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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Du rapport à la nature

16 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Une chanteuse à succès apprend qu'elle ne pourra plus donner la vie parce qu'elle a trop souvent avorté... (A 44 ans, vous allez me dire... on se demande s'il n'a pas un peu trop attendu avant de se poser les questions que l' "horloge biologique"impose). Nul doute que les adversaires de l'avortement esquisseront à partir de cet exemple mille raisons irrationnelles de vouloir interdire l'avortement, tout comme les anti-nucléaires trouvent dans l'accident de Fukushima des arguments déraisonnables contre le nucléaire français (j'approuve le dernier billet de C. Allègre à dessus).

 

Dans un cas comme dans l'autre, c'est la dialectique nature contre liberté humaine qui paraît se poser. En même temps pour moi tout est dans la nature, la liberté humaine aussi, il n'y a pas de rupture ontologique entre humanité et animalité. Et l'on ne peut empêcher l'humain de vouloir son plein développement individuel et collectif avec le moins de désagrément possible. La question pertinente dans le cas de la chanteuse est évidemment de sa voir si la VRAIE liberté et le vrai développement humain résidaient dans le fantasme de négation du cours du temps qui paraissait la travailler. Même problème que celui que pose François Jullien quand il rappelle que dans la sagesse chinoise traditionnelle, celui qui veut garder la vie risque de la perdre en cultivant ce désir à l'excès. Pour avoir une vie longue il faut aussi savoir accepter par avance la possibilité d'une mort précoce. J'y reviendrai...

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L'actualité de la semaine

14 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Comme la Libye est au bord de l'éclatement (et ce n'est sans doute pas le dernier pays africain dans ce cas), les petits insectes narcissiques de la lutte "anti-impérialiste" sortent de leur trou pour afficher leurs papiers faciles contre l'ingérence occidentale (et notamment contre ce projet de créer une zone d'exclusion aérienne si fou que même le général Westley Clark, champion de l'ingérence clintonienne, s'y oppose). Je reste pour ma part sur ma réserve. J'ai posté deux petits articles sur le blog de l'Atlas alternatif au début de l'insurrection libyenne il y a 10 jours, c'est largement suffisant, car ensuite on s'expose à ressasser des évidences. Laissons donc chacun se mirer dans ses articles sur tel ou tel blog.

 

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Du coup, du fin fond de ma semi-retraite politique (semi-retraite car je mène par ailleurs une activité de terrain tout aussi ludique que les blogs mais autrement moins narcissique et plus concrète dans une ville de banlieue), je ne trouve plus de sujet captivant à me mettre sous la dent. Comme tout le monde, je plains le pauvre peuple japonais qui se présentait encore il y a peu comme le champion de la maîtrise d'une nature difficile. Les investisseurs vont-ils déserter l'archipel désormais ? En tout cas à travers le séisme du weekend dernier, l'humanité a pu une fois de plus - comme elle aime à le faire depuis trente ans - contempler en boucle (via ses grands médias) son infinie fragilité sur une écorce terrestre instable. Cela l'encouragera-t-elle à approfondir la recherche pour la conquête de l'espace au delà de notre atmosphère ? Aujourd'hui on pense davantage à interrompre le fonctionnement de nos centrales nucléaires, ce qui n'est pas précisément la meilleure solution pour aller de l'avant.

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J'ai lu le papier de l'UPR sur le sondage qui donne Marine Le Pen gagnante du premier tour de l'élection présidentielle de 2012. En attribuer la paternité à l'establishment étatsunien me paraît un peu tiré par les cheveux (d'ailleurs l'article a été écrit un peu trop vite, cela se repère à plusieurs détails). Mais il est évident que notre oligarchie (comme le dit Méluche), qui est, pourrait-on dire, "spontanément"  euro-atlantiste sans avoir besoin de prendre ses ordres à Washington, veut un 21 avril à l'envers avec Strauss-Kahn à la place de Chirac. Pas besoin d'être complotiste pour le deviner. On attend toujours notre "révolution tunisienne" pour déjouer ce scénario...

 

En parlant de Méluche, avez vous vu comme les Guignols dimanche dernier (dans leur récapitulatif hebdomadaire) le vieillissaient en l'appelant "Mémé-lenchon" ? C'est étrange parce qu'en le filmant jeudi soir avec mon caméscope j'avais aussi songé qu'il faisait de plus en plus "troisième république". C'est bien la première fois que mes pensées rejoignent celles des bobos de Canal+. Mais je crains que cela condamne le Front de gauche à plafonner à 6 %. D'ailleurs j'ai lu hier que le MPEP (un mouvement pour lequel j'ai de l'estime, comme pour DLR, tout en regrettant l'impuissance programmée de l'un comme de l'autre) est si dégoûté par l'absence de dynamique dans ce Front (notamment l'absence d'accord clair entre ses composantes et d'ouverture aux nouvelles composantes potentielles) qu'il n'appelle même pas à voter pour ses candidats au niveau national !

 

Quant à moi, il y a 15 jours, j'ai donné ma démission d'un groupe anti-impérialiste communiste car je ne me sentais pas suffisamment marxiste pour supporter leur optimisme méthodologique (et les aveuglements subséquents dans leurs grilles d'analyse), et jeudi soir je vois une personnalité résistante (authentiquement résistante au système politique actuel, et pas seulement sur un écran d'ordinateur) dans un restaurant chic des beaux quartiers... J'espère que j'y trouverai matière à réfléchir... et peut-être même à espérer un peu !

 

FD

 

ps : Ah zut ! j'ai oublié de parler de BHL qui, depuis qu'il est notre nouveau ministre des affaires étrangères de retour de Libye parle de pipe et de turlute autant de mots malseyants dans la bouche d'un soi-disant philosophe, et que les médias édulcorent dans la forme scientifique de "fellation"- une forme popularisée par le lapsus d'une ancienne ministre. Il y a des tendances lourdes dans la culture dominante : l'influence du X sur l'imaginaire, l'incapacité à aligner trois mots d'anglais correct (BHL a dit "make a blow-job" au lieu de "give") ou de le parler sans zezeyer comme Strauss-Kahn dimanche à télé.

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Mardi soir

13 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Un livre épuisé sur D. Albert

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France année zéro

12 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Atlas alternatif

Cette fois-ci c'est évident la France a montré qu'elle n'avait pas de parole et que, par conséquent, elle ne peut plus avoir d'amis.

 

La France était amie de la Libye de Kadhafi. On peut en penser ce qu'on veut. C'était peut-être une erreur. Mais en politique étrangère, une erreur de ce genre, il faut trouver la manière de la corriger sans trop compromettre ses intérêts. On peut pas dire que M. Sarkozy soit très habile en la matière.

 

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Dans un premier temps (la semaine dernière) il semble encore (un peu) favorable à Kadhafi : il s'oppose discrètement à l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne (à juste titre selon moi, car cela ne peut se faire sans bombarder la DCA libyenne, donc sans guerre, contrairement à ce que laissaient entendre les premiers commentateurs). Il semble donner carte blanche à Alain Juppé pour jouer les médiateurs avec l'opposition libyenne, ce qui place la France sur une position non-alignée à l'égard des Etats-Unis qui, eux, s'activent beaucoup du côté de Benghazi.

 

Et puis soudain, patatras. Cette semaine tout change. Il suffit que le toujours fougueux Bernard-Henri Lévy se rende à Benghazi pour qu'une sorte de panique s'empare de Paris à l'idée de défendre une position médiatiquement insupportable (puisque le grand BHL, lui, fera pencher l'opinion publique dans l'autre sens, pense-t-on sûrement à l'Elysée), et à l'idée peut-être aussi de perdre le pétrole libyen.

 

On change son fusil d'épaule d'un coup. En présence du sieur BHL lui-même (notre nouveau ministre des affaires étrangères, puisque le vrai ministre, lui, M. Juppé, n'est même pas informé), on déclare qu'on va rompre les relations diplomatiques avec la Libye, que de très bon ami on deviendra son plus grand ennemi en étant nous Français les premiers à reconnaître le "gouvernement" insurgé. On fait savoir que désormais l'on défend avec enthousiasme la zone d'exclusion aérienne, les bombardements, et qu'on soutiendra cette option au sein des instances européennes qui se réunissent le lendemain (certains médias fourbes feront croire que la France a rompu avec la Libye à la suite de la réunion européenne, mais c'est chercher vainement à rationnaliser les frasques de MM. Sarkozy et BHL qui n'attendent pas l'Europe pour passer d'un extrême à l'autre).

 

On a bien ri quand le site de l'Elysée effaçait discrètement les photos du colonel Kadhafi affichées depuis deux ans sur ses pages. Doit on rire autant du splendide revirement de cette semaine ? Le message adressé aux pays étrangers est très clair : la France n'a pas de parole, donc pas d'amis. Allié aujourd'hui de la France, vous serez demain son ennemi si la conjoncture médiatique et la capacité à contrôler le pétrole modifie le rapport de forces. On dira qu'il en va souvent ainsi en matière de politique étrangère. Encore faut-il y mettre les formes. La méthode de Juppé était conforme aux canons de la diplomatie : d'ami on devient juste un pays neutre qui propose ses bons offices avant de devenir éventuellement ennemi si les bons offices échouent. On me dira encore que les Etats-Unis eux-aussi ont su, par exemple à l'égard de Saddam Hussein en 1990, passer du statut d'ami à celui d'ennemi menaçant en moins d'une semaine. Mais au cours de cette semaine là, Saddam Hussein avait envahi le Koweit, cela donnait une raison officielle. Kadhafi, lui, n'a remis en cause aucun pacte, aucune frontière. Il a juste combattu une insurrection interne à son pays, ce qui, en théorie, du point de vue de la charte des Nations Unies, ne devrait aucunement regarder les puissances étrangères (en tout cas certainement pas la France coloniale qui soutenait en janvier la répression tunisienne).

 

S'étonnera-t-on après que la réputation diplomatique de la France soit au plus bas, et que plus personne ne recherche vraiment l'amitié de notre pays ? Nous fumes grossiers et ridicules à l'égard du Mexique il y a peu, nous le sommes maintenant à l'égard de la Libye. Récemment quand M. Sarkozy s'est vanté d'être le premier chef d'Etat français à assister à une réunion de l'Union africaine, ses hôtes ont répondu que ce n'est pas en qualité de chef de l'Etat qu'il était invité mais seulement comme président du G20. Voilà qui en dit long sur le niveau de notre discrédit. Notre incapacité à tenir parole devant des traités, des alliances, à manoeuvrer habilement dans les arcanes diplomatiques au plus près de nos propres intérêts tout en respectant des équilibres subtils rappelle le processus de capitulation de la IIIème république finissante qu'évoque Annie Lacroix-Riz dans "Le choix de la défaite". En mobilisant les télégrammes des chancelleries, elle montre comment le gouvernement des années 1938-39 ne parvenait plus à défendre sa ligne traditionnelle de défense des intérêts français en Europe de l'Est, et comment il le faisait de la façon la plus risible et honteuse qui fût au point que plus personne n'était plus enclin à respecter la parole de la France. C'est ce qu'il advient sans doute quand on ne croit plus en son propre pays, quand on ne recherche plus que des effets d'image en lieu et place d'une vision de long terme.

 

Le déclin d'une diplomatie a quelque chose de poignant, surtout dans les phases où il s'accélère. Depuis 30 ans la diplomatie de la France n'est plus très imaginative ni très audacieuse. Depuis 3 ans elle est devenue fantômatique : il ne s'agit plus que que de recherche de contrats (en Irak), de coups de pouce au néo-conservatisme américain (en Iran, en Afghanistan, en Palestine) et de coups d'éclats médiatiques (en Colombie, en Géorgie). Avec ça on fait peut-être les "unes" de journaux peu portés sur l'analyse, mais on perd tout honneur aux yeux des autres puissances.

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Ambiance meeting et stand de vente de livres hier soir

11 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

 


Meeting soutien Arnaud Keraudren à Sevran Mélenchon, Autain, Buffet
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Stand du Temps des Cerises à Sevran demain soir

9 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

Le Temps des Cerises sera présent demain soir à partir de 20 h 30 au meeting de Jean-Luc Mélenchon, MG Buffet et Clémentine Autain à Sevran (Salle des fêtes).

 

Frédéric Delorca y sera donc avec des exemplaires du livre sur la résistante Denise Albert qu'il vient de publier. Peut-être même y aura-t-il quelques Atlas alternatif et Programme pour une gauche décomplexée qui traineront ici ou là s'il y a assez de place dans les cartons de l'éditeur.

 

Une occasion de se rencontrer. Venez donc nombreux !

 

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Un de mes billets dans "Anti-Onfray 3" d'Emile Jalley (L'Harmattan)

9 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Je n'ai pas lu l'ouvrage intitulé "Anti-Onfray 3", qui semble être une compilation de réactions au livre de Michel Onfray contre Freud, mais j'observe, en tombant par hasard sur son sommaire sur Amazon, qu'au chapitre 14, M. Emile Jalley cite in extenso l'article que j'avais intitulé "Badiou, Onfray, Freud........... Dawkins, Zénon" posté sur ce blog le 12 mai 2010.

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Je ne sais pas si je dois me réjouir de cette reprise de mon billet ou la regretter. Celui-ci, écrit à la hâte à l'occasion d'une insomnie nocturne, n'avait pas vraiment vocation à devenir, à l'état brut en tout cas, la pièce d'un dossier à charge ou à décharge dans un procès intellectuel. J'ai cru comprendre que M. Jalley est très freudien, ce que je ne suis pas. Mon billet sur Onfray s'inscrit au milieu de plusieurs autres dans lesquels j'essaie de faire la part à la fois des mérites et des défauts de cet auteur. Je ne suis donc pas tout à fait convaincu de l'opportunité de la reprise de ce texte dans un recueil où mon nom côtoie ceux de Nancy et Quiniou. D'ailleurs mon billet se terminait par une remarque sur ma relative "extranéité" à l'égard de ce débat que je n'abordais que de biais.

 

Mais bon, je ne veux pas trop faire la fine bouche. Je ne sais pas si cet ouvrage à plus de 30 euros reposant sur le réseau très artisanal de L'Harmattan peut toucher un public quelconque, mais si la mention de mon billet en son sein peut aider à initier les lecteurs à la réhabilitation du stoïcisme à laquelle je m'essaie en ce moment ce ne sera finalement pas si mal.

 

Sur l'affaire Onfray-Freud elle-même je vous conseille la lecture de l'article d'un des contributeurs (je crois) du "Livre noir de la psychanalyse" dans Books du mois de mars. Son idée selon laquelle ramener le freudisme à la personnalité de Freud revient en fait à faire du freudisme me paraît juste : en sciences humaines la critique généalogique et biographique des oeuvres n'est pas la bonne méthode.

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La journée de la femme sera chinoise ou ne sera pas

8 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Après tout elles sont les plus nombreuses...

 

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L'Abkhazie et l'hégémonie occidentale

7 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

Il est très à la mode de dire que l'Occident est en perte de vitesse et que des pays "émergents" sont prêts à lui damer le pion. La presse dominante  brode sur ce thème pour nourrir des craintes fantasmatiques, à l'égard de pays comme la Chine notamment (comme autrefois à l'égard de l'URSS), et les adversaires de l'ordre mondial veulent bien y croire pour se redonner le moral.

 

Je crois que, si le reflux occidental existe (en fait il existe depuis 1945 si on prend comme critère la part des Occidentaux dans le Produit mondial brut), il ne faut pas en exagérer la portée.

 

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Une des preuves du maintien de l'hégémonie économique, politique et militaire occidentale se rencontre sur le dossier de la reconnaissance des républiques sécessionistes de Géorgie. Trois pays ont suivi la ligne de Moscou, trois seulement, un chiffre qui n'a pas changé depuis décembre 2009.

 

Je lisais ce matin un peu par hasard une dépêche de RIA Novosti d'août dernier reprenant les propos du président Biélorusse Loukachenko pour justifier son refus de reconnaître le gouvernement de Soukhoumi. Je crois que l'explication en dit long sur la nature des rapports de forces :

 

"Je lui ai dit [au Président russe] : pas de problème pour la Biélorussie afin de reconnaître l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie. Mais je lui ai énuméré les problèmes pouvant surgir à cette occasion pour la Biélorussie dans ses relations avec l'Union européenne, les Etats-Unis, la Communauté des Etats indépendants (CEI) et ainsi de suite (…) plus d'une dizaine de problèmes".

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La lecture sérieuse

3 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Ce qui m'a toujours séduit chez Boudon, et qui me séduisait à la Sorbonne (Paris IV à l'opposé de Paris I) en philo même si je m'y ennuyais ferme, c'est qu'il défend une culture de la lecture sérieuse des auteurs (contre le "carottage" qu'il prête à Althusser, et que mon censeur de lycée en 1987 prêtait à Foucault, mais il est significatif que j'aie eu mon prix au concours général dans un lycée où le censeur était foucaldien, fermons la parenthèse).

 

La lecture sérieuse. Rien ne la remplace. Et pourtant tout nous en détourne. Si je veux me sentir utile à mon époque en ce moment, je vais éplucher l'actualité, la commenter, ce qui me vaudra le titre de "spécialiste de la géopolitique" par exemple (qu'un normalien dans un de ses mails m'a accordé bizarrement cet après-midi) et quelques lignes dans le Monde Diplo.

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Un autre travail, qui consiste à se lancer dans des auteurs oubliés, ou méprisés, sans savoir ce qu'on y cherche, est beaucoup plus ingrat. Il vous coupe du monde, fait de vous un moine ou un fou. Et pourtant une certaine essence du travail intellectuel se trouve bien là, dans cette lecture non-mondaine, anti-mondaine, qui, dans le totalitarisme actuel du "nous" du "tous ensemble dans le présent actuel", vous conduit sûrement à la mort.

 

Ce soir j'ouvre un bouquin de Christopher Lasch qui traine dans ma bibliothèque. Je m'attends à y tomber sur considérations à la Michéa sur le système mondialisé. Pas du tout. Je découvre un passage sur la psychanalyse et la honte. Un hasard complet. Il y a un mois je suis tombé en lisant Julius Evola (auteur prohibé dans le monde d'aujourd'hui) un passage sur la honte, qui me fait penser à celui de Sartre dans je ne sais plus quel livre, et celui de Lévinas dans Le Temps et l'Autre. Je tiens là une piste de ce que je pourrais faire : une topologie de la problématique de la honte et de la pudeur chez ces quatre auteurs, les faire dialoguer à quatre autour de ça. J'en tirerais sans doute quelque chose de plus profond que le bricolage que l'historien Jean Claude Bologne effectue autour de ces concepts dans son dernier livre sur les sentiments féminins. Je le ferai peut-être un jour. Mais il est significatif que rien dans le système social actuel ne nous encourage à le faire. Et Boudon a même raison de dire que les enseignants eux-mêmes ne le font plus. Pour tous les grands auteurs ne sont plus que des avatars sur Internet, des sémaphores.

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Le retour du petit carrosse de Raymond Boudon

3 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Il a vécu de sa petite rente de sociologue libéral parmi les exilés de Coblence (ou plutôt ceux de Paris IV, mais c'est pareil) quand le Quartier latin faisait sa petite révolution par les sciences humaines. Thermidor a eu raison de la Montagne, et sans même qu'il y eut de parenthèse impériale, les Bourbon sont revenus et Raymond Boudon vient mettre son point final aux rêveries des petits bourgeois excités qui, dans les années 70, ne voulaient pas l'entendre. Un site de droite, "enquête débat", lui donne la parole.

 

Jeu de balancier de l'histoire moderne. Presque anecdotique au fond. Cela dit Boudon m'ennuyait à 20 ans, mais à 35 j'appréciais son souci de rester proche de l'esprit scientifique. Il est vrai que le structuralisme a beaucoup trop abîmé le peu de scientificité que les sciences humaines pouvaient avoir. A part ça j'aime bien ce qu'il dit d'Althusser.

 

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Sortie de mon livre "Denise Albert, une résistante à Sevran"

3 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Un livre épuisé sur D. Albert

visuel-couverture.jpgVient de paraître"Denise Albert, une résistante à Sevran" au Editions Le Temps des Cerises.

 

Pour avoir une idée du contenu on peut se reporter à la vidéo de décembre 2009 ci dessous :

 

 

 

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Recension de mon livre "Abkhazie" dans Le Monde diplomatique

1 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

Ci-dessous la recension de mon livre "Abkhazie" sous la plume d'Evelyne Pieiller dans Le Monde Diplomatique de mars 2011 :

 

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Un mot sur la Libye

25 Février 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Quand j'ai lu cette semaine que la Jornada (journal mexicain) publiait un billet de Castro sur l'intervention possible de l'OTAN en Libye, je me dis décidé à écrire un billet interrogatif (et pas péremptoire) du tout, sur la question des ingérences occidentales dans ce pays. J'avais lu aussi la déclaration du ministre des affaires étrangères britannique sur une possible fuite de Kadhafi au Vénézuela, et l'attitude occidentale me semblait plus franchement favorable à la révolution libyenne qu'elle ne l'avait été, par exemple, à celle d'Egypte.

 

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J'ai donc pensé qu'il était de mon devoir de poser, sur le blog de l'Atlas alternatif, la question des ingérences pour faire réfléchir les gens et les déscotcher un peu de leur fascination pour l'image du Kadhafi dément et "boucher de son peuple" que nous vendent les médias (comme ils l'avaient fait auparavant sur Saddam Hussein). En même temps je voyais bien que poser la question pouvait dans un sens passer pour une attitude hostile à la révolution libyenne (ce qui n'est pas du tout ma position), et pour une tendance "complotiste" digne de l'extrême-droite...

 

J'ai donc écrit mon article dans un premier temps sans l'envoyer aux abonnés du blog. Sa publication n'a été signalée que par le flux RSS sur Facebook - accessible aux 4 400 "amis" du réseau. A ma surprise le lendemain j'ai vu que plus de lecteurs de Facebook s'étaient manifestés pour "aimer" mon article que pour les articles précédents, et j'en ai donc conclus que l'article répondait à un certain besoin. C'est à ce moment là que je me suis décidé à le transmettre aux abonnés, tout en devinant qu'un certain nombre d'entre eux allaient grincer des dants.

 

Le surlendemain, l'audience du blog dépassait de pratiquement 30 % l'audience moyenne des jours de publication d'articles, avec notamment des gens qui s'y étaient connectés après avoir cherché sur Google des mots clés comme "qui derrière a révolution libyenne" lesquels montraient que des gens extérieurs à la mouvance de l'Atlas s'interrogeaient aussi là dessus. Mon article n'a pas été beaucoup repris sur des blogs, mais le journal communiste italien l'Ernesto l'a tout de suite traduit et publié, ce qui peut laisser penser qu'il a une "autre vie" désormais dans la langue de Dante.

 

Un camarade blogueur m'a interpelé par mail aujourd'hui en me reprochant gentiment (comme je l'avais prévu) la connotation "complotiste"  de l'article. Il a enveloppé son propos en me disant que décidément la gauche et l'extrême-gauche française ne croyaient pas aux révolutions, mais sa remarque me visait puisqu'il me transférait mon propre texte.

 

En réalité mon article ne reflète guère le point devue de la gauche et de l'extrême-gauche française où la haine de Kadhafi est très présente, mais plutôt celui de la gauche latino-américaine, très cité dans l'article, et plus précisément celui de Castro, de Chavez et d'Ortega (car le reste de la gauche là-bas aussi est divisée sur les événements libyens - voyez par exemple aporrea.org). A vrai dire il ne les reflète pas, car ces trois leaders (qui n'ont pas toujours été très clairvoyants, mais auxquels on ne peut pas reprocher de ne pas "aimer" les révolutions) sont beaucoup plus affirmatifs que mon article sur le cas libyen, mais disons que cet article rejoint certaines de leurs interrogations. Et surtout ce billet correspond avant tout à la vocation de l'Atlas alternatif qui est d'alerter les gens sur les ingérences extérieures sans se prononcer trop sur le fond des combats politiques internes aux pays concernés. J'estime que cette vocation n'est pas complotiste et paranoïaque comme elle l'est à l'extrême-droite (où elle en vient même à désarmer la combattivité des militants). Elle vise plutôt à accompagner les mouvements populaires en les aidant à se méfier des détournements et confiscations possibles de leur révolution par les puissances étrangères (ou du moins telle serait cette vocation si le blog dépassait un nombre de lecteurs très restreint). Un supplément de lucidité peut accroître l'efficacité de certains soulèvements.

 

Or, en terme de détournements et de confiscations possibles, les révolutions arabes nous ont servi leur lot de craintes ces derniers temps. Particulièrement en Egypte où l'on en vu un coup d'Etat militaire "made in CIA" se substituer purement et simplement à la révolution (même si ce n'est peut-être que provisoire).

 

Le risque de confiscation pro-occidentale en Libye est encore plus grand. Car quoique Muammar Kadhafi soit devenu avec le temps un despote corrompu, ami de Berlusconi et adepte de la répression des migrants africains (ainsi que l'a rappelé une association de sans-voix du Mali), il restait aussi un allié fidèle de Chavez au sein de l'OPEP, le supporter de la Palestine, et une certaine image, malgré tout, du socialisme anticolonialiste arabe dont les plus de quarante ans n'ont pas complètement oublié la signification.

 

Des analystes de droite américains, et des Russes aussi je crois, ont souligné que la CIA avait pu d'autant plus trouver un intérêt à renverser Moubarak (dès lors que l'armée égyptienne était sûre de pouvoir contrôler laprès-putsch) que celui-ci avait parfois nui aux Etats-Unis, en s'opposant par exemple à une guerre contre l'Iran. En Libye évidemment Kadhafi aura nui encore davantage il va de soi, au camp occidental que Moubarak, donc il est très logique que la hâte de le renverser soit grande.

 

Tout comme il est compréhensible aussi que le père de la révolution libyenne (celle de 1969) se dise prêt à mourir avec le régime qu'il a créé, son enfant, plutôt que de s'enfuir avec le butin comme l'ont fait les dictateurs "classiques" de Tunisie et d'Egypte. Normal aussi qu'il trouve assez de partisans, malgré l'ampleur du mécontentement populaire, pour pouvoir engager le pays dans une guerre civile, au moins pour quelques jours.

 

Mais on voit bien qu'aujourd'hui Kadhafi n'est déjà plus le problème, pas plus que Ben Ali ou Moubarak. Le problème c'est le devenir de la volonté populaire - cette volonté baroque, imprévisible - qui a émergé dans le monde arabe cet hiver. Il est clair que Washington a trouvé le moyen de prendre le train en marche au bon moment. On retrouve là toute la finesse des démocrates au pouvoir et de l'école de Brzezinsky : ils savent épouser l'énergie politique des pays musulmans bien mieux que les néo-conservateurs. Ils sont su redécorer (comme le disent les supects de Tarnac dans un communiqué récent) les révoltes aux couleurs du jasmin et du lotus comme s'il s'agissait de mouvements bourgeois colorés à l'ukrainienne contrôlés par leurs soins (alors justement qu'au début rien n'était contrôlé du tout).

 

Les peuples arabes peuvent-ils maintenant faire quelque chose pour que cet hiver qui fut le leur ne devienne pas un printemps de la CIA ? Voilà la seule grande question qui est posée aujourd'hui, et, pour tout dire, la réponse que je serais tenté de donner n'est pas très optimiste, mais je suspends encore mon jugement là dessus.

 

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