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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #cinema tag

Scorsese et le martyre, Berl et le silence

9 Février 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma, #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités, #Grundlegung zur Metaphysik

Vu le dernier film de Scorsese "Silence", film astucieux mais sans intérêt sur le plan moral. Le cinéaste s'y regarde trop le nombril au prisme de la religion. Depuis La dernière tentation du Christ, il aime mettre en scène les doutes des croyants, mais, contrairement à ce que veut faire croire son film, l'engagement religieux ne peut se borner à glisser au milieu du scepticisme de la fin de vie une amulette interdite dans un cercueil. Cela dit, il met un certain talent "technique" au service du sujet considérable que représente le martyre des chrétiens au Japon au XVIIe siècle.

Tous les martyres sont impressionnants, et ils sont le propre de beaucoup de religions. Ils m'impressionnent quand ils ne se font pas avec des ceintures d'explosifs car là, ce n'est plus du martyre, c'est de l'assassinat. J'ai découvert celui de religieux mandéens (sabéens) au XVIIIe siècle il y a peu : en 1782 les musulmans de Perse ne parvenant pas à obtenir par l'argent et la ruse les livres sacrés de cette secte jettent leur clergé en prison et les torturent. Plusieurs sont tués, empalés,mutilés, on leur coupa les membres en commençant par les doigts, corps égorgés, yeux brûlés au fer rouge, têtes coupées selon le témoignage de J. de Morgan. Le Gauzevra Adam auquel les Perses avaient coupé le poignet droit s'enfuit en Turquie avec le livre "Iniani" sous le bras qu'il recopia en cachette de la main gauche.

Je lis Emmanuel Berl en ce moment qui fut une sorte de Montaigne du XXe siècle. Il a raison de dire qu'au fond tous les athées, de Nietzsche à Picasso, furent de grand religieux. Sauf que ces gens là plaçaient leur Dieu trop loin et trop haut pour le croire susceptible d'imposer des lois à l'homme. C'est qu'il leur manquait la foi aux démons (ou plutôt la connaissance des démons), un peu moins d'orgueil, un peu d'humilité dans la façon d'observer des phénomènes comme la voyance et la médiumnité les auraient ramenés aux dures réalités du "deuxième ciel" et ils auraient alors compris pourquoi les lois morales existent. Voyez par exemple la séance où Malraux va voir une médium spirite pour lui faire dater un tapis antique et en ressort comme s'il sortait d'un labo d'analyse scientifique, telle que Pauwels la raconte. Un peu de modestie et de curiosité sans préjugés auraient ouvert à Malraux des boulevards d'élévation spirituelle. Idem pour Kant s'il avait eu l'honnêteté minimale de témoigner de sa fascination initiale (qu'il confesse dans ses lettres) devant l'intuition de Swedenborg sur l'incendie de Stockholm, plutôt que d'enterrer tout cela sous une tonne d'arrogance ironique dans "Rêves d'un visionnaire".

J'aime bien quand Berl dans "A contretemps" fait l'éloge du silence et transforme la phrase de Jésus "Que votre oui soit oui, que votre non soit non, tout le reste vient du Mauvais" (Mt 5:37), en "Dites oui oui dites non non et tout le reste vient des démons". Moi aussi j'aimerais avoir la sagesse de ne pouvoir parler que pour dire "oui" ou "non".

Un fervent musulman a commenté un billet récent de ce blog. Il y a des tas de religions comme l'Islam, le bouddhisme etc dont je me dis que plus je les connais et moins j'en sais sur elles. Mais j'ai une méthode bien à moi pour approcher ces sujets. Je ne creuse que ce qui m'est indispensable, quitte à devenir très pointu sur d'infimes détails (comme vous avez pu le remarquer sur ce blog avec mes remarques sur le pythagorisme), car le sens profond est dans le détail, sans jamais rechercher l'encyclopédisme ni l'académisme. Pour le reste il faut accepter de ne rien comprendre.

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"Les orgueilleux" d'Y. Allégret (1953)

27 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

J'ai déjà évoqué dans ces pages le vieux cinéma français à travers Grémillon. Il me semble que je pourrais dire un mot du film d'Yves Allégret "Les orgueilleux" diffusé par France 5, un film qui fut très primé à Venise en 1953. J'avoue que j'ai été surpris par diverses scènes de ce film qui se passe au Mexique, notamment la manière dont le réalisateur amène les scènes de Michèle Morgan avec le ventilateur, du glaçon, la manière dont tentative de viol et scène d'amour courtois s'enchaînent. La fiche Wikipedia insiste sur l'influence de Bunuel et sur le fait que Sartre a écrit la pièce de théâtre à la base du scénario (Typhus). Un dictionnaire du cinéma rappelle surtout qu'Allégret était surréaliste et trotskyste et que le film doit plus à cet univers là et au réalisme noir qu'à celui de l'existentialisme. La critique sociale de la bourgeoisie et de la religion y est aussi forte.

L'affiche laisse entendre que le film a surfé commercialement aussi bien sur les succès de Sartre, de M. Morgan et de G. Philippe auprès du grand public. C'était le temps où recherche artistique et succès commercial n'étaient pas incompatibles entre eux.

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Purimfesten

15 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #Le quotidien, #Cinéma

Du temps où un type (un médium), à ma table, devina l'année de la mort de mon grand grand père et toutes sortes de détails sur mon enfance "au nom des esprits", c'est-à-dire au printemps 2014, je m'étais livré à des petits jeux de pistes sur ce blog, autour de la "statue de sel" qui avaient conduit certains de mes lecteurs à faire des commentaires spontanés qui avaient eu un impact très étrange sur mes relations avec mon entourage. Peu de temps après, le 30 septembre 2014, j'avais posté un billet sur l'actrice Irène Jacob et la "Double vie de Véronique". Six jours plus tard un fidèle lecteur de ce blog m'avouait qu'il était... le cousin germain d'Irène Jacob...

En ce moment je travaille sur le messianisme juif en lisant entre autres le livre (pas très bon ni très rigoureux, mais instructif pour un Béotien comme moi, car il a des sources intéressantes) d'un certain Youssef Hindi. Et cette semaine... je découvre qu'une jeune dame, cantatrice, qui est donc le double de la Véronique incarnée par Irène Jacob (qui était une histoire de double) s'est abonnée à mon blog (euh, quelle était la probabilité pour qu'une artiste en chant lyrique s'abonne à ce blog bassement politique)... et chante dans un opéra très lié à la thématique de mes lectures. Le nom de famille de la dame est celui d'un saint avec lequel un de mes aïeux espagnols, tertiaire franciscain, avait fait des rituels magiques comme il y en avait hélas trop dans l'Espagne catholique d'autrefois (j'ai découvert cela en septembre dernier)... Et le diminutif de son prénom est celui d'une journaliste qui anime une webTV... sur les médiums...

Et bien sûr, le rationalisme de bon aloi dans la société lettrée me commande de ne voir dans tout cela qu'une série de "coïncidences" amusantes... Mais comme je suis bête et indiscipliné, de mon côté je vais quand même garder mon petit fil conducteur à ce sujet dans un coin de ma tête...

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Alep, Snowden, Assange

14 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Colonialisme-impérialisme, #Cinéma

Est-il vrai qu'à Alep-Est les soldats du régime d'Assad liquident des gens dans leurs propres maisons comme le soutiennent des opposants sur le Net ? Depuis 2011 en Syrie la guerre des propagandes fait rage. On ne doit pas croire les médias occidentaux, mais on ne doit pas non plus faire une confiance aveugle aux médias russes et à leurs alliés. Comme je l'ai indiqué dans mon livre "Au coeur des mouvements anti-guerre", je n'ai pas de contacts directs en Syrie comme j'ai pu en avoir en Serbie ou ailleurs. Donc je me garde bien de prétendre connaître, comme le font nos médias, la vérité sur chaque aspect de cette sale guerre. Quand les Occidentaux ont monté de toutes pièces le massacre de la Goutha pour déclencher leur ingérence, j'ai mentionné sur le blog de l'Atlas alternatif l'excellente contre-enquête de Seymour Hersh qui a démasqué la supercherie. Mais sur Alep je n'ai aucune vérité pré-établie : les 80 000 personnes confinées dans les derniers quartiers tenus par les islamistes sont-elles des "opposants" ou des "boucliers humains" et dans quelle proportion ? Je n'en sais fichtre rien.

Tout ce que je sais c'est que ce sont les Turcs et non Assad qui ont empêché nos parlementaires d'aller voir. Et qu'il y a beaucoup de pharisaïsme dans tout cela. Pour ne parler que de la Turquie : " Si seulement les Turcs qui manifestent pour Alep, écrivait hier sur Twitter la journaliste Aylina Kilic, élevaient une toute petite voix en faveur des Kurdes qui ont la même citoyenneté qu'eux. Plus de 150 personnes tuées dans les caves de Cizre". On peut dire la même chose du silence assourdissant de nos politiques (sauf Asensi du Front de Gauche lors du débat sur le génocide des minorités à l'Assemblée) à propos de la destruction du Yémen...

Je souhaite au peuple syrien que la guerre se termine rapidement et à nos peuples qu'ils évincent au plus vite les politiciens qui ont entretenu cette guerre, comme le peuple américain l'a fait.

Hier soir je suis allé voir le film "Snowden" d'Oliver Stone. Un fort bon petit morceau de cinéma.

 

Il paraît que Stone prépare un film sur l'Euromaidan ukrainien. J'ai hâte qu'il sorte. Sauf que peut-être le jour où il sortira je serai un SDF qui ne pourra pas se payer sa place de cinoche, car je suis vraiment écoeuré par mon taff, et comme mon téléphone ne sonne jamais et personne ne me propose jamais rien (n'est ce pas mes chers éditeurs et tous les gens que j'ai embarqués avec moi à bord de mes blogs, de mes livres collectifs, tel ou tel que j'ai aidés à se faire connaître de telle ou telle "figure de proue" du microscopique monde des "résistants" ?), c'est bien ainsi que tout cela se finira sans doute.

Si vous comprenez l'anglais vous pouvez regarder cette interview récente de Snowden où il parle notamment de Trump (qui avait demandé sa mort).

 

Si vous comprenez l'anglais regardez aussi cet entretien entre deux grands combattants de la liberté d'expression de notre époque : John Pilger et Julian Assange.

 

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"Sauve qui peut la vie" de Godard

21 Décembre 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Je regarde "Sauve qui peut la vie" de Godard (1979). Quand j'arrive à regarder un film de Godard, c'est que j'atteins un moment de liberté suprême. Je n'ai plus rien à apprendre, plus rien à comprendre. Je sais que je vais avoir une suite de tableaux devant moi et c'est tout. Le film parle de la campagne, de Castro, des pubis des filles, des merles qui envahissent les villes (c'est piqué dans Kundera je crois). Il n'y aura rien à en tirer, et, en même temps, on aimerait bien que la vie soit comme dans le film.

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Bizarreries historiques

5 Août 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Il y a des bizarreries historiques. Par exemple j'apprenais cet après midi que les Fleurs du Mal, déjà soutenues par Louis Barthou à la fin du XIXe siècle, finirent par bénéficier d'une sorte de loi d'amnistie votée à l'initiative ... du groupe communiste à l'assemblée nationale en 1946 dont l'exposé des motifs défendait le patriotisme littéraire et s'en prenait à la morale réactionnaire !

C'était du temps ou l'on pouvait ne pas désespérer du PCF...

Et ci dessous un film qui agaça Pékin en 1973 et qui ferait rire la Chine aujourd'hui...

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"Pattes blanches" de Grémillon

17 Juillet 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

"Pattes blanches" de Grémillon

Vu « Pattes blanches » de Grémillon, un cinéma toujours aussi surprenant sur le plan technique : des images très rapides, une narrativité nerveuse, avec des plans arrêtés qui ponctuent le récit de moments expressifs. L’histoire est belle. Dans la Bretagne profonde des années 30 ou 40, le prolétariat (une servante de bar) ramène la vieille noblesse à la vertu, au bord du précipice de la modernité bourgeoise. Le capitalisme bourgeois ce n’est pas le riche banquier. C’est le petit tenancier de l’auberge du village, et sa poule de Saint-Brieuc, celle qui passe de main en main depuis l’enfance (« j’en ai marre que les hommes me touchent et me sentent » dit-elle peu avant de mourir), de braves gens qui n’ont guère qu’un défaut : celui d’avoir placé l’envie au dessus de l’honneur (« Plutôt mourir que faillir », dit la devise de l’aristocrate). L’attachante servante moche et bossue, elle, n’a que des envies pures, parce qu’elle n’a rien à perdre, même pas l’honneur, comme elle l’explique au noble dont elle est tombée amoureuse.

Bien avant la publication en France des livres de Marcuse, Grémillon et Anouilh (le scénariste) avaient compris que l’embourgeoisement (et l’avilissement moral qui va avec) passait par la femme et l’amour. Il fait système au détriment des personnages et les broie. L’humour n’est pas absent, notamment sous la forme d’un clin d’oeil rapide quand, au moment du mariage de l’aubergiste, quelqu’un propose de chanter le Temps des Cerises mais personne ne le connaît (l’espoir du dépassement par le socialisme est résolument absent). Le chamanisme non plus en la personne de la vieille sorcière qui cueille des « simples ». Sa disparition comme par enchantement investit le récit d’une connotation surnaturelle. On peut croire qu’elle et son fils, le « corniaud » demi-frère du comte, orchestrent la malédiction, dans la pure veine de la vengeance privée, façon Antigone (une justice dont le comte était adepte depuis le Moyen-Age). L’ange rédempteur est la petite boniche, celle qui ne « faillit » pas.

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"Une brève histoire d'amour"

22 Avril 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

J'ai bien aimé "Une brève histoire d'amour" de Kieslowski, un film très délicat et très juste de 1988 qui avait les saveurs de cette Europe orientale à l'époque très différente de la nôtre. Une approche intéressante du pouvoir positif et bienveillant du regard, très éloignée du très anglo-saxon "Fenêtre sur cour" fondé sur la culpabilité. L'héroïne s'appelle "Magda" diminutif de Magdalena, ça lui va bien. Le voyeur Thomas... Une commentatrice du DVD note que le nom du héros Thomas évoque en anglais "Peeping Tom"... Il manque juste une pièce au puzzle de son propos : Thomas, c'est celui dans l’Évangile qui a besoin de voir... Je n'avais jamais songé au rapport entre la légende de Peeping Tom et Saint Thomas, pourtant évident... Thomas face à Madeleine. Personne ne pousse l'analyse jusque là. Pourtant un esprit mystique comme Kieslowski y a forcément pensé. Et même s'il n'y a pas pensé, quelque chose en lui y a pensé, comme à la thématique du lait, à celle des mains etc qui sont mobilisées dans le film.

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JLG

29 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

 

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Rogopag

27 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

La lecture des mémoires d'Alexandra Stewart m'a convaincu de regarder Rogopag de Rosselini, Godard, Pasolini, Gregoretti (1963), qui réunit quatre films autour du thème de la fin du monde. L'histoire de Godard dans laquelle Stewart joue a un côté "Le Mépris" adapté à un contexte de catastrophe atomique. Le thème de la "mécanicité qui s'empare des rapports humaines" était banal à l'époque. L'histoire de Pasolini, "La Ricotta", avec Orson Welles dans le rôle du réalisateur, valut bêtement au film la censure en Italie et à Pasolini 4 ans de prison avec sursis. Je ne jouerai pas les cuistres qui détaillent tous les sens possibles de ce film sur le film, où Pasolini se montre sous les traits de Welles tournant quelque chose qui ressemble à son Evangile selon Saint Mathieu, je ne verserai pas dans la tarte à la crême de "l'allégorie" de la création. Tout est donné dans le film. Pasolini au début a trouvé utile de rappeler qu'il livre là la meilleure lecture possible de l'Evangile de son point de vue, et il a sans doute raison. Il y a comme dans tous ses films la métaphysique de la présence qui se donne dans chaque image, la critique sociale de l'inculture et du conformisme de la bourgeoisie (toujours tellement d'actualité), le focus sur ce prolétaire-consommateur transformé en estomac à deux pattes qui, comme Charlot, court par monts et par vaux pour tromper sa misère. L'Evangile est écrite pour lui, et pourtant il meurt sans même avoir dit sa réplique, sans promesse de rédemption, ni par le cinéma, ni par les Ecritures, du moins tant que la création "tournera" pour la bourgeoisie. Heureusement le cinéaste n'est pas dupe, comme il le montre dans sa dernière phrase, son épitaphe. L'estomac-sur-pattes est ce que nous sommes, ou risquons à tout moment de devenir. Amusant, attendrissant, désespérant. Une vraie fin du monde.

 

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"Bienvenue en Sibérie" de Ralf Huettner

29 Novembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Moi qui ai un peu voyagé en Russie et qui ai ma petite opinion sur la culture bobo contemporaine, il me faut dire un mot du film "Bienvenue en Sibérie" que je regardais hier.

 

Le thème résumé par le Figaro "En pleine crise de la quarantaine, l'Allemand Matthias Bleuel est envoyé en mission au fin fond de la Sibérie par son entreprise de vente par correspondance, dont il doit superviser la filiale locale. Après une série de ratés et un choc des cultures programmé, Matthias commence peu à peu à s'attacher à sa nouvelle vie de l'autre côté de l'Oural. Une comédie réjouissante !".

 

Il se peut effectivement que le film n'ait pas d'autre prétention que celle-là : être une comédie divertissante. Beaucoup de films n'aspirent pas à davantage de nos jours. La plupart même. On voit de jolis paysages. On rit des caricatures des Allemands et des Russes (mais les Russes savent être si proches de leur caricatures bien souvent...). Au fond le film réalise le tout rêve probable de tout cadre moyen allemand : tout quitter de notre médiocrité occidentale pour s'amouracher d'une fille de chamane chor (une minorité de Khakassie). N'est-ce point aussi vers cela que faisait signe le livre à grand succès de Sylvain Tesson il y a trois ans ?

 

Dans ce besoin de grands espaces, de folie, et même de surnaturel se joue l'épuisement d'une rationnalité occidentale qui en conciliant à merveille sur le papier liberté et sécurité individuelles ne peut plus qu'enfermer tout le monde dans la névrose. Ainsi l'Occident secrète son poison, puis projette sur les écrans les antidotes sous forme d'autres poisons (puisque le cinéma n'est même plus cathartique). La boucle est ainsi bouclée.

 

Le livre fait aussi voir combien le surnaturel entre dans cette économie de l'exotisme, et travaille la conscience trop rationnelle. Au fond c'est un seul et même "appel" qui se manifeste sous l'Occident, comme c'était le cas sous l'Empire romain à l'époque d'Apulée (voir l'enthousiasme de cet auteur pour les décors égyptiens sur les navires).

 

 

 

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Zoumourroud

12 Octobre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Un mien ami, amoureux d'une femme mariée, s'est fait brutalement plaquer l'an dernier. Persévérant, au bout de six mois, il a obtenu que celle-ci surmonte diverses craintes et revienne vers lui, en lui laissant entrevoir qu'elle avait encore des sentiments pour lui. Mais elle n'y est parvenue que par SMS et a toujours trouvé au dessus de ses forces d'organiser un rendez-vous réel... Cela a duré encore six mois. J'ai revu le garçon hier. Il persévère et donne un sens métaphysique à son attente. Il semble qu'il n'ait pas le choix. Je ne sais pas pourquoi, il m'a fait penser à Nur Ed-Dine dans les Mille et une nuits de Pasolini qui court à travers la ville (23 ème minute du film ci dessous) cherchant son aimée Zoumourroud (Emeraude, en arabe, symbole de «l’amour réussi», de la fidélité et de la sincérité dit-on)...

 

Conformément à la fin du conte d'Ali Shar, dont le film de Pasolini déforme une grande partie, Nur-Ed-Dine la retrouvera sous les habits d'une reine. Les contes disent des vérités...

 

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"Par delà les nuages" d'Antonioni-Wenders, Kobane, Nobel

10 Octobre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Revu cet après-midi. Le film est moins mauvais que le souvenir que j'en avais gardé. Sophie Marceau, Fanny Ardent, Irène Jacob et quelques autres s'y succèdent. Guess one day some people will ask themselves how antbody could have liked such kind of actresses. Quelqu'un l'a posté sur You Tube en version italienne, mais la moitié est en français. Ca parle beaucoup de couchers de soleil, de gens qui ne savent pas prendre le temps. C'est un film de vieillesse. Por supuesto.

 

Bon d'accord je ferais mieux de parler de cette ville kurde assiégée Kobane. Graeber, que je n'ai pas revu depuis 10 ans, a écrit un beau texte dessus semble-t-il, même si je n'ai pas encore eu le temps de le lire (j'aime le titre en tout cas, un clin d'oeil à Orwell). OK - je ne suis pas "dans le coup". Je ne publie pas dans le Guardian et je n'ai pas l'énergie de lire Graeber. J'ai à peine entrevu la grandeur des Kurdes, grâce à une rencontre de l'été dernier, peut-être juste avant que les cinglés d'EI ne les submergent (apparemment nos chers bombardiers ne les arrêtent pas sur ce chemin là, et la volonté d'ingérence d'Erdogan est encore pire - il aura peut-être son boomerang celui-là).

 

Et sur Modiano un petit mot ? Jamais lu, j'avoue. Dans les années 80 on le citait toujours comme exemple du type qui sait écrire mais qui parle très mal à la TV (un argument à l'époque contre la "vidéosphère"). Je suis surpris de voir que tous ses livres sont sur le même sujet. Ca ne donne pas très envie de s'y intéresser. Le Nobel impressionne de moins en moins. Le Clezio l'a bien reçu. Celui de la paix attribué à Yousafzai confirme ma remarque de 2013 au sujet de cette militante et de la compatibilité entre communisme et dorures des salons occidentaux. That's life

 

 

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Irène Jacob, Véronique, Esther, la Suisse, les jumeaux, le flot

30 Septembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Je déconseille à mes lecteurs de prendre ce blog "trop à la lettre" (et d'ailleurs de prendre aussi sa propre vie trop à la lettre). Bien sûr quand j'essaie de synthétiser ma réflexion sur l'ingérence occidentale, ou quand je fais une mini-fiche sur socialisme et nationalisme en 1914 comme cela m'est arrivé, il y a là des éléments cognitifs que tout un chacun peut "utiliser" à des fins pragmatiques sans prendre en compte la subjectivité de l'auteur du blog, ni la sienne propre en tant que lecteur. Mais j'ai de la culture, au moins depuis ma lecture de Montaigne et de Derrida (pour ne citer que quelques jalons), une vision non utilitaire, qui admet de "laisser couler le fleuve" sans comprendre nécessairement tout de son courant, de son flux, et laisser simplement les choses entrer en résonance. Prenez donc ce blog comme il vient, n'y cherchez rien d'utilitaire, même si certaines choses peuvent vous y être utiles un jour (l'utilitarisme est davantage du côté du blog de l'Atlas alternatif, qui, pourtant, bizarrement, a chaque jour deux fois moins de lecteurs que celui-ci...).

 

Quand je vivais à Madrid, en 1994, j'y ai vu deux fois je crois "Rouge" avec Irène Jacob. Les films de Kieslowski faisaient partie de l'arrière-plan de l'époque, comme les romans de Kundera (j'ai vu qu'il vient d'en pondre un autre, qui traîne dans les halls de gares entre les mémoires d'Adriana Karembeu et les conseils pour les entretiens d'embauche). Cela faisait partie de l'ouverture à "l'autre Europe" dont parlait Rupnik.

 

Je n'ai rien retenu de ce film pourtant, sauf la présence de l'actrice, et celle de Trintignant (ach ! "Deauville sans Trintignant..."). Jacob m'a tellement remué que je me suis dit que je devais écrire un roman dont l'héroïne ce serait elle. Mais un roman sur quoi ? J'ai traîné à la Fnac de Callao (qui, à l'époque, venait d'ouvrir, la France en était fière), et j'ai vu, en format de poche pour lycéen, "Esther" de Racine. Il n'en fallut pas plus pour me convaincre de transformer le livre d'Esther (dans la Bible) en roman. L'année précédente j'avais écrit un mix de l'Odyssée et de l'Eneide dont j'avais fait un roman un peu bizarre, et j'avais même songé à faire de même avec des contes scandinaves. Là encore il n'y avait rien d'utilitariste dans cette démarche. C'étaient de purs essais imaginaires. J'ai écrit trois pages sur Esther, juste le temps d'imaginer un peu le personnage, l'ambiance de l'empire perse (où se déroule l'action) etc, puis j'ai laissé cette tentative au fond du disque dur de mon "notebook". Il n'y avait rien de profond dans tout cela. Je n'avais que 24 ans. Les choses se mettaient juste en place, comme ça.

 

C'était il y a 20 ans. Peut-être jour pour jour, qui sait...

 

Et puis, récemment, j'ai voulu revoir "La double vie de Véronique", du même cinéaste, avec la même actrice. "Revoir" parce que je l'ai sans doute déjà vu, et pourtant comme de 'Rouge", il ne m'en est rien resté. Le film parle beaucoup de gémellité, un thème qui me poursuit ces deniers temps, et pourtant je n'y avais même pas prêté attention en achetant le DVD. Il "en parle"... C'est un euphémisme. Il en parle en fait d'une façon sublime, et j'ai repensé aux écrits de Lévi-Strauss sur les jumeaux dans la mythologie, ou au fait qu'Helen Fisher s'est lancée dans la psychologie évolutionniste parce qu'elle avait une soeur jumelle. Je n'ai pourtant jamais été particulièrement attiré par le thème du "double". J'ai au contraire toujours trouvé étrange qu'on puisse s'y intéresser. Ha ha ! on vous a peut-être à tous dit un jour que vous aviez un sosie quelque part. Moi en tout cas on me l'a dit, mais cela m'a si peu intéressé que je ne sais même plus qui me l'a dit (un type qui en tout cas était persuadé de m'avoir vu ailleurs, mais bon, après tout il y a bien un clodo qui m'a dit avoir cru voir Dieu en me croisant en mai dernier...). Pour moi le double ou le jumeau est impensable. C'est peut-être un de mes défauts.

 

Accessoirement le film montre la gare Saint-Lazare de 1990, comme Depardon a montré celle de 1996. Cette gare n'est pas n'importe quelle gare parisienne, croyez moi. Elle est chargée de présence. Voyez ce que Breton en dit dans Nadja.

 

C'est curieux mais ce matin, j'ai regardé une interview d'Irène Jacob. Nul n'aime voir vieillir les actrices de sa jeunesse. A ce propos Sophie Marceau m'inquiète. Irène Jacob n'est plus la Véronique de 1991, mais elle n'a pas encore les joues creusées de Sophie Marceau. En l'entendant parler, j'ai eu un sentiment étrange qui ne m'était jamais venu auparavant : elle n'est pas française. En 2011, j'étais souvent interviewé par des journalistes suisses d'un journal genevois, et j'ai même enregistré une séquence de 20 minutes pour la RTS (radio télévision suisse) - en fait l'interview avait duré une heure au jardin des Tuileries. Pour une raison obscure, j'intéragis beaucoup avec la périphérie de l'espace francophone (Belgique, Suisse, Québec). La journaliste elle aussi était une Véronique, Véronique Marty, et en entendant Irène Jacob, je retrouvais non seulement des intonations, mais aussi des expressions du visage, de Véronique Marty. Après vérification sur Wikipedia j'apprends qu'en effet Irène Jacob a grandi à Genève.

 

Est-ce que cela a de l'importance qu'elle soit suisse alors que cela ne se ressent pas dans le film "La double vie de Véronique" ? Je n'en sais rien. D'ailleurs peu importe que cela ait de l'importance sur un plan utilitaire ou pas (encore que, si je me souviens bien, "Rouge" se passe en Suisse, et on ne fait pas le même film à Paris qu'à Genève). Est-ce que cela a de l'importance que le seul commentaire élogieux (trop élogieux) au cours des trois derniers mois sur ce blog provienne d'une citoyenne suisse ? Je ne sais pas. En tout cas, il est étrange que "l'helvéticité" d'Irène Jacob me saute au visage aujourd'hui.

 

A 24 ans, je m'intéressais surtout beaucoup à la culture juive (ce qui en un sens a préparé m'a rencontre avec la juive serbe d'origine hongroise dont je parle dans "Eloge de la liberté"... tiens hier il y avait une magistrate hongroise à notre table tout l'après midi). C'était en partie lié à mon séjour en début d'année 1994 à Troyes, qui est un foyer important (mais oublié) du judaïsme médiéval en France. Et curieusement, comme j'étais aussi superficiel dans mon approche de la Bible que dans celle de l' "helvéticité" d'Irène Jacob (ou de Jean-Jacques Rousseau), je n'ai absolument RIEN compris au livre d'Esther à ce moment-là. Le type qui m'a ouvert les yeux au printemps dernier sur Esther, c'est un prof français qui enseigne à Cracovie (la ville où se passe une partie de la "Double vie de Véronique") quand il a pondu un article sur le lien Ishtar-Esther-Marie-Madeleine-Etoile du Berger. Son article recèle l'idée que le Livre d'Esther porte en fait la trace d'éléments très difficiles à exhumer de la vieille mythologie astrologique chaldéenne.

 

Lire le livre d'Esther à l'aune de cette mythologie est en partie une erreur puisque le judaïsme s'est construit sur son déni, mais savoir qu'elle y est présente enrichit déjà cette lecture. Ce point de départ a éveillé ma curiosité, d'autant que le prof de Cracovie disait que le mot "juif" apparaît pour la première fois dans la Bible dans ce texte, qui est donc fondateur de l'identité juive, sur fond de menace de génocide (puisque c'est de cela que parle le livre). J'ai relu le Livre d'Esther et j'y ai saisi ce que ni le prof de Cracovie, ni le jeune écervelé de 24 ans que j'ai été n'y avaient compris : ce livre est sur le pouvoir magique que le divin peut donner, miraculeusement, à la parole. La reine Esther risque sa vie sur une seule parole, et Dieu, au milieu de la terreur, lui donne les mots qui, devant le Roi des rois, vont "sauver sa peau" et celle de tout son peuple.

 

Bon, dans la foulée j'ai commandé le DVD de "Par delà les nuages" d'Antonioni. Toujours vers 1992-94, mes camarades ex-khâgneux faisaient l'éloge d'Antonioni. Mais, il était déjà vieillissant, et, dans ce film où il met en scène Sophie Marceau et Irène Jacob, le seul point positif que j'y avais trouvé (mais qui m'avait paru un peu lassant à la longue, et même vulgaire), c'est qu'il dénudait beaucoup ses actrices (enfin bon, il a dénudé Marceau plus que Jacob si je me souviens bien, ce qui est en un sens "logique"...). Au fait n'entrons nous pas dans la saison où Ishtar se dénude ? Allez savoir pourquoi, je m'étais persuadé que ce film était de Oliveira. Il est peut-être temps que je le regarde à nouveau avec un regard "mûr"... Fin de cette causette du dernier jour de "mon" mois, celui de septembre... Au boulot !

 

 

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Pane, amore, e...

18 Septembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

On se méfie souvent de la Provence et des Provençaux et l'on a bien raison... Cette terre recèle toutes les formes de fascisme des plus délicates aux plus massives.

 

Je préfère la Provence des Italiens, le Mezzogiorno, surtout telle que la filme Dino Risi dans "Pain, Amour, Ainsi soit-il" en 1955, à Sorrente. La version française a la très bonne idée de doubler avec l'accent marseillais toutes les répliques.

 

On y retrouve ce plaisir de la narration légère que j'évoque souvent à propos des contes de la Renaissance. C'est de l'humour fluide, sans effort, qui coule de source, affectueux pour ses personnages (l'affection a disparu des comédies françaises contemporaines, au profit de l'affectation...). C'est l'humanité dans sa simplicité, pas vraiment à son avantage, mais jamais condamnable. Sophia Lauren, qui va fêter ses 80 ans dans deux jours (comme Brigitte Bardot le fera dans dix jours et ma mère l'a fait il y a un mois) porte un charme populaire sans artifice (que l'accent du Sud en français ne gâte pas). Onfray trouverait sans doute cela "dionysiaque". Discrètement dionysiaque, comme la villa des Mystères à Pompéï.

 

Du dionysisme rural amoral mais sans projet subversif... Vu de notre XXIe siècle hypocrite, cynique, et obsédé par le profit (y compris le profit sexuel, sans l'innocente poésie enfantine des amourettes d'antan), cela ressemblerait presque à un petit Eden perdu...

 

 

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