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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Le gouvernement de la Corée du Nord est-il d'extrême droite ?

3 Avril 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Il est frappant de voir combien, sur les faits historiques et les phénomènes sociaux les jugements et catégorisations, varient d'un extrême à l'autre, il semble qu'on puisse souvent tout dire et son contraire, ce qui est si déconcertant que beaucoup en viennent à refuser toute analyse dans ce domaine pour aller cultiver leur jardin. Devant toutes ces contradictions on éprouverait presque le besoin d'aller systématiquement voir sur place, ce qui bien sûr n'est pas possible pour tous les grands sujets qui nous sont proposés.

 

kim-jong-il.jpg

Dans la dernière livraison de l'excellent magazine Books de ce mois-ci on apprend (p. 19) que sortira bientôt (le 21 avril) aux éditions Saint-Simon la traduction du livre de Bryan R. Myers, professeur de relations internationales en Corée du Sud, d'un ouvrage paru aux Etats-Unis l'an dernier "The cleanest race. How North Koreans see themselves".

 

La thèse du livre est sans nuance mais séduisante : la Corée du Nord ne serait pas un pays communiste mais un régime d'extrême droite, qui infantilise sa population, et l'entretient dans le culte d'une pureté raciale et morale contre le reste du monde.

 

Vous savez que je suis radicalement hostile à toute ingérence occidentale en Corée du Nord comme ailleurs, car de toute façon les ingérences ne contribuent qu'à la militarisation des gouvernements auxquels on s'oppose à Pyongyang comme ailleurs, quand elle ne fait pas le lit d'autres fanatismes et d'autres mafias confortablement attachées au poil bestial de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord.

 

Mon propos n'est donc pas de discréditer gratuitement le régime nord-coréen au risque de banaliser ensuite les pressions occidentales sur ce pays (et la guerre qui pourrait un jour en résulter). Mais l'engagement contre l'ingérence n'interdit pas là comme ailleurs une réflexion active, sceptique, dynamique, sur la nature du gouvernement auquel nos technostructures s'opposent.

 

Je ne ferais pas cas de la thèse de Myers si elle relevait de l'antisoviétisme primaire issu de la tradition trotskiste selon lequel tout socialisme dictatorial est en fait une perversion "de droite" (voir d'extrême droite) du marxisme originel - antisoviétisme si répndu que beaucoup de cadres communistes en France identifient spontanément les dictatures soviétisantes des années 70-80 à des régimes de droite non-communiste (voir à propos de l'Ethiopie mon témoignage du 14 janvier 2010).

 

Myers si l'on en croit son interview dans Books ne part pas de ce présupposé-là. Il différencie très clairement l'URSS et la Chine de la Corée du Nord, et estime que le soutien de Moscou et Pékin à ce régime repose largement sur des malentendus. Selon l'auteur, pratiquement personne ne connaît Marx en Corée du Nord et les rares marxistes sincères y ont été flingués dans les années 50. D'ailleurs l'anti-intellectualisme ambiant à Pyongyang fait même que la théorie du "Juche", qui est un patchwork simpliste construit dans les années 70, n'aurait que peu d'impact sur la pensée des gens, et les livres écrits par les grands leaders qu'un moyen d'afficher à l'étranger une autonomie intellectuelle inexistante (puisque tout dans cette dictature reposerait sur le sentiment - Myers a d'ailleurs des mots étonnants à propos du comportement maternel et non paternel à la Staline des dirigeants nord-coréens.

 

Le propos n'est pas tout à fait crédible sur tout - par exemple quand il estime que les tirs sur l'île sud-coréenne l'an dernier relevaient d'une attitude purement immature et puérile du système (alors qu'il s'agissait d'une réponse à une provocation sud-coréenne). Mais au moins la thèse a le mérite d'être originale et argumentée. Bien sûr on peut se demander si le racisme (hélas souvent endémique en Extrême-Orient qu'ailleurs) et l'infantilisation sont les critères pertinents pour distinguer l'extrême-gauche de l'extrême-droite (question particulièrement aigüe de nos jours ou la question de la combinaison du socialisme et du nationalisme est très controversée). Si l'on admet que tel est le cas, alors effectivement la classification de la Corée du Nord comme régime "de gauche" devient franchement douteuse (ce qui ne veut pas dire, encore une fois, que les gens de gauche doivent en tirer prétexte pour justifier l'ingérence occidentale contre ce pays au nom d'un internationisme mal compris !). Par contre si l'on considère que seul l'égalitarisme compte, alors le point de vue de Meyer ne tient pas. A méditer...

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A propos des mensonges sur la Côte d'Ivoire

3 Avril 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Journaux-3-2.jpg A noter dans la blogosphère cet article du politologue, spécialiste des conflits africains, Michel Galy à propos de la Côte d'Ivoire, qui se réclame de Pierre Bourdieu et Daniel Schneidermann - je ne citerai que ces trois paragraphes :

 

"Le recyclage des acteurs, intellectuels ou journalistes étrangers constitue une tactique de choix dans la propagande de masse, à laquelle la blogosphère n'échappe pas; suffit-il, comme Venance Konan par exemple, d'être une «bonne plume» ivoirienne pour pouvoir écrire n'importe quoi (et faire oublier son passé de chantre de l'ivoirité et son militantisme actuel pro-Ouattara)? Loin de tout devoir de réserve (les amis du Prince, réfugiés ou étrangers, n'y sont bien sûr pas tenus!), on peut se permettre ainsi d'user des procédés les plus classiques de l’extrémisme: tribune ignoble sur le physique ou la vie privée du «dictateur» dénoncé; lettre collective dans Le Monde un jour, personnelle dans Libération le lendemain —toujours dans des termes où l’insulte ne cède qu’à l’outrance.


Le sommet a sans doute été atteint en reprochant à Laurent Gbagbo la responsabilité de la guerre urbaine d'Abidjan: tous les observateurs savent que le «commando invisible» d'Abobo vient de la rébellion et de la mouvance Ouattara. Ou encore d'indexer les morts civils de 2000 qui affrontèrent les militaires soutenant le putschiste R. Gueï, se faisant massacrer pour un régime civil et le respect des élections. Ici, l'ironie n'est plus de mise: attribuer les victimes du général Gueï à Laurent Gbagbo est ignoble et digne des procédés de Goebbels: «plus c'est gros, plus ça passe»! Tout comme un quarteron de chercheurs sous influence, ayant en commun de ne pas avoir connu la Côte d'Ivoire depuis dix ans, recyclent l'ivoirité ou attribuent ce faux concept, «l'ethnocratie», à celui qui a un électorat multiethnique! La responsabilité dans ces cas est partagée entre les auteurs et ceux qui laissent passer ces textes: à supposer que la presse se relise, dans quelques années, le rôle des rédactions n'en sortira pas grandi.


Les procédés de désinformation sont légion, et l’ignorance du terrain ne saurait les résumer. Certains sont conscients et servent de marqueur, de repérage dans le champ médiatique: ainsi entendre un «expert» journaliste évoquer sciemment 2004 en déplorant les 10 morts et les 30 blessés de l'armée française à Bouaké sans citer les 60 morts et plus de 1.000 blessés ivoiriens semble significatif. Plus récemment, dans les pseudo débats télévisés (on pense par exemple à un débat de «spécialistes» à 100% ouattaristes: si la conversation manquait de diversité, le forum en ligne était plutôt animé, ayant sans mal remarqué le procédé…), le fait de citer le Conseil constitutionnel ivoirien constitué de pro-Gbagbo (sans d'ailleurs faire référence à l'identique situation française) sans mettre en regard la composition de la CEI à plus des deux tiers pro-Ouattara parait un marqueur évident de partis pris tout à fait voulus."

 

 

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Images et absences

2 Avril 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

photo-036cc1975.jpgJe le sais, les paysages du Béarn vont bientôt se vider pour moi. Mes parents mourront dans quelques années. Finalement moi qui étais un homme du Sud, maintenant exilé au nord de la Loire, je n'ai jamais trouvé aucun moyen de faire quoi que ce soit de cet accent, de cette géogaphie méridionale qui était la mienne il y a 20-30 ans. Peut-être, dans un sens, puis-je dire que c'est la faute du Béarn en partie, cette région qui n'a même pas voulu lire le roman que je lui avais consacré. Je n'ai même pas su en faire quelque chose sur un plan imaginaire, en me laissant habiter jusqu'au bout par cette région, ou en y créant de véritables amitiés. Je  pense qu'au fond je n'ai pas su la regarder. Je n'ai pas su assumer suffisamment un regard littéraire sur elle, sur mon passé.

 

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Je n'ai rien su faire non plus de tout ce qui a suivi. De la Serbie, de l'Abkhazie, de tous ces horizons bizarres, des gens que j'y ai rencontrés. Rien que des livres, une collection d'épitaphes. C'est pourquoi je me bats bêtement aujourd'hui pour faire re-publier "10 ans sur la planète". Parce que je n'ai plus que ça.

 

Je n'ai été présent nulle part. Vivre sa vie sur le mode de l'absence, c'est une drôle de destinée. Présence à un point de fuite indéfinissable, comme l'évoque cette exergue de Nietzsche que j'ai mise en tête du roman.

 

Peut-être cela a-t-il contribué à nourrir en moi une forme d'empathie avec les sans-voix, les oubliés. A me poser des questions sur leur existence, l'envers du décor officiel (par exemple aujourd'hui sur la Côte d'Ivoire : pourquoi au moment où tout le monde regarde vers la Libye et le Japon, Alassane Ouattara obtient les armes qu'il lui fallait pour écraser Gbagbo ? pourquoi comment ? on n'a rien vu venir).

 

Donner la parole aux sans-voix ça peut avoir du bon, ça déclenche aussi des polémiques stupides, comme une qui vient de naître dans l'entourage de la vieille résistante sur laquelle j'ai publié un petit texte du côté de Sevran le mois dernier.

 

Olivier Timbaud, lui a compris ça : il ne donne pas la parole ; sur son blog il donne des images : il donne une présence aux êtres dans un monde médiatique qui n'en crée que de la fausse. Pas de controverse possible dans ses clichés, pas d'oubli de l'être non plus. Les gens lui donnent le meilleur d'eux-mêmes. Une sorte de disponibilité active à se laisser capturer par son appareil, à témoigner de leur monde. Et ça c'est incontestable. Personne n'ira lui reprocher d'avoir fait cela, ni la manière dont il l'a fait.

 

C'est marrant : hier en découvrant sur Facebook ce cliché de ma petite cousine que je n'ai pas revue depuis trois ans (c'est fou ce qu'on peut changer entre 13 et 16 ans), je me suis dit qu'il y avait une facilité dans l'image que je me suis trop longtemps refusé. On crée tellement d'univers à partir d''une image : qui sait ce qu'aurait été ma vie si j'avais envisagé ma famille, le monde, à partir d'images ? Je pense que cela m'aurait rendu indulgent à l'égard de beaucoup de choses, de beaucoup de gens. Beaucoup plus qu'en prenant leurs mots au pied de la lettre comme je l'ai trop souvent fait.

 

Une facilité et un risque : prendre l'image au sérieux (surtout l'image arrêtée) c'est vraiment risquer de se perdre, de ne plus pouvoir en décoller. La prison de l'eidolon.

 

J'ignore où Timbaud a trouvé la force d'appuyer sur le bouton de son objectif.

 

Regardez ses photos du Koweit : comment il prend le parti de saisir les traces de l'absence des Palestiniens, à partir du souvenir d'une histoire d'amour morte. Il faut beaucoup de charité pour faire ça. L'équivalent pour moi serait d'aller photographier la colonisation (et l'humiliation interminable) de la Serbie par l'Union européenne douze ans après les maj1.jpgbombardements. Dieu (qui n'existe pas) m'en garde !

 

P1010968.JPGTimbaud est sur la voie de la sainteté. Il le sait sans doute. Comme tous les saints il se passe des mots là où moi j'en abuse. Il en a mis peu dans son blog. Comme toutes les oeuvres de saints, son travail n'exprime qu'une chose : le mystère un peu mélancolique de la présence, d'une présence sur le point de disparaître. Celle-là seule que la photo peut saisir. Celle-là que les films ou les reportages de journalistes ne voient pas (et qu'il faut avoir une âme de photographe pour saisir avant même d'avoir dégainé l'objectif). C'est de la photographie heideggérienne. Très hautement heideggérienne. Il offre ça au Proche-Orient arabe pour racheter ses oublis de jeunesse et ceux de notre monde riche.

 

Lui au moins parvient à racheter quelque chose...

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L'impérialisme selon Jean-Pierre Chevènement

2 Avril 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

"Les Etats-Unis n’ont accepté que de donner un « coup de main » limité à la France et à la Grande-Bretagne en Libye. Nos deux vieilles nations doivent, ensemble, relayer le leadership américain en prenant soin de rester dans le cadre de la légalité internationale (la protection des civils) et en rassemblant le maximum de pays arabes, africains et plus généralement émergents, autour d’une politique dont le but ne peut être que de réunir les conditions de l’autodétermination du peuple libyen. Respectons la volonté de démocratie qui s’exprime dans le monde arabe. C’est ainsi que nous préparerons au mieux l’avenir d’une grande Europe démocratique des nations allant de la Méditerranée jusqu’à la Russie. La Grande-Bretagne et la France peuvent jouer ensemble un rôle moteur, non pas tant pour maintenir notre statut que pour permettre à l’Europe d’exister comme « pôle » dans le monde multipolaire de demain."

 

 JP Chevènement dans le Guardian.

 

Idem son intervention au Sénat ci-dessous (évidemment je désapprouve, c'est d'une naïveté désolante)

 

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Confusionnisme

2 Avril 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

L'Humanité Dimanche ce weekend appelle au renversement du régime de Bachar el Assad en Syrie en faisant croire aux lecteurs que ce régime est soutenu... par Israël ! Je veux bien qu'on n'aime pas la dictature du Baas (je ne l'aime pas beaucoup non plus), mais qu'on se trompe à ce point sur la question de savoir à qui pourrait profiter sa chute et qu'on ne se demande pas "qu'est-ce qui pourrait la remplacer ?" (comme si le "bonheur tunisien" attendait automatiquement tous les pays arabes), voilà qui me laisse très perplexe. Qu'on soutienne le droit du peuple à se faire entendre oui, mais méfions nous quand même de la tournure actuelle des événements. L'heure est à la contre-révolution étatsunienne, et je ne suis pas certain que les embrasements "spontanés" en Syrie, soient beaucoup plus porteurs de souveraineté populaire que le "gouvernement" autoproclamé de Benghazi... Soyons prudents et regardons tout ça de très près.

 

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Décevante aussi dans le même magazine la déclaration du député Lecoq sur la Libye (je ne comprends rien à son argumentaire). Voir Pascal Clark (une docile journaliste du sytème) dire du bien de l'Humanité Dimanche dans ses colonnes n'est pas très réjouissant. Le mirage que le magazine cultive de l'Europe sociale contre le l'Europe des patrons n'est pas très prometteur non plus.

 

On referme le journal en pensant aux envolées de Bricmont contre la gauche française dans son premier article et son post scriptum. Pas la meilleure façon de commencer le weekend.

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Désarmement de la Transnistrie

31 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie

sheriff.jpgJe lis dans la presse aujourd'hui : "La Russie a indiqué qu'elle est prête à démanteler les dépôts d'armes datant de la guerre froide en Moldavie, ouvrant ainsi la perspective d'une fin au conflit de Transniestrie et amplifiant les chances d'entrée de la Moldavie dans l'UE. Le ministre des affaires étrangères Sergei Lavrov de Russe a présenté une proposition concernant les trois dépôts de munitions situés dans la région moldave contestée de Transniestrie pendant les entretiens avec le ministre des affaires étrangères moldave Iurie Leanca à Moscou mardi (le 29 mars). "

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"Les enfants humiliés" de Georges Bernanos

30 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

P1010801.jpgJ'ai le choix cet après-midi entre m'indigner de ce que l'individu qui fait office de ministre des solidarités et de la cohésion sociale en France en ce moment veuille pénaliser la fréquentation des prostituées (plutôt que de s'en prendre aux trafics humains en restaurant l'autorité des Etats en Europe de l'Est par exemple, et lancer une véritabe politique du bien-être au niveau des ministères français) et me scandaliser de ce que Gallimard ait intitulé en 1949 les écrits sur la guerre de Bernanos "Les enfants humiliés".  Je choisis le second sujet : le plus inactuel, mais aussi le plus instructif sur la difficulté des auteurs à toutes les époques à faire vraiment comprendre ce qu'ils disent. Je suppose que Gallimard était cette année là en compétition pour trouver le titre le plus inapproprié et le plus ridicule qui soit. Si tel est le cas, ils ont bien réussi.

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Bobos, souchiens, indigènes

28 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Ca monte aux extrêmes en ce moment. La gauche bobo par la voix d'une chroniqueuse soi-disant  humoriste sur France Inter qui traite les électeurs du FN de "gros connards". Les inquiets du site "fdesouche" qui la couvrent d'insultes (encouragés par Guy Carlier qui la traite de "petite conne") et la renvoient à ses origines maghrébines en des termes peu châtiés (moi, pendant plusieurs mois, j'ai vu son nom sur Internet sans même penser qu'il avait une consonnance arabe, faut croire que je ne suis pas bien conditionné). Je n'aime pas le tour que tout cela prend. Je n'aime pas les apéros saucissons et je n'aime pas non plus l'autre cyber-exalté pro-Indigènes de la république qui, sur son site, bien à l'abri de son pseudo, balance le mot cochon à la figure du premier "souchien" qui passe comme s'il y avait à rougir d'aimer cette viande... Bref, bref : le "malaise dans la civilisation" continue. Vous avez aimé l'épisode 1 à Dreux, l'épisode 2 à Carpentras. Vous aimerez l'épisode 2012 avec Marine. Montée des tensions entre "souchiens" et "diversité" garantie... Diviser pour régner... Parfum de Sarajevo. Commence à m'agacer leur logique de choc des civilisations... Il est grand temps de reprendre la thématique de la refondation de l'indépendance française sur des bases non-ethniques et multiconfessionnelles (athées compris). On essaie ?

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La Libye brûle. Que faire ?

28 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Cette intervention militaire en Libye. La majorité de l'opinion publique s'en fout. Moi j'y pense tous les jours : ce qu'on ne nous dit pas - les pertes civiles, les bombardements à l'uranium appauvri, les propos du sénateur Lieberman aux USA qui explique que ce qu'on fait en Libye on pourrait le faire aussi... en Syrie... Ben voyons.

 

Le parti communiste a une position correcte en ce moment - sachons le reconnaitre : ce parti malgré ses défauts est souvent le seul à sauver l'honneur national dans certains votes au parlement. Alors que PS et UMP applaudissaient Sarko la semaine dernière sur la Libye, il a su dire "non". Résultat du réveil de l'aile gauche anti impérialiste de ce parti - des sites comme "réveil communiste", le groupe Polex. Cette mouvance mérite bien ses succès électoraux dans le 93, le 94, et le Nord aux dernières cantonales.

 

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Mais à part le PC, quel groupe politique ? quel député ?

 

Le vide politique en dehors de la mouvance communiste (même chez les socialistes "historiques" avec un Mélenchon qui approuve l'ingérence, et même chez les gaullistes avec Dupont Aignan qui fait de même, parmi les souverainistes voir aussi le silence du blog "La lettre volée" sur le sujet... ) traduit une singulière cécité sur le potentiel de prédation de l'Occident en Afrique. Une cécité ou une complicité. Même les Indigènes de la République feignent de croire qu'une révolution libyenne existait vraiment et qu'il fallait mandater quelqu'un pour la protéger face à la répression. Comme le demande Le Grand Soir : où sont les preuves ? Et pourquoi personne ne débat-il de la thèse du journal Libero selon laquelle la France aurait dès le début téléguidé la révolte libyenne ? Peut-être est-elle fausse. Encore faudrait-il pouvoir enquêter là dessus, débattre, réfléchir, et non entretenir une loi du silence autour de ces questions.

 

Cela me rappelle le plan imaginaire "fer à cheval"  dans lequel les Occidentaux voyaient la preuve d'un génocide au Kosovo en 1999. Il a fallu que Le Monde lui même révèle qu'il était inventé par les services secrets bulgares pour que l'on veuille bien s'intéresser à cette imposture. Arrêtons de faire les autruches : posons les véritables questions : oui ou non la révolte libyenne est-elle orchestrée de l'extérieur dès le début ? oui ou non le régime Kadhafi est-il détesté par les masses libyennes (beaucoup de témoignages ne vont pas dans ce sens) ? Oui ou non les insurgés ont ils eu les mains nues comme en Tunisie ? Oui ou non le gouvernement a-t-il tiré dessus cyniquement ? Oui ou non Al Qaida était elle à Benghazi comme le laisse entendre un article récent de Cockburn ?

 

La mollesse du débat sur la Libye ouvre des boulevards à des esprits exaltés à la Dieudonné pour qu'ils se présentent en sauveurs de la Libye et de l'Afrique. Pour empêcher ces dérives il est temps de créer un vrai lobby anti-ingérence au sein des institutions républicaines françaises. Qu'il interpelle les dirigeants, qu'il pose les vraies questions, qu'il appuie où ça fait mal jusqu'à ce que notre pays guérisse définitivement de son réflexe impérialiste. Mais c'est si long à mettre en place, si compliqué vu l'échiquier politique français... Comment faire ?

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Appel à éditeur : "10 ans sur la planète résistante"

24 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Au coeur des mouvements anti-guerre

Le contrat qui me liait aux éditions Thélès pour le livre "10 ans sur la planète résistante" vient d'expirer. Compte tenu des faibles moyens de diffusion de cet éditeur, l'ouvrage est très loin d'avoir touché son public potentiel.

 

Je souhaiterais donc pouvoir publier ailleurs ce manuscrit sous un autre titre, dans une version actualisée et remaniée, et ce dans les mois qui viennent. Si vous-mêmes êtes éditeurs ou si vous avez une maison d'édition à me suggérer, n'hésitez pas à m'écrire . 

D'avance merci.

 

F. Delorca

 

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Les idées, les individus, les styles

23 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Un ami militant anti-guerre m'écrit : "Mon problème est que je ne remarque en fait jamais les individus, hors des questions privées, amicales, etc, juste leur rôle si bien qu'on me dit toujours "tu ne connais pas tel ou tel auteur" et je me sens tout bête, et quand je recherche, je découvre que j'ai lu une dizaine de texte de cette personne ...
 
Je suis comme cela, cela m'enlève quand même quelques soucis puisque je ne ressents pas de sentiments particuliers pour untel ou untelle dans la lecture de leurs textes ...je pense que si Hitler avait écrit un roman ou le gestapiste qui a torturé mon oncle je pourrais le lire sans la moindre réticence ...si son roman était bon à mes yeux ...c'est seulement ensuite que je réagirais si on me le disait...et alors je ferais le lien entre les deux et je construirais une théorie scientifique sur le génie d'un ...Céline ou d'un autre .
 
Bref, je suis un être bizarre, je ne fais que passer dans ce monde qui n'est pas vraiment le mien "
 

Cet ami est marxiste. J'avais déjà remarqué son goût pour les jolies histoires, les idées mises en histoire, et son peu d'intérêt pour les individus concrets. A la table d'un restaurant il confondra facilement untel avec un autre. Je pense que le marxisme satisfait son besoin de se raconter des histoires, avec, en plus, un vernis un peu snob de fausse scientificité, en oubliant un peu les personnes qui les ont portées. Cela lui nuit parfois, par exemple quand il diffuse des textes de fachos (vous savez : ces textes fachos sous des vernis apolitiques ou "transcourant" comme on sait en faire à l'extrême droite) sans avoir bien identifié leur auteur.

 

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En ce qui me concerne les idées pures et les belles histoires m'intéressent de moins en moins. J'aime à connaître ceux qui les portent, leur psychologie, leur vie, leurs amis. C'est pourquoi plus je vieillis et plus je deviens un écrivain dans l'âme plutôt qu'un philosophe. Le style m'intéresse plutôt que l'idée. L'idée est vide, sans son contact avec le réel. Le style est l'articulation entre le concept et le sensible. Il est le mouvement de la pensée - rapide, ou lent, saccadé, fluide - par lequel la pensée apprend à inscrire ses principes dans le monde et comprendre les principes à la lumière de celui-ci. Par le style l'individu donnera corps à ses idées ou les laissera mourir dans un ciel irréel - "ce monde qui n'est pas vraiment le mien" comme dit mon ami sur le ton du mysticisme. Voilà pourquoi je place au dessus de tout dans la littérature le travail de Montaigne qui est un effort exceptionel pour donner à la pensée un rythme par lequel celle-ci pourra "coller" à l'individualité qui la porte et à l'individualité des autres. Ce rythme, ce style, est ce par quoi mots et choses trouvent une résonnance juste et s'inscrivent dans un récit qui n'est pas purement chimérique mais, au contraire, qui devient le meilleur moyen de donner une direction idoine aux choses, ou de trouver la direction qui émane des choses dans la manière dont on les vit. Une direction qui souvent prend des drôles de détours, et qui doit être suivie à la vitesse appropriée. C'est aussi ce qu'on s'efforce de faire dans ce blog, à un niveau modeste, par des zigzags qui vont  des grands drames de notre époque aux plus triviales évocations du quotidien.

 

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"Denise Albert" dans Le Parisien aujourd'hui

23 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Un livre épuisé sur D. Albert

Le livre "Denise Albert" que j'ai publié au début du mois est à l'honneur avec son héroïne sous la plume de Carole Sterlé dans Le Parisien aujourd'hui.

 

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Ca débat dans mon canton béarnais

23 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

L'enjeu est la couleur politique des Pyrénées-Atlantiques...

 

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Ignoble et stupide

22 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Débats chez les "résistants", #Le monde autour de nous

Comme toutes les ingérences occidentales depuis 15 ans, celle qui se déroule aujourd'hui en Libye est à la fois ignoble et stupide.

 

Ignoble parce que toute ingérence dans une guerre civile du Tiers-Monde l'est. Elle consiste à choisir un camp contre l'autre, c'est à dire à dire à une partie du peuple : rendez vos armes au profit de l'autre partie. Quelle qualité M. Sarkozy ou M. Obama ont-ils pour dire aux Libyens quel camp est le bon pour eux et pour l'avenir de leur pays ? Il y a derrière ce choix un infini mépris pour les nations du Sud et leur droit à disposer d'elles-mêmes. Le principe même de l'ingérence est ignoble.

 

Ensuite l'infâmie se décline sur tous les aspects de cette ingérence. Tout d'abord parce qu'elle s'appuie toujours sur des informations partielles, partiales et mensongères, généralement véhiculées par des "intellectuels" largement discrédités comme celui qui a conseillé M. Sarkozy dans l'affaire libyenne. C'est presque toujours le cas depuis 15 ans : on ne veut pas entendre le point de vue du camp auquel on s'oppose, on l'ignore, on le diffame, tous les grands médias ne vont que dans un sens, et les immondes petits lecteurs de la presse qui se targuent de tout savoir se ruent ensuite sur les forums Internet pour insulter le premier esprit critique qui essaiera de faire entendre un son de cloche différent : on le traitera de facho, de réac, de sanguinaire, d'ennemi du genre humain, et l'on dressera un cordon sanitaire de silence autour de son point de vue.

 

Après la manipulation de l'opinion (et de sa propre opinion car je suis sûr que les dirigeants eux-mêmes s'intoxiquent avec leur propre vision sommaire et partiale de  la réalité), l'ignominie se poursuit à l'encontre des rares puissances susceptibles de s'opposer au point de vue occidental (pays arabes ou africains, latino-américains, Russie, Chine). La manière dont l'administration Obama a "convaincu" Russes et Chinois du fait qu'il ne s'agirait en Libye que d'empêcher les avions de Kadhafi de bombarder les civils est un modèle dans le genre de la séduction et de la tromperie. Quand elle a vu les Occidentaux bombarder méthodiquement les colonnes de ravitaillement militaire et les infrastructures de commandement et de soutien, la Ligue arabe a pris conscience "mais un peu tard" comme dit la fable du fait qu'on l'avait bernée. Moscou et Pékin ont regretté. regrets un peu pharisiens à vrai dire, car la neutralisation des autres puissances ne repose pas que sur la séduction, mais aussi sur le donnant-donnant diplomatique : tu me laisses les mains libres en Libye et je ne t'embêterai pas trop dans le Caucase ou au Tibet. Ce n'est jamais vraiment dit comme ça sans doute, mais c'est à l'arrière plan plus ou moins inconscient de toutes les discussions. Dans un monde où l'OTAN accapare 60 % des dépenses militaires et la quasi-totalité du prestige culturel depuis trois siècle (ça s'appelle une structure de domination symbolique), il est illusoire de penser (comme l'ont fait certains chantres du monde "multipolaire") que Moscou ou Pékin pourraient en quelques années construire un discours alternatif et opposer leur propre vision aux Nations-Unies et ailleurs. Pour camoufler les mensonges adressés aux puissances dont on a évité le véto, il faudra d'autres mensonges, dire que ce sont elles qui ont mal lu la résolution qu'on leur a fait voter, qu'elles sont d'humeur chagrine, qu'elles n'aiment pas vraiment nos magnifiques "droits de l'homme".

 

Puis vient l'infâmie dans l'exécution même de l'ingérence, toujours à huis clos et loin des journalistes - sauf quelques exceptions comme ces journalistes de libération dimanche qui ont assisté "au jeu de massacre" comme ils disent de jeunes soldats libyens pris comme cible d'avions de combat. Ces fameuses "frappes ciblées" sont la manière la plus infâme, la plus abjecte de faire la guerre. C'est la mort qui vient "d'en haut" et contre laquelle on ne peut pas riposter. Le modus operandi va avec le deux poids deux mesures, la manière dont on prétend être le "deus ex machina" qui depuis le ciel fera tomber son châtiment et sa foudre. Les armées du Tiers-monde irakienne ou libyenne sont massacrées sur place par des pilotes occidentaux tranquillement installés dans leurs avions - sauf si elles ont une expérience de l'enfouissement sous terre comme l'armée yougoslave en 1999. Les DCA sont rarement très performantes.

 

L'infâmie va hélas de pair avec la bêtise. La décision d'attaquer un régime ou un pays diabolisés par les médias est souvent prise dans l'urgence, sous le feu des caméras (en France cette fois ci la reconnaissance des insurgés de Benghazi ne fut même pas concertée avec le ministre des affaires étrangères). Certes ce n'est jamais complètement absurde. On peut toujours trouver un intérêt géopolitique cynique à l'agression (pour faire main basse sur le pétrole, trouver un nouvel espace pour la construction d'une base militaire), et il y a toujours des stratèges pour ressortir un plan raisonnable qui donnera finalement un sens concret à notre action. Mais à la base le réflexe d'ingérence, d'imposition de nos valeurs, et sa mise en scène devant devant les caméras est largement irrationnel et purement égocentrique - un égocentrisme collectif, à l'échelle de l'Occident. On se rend vite compte qu'il expose à plus de problèmes qu'il ne fournit de solutions. Le massacre de soldats libyens assurément ne doit pas garantir une très grande popularité aux Occidentaux en ce moment, ni à Tripoli, ni dans aucun des pays qui ressent déjà douloureusement les entraves occidentales à sa liberté d'agir (c'est à dire la majorité des pays de la planète). Même si l'on n'éprouve guère d'enthousiasme pour le colonel Kadhafi on ne peut en ressentir pour le jeu de massacre céleste des Occidentaux. D'autant qu'on finit par se rendre compte que le comité insurrectionnel de Benghazi, composé d'anciens cadres du régime de Kadhafi, d'islamistes, de jeunes fraîchement entrés en politique, et d'autres groupes dont on ne sait rien n'est pas nécessairement  plus "démocrate" ni meilleur pour le peuple libyen que le régime que nous combattons. Avec un peu de malchance même il pourrait être aussi peu recommandable que l'UCK kosovare ou le régime de M. Karzaï en Afghanistan (sans parler même du gouvernement irakien actuel).

 

Certes ce n'est pas si grave parce que les bonnes âmes sympathisantes de la "révolution libyenne" sont prêtes encore pendant de longs mois en Occident à continuer de bâillonner les tenants d'une analyse lucide. Mais cela pose quand même un problème au regard du "terrain". On commence à parler d'enlisement. Avez-vous noté que dans ces moments-là tout le monde commence à regarder sa  montre ? Fin mars 1999 M. Védrine a tout de suite déclaré que le bombardement de la République fédérale de Yougoslavie était une "affaire de jours pas de semaines". Aujourd'hui M. Obama attaqué par les Républicains commence à prévenir que les Etats-Unis passeront bientôt le commandement des opérations à quelqu'un d'autre. Dans ces cas là, on n'a plus qu'un espoir : il faut que le régime d'en face cède rapidement . Soit qu'il négocie sa capitulation comme S. Milosevic le fit en Yougoslavie à partir de mai 1999, soit que la corruption de l'armée assure sa reddition sans condition comme l'obtinrent les Etats-Unis à la veille du siège de Bagdad en 2003 en achetant les principaux généraux de l'entourage de Saddam Hussein. C'est ce que dit aujourd'hui M. Juppé quand il "espère" un effondrement du régime Kadhafi. La lâcheté (ou la naïveté) de notre ennemi prêt à discuter avec nous, ou son immoralité (sa corruptibilité financière, sa vénalité) deviennent notre seule chance pour éviter que l'aventure interventionniste tourne au bain de sang le plus absurde, dont un mal peut sortir bien pire que le remède que l'on souhaitait administrer. Nous en sommes donc à cette étape.

 

La véritable intelligence, qui nous aurait par ailleurs empêchés de verser dans l'infâmie, aurait été de ne pas céder du tout à l'instinct de croisade et aux appels des esprits primaires qui en ont fait leur ligne de conduite. Peut-être y penserons-nous dans le cadre des prochains conflits. En Occident l'intelligence et la dignité sont toujours renvoyés à la guerre suivante...

 

FD

 

ps : dorénavant je me considère étranger à ma région natale, en voici la raison.

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Chavez à propos de la Libye

21 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

 

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