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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Marx, Foucault, Habermas, leurs lecteurs indiens, Darwin

19 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Un collègue me passe, de temps en temps, "Actuel Marx", ce qui a le mérite de m'obliger à revenir un peu à la philosophie - ce que je n'ai guère fait sérieusement depuis la publication de mon livre sur Nietzsche en 2004.

 

J'y retrouve toutes sortes de considérations - de déviations et d'enrichissement - du marxisme contemporain qui va chercher du côté de Gramsci, d'Habermas, de Foucault, de Derrida et même de Banjamin des moyens d'assouplir et de complexifier ce qu'il y eut de trop mécanique dans le léninisme ou d'autres versions de ce courant.

 

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Il faudra un jour que je revienne à la question du marxisme qui ne peut pas être balayée d'un revers de main. Je continue de penser qu'il y a un problème fondamental dans le marxisme, c'est son héritage hegelien. C'est une manière de traiter en des termes métaphysiques l'activité sociale humaine en forgeant des concepts totalisants autour des rapports sociaux comme la métaphysique classique en forgeait sur la nature des choses (sur l' "être" pour parler vite).

 

L'héritage métaphysique est un biais de la pensée, quoique Marx ait tenté de le corriger par la mobilisation de connaissances plus empiriques comme en fournit la science économique par exemple.

 

En même temps, je ne partage pas le radicalisme d'un Bricmont selon lequel faire de la philosophie serait superflu, ou ne servirait à la rigueur qu'à se prémunir de la (mauvaise) philosophie des autres.

 

Or la philosophie peut-elle complètement éviter les totalisation hasardeuses ? Dans Marx il y a sans doute à sauver la valorisation du substrat matériel comme condition de possibilité des représentations et du devenir politique (à condition de corriger Marx par Gramsci, l'Ecole de Francfort, et même Bourdieu pour rendre à la sphère intellectuelle une autonomie partielle), et la problématique de l'aliénation de l'individu dans son travail, celle de la domination de classe, des possibilités d'émancipation par sa subversion, d'une certaine "dialectique" qui se joue dans les dépendances mutuelles entre dominants et dominés (à condition de ne pas sacraliser cette dialectique, et d'éclaircir ces notions floues de dominants et dominés, que j'emprunte d'ailleurs plus à Bourdieu qu'à Marx), peut-être aussi la réflexion sur la fétichisation.

 

Mais il faut ménager dans l'étude des relation sociales des aspects qui transcendent l'historicité des rapports de forces pour s'ancrer dans une historicité plus lente - celle de l'évolution naturelle. Tel est le cas notamment des rapports de genre, du sens de l'éthique et de la justice, de la rationalité théorique ou pragmatique. De ce point de vue là par exemple j'approuve l'effort de l'Allemande Sonja Buckel dans Actuel Marx du premier semestre 2010 pour - à partir de Gramsci et de Luhmann - dégager une autonomie relative de la forme juridique comme espace intellectuel potentiellement disponible pour une appropriation par les dominés (mais alors il faudrait remonter jusqu'à la transcendance du sens de la justice et de l'éthique chez l'humain, transcendance que l'article suivant de Massimiliano Tomba va chercher dans les apories d'une politique abandonnée à ses propres valeurs mais qu'il faut ancrer dans les dispositions neuronales du cerveau comme le fait Dawkins). Je pose ceci en précisant que je reste malgré tout assez réservé devant l'enthousiasme contemporain pour le néo-darwinisme, et d'autant plus sceptique lorsque je lis Fodor. Au fait : Marx a beaucoup aimé les livres de Darwin, paraît-il.

 

Un texte intéressant aussi dans cet Actuel Marx n°47, celui de l'indien Ranabir Samaddar "Lire Foucault à l'ère postcoloniale" qui explique étrangement que les marxistes indiens pouvaient moins adhérer aux théories du dernier Foucault sur la gouvernementalité et la biopolitique parce que cette forme là (non disciplinaire) de la modernité ne fonctionne pas dans les pays du Sud.

 

1majmumbai.jpgLes marxistes indiens m'intriguent toujours. Cela me fait penser qu'en février dernier (comme le temps passe !) je voulais vous dire un mot de "Can subaltern speak" de Gayatri Chakravorty Spivak, un livre indien qui critique encore plus vertement le foucaldisme. J'avais jeté quelques notes dans le brouillon de ce blog mais n'avais pas pu les publier. Il s'agit d'un ouvrage assez ancien (1988) récemment republié, dans une traduction française d'un certain Jérôme Vidal (le sieur Sébastien-Budgen-de-Cambridge-et-de-la-LCR, que j'ai rencontré en 2006 pour la publication de l'Atlas alternatif en anglais, a aussi trempé dans cette entreprise). Ce genre de texte est une bible des postcolonial studies aux Etats-Unis, et, pour cette raison, il est aussi cité par certains petits bourgeois intellectualisants de la mouvance des Indigènes de la République.

Spivak, qui est une grande lectrice et traductrice de Derrida à Columbia University, commence par une attaque en règle contre les théories de Foucault et de Deleuze qui, selon elle, en introduisant une vision totalisante du désir et du pouvoir, et en refusant l'idée qu'une idéologie de classe; pouvaient tromper les opprimés. Elles réintroduisent, dit-elle, une forme de subjectivité politique homogène, non probématique, qui désarme toute possibilité de révolte collective (Spivak estime même que Foucault et Deleuze de ce fait s'excluent de la gauche, et font le jeu du système capitaliste et colonialiste, tout comme le positivisme scientifique, en s'en remettant à l'expérience des acteurs).

Pour contrer cette vision de l'ordre politique, Spivak fait un retour par Marx, un Marx relu par Derrida dans lequel le "négatif" serait à l'oeuvre dans les consciences de classes au point de défaire toute subjectivité politique possible, au moins au niveau individuel, tandis que la composition de consciences de classes collectives serait une construction artefactuelle à rechercher à travers des procédures discursives.

Spivak reproche ainsi à Foucault d'avoir construit le sujet colonial comme un grand Autre en le dépossédant du coup de toute possibilité de se construire en sujet politique.

Je n'aime pas beaucoup cette inspiration intellectualiste derridienne qui, tout en refusant le logocentrisme, pense le monde comme texte et abuse de métaphore graphologiques : par exemple "le sous-texte du récit palimpsestique de l'impérialisme" (p. 38). Ce n'est pas seulement un problème stylistique : c'est un biais dans la façon de poser le problème lui-même. Il s'agit toujours de réintroduire le maître du texte (les petits intellectuels de la LCR, du PIR ou de Colombia university) dans le rôle des éclaireurs, ce que Foucault et Deleuze avaient au moins eu le mérite de vouloir briser. Mais je pressens aussi bien à travers Spivak qu'à travers Samaddar que les sociétés postcoloniales dans la problématique spécifique de leur émancipation sur fond d'une aliénation radicale - qui est celle de l'oblitération pure et simple de leur passé par le colonisateur - ont en effet de sérieuses objections à adresser au foucaldisme européen et à toute critique sociale qui prétendrait s'en inspirer.

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Quelques vidéos : Woerth-Bettencourt, Minc-Mathieu

18 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La droite

Woerth-Bettencourt, une petite vidéo qui fait rire jaune. Minc-Mathieu c'est carrément glauque : surtout la façon dont Minc interrompt Mathieu (qui ne lui avait pas coupé la parole) et cherche à le prendre de haut jusqu'au bout. Bourdieu toujours d'actualité sur ce coup là. Heureusement le syndicaliste a du répondant.

 

Je ne sais pas pourquoi ça me fait penser au film "Hors la loi" que j'ai vu récemment et qui a beaucoup de qualités mais un défaut : il place sur un pied d'égalité la violence de la police française en 1960 et celle du FLN. Or il y avait une hiérarchie du mépris entre la France et les Algériens de l'époque, qui condamnait les dominés à la violence. Les dominants eux, avaient d'autant moins le droit d'entrer dans la spirale - par le biais de paramilitaires - que leur police était justement censée être gardienne de la loi... Tenir la balance égale entre le FLN et la police française est aussi peu correct que le "ni ni" appliqué à la Palestine et à tant d'autres situations d'injustice dans le monde...

 

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Les vérités de Mélenchon et le fonds de solidarité avec les grévistes

14 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Quelques vérités bonnes à entendre :

 

 

 

Notez aussi la proposition d'un fonds de solidarité avec les grévistes sur http://www.retraites-enjeux-debats.org/spip.php?article411

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A propos des manifs (suite)

13 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Programme pour une gauche décomplexée

Un ami marxiste m'écrit : "Dans la situation actuelle, je ne vois que deux aboutissements à terme : l'effilochement ou la grève générale et totale, genre mai 1968, ...qui permettrait d'annuler aussi toutes les dettes (qui aujourd'hui vont paralyser le mouvement : les gens sont étranglés par les rembourements de crédits). Grève insurrectionnelle de fait donc, "illégale", pour défaire le droit bourgeois au moins à cette étape, sur la question des dettes. Exiger de renflouer les surendettés comme le gouvernement a renfloué les banques.
 
Je pense que le prochain cheval de bataille de la lutte de classes devrait être le combat contre le crédit, l'usure et le surendettement. D'abord sur le terrains des aides auprès des personnes concernées, concrètement, puis de leur mobilisation pour une annulation des dettes et une suppression des taux de crédit usuraires ...bref une lutte contre l'essence même du capitalisme .."

 

L'argument est intéressant. On peut admettre, même sans être marxiste (je ne le suis guère pour ma part), que la base matérielle joue un rôle très important dans les grèves, même si elle n'est pas l'unique facteur.

 

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Pour ma part, je maintiens comme je le disais hier qu'on est à un point intéressant de la dramaturgie de l'histoire du peuple français. C'est sans doute une des dernières fois (une des dernières avant un hypothétique grand effondrement financier, mais ça nul ne sait s'il arrivera) où les Français peuvent tenter d'agir sur leur destin collectif par une action de masse, avant de tomber complètement dans le désespoir capitaliste (les dettes, la marchandisation de tout, l'atomisation, le cynisme généralisé).

 

Je crois qu'ils en ont obscurément conscience. Cette mobilisation ils ne peuvent pas se permettre de se la faire voler. En même temps leurs "élites" (à gauche) sont incapables de donner une forme quelconque à leur combat (même pas l'option "chaviste" de Mélenchon, qui est pourtant la moins mauvaise à gauche).

 

Ca ne peut basculer dans l'insurrection (la grève générale) que si la violence s'installe : contre les manifestants, contre les policiers etc, et surtout si la violence d'Etat empêche les classes moyennes de se coaliser derrière Sarkozy contre les "radicaux". L'entrée en lice des jeunes peut être un facteur d'introduction de cette violence. A condition que ceux-ci soient motivés pour faire payer à Sarko, à travers la question des retraites, tous les mauvais coups qui leur ont été infligés depuis des années (autonomie des universités et autre "réformes" anti-jeunes). Mais la retraite, sujet très éloigné des préoccupations d'un jeune de 20 ans, n'est pas forcément le meilleur thème... Heureusement Ségolène, toujours plus atypique que les caciques du PS, sait les remobiliser (cf ci-dessous).

 

Donc pour ma part je pense que la balance penche plutôt du côté d'un pourrissement de la situation à la grecque (avec tous les effets de désagrégation du lien social à long terme que ça impliquera) plutôt que de "re-gauchisation" même timide de la société (sans même parler d'insurrection) telle qu'on l'avait connue à la fin des années 1990. Mais il ne faut jamais parier sur le négatif. Donc voyons ce qui va "s'inventer" dans les semaines qui viennent.

 

 

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Jour de mobilisation

12 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

3 millions et demi de personnes étaient mobilisées aujourd'hui. La jeunesse commence à être au rendez-vous. Quelle Forme va prendre ce mouvement ? Les leaders de l'opposition sont-ils capables d'en faire une alternative poltique ? Ou tout cela va-t-il couler lamentablement dans le cynisme globalisé, comme il y a deux ans la révolte de la gauche alternative grecque ?

 

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Les gens qui descendent dans la rue aujourd'hui jouent leurs dernières cartouches, surmontent pour la dernière fois peut-être le lavage de cerveau ambiant qui les rive à une logique de survie et de fascination pour la trivialité, suspendus à leurs crédits bancaires, au mélange de peur du lendemain (peur de perdre son emploi, peur de la dégradation de l'éducation et des services publics pour ses enfants), de peur de l'autre, de ses voiles, de ses particularismes, de la violence (qui n'est pas qu'un épouvantail médiatique) et de dépendance à la consommation, aux technologies, à la fuite en avant. Une dernière fois peut-être les gens s'indignent, pointent vers la possibilité d'une société plus juste, plus vraie, plus solidaire.

 

Trop de "culture du larbin" (comme dit le pseudo-professeur Mehlang Chang), trop de magouilles, de tours de passe-passe, de foutage de gueule généralisé éveillent en eux ce dernier réflexe. Tout le monde pressent que quelque chose peut se passer, là, dans les semaines qui viennent. Quelque chose. Et peut-être aussi rien du tout. Un Strauss-Kahn, un FMI ex-machina peut juste venir calmer tout le monde, comme l'avait fait la "gauche plurielle" sans idée en 1997 après le grand mouvement de 95. Des choses peuvent bouger... ou bien tout le monde peut rentrer bredouille dans ses chaumières, embobiné,  floué, une fois de plus. C'est quitte ou double. Le grand Jeu de l'Histoire, une fois de plus.

 

Les boues toxiques de Hongrie, les grandes envolées pour la liberté d'expression en Chine ou en Iran ne peuvent plus détourner l'attention des Français de ce qu'il se passe à leur porte : de ces employés des raffineries et des ports autonomes qui arrêtent le travail, des lycéens qui descendent dans la rue. Ils peuvent aujourd'hui changer quelque chose dans leur société, cesser de jouir du fatalisme obscène, de la résignation, se réapproprier quelque chose de leur liberté collective spoliée. Le coulées de boue en Hongrie ne le leur fera pas oublier.

 

Que vont-ils faire ? Que peuvent-ils faire pour tracer leur sillon sans que les élites les trahissent ? Quel sera ce sillon ? Qui va le dessiner ? Ces questions sont derrière toutes le têtes ce soir. Et bizarrement personne n'ose les poser explicitement. On se demande juste s'il y aura des incidents, si le gouvernement remettra la réforme des retraites dans le circuit de la négociation sur des bases plus saines. Comme si renégocier la réforme était l'oméga, non l'alpha, comme si cela n'impliquait pas, aussi, une remise en cause profonde du mode de fonctionnement mondial, européen et national d'un modèle néo-libéral imposé systématiquement "par en haut". Quel chemin l'audace et l'imagination peuvent maintenant se frayer dans le choeur de mécontentements qui commence à faire boule de neige ? Et quel sens des responsabilités et du réel peut donner à ce chemin les moyens d'aboutir à une inversion durable dans notre pays, du rapport capital/travail, entourloupe/honnêteté, mépris/respect des gens, asservissement/liberté ? Voilà comment il faut maintenant formuler les questions pour les semaines qui viennent.

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Le procès de la sénatrice verte Alima Boumediene-Thiery

12 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Je ne connais pas personnellement la sénatrice verte de Paris Mme Alima Boumediene-Thiery. Je l'ai entendue dans une conférence à Nanterre au mois de juin dernier faire un plaidoyer intéressant contre l'islamophobie. Elle était venue aussi dans ma ville de banlieue pour une conférence sur le code de la famille marocain il y a quelques mois. Certaines de ses interventions m'ont laissé penser qu'elle n'est pas une aussi bonne juriste que ses partisans le prétendent, mais c'est une dame honnête, qui fait passer certains messages utiles dans un contexte qui ne lui est pas favorable. Cette dame a notamment soutenu, comme beaucoup de gens de gauche, le boycott des produits israélien. Des enthousiastes de la colonisation en Palestine  qui se prévalent aujourd'hui de soutiens institutionnels puissants l'assignent en justice pour incitation à la haine raciale du fait de son engagement sur ce sujet. Le procès s'ouvre à Pontoise jeudi matin.

 

Logiquement la sénatrice ne devrait pas encourir une trop lourde peine (quoique l'accusation demande l'inéligibilité). M. Willem, maire communiste de Ceclin, en 2004 avait dû verser 1 000 euros d'amende.

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On a constaté une forte mobilisation des deux côtés de la Méditerranée pour la sénatrice.

 

"Plusieurs personnalités de gauche, de Michel Rocard (PS) à Olivier Besancenot (NPA) en passant par Cécile Duflot (Verts) ont signé des appels à la "solidarité" avec les personnes poursuivies en justice pour avoir appelé au boycottage de "produits des colonies israéliennes". Lire la suite l’article Dans un appel de soutien "pour la liberté d’expression", des personnalités comme Catherine Tasca (PS), Cécile Duflot (Verts) ou Pierre Laurent (PCF), attirent "l’attention de l’opinion publique sur le refus de l’Etat d’Israël de se conformer aux principes inscrits dans les traités européens et dans les accords d’associations qu’ils ont signés, à savoir le respect des droits humains et celui de la traçabilité des produits à l’exportation".Un autre texte a été lancé à l’initiative de Stéphane Hessel, co-rédacteur de la déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948." lisait-on sur le blog de la sénatrice le 8 octobre dernier. Si l'on suit la jurisprudence de la cour de cassation (confirmée par la cour européenne des droits de l'homme), toutes ces personnalités seraient responsables d'une incitation à la "haine raciale". Le genre d'absurdité  auquel on arrive à trop vouloir règler des querelles politiques devant les tribunaux.

 

NB  Aujourd'hui on apprenait que la grande figure de la résistance et de la culture juive Stéphane Hessel est lui aussi poursuivi pour les mêmes motifs qu'Alima Boumedienne.

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Mélenchon et les médias

12 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Mélenchon passe souvent à la TV en ce moment... pour dire que les médias ne lui donnent pas assez la parole (un peu comme Le Pen autrefois, mais je ne compare pas les deux personnages, bien sûr, juste le fait qu'ils passent sur les médias pour se plaindre des médias).

 

Les grèves lui donnent une aura. Les médias ont peut-être peur de la révolution qui vient. Il était sur BFM TV ce matin, chez Guillaume Durand avec le pauvre Luc Ferry la semaine dernière (Mélenchon se plaint sur son blog du traitement que lui a infligé Durand mais à tort, je trouve qu'il lui a fait la part belle).

 

Mélenchon se plaint beaucoup, affiche une mine maussade, grimpe au rideau dès qu'on remet en cause son égo. Ce matin par exemple parce que le journaliste de BFM lit un texte d'un sien collègue qui dénonce l' "enflure" verbale de Mélenchon. "Vous me traitez d'enflure !"(sic).

 

Un mien collègue marxiste me disait : "Marx c'est l'émancipation de l'humain dans toutes ses dimensions. Les politiciens de gauche devraient porter le plaisir sur leur visage, avoir le regard impertinent d'un Cohn-Bendit devant les CRS en 1968. Et pas seulement afficher leur haine des riches et leur ressentiment".

 

Pas tout à fait faux. Mélenchon joue un peu trop dans le registre de la mauvaise humeur. Ca fait partie des quatre ou cinq trucs que je lui reproche avec sa laïcardise, sa mitterrandolâtrie, son refus de prôner la sortie de l'Union européenne et les fautes d'orthographe dans son blog. Dommage car c'est par ailleurs un homem éloquent et sincère, réellement de gauche, un esprit profond, qui construit vraiment sa pensée (à la différence des dirigeants du PS qui ne vivent plus que dans les effets d'image) et qui a le sens du combat collectif de longue haleine. On ne peut pas avoir toutes les qualités, je suppose.

 

J'ai toujours pensé que c'était une faiblesse que de reprocher aux médias dominants de ne réserver aucune place (ou quand ils en accordent une, elle est inconfortable), aux forces alternatives. On ne peut pas à la fois dénoncer le système dominant et son appareil médiatique, et attendre de celui-ci qu'il vous déroule le tapis rouge. "Mélenchon portrait d'un homme en colère" titrait Métro hier. Mais on ne peut pas être l'homme d'une seule caractéristique psychologique. Il faut aussi parfois amener autre chose, car je suppose que les gens qui rêvent de changement n'ont pas envie de se complaire dans la colère toute leur vie.

 

A part ça, à propos des lâchetés de Chirac sur l'Irak - que j'ai dénoncées dans 10 ans sur la planète résistante - le livre de Vincent Nouzille sur le renoncement à nos créances sur ce pays apporte de l'eau à mon moulin. J'y reviendrai peut-être un jour. Tout le monde oublie le martyre du peuple irakien, comme celui des habitants de l'Est du Congo, ou ceux de la frontière pakistano-afghane : toutes ces horreurs commises avec la bénédiction de nos ambassadeurs,de nos banquiers et de nos marchands d'armes. Les caméras n'y sont pas. Mais nos pensées doivent  y demeurer.

 

FD 

 

NB : je poste aussi le commentaire de Carlier. D'accord avec lui pour dire que Mélenchon est trop sanguin. Pas d'accord pour dire que Pujadas a juste pêché "par manque de temps". L'intention antisociale de Pujadas transpirait dans sa question. Mais bon, Mélenchon devra aller un peu à Canosa s'il veut parler à Pujadas dans le cadre du JT de 20 heures dans les années qui viennent.

 

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Qui étaient les Ibères ?

12 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Mes lecteurs habituels qui, en bons citoyens modernes, sont friands d'actualité, surtout à l'heure où la glorieuse mobilisation populaire va chasser M. Sarkozy du pouvoir, n'aimeront pas le présent post. Mais celui ci s'adresse aux amateurs d'histoire antique, s'il s'en trouve encore, qui découvriraient mon blog en tapant "ibères" sur Google.

 

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J'ai appris il y a peu que les Ibères comme les Basques sont un peuple qui vient d'on ne sait trop où - de sorte que leur langue étant aussi peu indoeuropéenne que celle des Basques ceux-ci ont souvent tendance à s'approprier comme leur dans la toponymie ce qui est en réalité ibérique.

 

En vérité on en sait quand même un peu plus sur les Ibères que sur les Protobasques parce qu'au moins on sait dater leur arrivée en Europe du Sud-Ouest et l'on sait qu'ils sont asiatiques (d'Asie mineure ou du Caucase).

 

J'aime bien les peuples dont les langues ne sont pas "à leur place" dans un ensemble donné et qui devaient passer pour complètement incongrus à tous leurs voisins (encore que je n'arrive jamais trop à évaluer si l'incongruité linguistique jouait jadis un si grand rôle dans la conception qu'un peuple se faisait de son voisin tant les conflits de voisinage étaient sévères, même entre peuples de même langue).

 

Quand on me parle de peuple asiatique perdu au milieu des Indo-européens, je pense spontanément aux Etrusques, cernés par les Celtes et les peuples italiques qui se ressemblaient entre eux. On décrit parfois les Etrusques, et les Crétois, comme plus hédonistes que les Indo-européens. Est ce vrai aussi des Ibères? Les Ibères ressemblent-ils en quoi que ce soit aux Etrusques ? Y a t il quoi que ce soit, dans leur art par exemple, qui puisse plaider en ce sens ou du moins nous faire soupçonner quoi que ce soit sur leur mentalité ? Faut-il imaginer le Ibères remplis d'un imaginaire végétal comme les Etrusques et les Minoens ? ou rudes combattants austères comme les bergers de Phrygie ?

 

Je lance ces questions en l'air à l'attention d'improbables érudits de passage. Une façon aussi pour moi de desserrer l'étau du quotidien.

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Il faut brûler l'académie Nobel

11 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Great-Seal-of-the-US.png"Le Nobel de la Paix réveille la Chine" titre le journal Métro ce matin. Arrogant et ridicule n'est-ce pas ? Autant que peuvent l'être les va-t-en-guerre occidentaux dans un moment d'enthousiasme. Voilà un pays, la Chine, industrieux, qui a décollé a la force du poignet, qui aujourd'hui rachète la dette de la Grèce (et demain son Parthénon peut-être). Et l'on prétend que la sénile académie suédoise va "réveiller" ce pays ? D'année en année cette académie sombre toujours plus dans le grotesque. Hier elle récompensait le grand Kissinger  pour les deux millions de morts au Vietnam et le coup d'Etat au Chili, et encore le bigot Walesa - qui quelques années plus tard allait être un très ardent défenseur de la guerre en Irak. L'an dernier encore Obama, au moment même où il intensifiait le bombardement des civils en Afghanistan. Maintenant un "dissident" chinois ferme partisan du colonialisme et des privatisations (euh... pourquoi pas un prisonnier politique palestinien pour changer ? ou l'indien sioux incarcéré Leonard Peltier ? ou tout autre combattant pour la justice broyé par l'Empire dans l'indifférence générale ?)

 

Allez, reconnaissez que ce prix Nobel tombe aussi bien que celui d'Obama : au moment où les USA patrouillent en mer de Chine du Sud, en mer Jaune, installent des missiles aux Philippines, et bientôt sur l'île de Jeju en Corée. Encerclement militaire, encerclement idéologique des Chinois, juste avant la guerre économique ouverte prônée par les néo-cons. Puis, quand leur dissuasion nucléaire sera anéantie par les missiles ABM des Etats-Unis, peut-être les menacera-t-on d'une petite bombinette sur Pékin. A ce moment-là il se peut qu'il y ait encore une académie Nobel pour remettre un prix de la paix à l'homme qui, à Washington, aura le doigt sur le bouton rouge.

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"La retraite à 67 ans ? Et pourquoi pas 69, tant qu'à se faire baiser ?"

8 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

C'est le slogan des lycéens de Rodez descendus dans la rue hier contre la réforme des retraites (peut-être avaient ils ce slogan à Carcassonne aussi, je ne sais pas, la vidéo ci dessous en tout cas est audoise).

 

Voilà qui sonne soixante-huitard... et qui peut créer le buzz ! Son succès dans les blogs en atteste... Selon le Canard enchaîné Sarko redoutait que la jeunesse se joigne au mouvement social. Il fallait à tout prix éviter cela, les "surveiller comme le lait sur feu". Nous y sommes. A quand la fuite de Sarko en hélicoptère comme l'ex président argentin ?

 

Bon n'exagérons rien. La CGT dépassée par sa base comme en 1995, des cheminots qui font généreusement grève alors que la réforme ne les concerne pas (messieurs les salariés du privé qui ne manifestez pas même quand les jours de mobilisation sont le samedi, avez vous prévu de cotiser à une caisse de solidarité pour eux afin qu'ils puissent continuer à faire grève pour vous si le conflit s'éternise ?), un frémissement estudiantin et lycéen, tout cela ne garantit pas un mouvement d'envergure ni sa pérennité. Mais c'est à suivre...

 

 

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93-ophobe

8 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Un titre sur "Lepost.fr" : "Seine-Saint-Denis: un ado renversé par une voiture de police".

 

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Quand on lit l'article on découvre que l'adolescent a été renversé devant la mairie d'Argenteuil... qui n'a jamais été en Seine-Saint-Denis. Bon, d'accord, vu des beaux quartiers, tout ça c'est du pareil au même. La Seine-Saiint-Denis et le Val-d'Oise, les Pyrénées orientales et les Pyrénées atlantiques, tout ça. L'important c'est de bien connaître la carte de New-York et de Washington DC pour les prochaines élections au congrès des Etats-Unis n'est-ce pas ? "Nous sommes tous américains"...

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Goûts asiatiques : "thinking about the fireworks that go off when you smile"

8 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Je lis ceci dans la presse chinoise : la Corée du Nord est fière d'avoir inventé une centaine de feux d'artifice. Ce  serait là son grand apport à l'humanité. La dépêche de Xinhua dit exactement ceci :

 

"The Democratic People's Republic of Korea had developed more than 100 kinds of new fireworks recently, the official news agency KCNA said Wednesday.

According to the KCNA, the fireworks, based on three elements of modern fireworks technology -- software, ignition control device, and the explosives -- have reached a high level in color, brightness and formative artistry.

The new fireworks, multi-dimensional in fire cycle, rhythmic display, and bursting point and scope in the air, were developed to display in all atmospheric conditions, the report said."

 

Il est intéressant que le Quotidien du Peuple à Pékin mette cette information à la "une". Il est vrai que la Chine a inventé le feu d'artifice.

 

Cela fait partie des petites surprises que le monde globalisé nous réserve encore. On ne peut pas "penser ouzbek" sans avoir les danses à l'esprit, ni sino-coréen sans les feux d'artifice...

 

Personnellement je n'ai jamais aimé les feux d'artifice, même quand j'étais gosse. Mais je crois qu'il faudrait penser en toute objectivité, et d'un point de vue anthropologique, les effets du feu d'artifice sur la psychologie humaine, sur son rapport au collectif, à la politique etc. Le cas nord-coréen peut être une contribution à cette réflexion.

 

 

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Conférences sur l'Islam

7 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Conférences vidéos de résistants

Quelques vidéos d'une journée de conférences à Nanterre à laquelle j'ai en partie assisté (le matin). Source
http://conscience-musulmane.over-blog.com/

 

J'en profite pour réitérer ici mon hostilité totale à la loi sur la burqa.

 

 

 

 

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Sous le soleil libéral exactement

5 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Je  ne suis pas fan de la revue Books qui diffuse la propagande libérale anglosaxonne en France (une revue qui parvient à faire de temps à autre l'éloge de BHL c'est tout dire), mais j' apprends toujours beaucoup de choses en la lisant et reconnais en la parcourant (tout comme lorsque j'ouvre The Economist) ce que Marx avait mieux compris que ses disciples : le libéralisme est un système prodigieusement intelligent et efficace (au vu des fins qu'il se donne) et le combattre constitue un défi terrible. Je recommande à ceux qui y sont abonnés l'interview de Matt Ridley et l'article sociologique remarquable sur les origines de Facebook.

 

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Je pense, comme Ridley, que sur un plan quantitatif l'humanité va vers du mieux, et de ce point de vue, je n'adhère aucunement au catastrophisme apocalyptique en vogue chez certains écolos, les gauchos, et l'extrême droite, comme ce fut le cas aussi au 19ème siècle. En revanche, à la différence des libéraux, je crois que ce progrès va s'accompagner d'une forme de totalitarisme, dont précisément des réalités comme Facebook sont la préfiguration. C'est une idée qui prévalait déjà dans la critique du bureaucratisme des années 1930 et des années 1960 : le progrès matériel et la rationalisation de la vie en société appauvrissent la diversité humaine et l'originalité de chacun (ne serait-ce que parce que cette rationalisation démonte beaucoup de mythologies personnelles que tout un chacun pouvait auparavant échaffauder). Autrement dit, l'humanité se portera mieux, brassera plus d'informations sur sa situation, sera plus lucide sur ses intérêts, mais se montrera selon toute probabilité plus conformiste, plus égoïste, plus résignée devant les injustices, plus désinvolte et moins sensible à la qualité du style personnel, à la recherche d'une noblesse individuelle qu'elle ne pouvait l'être dans le passé. Voilà vers quel horizon le libéralisme nous conduit.

 

NB sur l'apport d'Internet à notre temps on peut aussi lire une interview de Dominique Cardon ici.

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Out of Internet

3 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Lorsque je vois exploser mes stats sur l'article "Mehlang Chang" je me dis que je me suis planté complètement quand j'ai cru qu'Internet pouvait être un support pour ce que j'avais à exprimer. Sur Internet je ne peux faire passer que le moins important, le plus superficiel, et encore, c'est dans ce qu'il y a de plus superficiel dans le superficiel, dans le reliquat le plus grégaire et le plus inintéressant que les lecteurs se retrouvent le mieux. C'est une grave erreur que de croire que ce média puisse véhiculer autre chose que de l'instinct grégaire (y compris la grégarité de la fausse dissidence).

 

Bon, allez, encore un mot et une vidéo pour illustrer le totalitarisme du "sympa" qui étouffe notre époque, sur Internet et à la TV, un numéro de deux (mauvais) clowns qui, par le rire, tentent de museler leurs critiques (et y parviennent en grande partie).

 

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