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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #debats chez les "resistants" tag

"Esa ola ya no parará más"

6 Mars 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Franchement je n'ai presque pas écouté les commentaires des médias sur la mort de Chavez. Il suffisait de laisser traîner l'oreille pour entendre les crétins de journalistes parler de l' "autocrate", du "démagogue" de l' "ami d'Ahmadinejad" etc. Je n'ai pas relevé. Je sais qui sont ces gens, quelle est cette caste. Je savais qu'ils diraient cela. Et ça n'a aucune importance. C'est faire un trop gros cadeau à ces imbéciles que d'écouter leurs mots.

 

concentrAu milieu de tout cela, il y avait la voix de Mélenchon. La faiblesse et les maladresses de Mélenchon. Il a critiqué ceux qui n'ont aucune décence devant la mort d'Hugo Chavez. Sa faiblesse ? Parce qu'il a dit qu'il ressentait aujourd'hui, Mélenchon, la "haine des puissants", une haine qu'il partageait avec Chavez. C'est faible, c'est maladroit, parce que c'est exactement ce que ses adversaires attendent : qu'il s'enferme dans le rôle de l'homme fiéleux, de l'homme du ressentiment comme dirait Nietzsche.

 

f_te_de_l__huma_2006_008.jpgMais j'ai de l'affection pour cette faiblesse à cet instant précis, justement parce qu'elle n'est pas stratégique, pas "marketing", pas dictée par un "spin doctor". C'est le faux-pas de celui qui a un système planétaire contre lui et qui pleure la mort d'un camarade de combat. Quand le camarade meurt on ne doit pas commettre d'erreur, car c'est un grand moment de vulnérabilité collective. Et pourtant il faut qu'il y ait l'erreur à ce moment-là, le mot inopportun, l'aveu de faiblesse, sinon cela signifie que l'on est inhumain, que l'on suit le programme d'une machine.

 

Le Parti Communiste de russie sous-entend que Chavez a été assassiné. "Oh les vilains complotistes" dira-t-on. Moi je ne sais pas si Milosevic, Arafat, Chavez, ont été assassinés. Mais peu importe. On sait que les individus ne peuvent pas grand chose contre les systèmes. Milosevic n'était pas anti-système (et je n'avais guère de sympathie pour lui), Arafat l'était un peu plus (et je l'appréciais plus), Chavez totalement. Mieux vaut pour un pays avoir un Fidel Castro pendant 50 ans qu'un Chavez pendant 14, mais 14, de toute façon, c'est déjà beaucoup. Ce qu'il faut c'est qu'il y ait une jeune garde qui sache reprendre le fambeau. Existe-t-elle à Caracas ? Je ne sais pas.

Chavez_reelu_dimanche_AFP_-2-copie-1.jpg

Mais oui, c'est cela qui compte le plus : que la société reste en ébullition malgré le décès du premier dirigeant révolutionnaire, qu'elle continue à produire des génies.

 

Je parcourais encore récemment un livre de ce vieux réac de Bernanos devenu complètement anarchiste sur le tard, qui voulait réconcilier la Révolution et sa monarchie à lui. Il considère la Révolution de 1789 qu'il appelle le "Grand mouvement" (une expression qu'utilisaient ses contemporains parait-il) comme un débordement d'optimisme, le point le plus avancé de l'esprit de générosité de la France, unissant peuple et aristocratie (dans la nuit du 4 août et la Fête de la Fédération) aux antipodes de l'esprit de haine et de revanche, quelque chose que seul le pays dont toute l'Europe reconnaissait à l'époque la supériorité culturelle à l'époque pouvait réussir, et qui n'eût pas son pareil par la suite.

 

Je ne sais pas si la Révolution française fut cela, mais il est clair que c'est de cela que toute révolution doit s'approcher : un mouvement perpétuel, ouvert, toujours prêt à aller de l'avant, et qui charrie chaque année de nouveaux génies et de nouveaux soldats de l'an II. Je souhaite à la révolution vénézuélienne post-Chavez d'être comme cela aussi.

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Sociologie des ex-maos : Jean-Marc Rouillan au Havre

1 Mars 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

On parlait à l'occasion du décès d'Oscar Niemeyer en décembre du Volcan au Havre. Il semble toujours tenu par la CGT si l'on en croit le journal local, qui, hier, interviewait Jean-Marc Rouillan, ancien responsable d'Action Directe, qui s'y exprimera le 5 mars prochain. Cette visite suscite l'indignation du sous-préfet et du député-maire UMP, alors que selon l'intéressé celui-ci a pu parler librement au centre culturel contemporain de Barcelone et dans divers théâtres français sans susciter de polémique. Il interviendra en marge de la représentation de la pièce de théâtre d'Angela Dematté "J'avais un beau ballon rouge" sur la vie de Mara Cagol, épouse du fondateur et idéologue des Brigades Rouges en Italie (pour info Romane Bohringer et son père Richard Bohringer jouent dans la pièce qui a reçu de nombreux prix, cela fait un peu penser au film "Bonjour la nuit", avec Maia Sansa).

 

mao.jpgA propos de Rouillan, un ex-mao de sa génération resté proche du NPA écrit sur sa page Facebook : "Il évolue finalement comme pas mal d'anciens maos ( je ne parle pas de ceux qui font maintenant allégeance aux propriétaires du Monde) même s'il était de culture plus libertaire à l'origine. Jean Marc et ses copains faisaient des braquages pour imprimer des textes et les diffuser dans l’Espagne franquiste . Outre les classiques situationnistes comme le pamphlet de la misère, en milieu étudiant, il y avait des textes conseillistes et luxembourgistes, ainsi que le droit à la paresse de Lafargue, le gendre de Marx. Action Directe fut crée à partir d'un noyau libertaire et d'anciens de la gauche prolétarienne ayant refusés l’auto dissolution du groupe par Benny Levy, le secrétaire de Sartre et Gesmar. Je connaissais Toulouse vers les années 1976 77, et les copains objecteurs là bas me parlaient du flop de Benny Levy pour expliquer sur le terrain aux militants les raisons du sabordage de la GP. Ces militants rejoindront les GARY crées après l'assassinat de Salvator Puig Antich. La plupart des personnes qui rejoindront Rouillan étaient des filles ou fils de résistants et plus particulièrement liés à la FTP MOI. Je tiens aussi à préciser que nous vivions le début du chômage de masse et la fin des années utopiques liées à 68. Les copains qui, comme moi ; n'avaient pas de diplôme et qui refusaient l'horizon de l'enfermement dans l'usine réagissaient d'une manière plus viscérale . Ce sont les paysans du Larzac qui m'ont sauvé de ce qui fut finalement une impasse. Cela est une autre histoire . Toutefois Rouillan et ses potes restent des Camrades avec un grand C"


republica-espanola

Cela me rappelle qu'un de mes oncles, fils de républicain espagnol, était lié aux maoïstes dans les années 1970, notamment au FRAP, vu que le PCE les avait laissés tomber.

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Les temps difficiles de la lutte anti-ingérence

10 Février 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Vous voyez où en est la Tunisie ? Avec la gauche qui crie "Au secours la France" et les islamistes "France Dégage" ? Ily a une séquence de l'impérialisme qui s'est ouverte avec la guerre de Bosnie et qui s'est close avec la guerre de Libye.

 

Pendant cette phase s'opposer à la violation de la souveraineté des peuples, au détournement des résolutions de l'ONU etc était un combat juste pour défendre les Etats issus de la victoire sur le nazisme (la Yougoslavie) ou de la décolonisation (tant pis d'ailleurs pour ceux qui - c'est à dire là grande majorité des gens - ont vécu cette période sans comprendre qu'il y avait un enjeu important à prendre fait et cause contre les excès des Occidentaux). La phase actuelle (qui en réalité a été préparée depuis 2005 par la montée en puissance des pays émergents, l'arrivée au pouvoir des islamistes en Afrique du Nord etc, les équations sont devenues terriblement complexes. Cette complexité, je l'ai souligné dans mes livres, existait avant aussi, quand par exemple en 2000 l'opposition serbe à Milosevic nous mettait en garde contre un soutien trop actif aux simplifications de Michel Collon par exemple. Mais aujourd'hui, où, en Egypte, en Tunisie et sans doute ailleurs vous aurez une moitié de la population, au pouvoir, qui suivra les journ-e-de-la-jupe.jpgprédicateurs du Qatar et d'Arabie Saoudite, quand une autre priera Saint Obama ou Saint Hollande pour sa survie, il sera difficile de crier "non ingérence", "non ingérence". Bien sûr on pourra toujours pointer le double jeu de l'Occident, son soutien caché à certains islamistes, ses simplifications sur la situations sociales des pays, son action globale qui affaiblit les Etats du Sud, etc. Mais des problématiques très compliquées, comme celles de la laïcité, de la libération des femmes, etc, qui sont des problématiques philosophiques, nées de mauvaises directions prises par toute une époque, l'imbrication entre le sort des pays d'Afrique et celui des diasporas en France, toute cette évolution typique des années 2010 vont nécessairement retenir l'ardeur des opposants aux ingérences, sauf bien sûr la frange complotiste et délirante pour qui, évidemment, tout n'est que théâtre d'ombre (et donc tout est facile à vomir et à rejeter).

 

Pour avancer sur un sol plus solide, il faudrait que les pétromonarchies disparaissent (encore que M. Guaino nous dira qu'elles stabilisent un jeu qui serait autrement dangereux s'il n'y avait que des bandes rebelles livrées à elles-mêmes de la Mauritanie au Pakistan). Il faudrait surtout que l'Occident repense les droits des individus, les rapports hommes-femmes etc, pour ne plus donner prise à l'opposition modernité-tradition, laïcité-religion. Ne plus investir de réflexes arrogants, d'esprit de croisade, dans notre défense des "droits de l'homme", dont d'ailleurs le contenu lui aussi serait à revoir. Le pouvons-nous ? Il n'est pas trop tard pour s'y mettre, en tout cas.

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Lisez ceux qui ne pensent pas comme vous

2 Février 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Je le dis, et je le répète, à mes lecteurs, notamment les plus jeunes : lisez les médias qui ne pensent pas comme vous. C'est une bonne école de liberté et d'intelligence, car cela vous force aussi bien à vous rapprocher des faits qu'à améliorer la cohérence de vos grilles de lecture.

 

engrenage.jpgLisez par exemple cet article dans Haaretz où l'on apprend que le ministre des affaires étrangères turc en visite en Serbie a reproché au président syrien Assad de ne pas avoir répliqué militairement au bombardement israélien sur son territoire cette semaine. Les pro-palestiniens qui aiment le régime d'Assad vont avoir du mal à expliquer après ça que l'opposition armée syrienne aidée par le gouvernement turc fait le jeu d'Israël. Sauf à prouver que le ministre turc a tenu ce discours uniquement pour créer un rideau de fumée alors qu'il serait au fond de mèche avec Netanyahu (mais alors n'a-t-il pas pris un risque à l'égard de l'opinion publique israélienne ? D'autant plus qu'il l'a fait à l'occasion d'une visite dans un pays ami d'Israël, la Serbie... et à l'heure où l'OTAN, elle aussi amie d'Israël, arme la Turquie de missiles Patriots). Et les pro-palestiniens proches de l'opposition syrienne peineront à comprendre pourquoi Israël attaque un gouvernement (celui de la Syrie) que la Turquie accuse d'alliance secrète avec Tel-Aviv. Le propos sur la Syrie est-il simplement outrancier (car après tout, comment Damas peut-elle répliquer militairement quand elle doit affronter une guerre civile sur son territoire ?), et si oui, pourquoi oser une énormité au risque de se dicréditer, pourquoi celle-là, et pourquoi maintenant ? L'Orient devient décidément de plus en plus compliqué... et la Turquie en particulier...

 

Dans un ordre plus anecdotique mais toujours dans la rubrique des écrits des gens qui ne pensent pas comme nous, je trouve, sur un site dont je ne partage pas du tout les idées, une remarque amusante sur un de mes anciens éditeurs. Le petit problème que pointe l'article avait déjà nourri des discussions aigres dans la mouvance "anti-impérialiste" dans les années 2000. Il n'est d'ailleurs amusant qu'à moitié car, au fond, il pose la question très sérieuse des conditions de fonctionnement des petits éditeurs alternatifs, et de leur capacité d'articuler grands idéaux et "éthique de la responsabilité", pour parler comme Weber, une articulation à laquelle j'accorde personnellement beaucoup de prix, mais dont on connaît toute la difficulté.

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Mali (suite)

14 Janvier 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

A mesure que le temps passe, je ne vois que des raisons de confirmer mon précédent billet sur le Mali. Et j'approuve la remarque de M. Chevènement : "Un coup d'arrêt devait être donné à la décomposition de l'Etat malien dont la survie était menacée par la progression des colonnes islamistes vers Bamako".

 

Au milieu de tout cela M. de Villepin et M.Mélenchon se font de la pub, libre à eux. Comme on pouvait le craindre les anti-impérialistes dogmatiques (et parmi eux, regrettons le, Mme Aminata Traore), y vont de leurs couplets irresponsables voire délirants : Hollande sape les efforts diplomatiques de l'Algérie, il s'agit d'une recolonisation du Mali, voulue pour faire main basse sur des bases militaires, sur des ressources naturelles, pour stopper l'immigration illégale etc. On rêve ! Mais sur quelle planète vivent ces gens ? Ils font tout simplement l'impasse sur le fait qu'il y a 8 jours les islamistes ont lancé l'offensive vers le Sud, et que sans la France ils seraient déjà à Bamako. Jusque là Hollande était sur la ligne de l'Algérie, après l'offensive des intégristes il ne l'était plus voilà tout, et il a bien fait de changer d'avis.

 

J'ai vu dans mes courriers un responsable communiste "anti-impérialiste" dire que la France ne devait pas intervenir parce qu'aucune puissance extérieure n'était en cause dans ce conflit. Ah bon ? Ansar Dine n'est-elle pas liée au Qatar, et les salafistes à l'Arabie Saoudite ? Quelle mauvaise plaisanterie ! Ces gens (les anti-impérialistes) hurlent parce que la France fait le jeu des islamistes en Syrie et, pour une fois que la politique française se départit un peu de l'emprise qatarienne cela ne leur convient pas.

 

Leur point de vue serait valable s'ils nous prouvaient que l'offensive islamiste contre le Sud du Mali est un montage, qu'elle n'a pas existé, ou qu'elle a été provoquée par les services français, comme, si l'on veut, l'invasion du Koweit par Saddam Hussein en 1990 avait été encouragée par l'ambassadeur des Etats-Unis (ou comme les massacres de Racak au Kosovo en 1999 avaient été falsifiés par le mission de maintien de la paix de l'OSCE infiltrée par la CIA). Si un jour ce genre de preuve est apportée concernant le Mali, alors je croirai que l'intervention militaire française était une manoeuvre impérialiste. Pour l'heure, j'y vois seulement l'unique remède viable (Mme Traore en propose-t-elle un autre ?) pour compenser un peu les effets désastreux de notre intervention illégale et illégitime en Libye, qui fut à l'origine directe de la tragédie malienne actuelle.

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Bonapartisme(s)

9 Janvier 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Le bonapartisme est un phénomène très intéressant à examiner dans nos systèmes politiques modernes. La tradition marxiste l'a examinée dans sa dimension historique première - le coup d'Etat militaire qui vient rassurer le peuple au terme de l'anarchie révolutionnaire (problème très important et sans solution évidente). Mais au fond ce phénomène se prolonge sous diverses formes non-militaires et/ou en dehors des périodes révolutionnaires.

 

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Le boulangisme en France ou le chavisme au Venezuela furent des phénomènes bonapartistes très largement militaires (du fait de la fonction de leur leader et de la nature des forces sociales qu'ils étaient susceptibles de mettre en branle) mais hors période révolutionnaire. Le gaullisme aussi. Mais il y eut aussi des bonapartismes non militaires comme le stalinisme (Trotski a mon sens eût raison de désigner comme tel le putsch de Staline et de sa bande au sein du PC soviétique) et, d'une manière générale, tout populisme reposant sur le charisme d'un chef (et non sur l'esprit de discussion rationnelle d'une direction collégiale) peut être qualifié de bonapartiste : le berlusconisme en Italie, le régime de Saddam Hussein en Irak (en tant que la famille Hussein avait fait main basse sur le Baas, si l'on me pardonne cette alitération), celui de Berlusconi en Italie ou celui de Loukachenko en Biélorussie (Loukachenko, outsider étranger au PC biélorusse devenant le héros de sa nation, comme Smirnov en Transnistrie). Il y a des bonapartismes soutenus par l'armée, d'autres par les banques. Je me souviens de Bourdieu qualifiant de "putsch bonapartiste" ou de "18 Brumaire" contre les institutions académiques les interventions des philosophes médiatiques à la BHL.

 

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Le bonapartisme est un phénomène ambigu qui résulte du goût de l'humanité pour les individualités fortes qu'elles désignent comme leur chef (un goût que nous avons en commun avec beaucoup d'autres primates, et qui est donc probablement génétique), et de la médiocrité (voire de la paralysie) souvent avérée des mouvements reposant sur des logiques plus collégiales (du fait notamment que ne s'y affirme aucune personnalité d'envergure - comme le gouvernement Ayrault aujourd'hui, si l'on veut).

 

Le bilan de chaque forme de bonapartisme constatée dans l'histoire est toujours très complexe à réaliser. Leurs dérives monarchiques ou tyranniques ont toujours été dénoncées (surtout dans les contextes de difficultés économiques ou de défaite militaire, la "mégalomanie" du leader devenant le bouc émissaire (et le bouc émissaire pas toujours innocent), des problèmes rencontrés. Il est toujours difficile de savoir après-coup, si le bonapartisme a sauvé le pays (son indépendance, son système social etc) ou s'il l'a affaibli, s'il l'a fait progresser et régresser socialement, économiquement, etc (les systèmes bonapartistes étant souvent tantôt "sociaux", tantôt plus enclins au compromis avec le pouvoir financier, et souvent très propices à la corruption, mais on ne sait pas s'ils sont nécessairement plus corrompus que, par exemple, les Républiques libérales). Ils sont solides en tant qu'ils dynamisent souvent beaucoup de secteurs sociaux, notamment les plus dominés (songez à l'énergie déployée par le petit peuple français pour aller se battre pour l'Empereur... et apporter le code civil en Europe de l'Est), fragiles aussi en tant qu'ils dépendent des faiblesses humaines du dirigeant (et disparaissent avec lui).

 

On ne peut pas nier, je crois, que le bonapartisme accélère l'histoire. Il débloque des situations stagnantes, lorsqu'il bouscule les oligarchies et les vieilles aristocraties impotentes. Mais c'est toujours un pari risqué qui peut entraîner, in fine, des pertes collectives bien supérieures aux gains. Je ne crois pas que la France ait beaucoup perdu dans le bonapartisme de Napoléon Ier, ni le Congo avec celui de Mobutu, par exemple (surtout si l'on compare avec ce qui a suivi). Il fut en revanche désastreux au Panama, avec Noriega (mais en partie à cause des obstacles posés par les puissances étrangères). La perte principale (qui fait qu'un esprit de gauche hésite toujours à soutenir le bonapartisme, ou n'accorde son soutien qu'à des Bonaparte dont la vertu civique et la fibre sociale paraissent assez avérées) tient bien sûr au fait que plus encourage le culte du charisme personnel dans une société moins on se donne les chances d'avoir un humanité plus autonome et rationnelle à long terme. Si bien que le bonapartisme, pour un esprit de gauche, ne peut être, au mieux, qu'un expédient.

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Les chemins droits

5 Janvier 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Allez, je continue à jeter sur ce blog les remarques qui me viennent à l'esprit. Ca ne sert à rien, mais c'est moins fatiguant que d'écrire un nouveau manuscrit de livre qui de toute façon ne trouvera pas d'éditeur.

 

Alors voilà, en deux mots:

 

1) Si vous n'avez rien à faire, écrivez à l'agence de presse qui a publié l'article sur Pétroplus ici que Pierre Mendès-France était radical-socialiste et pas socialiste. De mon temps c'était au programme de terminale, donc ça devrait faire partie du bagage de n'importe quel journaliste. Mais bon, on voit bien qu'aujourd'hui les propagandistes de nos agences n'ont plus aucune "bagage" d'aucune sorte.

 

2) Il faut être idiot pour refuser l'euthanasie d'éléphants qui peuvent refiler la tuberculose aux êtres humains, et plus idiot encore de croire qu'on traite mieux les animaux en Russie. Avec des ennemis comme Depardieu et Bardot, Hollande n'a pas à s'inquiéter.


3) Les écrivains réactionnaires, du moins ceux qui furent intelligents et honnêtes (c'est à dire pas beaucoup) ont raison de condamner toute forme de terrorisme, parce que le principe du terrorisme est la lâcheté. Car qui s'abandonne à approuver la lâcheté des autres n'aura pas de courage dans sa propre vie.

 

Je ne parle pas du terrorisme du désespéré sous armée d'occupation qui se fait sauter dans un lieu public, lorsque celui-ci n'a aucune arme suffisante pour affronter la force des occupants en surnombre. Je parle du terrorisme des bandes qui profitent de la faiblesse d'un Etat comme les sans-culottes dès 1790, ou du terrorisme d'Etat contre des opposants affaiblis et même contre des neutres (le terrorisme franquiste dénoncé par Bernanos appartient à cette catégorie).

 

J'approuve Châteaubriand quand, parlant de Mirabeau (Mémoires d'OT p. 399) il dit : "il laissa échapper quelques mots d'un souverain mépris contre ces hommes se proclamant supérieurs, en raison de l'indifférence qu'ils affectent pour les malheurs et les crimes", et encore : "il n'était corrompu que pour lui, son esprit droit et ferme ne faisait pas du meurtre une sublimité de l'intelligence".

 

anII

De ces esprits minables qui se croient supérieurs "en raison de l'indifférence qu'ils affectent pour les malheurs et les crimes" j'en ai croisés pas mal dans les cercles anti-impérialistes, et il y en aura de plus en plus parmi les "cyber-militants" aux regards embrouillés devant leurs écrans d'ordinateurs. Ce sont ceux-là qui m'accusent d'être "payé par le système" parce que je ne suis ni pour ni contre le régime syrien (hé oui le Scientifique belge, on peut être niniste parfois !).

 

Parmi ces esprits hors du réel, qui seraient des extrémistes à la section des piques si le système capitaliste et Internet n'avaient coupé leurs mains, un certain nombre en ce moment continuent de se jeter sur la première rumeur qui passe, notamment celle selon laquelle la France aurait ordonné l'assassinat de Chavez en 2008. Les preuves sont minces, et le bon sens pour l'instant (sauf si d'autres éléments nous sont fournis) ne plaide pas en faveur de leur thèse : un agent français qui serait condamné à seulement quatre ans pour détention illégale d'armes à Caracas, qui peut croire qu'une peine aussi légère l'aurait frappé si, comme le prétend la ministre vénézuélienne sur Twitter, ils avait "avoué" vouloir tuer le président ?

 

Chateaubriand fut détourné de l'esprit de la Révolution (dont il approuvait les principes) par le terrorisme des extrémistes écervelés, et la vanité de ceux qui en faisaient l'apologie (parmi lesquels un bon nombre de transfuges de l'ancien régime), comme Bernanos fut détourné du franquisme par les mêmes causes. Mais combien de milliers d'aveugles, de lâches et de cyniques pour un seul de ces esprits justes et courageux ?

 

Lisons donc les justes, alors. Posons nous les questions qu'ils posent : qu'eût été la France si Mirabeau avait survécu, ou si Louis XVI avait abdiqué en juin 1789 comme certains le lui demandaient ? Suivons leurs réflexions lucides (tout en nous défiant de ce qui sous leur plume excède les bornes de la raison). Tachons de garder le parti de la culture, de l'intelligence, de la lucidité, qui n'implique nullement un ralliement aux pouvoirs en place mais permet au contraire de maintenir une ligne d'opposition irréprochable. Tout écart hors de ce chemin éthique compromet en réalité les résistances, et les discrédite sur le long terme.

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Vaccin cubain contre le cancer du poumon

3 Janvier 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

vacuna.jpgCertains ont parlé il y a peu d'un vaccin contre le cancer du poumon qui aurait été découvert à Cuba l'an dernier. La nouvelle semble se confirmer, puisqu'après CIMAvax EGF enregistré en janvier à la Havane 2011, un second vaccin cubain Racotumomab a été expérimenté dans 86 pays et certifié récemment barbudo.jpgsur la grande île selon les agences occidentales. Ce vaccin ne permet pas de prévenir la naissance des cellules cancéreuses mais d'en stabiliser le développement. Une avancée importante dans ce pays où l'on fume beaucoup et où 22 000 personnes meurent du cancer du poumon chaque année, et une source d'espoir pour les autres pays où le vaccin sera diffusé.

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A la niche !

28 Décembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Ah mes chers lecteurs comme elle est douce et tendre cette fin de mois de décembre, vous ne trouvez pas ? Les plans de licenciements se multiplient, mais la France bourgeoise persiste dans son ronronnement paisible (une fausse paix, bien sûr hantée par mille culpabilités et mille découragements mais qu'importe). 640 euros le budget moyen des cadeaux de Noël, qui dit mieux ? Donc ne nous étonnons pas s'ils ne se passe rien, strictement rien. Les Indignés, les Anonymous, et autres jeunes exaltés fumeurs de teuch sont rentrés gentiment chez papa-maman. Les complotistes s'exaltent entre eux, au fond de leur chambre, contre les "sionistes", les "francs-maçons" etc pour surtout n'avoir pas à organiser des luttes sociales. Il n'y a pas d'action politique, nulle part. Et le gouvernement peut à loisir tancer le PCF pour une vidéo trop incive contre notre président adoré, avec des menaces à peines dissimulées pour les prochaines municipales. "A la niche le PC". A la niche les contestataires !

elephantJ'ai ri en lisant Le Monde cet après-midi, quand j'ai vu qu'un collectif de profs de Sciences Po (surtout des profs américains, dont l'ineffable Fukuyama, l'ex-prophète de la "fin de l'Histoire"), tancent la Cour des comptes, et lui reprochent de n'être point assez sensible au charme de la "fluidité" ! Ah, la fluidité de M. Descoings ! Laissez nous donc être fluides, et cessez d'embêter le très fluide M. Casanova. En 1981 on se demandait s'il fallait absorber Sciences Po dans l'université, aujourd'hui on soumet l'université à la loi des grandes entreprises, et l'on blâme l'Etat actionnaire de l'IEP d'oser reprocher à M. Descoings son salaire, encore bien inférieur à celui de directeurs de grandes écoles américaines (sic). L'Humanité rappelle aujourd'hui dans son édito que Mme Bettencourt est assise sur un capital égal au PNB de la Tanzanie ou de la Côte d'Ivoire. But who cares ? Who cares ?

"Nous nous battrons jusqu'à ce que plus aucun d'entre vous n'ait le sens de la dignité politique". Voilà la devise de notre grande presse et de nos responsables politiques. Et l'entreprise marche assez bien. Tout le monde s'accommode assez bien de l'abjection. Quand je dis "tout le monde", je dis aussi toute notre planète. La raison du plus fort et du plus riche n'y a jamais été aussi populaire.

 

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Malala Yousafzai

10 Octobre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Le monde est étrange. Sur la page Facebook du contributeur de l'Atlas alternatif Vijay Prashad je trouve cette photo. Il paraît que c'est une photo de Malala Yousafzai, 14 ans, dans une école de marxisme du district de Swat au nord du Pakistan.

 

J'avais beau savoir qu'il y avait des marxistes au Pakistan (j'en ai trouvé un pour écrire l'article de l'Atlas alternatif sur le Pakistan), je n'aurais pas imaginé une structure communiste dans cette région en proie aux attaques des Talibans, mais en fait le nom "national marxist school" fait plutôt penser à une université d'été qui se serait tenue occasionnellement là (mais pourquoi dans cette zone si exposée aux agressions ?).

 

malala.jpg

 

Cette fille s'était rendue célèbre en devenant à 13 ans blogueuse pour la BBC. Hier un type s'est approché de son bus à la sortie de son école et à tiré sur cette fille et deux de ses amies. Elle a pris une balle dans le cou, et une dans la tête. Elle est dans un état critique dans un hôpital de Peshawar. L'acte a été revendiqué par les talibans. Elle a reçu la visite d'un général pakistanais (le gouvernement pakistanais lui a déjà donné de nombreuses récompenses).

 

Le 3 janvier 2009 elle écrivait :

"I had a terrible dream yesterday with military helicopters and the Taleban. I have had such dreams since the launch of the military operation in Swat. My mother made me breakfast and I went off to school. I was afraid going to school because the Taleban had issued an edict banning all girls from attending schools.

Only 11 students attended the class out of 27. The number decreased because of Taleban's edict. My three friends have shifted to Peshawar, Lahore and Rawalpindi with their families after this edict.

On my way from school to home I heard a man saying 'I will kill you'. I hastened my pace and after a while I looked back if the man was still coming behind me. But to my utter relief he was talking on his mobile and must have been threatening someone else over the phone."

 

C'était quand les Talibans avaient pris possession de sa vallée. Puis le district avait été repris par les forces gouvernementales. Les Talibans ont dit qu'ils la prendraient à nouveau pour cible si elle survivait.

 

Cela discute dans tous les sens sur les forums pakistanais pour savoir si ce drame est seulement dû aux talibans ou si la médiatisation de l'activiste ne l'a pas aussi mise dans la ligne de mire (mais que vaut un combat politique non médiatisé ?). Des anti-impérialistes (cf ici) se demandent si elle n'était pas devenue un pion dans le jeu américain, d'autant qu'elle aurait dit à la TV pakistanaise qu'Obama était son idéal.

 

Toute la dimension poisseuse du monde actuel se trouve dans cette tragédie : les bonnes intentions occidentales, le combat pour les droits des femmes ,en symbiose objective avec le système médiatique et de plus en plus happé par lui, le fascisme intégriste lui-même entraîné dans la "politique spectacle" sur le versant du crime.

 

Ce funeste cocktail fait des morts tous les jours. La communiste iranienne Maryam Namazie (membre du Parti communiste-ouvrier d'Iran, mais ça n'a rien à voir avec le Toudeh ex-pro soviétique) à Londres déshabille douze femmes pour un calendrier qui se veut "révolutionnaire", parmi lesquelles une majorité d'inconnues dont le seul mérite est d'être nues. Dans le nombre, une Femen ukrainienne. Elles se sont installées à Paris en août, invitées par une conseillère régionale écolo électrice de Mélenchon d'origine maghrébine, qui a faussé compagnie à Fadela Amara dans Ni Pute ni soumise puis a réintégré le mouvement récemment. Leurs militantes préparent des actions chocs dans nos banlieues. On dit que les Femen sont payées pour se désaper (comme on dit aussi que le Front de Gauche serait compromis dans l'implication de Haouaria Hadj-Chikh maire adjointe à la mairie des 13e et 14e arrondissements de Marseille comme intermédiaire de l'ANELD dans la réception du fonds d'investissement qatarien, mais là pour le coup, c'est pousser le bouchon de la rumeur un peu loin !). En tout cas tous les combats sociétaux, pour un féminisme à l'occidentale, pour un féminisme anti-impérialiste etc se jouent autour de la mouvance communiste et d'extrême gauche. C'est en soi quelque chose de très instructif. Je n'aimerais pas être un élu du Front de Gauche et devoir arbitrer, dans ma mairie, entre les différentes orientations "sociétales" de l'extrême gauche, les tendances pro-Ni Putes ni Soumises et anti, tous ces groupuscules en effervescence. Cela doit être épuisant.

 

En attendant les Talibans existent toujours. Et les activistes des droits des femmes (comme d'ailleurs les syndicalistes pour les droits des salariés, mais ça, nos médias l'oublient juste un peu) continuent de se faire tirer dessus dans certaines zones "à risque".

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L'Occident, la Russie et les agitations salafistes

14 Septembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Je regardais ce soir sur Russia Today un débat consacré à l'effervescence islamiste des derniers jours dans le monde arabe. Le contributeur de l'Atlas alternatif Vijay Prashad y était convié, ainsi qu'une analyste londonienne, et un représentant d'un lobby américano-syrien. Je me doutais depuis hier que les Russes trop contents de voir se confirmer dans cet événement les sombres prédictions que leur inspiraient les révolutions arabes en 2011 débattrait en long et en large sur les insurrection salafistes. Je fus en revanche plu surpris de voir que cette télévision n'avait pas plus que les Occidentaux le sens du débat démocratique. Le représentant du lobby américain était sans cesse interrompu et ne pouvait développer aucun argument. C'en était grotesque, du Arte ou du France 24 à l'envers.

 

11-septembre-copie-1.jpg

L'attentat contre l'ambassade américaine de Benghazi, les troubles en Egypte, au Yémen, sentent l'action coordonnée par les réseaux salafistes. Les plus conspirationnistes (ceux pour qui Al Qaida est un "junior partner" occasionnel de la CIA) diront qu'il y a peut-être une entente entre les réseaux de droite américains qui ont conçu le film à deux centimes produit contre les musulmans et les radicaux islamistes qui a mis le feu aux poudres. La communauté d'intérêt entre les deux mouvances est en tout cas très nette, sur le dos des "tièdes" comme Obama (dont je persiste à regretter que les "anti-impérialistes" continuent de l'identifier à Bush, voire à le trouver "pire que Bush" comme un article du "Grand soir" le dénonce, tout comme ils inventent le mythe d' "Hollandozy" en France). Il ne leur faut pas de "modérés", ni dans le monde musulman ni en Occident. Y arriveront-ils ? En tout cas la nervosité monte dans les médias. Certains, comme en 2001, commencent à avancer qu'on devrait quand même réprimer un peu le régime saoudien (qu'on reste quand même loin de traiter avec la même sévérité de Bachar-el-Assad. Mais bon, tant que nous aurons besoin des Saoudiens pour faire baisser le cours du pétrole, et modérer le régime l'antisionisme montant du gouvernement égyptien (qui joue une carte difficile et intéressante en ce moment) nul doute que nos propagandiste sauront se taire.

 

Ce jeu compliqué entre salafistes, confréries des Frères musulmans (qui ne sont même pas homogènes entre elles), libéraux pro-occidentaux (comme l'actuel président libyen), amis de l'Iran, vestiges du nationalisme laïque (en Syrie, dans une certaine opposition égyptienne, en Tunisie...), minorités religieuses (chrétiennes notamment, avec toutes les nuances qui les traversent), semble avoir une issue des plus indécises. Beaucoup parlent de l'instabilité de l'Europe dont la monnaie unique pourrait bien voler en éclat, de celle des Etats-Unis au bord du gouffre financier, ou de la Russie au gouvernement affaibli depuis la réélection de Poutine. Mais ce n'est rien à côté du Maghreb et du Machreq où l'on sent que des coups dans tous les sens peuvent être tentés par les divers groupes qui s'affrontent dans chacun des pays. Je ne suis pas particulièrement optimiste sur le degré d'intelligence dont nos gouvernements sauront faire preuve dans cette région du monde (surtout sous la pression des va-t-en-guerre qui agitent nos médias), notamment si cela jusqu'à des interventions ouvertes contre la Syrie, contre l'Iran, ou contre tout autre pays qui basculerait dans un anti-américanisme trop virulent, mais je ne suis pas tout à fait convaincu non plus par le pessimisme russe. Beaucoup de valeurs de progrès sont en péril dans ces pays (et sans doute plus que dans les nôtres), mais pas forcément de la manière que l'on croit. La poussée islamiste peut renforcer leur sens de l'indépendance, ce qui est toujours bon pour la conscience civique. Si elle peut nuire à la condition féminine par exemple (et donc aux hommes par contrecoup) rien n'indique que la vision médiévale d'Al Qaida soit vouée à triompher. Des compromis entre laïcité et islamisme sont possibles au delà de la Méditerranée. Par exemple même dans le giron islamiste des formes de féminisme existent, parfois mal comprises par les Occidentaux. Le pire n'est jamais assuré. Et d'ailleurs la France serait bien inspirée de jouer la carte de  l'optimisme et d'encourager là-bas l'émergence de troisièmes voies partout où c'est possible.

 

En revanche il est certain que nous-mêmes devons, en Europe, nous protéger, redoubler de vigilance à l'égard de la mouvance salafiste (avec tous les moyens répressifs et éducatifs nécessaires, y compris à l'égard des bailleurs de fonds "amis" comme le Qatar), aussi bien d'ailleurs qu'à l'égard de tout fondamentalisme chrétien ou laïciste (je ne dis pas "laïque") qui veut, dans l'opinion publique, réduire l'islamisme à la seule vision d'Al Qaida. Nous le ferons d'autant mieux que nous défendrons avec ardeur nos institutions, sans tomber dans le piège de l'identitarisme occidental. Une ligne qui n'est pas facile à tenir, mais qui est la seule viable.

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Philosophie de la vérité et contestation politique

12 Septembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Un correspondant me transmettait tantôt un article de Jean Bricmont à propos des listes de dénonciation que rédigent les collégiens "anti-fas", anti-conspirationnistes etc (Jean Bricmont fut autrefois préfacier de l'Atlas alternatif avec lequel j'ai quelques désaccords profonds depuis cinq ans au point que nous n'échangeons plus depuis lors)


Je crois que le fond du problème tient au rapport à la vérité, et à l'historicité de celle-ci.

 

Il y a plusieurs formes d'historicisme : l'un qui se fonde sur la culture, l'autre sur la nature.
 
L'historicisme culturel dit "il n'y a de vrai que ce qui s'impose dans un champ social donné" (la fameuse phrase de Hegel "tout ce qui est réel est rationnel, tout ce qui est rationnel est réel"), ou, du point de vue contestataire "n'est vrai que ce qui est utile au triomphe d'une vérité alternative à celle qui domine aujourd'hui". Cette forme d'historicisme (et de relativisme) contestataire correspond à la position de la plupart des marxistes.
 
Bonobo.jpgDu point de vue de l'historicisme naturel néo-darwinien, la vérité est la connaissance dont l'humain est capable à un certain stade de son évolution naturelle, en interaction avec l'environnement auquel il est confronté. De mon point de vue, l'être humain se doit, individuellement et collectivement, de porter ce degré de connaissance aussi haut qu'il le peut à chaque génération (tout en sachant qu'il y aura toujours des limites à cet effort, limites largement liées à la configuration du cerveau de primate que nous portons en nous, l'irrégularité de sa persévérance, ses capacités d'auto-illusion etc).
 
Cela suppose que l'on ne se laisse aller à aucune facilité :
- On ne doit pas notamment dire des choses idiotes avec d'autres idiots (ou soutenir des idiots) simplement parce que cela servirait à accéder à un système social plus juste : parce que cela implique que le futur système social que l'on contribuera ainsi à instaurer sera fondé sur la bêtise et donc sera injuste. Donc il ne faut pas s'allier avec des conspirationnistes, des gens qui font de l'humour grossier qui fait appel aux instincts les moins raffinés de l'individu, des gens qui émettent des informations non vérifiées etc.
P1020417.jpg- On ne doit pas non plus tirer argument de la bêtise de ses adversaires pour se croire intelligent ou se croire dans le vrai, ce qui est le cas de beaucoup de gens parmi les soi-disant "dissidents" : beaucoup croient qu'ils ont rendu service à la vérité simplement parce qu'ils ont pondu un texte contre un intellectuel médiatique idiot, ou parce qu'ils auront avancé une idée ou un fait qui réfutent un slogan idiot que les médias diffusent. Ce faisant on choisit la facilité. A chaque fois que l'on conteste les mensonges dominants, il faut le faire avec un souci aigu de sa propre éthique (notamment de sa propre indépendance d'esprit), un sens de la nuance, un sens de la cohérence aussi (par exemple ceux qui critiquent l'utilisation de l'incarcération des Pussy Riots doivent aussi être assez honnêtes avec eux mêmes pour réfléchir à tous les aspects de ce qu'ils pensent de l'érotisme dans la société, de ce qu'ils pensent de l'ingérence - ce que ne fait pas Jean Bricmont par exemple car il n'aborde pas beaucoup de problèmes de l'ingérence informelle que créent les rapports entre les peuples au quotidien, par les canaux médiatiques notamment, sa critique de l'ingérence reste au niveau de principes abstraits sur des segments factuels extrêmement partiels). Voilà pourquoi d'ailleurs il faudrait passer moins de temps à critiquer les erreurs ou les mensonges de ses aversaires qu'à réfléchir aux vérités que soi-même on veut proposer au monde et à leur mise en cohérence.
 
Malheureusement la critique du système médiatique (et du système politico-économique que les médias défendent) n'a cessé de perdre en qualité depuis quinze ans, à cause d'Internet notamment. Elle ne satisfait plus aux critères de probité et de vérité que j'énonçais plus haut, et c'est pourquoi je suis de plus en plus en retrait par rapport à ces formes actuelles de contestation.

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Pierre Vidal-Naquet et Bernard-Henri-Lévy

2 Septembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

finky-bhl-copie-2.jpgLa plupart de mes lecteurs qui connaissent les vraies valeurs de ce monde diront que j'enfonce une porte ouverte, mais hélas je dois le faire maintenant que la production massive de contre-vérités est devenue un art légitime, cautionné par les médias et dont la culture Internet elle-même se nourrit. Je vous encourage donc à lire intégralement la controverse entre Pierre Vidal-Naquet et Bernard-Henri Lévy en 1979 (avec la contribution de Castoriadis) ici. Et je souhaite que cette lecture inspire à tout un chacun un vif désir de retourner à cela seul qui devrait nous inspirer : la lecture calme et patiente des textes, la rigueur dans l'acquisition des connaissances jusqu'au moindre détail, la confrontation minutieuse des faits, le refus du tapage, des postures, de la grossièreté du style et du geste.

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Une mauvaise pente

28 Août 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Je regrette que certains, à gauche de la gauche, aillent mêler leur signature à celle de mouvements peu recommandables dans des pétitions sur le Proche-Orient - voyez ici. Je m'étais opposé à ce genre de "liaisons dangereuses"en 2000 à propos de l'opposition à la politique de l'OTAN dans les Balkans, je regrette que 12 ans plus tard les catégories se brouillent à nouveau. En outre le texte en cause a le tort de sousentendre que la Syrie n'est pas une dictature et que les forces d'opposition armée sont uniquement islamistes (ce dont personne n'apporte la preuve).

 

Je comprends que le jeu des pétro-monarchies, celui des Frères musulmans turcs, et la montée du salafisme comme en Libye suscitent des inquiétudes. Mais ce serait un tort que d'employer cette grille de lecture à titre exclusif. Il faut avoir l'honnêteté de dire qu'en Libye hier comme en Syrie aujourd'hui il a existé et il existe une pluralité d'oppositions au régime héritier du panarabisme socialiste. C'est mentir aux gens que de leur faire croire qu'il n'y a que des islamistes. Bien sûr la rébellion armée syrienne comprend des éléments particulièrement extrémistes et barbares, mais il semble fort que les groupes gouvernementaux en comptent aussi, et nous ne devons pas tomber dans un simplisme outrancier qui inverserait celui des grands médias sans ajouter de nuances.

 

Une grande partie de mon désengagement actuel des questions géopolitiques tient au fait que, sous l'influence de la culture Internet, les grilles de la contestation de l'ingérence occidentale deviennent  partout outrancières. Ce nouveau style de la dissidence ne me plait pas du tout et je préfère de loin le silence de Lucrèce sur les rivages de la guerre civile au concours du plus gros mangeur de champignons hallucinogène que devient depuis deux ou trois ans le débat dans certains milieux "alternatifs".

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L’entrée dans une "nouvelle époque"

9 Juillet 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Certains esprits progressistes qui essaient de penser le temps présent à partir de la lecture de divers théoriciens se disent que nous entrons dans une époque nouvelle, et que, si la « gauche » où les forces alternatives ne sont pas capables d’offrir des perspectives plus concrètes que « retournons au socialisme d’antan, la planification etc », c’est simplement parce que ces tendances n’ont pas été « encore » capables de penser complètement les processus en cours. Il y aurait juste un déficit théorique au fondement de notre impuissance, mais la sortir du « tunnel philosophique » et le changement de paradigme seraient pour bientôt.


Voilà une vision des choses optimiste que je ne partage guère. Parce qu’elle part du postulat selon lequel l’humanité suit une pente de progrès et qu’il suffit que les concepts s’ajustent à sa "praxis" pour que ce progrès devienne vraiment juste et placé au service de l’émancipation collective.

 

Pour ma part je suis assez sceptique sur la théorie. Il me semble que des théoriciens comme Locke,  Montesquieu, Rousseau, Marx, chacun dans des registres différents (et en contradiction les uns avec les autres) ont produit des concepts puissants et beaucoup influencé leur époque, en convertissant des hommes politiques et des groupes sociaux qui ont tenté de traduire en acte leurs théories, mais aucun intellectuel ne saisit jamais la complexité des interactions sociales qui forment l’époque où ils vivent, et par conséquent les concepts produits n’ont qu’une valeur heuristique intéressante pour l’action, mais on ne peut jamais penser qu’ils suffiront à eux seuls à remettre les processus humains sur la voie de la justice et du Bien (pour parler comme Platon). Le rôle des idées dans le monde n’est pas nul, mais il n’est pas aussi performatif que les intellectuels le croient (et l’apparition du fascisme dans les années 20 l’a clairement montré aux marxistes, par exemple).


En outre, je ne crois pas du tout qu’il existe une « flèche temporelle » orientée vers le progrès. Il y a eu des progrès technologiques et organisationnels très importants en Occident depuis la Renaissance, et qui ont tendu à se généraliser sur toute la planète, mais des déclins sont toujours possibles, pas forcément aussi abyssaux que le craignent les esprits apocalyptiques, mais tout de même significatifs, et il n’est pas évident que des « concepts » appropriés puissent freiner ce(s) déclin(s) comme, disons, l’idée du socialisme dans ses diverses déclinaisons a pu, à partir de 1860, limiter les effets destructeurs du capitalisme.


J’ai été intéressé dans les années 1990 par l’intuition de Cornélius Castoriadis (penseur qui présente de nombreuses insuffisances par ailleurs, notamment dans sa foi freudo-marxiste), selon laquelle nos démocraties entreraient en ce moment dans un processus comparable à celui qu’a connu la démocratie athénienne après la conquête macédonienne puis romaine :  une dépossession massive de la subjectivité politique, une sorte d’aliénation politique qui dura pratiquement 2000 ans.


Pour ma part, je ne pense pas que nous devions comparer l’Occident à l’Athènes de l’époque de Philippe de Macédoine. Nous sommes plutôt Rome en 50 ou 60 av. JC.


sp.jpgAthènes fut une tentative de démocratie radicale (avec d’ailleurs beaucoup de défauts). Nous vivons, nous, depuis plusieurs décennies, dans un système aristocratique tempéré d’éléments démocratiques comme l’était la République romaine (avec son Sénat qui devait partager une partie du pouvoir avec un tribunat de la plèbe, et une assemblée des comices expression d’une forme de « démocratie directe » quoiqu’elle-même en grande partie pervertie, comme le sont chez de nous la plupart des rouages démocratique au niveau national comme au niveau supra-national, européen par exemple).


Les processus de transformation auxquels notre système est confronté sont analogues à ceux de la Rome de 50 avant Jésus Christ sur trois points capitaux :


1)    Nous avons une montée en puissance de classes nouvelles : à l’intérieur de nos frontières (des diplômés nombreux qui ne veulent pas du travail manuel, et se veulent indépendants des appareils politiques et des institutions). Leurs équivalents en 50 av JC était l’ordre équestre sousreprésenté au Sénat, et des membres de la plèbe récemment enrichis ; à l’extérieur des frontières nationales pour nous il s’agit des pays émergents, pour la Rome de 50 av JC il s’agissait des bourgeoisies vassalisées des peuples récemment conquis tout autour du bassin méditerranéen, ainsi que des auxiliaires non romains employés par les légions.


2)    De très grandes inégalités économiques et sociales liées au processus de mondialisation, dont l’équivalent dans la Rome du Ier siècle av JC était l’intégration du monde méditerranéen dans le réseau d’échange romain, de l’Espagne à la Palestine, et qui engendrait alors l’apparition de grandes exploitations latifundiaires, l’apparition de grands potentats économiques capables de corrompre les chefs politiques et financer des armées privées (et donc de menacer l’intégrité de l’Etat et de la chose publique), et des phénomènes de grande pauvreté en Italie (en plus de l’augmentation de la main d’œuvre servile) créant une clientèle naturelle pour toute forme d’aventurisme politique.


3)    Le règne de la violence militaire, corrélat des deux précédents phénomènes qui, dans la République romaine finissante, joua un rôle analogue à l’émergence de la culture audiovisuelle (le règne de la vidéosphère comme dirait l’autre) et de la culture Internet. La violence militaire exerce sur les esprits le même effet de paralysie que la culture moderne de la vidéosphère, parce que toutes deux fascinent les instincts primaires de l’individu et fragmentent la cohérence globale de la vision du monde qu’il peut se construire. Je ne suis pas le seul à tracer un lien entre violence physique et hypnotisation par les images. Le premier je crois fut Walter Benjamin quand il s’efforça de penser le cinéma, l’image, la propagande, en même temps que la montée de la violence entretenue par les fascistes.

 

Ces trois éléments exercent tendanciellement un effet dislocateur des institutions « démocratiques » (en fait artistocratico-démocratiques) anciennes et discréditent les corps intermédiaires garants de leur pérennité (la classe politique, les cadres de la fonction publique, les syndicats, mais aussi les journalistes, les artistes officiels, les écrivains etc). Ceux-ci, dans l’Occident contemporain, comme dans la Rome du Ier siècle, sont obligés de verser dans diverses formes de démagogie pour sauver le peu de légitimité qui leur reste : aujourd’hui « cool attitude », relâchement du langage, proximité artificielle avec l’électeur ou l’administré, culte du foot, de la fête, des bons sentiments, comme à l’époque romaine distributions gratuites de blés, organisation de jeux pour la plèbe, compromis sur le respect des valeurs traditionnelles.

 

La course démagogique est une source d’affaiblissement des institutions à l’égard du public auquel elles s’adressent, car elle montre que les classes sociales qui en sont les piliers (les magistrats, les enseignants, les syndicalistes etc, chacun dans des rôles distincts) ne croient plus en elles, mais aussi à la dissolution interne de ces institutions aux yeux mêmes de ceux qui les font fonctionner, encourageant par exemple les fonctionnaires à ne plus faire appliquer les lois, à se laisser corrompre etc.

 

Nous n’en sommes sans doute pas au même degré de dissolution des valeurs institutionnelles que dans la Rome de 50 avant Jésus Christ, mais nous sommes sur cette pente.

 

Je pourrais prendre ici l’exemple de l’art. Un lecteur me faisait remarquer il y a peu que la « posture » de l’artiste est désormais dénoncée comme une imposture. C’est un processus qui remonte au lendemain de la première mondiale (avec le dadaïsme, le jazz etc) et qui a été accéléré récemment par la transformation de l’institution artistique (avec ses académie) en « marché de l’art », avec ses mécènes, sa corruption, et où (presque) tous les coups sont permis.  Dans ce dispositif tout le monde est encouragé à se sentir artiste de sa propre vie et les artistes « professionnels » en sont à cautionner ce fantasme, réduisant leur propre création à une sorte d’addendum « festif » (« fédérateur ») à ce que tout un chacun peut produire dans son coin (sur ce plan la décomposition de l’institution est beaucoup plus avancée que dans la Rome du Ier siècle av JC, où l’art, bien qu’ouvert à des importations grecques qui agaçaient les Sénateurs, et à des innovations populaires d’un goût douteux comme la pantomime restait tributaire d’une caste aristocratique qui lui maintenait une cohésion globale).

 

Cette décomposition des institutions aristocratico-démocratiques ouvre des boulevards, comme au Ier siècle avant Jésus-Christ à l’aventurisme de personnalités charismatiques (pour parler comme Max Weber).  Au Ier siècle Pompée ou César, puis Octave (ceux qui maîtrisaient le mieux la chose militaire, en même temps d’ailleurs que les effets d’image). Aujourd’hui Chavez, Sarkozy,  Marine Le Pen (avec des succès divers, et dans des registres différents, sans d’ailleurs que je porte ici le moindre jugement de valeur sur eux – je n’en ai pas besoin pour la démonstration de ce billet – ni bien sûr que je trace le moindre signe d’équivalence entre ces différents personnages, simplement chacun incarnent une forme d’aventurisme politique, de sortie partielle ou totale du vieux système aristocratico-démocratique qu’ils prétendent rénover ou transformer) ces derniers non pas en tant que chefs de guerre mais bons administrateurs de l’image médiatique (comparable comme nous l’avons dit à la violence militaire autrefois).

 

Les progressistes optimistes pensent qu’un effort conceptuel va vouer à l’échec l’aventurisme politique, qu’un nouveau Marx peut mettre bout à bout un nouveau paradigme (notamment avec l’écologie politique, malmenée par l’opportunisme des Verts), trouver une nouvelle formule d’émancipation des gens dans le monde globalisé tel qu’il est, dans l’état des technologies que nous avons (donc sans passéisme), et mobiliser un nouveau courant (« altermondialiste ») concret, intelligent, capable de refonder la chose publique au niveau planétaire et instaurer une nouvelle forme de justice et de liberté pour tous.

 

D’autres tout aussi optimistes mais moins « globalisateurs » pensent que le même résultat peut être obtenu à l’échelle des entités nationales pour peu que celles-ci chacune dans leur coin s’attachent à refonder leurs institutions et leur pacte social.

 

Pour ma part, comme Castoriadis, je suis plus pessimiste. Même si je ne crois que tout est fichu et ne nourris aucun fantasme millénariste de fin du monde, j’estime que le risque d’une vaste confiscation de la subjectivité politique collective, comparable à celui que Jules César, puis César-Auguste, est possible, même si elle ne revêtira pas la même forme qu’au Ier siècle avant notre ère (je veux dire que ce ne sera pas une dictature de mille cinq cents ans – si l’on va jusqu’à la fin de Byzance – sous la dictature d’un parrain).

 

Comme sous la République finissante, les institutions aristocratico-démocratiques engagées sur la voie apparente de la démagogie sont en réalité complètement égoïstes et dépourvue de toute imagination pour intégrer les changements de ce monde (notamment pour intégrer la montée des pays émergents). Elles utilisent les lois antiterroristes et les interventions de l’OTAN sur tous les continents, comme le Sénat menacé par les séditieux utilisait le « sénatus consultus ultimum » (c’est-à-dire les lois d’exception), mais n’ont aucun horizon humain nouveau à proposer.

 

L’ancien régime aristocratico-démocratique peut encore se perpétuer comme cela, entre des accès de fièvre sporadiques, ou il peut dégénérer en dictatures populistes plus ou moins éphémères (qui ensuite laisseraient la place à d’autres épisodes aristocratico-démocratiques abâtardis et vice versa), sans pour autant que le peuple ne récupère la moindre once de subjectivité politique (c’est-à-dire de pouvoir décisionnel réel, d'empowerment, et de capacité à penser collectivement son avenir). Et cette stagnation est d’autant plus probable que le pouvoir atomisateur de la vidéosphère sur les esprits (la nouvelle violence militaire fasciste) n’en est qu’à ses débuts.

 

Face à cette impasse, et en l’absence de l’apparition d’un nouveau Marx (et des conditions sociales d’un mouvement révolutionnaire unifié capable de porter sa parole), le meilleur rôle à envisager pour un intellectuel est celui qu’avait Caton d’Utique en 50 avant Jésus Christ : celui qui rappelle en toute rigueur les critères de la vérité et de la justice, et qui lui-même s’efforce de dire le vrai et de faire le juste. Cette tâche de l’intellectuel engagé suppose, à mes yeux, que l’intellectuel soit lui-même critique à l’égard de sa propre scholastic view, de ses propres privilèges, et ne se pose pas en donneur de leçons.  Il ne peut être que témoin, témoin de ce qui lui semble possible, ou souhaitable, de ce que lui-même fait, sans illusion sur tout cela, et avec un regard critique à la fois sur les pouvoirs dominants et sur tout ceux qui proposent des « y a qu’à » et de fausses vérités  « alternatives » qui ne feraient qu’orienter les gens vers des pseudo-voies émancipatrices en fait source de plus grandes confiscations de liberté. Ce rôle, selon moi, doit être éloigné de la démagogie, et donc solidaire aussi de certaines formes de conservatisme dans le style d’expression et dans le rythme de vie (il faut se tenir à l’écart de la frénésie, de l’utilitarisme,  des fausses obligations morales tout comme des faux plaisirs faciles s'ils sont susceptibles de devenir addictifs, de tout ce qui affaiblit la pensée et trouble sa lente et solide affirmation).

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