de place au monde futur). "Mes pensées étaient pleines de feu" chez Salette comme dans l'hébreu ("dans mon gémissement un feu s'allumait" dit Segond). "Il n'y en a qu'un seul à qui je vais parler Hachem" (Salette "A Dieu ma langue a dit ceci", Segond "Et la parole est venue sur ma langue") : "Dieu, je t'en supplie aide moi à connaître que je suis un mortel" ("connaitre ma fin" dit Segond, "montre moi ma mort" dit Salette). "Aide moi à le ressentir et aide moi à comprendre que ma vie est mesurée" - "quelle est la mesure de mes jours" chez Segond, "que je sache le contenu de mes années" : ici Segond est plus éloigné du texte hébreu où il ne s'agit pas de contenu mais les 2 perdent le "aide moi à le ressentir"... "Aide moi à comprendre à quel point je ne suis pas indispensable ("je reconnaîtrai combien je suis fragile" chez Segond, le vers n'existe pas chez Salette). "Et en vérité combien l'homme devrait se rendre compte que son existence n'est que vanité" - Segond dit "Oui, tout homme debout n'est qu'un souffle"." Certes tout homme est toute vanité" chez Salette (plus près de l'hébreu) "Un homme avance dans l'obscurité" "il passe comme l'ombre" dit Salette "l'homme se promène comme une ombre" dit Segond. Les traductions ensuite se rejoignent sur l'idée que l'homme amasse au profit de quelqu'un d'autre. "Et je n'ai en vérité  qu'une seule demande, tout ce que j'attends de toi, sauve moi de la faute, et ne me laisse pas devenir comme eux une ordure" ("ne m'expose pas au déshonneur de l'insensé" dit Segond "et ne pas m'abandonner à la joie folle de ceux qui n'ont aucun entendement" dit Salette très loin de l'original).

"Aide moi à vivre que je suis mortel". La date de la fin de sa vie l'obsédait au point qu'il a forcé Hachem à lui dire qu'il mourrait un jour de Sabbat et, tous les sabbats il se scotchait à la Torah pour que l'ange de la mort ne puisse pas le prendre, ce qu'il fera à ses 70 ans quand la chute d'un arbre put le distraire de son étude. Pourquoi était-il obsédé par le jour de sa mort ? David avait toujours été refusé par ce monde parce que son âme était trop spéciale ou parce qu'il était chargé de préparer le tikkun du monde (cf  Ari Ha'Kadosh/Isaac Louria). C'est pourquoi il ressentait la vanité de sa vie. Il était prisonnier des klippot (les écorces négatives du monde). Il est dit éternel et plus présent dans le monde depuis 3 000 ans que les prophètes.

Malade pendant six mois après l'affaire de Bath-Sheva quand Dieu l'a frappé et quand tout le monde s'est ligué contre lui.Selon le Sforno (1470-1550) David était un admoni, un rouquin aux yeux pleins de sang (Samuel I, Chap.16, verset 12), né avec une nature qui a effrayé Samuel et exerçait une fonction de roi qui lui interdisait de garder le silence (il aurait dû couper des têtes). Mais comme il était d'essence royale, par delà l'extériorité de la fonction, il pouvait se taire. Donc il n'est rien en tant que David, mais devant Dieu par son essence il est éternel.

Il me semble que sur ce Psaume Salette est souvent plus littéral que Segond, mais manque un peu ce besoin qu'a David de méditer sur la durée de ses jours, et donc manque cette forme de récupération de son essence royale que marquent son choix du silence et son face à face avec la mort.

Il y a donc dans l'ensemble quelques points sur lesquels Salette fait mieux que Segond dans sa traduction, mais d'autres sur lesquels il est plus simple. Beaucoup, à cause de l'arrière plan chrétien, s'éloignent de la connotation eschatologique purement juive que porte le texte hébreu. On peut se demander pourquoi il y a eu un retour aux Psaumes chez les calvinistes de la Renaissance, pourquoi ce succès des psautiers dans la liturgie. Mais je ne connais pas assez bien l'histoire du protestantisme pour répondre à cette question.

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Un criminel de guerre albanais arrêté en France

5 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

L’ancien Premier ministre kosovar, Ramush Haradinaj, a été arrêté mercredi à l’aéroport de Bâle-Mulhouse L’arrestation s'était faite en vertu d'un mandat d'arrêt international émis par la Serbie. Celle-ci a déposé 108 plaintes pénales contre lui, relatives à des crimes graves de terrorisme terrorisme et le meurtre de civils au Kosovo en 1998 et 1999 (pour une vue des exactions commises par les Albanais au Kosovo voir notre livre sur l'ingérence de l'OTAN ici). La justice française doit désormais examiner la demande serbe

Haradinaj a été arrêté en 2015 en Slovénie, également sur un avis Interpol à la demande de la Serbie, puis relâché.

Haradinaj a été inculpé pour crimes de guerre et mis en jugement par le tribunal pénal international de La Haye dont nous avons souvent souligné la partialité ,et qui l'a acquitté de tous les accusations en 2012.

Au Kosovo les non-Albanais continuent d'être traités en habitants de seconde zone (voir par exemple ce mémoire sur le village de Prilužje au début des années 2010) et l'Etat autoproclamé du Kosovo continue de refuser la constitution d'une Communauté des municipalités serbes pourtant prévue par l'accord de Bruxelles d'avril 2013 signé par Belgrade et Pristina.

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Les robots sexuels arrivent

4 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Le sexe avec des robots est à portée de main a déclaré l'expert David Lévy auteur de "Love and Sex with Robots" fin décembre lors d'une conférence universitaire à Londres. Abyss Creations, une société américaine basée en Californie, va bientôt commencer à promouvoir les prochains ses premiers robots sexuels capables de se déplacer et parler comme des humains. Selon lui le mariage avec les robots sera aussi bientôt une réalité (j'aurais tendance à ajouter : à quand un nouveau François Hollande pour l'introduire dans le code civil ?).

Dolhathai Kaewsermwong de l'université de Keio au Japon, une des créateurs de la "télélangue" (teletongue) pour sa part a aussi présenté le Kissenger, qui fonctionne avec des capteurs à distance. Le télébaiser est un apport complémentaire à la sensualité des robots.

Ces nouveaux dispositifs ont leurs docteurs Mabuse, et leurs idéologues pour les faire accepter, comme Lynne Hall, professeure à l'université de Sunderland qui explique que le sexe avec des robots  présente l'avantage d'être sanitairement "safe" et pas plus incompatible avec la poursuite de la sexualité avec des êtres humains réels, puisqu'après tout les gens continuent de copuler tout en regardant du porno (elle n'a cependant pas mentionné le fait que la passion des jeunes japonais pour le virtuel faisait chuter en ce moment le taux de mariage et la natalité dans ce pays...). La propagande d'Abyss Creation relayée par les transhumanistes nous explique aussi que les robots vont nous affranchir de la "culture du viol"... Bigre...

Pour l'instant l'idée n'intéresse que les hommes seuls, ou des cultures d'Extrême Orient où l'animation des robots fait moins peurs que sous nos latitudes. Mais les choses peuvent changer d'ici dix ans. Dans les années 1970 le porno était aussi quelque chose de très marginal...

En route pour l'apartheid total entre les sexes !

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Enseignement et corruption

3 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Une artiste tantôt m'écrivait que son art n'aurait pas de sens sans la politique et que c'est la raison pour laquelle elle lisait mon blog. Elle disait aussi avoir apprécié mes récents billets sur Trump et sur les Yézidis.

C'est étrange, parce que j'avais précisément le sentiment que ces deux sujets seraient ceux que des gens comme elle (les gens qui ont un profil de gauche) apprécieraient le moins : je m'attendais plutôt à ce que ce type de lecteur là me reproche d'avoir traité Trump sous un angle trop "à droite", et les Yézidis sous un angle trop communautariste (reproches contre lesquels j'avais préparé des munitions, mais qui ne sont jamais venus).

Tout cela montre les imperfections de ce monde. Les adeptes de l'art pour l'art ne lisent pas mon blog, et, du fait qu'ils n'entrent pas en dissidence politique, se rendent complices des pires injustices ; et ceux qui lisent mes blogs ou des blogs similaires y investissent peut-être des choses qui n'y sont pas, en ont une approche biaisée etc.

Voilà le résultat de la corruption fondamentale de la condition humaine et il faut faire avec. J'espère que mes lecteurs me reconnaîtront un mérite,un seul : celui d'assumer pleinement cette corruption. Jamais je n'ai cédé à la prétention de la pureté. Par exemple je me suis opposé au "ninisme" au temps des guerres d'ingérence ("ni Milosevic ni l'OTAN", "ni Bush ni Saddam"), qui était une forme d'imposture intellectualiste qui rendait en réalité complice des technostructures et de leurs crimes. J'ai aussi refusé de jouer les donneurs de leçon au micro de groupuscules sur You Tube à prétendre incarner la "résistance", à me parer de titre pompeux comme l'ont fait certains. Je savais que cela me camperait dans un rôle qui n'est pas celui du chercheur humble de la vérité que tout citoyen devrait être, et j'ai vu les mauvais tour que cette imposture a joué à bien des militants, y compris dans la mouvance de l'Atlas alternatif. Je suppose que c'est ce que mes lecteurs ont apprécié dans ce blog. Celui-ci reste celui de quelqu'un qui prend des trains bondés pour aller bosser, qui, à la fois a des propos durs sur la structure impériale de notre monde, et garde toujours une forme d'hésitation prudente sur la forme de son engagement, sachant combien l'engagement à force de narcissisme se corrompt non seulement dans l'impuissance pratique mais aussi dans le mensonge théorique. Oui, mon blog est d'abord celui d'un monsieur-tout-le-monde, d'un type qui n'a de leçons à donner à personne parce que justement il sait combien la volonté d'instruire autrui expose à l'aveuglement.

Je dois ce pessimisme "constructif" à Bourdieu qui a tant de fois dénoncé l'aveuglement de la "scholastic view" (pour reprendre l'expression d'Austin). Lui-même avait vu combien ce défaut du regard intellectuel corrompt foncièrement l'honnêteté de l'engagement politique "petit bourgeois" (et tous les engagements dissidents sont profondément de cette nature). Cela fait partie de ces malédictions dont Bourdieu disait qu'il comprenait qu'il poussait bien des gens à se suicider. Nous sommes tous englués là-dedans, et nous ne pouvons limiter notre corruption dans cette fange que par un effort de modestie.

Je ne veux instruire personne. Je témoigne seulement. Je dis ce que je lis dans la presse étrangère et ce que je ne lis pas dans la nôtre. Ce que j'essaie de faire ou d'être pour être moins idiot, pour tenter de comprendre encore un ou deux ressorts de ce monde, pour aider telle ou telle population, telle ou telle cause. Et pourquoi je n'ai pas le temps, à la fin d'une journée de travail, d'expliquer plus de choses, de mieux préciser ma pensée.

Alors partons donc pour une nouvelle année dans ce monde corrompu, où, comme le notait Platon, en toute chose bien et mal sont entremêlés, ce monde où il y aura encore bien des gourous, bien des donneurs de leçons à supporter à longueurs de journées. Une nouvelle année dans un monde où nos politiciens commettront des bévues qui détruiront des milliers de vies humaines, et où ceux qui les critiqueront discréditeront leur critique par une bévue ou une autre. On continuera de tenir ce blog de temps à autre, sur des sujets majeurs ou mineurs, pour la trentaine de lecteurs quotidiens. On essaiera de faire comprendre ce qu'on croit entrevoir, tout en sachant la part d'erreur potentielle de nos jugements (alors qu'on n'est même pas capable de bien comprendre le profil et les attentes de son propre lectorat). On essaiera par ce biais-là, comme par le biais du travail et de la vie familiale, de ne pas exister seulement pour soi, de ne pas lire que pour soi, de ne pas apprendre que pour soi. Des gens continueront à découvrir ce blog plus ou moins par hasard, à s'y attacher ou à l'abandonner, à le trouver utile ou stupide.

Bref, comme dit la chanson "Nothing changes on New Year's day". Très bonne année à tous !

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Sérénissime

31 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca

Vous avez toujours rêvé de descendre le grand canal de Venise en compagnie du camarade Delorca à bord d'un vaporetto sans jamais oser le lui demander. Grâce à You Tube, vous pouvez désormais le faire "virtuellement" comme lui-même le fit "réellement" il y a deux jours.

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"Les orgueilleux" d'Y. Allégret (1953)

27 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

J'ai déjà évoqué dans ces pages le vieux cinéma français à travers Grémillon. Il me semble que je pourrais dire un mot du film d'Yves Allégret "Les orgueilleux" diffusé par France 5, un film qui fut très primé à Venise en 1953. J'avoue que j'ai été surpris par diverses scènes de ce film qui se passe au Mexique, notamment la manière dont le réalisateur amène les scènes de Michèle Morgan avec le ventilateur, du glaçon, la manière dont tentative de viol et scène d'amour courtois s'enchaînent. La fiche Wikipedia insiste sur l'influence de Bunuel et sur le fait que Sartre a écrit la pièce de théâtre à la base du scénario (Typhus). Un dictionnaire du cinéma rappelle surtout qu'Allégret était surréaliste et trotskyste et que le film doit plus à cet univers là et au réalisme noir qu'à celui de l'existentialisme. La critique sociale de la bourgeoisie et de la religion y est aussi forte.

L'affiche laisse entendre que le film a surfé commercialement aussi bien sur les succès de Sartre, de M. Morgan et de G. Philippe auprès du grand public. C'était le temps où recherche artistique et succès commercial n'étaient pas incompatibles entre eux.

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Les votes de l'ONU sur Israël et sur le Sud-Soudan

25 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Colonialisme-impérialisme

Je me garderai bien aujourd'hui de commenter la résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU par laquelle Obama a laissé la totalité des autres membres du conseil de sécurité condamner les installations israéliennes en Cisjordanie. Je veux me livrer à une réflexion de fond sur le conflit israélo-palestinien autre que la vulgate anti-colonialiste habituelle. Donc je veux me donner le temps d'y penser, de lire, d'écrire pour moi-même à ce sujet. Rien n'est plus absurde que la dictature de l'actualité dans ce domaine.

Je suis  plus intrigué en ce moment par le vote du Conseil de Sécurité sur le Sud-Soudan (Etat qui, comme le Kosovo, est une création des néo-conservateurs américains). Si M. Obama s'est aligné sur le Tiers-Monde sur la Palestine, il est vaincu par le Tiers-Monde sur le dossier sud-soudanais. Washington voulait faire voter un embargo sur les ventes d'armes à ce pays, comme il l'avait fait sur la Bosnie dans les années 1990. L'idée peut sembler de bon sens : éviter les massacres de civils déjà fort abondants, mais comme toujours avec l'impérialisme occidental, le projet de résolution allait bien loin puisqu'il prévoyait également des sanctions contre le chef des rebelles Riek Machar, le chef de l'armée Paul Malong et le ministre de l'Information Michael Makuei .

La Russie était contre et l'a fait savoir. Au bout du compte la résolution est rejetée : l'initiative américaine a été soutenue par le Royaume-Uni et la France mais la Russie, la Chine, le Japon, la Malaisie, le Venezuela et trois pays africains - Angola, Egypte, Sénégal - (huit pays) se sont abstenus. Les ONG interventionnistes comme Human Rights Watch soutenaient ce projet de résolution. Le Japon, qui participe à la mission onusienne au Soudan du Sud, a estimé que la résolution aurait attiré l'hostilité sur le gouvernement de Salva Kiir et mis les Casques bleus en danger. Les pays africain ont souligné qu'ils préféraient donner sa chance à la proposition de dialogue lancée par M. Kiir.

Cette défaite du lobby de l'ingérence est surprenante tant l'idéologie de la prévention du génocide et de la R4P (responsability for protection) qui avait provoqué la guerre en Libye, semblait puissante au sujet du Soudan. Il est vrai qu'elle avait été tenue en échec l'été dernier à propos du Burundi, et peut-être les négociations au Congo RDC en ce moment marquent-elles aussi l'échec des moralisateurs toujours prompts à verser de l'huile sur le feu. Mais il est vrai que, malgré les paroles agressives de l'ambassadrice américaine de Samantha Power (on pourrait faire un florilège de l'agressivité outrancière de cette ambassadrice sous le mandant d'Obama du dossier syrien à celui de l'Ukraine), ce n'est qu'une défaite pour elle qu'en raison de l'abstention des autres, il n'y a pas eu de vote contre, et c'est plus le timing de l'ingérence qui est mis en cause que (pour ce qui concerne les sanctions ciblées) son principe même.

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Petit retour sur la révolution sexuelle russe, les intox de V. Poutine et de Mme Le Pen

22 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Du temps où j'étais moralement un peu paumé (en 2012), j'ai pondu quelques billets sur Alexandra Kollontaï et la révolution sexuelle russe, notamment ici et ici.

Le journal Lenta fait un retour intéressant sur cette question qui a été largement explorée par W. Reich. Il interviewe à ce sujet l'historien Alexander Rozhkov qui souligne que les sentiments résistaient dans les communes estudiantines où le dévouement sexuel le plus dépourvu de sentiments était imposé comme mot d'ordre, de sorte que les couples amoureux étaient expulsés, et que dans les années 20 le viol est devenu un phénomène de masse. Rien qui puisse rendre sympathiques ces expérimentations.

de mon côté, je trouve des mots justes sous la plume de la journaliste libertaire Marcelle Capy dans la revue La Femme de France du 26 août 1934 qui analyse la position de Kollontaï pour l'amour libre comme correspondant à la phase négative de la révolution, celle de la guerre civile où l'on ne pense qu'à détruire. A ce moment là l'idée que "faire l'amour pouvait être aussi facile que prendre un verre d'eau", avait du succès, mais Lénine lui-même avait remarqué que, dans des conditions normales, on ne boit pas dans "un verre dont le bord a été sali par de nombreuses bouches". La stabilisation était inévitable, note-t-elle, et la "militarisation du travail" sous Staline devait y contribuer.

Voilà qui devrait rassurer les conservateurs qui redoutent aujourd'hui que l'Occident bascule dans la pire licence sexuelle. J'observe qu'en ce moment le président russe Vladimir Poutine lui-même contribue à ce procès des mœurs occidentales.  Lors d'une réunion du Conseil pour les relations interethniques dans la ville russe d’Astrakhan, le 31 octobre dernier, il a condamné le fait qu'en avril, un faux réfugié (en fait migrant économique, son père est businessman en Suède) irakien de 20 ans, qui a été accusé d’avoir violé un garçon de 10 ans dans le vestiaire d'une piscine le 2 décembre 2015 à Vienne, aurait été partiellement relaxé à cause d’informations incomplètes sur l’incident. « Le tribunal l’a acquitté pour deux raisons: il ne parle pas la langue du pays et n’a pas compris que le garçon ne voulait pas (d’être violé) ». Or il s'agit largement d'une intox : le type avait prétendu ne pas avoir compris, mais il a bien été condamné à six ans de prison en première instance, et la condamnation en appel le 14 décembre dernier a porté la peine à 7 ans, de sorte que l'argumentation du criminel n'a pas du tout été retenue par les juges. L'intox de Poutine est digne de la propagande soviétique sur l'Occident il y a 50 ans. Ce qui n'empêche pas la presse conservatrice de reprendre sur YouTube les déclarations de Poutine sur cette affaire.

Intox comparable, Mme Le Pen il y a un an dans la vidéo ici qui, en minute 8'48 à 8'54 introduit avec une rhétorique d'avocate une confusion pour prouver que le chiffre de l'immigration économique légale n'est pas de 30 000 par ans. Est-il possible de faire de la politique sans intox ?

 

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Le goudron et les plumes

22 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi, #Le quotidien

On paye souvent ses dons d'une manière ou d'une autre. Moi, depuis mon enfance, je paye les miens par le fait d'avoir une tête à me faire rouler dans la farine en permanence par les gens que je croise. Une médium algérienne avait dit à une mienne amie ivoirienne en 2015 : "les gens le trahissent tout le temps". C'est peu dire. Ils me prennent pour un abruti, me marchent dessus avec la meilleure conscience du monde comme ce vieux crétin à l'aéroport avant hier qui, lorsque je lui fis remarquer qu'il faisait rouler sa valise sur mon pied, me rétorqua avec une suffisance parfaite : "Votre pied fonctionne très bien". Dans ce beau pays où la malveillance règne qu'est la France, tout cela est monnaie courante pour moi. Plus les gens sont minables, stupides et puants, plus ils pensent pouvoir me traiter avec mépris, se poser en souverains sur ma personne. Et il ne sert à rien que je cherche à les rabrouer : ils resteront toujours convaincus que tout leur est permis à mon égard, depuis cette employée de mon éditeur en 2006 qui s'est autorisée (sans m'en avertir et en me faisant croire au contraire qu'elle l'avait fait) à ne pas envoyer par la poste les 40 exemplaires de l'Atlas alternatif que j'étais allé spécialement mettre sous enveloppe dans son bureau, en rédigeant les adresses pour chacun des contributeurs (ce qui a complètement gâché la dynamique collective autour du livre), jusqu'à mon ancienne secrétaire qui, en novembre, s'engageait à me recontacter pour aider les Yézidis, puis a depuis lors fait la morte, en passant par les abrutis qui se sont répandus en insultes anonymes sur le Net (bon, ça vous allez me dire que c'est normal), mes chefs qui me collent des permanences aux dates qui m'arrangent le moins au mépris des règles qu'ils avaient initialement fixées etc. Et, bien sûr, l'offense à mon égard n'est pas l'apanage des nuls. Pour les deux ouvrages collectifs que j'ai dirigés, j'ai trouvé le moyen de choisir des préfaciers qui jamais n'ont soutenu ces livres bien que leur nom figurât sur la couverture (je me demande qui dans le monde éditorial a débusqué des préfaciers aussi indifférents que les miens), et récemment encore un contributeur d'un de ces  deux livres collectifs, Nils Andersson, omet de le mentionner alors qu'il cite les autres ouvrages auxquels il a participé. Damnatio memoriae, railleries, entourloupes les plus fourbes sont mon lot depuis des décennies, au point qu'à mon âge on finit par ployer sous le souvenir de toutes ces méchancetés gratuites et marques de mépris en tout genre, et à fuir toute compagnie humaine.

Les chrétiens d'autrefois se consolaient de ce genre de malédiction en attendant une récompense dans l'au-delà. Tel n'est pas du tout mon cas. Je suis certain que tout cela est absolument sans remède. C'est pourquoi je répugne désormais à m'engager pour des causes, et à entreprendre quoi que ce soit. Je sais que mon appui n'est d'aucune utilité à personne car il attirera plutôt aux idées ou aux gens que je défendrai un surcroît d'opprobre et de dénigrement. Rester dans la position d'un commentateur désabusé et peu lu est encore la meilleure chose à laquelle je puisse aspirer dans une telle configuration.

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Ankara sans les Etats-Unis

21 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient

Al Nosra a perdu l'aide turque et perd Alep du même coup. L'Occident quant à lui perd Ankara : les représentants d'Erdogan se réunissent avec les Iraniens et les Russes à Moscou sans le parrain américain. Astana au Kazakhstan devrait prochainement remplacer Genève comme capitale des négociations sur la Syrie. Ankara lâche les puissances du Golfe, Le Caire aussi. Mauvaise saison pour le wahhabisme. Erdogan se rapproche d'autant plus de Moscou que l'assassinat de l'ambassadeur russe hier est parfois excusé par la grande presse (le New York Daily News compare le meurtrier à celui qui tenta d'assassiner Hitler !). Il accuse même Gülen, et, en filigrane, l'OTAN, d'avoir commandité l'opération. Ajoutez à cela le fait que Pékin co-finance l'effort de guerre russe en Syrie et y installe une base navale : l'Occident est vraiment en train de tout perdre dans l'affaire syrienne.

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Leishmaniose dans les camps de réfugiés en Irak

21 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies

Il fait plutôt doux en Irak cette semaine dans la journée mais pas dans les montagnes de Sinjar où la neige est arrivée et une épidémie de leishmaniose se répand dans les camps de réfugiés. Une sale maladie  de trois ou quatre variétés transmise par des insectes des régions chaudes (elle existe d'ailleurs même dans le Sud de la France), qui provoque d'abord des lésions de la peau comme la lèpre difficiles à soigner, puis elle attaque les viscères et peut devenir mortelle. Les GIs américains l'ont appelée le "furoncle de Bagdad".

Adlay Kejjan, la directrice de l'Organisation des femmes américaines yazidies (Yazidi American Women Organization) m'écrit : "L'apparition de l'épidémie est très mauvaise nouvelle. Cela prend un an pour guérir tout seul quand on a une vie saine et de bonnes conditions d'hygiène et de nutrition. Mais beaucoup de gens meurent et dans le cas des Yazidis infectés, ils n'ont aucune chance dans leurs conditions de vie actuelles". Traiter un patient en Irak leur coûte 10 dollars. Ils ont en urgence 60 personnes à charge dans les camps. Vous pouvez leur envoyer de l'argent en euros par Paypal ici. Je transmets l'information à toutes fins utiles. Je peux aussi indiquer aux lecteurs de ce blog, s'ils le souhaitent, d'autres moyens d'aider les rescapés des griffes de Daech. Contactez moi.

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Alep, Bahrein, Brejnev

19 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca

Toujours beaucoup de news contradictoires sur Alep en ce moment. On parle de pillages par l'armée du régime et ses alliés des milices, de remplacement de population par les Iraniens qui veulent y implanter des chiites de Kefraya (près d'idlib) - une logique de nettoyage ethno-religieux à la bosniaque en quelque sorte. La Russie dit vouloir protéger les déplacés et menace de bombarder quiconque attaque les convois, y compris ses alliés syriens et iraniens. Tout n'est pas vrai dans la propagande anti-iranienne et anti-Assad sur Alep (par exemple les Egyptien on arrêté des photographes qui montaient des fausses scènes de pillage d'Alep dans leur pays...) et tout n'est pas faux...

Un type écrit ironiquement sur Twitter : "La répression d'Assad à Alep est terrible : il pousse les femmes à se promener dans les rues sans voiles sur les cheveux pour tourmenter les "démocrates" ".

Le général Hossein Salami commandant adjoint des Gardiens de la Révolution iraniens pour sa part pérore : après Alep, le Yémen le Bahrein !

Bah mince alors ! que va-t-il se passer si la flotte américaine ne peut plus mouiller dans les eaux de Manama ? et si les princes saoudiens et les ingénieurs occidentaux ne peuvent plus y faire du tourisme sexuel ? Amusant commentaire d'un voyageur à propos de l'hôtel Gulf Gate en 2011 que l'hôtel n'a pas fait disparaître : "Guf Air m'a envoyé à cet hôtel car mon avion était retardé. J'arrive à 3 h 30 du matin. Au rez de chaussée une fille me racole dans le hall à la sortie de l'ascenseur. Deux autres frappent à ma porte quand j'entre dans ma chambre alors que je voulais juste dormir." Des Russes, des Philippines, des Thaïlandaises etc. "Leave me alone i'm a family man" comme dans la chanson de Mike Oldfield. "Le gouvernement a fait des efforts très modestes pour mener des enquêtes, engager des poursuites et condamner les responsables des traffics" notait cette année le département d'Etat américain cette année... Normal, quand ça rapporte... Le premier ministre anglais était à Manama hier. Elle a demandé que cesse la répression contre les chiites pro-iranien. Mais rien sur la prostitution.

Bien sûr il n'y a pas que sur le Proche Orient que l'on pourrait pleurer. Le taux du "fémicide" en Amérique latine fait froid dans le dos, et les horreurs de la guerre civile au Sud Soudan évoquent désormais celles de l'Est du Congo...

Bon, on se change les idées ? Petit flash back historique : c'est Lenta qui le dit : 50 % des Russes ont une opinion positive de Brejnev (dont on fête aujourd'hui le centenaire de la naissance), contre 16 % d'opinions négatives. Pas si mal somme toute. L'article ajoute que les opinions favorables seraient encore plus nombreuses si le SG de PCUS ne s'était pas accroché trop longtemps à son poste. On comprend que beaucoup d'Américains considèrent la Russie comme un pays encore communiste...

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