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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Actes de contrition

24 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Un commentateur régulier de ce blog a lancé deux questions à la suite de la petite vidéo d'hier montrant la réaction de François Mitterrand face à ceux qui demandaient des excuses de la République pour la déportation des Juifs sous le régime de Vichy.

 

Pour que ses questions ne passent pas inaperçues, je les mentionne dans ce billet. Mais c'est pour ajouter aussi vite que je ne me sens pas du tout qualifié pour apporter une réponse. Pire : je crois aussi que 75 % des gens qui ont entrepris d'écrire des bouquins ou des articles sur le thème de la repentance n'étaient pas qualifiés pour le faire. Je veux dire que dans les années 1990 il était très facile pour une petit sociologue ou un petit philosophe sans envergure de se faire mousser en demander des excuses de la République ou au contraire en soutenant que celle-ci n'avait pas d'excuses à donner, comme il était facile de satisfaire son égo en dénonçant toutes sortes de génocides réels ou imaginaires sur la planète, ou le "trou dans la couche d'ozone" etc. Du coup je n'ai pas lu les 25 % de textes qui étaient peut-être pertinents sur le thème, mais perdus dans la masse des arguments dépourvus de tout intérêt, ce qui me rend encore moins compétent pour en parler.

 

Je ne peux que livrer quelques bribes personnelles, qui ne sont que de l'ordre de l'affect, qui témoignent en quelque sorte de "l'évolution de ma perplexité" sur ce sujet comme sur tant d'autres, une évolution qui peut-être croisera celle de beaucoup d'autres personnes.

 

D'abord au début des années 1990 j'ai été très frappé par le film Shoah (que j'ai dû voir en 1993), par le procès Barbie, et très marqué par les travaux de Danièle Lochak en histoire du droit. J'ai été choqué de voir que le Conseil d'Etat, institution qu'à Sciences Po on nous apprenait à vénérer, et les éminents juristes qui gravitaient autour de lui, a continué (sans épuration en 1940 ni en 1944) a produire de la légitimation juridique aussi bien sous le régime qui déportait les Juifs que sous la République, et sur les lois les plus répressives et les plus discriminatoires, imperturbablement. Et j'ai éprouvé le même malaise d'ailleurs en découvrant que cette grande institution de la République avait légitimé les camps d'internement et les lois d'exception contre le FLN en Algérie.

 

Tout cela a beaucoup affecté ma foi dans la République française laquelle d'ailleurs ne croyait plus guère en elle-même puisqu'elle a très vite, sous Jacques Chirac, reconnu les droits des victimes au point non seulement de s'excuser - ce que François Mitterrand refusait - mais aussi d'admettre sa responsabilité civile via celle de la SNCF.

 

Puis nous avons connu cette compétition des mémoires et des demandes indemnitaires qui est d'ailleurs répandue dans tout l'Occident et qui est un grand vecteur de replis communautaires (ce que F. Mitterrand dans sa vidéo appelait "la haine"), et auquel ma propre généalogie n'est pas étrangères (puisque les descendants de Républicains espagnols eux-mêmes ont tendance à unir leurs revendications à celles des Juifs pour obtenir réparation de l'internement de leurs aïeux et de leur déportation).

 

Cet affaiblissement de la République française face à la compétition mémorielle a coïncidé avec sa mise sous tutelle de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord et son renoncement à entendre la voix de la souveraineté populaire.

 

Du coup j'ai aussi commencé à écouter d'une oreille différente la voix des défenseurs de la dignité de la République, notamment après que la République française ait pu s'affirmer comme l'unique obstacle sur la scène internationale à la folie impériale étatsunienne en Irak.

 

Aujourd'hui j'entends différemment les mots de François Mitterrand que je ne le faisais en 1993-94. Je remarque leur style, leur intonation. Ils me semblent revêtir une profondeur que je ne percevais pas à l'époque. Ils sont empreint d'une admiration profonde pour les réalisations de la République, et sont un peu plus inspirés que le cynisme à deux balles d'un Eric Zemmour sur le thème "la raison du plus fort est toujours la meilleure".

 

En même temps je n'oublie pas que celui qui les prononce est celui-là même qui a fourvoyé la France dans tous les égarements pour lesquels les victimes réclament des comptes aujourd'hui : le soutien à un régime antisémite, la participation à une guerre coloniale atroce en Algérie, l'alignement de la France sur les Etats-Unis d'Amérique.

 

Je ne peux pas nier complètement non plus que la défense des individus contre la Raison d'Etat est un grand progrès de notre civilisation, que l'individu soit considéré comme une "victime" ou comme un sujet potentiel de son droit et de son histoire. La "dé-banalisation" du crime et du massacre est un progrès incontestable.

 

La repentance est donc juste un sujet qui me laisse perplexe. Il y a 5 ans je me suis mis tous mes collègues juristes à dos quand j'ai demandé qu'une "salle Napoléon" fût débaptisée et qu'on y introduisit une Marianne à cause du souvenir de la restauration de l'esclavage pas l'Empereur (la fonction spécifique de cette salle dans l'espace institutionnel que je ne puis hélas décrire ici sans quoi je manquerais à mon obligation de réserve, justifiait à mes yeux qu'on effaçât à tout prix le télescopage possible avec le souvenir de l'esclavage). On m'accusa de défendre la "political correctness" et de vouloir une repentance permanente de la France.

 

Gaulois

On pourrait dire que si la Sainte Eglise catholique, dont les dogmes internes impliquaient que son pape fût infaillible (un dogme récent certes) a fait acte de contrition la République pouvait le faire sans perdre son âme. Sauf que par la repentance les institutions chrétiennes se grandissent, l'Evangile elle-même le leur prescrit. En va-t-il de même pour les Etats laïques ?

 

Avant hier je longeais un ancien hôpital à Séville qui est aujourd'hui le siège du parlement d'Andalousie. Le guide nous expliqua que ce bâtiment avait été, sous les Rois Catholiques, un élément d'une vaste politique de regroupement et de rationalisation des hôpitaux du royaume de Castille et d'Aragon. Je ne sais pourquoi j'ai été surpris d'apprendre cela parce que tout le monde nous enseigne depuis 1990 à ne percevoir les Rois Catholiques que comme les auteurs du massacre des Amérindiens, de la conversion forcée des Maures et de l'expulsion des Juifs. Or bien sûr nous savons tous que tous ces grands royaumes à l'avant-garde de la modernité occidentale - ceux de France, d'Angleterre et d'Espagne - qui furent des régimes très répressifs furent aussi par ailleurs les premiers à développer de vrais services publics et sauvèrent peut-être ainsi par ce biais beaucoup plus de vies qu'ils n'en ravirent.

 

Saurons nous trouver la juste approche dans le rapport entre l'institution et l'individu (ou le groupe d'individus coalisés) ? Le ton juste dans la défense de leurs droits et de leur souveraineté respective ? Quand je vois en ce moment les particuliers s'adresser aux tribunaux ou aux municipalités sur le ton infantil de l'injure et du "je veux tout tout de suite", et les fonctionnaires ou les responsables de ces institutions mourir de culpabilité et de timidité face à ces agressions, tandis que, par ailleurs, les institutions, elles, volent aux individus le sens du vote démocratique qu'ils expriment, leur mentent, empiètent effrontément sur leur vie privée, tout en se couchant par ailleurs devant les intérêts des grandes entreprises privées (c'est à dire des mâles alpha des individus coalisés en meute), je me dis que le juste équilibre ne peut être atteint dans le système actuel et que c'est d'une refonte complète, peut-être rousseauiste ou rousseauienne, qu'il nous faudrait rêver. Une manière d'éluder peut-être la problématique de la repentance... ou bien de la placer dans son seul cadre légitime...

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Blogs

23 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Plus j'écris sur ce blog et plus il m'est impossible de trouver le moindre sens à cette entreprise. Ca ne peut pas être un moyen de faire de la publicité pour les livres, car mes livres ne sont presque pas cités, et donc je ne peux pas constituer ce blog comme une sorte de "pressbook". Ca ne peut pas non plus être le moyen d'une construction collective d'un oeuvre avec les lecteurs compte tenu de l'apathie et de la volatilité du lectorat d'Internet. Ce n'est donc absolument rien : comme 99 % des blogs qu'on trouve sur Internet, du bruit sur lequel tombe une poignée de lecteurs chaque jour au rythme des aléas d'une recherche par mots clés. Par moment je tire la conclusion juste de l'absurdité de cet exercice en cessant purement et simplement d'écrire. A d'autres moments comme aujourd'hui je profite de l'oisiveté pour écrire quelques billets qui prolongent un peu l'esprit, l'atmosphère de ce blog tel qu'il fonctionne depuis 5 ans dans l'espoir que deux ou trois personnes qui y sont encore un peu fidèles y trouvent leur compte. Mais il n'est que trop évident que ça ne sert à rien. Contrairement à ce que m'écrivit un commentateur occasionnel de ce blog quand je l'ai suspendu : "ça ne manquera pas". Les gens qui a un moment ou un autre ont éprouvé un petit enthousiasme pour mes textes décrochent généralement au bout de 6 mois et vivent très bien sans ça après. Donc ça ne manque pas du tout. Mes blogs comme mes livres ne sont pas nécessaires à notre temps (du moins pas ceux que je publie sous ce pseudonyme).

 

On peut penser que c'est parce que les gens d'une manière générale ne ressentent pas la nécessité de grand chose et arrivent à se passer facilement d'à peu près tout (de littérature, de poésie, de bons politiciens). Ils s'habituent à peu près à tous les néants qu'on leur propose en oubliant les choses qu'ils appréciaient davantage quelques années auparavant. Nous sommes peut-être la première civilisation qui s'emploie à rendre superfétatoire la notion même de "manque". Pour le système social, le sentiment du manque est une pathologie. On ne doit pas ressentir que telle personne, telle oeuvre nous manque. Seul le sentiment du besoin consumériste est légitime : il faut vouloir ce qui est disponible à la vente, et le vouloir si possible avec le plus d'avidité possible. Mais il ne faut pas éprouver cette envie comme un manque.

 

Symétriquement, puisqu'il n'y a pas de sentiment de manque dans le public, il n'y a pas non plus de sentiment de nécessité (ananké) chez les créateurs. Il n'y a qu'un sentiment de devoir professionnel, à l'égard de son patron, de son éditeur, de son sponsor. Quelque chose qui a plus à voir avec l'instinct bureaucratique qu'avec le souffle de l'inspiration. Ceci explique la médiocrité de la culture européenne actuelle.

 

Donc la disparition de ce blog ou de mes livres des catalogues des éditeurs ne pouvant susciter aucun sentiment de manque chez les lecteurs, leur permanence dans l'espace internautique est aussi absurde que le mouvement d'un astéroïde qui suit son mouvement de chute rectiligne dans l'espace, son impetus comme on disait autrefois, sans autre nécessité que la loi gravitationnelle.

 

Subjectivement je pense avoir l'attitude juste et les mots justes face à un système social assez oppressant et inique, et face à des forces critiques que je trouve inadaptées. Ma recherche stylistique entre esthétique littéraire et conscience politique me paraît féconde et originale, mais force est de constater qu'elle ne rencontre aucune attente véritable en dehors de ma subjectivité, et sans doute cela vaut-il mieux d'ailleurs que les attentes "pour de mauvaises raisons", les attentes fondées sur le malentendu que j'ai trouvées parfois chez tel ou tel lecteur.

 

Il faut juste prendre conscience de cette implacable stérilité historique de mes écrits (sauf quelques cas rarissimes de gens comme le photographe Olyvier qui disent avoir été un jour inspirés par une ou deux de mes phrases, mais notez que c'étaient des phrases de livres plutôt que de blogs et ces gens auraient, je pense, trouvé le même encouragement chez d'autres auteurs) et s'habituer profondément à ce mouvement solitaire d'astéroïde dans l'espace, comme Aristippe à la table de Denys. Parce qu'il n'y a de toute façon aucun autre chemin possible.

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Le patriotisme d'avant

23 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca

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Encore un mot sur Aristippe de Cyrène

23 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Antiquité - Auteurs et personnalités

Le livre de Pierre Gouirand sur Aristippe de Cyrène est un peu étrange. Il se vante d'avoir été relu par beaucoup d'autorités académiques et il est truffé de coquilles. Il est consacré à un philosophe, et il nous assomme avec des chapitres entiers sur l'histoire de la Grèce, celle de la ville de Cyrène en Libye etc.

 

Toutefois, en triant le bon grain de l'ivraie on finit par y trouver des éléments de réflexion intéressants.

 

Au fond qu'est-ce qui nous est présenté là ? Un pur produit de la révolution socratique athénienne : un aristocrate de Cyrène, métèque à Athènes, membre du cercle du génial Socrate, qui, à sa mort, va bénéficier du statut (désormais reconnu dans toute l'Hellade) du philosophe de renom (au même titre que Platon ou Diogène). Et qui va l'utiliser à sa manière à lui, qui serait presque un chemin moyen entre Platon et Diogène : ni aspirant-dictateur d'une société idéale, ni clochard à la marge, mais "étranger partout" qui essaie de jouir des avantages de la compagnie sans en subir les inconvénients (une philosophie de la vie qui me fait un peu penser aux conséquences que Schopenhauer tire de sa vision de l'insociable sociabilité des gens : il faut faire bonne figure, faire semblant, jouer la comédie, tout en préservant intérieurement son autarcie - cela rappelle aussi la phrase du jeune Marx "On ne peut s'isoler que dans la société").

 

A la base de cette philosophie, il y a, comme toujours chez les philosophes, une théorie de la connaissance : chez les Cyrénaïques (l'école créée par Aristippe), c'est le sensualisme, l'empirisme : l'idée que seuls les sens délivrent une vérité intangible, alors que le monde objectif lui reste mystérieux. Une théorie qui eut beaucoup de succès pendant des millénaires, même s'il me semble qu'aujourd'hui le triomphe des technosciences en a complètement ruiné les fondements (et je ne crois pas que l'humanité y retournera).

 

De cette théorie (qui est en un sens beaucoup plus fidèle à Socrate que le platonisme, notamment parce qu'elle est assez utilitaire, et d'ailleurs elle condamne les mathématiques au nom de l'utilitarisme) dérive une éthique du plaisir. Seul le plaisir compte, c'est la boussole absolue de la vie.

 

Ce n'est pas une morale de la dissolution complète des moeurs, puisqu'Aristippe voit bien que le plaisir ne peut être vraiment savouré que par une personnalité forte et indépendante qui se dirige elle-même avec sagesse. Mais c'est en effet une doctrine qui ne va pas s'embarrasser de règles de comportement inutiles.

 

Cette valorisation du plaisir Aristippe va la mettre en pratique en se plaçant délibérément à la cour fastueuse de Denys de Syracuse (Gouirand note finement que ce n'est pas une "soumission" à Denys, mais plutôt une sorte de contrat "d'égal à égal", "gagnant-gagnant" dirait-on aujourd'hui, la protection politique en échange de la caution intellectuelle). Une utilisation du pouvoir plus astucieuse que les tentatives un peu pitoyables de Platon auprès du même tyran.

 

Une autre belle illustration de la théorie cyrénaïque se trouve dans la relation d'Aristippe avec l'hétaïre (la prostituée de luxe) Laïs à Corinthe (une illustre sicilienne ramenée avec l'expédition athénienne). Aristippe paye fort cher pour cette relation, alors que Laïs couche gratuitement avec Diogène le Cynique. Laïs n'aime pas Aristippe et cependant celle-ci aura une place très importante dans sa vie et dans la construction de sa morale du plaisir physique. Au passage notons que Laïs apparaît, dans ce jeu entre les philosophes illustre, comme une véritable héroïne de la condition féminine. Je suis très étonné que sa fiche Wikipedia même en anglais soit si pauvre et qu'il n'apparaisse rien sur Internet à son sujet en lien avec les Female studies (signe d'un regrettable désintérêt ou simplement du fait qu'Internet ne répertorie, quoi qu'on en dise, qu'une toute petite partie de la culture contemporaine ?)

 

Au départ le personnage d'Aristippe ne m'enthousiasmait guère. Mais je lui trouve quelque chose de très attachant, et quelque chose qui peut parler profondément au citoyen du monde contemporain. Son égoïsme (assez lié à son scepticisme épistémologique) a quelque chose de désespérant, ce pour quoi je lui préfère de loin le stoïcisme. Mais son pragmatisme sonne assez juste. Et il n'est pas dépourvu de sentiments. L'affection que Gouirand décrit d'Aristippe pour sa fille Aretè, qui sera son successeur comme scholarque (chef d'école), fait extraordinairement rare dans l'histoire de la philosophie antique.

 

 

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La guerre d'Afghanistan vue par les talibans

23 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Les Talibans qui autrefois interdisaient Internet, on publié un site en anglais ici. Sans doute pas la "voix de la vérité" mais peut-être un moyen pour nos amis journalistes de diversifier leurs sources.

 

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Séville/Saint-Sébastien

23 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Espagne

Mes amis, j'étais à Séville ce weekend. Quitter l'Espagne est toujours un crève-coeur pour moi depuis 20 ans, bien qu'à chaque fois que je m'y rende en me jurant que je resterai insensible au charme de ce pays.

 

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Qu'est-ce qui me retient donc toujours en Espagne ? Un peu sa résistance apparente au temps : à Séville point de minettes vulgaires aux hanches débordantes de graisse en pantalons taille basse comme à Naples, plutôt des femmes de tous âges très élégamment habillées, et ces moins de 30 ans aux formes sculpturales que m'avait déjà vantées une vieux dans un TGV en 1994. A Séville personne n'est suspendu à son téléphone portable comme si le sens de sa vie en dépendait ainsi qu'on le voit en France et en Italie. La résistance au temps pour le meilleur et pour le pire : ces corridas auxquelles on ne renonce pas, ces cortèges de processions qui battent le tambour le samedi "chrétiens repentez vous", et ces abominables hommage au coup d'Etat du 18 juillet 1936 qui surgissent de l'espace en face-même de la Giralda.

 

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Mensonges du christianisme espagnol construit sur le sang des Arabes, des Indiens et des communistes. Une série de tragédies assumées, dissipées dans l'indolence des bars à tapas et des fontaines de sangria. Quoi ? Une série de colonialismes qui seraient au fond venus à bout de la subjectivité espagnole ? Avec, pour finir, le colonialisme européen, celui des marques de supermarchés français et des hordes de touristes gaulois ? Ou bien une façon de vivre avec le colonialisme, de ne plus se laisser impressionner par lui, d'être au dessus de ça ? La petite lumière du 3 de mayo ?

 

goya.jpgAllez savoir.

 

Les révolutionnaires de pacotille français rêvent en ce moment d'une révolution espagnole qui prolongerait celle des pays arabes avat de franchir les Pyrénées. J'ai vu les appels à se rendre aux "concentrations" pour la "démocratie réelle" place de l'Incarnation (un lieu qui eût plu à Rancière : la démocratie doit toujours s'incarner). Il y en avait sur les murs au milieu des annonces de processions et sur les panneaux de l'université andalouse où Carmen jadis fabriquait ses cigares.

 

Mais aux élections d'hier la droite à fait un tabac au niveau régional et municipal dans toute la péninsule. Séville a basculé du PS au PP comme  beaucoup d'autres capitales régionales. Gauche unie reste assez marginale entre  5 et 10 % à un niveau stable. La participation dépasse les 60 %. On ne peut pas dire que la "révolution", si révolution il doit y avoir, détourne pour l'heure les électeurs du système institutionnel. Un journaliste à la TV parlait des manifestants avec beaucoup plus de mépris encore qu'un Mazerolles ne l'eût fait en 2006 des nonistes du référendum sur l'Europe. C'est dire...

 

Moi, le consulat d'Espagne ne m'a même pas proposé de voter sur la terre de mes ancêtres en Aragon. Les Républicains restent personna non grata.

 

Ca ne fait pas bien de le souligner sous nos latitudes bien pensantes, et ça va encore pousser les gens de l'autre bord à me qualifier d' "universitaire proche de la gauche radicale très hostile au mouvement national" (sic), mais j'ai quand même envie de saluer la victoire de la coalition d'extrême gauche Bildu au Pays Basque qui arrive en tête à Saint-Sébastien et dans toute la Guipuzcoa (vieux fief abertzale) au point qu'elle pourra gouverner 88 municipalités au total sur l'ensemble de l'Euskadi et en Navarre, et pas des moindres, avec la majorité absolue. Quel mouvement révolutionnaire peut afficher une performance semblable en Europe de nos jours à part le parti communiste chypriote (encore que celui-ci, allié aux forces centristes à la tête du gouvernement de Nicosie) soit beaucoup plus '"pro-systémique" et, de ce fait, moins diabolisé par les technostructures occidentales que le courant abertzale ?

 

Beaucoup disent que cette victoire de l'extrême-gauche basque peut signer la fin du terrorisme et le début d'un nouveau programme social pour ce pays. Si toutefois le système occidental leur laisse tenter cette expérience. Notons que déjà il y a trois ans, sous le règne des grands partis traditionnels, le Pays Basque s'était distingué du reste de l'Europe en choisissant le keynésianisme en plein milieu de la crise financière. Le Pays Basque peut-il renouveler l'exploit de l'Islande ? Je suis un peu sceptique, mais au moins l'aspiration populaire est là.

 

 

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Une vibrante déclaration d'amour russe à la Géorgie

18 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

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La Bohème ne tourne pas rond

17 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

Milan Paumer est né le 7 avril 1931 à Kolin, au centre de la Tchécoslovaquie. Il grandit près de Poděbrady station balnéaire à 50 km à l'Est de Prague. Là, il rencontre Ctirad et Josef Mašín les fils d'un général assassiné par les nazis pendant la seconde geurre mondiale (un général qui avait déjà tué beaucoup de Rouges dans la légion tchécoslovaque de Russie entre 1916 et 1921).

 

En 1948, le Parti communiste prend le pouvoir à Prague. Les trois jeunes gens montent un groupe de "résistance" qui se livre à divers actes de sabotage. En 1951 ils obtiennent des armes et attaquent deux postes de police, tuent deux policiers. puis volent beaucoup d'argent d'un camion qui transportait le salaire des ouvriers d'une usine. Les communistes disent aussi qu'ils ont brûlé des coopératives. Bref, ce jeunes garçons n'étaient pas spécialement des amis de la classe ouvrière.

 

Le 2 novembre1953 ce groupe s'est enfui à l'Ouest dans l'espoir de revenir un jour vainqueur dans les fourgons de l'armée étatsunienne après la troisième guerre mondiale. Milan Paumer s'engage dans l'armée américaine pour la Corée. Peut-être pour y casser du rouge encore. Pourtant l'armistice a été signé le 27 juillet (le Daily Telegraph se trompe donc quand il affirme que Paumer a "combattu" en Corée, mais passons...). En 2008 le groupe a été décoré à Prague et lors des funérailles de Paumer, le 16 août dernier le premier ministre de droite de la République tchèque Petr Necas a déclaré que celui-ci était un héros.

 

Julius Fučík, lui, est un journaliste communiste tchèque mort à 40 ans dans les geôles de la Gestapo après avoir mené une action héroïque contre les troupes d'occupation. Si on veut lui trouver un équivalent en France, on peut penser à Danielle Casanova, décédée à Auchwitz huit mois avant Fučík, et de quelques années plus jeune que lui (sauf qu'elle a quand même eu un rôle moins prestigieux dans la résistance que Fučík, et que son oeuvre d'écrivain est plus courte).

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Danielle Casanova a bénéficié d'une notoriété constante. Elle a une rue à son nom à Paris, et dans beaucoup de municipalités communistes et ex-communistes. Yves Duteil a chanté au Sénat français pour le centenaire de sa naissance il y a deux ans, sans que l'UMP ne cherche à l'étrangler (si j'en juge par les informations de Wikipédia à ce sujet).

 

Julius Fučík, lui, a connu un destin posthume assez différent. Icône du mouvement communiste dont les statues trônaient en Tchécoslovaquie, en RDA etc, traduit sous le patronage d'Aragon en France, chanté par le jeune Kundera dans ses premiers poèmes,il est devenu un saint de l'Eglise communiste... mais un saint au piédestal fragile à partir de 1989.

 

Après la "révolution de velours", les anti-communistes tchèques se sont lancés dans une campagne anti-Fučík expliquant que le journaliste - qui avait écrit en prison un "Reportage" ("Ecrits sous la potence" en français) sur la répression nazie en le communiquant clandestinement sous forme de petits papiers à un sympathisant déguisé en garde-chourme nazi - était en fait un indicateur, qu´il avait trahi ses camarades, (le même genre d'accusation révisionniste qu'on a retrouvé à propos de Jean Moulin), qu´il n´a pas été exécuté, que les nazis ont pris soin de lui après la guerre et qu´il vit peut-être avec quelques nazis en Amérique latine. En plus, ils ont annoncé que le "Reportage" n´était pas l'oeuvre de Fučík, mais un faux communiste.

 

C´est pourquoi un groupe d´historiens s´est mis à étudier tous les documents accessibles en rapport avec la vie de Fučík, surtout avec son activité dans la clandestinité, en prison et au cours des interrogatoires. Ils ont étudié environ trente mille documents, ils ont interviewé  ceux qui étaient en contact avec Fučík, même avec ses coprisonniers qui ont survécu au nazisme. Et ils ont remis le manuscrit du "Reportage“ au Ministère de l´intérieur pour vérifier l´authenticité de l´écriture de Fučík. Le ministère de l´intérieur d'après 1989 a pu ainsi vérifier que le manuscrit de la dernière oeuvre du journaliste avait bien été écrit de sa propre main. Ce groupe a aussi pu confirmer que Fučík n´avait trahi aucun de ses compatriotes. Bien au contraire, quelques-uns d´entre eux ont témoigné que les dépositions de Fučík au cours des interrogatoires étaient prononcées en faveur de ses coprisonniers. –

 

Evidemment, comme après la désinformation sur Timisoara ou sur le Kosovo, personne ne s'est excusé pour les calomnies répandues mais, entretemps, la statue de Fučík a été enlevée à Prague. Des gens de gauche ont alors créé la "Société Julius Fučík“ qui maintient la mémoire des combattants antifascistes, des penseurs et  des hommes politiques de la gauche tchécoslovaque. Cette société et quelques autres petits groupes ont lancé à l'occasion du 66ème anniversaire de l'écrasement du fascisme le 8 mai 1945 une pétition internationale pour la réhabilitation de cette statue.

 

Certains de ceux qui n'ont pas connu l'époque de Sartre et d'Aragon, ceux que les réhabilitations des divisions SS dans les pays baltes laissent de marbre, et ceux qui pensent que l'histoire du monde a commencé avec l'invention de Google ne comprendront peut-être pas bien de quoi il s'agit. Les autres peuvent écrire à M. Jan Jelinek, anatolsitov@seznam.cz, à Prague, pour signer la pétition.  (Voir aussi la suite de mes considérations sur Fucik ici)

 

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NB : un ami qui me transmet leur pétition ajoute dans son mail "La lutte pour la dignité et la souveraineté tchèque est la même lutte que celle pour la dignité palestinienne, irakienne, afghane, congolaise, grecque, irlandaise, islandaise, coréenne, ivoirienne, haïtienne, égyptienne, tunisienne, lakota, etc, etc. De tous ceux qui croient et tendent avant tout vers l'unité fondamentale de tous avec tous, contre les fabricants de haine, de mensonge, d'inégalité et de divisions" (je lui laisse la responsabilité de ce commentaire, que je n'aurais pas écrit dans ces termes, mais qui éclaire la thématique sous un angle intéressant).

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A front renversé

17 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les Stazinis

Exquise situation actuelle où tout le monde joue à front renversé. Les américanolâtres français, comme M. BHL, affligés de découvrir que c'est par la justice étatsunienne que leur idole est punie. Les complotistes anti-américains, forcés de découvrir que l' "Empire" comme ils disent, n'est pas si homogène (je parie qu'ils vont bientôt inventer une histoire à dormir debout pour prouver que DSK allait trahir Obama, ou quelque chose dans ce genre, dans le but de sauver leur délire manichéen).

 

Pour ma part, certains côtés "protestants" de la démocratie étatsunienne (cf "La révolution des Saints" de Waltzer) m'ont souvent favorablement impressionné. Notamment la façon dont leur protestantisme s'incarne dans la radicalité politique dans le mouvement des droits civiques par exemple, ou dans le féminisme... Et là, quelque chose du bon côté du féminisme étatsunien est passé par la voix de la juge Melissa Jackson (une juge habituée à juger les célébrités). Celle-ci a peut-être eu la main lourde en incarcérant d'emblée DSK, mais cela compense toutes les fois où notre France, encore nostalgique d'un Louis XIV déflorant les vierges, a trop généreusement pardonné ses frasques à notre présidentiable préféré. (Pour répondre à mes petits camarades du blog la Lettre volée qui déplorent le caractère expéditif de l'audience, je précise que je ne suis pas sûr de toute façon qu'en France les choses se passent mieux quand on a affaire à des délinquants de banlieue qui ne peuvent se prévéloir d'aucun héritage "régalien" à la différence de nos politiques).

 

Quant aux défenseurs de la présomptions d'innocence, qu'ils s'occupent de la Libye : hier le procureur de la cour pénale internationale a lancé un mandat d'arrêt international à l'encontre de M. Kadhafi... dont le pays ne relève même pas (sauf erreur de ma part) de la compétence jurdictionnelle de ce tribunal.

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Le sexe est en trop

16 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

C'est pas Dsk qui me contredira ce soir, depuis sa cellule newyorkaise : le sexe est en trop. Il oblige à s'intéresser charnellement à des tas de créatures moralement et intellectuellement dépourvues de tout intérêt qu'on regrette après coup d'avoir connues "bibliquement" car elles vous ont tiré vers le bas, et révélé toute la nullité humaine - quand elles ne vont pas jusqu'à vous créer de très sérieux problèmes avec leur sale mentalité.

 

kim-jong-il

Le pire bien sûr c'est quand, comme dans le cas de DSK, le sexe devient incontrôlé, se muant en fringale de consommation, détruisant tout chez ses victimes (on ne pense pas assez à la pauvre femme de ménage de l'hôtel de New York en ce moment qui, si elle dit vrai, mérite bien plus de compassion que le leader social-libéral déchu).

 

Dans le Diplo ce mois-ci un article affirmait que la moitié des hommes apaisent leurs tensions nerveuses en regardant du X. Un chiffre énorme, mais pas si surprenant que cela à la réflexion. Dans le X le moment inévitable où le partenaire ou la partenaire vous dévoilera ses côtés agaçants, déprimants, grotesques, cet instant qui vous fera regretter d'être né humain n'arrivera jamais. Point de problème de confrontation avec l'altérité. Tout est lisse et fictif. Le X c'est du sexe domestiqué, enfin !

 

Je ne sais plus qui disait que les jeunes de nos jours avaient "la flemme" de séduire. Et comme je les comprends ! D'autant que chaque être humain ayant été soigneusement réduit par la société libérale actuelle au rang de mouton à tondre, prié de ne croire en rien et donc de ne rien vouloir créer, les chances pour qu'autrui dans la relation sexuelle ne vous renvoie plus en miroir que le néant social auquel tout le monde communie deviennent proches de 99%. Eviter la rencontre sexuelle revient ainsi à éluder une source de déprime supplémentaire (n'en jetez plus la cour est pleine !). Probable donc qu'à l'avenir l'enjeu majeur devienne tout simplement d'éradiquer la sexualité en nous, soit par des procédés chimiques, soit en la virtualisant complètement.

 

Je ne sais pas pourquoi, mais toutes ces considérations me font penser à ce qu'on dit en ce moment du livre de Peter Handke "La Nuit morave" que j'espère pouvoir lire prochainement, pour en dire un mot sur ce blog déserté...

 

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Dominique Strauss-Kahn en garde à vue pour agression sexuelle

15 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

strausskahn.jpgL'info est tombée dans le New-York Times cette nuit : M. DSK a été placé en garde à vue tout à l'heure  pour agression sexuelle (il aurait tenté d'abuser d'une femme de ménage dans un hôtel à la sortie de sa douche). L'article du New-York Times est ici.

 

Politiquement c'est plutôt une bonne nouvelle pour la gauche qui sera peut-être tentée de tenir un discours un peu moins social-libéral à l'élection présidentielle.

 

Je voudrais juste faire une remarque particulière sur la pathologie sexuelle dont était porteur le personnage et la façon dont les médias l'ont dissimulée pendant des années. Rue89 fait un dossier là-dessus. Ayantécrit récemment sur la conception qu'avaient les stoïciens de la liberté sexuelle, je crois que cette histoire me permet de préciser comment une réforme "néostoïcienne" des moeurs pourrait se définir par rapport à ce genre de comportement.

 

J'ai rappelé dans mon ouvrage combien les stoïciens se fondaient sur une conception du devoir comme structure profonde de tout être vivant, une structure immanente qui n'a rien à voir avec un impératif kantien. La jouissance sexuelle s'inscrit hamonieusement dans cette économie pour ouvrir la subjectivité au sentiment du devenir-commun de l'humanité.

 

Cela n'a strictement rien à voir avec un instinct de consommation et d'instrumentalisation d'autrui dont le directeur général du FMI avait fait sa spécialité, semble-t-il. C'est une très bonne chose que la justice étatsunienne se soit saisie de cette affaire car en France elle aurait été étouffée - voyez la mésaventure de Mme Tristane Banon  racontée par Rue89. L'américanophilie de M. Strauss-Kahn lui a joué un mauvais tour mais cette fois-ci - et cela arrive souvent dans divers domaines - les Etats-Unis donnent une leçon de civilisation à la France. Car autant le puritanisme étatsunien à juste titre peut déplaire, autant notre indulgence excessive pour l'instinct de conquête, annexé à tort au jeu de la séduction, doit être condamnée. La France doit cesser de considérer le harcèlement ou le viol comme des attributs "normaux" du pouvoir politique. C'est là un héritage de temps archaïques dont notre culture doit se débarrasser.

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Aristippe le Socratique

14 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Antiquité - Auteurs et personnalités

Lisons le livre XII des Deipnosophistes d'Athénée de Naucratis :

 

Disons-le, il y eut une floraison de sectes philosophiques qui firent de la volupté le principe de base de l'existence ; parmi ces sectes, citons celle appelée cyrénaïque dont le fondateur fut Aristippe le Socratique. Ce penseur enseignait qu'une vie tournée vers le plaisir était à l'origine du bonheur, et que ce plaisir était à saisir dans le moment présent ; de la même façon que les débauchés, il considérait que les jouissances passées n'avaient plus aucune pertinence, et que les espoirs des jouissances à venir n'en avaient pas plus, car il étaient bien aléatoires ; selon lui, le Bon par essence s'incarnait dans le seul présent. En fait, son raisonnement était en tous points semblable à celui des gens dépravés, qui estiment que le plaisir de l'instant importe plus qu'autre chose. D'ailleurs, sa vie fut conforme à sa doctrine, et il vécut dans un luxe outrancier, s'aspergeant de parfums coûteux, s'habillant de riches vêtements, et séduisant moult femmes. Il ne cacha pas le moins du monde sa liaison avec la courtisane Laïs, et l'on sait qu'il fut le complice des extravagances de Denys, bien que ce roi l'ait traité avec beaucoup de bassesse.

 

Hégésandros nous raconte qu'un jour, au cours d'un banquet, Denys le relégua dans un coin peu reluisant : néanmoins, Aristippe prit la chose avec philosophie ; et quand le prince lui demanda ce qu'il pensait de cette place, en comparaison avec celle qu'il avait eut le soir précédent, il eut cette répartie :

        « La place d'hier m'indiffère, vois-tu ! Elle est même tout à fait négligeable, puisque maintenant, elle est si loin de moi ; certes, elle était la plus honorable qui soit, puisque j'y étais installé alors ; mais celle d'aujourd'hui est la meilleure puisque je l'occupe ; en revanche, hier, ne l'occupant pas, elle était détestable. »

 

Aristippe aurait fondé l'école du Cyrénaïsme en 399 et sa fille Arété aurait pris sa succession.

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Roue libre

13 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Ah quel bonheur mes amis ! je suis dans la phase de fragmentation complète. Finis les grands récits censés expliquer les malaises dans notre civilisation (ces grands récits qui mènent si souvent aux paranoïas complotistes !). Fini même le grand récit de mise en cohérence de mon propre parcours, de ma pensée etc. Stop ! J'arrête tout ! Je fragmente.

 

Je prends les problèmes, par un autre bout. J'ouvre les livres par le milieu comme disait Deleuze.

 

Vous qui vous accrochez encore à ce blog laissez le ! Il ne vous sera plus utile, il ne vous apprendra rien. De toute façon si vous croyez encore que le savoir d'Internet vous est utile, c'est parce que vous n'avez pas compris dans quels abîmes de non-sens votre ordinateur vous aspire. Attendre un savoir de cette spirale est aussi naïf que ceux qui croyaient tirer un savoir de la Bible autrefois !

 

Fragmentons, fragmentons. Retour aux "petites choses", comme disait Nietzsche. Une impression. Comme ce mot de la Chanteuse célèbre cet après-midi sur son profil Facebook qui dit  que l'universalisme français devrait servir la cause de la paix. Elle a raison.

  P1020711.JPG

Pour les 30 ans du 10 mai 81  elle pose à Ephèse. Retour à Héraclite l'obscur. Ou au peintre Parrhasios.  D'Héraclite à Parrhasios il n'y a qu'un pas, comme du Capitole à la roche tarpéienne, comme dit le proverbe. C'est dans les rapprochements de micro-images que surgit la vérité. La Chanteuse au pied des temples, le Che et Héraclite. La Stoa.

 

Ah oui, au fait, il va de soi maintenant que je n'ai jamais écrit aucun livre. Ma main les a écrits, mais aujourd'hui elle les oublie.

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Syrie

11 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

p1000121.jpgUn bon article dans le Monde Diplomatique ce mois-ci. J'en partage les analyses, et la conclusion empruntée au quotidien arabophone Al Quds : "La solidarité avec la résistance libanaise, l'accueil des secrétaires généraux des organisations palestiniennes alors que toutes les capitales leur avaiet fermé la porte au nez sont des positions respectables pour lesquelles nous savons gré au régime syrien, et pour lesquelles il a payé un prix élevé. Mais nous ne voyons aucune contradiction entre ces positions et la satisfaction des demandes du peuple syrien, et, s'il existe une contradiction, nous préférons que le régime suspende son soutien au peuple palestinien et à sa cause et qu'il réponde aux demandes de son peuple d'étendre les libertés et de combattre la corruption (...) Car les peuples opprimés ne sont pas capables de libérer les territoires occupés, et les armées des dictatures ne sont pas capables de mener une guerre victorieuse."

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