Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Claudine Chonez et l'univers de la passion dans la mouvance communiste

15 Mai 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1950-75 : Auteurs et personnalités

Il y a un passage des Mémoires d'infra-tombe (de 1951, p. 81) où Julien Benda (qui était assez misogyne) s'énerve contre Claudine Chonez parce que celle-ci dans la revue littéraire "la Nef" l'accuse de ne rien comprendre à la poésie moderne (il la qualifie de "Walkyrie du nouvel art" peut-être parce qu'elle a été correspondante de guerre). Benda en profite pour s'énerver contre les poésies absconses, ce qu'on retrouve aussi dans Marcel Aymé ("Le confort intellectuel").

Cela m'a donné envie de m'intéresser au personnage. La fiche Wikipedia en dit hélas peu de choses. Cette vidéo où elle apparaît en 15ème minute nous renseigne sur ses débuts en 1936, à 24 ans, comme journaliste à la radio "Le poste parisien", ce qui lui permit de rencontrer Colette qui fut pour beaucoup dans sa promotion intellectuelle puisqu'elle lui a proposé de faire des critiques de livres dans le cadre de "La demi-heure de Colette".

On peut trouver étrange qu'une journaliste ait été ainsi promue au rang de critique littéraire sur un concours de circonstances - notamment le fait que son prénom correspondît à celui d'une héroïne de l'écrivain si l'on en croit son interview - et que cela lui ait conféré ensuite une assise pour attaquer des sommités de l'envergure de Julien Benda. Et l'on comprend que Chonez et son mentor Colette incarnât aux yeux de ce dernier tout ce qu'il détestait (le culte des passions, de la spontanéité, de l' "authenticité" contre la raison), et qu'il se soit étranglé d'être attaqué par cette univers-là... On voit cependant que ce monde de la passion dans l'après-guerre était très valorisé dans la mouvance communiste (à l'époque où Breton et Aragon étaient au pinacle), et que "la femme étant l'avenir de l'homme", des femmes tout particulièrement en ont profité (Wikipedia souligne son statut de "compagnon de route" du PCF, ce qui lui valut d'avoir une note nécrologique flatteuse dans l'Humanité en 1995 - Alexandra Kollontaï, enterrée dans l'indifférence générale, en eût pâli de jalousie).

Clémentine Autain est fille de cette histoire-là.

 

Lire la suite

"Mémoires d'Infra-tombe" de Julien Benda

15 Mai 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

memoires.jpgDepuis un siècle et demi à chaque génération on rencontre dans le champ intellectuel une personnalité-phare qui accepte d'occuper le rôle du vieux rationaliste grincheux. Il y eut en Angleterre Bertrand Russell, en France Julien Benda (l'auteur de la célèbre "Trahison des clercs"), aujourd'hui il y a Noam Chomsky. Ces intellectuels ont été souvent isolés parce que la "mode" était la défense des passions. Chomsky l'est encore mais peut-être moins parce que l'état des sciences et de la technique aujourd'hui est de nature à susciter plus d'intérêt pour le rationnalisme et parce que les excès de l'irrationalisme a fini par épuiser la politique à la fin du XXe siècle.

Je lis Benda qui, lui, fut particulièrement isolé à l'époque des grands mouvements de masse - fascisme, communisme, mais aussi développement de la société de consommation à l'américaine.

Divers points de son petit livre, Mémoires d'infra-tombes paru chez Julliard (collection "La nef" en 1952 pour la modique somme de 360 F), un petit livre court qui renvoie à beaucoup de points déjà développés dans l'oeuvre antérieure de Benda. Plutôt que de longs discours, voici des citations de son ouvrage :

"Je n'attaque nullement l'irrationalisme. J'attaque ceux qui, sous prétexte d' 'élargir le rationalisme', Bergson avec son 'transrationalisme', Bachelard avec son 'surréalisme', Maublanc avec son rationalisme 'moderne' en prêchent la stricte négation, dont ils ne veulent convenir" p. 142

"Comment la société française, si profondément rationaliste aux XVIIe et XVIIIe siècles, qui l'est encore éminemment dans les trois premiers quarts du XIXe siècle avec son admiration pour Taine, Renan, Claude Bernard, Michelet, devient-elle soudain ivre de mysticité avec Barrès, Bergson, Péguy, Mauriac ?

L'influence allemande n'explique rien. La mysticité de l'âme d'outre-Rhin a toujours existé et les Français le savaient. La question est : pourquoi les conquiert-elle aujourd'hui ? Les romantiques de 1830 y avaient complètement échappé" p. 132

Sur Heidegger (dont Beaufret était le prophète) "M. Jean Beaufret exalte une philosophie qui, riche, dit-il de sa propre inquiétude, ne confond pas le besoin de certitude avec le souci de la vérité.

Je demande au promoteur de ces arrêts si une inquiétude qui consiste à s'agiter dans des problèmes insolubles, sur lesquels l'humanité n'a pas avancé d'un pas depuis trente siècles qu'elle s'y applique, constitue pour elle un enrichissement " p. 83

"Un de mes exégètes, M. André Thérive, a dit que j'avais la haine de la vie. Cela est vrai et elle ne me passe pas avec l'âge" p.18

"Ces publications qui procèdent par affirmation purement gratuite, au service d'une action morale - c'est le cas d'à peu près toutes aujourd'hui - ne me sont, en tant que je ne m'intéresse qu'à la pensée désintéressée, d'aucune valeur" p. 37

"Le fameux mot de Mussolini : 'Méfions-nous du piège mortel de la cohérence' pourrait être signé de tous ceux qui entendent poursuivre une oeuvre au sein de courants qu'ils ne peuvent pas prévoir. L'action n'a que faire de la vérité, et j'approuve ceux qui se moquent d'elle quand l'objet auquel ils aspirent - et c'est le cas des communistes - m'est sympathique" p. 62

benda.jpg"Je n'ai que mépris pour ceux qui, comme un Barrès ou un Valéry, trouvent bon que les trois quarts de l'humanité tournent la meule pour qu'ils puissent écrire une belle phrase - qui n'est même pas toujours belle" p. 64

"Pacifisme : désir de relations juridiques entre les nations" p. 69

"La croyance en un nouvel esprit humain [à venir] est un pur acte de foi - d'ailleurs pathétique" p. 91

"Le mépris des livres au nom de la vie est une ânerie du romantisme" p. 130

"Reste la satisfaction d'avoir fait une belle oeuvre. Mais alors j'aurais dû la garder dans mes tiroirs. Publier implique qu'on cherche des suffrages. L'homme qui publie un livre dont personne ne parle est toujours un peu ridicule" p. 141

"Je dois spécifier toutefois ma position en face du mystérieux. Le mystérieux ne m'importe que dans la mesure où j'ai des chances de le voir cesser de l'être, devenir explicable" p. 142

 

Passage extraordinaire contre Barrès p. 18-19, Jankélévitch p. 85, Breton p.95, Gide p. 145, sur mathématiques et liberté (p. 23 - avec la citation du nazi Haupt "à bas la vérité juive d'Einstein". P. 26 sur le refus de signer une pétition pour des ouvriers condamnés. Sur le caractère nécessairement terne et ennuyeux (qui plait au philosophe mais pas à l'esprit littéraire) de la démocratie p. 30 Benda favorable à Piaget p. 147

A propos de Descartes et des tentatives de récupération par Bergson, l'existentialisme, et les marxistes : "On peut se demander si la gloire d'une philosophie n'a pas pour mesure la déformation que lui assènent tous les partis pour se réclamer d'elle". p. 139

 

Les phrases de Benda que je condamne : "Ils hurlent contre le colonialisme, avec raison, au nom des Droits de l’Homme, mais accepteront-ils que la France devienne une nation de troisième ordre quand elle n’aura plus de colonies ?" p.70 ou "Les femmes ne perdent pas leur temps, elles perdent le temps des hommes. La femme est chronophage" p. 58 ou encore "On se demande parfois si les Tolstoï, les Romain Rolland, les Mauriac, avec leur abaissement du juridique au nom de l'amour, n'ont pas fait plus contre la paix que l'hystérie des Nietzsche et des Hitler" p. 32.

 

 

 

Lire la suite

"La démocratie des crédules" de Gérald Bronner

14 Mai 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

Ci-dessous mon compte rendu du livre de G. Bronner publié sur Parutions.com

chreiben

Chacun pourrait en convenir : plus le niveau culturel et la diffusion de l’information augmentent, plus les excès de la culture du soupçon hyperbolique (moins constructif que le doute hyperbolique de Descartes) peuvent être une source d’anomie, spécialement dans une démocratie libérale où la légitimité du pouvoir repose plus qu’ailleurs sur l’opinion commune et où la course effrénée au scoop dans les grands médias est loin de servir systématiquement les intérêts de la raison.

En militant dévoué de la cause de l’intelligence critique mais structurée, le sociologue Gérald Bronner entreprend donc de combattre cette dérive et, pour ce faire, nous propose un ouvrage intéressant qui décrit finement les processus de la tromperie, dissèque des cas, invente des catégories ou les reprend à d’autres travaux universitaires (le biais de confirmation, effet Werther, effet râteau, etc.), fondés sur des tests de logique ou des expériences de psychologie sociale (qui laisseront le lecteur plus ou moins sceptique suivant les cas). Un des grands mérites du livre est de montrer comment Internet amplifie les travers habituel de la psychologie des foules, en favorisant notamment la diffusion des idées des plus motivés au détriment des esprits modérés qui sont pourtant, bien souvent les véritables «sachants» (notamment dans les polémiques scientifiques, sur le nucléaire, les OGM, etc.). Le texte de Bronner comme tous les travaux inspirés est d’une lecture agréable et pourrait susciter l’adhésion pleine et entière si toutefois il ne pêchait par deux carences graves. 

La première tient à une certaine fragilité de forme et de fond. La forme, ce sont les nombreuses coquilles très surprenantes chez un grand éditeur universitaire. Non moins étonnantes sont les insuffisances de fond : ainsi, est-il possible qu’un chercheur relu par un comité de lecture écrive : «la vision biblique du monde qui avait prévalu pendant près de trois mille ans» (pp.23-24) ? Faut-il lui rappeler que cette «vision» ne «prévaut» dans le bassin méditerranéen que depuis 1600 ans, et ailleurs depuis bien moins longtemps ? L’erreur ne serait qu’étourderie si elle ne trahissait un réel manque de profondeur historique. Par exemple quand l’auteur feint de croire que c’est la première fois que le complotisme se dirige contre les pouvoirs en place et non contre les déviants : cette thèse, pour être convaincante, devrait procéder d’une comparaison minutieuse avec des cas anciens de paranoïa contre les pouvoirs dominants, par exemple contre Marie-Antoinette reine de France juste avant la Révolution française ou contre le pouvoir «papiste» aux grandes heures des guerres de religion. De même, pour convaincre de ce qu’il y a de vraiment nouveau dans le refus parmi ses fans de croire en la mort de Michael Jackson, il faudrait le comparer avec d’autres hallucinations collectives similaires, comme celle selon laquelle l’empereur Néron n’est pas mort en 68 de notre ère, croyance qui, paraît-il, connut un grand succès en Asie Mineure à l’époque de la rédaction de l’Apocalypse de Jean. Lorsque Bronner avance que les technologies accélèrent la diffusion des erreurs, voire leur invention, l’énoncé serait plus acceptable s’il faisait l’effort de mieux démontrer en quoi les biais que suscitent Internet et les vidéos par exemple n’existaient pas déjà par le passé. Et l’argument selon lequel les égarements d’aujourd’hui peuvent être déclarés absolument nouveaux et sans aucun rapport avec l’obscurantisme d’autrefois du fait de notre haut niveau d’éducation ne peut être pris pour argent comptant que si l’on oublie que les fables les plus invraisemblables écrites par le passé l’ont été par des esprits hautement cultivés (par exemple la Vie d’Apollonios de Tyane sous Caracalla, à laquelle visiblement son auteur très cultivé croyait dur comme fer).

La deuxième faiblesse de l’ouvrage est idéologique et elle crée un véritable point aveugle dans son raisonnement : la plupart des croyances collectives que Bronner dénonce sont l’œuvre de milieux contestataires qui s’opposent aux grandes entreprises ou aux gouvernements. Or les mensonges diffusés par ces derniers sont, eux, passés sous silence. Vainement on cherchera, par exemple, dans ce livre des démonstrations sur les massacres de Timisoara en Roumanie, de Racak au Kosovo, les «armes chimiques» de Saddam Hussein et autres inventions des propagandes de guerre diffusées à très grande échelle (plus grande bien souvent que les mythes des contestataires). Cela n’a pourtant rien d’anecdotique, car ces mensonges sont pour beaucoup dans le développement de l’esprit de défiance que l’auteur remarque et dénonce dans notre société. Une véritable dialectique existe dans les mass-media entre «mensonges d’en haut» et fantasmagorie contestataire dont le livre omet complètement d’expliciter le mécanisme. Or si la progression de l’irrationnel mérite d’être critiquée, encore faut-il le faire à partir d’un point de vue impartial qui en considère toutes les dimensions.

Lire la suite

Et super anc petram edificabo...

13 Mai 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Atlas alternatif

particPassé dans les locaux du Monde Diplomatique aujourd'hui. Discuté avec une journaliste et leur rédac chef. Puis à l'Assemblée nationale, vu une députée. J'en ai profité pour parler un peu de la Corée de ci de là. Il y a une pétition en préparation en Chine, si j'ai bien compris. Comme je l'expliquais depuis quelques mois, j'ai besoin  de briser un peu l'enclavement de mes actions et de mes livres, pour trouver des pistes pour des projets collectifs nouveaux. Le bon accueil qui m'a été fait aujourd'hui est encourageant. Je pense pouvoir faire un usage utile au bien commun de ces nouveaux contacts. Je me sens somme toute assez détaché des enjeux personnels et des enjeux politiques collectifs (bien plus qu'il y a cinq ou dix ans) pour pouvoir aborder tout cela sereinement et avancer pas à pas, sans illusion excessive mais sans trop de pessimisme non plus. 

Lire la suite

Todd, le PS, la banque et l'Allemagne

12 Mai 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Extrait d'une interview de Todd dans Marianne :

 

"La réforme bancaire a été neutralisée par la toute fraîche députée PS Karine Berger, qui, je cite Wikipédia, avait auparavant travaillé pour Euler Hermes, filiale du groupe allemand Allianz, aidée par son associée, Valérie Rabault, venue, elle, de la Société générale et de BNP Paribas. Ensemble, elles ont signé un livre au titre visionnaire : Les Trente Glorieuses sont devant nous.

On pourrait aussi citer des gens comme Emmanuel Macron, jeune secrétaire général adjoint de l'Elysée, venu de la banque Rothschild. Le passé de ces personnes, et sans doute leur avenir, à partir de 2017, quand il n'y aura plus qu'une poignée de députés PS à l'Assemblée, sont dans le système bancaire. L'opération « mains propres » est donc un scandale. (...) L'incarnation totémique du système français, c'est Michel Pébereau, devenu le parrain de ce petit monde. "

 

En revanche je suis en désaccord complet avec Todd sur l'Allemagne, à la fois quand il présente Merkel comme une simple fondée de pouvoir des banques (c'est une fondée de pouvoir de son électorat) et quand il lance des anathèmes délirants du genre "La social-démocratie allemande, historiquement et géographiquement, est dans la continuité du protestantisme, donc du nationalisme.", ou "Mais l'Allemagne, qui a déjà foutu en l'air deux fois le continent, est l'un des hauts lieux de l'irrationalité humaine. Ses performances économiques « exceptionnelles » sont la preuve de ce qu'elle est toujours exceptionnelle. L'Allemagne, c'est une culture immense, mais terrible parce que déséquilibrée, perdant de vue la complexité de l'existence humaine."

Lire la suite

Armée et progressisme dans le Tiers-Monde selon Vijay Prashad

12 Mai 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

J'ai déjà dit du bien sur ce blog du livre de Vijay Prashad "Les nations obscures" (éditions Ecosociété). Et ce n'est pas parce que Prashad fut contributeur de l'Atlas alternatif (car je peux le dire aujourd'hui nous eumes aussi des contributeurs mauvais). Son livre apporte un éclairage de gauche, c'est à dire du point de vue de l'appropriation du pouvoir par le peuple, de la construction des nations du Tiers-Monde et c'est très précieux, car il se nourrit aussi aux sources de combattants de la liberté (comme les communistes sud-africains) aujourd'hui trop souvent oubliés.

 

A la différence d'Alan Blum, Prashad ne met pas sur le dos de l'impérialisme extérieur les échecs du Tiers-Monde. Il appelle aussi à une analyse des rapports de classes dans chaque pays et pour lui un Mobutu ou un Pinochet sont des éléments de l'impérialisme aussi, pas seulement ses jouets (et il insiste sur le fait que ceux-ci n'étaient pas seulement instruments des Etats-Unis mais qu'ils instrumentalisent aussi Washington).

 

Jpolisario.jpge recommande à ceux qui le liront les analyses de Prashad sur les coups d'Etat. Il montre notamment comment le rôle de l'armée dans les pays du Sud fut pensé par les hauts fonctionnaires comme un facteur de modernisation et de progrès pour renforcer des Etats archaïques. C'est  très important car comme aujourd'hui, dans les années 50-60, ce n'était pas seulement une stratégie brutale et cynique du capitalisme qui était à l'oeuvre sous la houlette du Pentagone, il y avait aussi une forme d'aveuglement sur ce qu'était réellement le progrès social.

 

Prashad distingue finement les coups d'Etat de colonels et ceux de généraux, et montre comment des pays comme Cuba ou la Libye s'en sont protégés avec des systèmes de milices, qui ont à la fois diminué les risques de putsch (c'est le côté positif) et diminué le pluralisme de la société civile (ça c'est le négatif).

 

A l'heure où la France va dimininuer de 20 000 ses postes dans l'armée et où certains évoluent dans un imaginaire paramilitaire il est bon de s'en souvenir.

 

Je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'écrit Prashad (certains détails sur la politique de l'URSS et de la Chine par exemple), mais il faut reconnaître que son livre est foisonnant et brillant. Je l'approuve aussi, bien sûr, sur la question des imaginaires racialistes et religieux qui aujourd'hui viennent suppléer le capitalisme. L'odieuse manifestation de 200 000 personnes au Bangladesh à l'appel d'Allama Shah Ahmad Shahi, pour réclamer notamment une nouvelle loi sur le blasphème, pour que «les athées soient pendus» le 5 mai, alors qu'on se serait plutôt attendu à une manif contre le patronnat onze jours après l'effondrement du Rana Plaza , l'a encore illustré récemment, voyez là-dessus l'article de Nazim Rochd dans Le Jour d'Algérie. 

Lire la suite

Por el suelo

11 Mai 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse

mon-bureau.jpgLes exemples de traitement abject de l'actualité sont nombreux chaque semaine. On perdrait son temps à les relever. Mieux vaut détourner son regard, car la fange pousse vers la fange, et nous en sommes entourés de tous côtés. Quand on sait ce qu'est la Libye aujourd'hui, quand on sait ce que nous en avons fait, et ce que cela a provoqué tout autour de ce pays (au Mali notamment), on se dit qu'on n'aimerait pas être Charles Carrasco et avoir écrit cet article là sur Aïcha Kadhafi le 13 avril dernier. Il y a des façons de s'acharner, et de s'acharner lourdement en feignant d'ignorer l'arrière-plan, qui ne sont pas belles, pas belles du tout, qui ne grandissent ni une profession ni une époque. Les Charles Carrasco d'aujourd'hui sont les Piotr Smolar d'hier, les Alexandre Adler, Nathalie Nougayrède et Christophe Châtelot d'avant hier. Toujours différents et toujours les mêmes, d'un lustre à l'autre. Il manque à tout ces gens un "je ne sais quoi", comment dire ? Allons, parlons d'autre chose, on abime son clavier à parler de cela.

Lire la suite

Agenda personnel, Bangladais et Rohingyas

10 Mai 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

beesJ'ai renoncé à mon projet de voyage en République populaire démocratique de Corée cet été, que je remplace par la rédaction d'un ouvrage de philosophie inspiré par mes amis chomskyens sur Facebook. Un livre testament - je passe mon temps à écrire des testaments dans tous les domaines depuis cinq ans.  Je me fous du qu'en-dira-t-on plus qu'il y a 3 ans, et m'en foutrais encore plus si mon livre bilan sur 15 ans d'activiste n'était en attente de publication chez 4 éditeurs (Losange, Amsterdam, Delga, et un quatrième dans l'Ouest de la France dont j'ai oublié le nom), et mon bouquin sur mes trois dans en Seine-Saint-Denis chez deux éditeurs (Michalon et Forges de Vulcain). Pour rendre service à un pote journaliste j'ai demandé à Parutions.com de commander "Le vilain petit Qatar" et je leur ai demandé aussi "La théorie du drone" et "Virgules en trombe" d'une écrivaine algérienne.

Je tâte un peu le terrain pour une candidature aux municipales en Béarn (ça c'est mon daimon politique voire politicard, pour reprendre une métaphore socratique, qui me tire par les pieds, comme dirait Annie Cordy). J'ai toutefois conscience que mes chances sont fragiles, surtout dans une région si peu sensible aux mouvements du monde. Ce serait purement donquichottesque, mais à 43 ans il faut bien s'amuser un peu.

J'ai échoué à sensibiliser mon entourage au problème de la position de l'OFPRA sur la question des réfugiés bangladais. Le drame du Rana Plaza, si bien commenté par l'immense Vijay Prashad (contributeur de l'Atlas alternatif) aurait pourtant pu y aider. Les gens ne saisissent l'enjeu que sous l'angle du consumérisme. Le commentaire le plus con dans cet optique je l'ai trouvé sous la plume d'un avocat francilien sur Facebook : "Payons nos jeans plus cher, pour avoir la garantie que les salariés bangladais seront mieux protégés". Quelle ineptie ! Les vêtements Benetton sont chers ! Payer cher ne garantit rien du tout.

Enfin quand même le Bangladesh second exportateur de textile du monde, ça laisse rêveur... Le Bangladesh grande usine à ciel ouvert. Les libéraux diraient : voilà la prospérité d'une nation en marche, à la génération suivant ils seront riches ! Sans doute. Si leurs syndicats, comme chez nous dans les années 30, font ce qu'ils faut pour exiger la redistribution. Donc plutôt que d'attendre que nos multinationales donneuses d'ordres aillent fliquer leurs soustraitants aidons plutôt les syndicats bangladais à agir ! N'est-ce pas Mme Quitterie de Villepin ?

Tenez puisqu'on parle de l'Extrême-Orient, un type pas très sérieux que j'ai interviewé du temps de la mobilisation en France pour les Rohingyas de Birmanie l'an dernier m'a envoyé un SMS. Voilà qui m'a rappelé que ce peuple "le plus mal traité du monde" selon certains experts n'émeut toujours personne dans l'intelligentsia française...

 

Lire la suite

Le 9 mai à Soukhoumi

10 Mai 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

10-mai.JPGHier en Abkhazie, on fêtait le 9 mai, anniversaire de la victoire du monde sur le régime national-socialiste allemand. Il y avait une banderole près de la statue du Soldat inconnu qui disait "les héros de cette guerre nous n'oublierons jamais" et des vieux vétérans de la seconde guerre mondiale (dans ce pays du Caucase qui se vante de battre des records de longévité). Il y avait une petite fille à moitié turque qui donnait une fleur aux anciens combattants.

 

A Tbilissi, capitale de la Géorgie qui prétend reconquérir la province sécessionniste abkhaze, le 9 mai fut aussi fêté. Avec plus de ferveur ou moins ? Je ne sais pas.SAM_2467-001.jpg

Lire la suite

L'esthétique du Putsch

8 Mai 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

goya.jpgUn petit parti souverainiste s'est débarrassé il y a peu d'un cadre dont on me dit qu'il avait un imaginaire "paramilitaire". Et je lis dans Marianne que Copé parle de mai 58 et que Sarkozy rêve de coup d'Etat. François Hollande devrait y prendre garde : mediocritas audaces juvat. A force de priver le pays de tout élan, de toute perspective, et tandis que les institutions publiques comme l'école s'avilissent et ne parviennent plus à structurer des esprits, beaucoup de cerveaux un peu faibles pourraient devenir aventureux, à l'image des cinglés américains (ou djihadistes) qui tirent dans les foules, ou des nostalgiques de la guérilla... Et du côté du Front de gauche il est urgent aussi de définir une alternative révolutionnaire légale un peu plus ouverte, intelligente et moins narcissique que celle que l'on nous propose en ce moment...

Lire la suite

Le petit théâtre de Yahoo !

5 Mai 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

En ce jour de manif du Front de gauche à Paris (allez-y), les chiens de garde tiennent bon. Yahoo.fr sur Internet assume ce rôle sans complexe. A propos du Venezuela il titre : "Nicolas Maduro insulte Obama" et sous-titre "Ca commence mal". Oh la la ben dis donc, il a osé insulter notre gentil Obama, bouh le méchant !  En fait Nicolas Maduro a qualifié le président des USA de "grand chef des diables" (oh l'insulte affreuse).

 

Pour faire bonne mesure Yahoo explique que Marine Le Pen et Mélenchon sont jugés "sectaires" par 60 % des français. Ouf ! Les équations sont bien en place FN=FdG --> votez UMP/PS...

 

boat.jpgBon vous avez raison à quoi bon faire de la pub pour Yahoo ? Le problème c'est que beaucoup d'usagers de moteurs recherches tombent sur les "Une" débiles de Yahoo. Et comme ils n'ont pas de droit de réponse, essayons de répliquer un peu sur les blogs. Allez messieurs de la multinationale Yahoo, changez un peu vos habitudes, faites votre gros titre sur la marine privée financée par vos amis de Glencore au Puntland en Somalie, et parlez nous un peu des poursuites judiciaires contre Glencore en Suisse. Glencore sont-ils juste un peu "sectaires" ou un peu plus que ça ?

 

Lecteurs sortez du théâtre d'ombres, sortez de la caverne !

Lire la suite

Albert Camus, le nihilisme intellectuel, la recolonisation

3 Mai 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Le publiciste Michel Onfray ayant récemment craché sur le combat du FLN (mais diable qui est ce type pour se permettre cela lui qui n'a mouillé sa chemise pour défendre aucun peuple victime sauf le notre pendant la campagne referendaire sur le traité constitutionnel européen !) et voulu réhabiliter Camus, je préciserai juste en deux mots ma position sur la phrase de ce dernier auteur "Entre la justice et ma mère je choisis ma mère"?

 

Je comprends qu'il est humainement un peu difficile pour un homme dont la famille est impliquée dans une guerre de garder une hauteur de vue. Selon moi un auteurqui se sent définitivement trop impliqué affectivement dans un conflit où la justice n'est pas de son côté, il doit définitivement renoncer à par en tant qu'intellectuel, puisque l'intellectuel doit parler pour l'universel. Le message "je choisis ma mère" est un message nihiliste. Les nazis auraient pu dire la même chose (ou Le Pen "je préfère ma soeur à moi cousine" etc) et il est clair qu'au minimum, comme le dit Kateb Yacine ci-dessous, Camus aurait dû donner la parole à tout le monde dans ses livres, notamment aux "musulmans"  (dans mon livre sur l'Abkhazie, malgré mes liens affectifs avec les Abkhazes qui m'ont invité, j'ai aussi donné la parole aux Géorgiens leurs ennemis, quand il y a un doute sur la justice c'est un minimum).

 

De toute façon le fantasme de recolonisation de l'Algérie qui travaille la propagande pro-Camus en ce moment est connu (voir le débat sur le "caravane Camus" par exemple). C'est un contexte à prendre en compte, même si, dans l'affaire qui nous préoccupe, mon propos est surtout de souligner le problème d'articulation entre universalité du jugement et particularité des situations affectives.

 

Lire la suite

"Rachida aux noms des pères"

3 Mai 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

rachida.jpgEnvie d'une BD sur un personnage glauque dans un milieu glauque ? lisez  "Rachida aux noms des pères", de Derai, Swysen et Paulo. Voilà des planches hélas fort bien informées qui vous rappellerons les pires heures du précédent quinquennat. Beurk ! Plus jamais ça !

Lire la suite

Retourner à la philosophie

1 Mai 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

plato-copie-1.jpgDepuis quelques jours un certain nombre de chomskyens qui ont lu ma contribution au Cahier de l'Herne m'ont rejoint sur Facebook. A leur contact je me trouve à nouveau embarqué dans des débats que je trouve un peu biaisés entre "rationalistes" et "postmodernes". Ce biais ne peut être aisément corrigé par la simple rédaction d'un article.

Il est peut-être temps que j'écrive un livre "sérieux" et non plus seulement un de ces livres de voyages pour distraire les esprits curieux. Ecrire un livre de philosophie, un vrai, un livre sur l'histoire de la philosophie qui remettrait les pendules à l'heure quant au rapport des philosophes au monde. Ce n'est qu'à travers cela, que l'on pourrait redresser efficacement certaines erreur et rendre justice à ce qu'est vraiment la philosophie...

Donc puisque personne ne veut me suivre en Corée du Nord, et qu'aucune dynamique ne se dessine autour de ce projet de voyage, laissons tomber cette aventure et consacrons plutôt l'été à écrire un livre de philosophie.

Lire la suite

La manif anti-ingérence d'Antioche, le devoir d'information et la gauche

30 Avril 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

La gauche de la gauche en France n'aime pas la dictature syrienne. Pensez par exemple au député de Seine-Saint-Denis François Asensi qui dès 2011 demandait à la France de rompre les relations diplomatiques avec Bachar El-Assad. On la comprend. Elle estime, non sans raison, que les peuples de langue arabe méritent mieux que des dictatures. Il y a des exceptions : certains communistes "old school" par exemple, qui se rappellent que la Syrie baassiste avait quand même quelque chose de non-aligné et de pro-Palestinien (au moins par intermittence), et surtout qui se disent qu'entre le baassisme (éventuellement un peu "démocratisé") et l'éclatement du pays (façon Somalie) ou la guerre civile larvée ou ouverte (façon Irak) le choix devait plutôt pencher pour la première option. Les mêmes divisions se rencontrent un peu partout. Apparemment en Syrie aussi il y a des communistes bacharistes et d'autres anti.

Moi je n'ai pas d'opinion très tranchée sur la Syrie, si ce n'est que je suis résolument contre les ingérences occidentales. Je suis prêt à reconnaître face aux fanatiques du "regime change" que le bacharisme est réformable par des moyens plus "soft", et face aux amis du régime syrien que l'ASL n'est pas la bande de fous intégristes qu'ils prétendent (mais l'ASL pèse-t-elle encore ? ou est-elle déjà hors circuit face à Al-Nosra comme la LDK kosovare de Rugova l'était déjà au printemps 1999 face à l'UCK de Thaci ?).

Je regrette seulement que la position plutôt inconsistante des appareils politiques à gauche de la gauche soit aujourd'hui un obstacle à l'information des citoyens. Par exemple la position plutôt anti-Baas du Parti communiste français ne permet pas au lecteur moyen de l'Humanité ou de l'Humanité Dimanche de savoir que la gauche de la gauche turque (ou grecque, ou portugaise) est beaucoup plus radicalement anti-ingérence occidentale que le PCF. Et elle ne permet pas à ce lecteur de savoir, par exemple, qu'il y a eu une grande manifestation à Antioche dimanche dernier contre l'ingérence occidentale organisée par le PC turc, en collaboration avec le PC syrien. De même qu'elle ne permettait pas en 2012 à ses lecteurs "de base" de savoir que les dernières tribus kadhafistes étaient liquidées vraisemblablement à l'arme chimique à Syrte et à Bani Walid en Libye - une information qui aurait pourtant pu être utile au lecteur-citoyen, quoi que l'on pense, par ailleurs, du kadhafisme (d'autant que cette liquidation est loin de n'avoir fait que des victimes militaires).

Cela a pour inconvénient de faire peser sur de simples individus le devoir de "contre-information", ce qui est lourd à porter pour lesdits individus (je songe à ce site français d'information bachariste dont je n'approuvais pas le contenu, mais dont la fermeture pour cause de lassitude de son auteur me paraît très révélatrice des limites de ce type de diffusion d'info, alors qu'il était pourtant très lu), touche un public limité et prête à caution sur le plan de la fiabilité (car les initiatives individuelles peuvent facilement glisser vers le n'importe quoi).

Tout pourrait être très différent si la gauche de la gauche était plus pluraliste en son sein et moins intimidée par ceux qui la somment de s'aligner sur les dominants. Par exemple cette gauche de la gauche au lieu de chanter la louange d'Aung San Su Kyi, prix Nobel de la paix birmane, au seul motif que son père était un socialiste marxisant, aurait prêté un oreille attentive l'an dernier aux Rohingyas, minorité birmane cruellement massacrée par les extrémistes boudhistes dans l'indifférence générale des occidentaux (et d'Aung San Su Kyi), sans laisser l'Iran se faire leur principal avocat.

Toute notre culture collective serait très différente si la gauche de la gauche "officielle" (et ses médias) était plus pluraliste en son sein et plus capable de contrer les vérités officielles. Ainsi, au lieu de connaître par coeur le nom d'Ingrid Betancourt, une grande bourgeoise colombienne faite citoyenne d'honneur de la ville de Paris uniquement parce qu'elle fut prisonnière de la guérilla des FARC, peut-être les lecteurs de gauche connaîtraient-ils celui d'Anhar Kochneva, journaliste ukrainienne qui, après avoir été enlevée par la guérilla syrienne de l'ASL s'est héroïquement libérée elle-même (sans aucun soutien de chef d'Etat occidental). Anhar Kochneva était présente au meeting communiste d'Antioche. Je me suis demandé si cette journaliste avait des affinités avec la gauche de la gauche turque où, d'après le compte-rendu de l'Association pour la paix, elle jouit d'un immense capital émotionnel de sympathie. Les gens de gauche en France n'auront pas le loisir de se poser la question, car il est évident qu'elle ne sera jamais invitée à aucun meeting du Parti de gauche ou du PCF, lesquels pourtant communiaient sans réserve naguère au culte d'Ingrid Betancourt. Ainsi vont les choses...

Lire la suite