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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Solidarité avec les usagers de la SNCF en grève

19 Janvier 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Un mouvement original d'usagers de la SNCF en grève s'est développé dans l'Ouest de la France et dans le Nord. Une pétition nationale peut être signée ici. J'espère qu'une confluence se réalisera entre ce mouvement d'usagers et les syndicats de salariés de la SNCF.

 

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Comme on peut le lire dans Le Monde verson électronique : "Il y a un désengagement total de l'Etat, pour remettre à plat et améliorer l'organisation des réseaux ferrés français. On nous a pourtant bassiné avec le Grenelle de l'environnement, et incité à prendre davantage les transports publics. Ce qu'on constate plutôt, c'est qu'on se dirige peu à peu vers un système de type britannique pendant les années Thatcher, où les trains et les voies ferrées ont été abandonnés par l'Etat au détriment de la qualité et de la sécurité du service."

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Refermer la boîte de Pandore tunisienne

19 Janvier 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

M. Le Hyaric signale sur son blog l'événement suivant :

 

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"La séance plénière du Parlement européen s’est ouverte hier soir, lundi 17 janvier 2011, par une déclaration du Président du Parlement, sur la situation en Tunisie, en présence de la Commission européenne.

 

Tant le Président du Parlement que le représentant de la Commission M. Füle, n’ont manifesté que peu d’enthousiasme dans le soutien à l’actuel mouvement qui se développe en Tunisie. Puis, dans une curieuse ambiance où se mêlaient gêne et confusion, une majorité du Parlement a refusé de discuter et d’adopter une résolution réclamée par le groupe de la Gauche Unitaire Européenne et le groupe des Verts/Alliance libre européenne, présentée par Daniel Cohn-Bendit."

 

Je crois que nous devons relever ce genre de fait : si demain le peuple tunisien parvient à faire avancer sa révolution jusqu'à un point de rupture avec la tutelle occidentale (ce que je souhaite), chacun doit bien voir qu'il s'agira d'un processus dialectique, agonistique, face à des pouvoirs occidentaux foncièrement attachés à la sauvegarde, dans un premier temps de la dictature, puis et de ses reliquats.

 

L'establishment européen (comme son homologue étatsunien), comme toujours, est une machine à étouffer les mouvements populaires, pour éviter les effets dominos, le populisme, l'islamisme etc. Les boîtes de Pandore révolutionnaire doivent s'arrêter  à 1789, toujours. La liberté de la presse bourgeoise et des partis pro-occidentaux. Rien au delà.

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"Eloge de la liberté sexuelle stoïcienne"

18 Janvier 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #"Eloge de la liberté sexuelle stoïcienne"

eloge toicienMon dernier livre Eloge de la liberté sexuelle stoïcienne, à propos d'une histoire yougoslave vient de paraître aux Editions du Cygne. Ce livre termine un cycle d'écriture commencé il y a douze ans.

 

Je ne sais pas du tout si j'aurai l'occasion de publier d'autres livres dans les années à venir. A priori je n'y tiens pas car c'est un travail fastidieux, et tout ce que j'avais d'intéressant à dire figure dans l'un ou l'autre de mes livres déjà publiés. Je suis de toute façon à une étape de ma vie (mais c'est sans doute le lot de tous les quadras) où une grande part de tout ce qui se livrait sous le mode de la nouveauté, exaltant, désespérant, ou simplement surprenant et complexe, s'offre aujourd'hui sous le sceau du déjà-vu et de la répétition. Si l'on attend de moi que j'écrive des ouvrages, si quelqu'un m'en demande un, je ne pourrai alors que composer un texte sérieux qui ordonne, précise, explicite ou affine des choses déjà dites. Il ne peut plus s'agir de textes marqués par l'urgence et des émotions constrastées comme ce fut le cas il y a sept ou huit ans. Dans un sens j'ai eu la chance de pouvoir poser sur la place publique les principales expériences que je vivais, et les sentiments ou les analyses qu'elles m'inspiraient, soit dans le registre de la sociologie soit dans celui de la philosophie ou de la géopolitique. La chance aussi d'être lu par quelques-uns, et inscrit dans des catalogues de bibliothèques publiques. Je le dois à de petits éditeurs comme Le Temps des cerises, Thélès, L'Harmattan ou Le Cygne. Je ne leur ai sans doute pas fait gagner d'argent, mais ils ont quand même assumé le risque de porter ces livres qui ne parlent pas forcément à l'imaginaire du plus grand nombre, et ils l'ont fait de moi sans exiger que je retouche mes textes en fonction du politiquement correct ou d'objectifs de rentabilité.

 

Voilà, je ne sais pas trop si cela a été utile, ni à qui ça a pu l'être. Maintenant je compte me replier modestement sur mes blogs et y cultiver tranquillement mes radis. Une phase se termine.

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De la différence, de la lourdeur, et de leur bon usage

13 Janvier 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Affiché sur les murs de Paris en ce moment : "Belle année 2011, dans une capitale où se rencontrent et se respectent les différences, une ville qui aime la vie". Je ne sais pas pourquoi, mais moi  je ressens dans ce slogan la patte de M. Delanoë himself... Bien sûr c'est le genre de message auquel personne ne croit, mais il est intéressant que la capitale de la France ait choisi celui-là, c'est son visage, son maquillage, sa tenue de soirée, tenue de rigueur du moment.

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Ce matin par dessus l'épaule d'un voyageur du RER je lisais en titre d'une grande page du Monde "Roland Dumas l'amoraliste". Je crois qu'à Paris la "différence" de Roland Dumas ne doit pas être très "respectée". La mienne non plus du reste : quand une journaliste de Glamour m'interroge sur l'exhibitionnisme des jeunes filles, je sens bien qu'on n'est pas très content d'entendre la réponse d'un type qui a l'accent du Sud, et encore moins de l'entendre esquisser des grandes fresques sur 200 000 ans ou 50 ans ("Vous savez, nous ce sont les sujets 'tendance' " qui nous intéressent") ou relativiser des phénomènes à la mode sans être capable de citer le nom d'un photographe en vogue.

 

Mais cette intolérance à l'égard de ma "différence" m'incommode moins qu'il y a 20 ans. Je m'amuse à voir la manière dont autrui me considère, et agacer ou ennuyer ne me déplaît pas.

 

En ce moment je lis un bouquin publié chez un petit éditeur qui défend une philosophie athée de la matière. Le bouquin n'est pas très bon. Ses références sont assez datées, inadaptées aux vrais enjeux du débat contemporain sur la nature et le destin de l'humanité (alors pourtant que le fond de sa thèse est assez juste). En somme ce livre me paraît un peu lourd.

 

Je me dis que mes propres écrits (dans tous les domaines) peuvent paraître à beaucoup de lecteurs - ceux qui sont "tendance", "branchés", esclaves des médias actuels etc, - grevés des mêmes défauts, et que donc mes écrits sont pour eux ce que ce livre est pour moi : un truc un peu épais, mal dégrossi.

 

Sauf que, pour ma part, je suis enclin à penser que mes livres (ou mes propos dans les interviews) sont lourds pour de bonnes raisons : ils veulent manifester une force d'inertie par rapport à la légèreté des modes et à la fausse virtuosité des amuseurs publics. Alors que le livre que je lis, lui, est simplement lourd par excès d'ignorance : l'auteur n'a tout simplement pas cherché à connaître les données actuelles du débat et croit pouvoir ressortir par exemple Freud sans voir ce que Freud a pris sur la tête depuis sept ou huit années.

 

Cela dit nos "lourdeurs" se rejoignent en nous condamnant à rester chez de petits éditeurs. Ainsi va la vie.

 

Une précision cependant : je ne pousse pas l'inertie et la lourdeur aussi loin que Bourdieu et, au delà, ses prédécesseurs chantres du structuralisme qui dénigraient systématiquement les prophètes de la modernité façon Crozier en rappelant toujours contre eux ce qui résiste, ce qui ne change pas. L'attachement aux invariants, très caractéristique du structuralisme, contre le "bougisme" médiatique (et le mythe du "tout change tout le temps") est une commodité académique à laquelle je me garde de céder trop facilement. Car en ces temps où l'opinion populaire dépend beaucoup de ce qui se voit sur les écrans les modes sont très loin d'être anodines, l'instinct grégaire à leur égard se porte si bien qu'il serait dangereux d'en sousestimer la force et l'impact.

 

Bref, passons sur le décorticage de ces subtilités.

 

J'ai envoyé mon livre sur le stoïcisme à mon éditeur. Il sortira début février. C'était mon dernier ouvrage (définitivement ou avant très longtemps). Il comporte bien des maladresses que je n'ai pas trouvé le courage de corriger. Après des années à le relire à le recomposer, je ne savais plus qu'en faire. C'est sans importance de toute façon. Il sera si peu lu.

 

De toute façon je ne veux plus trop être lu ni entendu. Un type un peu bizarre (de droite) m'a proposé de donner une conférence sur mes livres. Je n'ai pas donné suite à sa proposition. Je veux bien accorder une interview à l'association "Initiative citoyenne de défense" sur l'état actuel du monde comme elle me l'a proposé parce que cela me donnera l'occasion d'ordonner un peu mes idées sur ce sujet, mais ce n'est plus dans l'espoir d'étendre mon lectorat. Je me satisfais tout à fait de voir une poignée de personnes de qualité fréquenter occasionnellement ce blog et y laisser des commentaires. D'ailleurs, à l'avenir, comme je n'aurai plus le travail d'écrire des livres, je compte me contenter de ce blog et des rencontres fortuites que je puis encore faire à travers les messages que m'envoient parfois ses lecteurs. Au diable les livres !

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La sexualité en RDA

10 Janvier 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Lu ceci dans l'Imparfaite :

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Plus tôt, plus sou­vent et mieux!» Voilà com­ment les his­to­riens décrivent le sexe en République Démoc­ra­tique Alle­mande. Ovni poli­tique, le régime com­mu­niste 
a entretenu, à par­tir du milieu des années 1960 et jusqu’à son implo­sion en 1989, une autre sin­gu­lar­ité, plus dis­crète: une sex­u­al­ité sans pareille. Un amour libre, égal­i­taire, imag­i­natif et –chiffres à l’appui ‒ plus orgas­mique que dans les sociétés voisines. La RDA fut à ce titre une excep­tion, entre une RFA «prute» à l’Ouest et le reste d’un bloc com­mu­niste tombé dans le machisme sovié­tique. Le régime social­iste est-allemand a couvé une romance sex­uelle aujourd’hui motif d’ostalgie. Pourquoi? La fab­rique étatisée d’une sex­u­al­ité dis­crète­ment révo­lu­tion­naire a nourri un amour para­doxale­ment libéré, inspiré d’une sex­olo­gie offi­cielle cen­trée sur l’orgasme féminin. Mal­gré ses con­tra­dic­tions –petites-bourgeoises et lib­er­ti­cides– ce lab­o­ra­toire his­torique a eu le temps de faire ses preuves au monde…
et au lit.

 

Mythe d’une baise morose à l’Est


Durant la Guerre froide, en Alle­magne, l’ironie de l’histoire mit lib­erté et plaisir sex­uels du côté du rideau de fer pour­tant censé être le plus froid: l’Est. «Quand 
la pre­mière étude com­par­a­tive entre Alle­magne de l’Est et de l’Ouest sur l’expérience sex­uelle des étudi­antes fut con­duite en 1988, les résul­tats mon­trèrent –au grand éton­nement des experts de l’Ouest– que les filles de l’Est appré­ci­aient bien plus 
le sexe que leurs voisines ouest-allemandes» ; et Dag­mar Her­zog de pré­ciser, dans Social­ist Mod­ern: «et avaient des orgasmes plus sou­vent»! suite de l'article dans l'Imparfaite"

 

 

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Pau vu par TF1

9 Janvier 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

Un peu trop centrés sur le sport ces reportages. Il y a 30 ans, quand on parlait de ma ville natale, on évoquait les écrivains symbolistes des années 1890 qui y vécurent. Cela parait la ville d'une aura onirique dont l'univers capitaliste compétitif et hédoniste l'a finalement dépouillée. Autre temps autres moeurs.

 

 
Et puis notez cette juste polémique sur le nouveau logo nullissime de Pau.
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Roland Dumas, l'extrême droite, et les formes de résistances que nous n'aimons pas

8 Janvier 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

J'ai fait l'éloge il y a peu du geste de Roland Dumas se dressant contre le système politico-médiatique impérial pour se faire l'avocat de la défense en Côte d'Ivoire. Geste noble (car il ne pouvait lui attirer que des critiques) et nécessaire (car il faisait entendre le point de vue des accusés, inaudible dans les grands médias).

 

Un lecteur du blog, par ailleurs attentif aux papiers de Libération et du Monde, m'explique que M. Dumas en réalité s'est rendu en Côte d'Ivoire avec l'aide de l'extrême-droite, et qu'en réalité toute sa démarche intellectuelle serait de plus en plus inspiré par cette mouvance.

 

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Je ne sais pas si les éléments qu'il cite à l'appui de sa démonstration sont tous vérifiés (Le Monde et Libé nous ont souvent habitué à de la désinformation, en particulier sur ce genre de sujet). Si tel est le cas cependant, effectivement il y a matière à interrogation. Peut-on isoler le geste de résistance de ces deux anciens avocats du FLN, du parcours éventuellement tortueux que ceux-ci ont suivi ? - dans le cas de M. Dumas, non seulement du côté de l'extrême-droite (ce qui est à vérifier), mais aussi sur les chemins de la corruption mitterrandienne qui a causé encore plus de servitude et de morts dans ce monde depuis 30 ans que l'extrême droite (je songe ici aux morts angolais du fait qu'Elf sous Mitterrand soutint aussi bien le MPLA que l'UNITA, entre autres exemples).

 

Question philosophique importante sur le geste et les individus que j'ai déjà posée il y a peu.

 

Une autre interrogation encore autour de ce sujet : pourquoi est-ce que dès qu'une forme de résistance concrète se manifeste à l'égard de l'empire euro-étatsunien, le canal de liaison est il celui de l'extrême-droite ? Cela s'est vérifié sur la Côte d'Ivoire, précédemment aussi le Liban quand Meyssan a voulu rencontrer le Hezbollah. Il n'y a guère que l'Amérique latine qui échappe à cette règle. N'est-ce pas parce que la gauche de la gauche se montre un peu trop pusillanime ? Gbagbo faisait partie de l'Internationale socialiste. Il est aberrant que seul le FN maintenant puisse servir d'intermédiaire avec lui...

 

N'est-ce pas le résultat d'un trop grand "purisme" de la gauche de la gauche qui se limite à des slogans abstraits du genre "halte à l'impérialisme" sans vouloir connaître concrètement les protagonistes des luttes.

 

Cela me fait penser au témoignage d'un ami de gauche à l'issue d'une manifestation de solidarité avec la Tunisie qui jeudi dernier.

 

"La manif était assez massive. Comme d'habitude deux mondes, les laics (PG en tête qui a refusé presque jusqu'au bout la participation des islamistes) et les Tunisiens de Tunisie ...Là Mohamed m'a dit qu'il a fourni aux organisateurs les messages provenant de Tunisie des structures syndicales qui se sont rebellées contre la centrale et qui sont en fait aux mains des islamistes de Nahda ...ils n'ont pas fait confiance à sa traduction, ils ont donc fait appel à un autre traducteur qui a confirmé que les islamistes se battaient pour une démocratie pluraliste et constituaient l'élément le plus dynamique des syndicalistes actuels ...
 
On se demande pour quelle Tunisie on se bat ??? celle des Tunisiens ou celles que les Français progressistes aimeraient voir en Tunisie ?"

 

La question qu'il pose à la fin me paraît juste : comment nous positionnons-nous à l'égard des formes de résistance que nous n'aimons pas ? Celui qui s'en tient à énoncer des idéaux de résistance dans le vide sans discuter avec ceux qui résistent vraiment n'est-il pas hors du monde, hors de la vie, et n'est-il pas au fond objectivement complice du système qu'il combat, puisqu'il se limite à contempler des mots désincarnés ?

 

Sujet complexe s'il en est...

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Un mot sur Roland Dumas

6 Janvier 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Il y a quelques années, j'ai publié une recension des mémoires de Roland Dumas (tome 1) dans laquelle je lui reprochais de trop se focaliser sur la construction européenne, son silence sur la Françafrique et l'assassinat de Sankara. Il y aurait bien des choses à reprocher à cet ancien ministre plus d'une fois piégé par les fastes de la République et l'ivresse du mitterandisme.

 

Mais je trouve qu'il se rachète sur ses vieux jours en faisant preuve d'audace sur l'Iran, Israël, le 11 septembre, la Côté d'Ivoire - c'est toujours utile pour le débat et l'intelligence collective. Un signe du fait qu'il évolue bien : Mme Alliot-Marie le trouve "pitoyable" (être insulté par cette dame est plutôt une référence) et les vieux trentenaires d'Internet l'attaquent bassement sur son âge en des articles d'une rare violence haineuse.

 

Roland Dumas retrouve ses idéaux de jeune avocat du FLN, et rejoint Jacques Vergès dans ce rôle, en toute logique.

 

Je vous conseille donc de regarder la vidéo ci-dessous.Tout n'est pas très rigoureux dans ce qu'ils disent. On peut soupçonner notamment que certaines de leurs assertions sur les exactions dans le nord de la Côte d'Ivoire par exemple n'ont pas été bien vérifiées. Mais ils ne sont pas juges. Ils incarnent la parole de la défense dans le procès instruit par la soi-disant "communauté internationale". Ce qui n'est déjà pas si mal.

 

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Un point d'histoire sur la question du rapport du Parti communiste à l'immigration

5 Janvier 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Vous le savez,  je n'ai jamais été membre du Parti communiste français (PCF), et je cultive une position anti-impérialiste qui n'est pas marxiste stricto sensu. Cependant je tiens toujours à ce qu'une certaine vérité objective soit respectée lorsqu'il s'agit d'évoquer les mouvements révolutionnaires en France et dans le monde, ceux d'aujourd'hui et ceux d'hier, car les courants conservateurs ont tôt fait de verser dans la calomnie sur ce genre de sujet et d'égarer l'opinion commune sur ce genre de sujet.

 

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Dans cet esprit, je me permets de publier sur ce petit blog, avec l'autorisation de son auteur, la lettre ouverte adressée par M. Jean-Pierre Page, qui fut jadis responsable des relations extérieures de la CGT, à Mme Laurence Cohen, secrétaire départementale de la fédération du PCFdu Val-de-Marne, au sujet de l'exposition "30 ans de communisme dans le Val de Marne"‏ dont le journal le Parisien du 5 juin dernier, et l'Humanité du 3 juin ont parlé. Le texte mérite une certaine attention, car il corrige des erreurs répandues dans l'opinion publique depuis 30 ans en ce qui concerne le rapport du PCF à l'immigration. Sur ce sujet on peut aussi jeter un coup d'oeil aux vidéos ci-dessous.

 

Pour aller dans le sens de cette lettre, on peut rappeler que l'ex-dirigeante du groupe d'aide aux immigrés GISTI Danièle Lochak a fait ses débuts dans un groupe d'alphabétisation des immigrés organisé par la CGT, et elle n'était sans doute pas un cas isolé. Le rôle du PCF aux côtés des immigrés dans les années 1960-70 (même s'il mérite des critiques sur bien des plans), doit quand même être intégré à la mémoire de la gauche.

 

FD

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"La Havane, 4 janvier 2010
 
 
Chère camarade,
 
Je suis informé d’une exposition sur “ 30 ans de communisme dans le Val de Marne”, dont la fédération du PCF serait à l’initiative et qui rapporte dans des termes inexacts et politiciens les événements intervenus à Vitry en relation avec l’expulsion de travailleurs immigrés du foyer de St Maur, en décembre 1980. Je souhaite donc te faire part de mon indignation!
 
En dénaturant de façon grossière les principes de  solidarité internationaliste qui furent  pendant de nombreuses années les valeurs sur lesquelles s’est construit l’identité du PCF, les responsables de cette exposition  insultent la mémoire, la générosité et l’engagement de nombreux militants communistes.  Pire ils participent à cette réécriture de l’histoire qui n’est pas étrangère au fiasco politique qui caractérise aujourd’hui ce parti dont la perte de crédibilité est une caractéristique que l’on peut vérifier non seulement en France mais aussi dans le monde.
 
Pour avoir assumé d’importantes responsabilités à la CGT comme secrétaire général de l’Union Départementale du Val de Marne ainsi qu’au PCF comme membre de la direction fédérale, puis comme membre du Comité central, il m’est insupportable qu’on travestisse à ce point la réalité de ce que furent nos positions véritables. J’ajouterai que je ne suis pas étonné de voir le PCF se livrer à cette énième séance d’exorcisme dans  le but de se libérer de ses prétendues fautes. Toutefois je conteste avec la plus grande énergie que cela se fasse en se servant de nous comme de simples boucs émissaires !
 
Si les responsables de cette exposition n’avaient pas été obsédés par l’idée de reprendre à leur compte la campagne des médias relayés à l’époque et depuis par le PS, le PSU, la LCR, la CFDT ils auraient consulté comme je viens encore de le faire le livre d’Alain Bertho, historien et à cette époque rédacteur en chef de Société Française écrit en collaboration avec notre regretté Roland Foucard : « Ceux du Val de Marne » ! Ils y auraient découvert des faits et des documents incontestables dont d’ailleurs un grand nombre se trouvent maintenant aux Archives départementales du Val de Marne.
 
Ainsi comment parler de ces événements sans évoquer la bataille que menait depuis plusieurs années en Val de Marne la CGT avec le soutien du PCF et des associations de travailleurs migrants en particulier l’Amicale des Algériens en Europe et l’Association des Maliens pour le respect des droits des résidents des foyers ADEF et SONACOTRA gérés par les marchand de sommeil du patronat de la Métallurgie et du Bâtiment avec le soutien de la droite et du PS.
 
C’est à cette époque et chaque fois avec l'engagement du PCF et de ses élus que furent organisés non sans succès de nombreuses manifestations, rassemblements, conférences de presse avec les résidents des foyers qui déboucheront et pour la première fois sur l’organisation en France de « Comités de résidents CGT des foyers ». Forts de milliers d’adhérents dans le Val de Marne ce sont eux qui permirent d’imposer au Ministre de Giscard Lionel Stoleru un statut national qui devait permettre après  négociations  les importantes rénovations des foyers du Val de Marne en particulier celui de Chevilly-Larue , la gestion des activités par les résidents eux-mêmes, de véritables contrats de locations, une réduction importante des loyers, le droit de s’organiser librement et tenir réunions, le droit de recevoir, le respect des cultes, etc….
 
C’est à cette époque que nous dénoncions la ségrégation à laquelle se livraient les municipalités de droite vis-à-vis des travailleurs migrants en refusant l’installation de foyers sur le territoire de leurs communes. Le 21 janvier 1978 dans une initiative au foyer ADEF de Chevilly Larue je faisais remarquer au nom de la CGT « Il n’est pas juste que des communes comme Champigny compte 4  foyers d’autres 3 comme à Vitry, Choisy, Ivry, Villejuif et d’autres n’en comptent pas comme à Nogent, le Perreux, Bicêtre, La raison de cette situation est simple les élus réactionnaires refusent et s’opposent violemment à la présence des travailleurs immigrés ou à la construction de foyers dans leurs localités. Il faut mettre un terme à ce comportement scandaleux ! »


C'est dans ces circonstances que Beaumont, Maire de St Maur qui rêvait de faire de sa ville, « le Neuilly de l’Est Parisien » avait avec la complicité de l’ADEF, du Préfet et l’aide des CRS décidé d’expulser plusieurs centaines de résidents d’origine Malienne d’un foyer en grève de loyers avec le soutien de la CGT et du PCF. Le 21 décembre on  amena par bus, quasi clandestinement, sans aucune explications, avec l'aide de la police et depuis St Maur une partie d’entre eux dans des locaux de Vitry, appartenant aux HLM et devant être reconverti en foyer de jeunes cheminots. Pourquoi ne pas évoquer tout cela pour expliquer la décision du Maire de Vitry de prendre un arrêté d’interdiction d’habiter dans ce lieu insalubre et de surcroît dangereux  qui devait faire l’objet d’une reconversion.
 
Pourquoi ne  pas rappeler enfin que le 10 janvier 1981 à l’initiative de la CGT et du PCF eu lieu une grande manifestation à Vitry « contre les provocations du pouvoir, des élus réactionnaires et de l’officine patronale qu’était l’ADEF . Ce jour là, les organisateurs de cette exposition devraient montrer  au lieu de chercher à effacer notre histoire comment les Maliens expulsés de St.Maur étaient tous fraternellement  à nos cotés pour crier  ensemble « Français
immigrés, même patron même combat ». Marcel Zaidner organisateur de cette exposition et membre du Comité Central à cette époque ne s’en souvient il pas ?
 
Ces événements intervenant  quelques jours avant Noël dans le contexte de l’élection présidentielle  donnèrent lieu à une campagne d’une rare violence dans les médias  contre le candidat du PCF : Georges Marchais. Elle fut relayée d’ailleurs dans la CGT au niveau national par Pierre Feuilly secrétaire général du syndicat CGT des journalistes et membre du comité directeur du PS,  qui appartenait comme moi à la direction nationale de la CGT. Les organisateurs de cette exposition auraient ainsi pu consulter les exemplaires de la Vie Ouvrière relatant sur ce sujet  les débats et les faits de cette époque, les reportages,  à moins ce qui doit être le cas qu’ils contestent également l’opinion de la CGT et de celui qui en était le directeur à ce moment-là : Henri Krazucki.
 
On peut avoir et c’était une qualité  des communistes l’esprit critique bien chevillé et une infatigable capacité d’indignation devant l’injustice, l’intolérance et l’arbitraire. Fort heureusement un grand nombre d’entre eux continuent  non seulement à s’indigner, mais à se rebeller, à se révolter devant la barbarie de cette société capitaliste. Par contre comment ne pas trouver affligeant de voir certains qui pour plaire aux princes en arrivent à capituler, à renoncer de façon subalterne  au point de caricaturer leur propre histoire. Renoncer c'est se ranger du côté de l'idéologie dominante, et l'idéologie dominante comme disait  Marx, "c'est l'idéologie de la classe dominante".
 
Que ne leur demandera t’on pas demain ? Qu’ils s’empresseront d’accepter ? Par exemple et comme c’est le cas actuellement refuser que le PCF s’associe à la liste des signataires de la protestation des PC d’Europe contre la campagne visant à criminaliser le communisme.
 
Pardonne moi encore cette citation, j’espère qu’elle ne sera pas inutile ! Le philosophe Italien Domenico Losurdo faisait remarquer récemment« les communistes  doivent savoir regarder de façon autocritique leur histoire mais n’ont pas à avoir honte et ne doivent pas se laisser aller à l’autophobie ; c’est le mouvement communiste qui a mis fin aux horreurs qui ont caractérisé la tradition coloniale».

 

S’agissant de ces évènements cela me semblait être une réflexion de circonstances !
 
Reçois chère camarade mes salutations,
 
Jean-Pierre Page
 
Ancien secrétaire général de lUD CGT du Val de Marne( 1979-1992),
ancien membre de la commission exécutive de la CGT(1982-2000)

 

PS : il va sans dire que je me réserve le droit de faire connaître cette opinion"

 

 

 

 

 

 
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Alexandre Zinoviev et Staline

3 Janvier 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

l_nine.jpg« Ne crois pas que je sois stalinien, disait l’Inspirateur. Je veux simplement dire que jusqu’à présent on a considéré le stalinisme soit de l’extérieur (à travers le regard des observateurs occidentaux), soit du point de vue de l’autorité personnelle de Staline et du système de répression. Le temps est venu de voir le stalinisme par en bas, c'est-à-dire en tant que phénomène de masse, en tant que grand processus historique d’accès de millions de gens des couches inférieures de la société à l’éducation, à la culture, à la création, à l’activisme. Beaucoup de gens ont péri, c’est vrai. Mais il y en a plus encore qui en sont sortis, qui ont radicalement changé leur mode de vie ; dont la situation s’est élevée, dont la vie est devenue plus intéressante comparée à ce qu’elle était auparavant. Cela a été pour une masse énorme de la population un essor culturel, spirituel, matériel sans précédent dans l’histoire, un processus créateur dans tous les domaines fondamentaux de la vie. On n’en a pas encore mesuré tout le prix. Je pense qu’il faudra des siècles pour lui rendre objectivement ce qui lui revient.  (…) Si un nouveau Staline me proposait, disons deux ou trois ans de pleins pouvoirs dans mon domaine tout en me prévenant qu’après ça je serais fusillé, j’accepterais sa proposition. Je voudrais au moins une fois dans ma vie, et fût-ce un court moment, fondre ma pensée et ma volonté dans l’un des courants de la grande histoire. Sous Staline c’était possible. Maintenant plus. Je sais que ce qui est en cause ici ce n’est pas la personnalité de Staline, mais le caractère mêlé de l’époque qui a entre autre donné naissance à Staline. Mais nous avons l’habitude de personnifier les époques et de lier des espérances chimériques à des personnalités ».

 

Alexandre Zinoviev, Homo sovieticus, Julliard, L’Age d’Homme 1983 p. 193-194

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Les gestes sans les individus

3 Janvier 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Les vraies valeurs de la vie sont des gestes et seulement ça. Mais la valeur esthétique d'un geste dépend de son contenu éthique. Or ce contenu est solidaire d'un récit. Le récit peut-il être construit sans jugement de valeur sur les êtres et même dans l'indifférence à l'égard de la valeur des êtres?

 

Prenons un exemple connu : le geste du soldat de l’armée rouge qui plante le drapeau rouge sur le Reichstag à Berlin en 1945.

Peu importe que le geste ait été un peu « construit » par l’agence de presse soviétique. Nous savons que ce geste aurait pu avoir lieu même indépendamment de cette construction.

La beauté du geste est solidaire d’un récit : 20 millions de jeunes paysans et ouvriers russes sont morts pour libérer leur pays d’une armée qui les traitait comme des chympanzés, et leur drapeau symbolisait aussi la possibilité d’un monde nouveau.

Un autre récit est possible qui inverse la valeur de ce geste : c’est de dire que les soldats soviétiques étaient fanatisés et que le drapeau rouge est le symbole d’un totalitarisme génocidaire équivalent à celui des nazis.

Le choix entre le premier récit est le second est affaire d’étude des faits et de réflexion philosophique sur l’histoire du monde.

Pour ma part j’adhère au premier récit (j’aurais mille arguments pour le justifier, mais faisons court) et c’est dans ce premier récit donc que le geste acquiert sa beauté.

Dans ce dispositif entre le récit et le geste, les individus ne comptent pas. Tout le monde sait que ce moujik qui a planté le drapeau rouge avait trois montres à son poignet et les avait donc volées. Il est aussi probable qu’il ait violé des femmes avant de monter sur (des viols dont le contenu et la signification éthique sont aussi très problématiques dans le Berlin de cette époque, je vous renvoie au témoignage célèbre sur lequel j’ai écrit un billet il y a quelques années).

La valeur intrinsèque de tous ces individus qui composèrent l’armée rouge est assez indécidable, comme était aussi indécidable celle de Staline et du système qu’il dirigeait. Cette valeur elle-même ne réside que dans des séries de gestes accomplis par Staline ou son régime, eux-mêmes solidaires de certains récits ou quelque récits.

Je crois que vous pouvez aussi tous trouver des exemples dans vos vies privées. Vous vous souvenez du regard d’une femme à un certain moment, d’un certain sourire un jour, en des circonstances très spéciales, raccordées à un certain dispositif, et dont la valeur ethétique est liée à une « positivité » éthique elle-même liée au récit que vous faites des événements et de votre vie, presque de votre « monde » au sens où en parle Juranville dans son livre sur Heidegger et Lacan (pardonnez moi cette vieille réminiscence).

Pour autant vous savez que cette femme trois ans plus tard vous a trahi, ou vous a ignoré, que c’était à maints égards une fieffée catin etc. Ou vous savez que vous-même n’avez jamais été à la hauteur du premier sourire, que c’est vous qui en avez fait une catin, que l’instant magique vécu une fois n’a jamais pu trouver son équivalent.
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J’ai toujours été fasciné par le défi que nous lançait Deleuze : ne s’attacher qu’aux gestes, aux styles, ignorer les individus et les déceptions ou exaltations (ou même l’affection ou la rancœur) qu’ils provoquent. Peut-on peupler toute une vie, tout un système de valeur, seulement avec des gestes détachés des individus ou des groupes qui les portent ? Ce défi éthico-esthétique peut-il être relevé ?

Dans un sens on peut dire que c’est peut-être la clé du refus de la négativité, puisque l’individu a ce potentiel d’annuler ce qu’il donne, de trahir l’instant qu’il a offert, de ne pas être à la hauteur de l’esthétique de l’instant (c'est-à-dire du dispositif de récit d’où nait la magie du geste, de l’instant, et qui fonde en retour la poursuite dudit récit). Mais en même temps la suspension du jugement, et du sentiment (pour autant que tout sentiment est un jugement comme le disaient, à juste titre selon moi, les stoïciens) n’est-elle pas en même temps le début du nihilisme, qui élide le réel, et légitime tous les récits sans plus aucun critère de vérité possible ?

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Réformer les moeurs

30 Décembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Pour moi, l'équation est très simple : un bon citoyen doit être un bon philosophe, et un bon philosophe doit être un réformateur des moeurs.

 

Citoyenneté et philosophie, tout le monde comprend ces premiers termes de l'équation depuis la Troisième république : on ne peut s'engager sans une réflexion sur le bien commun, la condition des individus et des groupes, la vie, la mort,le savoir adéquat etc. On ne peut pas, comme certains le croient, se contenter de critiquer le système, les institutions, dénoncer les mensonges, sans expliciter les valeurs que l'on défend et l'ordre social que l'on souhaiterait voir substituer à l'ordre actuel. Or toute cette explicitation requiert nécessairement un travail d'élucidation proprement philosophique sur le sens des choses.

 

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Les autres termes sont moins évidents car le libéralisme nous apprend à ne pas vouloir orienter les moeurs de l'humanité, à plutôt "laisser-faire", et laisser chacun à ses pires penchants, même les plus destructeurs, quitte à mobiliser une armée de thérapeutes en aval, armée de thérapeutes dont le présupposé premier et qu'il faut "adapter" l'individu au fonctionnement de la société. Un "laisser-faire" très hypocrite qui en vérité laisse la place à des conditionnement de masse très dangereux par le consumérisme ambiant.

 

J'entendais cet après-midi sur une chaîne publique des débatteurs disserter sur la tristesse des Français, le fait que les gens ne rient pas assez, qu'il leur faut des massages pour se porter mieux etc. Il point sous ces discussions des nostalgies pour le temps de nos grands parents où l'on vivait davantage en plein air, où l'on savait moins de chose, où l'on était moins perfectionniste, où l'on culpabilisait moins, et où on rigolait d'un rien après avoir bu un bon verre de rouge qui tache.

 

Ces discussions petites bourgeoises passéistes et frileuses ne font qu'entretenir le pessimisme des gens et leur morosité.

 

Le tropisme petit-bourgeois et conformiste est extrêmement fort quel que soit le sujet qu'on aborde. Prenez les religions par exemple. On veut qu'elles se renient. On veut les "adapter" au système social actuel, tout comme les individus : il faut absolument que le pape reconnaisse la nécessité du préservatif (quelle rigolade...), la légitimité du mariage gay, et la nocivité pour la santé de l'abstinence (une nocivité pourtant complètement non démontrée et qui n'existe souvent qu'à cause de la condamnation sociale dont l'abstinence fait l'objet). Le codicile est qu'il faut aligner le christianisme sur le système petit bourgeois consumériste. Il n'y aura pas de grand éditeur pour ouvrir son catalogue, ni de chaîne de TV pour ouvrir ses ondes à un auteur qui prônerait au contraire un christianisme plus radicalement chaste comme celui des encratites par exemple, ou à l'opposé un christianisme collectiviste qui prônerait un communisme sexuel adamite, voire un christianisme qui prônerait la fabrication de robots anthropomorphes et accepterait l'accouplement avec ceux-ci. Or ouvrir les ondes et les bibliothèques à ces tendances-là serait du plus grand intérêt pour la réflexion sur ce que peut être l'humain et sur ce qu'une religion peut prôner tout en étant fidèle à ses principes initiaux (or mon intuition est que les corpus religieux du fait de leurs contradictions internes sont beaucoup plus souples qu'il n'y paraît et ouverts aux interprétations les plus audacieuses).

 

Voyez l'Islam aussi. On veut depuis plusieurs décennies pousser cette religion à abandonner la polygamie, qui, dans sa version traditionnelle, semble avoir consititué effectivement un carcan pour tout le monde (hommes, femmes, enfants) si j'en crois certains témoignages africains notamment. Pourquoi ne donnerait-on pas la parole à des auteurs favorables au contraire au maintien de la polygamie et à son évolution ? Au nom de la souveraineté de la femme, dit-on, de sa liberté, de ses droits. Mais d'où sort-on que la polygamie est nécessairement contraignante pour les femmes ? Les concubines du "musulman polygame de Nantes" (lesquelles étaient, je crois, au moins pour partie des chrétiennes ou athées converties) qui a défrayé la chronique cette année n'avait pas l'air de l'entendre de cette oreille. Pourquoi ne pas imaginer une polygamie "libre" éventuellement tolérante aussi à l'égard de l'adultère féminine ?

 

Le débat dans les sphères religieuses artificiellement structuré autour d'une cassure entre soi-disant "conservateurs" (traditionalistes) et "modernistes" (c'est-à-dire petits bourgeois soumis au consumérisme ambiant) est triste et pusillanime. Il l'est aussi hors du champ religieux, dans la sphère laïque où pourtant aucun principe théologique ne retient la pensée.

 

Quand on pose la question de la tristesse des Français, de leurs inquiétudes, personne dans les grands médias ne soulève en arrière-plan l'interrogation sur une réforme radicale des rapports intersubjectifs, des structures familiales, du cadre professionnel etc.

 

C'est sur ce terrain là que je voudrais placer mon prochain livre, et peut-être une bonne partie des billets de mon blog l'an prochain si ce blog existe encore...

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La journée, Gbagbo, Aphsny or not Aphsny

29 Décembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

Le Dissident internationaliste m'écrit aujourd'hui, sur ce que lui ont dit des gens de l'ARAC, et des jeunes de banlieue qu'il a rencontrés après qu'ils aient vu M. Tonneau. Chacun de ses mails est un projet d'action en puissance, une incitation à construire des stratégies, mais il faut toujours rester conscient du peu de gens que cela concerne, et de l'ampleur des obstacles qui attendent chacun de ces projets.

 

Je suis content d'avoir reçu les commentaires de Dustyboy et de ce M. Pedja qui semble être un nouveau lecteur du blog.

 

Et je suis effrayé de voir se mettre en branle la machine impérialiste contre la Côte d'Ivoire. Diabolisation, gros titres de l'Immonde sur le "génocide" à venir etc.

 

Que peut-on opposer à cela ? Une déclaration du Parti communiste ouvrier français - "Non à l'ingérence impérialiste en Côte d'Ivoire, Non à la guerre civile réactionnaire" (http://www.pcof.net/fr/) ? Une déclaration du Parti communiste algérien  sur Bellaciao ?

 

J'ai des envies de retour en Abkhazie (Aphsny), ou du moins d'y reprendre quelques contacts. Je ne sais pas trop pourquoi. La médiocrité française qui m'étouffe. Les mystères que j'ai laissés là bas. Tant de choses que je n'ai pas comprises sur ce minuscule pays. J'ai en tête cette fin de l'appel d'un site abkhaze du Vénézuela à recréer la solidarité entre Cuba "et la vieille terre soviétique d'Abkhazie". Ca sonne bizarre. Et pourtant il y a du vrai. Ils ont vraiment un côté soviétique. Soviétique postmoderne, qui mélange la popmusic et les chants traditionnels mais quand même... En ce moment tous les sondages montrent que les peuples d'Europe de l'Est ont une nostalgie du communisme. Les Abkhazes, eux, ont conservé le collectivisme et ne sont pas pressés de le liquider. Dimanche dernier, une journaliste idiote qui bossait pour Schneidermann autrefois et a trouvé un planque sur la chaîne parlementaire expliquait à la TV qu'en Lettonie on ferme les hôpitaux, qu'on fait des quotas de gens qui ont le droit de passer des scanners, que les autres sont refusés, alors que des cliniques privés se remplissent les poches à faire des liftings à la clientèle suédoise. Une correpondante abkhaze m'avait dit sur son pays "Ici jamais aucun hôpital ne refusera de te soigner, ce n'est pas comme aux Etats Unis où on jette les gens dehors s'ils n'ont pas d'assurance maladie".Pourtant les hôpitaux y sont complètement démunis.

  abkhazie

Songez combien d'anthropologues et  de linguistes de Dumézil à Ginzburg ont été fascinés par les Abkhazes, comme s'ils étaient pour nous des espèces de papous blancs, un conservatoire de pratiques et de croyances biscornues. Alors, un retour à Soukhoumi prochainement avant que l'Abkhazie n'ait été avalée par le grand ogre russe ? Si la France continue de m'exaspérer comme elle le fait aujourd'hui, ce n'est pas à exclure.

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1986, de l'Italie à la Suède

28 Décembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse

Vous souvenez-vous quand Deleuze disait que le philosophe ou l'écrivain buvaient parce que la vie est en excès pour eux et qu'ils ont besoin de boire pour supporter ce qu'ils en perçoivent ? Je trouve que c'est particulièrement vrai pendant l'adolescence. Tout ce que l'on reçoit du monde, et notamment ce que l'on reçoit à travers les femmes, est immense, écrasant. Une jeune femme russe, une jeune américaine, une italienne, une suédoise portent en elles tout un univers démesuré, toute une culture. Avec l'âge on apprend à relativiser ce sentiment, on se dit qu'une Bulgare ou une Turque qui vous fait payer une pension alimentaire est une emmerdeuse avant d'être un morceau sublime de l'empire byzantin ou ottoman. Mais ce n'est pas ainsi qu'on raisonne à 16 ans.

 

Quand j'écoutais cette chanson italienne, "Ti sento" de Matia Bazar (cf ci dessous), pendant l'été 1986 (je l'ai découverte avec un an de retard), je la trouvais presque trop lyrique pour moi. Un mélange de passion et de sophistication trop intense pour que je puisse la prendre trop au premier degré.

 

Aujourd'hui en l'entendant je suis surtout sensible à la beauté de cette langue : l'italien, qui va si bien avec la voix de la chanteuse. Une langue que je comprends très mal. Je lis les paroles qui disent ceci :

 

"La parola non ha ne' sapore ne' idea
ma due occhi invadenti petali d'orchidea
se non ha anima .... anima


Ti sento, la musica si muove appena
è un fuoco che mi scoppia dentro,
ti sento, un brivido lungo la schiena
un colpo che fa pieno centro!

Mi ami o no ... mi ami o no .... mi ami?


Che mi resta di te, della mia poesia
mentre l'ombra del sogno lenta scivola via
se non ha anima ... anima

Ti sento, bellissima statua sommersa
seduti, sdraiati, pacciati!
Ti sento atlantide isola persa,
amanti soltanto accennati !
mi ami o no ... mi ami o no .... mi ami ?
Ti sento, deserto lontano miraggio
la sabbia che vuole accecarmi
ti sento, nell'aria un amore selvaggio,
vorrei incontrarti ....."

 

Rien que le vers "Ti sento, bellissima statua sommersa" est une trouvaille extraordinaire.

Passé à la moulinette du traducteur automatique, ça donne ça.

 

"Le mot n'a pas ni saveur ni idée
mais deux yeux envahissant des pétales d'orchidée
si ça n'a pas âme…. d'âme...
Je te sens, la musique bouge à peine
il est un feu qui éclate en moi,
je te sens, un brivido long le dos
un coup qui fait mouche !

Tu m'aimes ou… tu ne m'aimes pas ou non…. m'aimes-tu ?


Qu'il me reste de toi, de ma poésie
pendant que l'ombre du rêve lentement glisse au loin
si ça n'a pas d'âme… d'âme

Je te sens, tres belle statue submergée
assis, sdraiati, à plat ventre !
Je te sens île de l' Atlantide perdue,
amants qui se sont seulement faits signe !
tu m'aimes ou… tu ne m'aimes pas ou non…. m'aimes-tu ?
Je te sens, désert mirage lointain
le sable qui veut m'aveugler
je te sens, dans l'air un amour sauvage,
je voudrais te rencontrer ....."

 

 

L'Italie de notre époque n'a donné à la France que des sous-produits (Carla Bruni, Monica Bellucci) de ce que la précédente génération avait engendré (Sophia Loren, Gina Lolo Brigida). Et je n'ai jamais rencontré dans notre génération de femme italienne qui soit à la hauteur de la beauté de sa langue, cette langue étrange, ce dérivé si musical du latin, si léger, si inventif par rapport au sobre espagnol de mon père et au lourd gascon de ma mère. Même pas parmi les napolitaines que j'ai croisées en Campanie ou les Florentines en Toscane. Aucune sauf peut-être la photographe milanaise Morgana Marchesoni (mon Dieu quel nom envoûtant - et elle le savait la bougresse) avec qui j'ai seulement dialogué sur Facebook quelques semaines durant sans jamais la rencontrer.

 

Comparez cette chanson avec cette autre de la même époque, du groupe Secret service, suédoise jusque dans la danse un peu maladroite des figurants du clip, et qui cependant, à 16 ans, me paraissait si soignée que je la croyais anglaise. Point d'effusion lyrique sous ces froides latitudes (encore moins que dans A-ha). Et cependant, une émotion très maîtrisée, condensée dans ce bel éloge de la danse à deux, dans ce rêve impossible d'un temps partagé suspendu, d'une immortalité dans la danse. Une Réunionaise de 27 ans trouvait récemment les paroles très belles (les paroles, parce que la musique ne peut plus parler à des gens "post-new wave"). Preuve que cette chanson peut encore accéder à une certaine universalité. C'était un temps où la piste de danse pouvait revêtir une dimension magique, puisqu'il pouvait s'y passer n'importe quoi... un slow par exemple.

 

 

Night is gone

Now we’re alone
I feel your body near mine
We just have to dance one more time
Your face turned down
I can’t deny
This feeling with you is a fate
I don’t care if the hour is late at all

 

Let us dance just a little bit more

Even if the band walks out the door
And all the others go
Let’s pretend that the music’s on
Even if we’re dancing all alone
And the night is gone

Just for a while
I saw your smile
I know I’ve sang in your ear
«God it’s good to be near»
Your hand in mine
So warm and fine
If only this moment would stay
If only the band was to play some more

Let us dance just a little bit more
Even if the band walks out the door
And all the others go
Let’s pretend that the music’s on
Even if we’re dancing all alone
And the night is gone

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La montée de l’Extrême droite en Europe de l’Est

27 Décembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Un texte de moi circule un peu chez les militants en ce moment : une "oeuvre de commande" comme on dit, en fait un article "La montée de l'Extrême droite en Europe-de l'Est" écrit un peu vite à la demande de l'Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC) pour leur journal, mais il faut croire qu'il répond à un besoin d'information. L'article est disponible ici.

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