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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Etat moderne, Etat minable

9 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

L'Etat vend ses berlines, l'Etat vend son immobilier ! C'est l'ancien journaliste d'Europe 1 François Baroin qui orchestre la grande braderie. Normal : l'Etat, il faut que ce soit un truc pourri, un truc minable. Le PDG d'Areva et les actionnaires d'Elf peuvent afficher tous les signes extérieurs de richesse qu'ils veulent. L'Etat, lui, il faut qu'il soit pauvre, très pauvre. Et on peut faire confiance aux courageux enquêteurs du Canard enchaîné qui se réjouirent de la remilitarisation de la Rhénanie en 1936 (pas les mêmes, leurs parents, mais qu'importe, c'est une tradition de l'entreprise), et du bombardement de la Serbie en 1999, pour aller fliquer les derniers ministres bénéficiaires de logements de fonctions (plutôt que d'aller enquêter du côté des milliardaires de Neuilly-Auteuil-Passy)...

 

L'Etat à quoi ça sert ? A s'endetter pour soutenir les banques en faillite, à jouer les VRP pour vendre des avions de combat (comme notre sémillant ambassadeur en Irak), et bien sûr à taper sur les petits délinquants. Juste ça. Ca ne sert même plus à faire du "social" depuis qu'on en charge les collectivités locales (transfert du RSA aux départements, de la prise en charge des élèves l'après-midi aux communes etc.).

 

Au fait, vous avez vu que M. Baroin affiche un titre d' "avocat" sur Wikipedia ? M. de Villepin aussi, lui qui était diplomate. Diplomate, haut fonctionnaire, c'est tellement ringard ! Il vaut tellement mieux se dire avocat, beau parleur, spécialiste des mots creux, magicien des effets de manches, spécialiste de l'endormissement, ni vu ni connu j't'embrouille. Ca fait plus "privé". Surtout qu'on n'ait plus rien à voir avec le vieil Etat-garde-chiourme !

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Sur la nature humaine (réponse au commentaire de "Dustyboy")

8 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Un défi : en quelques minutes je vais essayer de donner mon avis sur les remarques du lecteur "Dustyboy). Je prends le pari qu'une réponse rapide, presque précipitée (dans tous les sens du mot) vaudra mieux qu'une longue réflexion (à mes risques et périls)

 

A titre préliminaire précisons qu'en bons chomskyens nous croyons tous ici en l'existence d'une nature humaine universelle, ce qui n'exclut pas bien sûr ensuite des modulations de cette nature suivant les contextes culturels.

 

Allez je me lance en reprenant le mots de Dustyboy (en italique). Mon commentaire est en police normale.

 

Sur Zinn tout d'abord, j'ai mal écrit. Je n'ai pas été au bout de mon idée. Il a bien écrit qu'il y avait bien plus d'exemples de violence et de domination dans l'histoire mais effectivement qu'il y avait aussi eu du progrès depuis plusieurs décennies. Dans mon élan j'ai omis de rajouter ça.

 

- Précision aussi : Chomsky estime que la nature humaine est aussi encline à la solidarité qu'à l'égoïsme

 

Pour appuyer un peu le cynisme dont je parlais, j'aimerais développer quelques petites choses. Pour en avoir pas beaucoup, beaucoup, beaucoup discuté depuis mon adolescence, je pense (et je m'y mettrais cet été, vacances oblige) qu'il est absolument crucial et  "rhétoriquement" structurant que les individus ayant une sensibilité de gauche développent des arguments et contre-arguments solides sur le présupposé de la nature humaine corruptible et méchante. Bon là dîtes moi ce que vous en pensez mais c'est surprenant comment ça ressort.

Deux illustrations : une connaissance à moi a fait un stage de trader à la Société Générale  et nous avons discuté pendant 2h et quelques sur la finance. Et le fossé était incroyable ! J'ai comparé les traders mais plus globalement les agents de la finance à des flibustiers. On scrute tel marché, tel prise de risque et on prend position : en Asie, en Afrique, en Europe etc etc. Bon la discussion s'est vite articulée autour des produits financiers techniques et puis inévitablement quant on parle sérieusement d'économie, c'est-à-dire quand on se pose la question la plus difficile en économie à savoir la satisfaction du bien-être du plus grand nombre, la question devient philosophique. Et c'est là que le fossé apparaît. Cette connaissance m'a clairement dit et répété plusieurs fois qu'elle ne croyait pas en l'Homme. Pour elle, il était trop tard pour faire machine arrière. La finance a été dérégulée : "mais tu te rends pas comptes ?! Mais c'est pas possible de revenir en arrière ! mon gars t'as pas idée de la force du truc". Pour lui la course à l'argent est plus forte que le reste. L'Homme voudra toujours de l'argent et fera toujours tout pour dominer les autres.

 

- Bon, là dessus je ne suis pas d'accord avec vous. Vous prenez un cas extrême : le point de vue d'un type qui a été formé pour devenir un carnassier de la finance. J'ai connu ce genre d'individu à Sciences Po. Mais si je vous emmène à Brosseville dans ma banlieue parisienne, vous trouverez au contraire des tas de gens qui n'ont envie que de créer des associations d'entr'aide, qui en ont un besoin viscéral alors qu'eux mêmes sont pauvres. Ca n'a pas de sens de penser que ceux qui ont grandi dans une culture d'égoïsme sont plus conformes aux universaux de la nature humaine que les généreux (voir ma remarque sur Chomsky plus haut).

 

Mais j'ai envie de dire, comme je l'ai écrit déjà plusieurs fois sur ce blog : attention ! Votre regard est biaisé par Bourdieu que vous citez souvent. Beaucoup d'anthropologues dans le groupe MAUSS et aussi un Américain comme David Graeber, tous ayant en commun d'avoir travaillé sur le don, reprochent A JUSTE TITRE à Bourdieu d'avoir une anthropologie proche de celle des libéraux (et Marx aussi d'ailleurs) en ce sens qu'elle ne conçoit la vie que comme une recherche d'accumulation égoïste de capital (symbolique ou matériel). dgraeber-copie-1.jpg

 

C'est une grave erreur. L'être humain a aussi un besoin de don qui n'est pas réductible à une stratégie de distinction. C'est pourquoi le caritatif fonctionne toujour très bien. Les anthropologues montrent que quand même dans la relation marchande - qui est un type d'échange très particulier dans les échanges humains, autrefois marginal et, par la grâce du libéralisme, hélas, érigé de plus en plus au rang de norme de l'échange - il y a du non marchand qui passe : le vendeur de bagnoles ou la pute au coin de la rue investissent autre chose que de la simple volonté d'accumulation dans leur boulot, même s'ils ne se l'avouent pas consciemment. Il y a, dans notre cerveau, un besoin du regard d'autrui, et un besoin de mouvement vers autrui qu'on repère déjà chez l'enfant qui vient à 18 mois vous donner un bonbon (ce même enfant, qui, c'est vrai, est aussi par ailleurs le petit glouton égoïste qu'on connaît - sans même parler du "pervers polymorphes" de la fichu psychanalyse que j'exècre).

 

De grand mouvements d'argent ont été libérés, mais ne divinisons pas ce veau d'or. Il lui faut encore des Etats pour en fournir le socle. Même dans la très industrieuse Chine, les banques sont encore nationalisées, et le Parti communiste chinois n'a pas officiellement perdu l'espoir de pouvoir re-socialiser le capitalisme le jour où il lui aura apporté suffisamment de plus-value... Que seraient nos traders sans des Etats qui garantissent leur intégrité physique ?

 

Deuxième illustration : la discussion que j'évoquais avec mon cousin s'était terminée par son regard désabusé sur l'affluence de gens qui a eu lieu à Paris pour une distribution de billets et avait rameuté plus de 4000-5000 personnes. Et il a eu cette phrase illustrant à merveille sa position philosophique : "Et tu crois que tu peux les changer ces gens là ?" Alors il y a de tout dans cette question : la fatalité, le sous-entendu utopiste et bien sûr le mépris des autres. Parce que la spécialité de notre époque c'est de fabriquer toute une ordre de contestaires de salon. Chacun est plus lucide ou plus rebelle que l'autre en regardant la télé ou en écoutant son poste de radio. Heureusement que ça va se structurer tout ça (j'ai confiance en l'avenir...).

 

- "Le peuple ce sont ces habitants de Berlin minables à qui on donne quelques deutchmarks pour aller faire des achats dans les supermarchés de l'Ouest et qui y vont" disait avec mépris mon prof de sociologie dandy de droite à la Sorbonne en octobre 1989. Aujourd'hui on pourrait dire contre lui : le peuple ce sont aussi ces Amérindiens de Bolivie qui font une révolution pacifique en refusant le principe de délégation de pouvoir avec un chef à la tête. L'Amérique latine a fourni chaque année dans les années 2000 des exemples incroyables d'altruisme et de résistance aux sirènes du cynisme yankee.

 

anthropologique si je peux me permettre une telle pirouette. Je crois que nous nous fatiguons les uns les autres mais que désormais tellement différenciés alors nous avons peur les uns des autres. Or la position moyenne est la plus inconfortable. C'est comme les immigrés ou les enfants d'immigrés, c'est comme la position de gens comme Annie Hernaux : elle soumet à un nombre infini de paradoxes et de tensions. C'est terrible ça... 

 

- Oui, sur la situation vraiment critique des masses européennes (c'est à dire des classes moyennes qui sont devenues la majorité). Pas d'accord avec le fait que c'est lié à leur confort. Le confort a été atteint dans les années 1960 comme jamais auparavant, et pourtant l'opinion publique européenne (et nord américaine) fut alors beaucoup plus solidaire et progressiste qu'elle ne l'avait jamais été dans l'histoire.

 

La situation critique des européennes est liée à beaucoup de choses. Ce que vous dites sur le côté "différencié" de chacun, la pluralité des identitités, est juste, le desserrement des éthiques collectives traditionnelles (familiales, villageoises), l'isolement des gens, la virtualisation des affects avec Internet, le développement du côté velléitaire. Tout un processus de fragilisation qui donne à chacun le sentiment de ne plus pouvoir rien entreprendre de durable et de solide avec autrui, pas même un bon mariage (et donc encore moins une action politique). Peur d'autrui, peur de soi-même, une forme d'infantilisation.

 

comment surmonter ça ? Je suis pas désespéré loin de là. Comme à d'autres époques nous avons nos verrous mentaux et matériels mais ce n'est rien ou du moins peu. Je reviens d'une réunion de mobilisation sur les retraites et ça donne le peps. Je crois que nous devons travailler dur à court-circuiter les faux fondements. J'ai retenu une chose particulière chez Chomsky: nous avons besoin d'éducation populaire. Et je rêve de mettre ça en place : nous devrions connaître des pans entiers du code du travail, savoir ce qu'est la monnaie, comment elle circule, la formation des prix, des salaires, c'est quoi la science, à quoi ça sert ? quelle est l'histoire sociale de la France etc etc !

Outre la critique sociale "classique"  je crois que nous avons besoin d'une force de persuasion immense parce que comme je vous le disais plus haut, à mon sens, notre cynisme est aussi (et peut-être avant toute chose) une crise de scepticisme.

- L'éducation populaire oui. Mais attention. Des gens comme Onfray font de l'éducation populaire qui est de l'escroquerie. Et puis l'éducation populaire est un puits sans fond. Je connais un type (d'origine immigrée) qui veut créer une liste électorale aux municipales dans sa ville en 2014. Il ne sait même pas combien il y a de conseillers municipaux. Ce type - et tout un chacun - peut éprouver une peur panique devant la somme de connaissances qu'il faudrait avoir pour pouvoir entamer des projets dans la vie publique. La technicisation de tous les domaines (qui n'est souvent qu'un enfermement dans la logomachie) peut créer ce sentiment d'impuissance.

 

Il faudrait commencer par rassurer les gens sur leur aptitude à pouvoir mobiliser autour d'eux et construire des axes politiques même s'ils n'ont pas fait l'ENA. Leur faire comprendre que ce n'est pas un Strauss Kahn ni aucun soi disant spécialiste qui peut engendrer une économie réellement profitable à tous.

 

diderot.jpgIl faut aussi, c'est vrai, déshabituer les gens de la dépendance à la consommation, et là, Arnsperger a sans doute raison, cela suppose les aider à gérer leur rapport à la mort, à leur égo. De toute manière le rapport à l'égo doit être repensé, et une éthique du devoir doit se substituer à celle de la jouissance personnelle. Une éthique de la construction sur le long terme aussi, et de la confiance (sans naïveté et sans excès) en soi et aux autres. Pour les publics les plus fragiles cela n'ira pas sans une certaine dose de religiosité. Mais je préfère une théologie de la libération à un rationalisme cynique et étroit qui fait le lit de la domination capitaliste. Au fait je vous signale un billet des Indigènes de la République qui dénonce à juste titre le fait que le Parti de la Gauche a refusé de manifester aux côtés de représentants musulmans contre le crime israélien contre la flottille pacifiste. Ca ce n'est pas du rationalisme cynique, mais c'est sans aucun doute du rationalisme étroit qui divise les classes populaires alors qu'il les faut rassembler.

 

Bon voilà j'avais promis de m'en tenir à une réponse hyper rapide. Je m'arrête donc là. Mais le plus dur reste à faire maintenant. Décrire très longuement (dans un livre ? dans un autre espace ?) cette éthique anti-capitaliste dans laquelle chacun pourrait retouver la force de prendre le chemin de l'action collective.

 

 

 
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Les Normaliens

7 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Je lis dans Le Monde aujourd'hui : "Rarement les murs de l'auguste établissement de la rue d'Ulm auront connu telle affluence. Plus de 1 800 personnes, selon les organisateurs, se sont pressées dans la nuit du vendredi 4 au samedi 5 juin au sein des locaux de l'école normale supérieure, à Paris, pour la première édition de la "nuit de la philosophie"."

 

Je parcours l'article en diagonale, rien que les noms cités m'attristent : soeur Monique Canto Sperber, l'abbé André Glucksmann, grands prêtres de la mondialisation libérale, de la religion du fric, de l'exploitation, de la guerre. Ca ne donne pas très envie de lire. Et les déclarations des intervenants du genre "Il s'agissait de montrer qu'il n'existe pas de clivage entre la philosophie médiatique et la philosophie académique "... aïe aïe aïe.

 

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La Normale Sup' austère et bourgeoise d'autrefois n'était sans doute pas agréable à vivre. L'ENS soumise à la dictature de la bonne humeur médiatique obligatoire a l'air de l'être bien moins encore. Quand je vous dis qu'il devient impossible en ce bas monde d'aimer la culture pour elle-même, sauf à être dans une logique de résistance armée. Tout est fait pour détourner les gens de la lecture et de l'écriture sérieuses.

 

En parlant de vieilleries, je visitais la cathédrale d'Abbeville samedi. Les vitraux dévastés par les bombardements de 45 jamais réparés. Et les bas-côtés de la nef ravagés par la propagande ecclésiastique contemporaine dans tout ce qu'elle a de mièvre, de pseudo-festif, et d'aussi peu convaincue de son propre bien-fondé que la propagande médiatique de Normale Sup. Des dessins d'enfants, des dessins d'enfants à tout va, comme si seule la foi des enfants pouvait encore attester d'un semblant de vérité dans toute cette histoire. L'enfance mobilisée (Dawkins serait scandalisé), mais maladroitement. On laisse des fautes énormes dans les titres des dessins : signes de l'inculture des catéchistes ? ou fautes volontaires pour faire croire que les enfants eux-mêmes ont trouvé et écrit librement les titres des dessins (ce que bien sûr nul ne peut croire une seule seconde) ?

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A propos de la culture classique

3 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

C'est un sujet important que le lecteur Gilles me signalait hier à travers un article d'un certain M. Merle,  que je ne connais pas. Un sujet important et complexe, que j'ai un peu abordé dans mon Incursion en classes lettrées mais pas assez.

 

Sujet difficile. Pour faire court : la culture classique s'est construite dans chaque Etat-nation, contre la culture romaine cléricale puis humaniste (j'aime beaucoup le livre semi-bourdieusien de Pascale Casanova, "La République mondiale des lettres" qui rappelle qu'encore dans les collèges jésuites de Louis XIV tout le monde était bilingue français-latin, et qu'il n'était pas encore évident que la littérature francophone puisse être à la hauteur de la litétrature latine). On sait que cette culture lettrée, très structurée et très raffinée, fut un outil de reproduction des classes bourgeoises, et un instrument de violence symbolique énorme (je suis un des rares fils d'ouvriers dans ma région à avoir eu un bac littéraire avec mention très bien, car à l'époque les rares fils de pauvres qui décrochaient une mention au bas le faisaient plutôt dans le monde des chiffres et du savoir positif, relativement protégé de la violence de la culture littéraire : celui du bac scientifique).

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Aujourd'hui la culture médiatique festive marginalise la culture lettrée classique. Et l'on n'y gagne pas. On bascule en effet dans des formes de néofascisme de masse dont Berlusconi n'est qu'un exemple. Merle a raison de se référer à Pasolini plutôt qu'à Finkielkraut ou Sloterdijk pour défendre la culture classique car Pasolini eut une façon de relire les classiques qui n'était pas tournée vers la défense de la classe bourgeoise. Il s'agissait au contraire de réconcilier la subversion avec la poésie des sociétés antiques (si possible d'ailleurs des sociétés les plus archaïques).

 

Personnellement je n'approuve pas complètement cette source d'inspiration, car elle est en réalité assez réactionnaire dans son défaut d'ouverture à la scientificité, or je ne crois pas que l'on rende service à son époque quand on cultive la nostalgie pour Médée.

 

Si  à l'occasion vous jetez un coup d'oeil à mon dernier livre sur l'Abkhazie (l'Abkhazie est l'ancienne Colchide, royaume de Médée), vous verrez que j'y interroge en conclusion l'espèce de pasolinisme spontané que beaucoup prêtent aux Abkhazes (beaucoup parmi les rares qui connaissent l'Abkhazie), tandis que, dans la structure même du livre, j'essaie d'user d'un style littéraire classique "décomplexé" (jusque dans l'emploi de l'imparfait du subjonctif), qui m'éloigne de ma formation de sociologue (et de technocrate), mais qui fonctionne pour moi comme un hâvre de sûreté face aux dérives de la pensée (y compris les dérives démago-gauchistes) que permettrait un style littéraire plus populaire.

 

Peut-on encore user d'un style classique (et payer sa dette à toute les constructions intellectuelles et politiques des nations européennes au fil des siècles passés), en utilisant ce style au service d'un projet progressiste, ouvert aux sciences, ouvert à l'altérité des autres cultures (y compris ce qui est anti-scientifique dans cette altérité) et des classes sociales étrangères au classicisme ? Voilà une question que je me pose en permanence, mais c'est un défi que je crois pouvoir relever parce que justement, comme le dit Merle, je crois que le classicisme peut nous protéger de l'hédonisme abrutissant néofasciste. Un exercice complexe. A chaque fois que ma collaboratrice kabyle à Brosseville me remet une note, je corrige les mésusages de la langue française. C'est une forme de respect à son endroit, de confiance en son aptitude à bien écrire notre langue compliquée. Cette confiance l'institutrice de n'importe quel village français dans les années 1930 l'avait en chaque petit paysan mal dégrossi, mes instituteurs l'avaient pour le petit hispano-béarnais patoisant que j'étais. Nous devons l'avoir à l'égard de tout le monde, malgré la capitulation généralisée. Mais je serais un vieux con embourgeoisé arrogant si je ne doublais pas cette exigence stylistique d'une intransigeance morale à l'égard du vieux système bourgeois qui instrumentalisa notre langue pour interdire au père de ma collaboratrice l'accès à notre système d'instruction en Algérie, et si je n'utilisais pas le style classique pour faire autre chose que du classicisme.

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Cynisme des classes moyennes et éthique anticapitaliste

2 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Dans un commentaire récent, un certain M. Dustyboy (ah le bonheur de l'anonymat sur le net) a décrit dans des termes précis et convaincants la résignation des classes moyennes devant le cynisme de notre monde (ce qu'il nomme "le bordel que je vois depuis la classe moyenne dont je viens"). N'étant pas masochiste, je ne souhaite pas épiloguer trop longtemps sur ce sujet, d'autant que ce qui m'intrigue plus en ce moment (pour mes projets politiques), ce sont les classes populaires (toujours susceptibles d'être conquises par l'idéologie des classes moyennes), et notamment celles qui sont issues de l'immigration postcoloniale.

 

Le témoignage de M. Dustyboy sur "un cynisme d'une puissance, et je dis bien puissance, qui a vraiment de quoi désespérer" qu'il a constaté dans divers milieux doit être pris au sérieux. Les gens sont "piégés par notre ignorance de l'histoire sociale, piégés par notre confort matériel (l'eau chaude, la télé, l'abondance de nourriture, la possibilité de s'habiller décemment)", écrit-il (en même temps s'ils n'avaient pas cela, ils seraient encore plus fragilisés et impuissants à devenir sujets d'une histoire collective). Il a raison aussi sur le rapport au temps, à l'éphémère, qu'a créé l'esprit de consommation.

 

Son mot sur Zinn qui aurait dit qu' "il y a bien plus d'exemples de violences et de domination que de bonté et d'altruisme général" m'étonne car, dans la mouvance chomskyenne à laquelle appartenait Zinn, on était plus sensible à l'altruisme et aux progrès moraux accomplis par l'humanité sur plusieurs siècles.

 

Le complément de Laurent dans son propre commentaire sur l'intellectualisme petit bourgeois de la gauche radicale est intéressant aussi. J'en ai fait les frais pendant quinze ans et cela continue.

 

Je suis d'accord avec tout ça, mais en ce moment, comme je le disais plus haut, je m'intéresse davantage à ce qui dans les classes moyennes et dans les classes populaires crée du dissensus par rapport à la doxa médiatique totalitaire.

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Dans les classes moyennes ce sont notammment les sujets historiques, le devoir de mémoire - ce n'est pas un hasard si Dustyboy évoque l'héritage de l'esclavage dans les Caraïbes, tout comme moi je pourrais mettre en avant en ce qui me concerne personnellement la colonisation de la culture occitane ou l'abandon des Républicains espagnols par la France. Dans les classes populaires (dans la partie intéressante des classes populaires), c'est une culture de l'entraide et de la bonté (souvent adossée à la religion) qui, sans toucher l'ensemble du peuple, fleurit dans ses secteurs les plus dynamiques, une culture qui se développe dans un praxis quotidienne qui en fonde la nécessité, une culture qui se combine beaucoup avec des convictions religieuses (Islam, catholicisme). Comme la politique est un art, plutôt que de prier pour que la catastrophe financière plonge les gens dans la tragédie, les adversaires de la dictature du cynisme devraient précisément travailler à faire entrer en symbiose tous ces facteurs de dissensus pour créer un projet commun fondé sur des valeurs de vérité, d'honnêteté, de réciprocité entre les gens (ce qui fut le projet altermondialiste mais qui était bien trop abstrait et pour tout  dire fumeux pour pouvoir entrainer les classes populaires et déboucher sur des réussites politiques).

 

Arnsperger dont un des visiteurs de ce blog m'avait conseillé la lecture (et qui est publié, ce n'est pas un hasard, par des éditeurs religieux) a raison de vouloir fonder l'anticapitalisme sur une éthique, sauf que son éthique du "yoga" est encore trop abstraite, philosophique, bourgeoise. Une éthique susceptible de changer politiquement le système ne peut être pensée qu'en fonction de la praxis concrète des classes les plus dominées et construite en interaction avec elles.

 

J'y reviendrai peut-être. En attendant je termine par cette vidéo amusante sur la difficulté de faire converger justement les éthiques des dominés :

 

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Une opération militaire maritime réussie

2 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Le pays-tellement-exceptionnel-que-seuls-des-gens-profondément-abjects-peuvent-avoir-idée-de-le-dénigrer, s'étant livré à un acte de piraterie en haute mer, armes lourdes à l'appui, contre des bateaux civils venus aider d'autres civils que ce même pays assiégeait, de nombreuses manifestations ont été déclenchées à travers le monde.

 

Voilà qui rappelle les élans de solidarité qui inspirèrent beaucoup de gens, il y a quelques années, quand Yasser Arafat était encerclé dans la Muqata. Comme je l'ai souligné dans 10 ans sur la planète résistante, le mouvement de solidarité fonctionna une fois en 2002, mais ne fut pas renouvelé quelques mois plus tard alors que l'encerclement fut identique.

 

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Il n'y a pas de raison de penser que les gens feront preuve de plus de constance cette fois-ci. Et donc, de ce point de vue, les dirigeants du pays-tellement-exceptionnel-que-seuls-des-gens-profondément-abjects-peuvent-avoir-idée-de-le-dénigrer, qui s'en tirent juste avec une petite fâcherie avec la Turquie et une demande d'enquête de l'ONU (grâce à la protection du grand-frère-plus-grande-puissance-militaire-mondiale), ont fait le bon calcul. Il y a fort à parier que les "volontaires" pour amener des maisons préfabriquées au peuple assiégé ne seront pas foule la prochaine fois. De toute façon, à quoi bon amener des maisons puisqu'elle seront à nouveau bombardées l'hiver prochain ?

 

Saviez-vous qu'un de leurs bateaux portait le nom de Rachel Corrie, la militante pacifiste délibérément écrasée par un bulldozer du pays-tellement-exceptionnel-que-seuls-des-gens-profondément-abjects-peuvent-avoir-idée-de-le-dénigrer ?

 

Le prochain bateau, sous-marin, ou creuseur de tunnel que les pacifistes utiliseront, dans huit ou dix ans, pour venir en aide à une ville que le pays-tellement-exceptionnel-que-seuls-des-gens-profondément-abjects-peuvent-avoir-idée-de-le-dénigrer assiègera pourront lui donner le nom d'un des civils turcs tués dans l'opération de cette année. L'histoire est un éternel recommencement.

 

Au fait chers lecteurs je vous précise que le ministre des affaires étrangères britannique n'a pas dit que le pays-tellement-exceptionnel-que-seuls-des-gens-profondément-abjects-peuvent-avoir-idée-de-le-dénigrer manifestait "une insensibilité totale pour la vie humaine et un mépris flagrant des devoirs internationaux". Ca il l'a dit à propos de l'opération militaire nord-coréenne qui a consisté à torpiller une corvette militaire sudcoréenne qui s'approchait un peu trop dangereusement de sa frontière maritime. Toute personne qui s'aventurerait à comparer les déclarations de dirigeants occidentaux dans les deux affaires qui ont eu lieu à quelques jours de distance serait bien sûr prié d'avoir la décense de se taire. De toute façon, ce ne sont que quelques "pro-Palestiniens" mal rasés qui ont été victimes de la petite intervention en Méditerranée orientale. Ils n'avaient qu'à pas s'y rendre, et ils eussent été bien inspirés aussi de ne pas exhiber leurs canifs et leurs cailloux quand l'armée du pays-tellement-exceptionnel-que-seuls-des-gens-profondément-abjects-peuvent-avoir-idée-de-le-dénigrer a bondi sur le pont de leur navire .

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Règlement de comptes avec Dieu

1 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

Je lis ceci dans le principal journal béarnais :

 

"Un fou furieux s'acharne sur un autel de la Cathédrale d'Oloron

 

Un marginal de 35 ans s'est acharné dimanche soir sur un autel de la Cathédrale. Il a été arrêté hier matin.

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Alors qu'il s'apprêtait à fermer les portes de la Cathédrale Sainte-Marie d'Oloron, dimanche soir, vers 20h30, l'abbé Albert Lahaille, prêtre auxiliaire à la paroisse, a été alerté par un bruit. Derrière l'autel, il a ainsi surpris un énergumène, pieds nus, juché sur l'autel d'une des chapelles. En train de démolir à tout va.

 

Vêtu d'un t-shirt usé et d'un jean délavé, le crâne rasé et le teint mat, l'homme n'a visiblement « pas toute sa tête ». Et prend la poudre d'escampette avant l'arrivée des gendarmes.

 

Il exige de voir l'évêque

 

Il reviendra pourtant parachever son « oeuvre » le lendemain matin. Cette fois, il n'échappera pas aux gendarmes. Ses premières déclarations laisseront les militaires sans voix. Ce Toulousain de 35 ans, venu à Oloron pour une histoire d'amour qui semble s'être achevée avant même de commencer, réclamera même la présence de l'évêque.

Aperçu les jours précédents dans les rues de la ville, toujours pieds nus, il a finalement été hospitalisé d'office"

 

Je me souviens d'avoir lu dans ma jeunesse que Jean-Jacques Rousseau s'était acharné un jour sur la porte de la cathédrale Notre-Dame de Paris (je crois) en engueulant Dieu parce qu'il refusait de l'accueillir dans son temple.

 

Ce sont là des scènes dignes du Décaméron de Pasolini, mais qui ne peuvent plus parler à grand'monde aujourd'hui.

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L'apport du sarkozysme à notre époque

30 Mai 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Beaucoup de sympathisants du Front de Gauche sur Facebook s'inquiètent de l'atonie de l'opinion publique devant la réforme des retraites. Non sans raison. Nous assistons à l'effondrement d'une résistance qui s'était fortement manifestée en France en 1995. Ce que les gouvernements de cohabitation de Baladur et Juppé, ni ceux de M. Chirac après 2002 n'ont pu faire, M. Sarkozy le fait.

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Il démontre ainsi qu'avec un style de présidence assez largement basé sur le "n'importe quoi" (notamment des déclarations à l'emporte pièce qui ne veulent rien dire, comme la dernière sortie du président sur le fait, selon lui, depuis la loi sur la réforme des universités, des profs "du monde entier" afflueraient pour enseigner en France !), on parvient à fatiguer suffisamment les Français, et embrumer leur esprit, pour remettre en cause à peu près toutes les conquêtes sociales. Notez que M. Raffarin avait fait une démonstration comparable en s'asseyant sur les manifs sur les retraites de 2003, mais ce beau succès (du point de vue de la doxa libérale) avait été quelque peu terni par l'échec de M. de Villepin sur le contrat de première embache trois ans plus tard.

 

Il est vrai que la méthode de M. Sarkozy n'est pas la seule cause de la capitulation du mouvement social. Elle fut brillamment secondée par une ambiance générale dans la société de "haine de soi", sur fond de catastrophisme écologiste, d'hypernormativisme hygiéniste (y compris sur l'hygiène mentale) et de culpabilisation de tous, de relativisme généralisé bizarrement renforcé par des grands élans de peur irrationnelle de tout ce qu'on ne veut pas comprendre (la burqa, la Chine, que sais-je encore). La conviction que tout est foutu en Occident est de plus en plus répandue, qu'on ne peu plus sauver nos emplois, ni nos retraites, ni rien du tout. Que le sens de l'histoire a tourné, que le Volksgeist dominant migre vers l'Asie (comme eut dit Hegel, encore un champion de l'irrationnel n'est-ce pas ?). Bref nos années 2010 s'ouvrent sur une grosse fatigue généralisée en France.

 

Cette fatigue se double du caractère de plus en plus illisible de notre environnement social. Qu'il y ait de la pauvreté, nul ne doit en douter, et même il y en a de plus en plus. En même temps nul ne peut nier que la nounou qui garde mon fils et qui est fort mal payée par une association intermédiaire (elle appartient clairement au néo-prolétariat actuel), s'est offert 8 jours de vacances aux Canaries le mois dernier - ce n'était pas la première fois pour elle, et ce n'était pas un cas isolé parmi les gens à faible pouvoir d'achat. Beaucoup de gens apparemment pauvres sont en fait, riches, et en même temps très pauvres quand même car il y aura  toujours une compagnie de téléphone portable, une banque, un plombier, pour leur pomper dans un mois, dans un an, le maximum de fric et les mettre sur la paille.

 

J'ai été un peu triste la semaine dernière à Brosseville quand j'ai reçu le président d'association de rap (un jeune d'origine ouest-africaine). Il me disait sans sourciller ce que de plus en plus de gens admettent sur le ton de l'évidence en banlieue : "Pour fédérer les jeunes, et éviter qu'ils ne partent dans des 'embrouilles', il n'y a que deux options : le rap, ou la religion. Ils n'apprécient pas tous le rap. De plus en plus c'est la religion qu'ils respectent le plus".

 

Ce genre de constat conforte les visions pessimistes du monde social (et la fatigue généralisée à l'heure où la mobilisation devient nécessaire). Encore l'élan religieux des banlieues ne serait-il pas décourageant si c'était un discours à la Chavez, ou la Tariq Ramadan qui devait l'emporter (un discours vaguement socialisant). Mais je crois que même les plus révoltés de nos jeunes aiment trop leur "i-pod" pour investir dans une théologie de la libération !

 

Or l'on a tort de ne pas se mobiliser pour les retraites. Un des rares points positifs du programme de la gauche plurielle (et de Mme Aubry) en 1997 fut la valorisation des loisirs, et la semaine de 35 h. Non qu'il faille mépriser le travail, bien au contraire, mais il le faut circonscrire dans la vie des gens afin qu'il n'en fasse point des esclaves. Ce programme aurait dû être défendu avec plus de conviction par le PS qui aurait dû aussi imaginer les solutions pour que les 35 heures ne soient pas asservies par la logique marchande (qu'on ne gâche pas le temps de loisir devant la TV ou dans les supermarchés à rêver d'un supplément de consommation).

 

Aujourd'hui il faut défendre la retraite à 60 ans, parce que beaucoup de jeunes sont sans emploi, et qu'il y a mieux à faire de sa vieillesse que de s'accrocher à des postes de travail. L'argument démographique (on vit cent ans désormais) ne vaut strictement rien : taxez les revenus financiers et vous pourrez payer les retraites jusqu'à 120 ans s'il le faut.

 

Il existe chez les gens une conviction profonde que les combats ne méritent plus d'être menés. Que si l'on se mobilise, on nous "niquera" d'une autre manière, comme avec le référendum sur la constitution européenne. C'est comme une accoutumance au cynisme.

 

Et ceux qui parient sur une nouvelle crise financière à venir pour faire évoluer les mentalités à mon avis ne font pas le bon calcul. La montée du fascisme dans les années 1930 a hélas montré que les peuples ne sont pas sensibles à une "pédagogie par la crise".

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Un "niet" éditorial, le débat sur Debray dans Le Point, Gaza encore

29 Mai 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

J'ai tenté une opération risquée hier sur le front éditorial : profiter d'une mention de mes travaux d'anthropologie du corps dans un grand mensuel (son numéro de juin) pour suggérer (via un canal que je gardais sous le coude depuis deux ans) à un éditeur diffusé par Lagardère un livre que j'étais prêt à écrire dans le registre "philosophie vulgarisée". Mais l'offensive a tourné court. On m'a dit "niet" tout net. Dans ces cas, inutile de demander la raison du refus. On ne vous dira jamais franco : "c'est parce que vous n'êtes pas la fille de BHL". Mais il y a du bon dans ce refus. Certes une acceptation m'aurait permis d'aller plus loin dans ma recherche personnelle, m'aurait motivé pour expliciter mon "éthique stoïcienne". Mais un "non" clôture l'espace : on sait qu'on ne peut plus aller au delà, le périmètre est circonscrit. Ainsi il n'y aura pas de vie au delà des Editions du Cygne, pas de livre à grande diffusion. Plus besoin, par conséquent, de dépenser de l'énergie à imaginer d'autres ouvrages au delà du dernier qui sera publié, chez le Cygne (inch'Allah) en 2011. Mon statut est définitivement fixé.

 

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En parlant d'édition, Régis Debray, lui, s'en tire toujours bien. Un livre = pour lui 4 pages dans Le Point, presque automatiquement. Je lisais cela dans le salon d'attente de mon médecin. Le Point oppose Ruffin et Lanzmann à son livre.

 

Lanzmann a tort parce qu'il reste attaché au caractère inégalable et inimitable d'Israël qui devrait justifier selon lui qu'on lui pardonne tout. Mais il a raison quand il dit que Debray a un mauvais style, qui collectionne les formules et dit tout et son contraire d'une ligne à l'autre (les extraits cités par Le Point le confirment). Ruffin, lui, se défend plutôt bien quand il explique que son rapport (de 2004, je crois) qui prônait la criminalisation de l'antisionisme visait uniquement ceux qui assimilent sionisme et nazisme. Comme lui je trouve cette assimilation détestable et il n'a pas tort de dire qu'elle incite à la haine au delà de toute raison. Il dit qu'il voulait ainsi mettre fin à la judéophobie de certains jeunes pro-palestiniens. Cela étant  si sa proposition avait été suivie, si la criminalisation de l'antisionisme était passée dans la loi, qui sait si elle n'aurait pas été aussi instrumentalisée bien au delà de l'intention première, et utilisée pour empêcher toute critique d'Israël ?

 

Nous savons combien notre époque est rétive aux débats sereins et rationnels. Je crois que la création d'une délit d'opinion supplémentaire n'aurait fait qu'amplifier les problèmes.

 

Au fait, vous avez peut-être vu qu'une armada très importante de bateaux humanitaires se dirige vers Gaza, ce qui est une bonne chose. Bien sûr j'eusse aimé en voir partir une aussi vers l'Abkhazie ou vers les camps saharaouis à l'ouest de l'Algérie, et vers tant d'autres peuples oubliés de nos élites. Mais il faut féliciter cette initiative et la soutenir comme elle le mérite.

 

 

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Identitarisme et nationalisme

26 Mai 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Dès qu'un leader émerge pour prôner la sortie de la France de l'Union européenne, il attire à lui des gens d'extrême-droite et n'évite pas que son discours prenne une coloration identitaire ethnique et religieuse (la France blanche, la France chrétienne).

 

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Pour ma part je crois qu'il y a urgence à détacher la question nationale de la question de l'identité et assumer une fois pour toute que les nations deviennent des villages-mondes en miniature. Si demain l'Union européenne éclate, il faudra à tout prix éviter que l'horizon national français débouche sur un repli indentitaire.
 

Or on voit bien qu'il existe une pente sociologique forte pour que la question nationale soit récupérée par des identitaristes. Et cet identitaritarisme est lui-même voué à entrer dans le grand plan du "choc des civilisations" - d'où le ralliement de De Villiers, de Marine Le Pen, et même de Dupont Aignan si j'en crois certaines vidéos à diverses formes d'atlantisme (c'est à dire au combat Occident contre reste du monde, sous le parapluie américain).

 

Ceux qui à gauche veulent la sortie de la France de l'Union européenne, doivent clairement dire que c'est au nom d'une conception politique de la nation, et que le retour aux frontières nationales françaises, s'il se fait, s'effectuera dans un esprit multiethnique, multi-religieux, conscient de la pluralité des histoires de notre pays, étranger aux divers slogans islamophobes, sinophobes, russophobes etc.

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"Quai d'orsay" de Blain et Lanzac (suite)

24 Mai 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

En lisant cette BD on se rend compte du pouvoir évocateur de ce genre artistique. Supposez que l'auteur du scénario en ait fait un film. On aurait sans doute eu un navet du genre "Le promeneur du Champ de Mars" de Guédiguian (qui part du même principe : regard d'un jeune sur un homme d'Etat).

 

Le dessin de Blain permet ici de restituer à merveille l'imaginaire des protagonistes, leurs inquiétudes, leurs aspirations, en jouant sur les proportions des personnages, des décors, la restitution des mouvements, souvent vifs comme des tornades.

 

Le livre montre bien (du moins d'après ce qu'on eut en savoir de l'extérieur) la personnalité très "particulière" de Dominique de Villepin, sans jamais la juger, et sans permettre de trancher, finalement, l'éternel débat qui court depuis des années : fut-il un vrai génie de la diplomatie ou juste un velléitaire ? (même débat qui existe d'ailleurs sur ses talents d'écrivain, sur lesquels je ne me prononce pas ne l'ayant jamais lu : est-il juste un baudruche des beaux quartiers, ou un homme animé par une réelle fibre littéraire ?).

 

J'ai entendu de Villepin au salon du premier roman de Draveil (cf vidéo ci dessous). Il y avait un certain brio dans son discours. C'est tout ce que je puis dire pour ma part de la sincérité de son engagement littéraire. Sur le plan diplomatique je peux dire en revanche avec certitude que son engagement anti-néocons fut des plus insuffisants.

 

La BD restitue aussi, outre l'ambiance assez étrange des cabinets ministériels, la passion de l'action qui habite de Villepin. C'est une constante dans l'imaginaire gaulliste. Quand je suis sorti de la grande-école-que-je-dois mentionner-le-moins-possible-pour-n'embêter personne, j'ai failli intégrer la mairie de Paris. A l'époque elle était gouvernée par les chiraquiens qui parlaient d'action à tout bout de champ, comme s'ils étaient en permanence sur un champ de bataille. Ils ont hérité ça de Chirac, et plus profondément de Malraux. Je crois que c'est Malraux, avec son fond nietzschéen, qui a donné au gaullisme cette dimension de sacralisation du "faire", de l' "agir" contre toute essence de l'identité stabilisée. Le gaullisme c'était le mouvement. Chirac en a retenu la leçon au point de passer pour un agité, et de Villepin aussi. Sarkozy a poussé cette tendance jusqu'à la caricature.

 

Pas étonnant que toute la BD soit sous le signe d'Héraclite, philosophe du mouvement permanent, qu'apparemment de Villepin appréciait.

 

Ce faisant le gaullisme se fait le complice du "bougisme" du capitalisme triomphant. Et c'est une mauvaise compréhension de Nietzsche dont le volontarisme se teintait souvent de connotations russes à la Dostoïevsky, voire asiatiques, avec une fascination pour la volonté passive : "vouloir être voulu, et vouloir ce qui est voulu". Il y a un éloge du rythme juste chez le Nietzsche mélomane (et mauvais compositeur de musique), qui peut s'accomoder parfois de la plus grande lenteur. De Villepin n'est pas du tout sur cette ligne.

 

Pour finir sur cette BD, je dois dire que j'aime beaucoup la relation filiale que le narrateur finit par nouer avec de Villepin, et qui dit quelque chose de profond des ressorts de l'action politique.

 

Il faudra à l'occasion que je vous parle du colloque "L'islam en France et en Europe Hier, aujourd'hui et demain‏" auquel j'ai assisté hier à l'université Paris 10 (en fait je n'ai suivi que la première partie le matin, et pas celle où était Tariq Ramadan l'après-midi car ensuite je me suis rendu à une assemblée de sages maliens à Montreuil). La vidéo de cette rencontre importante sera bientôt sur le site de "Réveil des consciences".

 

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"Quai d'Orsay"

23 Mai 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca

Très bonne la BD "Quai d'Orsay" de Blain et Lanzac. Je ferais mieux de faire de la BD plutôt que de me faire chier à tenir un blog.

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Bangkok again

23 Mai 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Un salut fraternel à Georges Stanechy pour son article ici : http://stanechy.over-blog.com/article-bangkok-medias-pourris-50848036.html

 

Un texte plein d'empathie et de lucidité.

 

En 1999 je jugeais les gens en fonction de leur degré d'indifférence à l'égard de la Serbie. Aujourd'hui j'ai tendance à les juger en fonction de leur attitude à l'égard de la Thaïlande. Je vous le redis, chers lecteurs : je n'aime pas votre propension collective à suivre l'opinion des médias abrutissants. Je n'aime pas, lorsqu'on vous montre que vous avez tort, l'espèce de moue dubitative ou fataliste que vous opposez. Encore moins vos haussements d'épaules avec des réflexions du genre :" Cher Delorca, il faut être plus prudent, la situation n'est pas si simple là-bas que vous ne le pensez". Avec des phrases comme celle-là vous n'exprimez que votre lâcheté et votre égoïsme, votre ABSENCE au monde. Internet vous met en prise avec des tragédies collectives, et vous vous dérobez.

 

Sur le dossier thaïlandais, comme sur le dossier serbe, il suffisait de comparer la version des médias occidentaux, et celle de quelques dissidents sur Internet pour voir tout de suite que quelque chose clochait profondément dans le point de vue dominant. Quand Yaoline Buntang disait sur Facebook que lors du tremblement de terre d'Haïti le gouvernement avait envoyé de la crème pour blanchir la peau aux Haïtiens en leur disant en substance "en étant moins noirs vous aurez moins de problèmes", on touchait là à l'obscénité de ce régime.

 

Je conçois qu'il est pénible de voir, en Iran, des étudiants se faire frapper par la police des mollahs parce qu'ils ont des rêves occidentaux. Sauf que ces étudiants sont soutenus par de puissants lobbys institutionnels européens et nord-américains dont le point de vue est relayé en permanence. En outre ces jeunes de beaux quartiers de Téhéran ont aussi peu le sens de la solidarité avec les pauvres que Lech Walesa ne l'avait en Pologne, et aussi peu de lucidité sur le système capitaliste occidental que Vaclav Havel (pour ne citer que quelques grands noms de la braderie des services publics en Europe de l'Est).

 

En Thaïlande c'est un peuple qui s'est soulevé contre une monarchie d'opérette comme le dit Georges Stanechy, et contre un statut dans le monde globalisé qui fait de ce pays le bordel de la planète (et si prisé à ce titre par notre ministre de la culture). Bien sûr tous dans ce mouvement hétéroclite n'avaient peut-être pas une vision parfaitement progressiste de leur revendication, et il leur a manqué peut-être une bonne stratégie de communication pour faire passer ce genre de message. Mais quelle chance leur avez vous donné, vous, de se faire mieux entendre ? Vous tous confortablement installés dans vos fauteuils ou dans votre mal être bourgeois nihilistes, vous avez laissé crever le mouvement des Chemises rouges thaïlandaises, comme vos grands parents ont laissé crever la République espagnole en 1939. Et je sais que vous laisserez encore pérécliter bien d'autres mouvements populaires dont vous aurez la flemme de décrypter les aspirations en vous contentant (au mieux) de lire ce que l'AFP en passant. Ce faisant chaque jour vous validez toujours plus votre propre servitude au même titre que celle du monde dans lequel vous vivez.

 

 

 

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L'Ukraine et la Transnistrie

22 Mai 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie

institution.jpgStefan Lutz attire mon attention sur l'article de Radio Free Europe intitulé "Kremlin, With Kyiv's Help, Ups Pressure Over Transdniester" qui semble indiquer un durcissement de l'Ukraine à l'égard des Occidentaux sur la Transnistrie puisque Kiev insisterait sur la nécessité de définir un "statut spécial" pour elle. Mais il me semble plutôt que cette radio grossit le trait. Cela fait des années que la réintégration de la Transnistrie dans la Moldavie n'est envisageable de toute façon que dans le cadre d'un "statut spécial" (confédéral ou fédéral) qui est au centre des négociations formelles ou informelles qui ont pu avoir lieu. De même je reste sceptique sur cette affaire d'espion montée en épingle par Reporter sans frontières et quelques autres lobbys. Après tout ce ne serait pas la première fois que les Occidentaux voudraient faire passer pour des oies blanches de vrais collaborateurs occasionnels ou réguliers de services secrets. Et, entre deux entités qui ont également conservé la culture soviétique (la Transnistrie et la Moldavie), les implications de services secrets doivent être fort fréquentes.

 

Pour ma part en tout cas je trouve l'Ukraine plutôt prudente depuis plusieurs semaines. Ianoukovitch a refusé de reconnaître l'Abkhazie comme il avait pourtant initialement promis de le faire.

 

L'Ukraine reste politiquement et économiquement fragile. Politiquement l'ex premier ministre Youlia Timochenko fait du chantage ouvert à la guerre civile depuis l'accord sur le maintien de la flotte russe en Crimée en échange d'une baisse du prix du gaz russe. Economiquement, Jean-Luc Mélenchon a récemment rappelé dans son blog la dépendance de Kiev à l'égard de l'Union européenne : "Après un débat verbeux sur les causes et les solutions à la crise actuelle, [le parlement européen] vote une aide à l’Ukraine en décidant de la conditionner à la surveillance de l’application par ce pays des injonctions du FMI et de la banque mondiale ! Le dixième de cette arrogance de la part de la Russie aurait immédiatement mobilisé « reporters sans frontières » et toutes les agences américaines d’aides aux « révolution orange », «  révolution pourpre » et ainsi de suite." note-t-il en des termes très justes.

 

Yanoukovitch plaide pour une"nouvelle approche" des conflits gelés. Mais c'est une sorte de minimum rhétorique à l'égard des Russes, qui est loin de pouvoir se traduire par des actes.

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Métaphysique du dé-racinement

21 Mai 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

798px-Eiffel_Tower_20051010.jpgJe discutais il y a peu avec une jeune aide-soignante ivoiro-malienne qui a été naturalisée française après avoir procréé avec un fonctionnaire français à Paris. Elle habite seule avec sa fille chez son mari dans les beaux quartiers de Paris (le mari s'est installé ailleurs). On peut dire qu'elle participe d'un "envers des beaux quartiers", un peu comme les salons de massage chinois dont je parlais il y a peu. Elle fait partie de cette "face cachée" de l'identité des beaux quartiers. On ne peut pas dire qu'elle rase les murs comme les masseuses chinoises, mais il y a des choses d'elle qu'elle ne peut pas dire, qui n'ont pas droit de cité dans l'Ouest parisien. La première fois qu'on s'est parlé, elle m'a dit qu'elle s'appelait Florence. Puis elle m'a dit qu'elle était musulmane. Après une seconde interrogation, elle m'a confié qu'elle s'appelait Kady-Diatou et que Florence est le prénom qu'elle avait dû choisir dans une liste très restreinte de prénoms vieillots que la mairie de l'Ouest parisien lui avait tendue au moment de sa naturalisation - Florence était le prénom qui lui avait semblé le moins dur de tous. Je lui ai dit spontanément que Khadidja était la femme du Prophète, et ça lui a fait plaisir, un peu comme à cette jeune Kabyle à qui je faisais remarquer la semaine dernère que tel commerçant avait sur le front la marque des pieux musulmans. Dès que je dis des choses comme ça à des musulmans, ils sentent qu'ils peuvent allez au delà dans l'expression de ce qu'ils sont, au delà de la logique d'une liste de huit prénoms français dans laquelle ils doivent choisir le leur. Du coup Khadidjatou m'a confié que son père avait le prénom du Prophète, et qu'elle faisait sa prière tous les matins.

 

Comme souvent chez les migrants, Kady-Diatou ne rentre pas dans une catégorie bien précise. Par exemple elle n'est pas exactement du même univers que les nounous africaines qui vont chercher les gamins blonds des bobos à la sortie des écoles du côté du parc André Citroën. Ayant épousé un Français, elle est encore d'un "autre bord" par rapport à elles.

 

La mère de Kady-Diatou vit à Bamako, une de ses soeurs aux Etats-Unis, une de ses cousines à Mantes la Jolie. La géographie mentale de la vie familiale de cette fille s'étend sur trois continents, un peu comme celle des émigrés serbes que j'interviewais au débit des années 2000. Peut-être encore plus. Il y a beaucoup d'avions dans son imaginaire. Elle va en Afrique tous les deux ans.

 

PAU.jpgC'est amusant, parce que je reçois sur Facebook régulièrement des nouvelles du journal de mon petit terroir d'origine : la République des Pyrénées. Ca raconte toujours les mêmes trucs qu'il y a vingt ans : des histoires de bagnoles qui foncent dans des arbres, de rixes à la sortie des bistrots. On pourrait croire que le Béarn vit encore dans la métaphysique de l'enracinement, comme du temps où nous lisions Heidegger. Et pourtant cette métaphysique n'est plus possible là-bas non plus. Quand je rentre chez mes parents, je ne trouve plus que des rocades, un espace entièrement soumis aux impératifs de la bagnole (c'est à dire du mouvement). Pas un banc, pas une souche d'arbre où l'on puisse s'asseoir au calme.

 

En réalité, enracinement et immobilité sont prohibés. Tout le monde est voué à la mobilité, au dé-racinement. Qui dit dé-racinement dit bricolage. Kady-Diatou bricole dans sa vie avec plusieurs langues, plusieurs cultures, des choses qu'elle peut dire, des choses interdites, des restes de l'éducation stricte de son enfance, des films X qu'elle regarde sur DVD (oui de ça aussi elle m'a un peu parlé), et son tapis de prière qui est peut-être un des rares lieux de ré-enracinement pour elle (quoique cet islam qui renaît est lui aussi le fruit du mouvement et du dé-racinement généralisé). Tout le monde bricole, s'arrange des modes de pensée héréroclites qui permettent de s'adapter à toute la complexité du nouveau monde hors-sol.

 

Tout ce bricolage a quelque chose à voir avec le stoïcisme. Ca aussi il faudra que je le montre un jour.

 

Ceux qui bricolent le moins sont mes anciens camarades de promo des grandes écoles. Ils ont dans leurs listes d'amis sur Facebook les mêmes amis qu'il y a 15 ans. Pas besoin pour eux de se raccrocher à leur famille ou à leur religion. Le monde à leur niveau est encore à peu près le même qu'il y a 15 ans. Il n'y a pas de déracinement pour eux. C'est peut-être pourquoi ils comprennent mal ce qui se passe "en dessous d'eux", dans la face cachée de leurs beaux quartiers, et se croient obligés d'interdire le port du niqab et les salons de massage chinois au nom de leurs principes d'il y a 15 ans, sans voir combien tout cela est décalé par rapport au réel.

 

On parle d'un prochain éclatement de la zone euro en ce moment. Derrière cela se profile le risque d'un éclatement de l'Union européenne. La mobilité des marchés financiers venant à bout d'une structure pourtant très docile à leur égard mais encore trop "enracinée" et trop lourde pour eux : l'UE. Ce serait là le grand événement du 21ème siècle. Ce que les peuples n'ont pu réaliser avec leurs référendums, les marchés le feraient... Quel horizon après cela ? Les élites reconstitueront-elles des mythologies d'enracinement ? Le grand retour de l'histoire mythifiée façon 19ème siècle comme semble l'affectionner François Asselineau (un gaulliste anti-européiste qui veut concurrencer Dupont-Aignan) ?

 

Le déracinement a produit du bricolage chez les dominés. Le réenracinement en engendrerait chez les dominants. Comment reconstitueraient-ils leurs frontières ? Constitueront-ils un kaléidoscope de microcosmes qui reflèteront chacun le macrocosme ainsi que le disaient les auteurs antiques de chaque individu ? Personne parmi ceux qui veulent l'éclatement de l'Europe ne le dit clairement : quels seront les horizons nationaux après cela ? quelle place la France, l'Allemagne, l'Italie hors Union européenne feront-elles aux Kady-Diatou dans leur identité ? Comment est-ce qu'on bricole du ré-enracinement imaginaire avec un monde qui a tant bougé ?

 

 

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