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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #aide aux femmes yezidies tag

La nurserie yézidie

24 Mai 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies

J'avais réussi à collecter 400 euros pour les Yézidis réfugiés en Irak.

A la différence des fois précédentes il ne m'a pas été proposé d'aider des adultes. Nareen Shammo m'a indiqué que les 400 euros pourraient servir à nourrir avec du lait plus d'une centaine de bébés yézidis pendant un mois.

J'ai demandé si l'allaitement naturel n'était pas préférable. Il m'a été répondu que la situation des femmes dans les camps du Kurdistan est si terrible qu'elles ne peuvent plus allaiter. Beaucoup n'ont plus de lait.  J'ai donc donné mon accord.

J'ai songé à cette centaine de bébés yézidis, alignés, comme dans une bande dessinée. Cela fait drôle quand on se rend compte de la réalité humaine à laquelle correspond une somme d'argent donnée...

Aux yeux des djihadistes, ce que je fais est scandaleux : j'aide à vivre une poignées de créatures qui, dans vingt ans, seront adoratrices du diable comme leurs ancêtres. Je ne crois pas du tout que ce soit vrai. Une telle possibilité n'aurait pas été mise sur mon chemin. Et, de toute façon, j'ai eu le feu vert d'une prédicatrice évangélique ("vous nourrissez la veuve et l'orphelin m'a t elle dit c'est ce qui compte !"), donc de ce qui se fait, en théorie du moins, de plus intransigeant en matière de pacte avec les puissances infernales ! A vrai dire, il n'y a pas que les djihadistes qui pensent cela. Beaucoup de musulmans ordinaires aussi, sans quoi ils auraient un peu mieux protégé les Yézidis quand les fanatiques leur sont tombés dessus à Sinjar en août 2014. Et les Yézidis ne se feraient pas insulter dans les camps de réfugiés d'Europe par leurs voisins musulmans. Cette semaine le président irakien a agacé les Yézidis en disant qu'ils pratiquaient une religion qui était une "réminiscence du zoroastrisme". C'est déjà mieux que d'adorer le diable, mais ce n'est pas ce que les Yézides espéraient car eux affirment que leur religion gnostique est la plus ancienne de Mésopotamie...

Ce ne sont donc pas des "Rosmary's babies" qui auront du lait en poudre au mois de juin. Mais c'est une rangée de cent bébés. Peut-être cent-vingt. Des bébés humains. Ca ne vous tente pas de leur envoyer quelques billets pour le mois suivant ?

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Sinjar, Mossoul, Damas

26 Avril 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Aide aux femmes yezidies

Il s'appelait Sufian Jasim Nasir Alqirani. Le PDK (parti au pouvoir au Kurdistan irakien) avait laissé sa mère devenir une proie de Daech en 2014. Le PKK (les Kurdes de Turquie) l'avaient enrôlé dans leurs troupes. Il s'était réfugié comme beaucoup de civils yézidis sur le mont Sinjar. Hier l'aviation turque qui visait un bâtiment du PKK en bas de la montagne l'a tué.

Dans son reportage pour Public Radio International, le journaliste Richard Hall explique que les Yézidis dans le camp sur la montagne de Sinjar sont divisés sur la question de savoir si le PKK doit rester dans la province de Sinjar pour les protéger ou pas.Un conflit a éclaté en mars entre le PKK et les troupes yézidies du PDK, ce qui a poussé les civils à regagner les montagnes comme en 2014...

Le Mir (leader) yézide Dasin Bag a appelé le PKK à quitter Sinjar pour ne pas pousser les yézides à prendre les armes contre lui.

N'oublions pas non plus le calvaire des habitants de Mossoul...

Pendant ce temps, la Syrie panse ses plaies. Un correspondant qui a passé les fêtes de Pâques en Syrie m'écrit : "À Damas c'était très émouvant, les rues de la vieille ville étaient pleines de gens, de fidèles ou de curieux venus voir les cortèges et processions des diverses églises (cette année Catholiques et Orthodoxes fêtaient Pâques en même temps). Les rebelles ont menacé de bombarder les cortèges de Pâques et ont tiré un obus de mortier en guise d'avertissement mais heureusement il n'y a pas eu de drames. J'ai pu rencontrer de nombreux Syriens (dont le patriarche melkite grec-catholique Grégoire III Laham) qui m'ont tous fait part de leur expérience et de leur vie depuis 2011. C'est très loin de ce que la presse occidentale rapporte et leur calvaire est passé sous silence mais comme dans le Donbass ukrainien les gens sont très dignes, en plus d'être très accueillants. Il y aurait beaucoup de choses à dire et raconter. À la fin de la semaine dernière les corps d'habitants de Maaloula (le Lourdes syrien) capturés par les rebelles ont été retrouvés. Certains étaient les cousins d'amis. Autrement il y a eu l'affaire de l'attaque rebelle contre les civils chiites de Kefraya et Fua alors qu'ils étaient en train d'être évacués." Et tant d'autres drames...

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Histoire : Les Yézidis et l'URSS

13 Février 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire, #Aide aux femmes yezidies

Puisque nous approchons du centenaire de la révolution bolchévique, un extrait du Bulletin périodique de la presse russe 8 septembre 1923 p.6 à propos des Yazidis du Caucase.

Conférence de Yézidis et de Kurdes à Tiflis.

La Pravda (30-8) annonce la clôture d'une conférence organisée par les Yézidis et les Kurdes de Transcaucasie. La Conférence, à laquelle le gouvernement soviétique a donné , tout son appui, s'est ouverte à Tiflis en présence d'une cinquantaine de délégués. Les Yézidis, qu'on désigne encore sous le nom d'Adorateurs du diable en raison des cérémonies bizarres qui accompagnent leur culte, forment avec les tribus kurdes des minorités nationales en Arménie soviétique. Les principaux groupements yézidis habitent le voisinage du mont Alagheuz et forment plusieurs villages le long de la frontière russo-turque.

Au début de la Conférence, les représentants du parti communiste de Russie rappelèrent aux délégués l'état de mépris et d'isolement dans lequel tous les régimes avaient tenu Kurdes et Yézidis. Il leur fut donné l'assurance que le gouvernement soviétique, défenseur des minorités nationales et des peuples opprimés, ferait tous ses efforts pour donner à chacun la possibilité de travailler et de vivre, tout en profitant des bienfaits de la culture soviétique.

En réponse, les délégués Yézidis déclarèrent qu'après des siècles d'oppression, d'alarmes et de persécutions, ils ont enfin trouvé de la tranquillité sous le régime soviétique.

Après la lecture de nombreux rapports, les délégués décidèrent de demander au gouvernement soviétique d'Arménie d'ouvrir des écoles nationales dans tous les villages yézidis d'Arménie. Avant de clôturer la Conférence, un rapporteur yézidi attira l'attention des délégués sur le fait que la publication du livre yézide (Chame)  (La Lumière) a été faite pour la première fois sous le régime des Soviets. (1)

(1) Le code de la doctrine des Yézidis contenu dans le « Livre » a été traduit de l'arabe en anglais par MM. Layard et Badger. Ce Livre, qui se réduit à quelques feuillets, paraît avoir été écrit à une époque relativement récente. M. J. Menant, de l'Institut, a donné sur les Yézidis une étude d'ensemble dans le vol. 5 des Annales du Musée Guimet.

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Esclaves sexuelles de Daech et de Boko Haram

11 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies, #Les rapports hommes-femmes

Entre un article sur deux joggeuses aux seins lourds et un autre sur les malheurs d'une top model irlando-thaïlandaise (sic), Newschicken raconte comment un djihadiste priait avant de violer son esclave yézidie de 12 ans et lui expliquait, quand elle le suppliait d'arrêter (ne serait-ce que parce que son corps n'était pas biologiquement compatible avec les mensurations d'un homme mur), qu'il faisait un acte de foi et même un rituel sacré. Cette façon voyeuriste qu'a la presse people de nous parler des esclaves sexuelles de Daech est de plus en plus gerbante, mais pas plus au fond que les grand messes de charité sous la présidence d'Amel Clooney où tout le monde se donne bonne conscience...

Moi j'ai vraiment l'impression d'avoir raté mon "tiqqun" sur les Yézidis. On voit que quelque chose de particulièrement négatif dans la nature humaine (dans son sadisme comme dans sa religiosité) s'est joué autour des yézidis, comme jadis dans la shoah autour des juifs quoiqu'à une échelle numériquement moindre et personne n'arrive à y apporter une réponse correcte. La thèse des identitaires chrétiens "le vrai visage de l'Islam s'est révélé là" ne me convainc pas, même s'il est vrai que le fait que le Coran autorise la réduction en esclavage de la femme idolatre n'est pas complètement étrangère à cette affaire, c'est le moins qu'on puisse dire. Le cauchemar continue pour ces femmes en exil aussi, outre les effets de leur dépression.Une photo circule sur le web où l'on voit des petites réfugiées musulmanes syriennes de Deir ez-Zor montrer du doigt comme "kafir" (infidèles) les petites yézidies devant le camp de Cherso en Grèce. La localisation du camp qui accueille des femmes Yezidies en Allemagne est tenue secrète pour ne pas attirer la violence des islamistes. Les camps brûlent, soit à l'initiative de l'extrême droite comme à Chios en novembre, soit du fait des migrants eux-mêmes comme à Lesbos en septembre.

Je pense beaucoup à ce sikh britannique Ravinder Singh et sa Khalsa Aid. Il était récemment dans les camps yézidis où il fait très froid et où sévit une épidémie dont on a déjà parlé dans ce blog (Khalsa y aide 400 personnes, aidez les vous aussi !) distribuant de l'aide aux femmes prises en charge par le centre de la "nouvelle vie" (Jinda Center) de l'ONG Wadi à Dohuk, et son assoce est partout où il y a de la souffrance, en Syrie, au Yémen...Début janvier son coreligionaire ancien kickboxeur Kanwar Singh était parmi les réfugiés en Turquie. Ce groupe célébrait le 5 janvier le 350e Gourou Gobind Singh Ji un grand réformateur de leur congrégation qui dit vouloir aider toute l'humanité par delà ses croyances. "Les Sikhs sont les Yézidis de l'Inde" écrivaient-ils sur Twitter le 31 décembre.

La petite préface que je m'apprête à écrire cette année pour le livre de Nurcan Baysal (qui elle aussi fait un travail formidable dans les camps du Kurdistan turc) sur le massacre des yézidis n'aura pas le même impact que leur action sur le terrain. D'autant que l'éditeur chez lequel je le ferai paraître est minuscule...

Et puis, tant qu'à me pencher sur les horreurs que la "male attitude" fait subir aux femmes, j'aurais dû inclure dans mes billets les esclaves de Boko Haram en Afrique qui subissent le même sort que les yézidies. Après tout n'avais-je pas parlé des viols de masse au Kivu autrefois ? Sur les 276 filles de l'école de Chibok au Nigéria en 2014 enlevées par les djihadistes une vingtaine ont été libérées en octobre dernier, et 57 se seraient échappées. Les autres restent prisonnières et en étaient avant hier à mille jours de captivité. "Bring Back Our Girls" a encore du pain sur la planche. C'est la partie émergée de l'iceberg. Selon The Independent du 4 avril dernier, elles seraient des milliers, parfois âgées de seulement 8 ans, cachées dans les forêts du "califat". Quand les soldats nigérians les "libèrent" souvent ils brûlent leurs huttes avant même de les en avoir sorties, ou leur tirent dessus. Les camps qui  les accueillent ne sont pas administrés par l'ONU comme pour les yézidis, mais par l'armée nigériane. La population se méfie d'elles. On les dit intoxiquées par la propagande de Boko Haram. Certaines se font exploser sur des places de marchés après avoir été libérées... Syndrome de Stockholm, servitude volontaire... ou peut-être sont-elles encore menacées et objet de chantage par la secte après leur libération... Boko Haram a tué 30 000 personnes depuis 2009 et 2,6 millions sont déplacées. Un puits de souffrance sans fond...

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Leishmaniose dans les camps de réfugiés en Irak

21 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies

Il fait plutôt doux en Irak cette semaine dans la journée mais pas dans les montagnes de Sinjar où la neige est arrivée et une épidémie de leishmaniose se répand dans les camps de réfugiés. Une sale maladie  de trois ou quatre variétés transmise par des insectes des régions chaudes (elle existe d'ailleurs même dans le Sud de la France), qui provoque d'abord des lésions de la peau comme la lèpre difficiles à soigner, puis elle attaque les viscères et peut devenir mortelle. Les GIs américains l'ont appelée le "furoncle de Bagdad".

Adlay Kejjan, la directrice de l'Organisation des femmes américaines yazidies (Yazidi American Women Organization) m'écrit : "L'apparition de l'épidémie est très mauvaise nouvelle. Cela prend un an pour guérir tout seul quand on a une vie saine et de bonnes conditions d'hygiène et de nutrition. Mais beaucoup de gens meurent et dans le cas des Yazidis infectés, ils n'ont aucune chance dans leurs conditions de vie actuelles". Traiter un patient en Irak leur coûte 10 dollars. Ils ont en urgence 60 personnes à charge dans les camps. Vous pouvez leur envoyer de l'argent en euros par Paypal ici. Je transmets l'information à toutes fins utiles. Je peux aussi indiquer aux lecteurs de ce blog, s'ils le souhaitent, d'autres moyens d'aider les rescapés des griffes de Daech. Contactez moi.

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Le Pourim des Yézidis

16 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies, #Proche-Orient

Hier j'ai intitulé mon billet "Purimfesten" en référence aux procès de Nuremberg. Puis en me promenant sur Twitter, j'ai découvert qu'un peuple débutait son Pourim à lui : les Yézidis, qui commençaient leur fête annuelle du jeûne. On se souvient qu'Esther, dont Pourim est la fête, avait obtenu que le roi de perse suspende son projet de génocide grâce à son jeûne...

Les Yézidis, eux, ont de moins en moins de mal à faire reconnaître leur génocide. La journaliste Nareen Shammo est invitée en Espagne, en Suisse, au Luxembourg, et n'a plus à se plaindre, comme elle le faisait il y a quelques mois, de ce que seuls des particuliers tentaient de faire quelque chose. Bientôt sûrement des banquiers iront se faire photographier devant leur dieu-paon à Lalish, comme la baronne diiplomate Nicholson de Winterbourne il y a peu, et comme ce Sikh improbable Ravinder Singh fondateur de Khalsa Aid qui était parmi les réfugiés en octobre dernier en Irak. Cette notoriété permet aujourd'hui aux Yézidis de mettre en avant leur ressentiment contre le gouvernement de Barzani qui les a laissés tomber en 2014 (ils ne sont pas les seuls, voir la vidéo ci-dessous faite par des opposants kurdes) ou contre les pays du Golfe qui viennent de donner le prix de la meilleure fiction au film Tempête noire (Reseba) au festival du film international de Dubaï. Ils lui reprochent d'affirmer que les femmes violées ont été rejetées par leur communauté. Affirmation qui n'est pas à 100 % fausse (voir l'interview de Nurcan Baysal ici), mais qui généralise juste un peu trop les choses, comme le fait souvent la com' audiovisuelle.

 

Bon, après le clip sur Barzani, si vous avez envie de regarder un film de propagande plus rigolo il y a aussi cette vidéo-ci (enfin... rigolo... je pense que les Kurdes sous état de siège rigolent assez peu devant ce genre de truc).

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Résolution de l'Assemblée nationale pour la reconnaissance des génocides au Proche-Orient

8 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Aide aux femmes yezidies

Après le Sénat, c'est l'Assemblée nationale qui vote une résolution (introduite en fait en mai, soit avant celle du Sénat) pour la reconnaissance du génocide des yézidis, des chrétiens et autres minorités au Proche-Orient et invite le gouvernement "à saisir le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies pour qu'il donne compétence à la Cour Pénale Internationale pour poursuivre ces crimes".

La résolution a été votée par le groupe Les Républicains et par les groupes UDI (centriste) et celui du Front de gauche. Le groupe PS s'est abstenu, la résolution ne faisant pas référence "aux centaines de milliers de victimes du régime syrien" ni aux bombardements de la ville d'Alep, en Syrie. (Le PS toujours extrémiste dans son anti-assadisme..). Bizarrement le PC vote pour à l'Assemblée nationale, alors qu'il s'était abstenu au Sénat. Allez comprendre... François Asensi, député maire de Tremblay-en-France a expliqué son vote, en soulignant à juste titre la création de Daech par l'Occident et en dénonçant la "politique impériale et néo-colonialiste" au Proche-Orient. Dans le débat de la motion il avait auparavant souligné que la résolution devait aussi viser les chiites et regrettait la segmentation confessionnelle que comporte la rédaction de la motion (je suppose que M. Asensi n'aimerait pas entendre des Yézidis dire "ne dites pas que nous sommes kurdes, car nous avons été massacrés en tant que yézidis et non en tant que kurdes"... c'est donc bien Daech qui fait de la segmentation confessionnelle). Dans la justification de son vote l'ex-ministre Mme Guigou s'est opposée à M. Asensi sur la question de l'abstention de son groupe, elle a aussi reproché à la droite d'avoir une indignation sélective.

La motion était présentée par des députés de droite du groupe les Républicains.

 

 
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Interview de l'activiste Nurcan Baysal sur les Yézidis et sur Diyarbakır/Amed

26 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies, #Proche-Orient

Une interview intéressante réalisée par un magazine turc (à noter qu'il y a quand même des erreurs sur le fait que les Yazidis ne s'étaient jamais révoltés par le passé, il y a quand même eu Mirza au 17e siècle et les "républiques yazidis indépendantes" dont parlait jadis Elysée Reclus), à propos du livre Ezideler 73 (Décret 73), de Nurcan Baysal. Vous y trouverez des éléments très précis sur les multiples aspects du drame des Yazidis, mais aussi sur la situation horrible au Kurdistan turc, à Diyarbakır/Amed dont mon blog hélas ne parle pas assez  :

Qu'est-ce que les Yézidis appellent «décret»?

Dans leur univers spirituel, le "décret" se réfère à un massacre, à l'abattage. Dans la terminologie du 21e siècle, cela signifie que le génocide.  

Y-a-t-il une différence entre le 73e décret commencé le 3 Août 2014 et les autres?

Il y a beaucoup de différences. L'un d'eux est le fait que les Yézidis sont massacrés au 21ème siècle pour que tout le monde puisse voir. Il y a eu des marchés d'esclaves où les femmes ont été vendues et cela continue encore. La deuxième différence est que, les décrets n'avaient pas causé une transformation dans le monde spirituel des Yézidis jusqu'à présent. Je veux dire, ces décrets étaient acceptés comme résultant du fait d'être Yazidi. Cependant, avec ce décret, les Yézidis a commencé à réfléchir sur les décrets. Grâce à la diaspora Yazidi et au mouvement kurde.Les Yézidis sont sur terre depuis le commencement du monde et ils ont un ordre social qui n'a pas été changé depuis des dizaines de milliers d'années. Les Yézidis ne s'étaient pas révolté contre les décrets précédents.Et pourtant, cette fois ci, les unités de défense Yazidi se sont formées à Sinjar. C'est une première. En outre, la société Yazidi est patriarcale et les femmes sont toujours restées en arrière-plan, mais maintenant les femmes se battent aussi dans ces unités de défense. 

Yézidis ont trouvé refuge à la fois au sein du gouvernement régional du Kurdistan et en Turquie. Vous avez visité les régions les deux. Y a-t-il des différences?

Dans certains villages de la province de Sinjar, Yézidis et les Arabes avaient vécu ensemble. Avant qu'ISIS-Daech n'entre dans certains villages, les Arabes dans ces villages ont rejoint ISIS. Certaines personnes ont dit que leurs voisins ont réduit leurs femmes et leurs enfants en captivité. En fait, être un Yazidi signifie être destiné à massacre. D'un seul coup, leurs voisins sont devenus membres de l'ISIS. C'est l'aspect le plus désespérant de la situation. Au début, 5000 personnes ont été massacrées dans les villages. Ces chiffres ne sont pas exacts; on découvre chaque semaine de nouvelles fosses communes. En Novembre, Sinjar 2015 a été libéré et il est dit qu'il s'y trouve près de 100 fosses communes.Ces centaines de milliers Yézidis se sont dirigés vers le mont Sinjar. C'était en Août 2014; le temps était insupportable. Les montagnes étaient froides pendant la nuit et ISIS était après eux. 250-300.000 personnes se sont enfuies à Zaho et Duhok.En Septembre 2014, je suis allé dans les camps du sud. Les gens vivaient dans des zones de chantier. On découvrait comme ça que dans un secteur il y avait 300 Yézidis rescapés. Des bébés, des enfants, des personnes âgées. Ceux qui avaient laissés derrière n'avaient aucune chance d'être secourus. Ils sont entrés illégalement en Turquie à Roboski. A cette époque, les municipalités de Batman, Şırnak, Nusaybin et Midyat ont commencé à construire des camps. Tout à coup, les municipalités sont devenues responsables de prendre soin de 35.000 Yézidis.

 

 

Dans le livre, on se rend compte que les gens évitent de parler de ce qui est arrivé dans les montagnes Sinjar. Qu'est-il arrivé?

Au cours des entretiens, ils ont évité mes questions sur les montagnes. Il y avait un seul but sur les montagnes: survivre. Disons, c'était comme : vous aviez seulement une tranche de pain et que vous ne partagiez pas et un enfant mourait à cause de cela. Un Yazidi a dit: «Les gens ont perdu leur sentiment humain dans les montagnes." Il y a des gens qui ont commis des suicides ; certaines femmes ont sauté d'une falaise après avoir tué leurs enfants en les jetant de la falaise. Ou, par exemple, les gens que vous aimez veulent l'eau de vous, mais vous ne pouvez pas leur en donner, parce que vous allez en donner à vos enfants. J'ai vu des familles mettre des bouteilles en plastique sur le mur; elles disaient dit qu'elles les garderaient jusqu'à ce qu'elles meurent. Elles ont donné l'eau à leurs enfants avec des capsules de bouteille. Certains n'ont pas pu enterrer leurs défunts dans les montagnes. Certains d'entre eux ont abandonné leurs vieilles mères et les pères derrière eux. Ceux- suppliaient de ne pas s'éloigner. Ils vont vivre avec cette honte et leur conscience coupable pour le reste de leur vie.  

Les Kurdes ont été les premiers qui ont accueilli et protégé Yézidis. Cependant, pour autant que je comprenne d'après votre livre, ce ne fut pas un processus facile.

Yézidis ont été soumis à des "décrets", des massacres, de la part de nombreuses communautés, mais la plupart du temps c'étaient des musulmans. Ainsi, leur plus grande crainte ce sont les musulmans. Et ils ont dû compter sur eux. Par exemple, dans le camp de Diyarbakir, quand ils ont essayé de faire travailler les enfants, les Yézidis se sont mis en colère parce qu'ils croyaient qu'ils allaient leur apprendre à faire des prières. 

Ils sont kurdes aussi, mais culturellement ils sont différents, non?  

Les jeunes de mouvement kurde ont essayé de les traiter de façon égale, mais les Yézidis sont complètement différents. Ils ont un système de castes rigide. Les gens de différentes castes attendaient en rang un peu de nourriture! C'est une communauté très patriarcale. Les femmes ne sont presque jamais mentionnées et dépendent des hommes complètement. Par exemple, les hommes yézidis dans le camp ont abattu la tente consacrée à l'éducation des femmes que nous avons construite. Il nous a fallu des mois pour trouver cette tente! Les jeunes du mouvement kurde ont déclaré qu'il y aura égalité des femmes et des hommes dans la direction des choses. Mais il y a eu deux problèmes. D'abord, les membres de différentes castes avaient le droit de vote égal. Et ensuite ils ne pouvaient pas accepter la voix des femmes dans le gouvernement. Après des compromis, nous avons fait un progrès. Le siège de Kobané a affecté profondément les Yézidis. Les femmes et les hommes kurdes se sont battus à mort ensemble. Le patriarcat n'est pas décomposé mais il a dû plier un peu. Maintenant, nous voyons qu'il y a des jeunes femmes Yazidi qui combattent autour de Sinjar et on comprens qu'il y a eu une révolution. 

Est-ce que l'Etat turc a aidé les Yézidis?

La Turquie n'a pas donné de statut aux Yézidis. A cette époque, la Turquie n'a pas construit de camps pour Yézidis. 35.000 Yézidis sont arrivés tout d'un coup. L'Etat turc a dit qu'il allait construire des camps au sud de la frontière, mais cela n'a pas eu lieu. La Turquie n'a pas réussi à aider Yézidis. Je pense qu'il y a deux raisons à cela. Tout d'abord, ils n'aiment pas Yézidis. Je me souviens que Erdoğan avait dit avec mépris «les Kurdes sont Yézidis." Ils ne sont pas musulmans et c'est un problème pour eux. Deuxièmement, ils pensaient que les municipalités kurdes ne seraient pas en mesure de gérer la situation et ploieraient sous ce poids. Pour l'Etat turc, ça leur aurait été utile politiquement. En ce moment, nous ne pouvons recevoir aucune information de AFAD (l'Autorité pour la gestion d'urgence et les catastrophes) à propos du camp de Nusaybin. Au début, il s'y trouvait 35.000 personnes et maintenant, il reste 1400 Yézidis à Diyarbakir et 400 à Şırnak. Environ 2000-3000 personnes se trouvaient dans les camps. La plupart d'entre elles sont allé vers le sud. Près de 1000 personnes, la plupart d'entre elles étant les femmes violées, a réussi à aller en Allemagne. Certaines d'entre elles sont allé à Istanbul et certaines d'entre elles sont à Bodrum, en attente d'un bateau.  

"Finalement, tout le monde trouve la paix, à l'exception des femmes"

Vous décrivez ce "décret" comme «quelque chose au-delà de la mort pour les femmes". Qu'est-ce que ça veut dire?

Les femmes dans les camps ne parlaient pas beaucoup; et quand elles parlent, elles parlent de femmes qui se sont suicidées. Il arrive qu' elles entendent un cri d'une tente. Elles y vont et découvrent que la mère pleure parce que sa fille s'est tuée. ISIS a encore 5000 femmes captives. Ils vendent ces femmes, parce qu'ils le peuvent. Il y a des marchés d'esclaves, parce qu'il y a des gens qui y vont et achètent des êtres humains à ces endroits. Les femmes sont vendues, parce qu'il y a des Etats qui soutiennent un tel commerce. Les principaux acheteurs sont la Syrie, le Liban, le Qatar, le Koweït, l'Arabie Saoudite, le Pakistan et l'Afghanistan. Ces Etats ont été en mesure de faire quelque chose pour l'empêcher, mais ils n'ont rien fait. 

Et à cause de leur culture, les familles ne veulent pas ces femmes. 

Le village de Baadre près de Mossoul est le plus grand village Yazidi. C'est devenu un endroit où les femmes qui se sont échappés ou ont été sauvées de Daech-ISIS sont à l'abri. J'ai parlé aux femmes là, qui étaient détenues par ISIS. Il y avait une jeune femme appelée İlwin, qui a été retenue captif à Raqqa pendant 2 mois. Elle a été violée à plusieurs reprises, torturée et battue. İlwin réussit à entrer en contact avec son frère et a sauvé 7 femmes Yazidi avec elle-même. Leurs familles ont payé de l'argent pour ISIS pour les ramener. Et ces 7 femmes ont rencontré leurs familles dans la province Viranşehir d'Urfa. İlwin répétait : «Ecrivez ce que je dis, apportez-moi à un tribunal; Je veux dire ce qui est arrivé au monde ".

Beaucoup de femmes ont été abandonnées à leur sort: elles ont été forcées à se marier ou envoyées à Sinjar pour mourir. Encore une fois, les femmes sont celles qui souffrent le plus.  

Il y a une règle dans la société Yazidi: quand un Yazidi a des relations sexuelles, volontairement ou involontairement, avec des gens qui ne sont pas des Yazidis, cette personne n'est plus une Yazidi. Les femmes qui ont été violées par des membres de l'ISIS le savaient; elles se sont tués parce qu'elles savaient que leur société ne les reprendrait pas. On dit que des milliers de femmes se sont tués. Il y a un refuge pour les femmes dans le sud du Kurdistan où se trouvent 7000 femmes. Les chefs religieux Yazidi ont fait des déclarations exhortant les familles à reprendre les femmes. Certaines familles l'ont fait, et d'autres pas. Par exemple, je l'ai vu une longue file d'attente à Laleş (Lalish). Ils ont dit qu'il s'y passait une cérémonie de mariage. Ils ont ordonné aux femmes qui ont été tenues en captivité par ISIS de se marier à des hommes yézidis. Bien sûr, ils n'ont pas demandé le consentement des femmes. Donc, finalement, tout le monde retrouve la paix, à l'exception des femmes.

ISIS détient encore beaucoup de femmes comme captifs, n'est-ce pas?

Oui. Par exemple, certaines femmes ont donné naissance à des enfants qu'elles ont conçu après avoir été violée. Celles qui ont essayé d'avorter, ce qui n'est pas légal, sont mortes. Des mères et des filles ont été prises comme captives et violées. Ils vendent aussi des jeunes garçons. Par exemple, dans une fosse commune, il y avait des femmes de plus de 40 ans. Les membres ISIS les trouvent trop vieilles et les enterrent vivantes. En ce moment, on dit qu'il y a plus de 100 fosses communes, qui ne sont pas encore ouvertes. Dans un magasin d'alimentation à Mossoul, ils ont mis une photo d'une fille de 14 ans qui est en vente. Il y a beaucoup de marchés d'esclaves. Il est difficile d'empêcher de telles choses. Ces choses se passent à une ou deux heures en voiture de chez nous. 

«Les corps des défunts ont jamais été laissés dans les rues avant"

Vous vivez à Diyarbakir. Quelle est la situation actuelle là-bas?

Aujourd'hui est le 57e jour du couvre-feu. Nous ne pouvons pas aller au centre-ville. Sur était le cœur de la ville et on peut dire que la ville n'existe plus. Dans 6 quartiers sous couvre-feu, la population était d'environ 25 000 et maintenant, il en reste environ 5000. Dans d'autres quartiers, les gens vivent sous un couvre-feu virtuel. Il y a des affrontements partout. Une femme qui habite dans le bâtiment à côté de mon bureau a été blessée. D'où viennent ces balles ? Ces derniers temps, il y a deux rapports différents à propos de Diyarbakir; les habitants sont très perturbés par cela. Qui dort bien, qui est heureux, qui sourit? Si quelqu'un va à un café, cela signifie-t-il que cette personne est heureuse? Une ville est en ruines, une ville est détruite; qui peut être heureux dans un tel état? Ils utilisent des obus, bombes. Les gens ont peur. Je continue à écrire à propos des morts. Maintenant, il y a des cadavres là où nous avions l'habitude de prendre un café. Parfois, les gens comparent cette situation aux années 90, mais je pense que c' est pire que les années 90. Dans des années 90, il y avait eu des meurtres par des assaillants inconnus, mais nous savions que ça venait de l'Etat tirc. Maintenant, nous ne pouvons pas dire d'où les balles vont venir. Il y a des victimes civiles, mais l'État ne l'admet pas. Dans ma ville, 48 personnes ont été tuées. 

Et dans les années 90, prendre les corps des défunts n'était pas si difficile, je suppose.

La semaine dernière, nous avons réussi à récupérer les corps des étudiants İsa Oran, 21 ans , venu d'İzmir, et Mesut 25 ans. Tous deux étaient membres du YDG-H (proche du PKK). Leurs corps sont restés sur le bitume dans une cour d'école pendant 29 jours. Nous et IHD (Association des Droits de l'homme) avons vraiment fait de notre mieux pour récupérer les corps. Il y a une semaine, les familles ont reçu un appel téléphonique du bureau du procureur et on leur a dit que les corps sont déposés à la morgue. Nous étions avec les familles. Le corps de İsa était déchiqueté. Il semblait que sa tête avait été brûlée avec une substance chimique. Son père l'a identifié par son bras. Mesut est mort par 3 balles; 2 dans la tête, 1 dans la poitrine. Mais il y avait plus de 100 balles dans son corps. Nous parlons des années 90, mais il y aura des discussions plus longues et plus intenses au sujet des années 2010. Les corps du défunt n'avaient jamais été laissés dans les rues auparavant. Avant, ils mettaient les gens dans des fosses communes et maintenant, ils les laissent dans les rues pour que ça serve de leçon. 

Vous travaillez avec les organismes d'aide. Quels sont les besoins urgents?

La Fondation Rojava est complètement concentrée sur Sur. Ils essaient d'atteindre tout le monde, de İdil à Cizre, tous ceux qui ont dû quitter leurs maisons en raison de la guerre. Il existe d'innombrables besoins. Ceux qui peuvent trouver un tapis ou un radiateur sont les plus chanceux. La Fondation Sarmaşık distribue de la nourriture. Mais, il y a des familles qui ne peuvent pas quitter leurs maisons et ont vécu dans une chambre simple pendant 57 jours; ils sont affamés. Maintenant, les habitants de Diyarbakir ont honte de survivre.

Source : Agos.com

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Aide aux Yézidis

24 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies

Si l'Allemagne a accueilli un millier de réfugiés yazidis traumatisés par le génocide de 2014 dans la région de Shingal et la réduction en esclavage des femmes et des enfants, le Canada peine à en accueillir plus de quelques dizaines (voir cet article de CBC) d'autant que le gouvernement régional kurde qui a payé de fortes rançons pour libérer des yézidis s'y oppose, et il y a fort à parier qu'il en aille de même en France. Beaucoup de réfugiés restent donc sous des toiles de camps de réfugiés à Kanki, Newroz etc au nord de l'Irak à redouter l'arrivée de l'hiver et à se demander ce que sont devenues leurs soeurs et leurs filles encore captives à Mossoul et Raqqah. Pensez à les aider.

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Nareen Shammo sur RTL TV

17 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies

Et on signale le reportage (un peu star system médiatique mais bon...) de Stacey Dooley sur la BBC au moment où les unités féminines de Shengal des Peshmergas (Yekîneyên Jinên Şengalê- YJŞ) libèrent une femme et son enfant près de Shengal-Sinjar.

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Les Yézidis entre le marteau et l'enclume

13 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Aide aux femmes yezidies

Donald Trump va-t-il tenir sa promesse de campagne de s'appuyer principalement sur les Kurdes et non sur la Turquie pour vaincre EI en Irak ?

En tout cas les Yézidis sont inquiets de voir les forces spéciales turques, les bérets marrons (Bordo Bereliler aussi surnommés les bouchers des Kurdes) s'installer à Shingal-Sinjar avec la bénédiction de Barzani, officiellement pour donner une formation militaire aux peshmergas sunnites, mais aussi réprimer le PKK.

A Bachiqa la statue du chef de guerre yézidi Mirza du 17e siècle a été saccagée par EI, tout comme les lieux de culte et les maisons. L'identité yézidie est coïncée entre le marteau de Daech et l'enclume du gouvernement régional kurde. Après l'arabisation forcée sous Saddam Husein (qui en 1975 avait forcé par décret les Yazidis des villages des montagnes autour de Sinjar à rejoindre les villages collectifs des plaines et a détruit alors 250 villages), la kurdisation forcée (alors que beaucoup de yézidis parlent arabe et pas kurde, c'était d'ailleurs le cas de Mirza jadis).

Le gouvernement de Barzani est de plus en plus accusé d'empêcher les Yézidis de retourner à Sinjar. Les réfugiés sont arrêtés au checkpoint de Feshkhabour et les peshmergas confisquent leurs biens ou leurs troupeaux ou des matériaux de construction, s'ils veulent les amener à Sinjar (témoignage d'Adaly Kejjanqui était en Irak au début de l'année). Les gens restent donc au camp Sharya à Duhok ou au camp de Khanki.

Si vous souhaitez les aider, contactez moi.

 

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La libération de Bashiqa en Irak

11 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Aide aux femmes yezidies

La ville de Bashiqa, au nord-est de Mossoul, a été libérée par les peshmergas du général Bahram Arif Yassin le 7 novembre (dimanche), alors qu'Erdogan persécute le parti pro-kurde en Turquie. Bashiqa était autrefois une ville touristique, nous dit Wikipedia, peuplée majoritairement de yazidis et de shabaks, deux groupes ethno-religieux syncrétiques, d'ailleurs les Shabaks fréquentaient les sanctuaires yazidis (aujourd'hui détruits) même s'ils se sentent dit-on  plus chiites (les yazidis, eux, mélangent une sorte de zoroastrisme hérétique avec du soufisme - on ne développera pas ici les enjeux idéologiques des débats autour de la religion yazidie et du culte de Tawsi Melek). Une messe a eu lieu à l'église chrétienne le 9, et une cérémonie au temple yazidi le 10. Les yézidis se promettent d'y reconstruire leurs lieux saints. Espérons qu'ils parviendront plus facilement à y retourner et reconstruire leurs maisons qu'à Sinjar où ils n'ont pas remis les pieds, bien que la ville soit libérée depuis un an.

Alors que la guerre fait rage à Mossoul, une partie des esclaves sexuelles yazidies de Daech ont été transférées à Raqqah, où elles sont livrées dans des bordels encadrés par des Anglaises musulmanes qui ont rejoint Daech dans le cadre de la brigade al-Khanssaa. Daech justifie cela par le texte du Coran, et il est vrai que le Coran prône la réduction en esclavage des ennemies captives (voir le commentaire du chapitre 4 24 ici et ici). Les enfants ont eu le cerveau lavé dans des camps militaires, beaucoup peuvent servir de kamikazes.

En octobre la chancelière allemande Mme Merkela a défendu l'idée de créer une zone sous protection internationale pour la défense des minorités dans les provinces de Sinjar, Tal Afar (dont la capitale peuplée de Turkmènes sunnites sera dure à libérer surtout par des milices chiites) et la plaine de Ninive. Un projets aux relents un peu interventionnistes mais bon...

Dans un des camps de réfugiés en Irak où l'on voit arriver avec crainte la froidure et la pluie et où le chauffage de fortune provoque des incendies, mardi dernier le 8, un enfant yazidi est ... Sa mère l'a appelé Trump... La nouvelle est publiée aujourd'hui sur Twitter par Adlay Kejjan qui fait du lobbying républicain aux USA (Kejjan est une entrepreneur dans le secteur paramédical, trois de ses soeurs sont mortes à Sinjar à l'époque de Saddam parce que le régime barrait l'accès aux médicaments pour les yézidis à l'époque de l'embargo). Espérons que la maman ne regrettera pas ce choix à l'heure où l'on commence à annoncer que le nouveau président des Etats-Unis pourrait  prendre le néoconservateur John Bolton comme ministre des affaires étrangères...

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Nareen Shammo à Rome

5 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies, #Proche-Orient, #Les rapports hommes-femmes

La journaliste yézidie Nareen Shammo était invitée le 30 octobre denier par le parti radical non violent transnational et transparti à Rome à parler du génocide des yézidis. Je ne sais pas ce qu'est cette organisation. Selon son post sur Facebook, elle a souligné que les femmes dans les camps ont toujours besoin d'un soutien psychologique urgent, elle a aussi plaidé pour les yézidis réfugiés en Turquie et en Grèce et pour les chrétiens victimes de Daech (Etat islamique).

Ce parti est l'ancien Parti radical du "cicciolino Panella" comme l'appelait la star du X italo-hongroise des années 1980... de vieux souvenirs... Il faudrait que des organisations plus importantes en France accueillent aussi Nareen pour des conférences.

Les djihadistes en ce moment retiennent 400 femmes yazidies comme boucliers humains à Tal Afar (Talafer) à l'ouest de Mossoul. L'hiver approche pour les réfugiés dans les camps, et le retour dans les villages où ils ont vécu même s'ils ont été libérés par Daech n'est pas à l'ordre du jour (dans une ville comme la bourgade kurde Sinjar-Shingal, 20 000 habitants en 2008, qui avait été le lieu de tournage du film "L'exorciste" de William Friedkin, en 1973, des musulmans sunnites ont en 2014 aidé Daech à liquider les hommes yézidis et à déporter leurs femmes).

Si vous voulez aider les femmes yézidies ex esclaves de Daech, n'hésitez pas à me contacter.

 

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Aide aux esclaves de Daech : pourquoi ne faisons-nous rien ?

26 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies, #Le monde autour de nous, #Ecrire pour qui pour quoi

Il y a un peu plus d'un an, quand, après avoir regardé le reportage de la BBC sur l'action de la journaliste Nareen Shammo auprès des femmes yezidies séquestrées par les fanatiques de Daech, j'ai contacté cette journaliste, j'ai cru que mon geste allait dans le sens de ce que tout le monde pense. Les lecteurs de ce blog savent que je suis plutôt habitué des causes ultra-minoritaires qui n'intéressent personne. Là, j'ai plutôt pensé que je représenterais un millionième, un dix millionième de tous les efforts de la planète pour aider ces femmes rescapées de la pire des ignominies, et qui, ayant perdu leurs maris, leurs frères, vivent aujourd'hui sous des tentes du haut commissariat aux réfugiés. Je serais une goutte d'eau dans un océan de solidarité comme celui qui s'est mobilisé pour les victimes du tsunami il y a douze ans en Asie du Sud-Est.

Au fil des douze derniers mois, il m'est arrivé quatre ou cinq fois d'envoyer un peu de mes économies à l'organisation qui, en Irak, s'occupe de ces femmes. Un tout petit peu d'argent, vraiment trois fois rien. En retour cette association m'a envoyé des photos de femmes à qui cet argent était parvenu, celles que j'ai publiées ensuite sur ce blog pour inciter les gens à donner aussi de l'argent.

Aussi, l'été dernier, quand Nareen Shammo m'a écrit que j'étais "le meilleur ami au monde" du peuple yézidi, j'ai vraiment cru qu'elle manifestait là un penchant "marseillais" pour l'exagération... Elle, qui a été reçue par tant de médias occidentaux, qui a reçu des prix internationaux, qui a serré la main de Ban Ki-Moon et de tant de sommités et qui a accompagné à l'ONU Nadia Murad aujourd'hui lauréate du prix des droits de l'Homme «Vaclav Havel» du Conseil de l'Europe et "ambassadrice de bonne volonté pour la dignité des victimes du trafic d'êtres humains par l'ONU", comment peut-elle dire qu'il n'y a pas de meilleur ami des réfugiées qu'un Français très moyen comme moi qui n'a donné que quelques euros de sa poche ?

Je n'ai vraiment pas pris cela au sérieux. Mais en même temps, j'ai trouvé bizarre que Nareen m'écrive : "Frédéric, il y a une dame en France qui a promis de donner cent euros et nous n'avons toujours rien reçu pour l'heure, pourrais tu lui téléphoner stp ?"... Hé, quoi ? en était-elle à 100 euros près ? Etonnant aussi le récit que Nareen faisait sur Facebook de son passage à Genève : on avait l'impression qu'elle s'était rendue au comité des droits de l'hommes de l'ONU avec Nadia Murad un peu par ses propres moyens, ça ne sentait pas l'accueil "first class" des grandes causes de charité mondiale patronnées par Bill Gates et la Carnegie Foundation... Sur Twitter, Nareen multipliait les appels aux dons, et laissait un peu transparaître son désarroi... Il y a huit jours elle écrivait sur Twitter "Je suis vraiment fatiguée et désespérée, depuis le premier jour du génocide yezidi, nous demandons de l'aide et nous attendons des actes. Nous n'avons plus besoin de mots."

Hier, comme je lui confiais ma tristesse de ne pas pouvoir l'aider plus, Nareen m'a répondu ceci : "Tu  es un des meilleurs amis des yézidis. Tu as fait ce que personne n'a fait. C'est vrai. C'est une honte de le dire, mais vraiment il n'y a plus d'humanité dans notre monde" (You are one of best Yazidi friends, you did what nobody did.This is true, it is shame to say this but really there is no more humanity in our world.)

Je ne sais pas comment vous expliquer. Etre une goutte d'eau dans l'océan, c'est une chose. Mais agir juste un peu, en se disant qu'on ne sera qu'une goutte, et, à l'arrivée, se rendre compte qu'il n'y a pas d'océan autour de soi, qu'on a été la seule goutte, alors qu'en face, les milliers de femmes réfugiées meurent de soif, soif de ce minimum de reconnaissance auquel elles auraient pu prétendre après l'horreur qui s'est abattue sur elles - une reconnaissance qui aurait pu se manifester par quelques billets de dix euros - c'est absolument terrifiant !

"Vraiment il n'y a plus d'humanité dans notre monde". Cette phrase me poursuit depuis hier soir. Non seulement personne en Europe n'a agi pour empêcher l'éclatement communautaire de l'Irak après l'invasion américaine criminelle, personne n'est descendu dans la rue pour protester contre la montée en puissance des bailleurs de fonds de Daech, l'Arabie Saoudite et le Qatar, au moment des Printemps arabes, mais aujourd'hui tout le monde hausse les épaules devant le martyr de ces femmes yézidies en se disant qu'il y aura bien quelqu'un à l'ONU pour s'occuper d'elles...

Oui, bien sûr, le haut commissariat aux réfugiés assure le minimum : il fournit des tentes, et de la nourriture. Mais est-ce que ça nous dispense de faire plus ?

On voit bien les illusions d'optique dans lesquelles on se laisse prendre. Le système médiatique nous fait croire que parce qu'une femme est félicitée par l'ONU, cela suffit, que derrière un charity business va se mettre en place. Mais c'est faux. Cela n'a rien d'automatique. Et d'ailleurs, même si ça avait été le cas, qu'est-ce qui nous empêchait nous, à titre individuel, nous qui sommes si fiers de défendre nos valeurs contre l'intégrisme de Daech, de faire aussi à notre tour, à titre personnel, un petit geste concret en direction de ces femmes ?

Oui, certes, il y a d'autres calamités ailleurs. L'ouragan à Haïti, le nombre incroyable de morts et de réfugiés au Sud Soudan etc. Mais en quoi ces calamités là nous dispensent-elles de nous poser la question "pourquoi ne donnerais-je pas 50 euros pour les femmes yézidies ?". Nous avions là une cause facile à cerner, qui ne touchait pas des millions de gens comme le tsunami d'il y a douze ans. Une cause directement liée aux erreurs de notre politique étrangère, et directement en rapport avec les attentats perpétrés sur notre sol. Ceux qui attaquaient la France, la Belgique, l'Europe sont aussi ceux qui ont massacré ce groupe ethno-religieux irakien et réduisent ses femmes aux pires abominations. Quand bien même des milliards d'euros afflueraient vers ces femmes rescapées (ce qui n'est hélas pas du tout le cas), qu'est-ce qui nous empêchait de dire "moi aussi je veux vous dire que je connais votre martyr et que je vous soutiens" ?

Je me suis repassé le film des derniers mois. Cet été, alors que mes billets sur les yezidis ne suscitaient que quelques "likages" sur Facebook, une femme médecin m'a écrit qu'elle voulait aider les femmes outragées. Je lui ai donné les coordonnées de Nareen, et puis plus rien, la dame s'est volatilisée dans la nature. Sans doute dépassée par ses activités quotidiennes. Dépassée surtout par l'idéologie du zapping des mails, et le principe que, de toute façon, personne n'est obligé de respecter ses engagements (vive la consommation des rapports humains !). A cette occasion, Nareen m'avait dit : "on a un fort besoin de psychologues sur place dans les camps pour aider les femmes". J'ai écrit à une copine psychologue. Elle m'a répondu : "Je réfléchissais mais je ne vois personne autour de moi susceptible de partir. d'autant que la mission demande des compétences bien précises sur les traumatismes et les syndromes afférents au stress post-trauma.Je te conseille de tenter une annonce au Journal des Psychologues, à la FFPP, fédération française des psychologues et de la psychologie, ou encore de voir avec les labos dans les facs de psycho.Si je pense à d'autres pistes, je te tiendrai au courant. En tout cas, je te félicite pour ton engagement !"

Féliciter, réfléchir. Ils sont tous bons pour cela. Mais elle ne m'a pas demandé les coordonnées pour envoyer 50 euros par Western Union. C'est à ça que faisait référence le tweet de Nareen sur le fait qu'il lui faut des actes...

J'ai écrit à une amie prédicatrice protestante. Elle m'a répondu le 1er octobre : "Non, je n’ai pas de psycho sous la main, capable d‘un tel travail d’aide. J’ai eu à traiter spirituellement beaucoup de femmes violées (c’est épouvantable, leur nombre, y compris dans les meilleurs familles. Mais aujourd’hui dans beaucoup d’endroit, ex Caraïbes, toutes les fillettes sont violées par un membre de leur famille… c’est devenu la norme !). Il faut un miracle divin pour le pardon (pas facile car elles sont souvent dans le déni), l’abandon de la colère,. Mais c’est Jésus seul qui peut guérir les coeurs brisés (Es 61 - Lu 5)." Dix jours plus tôt je lui avais parlé de la possibilité de verser de l'argent par Western Union et je lui avais envoyé les articles de mon blog. Elle m'avait répondu : "Dieu nous donne des fardeaux, le coeur pour agir, et les moyens pour le faire ! C’est très bien, votre action: que de souffrances horribles  !"

Des paroles intéressantes, des félicitations, mais il manquait toujours ce réflexe de dire "Allez, donnez moi un contact en Irak que je puisse verser un peu d'argent" ou même l'idée de publier sur son blog (elle a des centaines de lecteurs) un appel au don. Qu'est-ce que ça lui aurait coûté ?

Je ne laisse pas de m'interroger sur cette culture des mots que nous avons et cette difficulté que nous éprouvons pour aller au bureau de poste à côté de chez nous envoyer un peu d'argent. Or cela seul peut être qualifié d' "acte". Les mots, les mots... Alors moi, je suis un très mauvais "fund raiser". Je ne sais pas dire "madame, allez y postez un billet pour les femmes yézidies sur votre blog" ou "ma chère camarade psychologue, plutôt que de réfléchir aux moyens idéaux d'aider ces femmes pourquoi n'irais tu pas à ton bureau de poste toi aussi ?" J'attends que ça vienne spontanément des gens. Et apparemment ça ne vient pas. Ca se perd dans les tuyaux de l'abstraction. Nous sommes un peuple terriblement abstrait...

Enfin, voilà, au moins maintenant vous savez. Vous savez que, si les chrétiens orientaux bénéficient de réseaux d'entraide dans les paroisses et les évêchés d'Europe occidentale, les yazidis, bien qu'ils aient des porte-paroles invités sur nos plateaux de télévision et au conseil des droits de l'homme de l'ONU, ne reçoivent rien sur le terrain, sauf un soutien minimal du HCR. Donc si vous pensez pouvoir faire quelque chose n'hésitez pas. 

Aide aux esclaves de Daech : pourquoi ne faisons-nous rien ?
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N'oubliez pas les Yezidis

15 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies

L'inquiétude est d'actualité à la veille de l'attaque de Mossoul à l'occasion de laquelle on redoute une fuite massive des civils, mais aussi leur massacre tandis que, selon des médias russes, les USA en accord avec le régime saoudien seraient prêts à accorder une échappatoire à Daech (info ou intox ? Nasrallah au même moment affirme que Washington voudrait laisser Daech se concentrer à l'Est de la Syrie). Les unités de défense de Shingal (YBS) ont manifesté par la voix du commandant Dijwar Feqir leur souhait de participer à l'attaque pour libérer les dizaines femmes yezidies toujours détenues par Daech dans la ville, et qui avaient été raflées à Shingal en 2014, et venger les autres, et ce contre l'avis de l'ex-gouverneur de Mossoul Nujaifi qui dirige 4 500 hommes encadrés par des Turcs et des Américains et qui voudrait que seuls des Irakiens sunnites libèrent la ville.

Les femmes yezidis font parler d'elles dans la presse allemande, le prix des droits de l Homme «Vaclav Havel» du Conseil de l'Europe a été décerné, le 10 octobre dernier, à Nadia Mourad Basee Taha, ex-esclave sexuelle yezidie de Daech après avoir été nommée en septembre ambassadrice de bonne volonté pour la dignité des victimes du trafic d'êtres humains par l'ONU (et qui était nominée pour le Nobel de la paix mais ne l'a pas eu). Nous avons aussi parlé au cours des dernières semaines de Nareen Shammo qui a beaucoup secondé Nadia Mourad en septembre à l'ONU. Elle publie cette semaine sur son compte Facebook un billet sur l'accueil que lui a réservé Die Linke début août, et j'apprends à cette occasion qu'elle a reçu le prix féminin Clara Zetkin l'an dernier - il n'y a pas que le pape François qui prie pour les femmes yézidies...

Si vous souhaitez faire un don par Western Union à travers Al-smoqi charity assembly qui s'occupe des femmes libérées par Daech mais sans famille qui vivent avec leurs enfants dans des camps au Kurdistan irakien, contactez moi, je vous donnerai les coordonnées d'un destinataire sur place.

N'oubliez pas les Yezidis
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