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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Mme K., Dieu,la Révolution, l'Algérie

19 Novembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Il y a 10 ans, j'étais prompt à m'enthousiasmer pour telle ou telle femme (sans forcément qu'il y ait une connotation sexuelle dans cet enthousiasme), pour tel ou tel événement de sa vie, ou pour telle ou telle succession d'événements que j'identifiais comme autant de symptômes d'une société, d'une époque. Cela me donnait envie d'écrire, de filmer là dessus. Je crois que je ne prenais pas de gants avec l'histoire des gens. Et certaines de ces femmes se sont prêtées à ce jeu. Parfois flattées par mon intérêt pour leur histoire, le plus souvent simplement parce que mon enthousiasme devenait contagieux, parce qu'il leur offrait une liberté d'expression, il les aidait à dépasser les censures et les autocensures qu'elles éprouvaient dans ces jours et ces nuits ordinaires où toutes les vaches sont grises.

 

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Pourquoi m'intéressais-je toujours plus aux destins des femmes qu'à celui des hommes ? je ne sais pas. C'était comme ça. La condition féminine m'a toujours intéressé, comme d'autres s'intéressent aux lézards ou aux bébés phoques je suppose. Ca les renvoie à quelque chose d'eux mêmes. Sauf que la condition féminine m'a toujours paru plus porteuse d'enseignement sur l'ensemble de la condition humaine, plus que les lézards. Parce que pour aussi reptiliens que nous soyons tous, nous sommes surtout et avant tout issus de femmes, et nous avons été éduqués par elles.

 

Le temps a passé depuis lors. J'ai vieilli. Il m'arrive encore de percevoir des lueurs d'intérêt dans le destin de tel ou tel, et de telle ou telle, mais l'enthousiasme n'est plus là pour que je veuille en faire un roman ou un documentaire. Il y a toute sorte de raisons à ça. Il y a le fait que beaucoup de ces gens dont des bribes de destin me passionnent sont souvent bourrés de défauts et que s'intéresser à leur côté captivant plutôt qu'à ce qui me rebute en eux me paraît arbitraire, c'est une façon de les idéaliser, de plaquer une fiction subjective sur eux et c'est au fond très puéril. Il est sans doute plus sage d'admettre qu'ils sont indissociablement intéressant et inintéressant, et donc qu'on ne peut légitimement tirer de cette tourbe rien de particulier ni dans un sens ni dans un autre (et peut-être peut on dire cela de tout, même d'une époque). Il y a aussi que je doute de plus en plus de ma capacité à écrire quoi que ce soit de juste sur qui que ce soit. Mais il y a par dessus tout ceci, auquel les journalistes, par exemple, feraient mieux de penser sérieusement : on ne peut pas exploiter les événements de la vie d'autrui. Autrui a le droit de vous parler de ceci et de cela, mais vous, vous n'avez pas le droit d'en faire un objet de création. Je sais bien qu'on le fait tous les jours, dans la conversation courante, on parle de ce qui est arrivé à untel ou à untel, on s'informe de ce qui se passe, de ce qui s'est passé, ça aide à s'orienter, à agir, mais cette réduction du vécu de l'autre à des informations à un certain niveau ressemble à un vol, une usurpation. Par exemple je trouve qu'il est presque inhumain d'identifier quelque chose du passé de la vie d'autrui comme précisément quelque chose de passé, de mort, ou quelque chose dont soi-même on a le droit de faire du vivant, qu'on s'octroie le droit de ressusciter là où l'autre devrait le ressentir comme mort. C'est à l'autre de décider ce qui est vif et ce qui est mort en lui, ce qui est encore jeune ou déjà vieux dans ses veines. Aucun tiers n'a de droits là dessus.

 

Arrivé à ce point de scepticisme et d'embarras, au détour de mes 40 ans, je me trouve donc devant le vécu de certaines personnes extrêmement désarmé. Beaucoup des anecdotes de leur vie qu'elles me livrent me parlent, mais je ne me sens le droit de ne rien en faire. Alors, par moment, juste un peu surchargé par toutes ces confidences dont je ne puis légitimement rien tirer, je les jette sur ce blog, sous forme de brèves évocations. Vous vous souvenez ainsi qu'au cours des dernières années, j'ai dû vous livrer deux ou trois portraits de femmes, que certains n'ont pas manqué dans leurs commentaires de trouver parfois caricaturaux, ou en tout cas trop courts pour cerner toute la complexité des personnages. Mais c'est justement parce qu'il ne s'agit pas de personnages, mais de personnes réelles, que je ne puis rien faire d'autre que dire quelques mots de leur histoire, en sachant que de toute façon ce serait toujours trop ou trop peu, et surtout que c'est illégitime.

 

Cette nuit j'ai envie de faire de même avec Mme K. En dire juste deux mots en passant, en sachant que je n'ai aucun moyen ni aucun droit de le faire. Alors voilà, je jette juste ces quelques évocations sans prétention. Mme K est née en Algérie, dans un village près de Nédroma, en 1952. Je ne connais pas sa région. Je peux en imaginer les paysages. Les paysages arides d'Algérie sont très beaux. Mais les paysages, ce n'est pas tout. Je lisais sur Internet il y a peu une page sur Maâtkas en Kabylie, "bélvédère naturel", mais véritable enfer sur terre dans les années 1990 où régnait la terreur de la guerre civile entre l'armée et les islamiste, bélvédère saturé d'angoisse, pas seulement celui de la guerre : celui de la pauvreté aussi, de l'absence de perspective concrète, d'une société bloquée.

 

Du côté de Nédroma à la fin des années 1950, il y avait la guerre de décolonisation. Beaucoup de moudjahidines, dans la famille de Mme K. Des histoires de femmes voilées aux jambes velues qu'on voyait passer (des moudjahidines déguisés). Des cafés transformés par l'armée française en centres de rétention, et en salles de tortures.

 

Elle est arrivée dans la banlieue nord de Paris en 1962 avec sa mère et sa soeur. Elle était juste vêtue d'une unique petite robe qu'avait cousue sa mère. Il faisait un froid gacial sur le tarmac de l'aéroport. C'était l'hiver. Elle se souvient avec émotion du moment où son père qui les attendait à l'arrivée l'a couverte de son blouson.

 

Puis ce fut sa maison en France, un taudis sans chauffage. La charité des curés. La France mi-paternaliste mi-raciste des années 60. L'Eglise de sa petite commune de Seine Saint Denis, le patronage où elle chantait. L'encadrement catholique d'une société pas encore tout à fait laïcisée. Un encadrement appliqué à tous, même aux musulmans comme elle.

 

Et puis il y eut sa vie avec les hommes, car elle fut sans doute belle Mme K dans ses jeunes années. Je n'ai pas osé lui poser des questions précises là-dessus. Mais il y a eu quelques évocations : son divorce avec un mari qui "voulait la balafrer". Elle s'est enfuie en Algérie pour échapper à ça. C'était à l'époque de Boumédienne. Elle est devenue secrétaire dans une entreprise de je ne sais plus quoi, du côté de Nédroma.  Elle se souvient du socialisme algérien : les sureffectifs, l'absentéisme, les gens qui lui disaient quand elle leur reprochait leur absence : "Cette entreprise elle n'est pas à ton père, elle est à moi, à nous, elle appartient au peuple algérien, alors je fais ce que je veux". Elle n'a pas une image idéalisée de la révolution algérienne. Elle en parle avec les mêmes mots que la serbe Vesna de l'autogestion titiste (Vesna ne fait pas partie des 81 % de Serbes qui idéalisent le souvenir de Tito).

 

Quand je lui demande pourquoi elle n'est restée que deux ans à Nédroma (parce que je repense aux filles françaises d'origine serbe qui dans mes entretiens sociologiques m'ont raconté l'échec de leurs tentatives de retour au pays de leurs parents), elle m'explique : "Tu sais là bas, ce sont des dragueurs, ils sont très machos. Le patron voulait que je sorte avec lui. Je n'ai pas voulu. Il me menaçait de réduire mon salaire. Je suis donc retournée en France". J'aime sa façon pudique de dire "sortir" et pas "coucher". Ainsi elle est revenue en France et elle a bossé pendant 27 ans comme secrétaire d'une compagnie d'assurance des beaux quartiers de Paris, abonnée au RER deux fois par jour pour aller crécher dans sa lointaine banlieue nord, avant d'être brutalement licenciée à un âge où il est presque impossible de retrouver du travail. Une vie pleine de trajets en train, émaillée par des tas d'activités associatives, antiracistes, pro-Palestine, à gauche, toujours, jusqu'à ce qu'elle devienne élue municipale.

 

Mme K est revenue en France à cause du machisme algérien. Elle ne porte pas le voile. Elle ne comprend pas que les jeunes filles reviennent à ça maintenant. Elle le ressent comme la négation de ce qu'a été son propre combat personnel contre les coutumes ancestrales. Un combat contre le "machisme", contre ces mecs qui veulent "balafrer" leur épouse qui divorce. Pourtant Mme K est croyante. Elle a fêté l'Aïd ces derniers jours.

 

Mme K et le machisme. Mme K qui a échappé au machisme grâce à la France, qui doit cela (entre autre) à la France, même si elle sait aussi que la France coloniale a opprimé sa famille, et qu'elle écrase encore de son racisme les jeunes beurs de son quartier. Mme K raconte toujours des histoires étranges de femmes de généraux qui, dans les années 1990, venaient se prostituer dans des foyers Sonacotra en France. Elle dit qu'encore aujourd'hui à Alger les femmes sont souvent si pauvres qu'elles sont massivement dans des logiques de prostitution...

 

Elle n'aime pas les "Ni putes ni soumises", les militants qui vendent leur idéal à des grands partis politiques. En même temps elle est sceptique sur les chances qu'ont les gens d'échapper aux logiques cyniques du système euro-atlantiste, des guerres, du choc des civilisations, tout comme elle ne voit pas comment l'Algérie s'affranchira du pouvoir corrompu des militaires.

 

Voilà, il y a tout ça dans la vie de Mme K. On ne peut pas s'empêcher de déceler là un morceau (Deleuze eût dit un "bloc") de la vie de toutes les Algériennes, de toutes les Françaises originaires de ce pays, voire par contrecoup de tous les hommes aussi, et des miettes de problématiques qui sont identiques pour les femmes serbes (elles aussi confrontées au machisme, aux reliquats du socialisme bureaucratique etc) et celles de tant de pays du Tiers-monde. Mais en même temps on fait quoi de tout ça ? J'étais à deux doigts de l'interviewer avec une caméra. Mais déjà ça ce serait de trop. Donc j'ai juste jeté ces quelques lignes sur mon clavier. "Pas des lignes justes, juste des lignes".

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Onfray parle sur Rue89

16 Novembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

A écouter dans le fil de ce que nous avons déjà dit sur le sujet. Je dois reconnaître qu'il m'est quand même très sympathique.

 

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Ecoutons ce débat entre Attali et Mélenchon

14 Novembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

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13 novembre

13 Novembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Journée pluvieuse. Hier soir sur Facebook, un anticapitaliste allemand m'a dit du bien de mes derniers articles publiés sur le blog de l'Atlas alternatif. Un Allemand de 33 ans qui vit à Francfort, et qui milite à Attac. Il m'a demandé si je connaissais des groupes allemands anti-impérialistes. Je lui ai répondu qu'à part Die Linke (qui n'est pas tout à fait anti-impérialiste), je ne conaissais rien. Il m'a donc envoyé des adresses de sites trotskistes, tous écrits dans la langue de Goethe. Je n'ai rien compris. Toujours cette barrière des langues qui rend impossible l'union des peuples français et allemands contre le système dominant. Je lui ai demandé s'il était pour la disparition de l'Union européenne. Il m'a rétorqué sans hésiter que oui. La gauche allemande serait-elle plus courageuse que celle de France ? plus disposée à recevoir les insultes d'un Cohn Bendit qui se défoule en ce moment avec son arrogance habituelle contre Mélenchon ?

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Ce jeune Allemand connaît bien la Moldavie et est intrigué par la Transnistrie. C'est le deuxième dans ce cas que je rencontre, su rle peu d'Allemands que je connais. En France, il est plus difficile de trouver quelqu'un qui puisse situer Chisinau ou Tiraspol sur une carte.

 

Je vous l'ai peut-être déjà dit mais un type de droite veut m'inviter à intervenir dans une conférence à Paris. Boycotté par mes alliés politiques, allez savoir pour quoi (Le Monde Diplo du moins), je vais aller discuter avec ceux d'en face. Il est toujours sain de discuter, surtout avec ceux qu'on désapprouve. C'est une preuve de maturité démocratique. Le risque est de finir comme Bricmont et Collon en référence de l'extrême droite, affichée comme telle (allez voir par exemple la page de la fille de Gollnich sur Facebook), mais ce ne sera sans doute pas mon cas. Mon engagement aux côtés du Front de gauche et du mouvement social ne plait pas aux réacs.

 

J'espère que cette conférence, si elle a lieu, sera organisée en février ou en mars, après la publication d'un bouquin auquel je tiens et que j'enverrai à mon éditeur en janvier. Je ne veux pas que le calendrier de mes publications soit influencé par des considérations "diplomatiques". Je réfléchis beaucoup, dans le sillage de Bourdieu, aux modalités de l'intervention dans l'espace public. J'ai visionné il y a peu une vidéo de Paul-Marie Couteau et d'un libéral dont j'ai oublié le nom. C'est aux antipodes de la modestie à laquelle je m'astreins à titre personnel. De mon côté point de discours ex cathedra, toujours la première personne, même dans les livres, ne rien balancer urbi et orbi. La clarté de mon message en est peut-être brouillée, tant pis. Il faut désapprendre aux gens à recevoir des paroles d'Evangile de tel ou tel. Ce qu'ils doivent surtout apprendre, c'est à forger leur sens critique d'une manière structurée sans perdre de vue les nuances, et c'est là tout un art, qui doit se nourrir d'un style. Pour le style, il faut lire les anciens, tout en étant conscient du côté obsolète de certaines de leurs problématiques (mais jamais toutes !). Mêler logique et littérature, toujours, la cohérence intrinsèque du discours, et l'ouverture empathique à la richesse humaine.

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Nikonoff, Hemet, le M'PEP, l'Union européenne et les partis politiques

12 Novembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Je répercute ici une information que m'envoie Gilles, un lecteur de ce blog. Patrice Hemet et Jacques Nikonoff du Mouvement pour une Education Populaire (M'PEP), un mouvement issu d'Attac, et qui avait bien voulu faire de la pub en 2008 pour mon Programme pour une gauche française décomplexée, viennent de publier un rapport important qui dénonce l'européisme de la plupart des partis politiques et organisations syndicales de ce pays. De cet unanimisme européiste, Nikonoff et Hemet retranchent le Mouvement politique d’éducation populaire, l’Arc républicain de progrès,

 

Debout la République (DLR), le Mouvement républicain et citoyen (MRC), et le Front national (FN), tout en montrant que DLR est insuffisant sur la question, et que le FN est en fait dans le registre de "l'arnaque" (je cite) sur ce sujet.

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Dans une liste complémentaire ils examinent les positions du journal mensuel Bastille-République-Nations, des Clubs « Penser la France », du Collectif républicain des gaullistes de gauche (CRGG), du Comité Valmy, de la Fondation Copernic, du Front syndical de classe, de la Nouvelle action royaliste (NAR), du Parti ouvrier indépendant (POI), du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF), du Rassemblement des citoyens pour la République (RCR), de Résistance et renouveau gaulliste, de l’Union populaire républicaine (UPR). 

 

Ce recensement est sans doute utile en ces temps où le totalitarisme soft euro-atlantiste a du plomb dans l'aile.

 

Gilles attire aussi l'attention des lecteurs sur le règlement n°2004/2003 du parlement et du conseil européen du 4 novembre 2003 relatif au statut et au financement des partis politiques au niveau européen analysé par feu-Raymond Morvan. Ce règlement impliquerait que les partis subventionnés par l'UE doivent être subordonnés aux traités et principes de l’Union européenne, soumis à des vérifications régulières confirmant qu’ils sont bien un « facteur d’intégration » au sein de cette Union, et qu'ils peuvent être financés, dans ce cadre, à hauteur de 75%. En tout état de cause, dit-il, les cotisations des adhérents jugées « admissibles » ne peuvent excéder 40% du budget annuel, ce qui signifie clairement que l’équilibre financier de ces partis dépend de l’UE, que le financement des « partis européens » ne peut en aucune manière reposer sur les seules cotisations des adhérents...

 

Je n'ai pas pu vérifier le bien-fondé de ces dernières informations en me plongeant dans la lecture du réglement en question. Je laisse au lecteur le soin de le faire.  

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Amours russes

9 Novembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Je lis ce matin par hasard dans Ria Novosti :

 

"Un ... de mes vieux amis, un journaliste télé de 33 ans, m'a récemment parlé d'une collègue qu'il aimait bien. Il lui a demandé de sortir avec lui à l'ancienne, un mercredi pour le vendredi. Et il le lui a demandé en personne, pas par Facebook ou par sms. Il avait déjà pensé à son restaurant favori auquel il voulait l'emmener. " Pourquoi ne va-t-on pas simplement chez toi ou chez moi pour coucher ensemble ?", répondit la fille. Horrifié, mon ami a abandonné l'idée complètement. " Dans ces conditions, cela n'avait aucun attrait pour moi ", dit-il. " Je voulais d'abord la connaître".

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Je ne sais pas exactement ce qui a motivé la conduite de cette fille – s'il s'agissait d'un appétit sexuel vorace ou du fait que, tout simplement, elle n'était pas intéressée par mon ami sauf bizarrement pour coucher immédiatement avec lui.

 

Quoi qu'il en soit, je pense qu'au fond d'elle-même, cette fille tout comme les autres consommateurs de relations rapides, recherchent l'amour et rêvent de trouver LA bonne personne. En réalité, aujourd'hui, nous recherchons l'amour plus que jamais dans l'histoire de l'humanité quand l'amour n'était pas un ingrédient du mariage et que les gens avaient de faibles attentes et un choix drastiquement réduit.

 

Peut être aussi est-il vrai que ma génération est un peu perdue sans entremetteuses de confiance autour de nous à l'exception des réseaux sociaux et de leur myriades de gens (seulement virtuellement) disponibles."

 

Dans ce pays où la natalité est en berne, on se torture beaucoup l'esprit sur le thème "est-ce qu'il y a de l'amour chez nous ?", ou "est-ce qu'on a la bonne façon de s'aimer ?". A preuve encore ce sondage de février 2009, et les multiples articles sur la disparition ou la réapparition de l'amour entre le Dniestr et Sakhaline. Signe aussi du fait qu'ils se demandent encore quelle est la "bonne attitude" à adopter devant le monde de la consommation et du libéralisme qu'ils connaissent depuis moins longtemps que nous. Ils veulent des cours là-dessus, du coaching, ils ont peur d'avoir faux. Ils se demandent comment font les Français, et les autres occidentaux. Le symptome d'une faiblesse intrinsèque. Les Etatsuniens, eux, ne se posent pas ce genre de question. Ils font du consumérisme décomplexé (du moins sur les campus des facs, pour le prolo du Mississipi ou pour le quadra en famille ça doit être plus compliqué, mais eux non plus ne se demandent pas comment font les Russes et les Français).

 

Un géographe qui voudrait se faire nom devrait publier un Atlas de l'amour dans le monde, si ça n'a déjà été fait.

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Le système a encore des ressources

8 Novembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

J'assistais ce soir à une réunion organisée par le président du conseil général de la Seine Saint-Denis devant un parterre d'élus et de responsables de collèges pour leur expliquer sa méga-idée de financer des dizaines de constructions de collèges par des partenariats public-privé (PPP), et je me disais en l'écoutant que le système politique a des ressources énormes. Le type a trouvé la clé pour clouer le bec aux communistes, les ringardiser, les empêcher de reprendre aux prochaines cantonales ce département crucial pour leur survie qu'ils ont perdu en 2008, avec ce projet tape-à-l'oeil qui en fait le sauveur des collèges au risque de plomber encore plus les finances bien précaires du département. Et il le fait avec des arguments bétons pour qu'on évite de l'accuser de manoeuvre politicienne, des phrases du genre "c'est une compétence obligatoire il fallait bien que je m'acquitte de nos obligations", "la démographie m'obligeait à lancer un truc, les finances ne me permettaient pas d'éviter de recourir à l'emprunt classique", "les taux d'intérêts étaient bas, c'était le moment de se lancer, ça n'a rien à voir avec les élections". Derrière, le PC rame pour se faire entendre, ses élus bafouillent, oublient de dire que les centaines de millions d'euros il fallait les demander à l'Etat qui spolie le département et pas au privé (ça devait pourtant être leur argument massue, mais l'ambiance du show Barto leur a fait oublier de le dire). goya.jpg

 

Des politiciens comme Barto sont des pros de la guerre de position, qui paient grassement des collaborateurs de cabinets pour concocter des stratégies balaises. Les collaborateurs du groupe PCF eux étaient amers ce soir : "tu as entendu la chronique sur France Inter hier ? ils veulent faire croire que la majorité communiste d'avant n'avait rien fait pour les collèges alors que c'est tout le contraire". Bin oui, on ne va quand même pas demander aux médias de vérifier les infos non ?

 

"Vous ne voulez pas financer nos collèges ? C'est du mépris pour nos enfants ! Vous ne voulez pas de PPP ? C'est parce que vous êtes des utopistes !" L'étau se resserre. Le néolibéralisme joue en faveur du PS qui peut toujours passer pour le moindre mal entre le dangereux Sarko et les doux rêveurs archaïques du PC. CQFD. Barto est le maître de cérémonie. Il organise la com, le timing, les gens doivent se positionner par rapport à ses initiatives à lui, c'est lui qui choisit le terrain de l'affrontement, les armes, tout quoi.

 

Une grande leçon. Des Bartos, des Mitterrands, des Sarkos, on nous en sortira toujours. De ces types dont l'art politique force le respect. Des gars qui surfent sur les vagues pour arriver au port avant tous les autres.

 

C'est ce genre de gars qu'on risque de voir bientôt ressurgir en Amérique latine quand Chavez et Morales se seront épuisés à changer les choses de fond en comble. Emir Sader l'annonce déjà dans le livre collectif dont j'ai fait récemment le commentaire pour Parutions.com. La gauche de la gauche, elle, a toujours une stratégie de retard, elle n'anticipe pas le coup de l'adversaire, et se donne encore moins les moyens de donner plusieurs coups d'avance, d'imposer aux autres de réagir à ses intiatitives. En panne d'inspiration après le référendum constitutionnel de 2005 qu'elle avait gagné, elle est à nouveau à sec après la promulgation de la loi sur les retraites. Mélenchon s'enferme dans un rôle à la Georges Marchais, qui ne le sortira pas de l'ornière. Quelle proposition d'action pour les mois à venir ? Evidemment ils n'en ont pas. Les Clausewitz ne sont pas dans leur camp.

 

Un communiste convaincu écrit sur son blog hier que le PC grec a fait 12 % à des élections locales partielles. Ca le transporte de bonheur. 12 % dans un pays appauvri et humilié, tu parles d'un triomphe ! Les banquiers du FMI peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

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Union sacrée des interventionnistes républicains et démocrates

7 Novembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les Stazinis, #Barack Obama

Lu dans le Washington Post aujourd'hui : 11-septembre-copie-1.jpg

"President Obama stands a good chance of being reelected in 2012 if he makes progress in Afghanistan, he adopts a tougher line against Iran, the economy improves and there are no major terrorist attacks in the United States, a senior Republican said Saturday.

 

Sen. Lindsey O. Graham (S.C.), who has become a leading GOP national security spokesman, said that if Obama is looking for cooperation with Republicans, a continued U.S. military effort in Afghanistan is "one area where Republicans feel comfortable standing by the president" and are likely to give him more support than many in his own party."

 

Et puis pour égayer le présent billet, sur un autre segment de l'échiquier politique étatsunien, un clip électoral digne de notre Ségolène :

 

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Retraites : par delà le défaitisme des directions syndicales et des médias

6 Novembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Aujourd'hui, selon le décompte syndical, plus d'un million de Français se sont retrouvés pour battre le pavé contre la réforme des retraites. Malgré le défaitisme des grands médias, la mobilisation continue donc, plus faible certes, mais réelle, sous la pression de la base.

 

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Comme chacun sait, les directions syndicales sont piégées par l'unanimisme européen pour le report de l'âge de la retraite (au fait sur l'Europe et les partis politiques et syndicats français n'oubliez pas de lire le rapport du MPEP et son résumé ici).

 

Au sommet européen des chefs d'Etat de Barcelone des 15-16 mars 2002, MM. Lionel Jospin et Jacques Chirac décidaient le report de repousser de 5 ans l’âge de la retraite avant 2010. A son sommet de Prague des 26 au 29 mai 2003, la Confédération européenne des syndicats dont tous les grands syndicats français font partie y compris la CGT soutenait cette orientation et proposait « de sauvegarder les systèmes de pension légale comme majeure partie des droits de pension et de défendre le cadre juridique de l'Union européenne pour la mise en place de fonds pension (…). Privilégier des formules permettant un passage progressif de la vie professionnelle à la retraite sur une base volontaire, tout en luttant contre l'exclusion des travailleurs âgés du marché du travail. »

 

Mais la question est maintenant de savoir si la base syndicale et la population feront sortir du piège de la pensée unique néolibérale européenne les directions des grandes centrales. J'observe des actions intéressantes et courageuses aujourd'hui encore.  Dans le registre attaque contre le capitalisme consumériste, ce matin des militants ont bloqué les accès de Logidis, plateforme logistique alimentant en produits frais les magasins Carrefour de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône). Le 29 octobre ils étaient 300 manifestants à bloquer à l'aube la plateforme Easydis, qui dessert les magasins du groupe Casino. Le 3 novembre le dépôt Auchan a été bloqué sur deux entrées, de 4 heures du matin à 10 heures à Tours. Mardi soir l'université de Saint-Étienne, était bloquée et occupée par une trentaine de jeunes puis évacuée par la police lemercredi matin, entre 7h et 7h30. On pourrait égrainer ainsi toute la semaine comme le fait minutieusement le site du Jura Libertaire dont je vous recommande la lecture.

 

On aurait  tort d'enterrer trop tôt ce mouvement.


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Un nom, une affaire : Aafia Siddiqui

6 Novembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Je vous invite à lire son histoire et les tenants et aboutissants de sa condamnation aux Etats-Unis en septembre dernier à 86 ans de prison sur la page de Wikipedia, hélas non traduite en Français, qui lui et consacrée. Peu de gens en dehors du monde musulman parlent d'elle - sauf en Russie : Russia Today lui a consacré 5 mn dans la vidéo ci-dessous.

 

Au départ elle était docteur en neurosciences. A l'heure où l'armée française se rapproche de l'Angleterre et des Etats-Unis, aucun de nos grands médias ni de nos intellectuels distingués ne s'intéressera à son cas. Compte tenu des censures qui règnent en Europe, je ne formulerai aucun avis personnel sur ce sujet, sinon que je rejette les procédures d'exception sur le fondement desquelles elle a été condamnée. Etudiez cette affaire si vous le pouvez, faites vous un avis, puis voyez s'il y a lieu d'agir, dans quel sens et comment.

 

 

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Le débat (impossible ?) autour de Mme Ashtiani, l'objectivité des chercheurs

6 Novembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Il y a eu cette semaine un regain d'émotion à l'idée que la prisonnière iranienne Mme Sakineh Ashtiani condamnée à la lapidation puisse être immédiatement exécutée. Une délégation d'artistes proche de l'extrême droite s'était rendue en Iran récemment et en était revenue en disant que l'intéressée n'était pas la dame dont on voyait les portraits partout, qu'elle était condamnée pour meurtre et non pour adultère et que la lapidation n'était plus pratiquée en Iran. Une loi du silence a entouré ces témoignages dont il a été interdit de commenter le contenu. Le débat a donc été muselé.

 

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Les éléments fournis dans Le Monde hier par une "anthropologue et spécialiste de l'Iran au Centre d'études et de recherches internationales (CERI - Sciences Po)" me paraissent contribuer indirectement à cet embryon de débat étouffé dans l'oeuf. L'interview intitulée "Sakineh est victime des conflits entre Téhéran et les provinces iraniennes" étrangement dépeint une opposition entre un Ahmadinejad hostile à la lapidation et donc plus libéral (selon nos critères) que le clergé local (qui soutenait le candidat qui avait les faveurs de l'Occident aux dernières élections).

 

Je me méfie de tous ces labos qui tournent autour de Sciences po et qui disaient déjà n'importe quoi sur la Serbie autrefois. Mais tout ce qui concourt à aligner des faits à charge et à décharge sur un dossier trop consensuel est toujours bon à prendre.

 

Un bout de phrase de cette interview m'a fait rire : " Et cela dans un pays où la peine de mort existe, ce que naturellement je déplore" . Autant les élites énarchiques n'ont aucun sens du réel et des nuances de la vérité historique (la rencontre avant hier entre les rebelles beurs et un M. Tonneau blindé de narcissisme, de condescendance pour ses interlocuteurs et  d'aveuglement historique l'a prouvé), autant les chercheurs des labos de Science po n'ont pas le moindre sens de la distance "scientifique" qu'on attendrait malgré tout un tout petit peu des sciences humaines (même si les sciences humaines ne sont pas scientifiques) et qui les forcerait un peu à rechercher l'objectivité. "Ce que naturellement je déplore" : parce que dans notre monde totalitaire il est NATUREL de condamner la peine de mort, et NATUREL de le dire dans une interview pour bien montrer qu'on est au diapason de l'idéologie du "sympa" comme dirait l'autre que partage toute l'intelligentsia. Quel ridicule !

 

Je suis aussi hostile à la peine de mort, mais je n'irais jamais le proclamer dans une interview où je parlerais ès-quaité comme sociologue. Who cares que je sois pour ou contre ? et encore moins que je trouve "naturel" ou pas naturel d'être contre ? Imaginerait-on un historien écrivant dans ses livres "l'empire inca pratiquait les sacrifices humains, ce que naturellement je déplore" ? Mais non, les chercheurs proches des médias sont obligés de prendre position à titre personnel sur le sujet qu'ils étudient et prendre position "naturellement" dans le sens qu'on attend d'eux, surtout sur des sujets sensibles qui engagent la vie d'une personne sacralisée, en manifestant un maximum d'empathie "naturellement" avec l'opinion commune sur ce thème...

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A serbian film - la Serbie snuff et hardcore

5 Novembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Mauvaise nouvelle pour ceux qui s'attachent à défendre une image "rénovée" de la Serbie. Un mois après le hooliganisme serbe à Gênes, voici qu'on parle d'un film belgradois "A serbian film" de Srdjan Spasojevic... et pas en bien...

 

"A Serbian film pourrait décrocher le label de film le plus déviant/dérangeant/barré/sadique jamais fait que ça n’étonnerait personne. Effectivement, c’est un cocktail Molotov d’images scandaleuses et choquantes où s’enchainent viols, tortures, sadisme, émasculation, sauvagerie, acte de pédophilie, abus de nouveaux nés, on en passe et des meilleures" écrit à son propos Christophe Chenallet sur filmdeculte.com.

 

Le film est si horrible qu'il vient d'être interdit de diffusion à la Semaine du Cinéma Fantastique et d'horreur de Saint Sebastien - à la demande, il est vrai, de la confédération des parents d'élèves catholiques (CONCAPA) espagnole. Avant cela le 29 août 2010, il avait aussi été quand même exclu du festival Film Four Fright Fest de Londres à cause d'une l'interdiction du comité de censure britannique, par contre il a passé la barre des interdictions dans d'autres festivals y compris aux USA (à Austin).

 

La Serbie a tellement bonne réputation que, selon Chenallet, certains ont dit que l'Etat serbe avait financé le tournage (parce que bien sûr toute la Serbie est forcément gore) - la rumeur est aussi mentionnée ici. Ca me rappelle Baril de Poudre de Paskaljevic qui passait sur les écrans quand l'OTAN bombardait Belgrade. Le scénariste du film explique la rumeur par le fait que Life and Death Of A Porn Gang, de Mladen Djordjevic a lui été subventionné par l'Etat et c'est aussi un film d'horreur porno ("Indie horror" disent-ils). Allez je vous mets la bande annonce de celui-là aussi juste en dessous.

 

Pour trouver sa place dans le monde globalisé, la Serbie devrait créer un méga-parc d'attraction sado-porno-trash, vu que c'est quand même comme ça que le monde s'obstine à la voir. Bon allez, une confession pour finir : en juillet 2000 quand l'aéroport de Belgrade a rouvert après un an au moins d'embargo (Milosevic était encore au pouvoir), je n'ai pas pu m'empêcher d'y acheter une revue X serbe... pour voir si elles y étaient pires qu'ailleurs.

 

 

 

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Orthographe espagnole

5 Novembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

don_quichote300.jpgPour le cas où ceci aurait échappé aux hispanistes distingués qui ont sangloté en écoutant Cristina Fernandez sur ce blog, je signale la dernière réforme de l'orthographe de l'Académie royale madrilène : le "y grec" s'appellera désormais "ye" (goodbye Athènes)  "ch" et "ll" cessent d'être des lettres, le "q" disparait de l'alphabet (bonjour la globalisation homogénéisante), et il n'y aura plus d'accent (tilde) sur les monosyllabes ni pour distinguer les usages de "solo" ou "esta" (ne nous fatiguons plus). Pas très enthousiasmant tout ça.

 

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Un livre collectif de "Correspondances internationales"

3 Novembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

800px-Map_Non-Aligned_Movement.pngVous trouverez à l'adresse http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=94&ida=12835

ma recension du livre collectif de "Correspondances internationales" : "Groupons nous et demain".

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Le seul mec de droite que j'apprécie aux Etats-Unis

2 Novembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les Stazinis

Il est un peu fou, au point d'avoir voté contre les aides fédérales à son propre district quand l'ouragan Ike l'a ravagé, mais il est cohérent et courageux (des vertus rares chez les politiciens). Je suis en complet désaccord avec ses thèses économiques, et son combat anti-avortement (par exemple), mais j'approuve son programme en politique étrangère (il est plus radical là-dessus que le Tea Party). Sa méfiance à l'égard du "Big government" va bien aussi avec certaines de mes tendances anarchistes.
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