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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #debats chez les "resistants" tag

Julian Assange, Tariq Ali et Noam Chomsky

26 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Dans cette émission de Russia Today, les trois contestataires mènent un débat intéressant, accessible en  anglais et en espagnol.

 

Je suis fort intéressé d'entendre Chomsky (qui a l'habitude de peser ses mots) dire (autour de la dixième minute) que Cuba est un pas qui a subi des pressions et même des attaques terroristes davantage que le reste du monde. Dommage que les propos de Chomsky soient coupés au moins deux fois.

 

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Analyses partielles, prédictions désinvoltes

19 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Deux traits caractérisent notre espèce de nos jours : elle est partielle et partiale dans l'analyse des faits, et présomptueuse dans son appréhension des conséquences des options qu'elle prône.

 

Prenons la guerre de Libye l'an dernier par exemple. Beaucoup de gens parmi ceux qui s'y opposaient étaient partiaux sur l'analyse des défauts et mérites de la dictature de Kadhafi, avec une forte tendance à surévaluer les mérites de celle-ci. Mais même parmi les plus prudents, les moins enclins à soutenir les dictateurs, beaucoup restaient encore très partiels dans l'analyse des pertes civiles occasionnées par les bombardements de l'OTAN. La plupart voulaient croire absolument que ces bombardements faisaient beaucoup de dégâts collatéraux (comme ils en firent dans d'autres guerres) et se croyaient supérieurement intelligent de mépriser les démentis apportés par le autorités miltaires de l'Alliance. Aujourd'hui même les aspects les plus critiques du rapport de l'ONU établi sur le sujet montrent qu'en effet les frappes ont été très chirurgicales. Alors on peut bien sûr mettre en doute l'ONU qui est loin d'être impartiale dans bien des cas, et dire, comme à propos de la Serbie, que le regime change a de toute façon rendu les enquêtes impossibles. Mais en vérité il n'y a pas beaucoup d'arguments au jour d'aujourd'hui pour discréditer le rapport de l'ONU, et il n'est pas du tout impossible, au fond, qu'il y ait eu effectivement un "effet d'apprentissage" chez les militaires occidentaux et chez les politiques, qui fait qu'enfin ceux-ci ont compris que les pertes collatérales desservaient les objectifs politiques fixés, de sorte que les victimes civiles ne devraient peut-être plus du tout être, dans les milieux antiguerre, un argument pertinent de l'analyse politique des relations intenationales.

 

p1000121.jpgIl en va de même sur le volet de l'appréhension des conséquences, ou autrement dit des prédictions. Tout le monde se montre d'une incroyable présomption et légèreté lorsqu'il avance des conséquences des solutions prônées. C'est particulièrement le cas des anti-européistes. Beaucoup depuis des années sont certains que l'argument du retour des guerres est une invention des fédéralistes, et que la xénophobie est un sous-produit dudit fédéralisme, non le résultat possible d'un retour aux souverainetés nationales. C'est vraiment faire preuve de prétention que d'affirmer qu'un effondrement de l'Union européenne n'entraînerait pas un retour des guerres. Dans mon "Programme pour une gauche décomplexée" je prônais à la fois la sortie de l'UE et l'augmentation des dépenses d'armement. Car je me garderai bien de faire le moindre pronostic sur l'esprit pacifique de nos Etats lorqu'ilse se trouveront de nouveau en compétition les uns avec le autres.

 

Cela me fait penser à la Grèce et à la Turquie. J'entendais hier Mme Voynet (sénatrice écologiste) expliquer à la télévision que la Grèce pour rétablir ses comptes devrait amputer ses dépenses militaires. C'est bien mal connaître ce pays et la nature du contentieux qui l'oppose à son voisin oriental dont les navires de guerre patrouillent au large de ses côtes. Les écologistes sont d'une naïveté désarmante dans tous les sens du terme.

 

L'âge venant j'en viens à éprouver beaucoup de compréhension pour les esprits conservateurs qui veulent ne rien changer de peur que les choses aillent de mal en pis. Qui n'a pu prévoir que la foudre frapperait l'avion du président nouvellement élu le jour même de son intronisation, doit nécessairement se garder de tout pronostic sur les conséquences prévisibles des solutions qui prône. C'est la grande leçon de Montaigne. On finit ainsi volontiers dans la peau d'un vieux lord anglais relisant les écrits de Hume. Mais bon je dis tout cela après avoir beaucoup milité, beaucoup écrit pour proposer des solutions nouvelles. J'estime qu'on a le droit de finir par le scepticisme. Mais il faut se garder de trop commencer par cette prudence.

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De l'air !

11 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

juillet-2006-099.jpgJour de pluie sur Paris. Je vois tout le monde s'enfermer dans ses petites marottes. Un ex pote à moi, proche des Indigènes de la République, qui essaie de se persuader que le projet de parti politique de la sénatrice verte Halima Boumédienne a de l'avenir, Mélenchon qui veut se présenter à Hénin-Beaumont, un souverainiste qui cite une publiciste de sa mouvance comme un argument d'autorité (*). Tout le monde à l'air d'avoir envie de se raccrocher à ses marottes, qu'il utilise comme des marqueurs identitaires sans plus relativiser, sans réinscire ça dans des perspectives plus générales bien pondérées (encore que pour la fixette de JL Mélenchon sur Hénin-Beaumont je comprenne le raisonnement stratégique derrière : abattre les extrèmes-droites en Europe et sortir les médias de leur fascination pour elles, mais parce que ce raisonnement tourne à la marotte, il devient contreproductif, le Front de Gauche devrait plutôt réfléchir sérieusement à ce qu'il veut faire du cadre national français...). Quand la politique n'est plus qu'affaire de fétiches, elle devient ennuyeuse à mourir. Je compte donc m'en éloigner dans les jours qui viennent pour quelques semaines. J'espère qu'aucun événement d'envergure ne m'y ramènera.

 

(*) Il vient de m'écrire qu'il ne l'a pas publié comme argument d'autorité (même si des lecteurs l'ont pris comme tel ainsi qu'on le voit dans les commentaires) et qu'il ignorait le background de cette publiciste. Dont acte.  Mais la tendance à ne citer que les gens de son propre microcosme (limité à 50 personnes qui se connaissent toutes), même quand ce sont des Américains, est quand même le signe d'une sclérose de la mouvance.

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Mélenchon et Todd

9 Avril 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Je n'aime pas beaucoup Emmanuel Todd. Son anthropologie pour moi est fausse (et c'est un docteur en sociologie, et qui a eu pas mal d'anthropologie dans son cursus, qui vous parle). Sa volonté de rechercher dans les structures parentales des causes des systèmes politiques ne tient pas debout. Et la façon dont il ressort sa théorie des structures familiales pour expliquer que la culture française est de la même famille que celle des Etats-Unis me paraît tout simplement ridicule (comme l'argument qu'il avance en seconde ligne de la parenté de vocabulaire qui, comme chacun sait, naît du règne de Guillaume le Conquérant sur l'Angleterre et ne crée pas en soi de communauté de valeurs). Je vous livre néanmoins le débat entre Todd et Mélenchon ici. Car Todd a un point fort dans son argumentation : les classes moyennes n'ont peut-être pas les moyens psychologiques, économiques etc de mener une révolution, et on peut gagner du temps à convaincre les hauts fonctionnaires plutôt qu'à miser sur l'audace de la classe juste en dessous. Je n'ai pas d'avis définitif sur la question, car mon expérience (directe) de la haute fonction publique, comme celle de la classe en dessous (classes moyennes et moyennes inférieures - profs, petits fonctionnaires etc) m'ont laissé sceptique sur les deux volets. En ce moment, je veux miser sur la possibilité de changement qu'incarne Mélenchon, mais les arguments de Todd ne sont pas complètement erronés.

 

 


 

 

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Pasolini à propos de l'avortement et de la consommation

31 Mars 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

1couv_montagnes-copie-1.jpgMon roman  La Révolution de Montagnes, vous vous en souvenez peut-être, mentionne en son début un gros problème d'avortement auquel le héros Fulgaran est confronté et qui semble influencer beaucoup son rapport à la vie.

 

Pier Paolo Pasolini avait parfaitement compris l'enjeu existentiel de cette question. Voici deux pages édifiantes (extraites d'Ecrits corsaires) issues de sa polémique contre Italo Calvino et qui font le lien entre l'avortement et la société de consommation. Que question morale très complexe. La remarque sur le nouveau lien organique entre intellectualité progressiste et aliéanation au consumérisme ne peut pas laisser indifférent.

 

Pasolini 1

Pasolini 2

 

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Des options politiques qui vieillissent

30 Mars 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

sangria.jpgJe prenais un verre ce soir avec un belge antiimpérialiste que j'ai cité dans 12 ans chez les Résistants. C'est un milieu qui a vieilli et mal vieilli dans la mesure où il n'a pas de stratégies. Les gens qui le composent se connaissent mal les uns les autres, n'ont que des clichés les uns sur les autres, évaluent mal leur place dans la société, le fonctionnement de la société elle-même (notamment celui d'Internet dans tout ça) et ne savent pas quoi faire sauf défendre un principe de non-ingérence un peu abstrait, un vieil idéal du non-alignement du tiers-monde qui ne parle pas aux nouvelles générations et qui est assez court pour répondre par exemple aux questions posées par les printemps arabes. Au fond c'est un petit monde très tourné vers le passé. En général ils détestent Mélenchon, ne veulent pas prendre en marche le train de la progression du Front de Gauche, s'enferment dans des postures moralisatrices. On les sent toujours en attente d'une autre force, plus proche de leur vision du monde, mais ils ne la voient poindre nulle part. Parfois ils mettent un petit grain de fierté personnelle (de snobbisme même) à se sentir plus proches sur certains points de la droite que du centre-gauche (ils disent du bien du Figaro par exemple) mais c'est une sorte de coquetterie, la manifestation raffinée de leur dépit (car bien sûr ils seraient bien incapables d'aller négocier quoi que ce soit avec un parti de droite). Ca ne veut rien dire.

 

Ils reprochent à Mélenchon d'être trop modéré sur l'ingérence (alors pourtant que son engagement là dessus lui vaut déjà de vertes critiques du système), d'être mitterrandien, de vouloir siphonner ce qu'il reste du PCF (alors pourtant que le Front de Gauche a fait reconquérir des sièges au PCF aux cantonales, et sauvera son groupe de députés, et que Mélenchon sur bien des points est beaucoup plus audacieux et incisif que le PC). Ce sont des repoches aigris de gens voués à des dérives groupusculaires. Je ne parle pas ici de TOUS les anti-impérialistes belges (d'ailleurs je sais que dans la mouvance d'Aden à Bruxelles notamment il existe d'ardents sympathisants de Mélenchon), ni a fortiori de tous les anti-impérialistes européens. Seulement de certaines franges que j'ai connues et que, depuis longtemps, je ne vois embrayer sur rien de constructif. Je ne suis plus sur les mêmes chemins que ces cercles là.

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Sur la dépolitisation des banlieues

14 Mars 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Un jeune cadre communiste d'une ville d'Ile de France m'écrit :

 

0013.jpg

"Hier soir, réunion de campagne où j'ai assisté (je dis "assisté" car je me suis senti plus spectateur qu'acteur ) à la confrontation des anciens et des modernes : le fait que le député sortant ait mis comme président de son comité de soutien dans notre ville un jeune issu de l'immigration a le mérite d'attirer les moins de trente ans mais pour le meilleur et pour le pire. Car ce sont exclusivement des jeunes des quartiers populaires d'origine immigrée qui ont une approche tout autre de la politique, où la fidélité et la reconnaissance envers une personne (et particulièrement pour service rendu) l'emporte sur la fidélité sur les principes et projets politiques. Et ces jeunes ont pour ambition de convaincre d'autres jeunes, issus des mêmes milieux, les plus loin de la politique, et qui, de leurs propres constats, seraient prêts à voter Le Pen si celle-ci leur garantissait un séjour au ski... Je pense que si nous avons parfois tendance à surpolitiser l'opinion, autant dire que là, c'est l'inverse... Bilal a bien résumé la chose en proclamant : "nous sommes des commerciaux". Autant dire que certains anciens ont été quelque peu désabusés par cette réunion..."

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Mélenchon, Le Pen, la campagne, les idées

23 Février 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

P1020393.jpgUn peu inquiet de voir Mélenchon retrouver ses accents agressifs et ses airs de matamore. Traiter un candidat de semi-dément cela ne se fait pas. Menacer unE candidatE de la promener d'un bout à l'autre d'un ring, ce n'est pas élégant, même si ladite candidate a des idées nauséabondes. On trouve à nouveau, à 60 jours de l'élection, le pire de Mélenchon. Je crois qu'il va y laisser des plumes en termes d'intentions de votes.

 

Un certain David Desgouilles pour Marianne 2 (un e-magazine qui ne m'aime pas et c'est récirpoque : j'ai eu une mauvaise expérience avec son patron à la table de Régis Debray jadis), dit que M. Mélenchon va perdre des voix ouvrières à cause de ces attaques personnelles au dessous de la ceinture, et ne glaner que quelques voix de Middle Class. C'est bien possible. Dommage. Mélenchon a les défauts de ses qualités. Des défauts aussi prononcée que ses qualités le sont. C'est tout le problème. Alors qu'un type comme Hollande, qui ne croit en rien, qui n'est même pas capable de finir avec aisance une phrase, et dissimule mal son absence de conviction derrière des "moi je dis que" et "moi je veux que" n'a que peu de défauts car il a peu de qualités.

 

Et dire qu'à côté de cela le petit candidat de l'UMP promet une république plébiscitaire populiste cela fait froid dans le dos ! Cette élection est moins désastreuse que celle de 2007 avec les Besancenot-Buffet-Royal, mais tout de même on reste sur sa faim. Pourvu que rien ne permette au candidat sortant de "rebondir" comme on dit. Je le crois capable de tout pour renverser les tables, y compris d'aller tenter des folies en Syrie. C'est très préoccupant.

 

Bon laissons tomber le théâtre d'ombres, parlons d'idées. Je discutais tantôt avec une écologiste très pointue sur la prévention des risques sanitaires. Ca fait des années que j'essaie de réfléchir à faire converger la pensée géopolitique, et la pensée environnementale. Mais chacun est enfermé dans sa chapelle. Le réseau de l'Atlas alternatif compte pas mal de membres d'EELV. Je ne sais toujours pas comment tracer des ponts utiles là dessus.

 

En ce moment le seul "pont" entre géopolitique et risques sanitaires qu'inventent nos politiciens est cette question du halal, ce qui n'est pas brillant. Je n'ai toujours pas compris si cette pratique nuit vraiment à la qualité de la viande (on m'a parlé de contenu de la panse qui remonte au niveau du cou quand on coupe la tête de l'animal et contamine cette viande dont on fait du haché pour les enfants ce qui oblige à les cuire davantage avant consommation - est-ce vrai ?), en tout cas il est vrai qu'il est un peu idiot que tous les abattoirs d'Ile de France se soient mis à cette mode, d'autant qu'ils le font sans endormir l'animal alors que les autorités islamiques ne seraient pas hostiles à une telle mesure. J'avais entendu un jour Tariq Ramadan dire qu'il fallait que l'islam réfléchisse à la souffrance animale. Il y a manifestement quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce soudain ralliement (pour des raisons de pure réduction des dépenses) des abattoirs d'Ile de France (mais aussi d'autres régions) à cette méthode d'abattage, et il est dommage que l'on ait attendu que le Front national (avec ses arrières-pensées bien connues) se saisisse de l'affaire pour enfin en débattre sur la place publique. La gauche de la gauche à force de se complaire dans un prêt-à-penser finit par lâcher des sujets très importants (comme aussi celui de la souveraineté des pays du Tiers-Monde par exemple) à ce parti (qui ensuite les traite avec sa propre idiosyncrasie, pas très républicaine comme chacun sait). Mais cette gauche de la gauche peut-elle se ressaisir ? reprendre l'initiative ? retrouver de l'audace intellectuelle et de l'indépendance dans l'approche des sujets importants ? Je l'ai cru quand j'ai vu Mélénchon étudier ses dossiers à fond, et les évoquer avec verve. Je recommence à douter quand je le vois remplacer de plus en plus le courage politique par de simples coups de gueule. C'est inquiétant. Et au vu de l'ampleur des problèmes de notre époque, sur tous les fronts (financiers, écologiques, stratégiques), on est en droit d'exiger mieux.

 

Alors où, comment ? En sortant définitivement des logiques d'appareil ? Je serais bien placé pour le faire moi qui n'ai jamais été intégré dans aucun. Mais que peut-on faire seul ? Et que peut-on même faire avec ces chimériques "réseaux de blogs" et "réseaux sociaux", nos nouvelles "prime time TVs" ?

 


 

 

 

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Discussion avec les lecteurs : l'URSS, Eva Joly, Internet

6 Février 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Puisque j'ai quelques minutes devant moi, je vais situer ce billet en interaction plus forte avec les lecteurs en me calant sur des dialogues que j'ai eu avec eux ou leurs recherches sur moteurs de recherche.Commençons par les moteurs de recherche.

 

lenine- L'URSS et le bolchévisme

 

Hier quelqu'un a tapé sur Google "Delorca URSS" et "Delorca bolchévique". Voici donc mon point de vue sur cette question. La révolution bolchévique de 1917 est un mélange intéressant d'avant-gardisme qu'on pourrait qualifier de "futuriste" si le futurisme n'avait pas été fasciste en Italie, avec des grands aristocrates façon Lénine ou Alexandra Kolontai et des intellectuels juifs qui avaient la tête dans les étoiles, les industries de pointe, les grands débats européens etc et des paysans aux pieds englués dans la boue de la taïga russe, la superstition, l'ignorance, et les communautés agraires. Le mariage heureux de ces deux courants qui, comme l'a souligné Trotski, doit tout au sens de l'organisation et de l'action de Lénine, est sans doute la meilleure (ou la moins mauvaise) chose qui pouvait arriver au peuple russe à ce moment-là. On peut regretter avec Russell qui en fut un témoin direct que cette révolution se soit développé dans un mépris complet des droits des individus, et dans une religiosité (dont témoignent encore les cahiers de voyage en URSS de Malraux dans les années 30), mais je ne vois guère comment il pouvait en être autrement, surtout après l'échec des autres révolutions bolchéviques en Allemagne, en Hongrie, et en Italie, et après la violence de la réaction aristocratique soutenue par les Occidentaux (trois ans de guerre civile quand même).

 

Mes profs de Sciences Po nous expliquaient que si le bolchévisme n'avait pas pris le pouvoir en octobre 1917, la Russie dans le camp des vainqueurs de la guerre eût connu un destin favorable comparé à celui de l'Argentine dans les années 30. Mais on peut en douter quand on sait que le masse paysanne illettrée y était autrement plus considérable. Une Russie menchévique aurait sans doute fait quelques efforts de scolarisation et de développement des caisses sociales sur le modèle allemand, mais y serait-elle parvenue compte tenu de sa situation d'instrument des puissances financières étrangères ? Celles-ci auraient-elles laissé à l'Etat russe les royalties nécessaires pour financer un tel programme ou bien les aristocrates auraient-ils retrouvé le pouvoir après l'échec des menchéviks, comme ils le firent en France deux ans après la révolution de 1848, et en Allemagne cinq ans après la révolution social-démocrate ? Je penche pour la seconde hypothèse, et l'évolution de la Russie, avec l'émergence d'une classe moyenne urbaine susceptible de grignoter les privilèges aristocratiques et introduire de la "mobilité sociale" eût au moins pris deux générations.

 

La survie de l'URSS après 1945 est une autre affaire. L'expérience stalinienne fut, il faut bien l'admettre, assez aberrante. On comprend que le régime se soit sclérosé à la mort de Lénine, mais de là à céder les points pouvoirs à un gang de Caucasiens sans scrupule qui firent régner une logique paranoïaque dans tout l'appareil d'Etat, il y  a une marge. Comme les excès du maoïsme en Chine, la pathologie stalinienne montre sans doute l'irrationalité qui s'empare des esprits quand les choses bougent trop vite. Le système capitaliste connaît aussi ce genre de folies.

 

Le retour à une forme de bureaucratie prudente et sans relief après Khrouchtchev est le symptôme d'un pays épuisé par les purges internes et par l'invasion allemande. Elle n'est pas aberrante dans le contexte mondial des années 60 qui identifie progrès et bureaucratie partout dans le monde sous la houlette keynésienne, mais ne pouvait à terme combler les attentes d'une jeunesse urbaine à laquelle appartient Gorbatchev qui voit se creuser l'écart entre les innovations occidentales et la stagnation soviétique. Cette stagnation est pourtant beaucoup plus favorable aux classes les plus modestes, paysannes et ouvrières, que les systèmes occidentaux (même les sociaux-démocrates). Mais ces classes n'ont pas leur mot à dire dans l'URSS poststalinienne. La seule force qui peut s'opposer aux aspirations des jeunes bureaucrates urbains c'est le système de sécurité (armée-police-services secrets), mais celui-ci est très affaibli par la défaite miltaire en Afghanistan, et la montée des nationalisme (moins d'ailleurs les aspirations européistes de la bureaucratie urbaine balte que les renouveaux identitaires potentiellement très meurtriers du Caucase et d'Asie centrale).

 

A l'extérieur la révolution bolchévique russe a donné un souffle particulier au projet socialiste dans des pays agraires comme la Chine. Elle a suscité plus de réticences dans les pays industrialisés comme la France et l'Allemagne (et surtout l'Angleterre). Mais on ne peut pas dire que la branche socialiste pro-soviétique hypnotisée par le devoir de défendre l'URSS (au point de sacrifier des possibilités de révolution, notamment en France, en Grèce et en Espagne en 1945 par exemple, et au prix de la pire déification du "modèle") ait eu plus tort sur le long terme que la branche social-démocrate dans ses diverses déclinaisons (SFIO, SPD, Labor), les unes et les autres extorquant des compromis avec le capital dans les années 50-60, mais finissant par capituler dans les années 1980, tout comme les branches pro-soviétiques. Difficile donc de dire si la révolution soviétique fut vraiment positive à l'Ouest (par exemple en empêchant les sociaux-démocrates d'aller trop loin dans la capitulation devant le capitalisme). Le keynésianisme se serait-il imposé moins facilement si le "danger soviétique" n'avait affaibli les capitalistes à l'Ouest ?

 

- Eva Joly et les Verts

 

visegradQuelqu'un a tapé "Delorca Eva Joly". J'ignore si j'ai déjà évoqué ce sujet. Pour moi les Verts sont un courant politique intéressant dans la mesure où il a posé depuis trente ans en des termes très radicaux la question de la viabilité du système productiviste et consumériste. Toutes les questions qu'il pose restent d'actualité. En outre il cultive de très bons réflexes sur divers thèmes sociétaux occultés par une trop forte polarisation sur la question sociale : diversité des langues régionales, égalité des sexes, liberté sexuelle, refus de la xénophobie (dont un des aspects se retrouve dans leur soutien à la Palestine) etc.

 

Mais la noblesse intellectuelle de ce courant n'a d'égal que son inadéquation complète aux réalités concrètes auxquelles il est confronté. Un des exemples les plus flagrants de cette stupidité concrète s'est constaté dans le soutien enthousiaste de M. Cohn Bendit et ses amis à l'intervention militaire de l'OTAN dans les Balkans en 1999 sur la base de la désinformation la plus grossière et la plus xénophobe (antiserbe) qui fût. Cette alliance des Verts avec le militarisme (qu'on a retrouvé l'an dernier sur le dossier Libyen quand M. Cohn Bendit jurait la main sur le coeur que le soutien à la motion sur la zone d'exclusion aérienne ne déboucherait sur aucun bombardement), eût non seulement pour effet d'aggraver les tensions ethniques dans les Balkans, non seulement de faire le lit du néo-libéralisme sauvage dans cette région, mais aussi de valider des catastrophes écologiques (la destruction du complexe chimique de Pancevo et ses effets encore sensibles sur la vie des populations locales, l'usage abondant d'armes à l'uranium appauvri, de la Serbie à la Libye, le largage massif de bombes de l'OTAN non utilisées dans les eaux de l'Adriatique etc) qui n'ont pas arraché la moindre larme aux écolos. La même inconséquence se retrouve dans le soutien aveugle des Verts au néo-libéralisme de l'Union européenne qui, en détruisant les services publics, anéantit toute chance de réguler l'activité des multinationales, là où seul l'effort de planification devrait prévaloir.

 

L'inadéquation du programme écologiste au réel se vérifie dans bien des domaines : absence de chiffrage crédible du coût de l'abandon du nucléaire, absence de planification de la société de loisir que les Verts voudraient voir se développer, introduction artificielle d'espèces dangereuses comme des ours (j'en parle en tant que Béarnais) dans des zones où elles compromettent la survie économique du milieu rural, irrationalité dans le traitements des thèmes sociétaux etc.

 

Les handicaps idéologiques des Verts, particulièrement visibles dans un contexte de crise (les Verts ont-ils un plan pour réguler la crise financière ?) sont aggravés en ce moment par la candidature de Mme Joly. Celle-ci a fait un travail très appréciable en tant que juge des délits financiers. C'est sans doute une personne de conviction qui a son franc-parler, mais elle fait partie de ces personnages peu susceptibles de rallier l'adhésion des foules des raisons diverses (les Verts en sortent périodiquement comme, il y a quelques années M. Waechter, ou M. Lipietz). Présenter une personnalité très fortement scandinave (par son accent) dans une conjoncture où la rigidité germanique commence à inquiéter n'était pas une bonne idée et contribue à renvoyer l'idée écologique à l'image ulra-rhénane qui était la sienne aux yeux des masses dans les années 1980. Ses déclarations excessives contre la dimension militaire du 14-juillet ont sans doute renforcé ce côté "parti de l'étranger" qui colle à la peau de M. Cohn Bendit depuis 1968 (à cause de sa nationalité allemande) aux yeux de beaucoup de Français. Un Noël Mamère avec son côté "écolo gascon" moins intégriste ou peut-être même une Cécile Duflot auraient pu faire deux points de mieux que Mme Joly (peut-être un 5 % qui eût arrangé les finances du Parti), mais de toute façon la conjoncture n'était pas favorable à cette tendance.

 

Il semble que le projet écologique doive être repris davantage aujourd'hui dans une symbiose avec le projet de reconquête étatique, ce que j'avais un peu esquissé dans mon Programme pour une gauche française décomplexée. ce qui supposerait un ralliement des Verts au Front de gauche comme l'a fait Martine Billard à Paris ou comme cela s'est réalisé dans le cadre d'Izquierda Unida en Espagne. Mais l'héritage libertaire des Verts s'accorde mal avec la pensée d'Etat. Je ne vois pas bien comment cela peut fonctionner.

 

- Sur Internet

 

mon-bureau.jpgUne lectrice s'oppose à mon point de vue selon lequel Internet isole largement les gens les uns des autres. "Avec mes fils on passe un plus ou moins long moment ensemble en soirée: pendant la préparation du repas, puis pendant qu'on mange tous ensemble, puis parfois bien sûr on traine à table à bavarder après, plus ou moins longtemps ça dépend des jours, puis on débarrasse. Puis quand tout est fini, donc quand on le décide, chacun rejoint sa chambre et son ordi ou sort ou fait ce qu'il veut de son côté en effet. Moi je ne trouve pas que ce soit pire que quand j'étais petite où on allait tous s'asseoir devant la télé, en silence bien sûr, et à une heure imposée et chaque soir la même, celle à laquelle débutait le programme télé que mes parents avaient choisi ! Je trouve que j'ai plus de communication avec mes fils que je n'en avais avec mes parents autrefois."

 

Tout d'abord je ne crois pas au primat de la communication. Parler pour parler, partager par les mots pour partager par les mots n'est pas forcément une bonne chose. Spécialement entre les générations, car un trop grand partage nuit au respect et à l'obéissance. Surtout cela crée l'illusion d'une transparence. Si je raconte à mon fils comment se passaient les choses il y a trente ans, je crée l'illusion d'une proximité et d'une similitude entre deux époques qui n'ont rien en commun entre elles, et je crée une complicité entre deux enfances qui annule artificiellement un vécu de quarante années. Je peux bien sûr ensuite recréer la distance et rétablir la vérité du temps avec d'autres mots mais cela devient plus compliqué, là où le silence autrefois suffisait non seulement à préserver le mystère des êtres, mais aussi à manifester le mystère du temps dans ce que son parcours a modifié et déplacé, et dans ce qu'il a enseigné. La parole entre individus d'une même génération présente aussi l'inconvénient d'une réduction à une lingua communis (justement critiquée par Nietzsche autrefois) qui crée l'illusion que l'individu est tout entier dans les mots communs dont il fait l'usage. Donc qu'Internet enferme les gens dans la solitude du tête avec l'ordinateur, ou qu'il recrée ensuite des possibilité d'en parler, il instaure de la fonctionnalité artificielle, là où le rituel du "on va en silence regarder la TV sur le canapé en famille" autrefois préservait mieux l'intégrité personnelle et statutaire de chacun tout en créant de l'action commune corporelle partagée (le déplacement rituel tous ensemble vers le canapé).

 

Pour ma part, outre le silence, je valorise aussi les autres médiations non strictement verbales entre les individus : une intonation de voix, un soupir, un simple geste, un échange de regards. Ces médiations sont absolument anéanties en ce moment par les mots d'Internet, en plus de l'anéantissement des paroles entre membres de la famille, voisins, étrangers dans la rues. L'empire des mots et des images sur Internet, et plus encore que des mots et des images, du zapping d'une page à l'autre, est en train d'envahir les cerveaux, de les énerver, de les priver de tout sens de la persévérance, de la fidélité, des attentions délicates. Le zapping généralisé, le terrorisme des mails brefs ou des déclarations à l'emporte-pièce sur les forums, réduisent les rapports subjectifs à une dimension complètement squelettique et leur ôte tout enracinement dans la durée. De ce point de vue c'est une véritable catastrophe. Pas étonnant qu'ensuite un parti politique doive promettre des massages sensuels dans les entreprises pour réparer les dégats !

 

PS : pour info ci-dessous enfin un propos clair de M. Mélenchon sur la Côte d'Ivoire... avec un an de retard hélas...

 

 

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Postcolonial studies

13 Janvier 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Je me permets de copier ici ce que j'écrivais à une étudiante hier qui a choisi de se lancer dans les postcolonial studies (et qui dans un mail me parlait d'Edward Said et de Spivak). Je ne prétends pas être un grand spécialiste de la question, je livre juste humblement mon sentiment sur le sujet au cas où cela puisse faire avancer quelque chose, toujours prêt évidemment à entendre des arguments complexes.

 

postcolonial.jpg"Pour les postcolonial studies c'est une bonne idée. Il y a un peu à boire et à manger dedans. J'aime bien Edward Saïd. Je n'ai pas été convaincu par Spivak.Le mélange postmoderne de Marx-Derrida-Foucault est très à la mode dans ce domaine, surtout aux Etats-Unis dans les universités où l'on aime la philosophie française. Tout cela nous est revenu en boomerang à Paris et a influencé des mouvements comme les Indigènes de la République. Bourdieu aussi est occasionnellement utilisé occasionnellement par ce courant, bien qu'il ait beaucoup critiqué le postmodernisme. Je pense qu'il y a beaucoup à retirer sur le plan intellectuel de cette discipline pour penser les rapports de domination (notamment les rapports de domination symbolique) qui sont encore à l'oeuvre dans notre monde. Et vous avez une pierre toute particulière à ajouter en tant que femme, et croiser cela avec les gender studies. Je connais des filles qui ont creusé ce sillon ici ou là, si vous voulez je pourrai vous mettre en contact avec elle par le Net. Mais il faut être aussi conscient du fait que les postcolonial studies tournent souvent au jeu intellectuel gratuit très éloigné des réalités concrètes et souvent très naïf, qui se gargarise de jargon à défaut d'être pertinent. En outre elles nourrissent une fascination malsaine pour la victimisation. Pour sortir de cette ambiance malsaine il faut parfois ouvrir des fenêtres vers la bonne littérature (fort rare), retrouver une certaine simplicité du style. Je ne sais pas trop si la bêtise de nos universités l'autorise ! "


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La primaire socialiste et la présidentielle

10 Octobre 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Journaux-3-2.jpgIl faut bien dire un mot ce matin du paysage politique français tel qu'il se dessine à l'issue du premier tour des primaires du Parti socialiste (une primaire à laquelle je n'ai pas participé malgré mes opinions de gauche car je suis hostile au détournement d'audimat et à la captation d'argent - plus de deux millions d'euros - qu'elle offre au PS).

 

Beaucoup de résultats étaient prévisibles sauf la percée de M. Montebourg. Je me réjouis de la marginalisation de l'option social-libérale de M. Vals et de l'option centriste-populiste de Mme Royal qui brouillait les rapports de force au sein du PS (beaucoup de gens très à gauche soutenaient Mme Royal pour des raisons purement affectives, tout comme beaucoup on voté pour M. Bayrou en 2007).

 

Aujourd'hui nous avons un parti socialiste qui doit ouvrir son discours à une thématique très à gauche incarnée par M. Montebourg. Il le fera sans doute sur un mode purement lexical dans la bouche de M. Hollande, et sur un mode plus programmatique chez Mme Aubry.

 

C'est un progrès pour la sémantique politique, car désormais la question du protectionnisme européen est clairement posée à gauche par M. Montebourg et M. Mélenchon, à droite par M. Dupont AIgnan, et la classe politique ne peut plus diaboliser le terme ou le laisser entre les mains du Front national, de même que celui de la mise sous tutelle des banques.

 

Voilà pour les bonnes nouvelles. Venons en maintenant aux mauvaises. La mauvaise nouvelle, bien sûr, c'est que le protectionnisme européen est impossible, car les Allemands n'en veulent pas. Seul un protectionnisme national le serait mais il reste très minoritaire dans la classe politique. Donc même si le candidat du PS intègre le protectionnisme européen à son programme, nous savons que huit jours après son élection Berlin l'obligera à l'abandonner. MM. Montebourg et Mélenchon choisiront-ils alors le protectionnisme national contre l'Europe, ce que leur parti en 1983 fut incapable de faire ? Ils ne le feront que si l'Union européenne va très mal, et si notamment l'euro a déjà implosé pendant la campagne de l'élection présidentielle, mais tout cela me paraît assez peu probable.

 

De toute façon, sauf cataclysme imprévisible, il y a fort peu de chances pour que le candidat du PS puisse tenir le discours du protectionnisme européen jusqu'en mai 2011. Car les médias continuent de tirer dessus à boulets rouges. Et donc soit le candidat du PS (Mme Aubry ou M. Hollande) devront prendre leurs distances pour conquérir le centre, soit M. Bayrou libéré de l'hypothèque Borloo se chargera d'occuper le terrain du "ni-Sarkozy ni-protectionnisme" avec le soutien des médias.

 

En toute hypothèse donc la percée Montebourg a toutes les chances d'être assez vite neutralisée. Elle ne peut connaître un soubresaut d'intérêt qu'en 2013-2014 quand la situation économique française et européenne se sera à nouveau détérioré au point de susciter des interrogations nouvelles parmi nos dirigeants.

 

Evidemment la meilleure option pour pérenniser l'effet de la percée de M. Montebourg serait que le Front de gauche se renforce et dépasse les 15 % à l'élection présidentielle. Mais c'est extrêmement peu probable. M. Mélenchon est enfermé dans l'image de l'homme sectaire et caractériel. Ses incohérences sur le fédéralisme européen, sur la guerre en Libye, et ses complaisances avec certaines modes (le refus du nucléaire par exemple) ont altéré l'image de courage qui a pu le caractériser lorsqu'il a quitté le PS. En outre sa mouvance (le PC et la PG) baigne dans une grande confusion intellectuelle sur des sujets importants de notre époque comme l'a montré, par exemple, leur vote favorable à la zone d'exclusion aérienne en Libye au Parlement européen, et plus largement leur analyse des printemps arabes et des rapports de force planétaires.

 

Assez peu inspirées par le Front de gauche, les classes défavorisées pourraient se tourner une fois de plus vers le Front national (encore que la nouvelle recherche de respectabilité de Mme Le Pen peut en faire fuir beaucoup vers l'abstention). Dans un jeu assez ouvert on peut finalement se retrouver au second tour avec un face à face PS-UMP, PS-Le Pen, Bayrou-UMP, Bayrou -PS (si l'UMP explose), Bayrou-Le Pen, voire UMP-Le Pen. Dans ce genre de configuration les thèmes du protectionnisme et du contrôle des banques seraient de toute façon marginalisés et rejetés vers le Front national.

 

Précisons les termes. Quand je dis "PS-Le Pen" je veux dire Mme Aubry ou M. Hollande au nom du PS face à Le Pen. Sachant que le déficit d'image et la féminité de Mme Aubry risquent de la plomber plus que M. Hollande (comme ils avaient plombé Mme Royal en 2007). Quand je dis "UMP-Le Pen", je veux dire n'importe quel candidat de l'UMP : M. Sarkozy, M. Juppé, ou M. Fillon. Evidemment MM. Fillon ou Juppé auraient de meilleures chances de sauver la mise de la droite que M. Sarkozy, mais il n'est pas certain que celui-ci leur cède sa place.

 

La crise favorisant toutes les peurs et tous les conservatismes (elle va ramener le Parti populaire au pouvoir en Espagne malgré le mouvement des "indignés"), l'UMP peut enregistrer une certaine remontée dans les sondages (surtout si elle parvient à discréditer habilement ses adversaires dans un contexte international qui ne se détériore pas trop) et obtenir sa reconduction au pouvoir pour 5 ans n'est pas totalement à exclure.

 

Dans un contexte si figé (verrouillé par les médias et par un conformisme de pensée qui a l'air d'arranger beaucoup de monde), ceux qui veulent un véritable changement dans le système (une renationalisation des banques, une rupture avec les normes libérales de l'Union européenne, une défense réelle des services publics,  une réorientation de notre politique étrangère, la nationalisation des médias etc) n'ont pas grand chose à attendre  de l'élection présidentielle, mais devraient plutôt investir sur les élections législatives suivantes et sur les élections locales des années à venir pour faire la preuve sur le terrain, (et non pas seulement dans des conférences universitaires ou sur des blogs) de leur capacité à fédérer, à mobiliser, à gérer, soit dans le cadre de partis pro-système (en qualité de passagers clandestins en quelque sorte), soit dans le cadre de partis plus ou moins anti-systémiques comme le Front de Gauche, DLR, le MRC s'il existe toujours etc. Ils peuvent être aidés en cela par l'instauration d'une dose de représentation proportionnelle à tous les échelons, promise par de nombreux candidats à la prochaine élection. A mon avis c'est la seule voie d'action qui demeure ouverte, une voie d'action qui devrait être explorée dans un esprit pragmatique d'ouverture et de dialogue transcourant qui permette de fédérer de façon efficace les réseaux les plus solides possibles, capables d'apporter une réponse audacieuse le jour où nos dirigeants coincés dos au mur par une crise qu'ils ne sauront plus gérer auront besoin d'une relève. J'encourage donc tous ceux qui gardent un intérêt pour l'avenir de leur pays d'essayer d'accéder à des fonctions électives au service de leurs concitoyens, plutôt que de ratiociner derrière leurs écrans d'ordinateur. Ce n'est qu'ainsi, je crois, que les idées peuvent réellement retrouver une emprise sur le déroulement de notre histoire.

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La fin des espoirs en politique internationale

19 Septembre 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

CSONU.jpgJe n'ai pas mis les pieds à la Fête de l'Humanité cette année. Le Temps des Cerises qui y a son stand et mes livres ne me l'a d'ailleurs pas proposé. Je n'y retournerai d'ailleurs sans doute pas avant un bon quart de siècle.

 

Cela m'aide à cultiver un regard détaché. Et du détachement il en faut. Par exemple quand on voit que des pays aussi directement menacés par l'ingérence occidentale que le Soudan, la Syrie, le Liban, l'Iran et le Sri Lanka votent aujourd'hui comme un seul homme pour la reconnaissance d'un régime libyen directement issu de ladite ingérence (alors que les champions de l'ingérence étrangère - les dirigeants actuels du Rwanda - votent contre cette reconnaissance !), on se dit qu'il n'y a plus grand chose à attendre.... (Au fait je me demande si les grands manitous de l'info "alternative" manichéenne qui sévissent sur le Net signaleront ces bizarreries dans leurs papiers)...

 

La diplomatie va bientôt redevenir aussi subtile qu'à l'époque de Delcassé... Et les peuples n'oseront plus guère s'investir dans les relations internationales car les petits jeux entre empires (l'empire occidental, celui des Russes, celui des Turcs ou des Chiois) n'intéresseront personne (sauf les victimes directes - en 1900 c'étaient les Balkans et nos colonies, aujourd'hui les Africains et le Proche-Orient).

Les gens ne pourront pas croire à l'alliance des mouvements citoyens de par le monde, ni à la grève générale anti-guerre (qui a magnifiquement échoué en 1914). Ils pourront juste créer des groupes sur Facebook du genre "J'aime la paix", "Sarkozy rentre chez toi". Régression d'école maternelle.

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Une intervention de M. Chevènement le 13 juillet dernier

30 Août 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #La gauche, #Débats chez les "résistants"

J'invite les lecteurs amateurs de réflexions sérieuses à regarder cette vidéo du sénateur Jean-Pierre Chevènement. Celui-ci, à la différence des députés communistes, du député socialiste M. Emmanuelli, de M. Dupont-Aignan et de quelques autres courageux à l'Assemblée nationale (je n'ai pas regardé le scrutin du Sénat), n'a pas voté "contre" l'opération française en Libye, mais s'est abstenu. Je le désapprouve sur ce point. Mais je dois reconnaître qu'en l'écoutant j'ai mieux saisi la nuance entre "droit d'ingérence" et "droit de protection", qui explique aussi, sans doute, que M. Mélenchon au Parlement européen ait voté au printemps en faveur du la "zone d'exclusion aérienne" au principe de la résolution 1973.

 

Il faut reconnaître que, du point de vue du droit - et le droit doit rester au fondement de nos réflexions, ce n'est pas, comme le disent les marxistes, un simple instrument de légitimation des puissants, que l'on devrait mépriser comme MM. Sarkozy, Cameron et Obama viennent eux-mêmes de le mépriser à Tripoli -, il y a effectivement cette résolution de l'Assemblée générale des Nations Unies de 2005 qui fournit au principe de protection une assise incontestable. On peut se demander quelle mouche a piqué cette assemblée en le gravant ainsi dans le marbre, et il faut voir là, une fois de plus, la marque d'une faiblesse des Etats de ce monde face à l'idéologie occidentale dominante. Mais il faut reconnaître que, dès lors que cette résolution existait, elle donnait à l'intervention en Libye une légitimité que n'avait pas, par exemple, l'opération Licorne en Côte d'Ivoire (qui lui fut simultanée).

 

Toute action conséquente pour lutter contre l'esprit de prédation de nos Etats et de nos multinationales devrait aujourd'hui oeuvrer à faire remettre en cause la résolution de 2005 par un vote contraire, ce qui ne peut être acquis que si l'on parvient à imaginer une option alternative, "non impériale" au droit de protection tel qu'il a été défini.

 

ps du 1er septembre : Toujours pas de commentaire d'actualité de ma part - mon billet sur Chevènement étant plutôt une réflexion sur les fondements du droit international contemporain. Je mentionne juste une curieuse interview d'hier selon laquelle M. Kadhafi n'avait pas de mercenaires- je n'y crois guère mais je la signale -.  Une meilleure interprétation des faits me semble se trouver ici (sous toute réserve bien sûr) Je relève aussi une déclaration assez stupéfiante du président de la République française ce matin. Beaucoup de médias étrangers la rapportent, mais aucun en France... Je laisse mes lecteurs fouiller pour deviner à quoi je fais allusion. Il va sans aucun doute se passer des choses très préoccupantes autour de l'Algérie, de la Syrie, de l'Egypte et du golfe persique dans les mois qui viennent. Ceux qui veulent faire preuve d'indépendance d'esprit trouveront probablement là matière à exercer leurs neurones sur ces sujets.
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Mauvais système, ou effets négatifs d'un progrès légitime ?

15 Juillet 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

La grande difficulté dans l'engagement politique de notre époque (comme depuis 200 ans pour faire vite), c'est de parvenir à faire la part entre les inconvénients inhérents au processus de modernisation et de rationalisation de la vie humaine, et des erreurs grossières de nos politiques. Il est évident qu'aller prêter main forte aux Etats-Unis en Afghanistan, ou tenter un"regime change" en Libye au nom d'une nouvelle alliance politique franco-britannique relève de la pure folie géopolitique, à l'égard de laquelle heureusement d'autres pays se montrent plus réservés que le nôtre. Et même sur le plan domestique il y a mille mesures aberrantes, justifiées par les arguments les plus loufoques dont il est aisé de démonter la stupidité : par exemple la suppression de la médecine du travail, ou la chasse aux pauvres initiée par la "Droite Populaire" quand on apprend que Total ne paie même pas l'impôt sur les sociétés.

 

D'autres éléments, de plus vaste ampleur, sont plus difficiles à analyser. Par exemple tous les processus de fichage et d'espionnage dont on fait l'objet sur Internet (les réseaux sociaux en particulier) sont  le fruit presque inévitable de l'intrusion de l'informatique dans nos vies, et du besoin qu'ont les gens de s'épancher sur des écrans. On peut se demander avec Asnperger s'il ne faut pas éduquer l'humanité à une forme particulière de sagesse dans son rapport à la technologie (et plus largement à la consommation), mais force est de constater que cette sagesse sera toujours le lot d'une minorité). La tendance majoritaire sera toujours celle qu'on constate aujourd'hui, et la tendance des masses affecte toujours les élites.

 

Tout le processus de haine de l'Etat, haine de la gauche et du militantisme, et la globalisation à tout crin, le culte des flux, et des réseaux, la fascination du zapping, et leur matérialisation dans le programme libéral de "globalisation" sont largement le fruit de la symbiose entre l'individu-consommateur et les nouvelles technologies, dans un rapport d'expansion infinie de la "raison instrumentale" comme disait l'Ecole de Francfort.

 

"Comment peut-on "sauver le processus" dans ce qu'il implique d'augmentation des informations disponibles pour le cerveau humain, et des moyens d'actions sur l'existence (autrement dit de la liberté) en en limitant les effets dévastateurs ?" voilà peut-être la seule question qu'il faudrait se poser. Cette question n'est pas en soi une capitulation. C'est une question audacieuse, mais dont il s'agit de mesurer correctement l'ampleur.

 

Nous avons connu récemment (à l'échelle de l'humanité) une période où la progression des moyens technologiques et de la rationalité des comportements entrait en symbiose sur un mode particulièrement néfaste avec les aspirations des masses : ce fut le fascisme. Ceux qui le combattirent, qu'il fussent libéraux ou marxistes croyaient peut-être vouloir une rupture avec ce système là, mais tous au fond communiaient à la même confiance dans la rationalité et la technologie.

 

Aujourd'hui le système recèle un potentiel de fascisme tout à fait réel, qui s'actualise déjà dans des micro-réalités envahissantes. Je songe par exemple à la tendance actuelle qui plaide pour la suppression des poulaillers même à la campagne, une tendance qui se vérifie dans des condamnations spectaculaires en justice, même si nous n'en sommes pas encore au point que décrit la vidéo ci dessous.

 

 

 

Une liberté fondamentale pourtant qui met en jeu le rapport de l'humain à la nature, et la survie des classes populaires à l'abri des lois du marché. Le poulailler est devenu aujourd'hui une des rares exceptions à la marchandisation du monde, et une exception que les néo-libéraux ont intérêt à supprimer. La difficulté si l'on veut prendre fait et cause contre cette disparition programmée du poulailler, c'est que le développement du débat libéral - encore un effet collatéral de l'augmentation des informations disponibles via la scolarisation de masse, et de la rationalisation de la vie collective - a multiplié les points de vue possibles sur le sujet au point qu'il n'y a plus de socle commun d'analyse possible.

 

Indépendamment même de la volonté libérale de soumettre le monde au bon vouloir des multinationale jusque dans les modes alimentaires, la disparition des poulaillers peut être sincèrement et honnêtement défendue par les défenseurs des droits individuels qui peuvent se prévaloir du degré de tolérance de plus en plus faible des individus à l'égard des pollutions sonores et olfactives causées par autrui (intolérance elle aussi liée à la rationalisation et à la faculté pour tout un chacun de transformer un inconfort en une plainte judiciaire).

 

De même les défenseurs des droits des animaux peuvent prouver, je suppose, que l'exploitation des poules est une faute morale (leur surexploitation par les multinationales l'est encore plus, mais les défenseurs des bêtes peuvent espérer, je suppose, une reconversion des fabriques de tartes aux poulets façon Chicken Run en fabrique de graines de soja).

 

La limitation des effets néfastes du système devient ici des plus problématiques, parce qu'on ne sait même plus, dans le débat, quel fondement adopter, ni trier le bon grain et l'ivraie. On ne sait plus quelle opinion repose sur une défense saine du besoin de rationalité et de progrès, et laquelle est typiquement le résultat indésirable des effets du système. Droits contre droits, vision du monde contre vision du monde, une véritable aporie intellectuelle se dessine, d'où naît un grand découragement collectif, et une méfiance croissante à l'égard de la chose publique, des enjeux collectifs (voire un basculement dans l'irrationnel complet). Le résultat prévisible est une anomie dont les plus forts tireront partie, c'est à dire que les multinationale obtiendront effectivement, dans en Occident du moins, la disparition des poulaillers, sans que l'on n'ait jamais pu établir avec clarté qui, des défenseurs des droits individuels, des défenseurs de la libérté des poules, des avocats du droit à aimer son animal domestique (fût-il gallinacé) et à se nourrir par soi-même, avait intellectuellement raison. Et ainsi pour tant d'autres grands sujets de notre temps...

 

 

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L'irrationnel en politique

25 Juin 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Copie-de-incendie-albassade.jpg Encore beaucoup d'irrationalité dans les débats politiques cette semaine. Par exemple cet article dans la presse algérienne intitulé "APRÈS UN DÉLUGE DE FEU DE TROIS MOIS, EL GUEDDAFI EST TOUJOURS EN POSTE" Cela me rappelle 1999 quand certains esprits légers parlaient de "carpet bombing" à propos de Belgrade. On discrédite une cause avec de trop grands mots. Il n'y a pas de "déluge de feu" à Tripoli. Des frappes ciblées, souvent mal ciblées, avec des ciblages contestables, qui sont autant de crimes de guerre, mais pas de "déluge". Et il n'y a pas besoin de parler de "déluge de feu" pour comprendre que ces frappes sont lâches, perfides, criminelles, absurdes, condamnables. Car le jour où il y aura un vrai déluge de feu nous n'aurons plus de vocabulaire, et les journalistes alternatifs portés vers l'excès seront responsables de l'épuisement des mots.

 

Autres irrationalités de la semaine :

 

Cette histoire de vache à hublots. Tout le monde s'excite contre les scientifiques, on les traite de nazis.

 

 

 

Sauf que cette affaire est tout sauf claire. D'abord au niveau factuel : la vache souffre-t-elle ou non ? Certains disent que non, graphiques à l'appui. Les amis des animaux affirment que oui en tirant prétexte du fait quel'INRA lui-même dans un courrier aurait dit que la douleur restait dans les limites socialement acceptables. Mais de quelle douleur parle-t-on ? Celle de la cicatrisation de la lucarne ? Beaucoup qui ont vu ces vaches affirment que leur souffrance ne saute pas aux yeux ni aux oreilles, en tout état de cause.

On ajoute alors que la vache a droit à l'intimité de sa panse. J'ai de la sympathie pour les vaches et l'abus de leur exploitation me peine, mais il ne faudrait pas que l'anthropocentrisme nous fasse projeter sur elles des pudeurs qu'elles n'ont pas.

 

On se gargarise de grands mots pour légitimer l'équivalence "expérience sur les animaux=shoah" : "front uni des antiracistes et des antispécistes", ai-je lu sur Facebook. L'expression est séduisante. Le projet ne peut pas être considéré à la légère. Je soupçonne hélas ses promoteur de glisser sous ce slogan, au fond, un mépris profond pour l'humanité. Et j'aimerais d'abord que notre espèce guérisse de la haine de soi qu'on lui inculque avant de lui proposer une compassion infinie pour les bovins. Je voudrais aussi que les amis des animaux réfléchissent à ceci : il faut aimer les vaches, les pandas, les visons. Pourquoi pas aussi la bactérie e-coli ? C'est un être vivant aussi non ? Pourquoi arrêter notre amour aux plus grands d'entre eux ? Parce que les plus petits sont nuisibles ? Mais les critères du bien et du mal sont peu clairs dans l'ordre de la nature, de grands biens sortent de grands maux. Et beaucoup de virus et de bactéries sont indispensables à la survie des grands animaux. Où arrêter le curseur de notre sympathie ? Aux mammifères ? A la taille des arachnéens ? En dessous ?

 

Enfin une autre polémique qui fait florès sur les réseaux sociaux. Fukushima. Tout le monde s'excite autour de la vidéo de l'expatrié ci-dessous. L'hystérie est de rigueur. Sauf que cette vidéo ne dit rien. L'expatrié dit que l'on distribue des dosimètres aux enfants. Sage mesure de précaution. Mais où est le preuve que les radiations sont toujours élevées, et qu'elles ne diminuent pas ? On peut dire que la preuve personne ne peut l'avoir, que les scientifiques ne sont que des menteurs. C'est possible. Mais en s'agitant autour de documents qui ne présentent aucun fait tangible, on s'habitue un peu trop facilement à s'exciter sans preuve objective et à se résigner à ce qu'aucune preuve ne puisse jamais être avancée en faveur de quelque thèse que ce soit, comme aux pires heures des totalitarismes du XXe siècle. Pas étonnant qu'ensuite cette paresse intellectuelle, qui fait passer l'affect et le relativisme devant tout effort de réflexion posée conduise certains à rechercher, en dernier lieu, leurs arguments dans le Nouveau Testament, le Coran, le Talmud, ou dans le prêche du premier gourou de secte qui passe. Ne nous résignons pas à l'obscurantisme !

 

 

 
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