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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #divers histoire tag

Si Annie Lacroix-Riz n'existait pas...

3 Juillet 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

books.gifSi Annie Lacroix-Riz n'existait pas, il faudrait l'inventer. Je ne partage pas toutes ses convictions politiques, mais je me réjouis que Normale Sup, qui produit beaucoup de Monique Canto-Sperber, ait aussi réussi à fabriquer une Annie Lacroix-Riz. Mes connaissances historiques sur la seconde guerre mondiale sont celles du sciencespoteux moyen, de sorte que je suis bien incapable de juger de la validité de ses travaux. Si je voulais jouer les mâlins je dirais que peut-être elle fait parfois un peu trop confiance aux témoignages des diplomates français - qui ne sont pas toujours des modèles de lucidité lorsqu'ils écrivent des télégrammes du pays où ils sont en poste -, et je pourrais même aller chercher la petite bête en faisant remarquer par exemple que, dans sa dernière lettre ouverte à l'Humanité Dimanche, elle parle à tort des "mémoires" de Goebbels, alors que le propagandiste d'Hitler qui s'est suicidé en 45 n'a sans doute pas eu le temps d'écrire des "mémoires", mais qu'en revanche son journal nous est parvenu, et c'était un diariste accompli.

 

Mais si je situais le débat à ce niveau je manquerais l'essentiel : l'essentiel est que cette historienne apporte de la contradiction, du pluralisme, sur un sujet archi-verrouillé par l'idéologie dominante - l'histoire de l'URSS dans les années 1930 et 1940. De la contradiction, et pas avec des arguments en l'air : de la bonne contradiction universitaire, avec force notes de bas de page, que personne ne peut s'offrir le luxe de balayer d'un revers de main méprisant (ce revers de main, cette moue pleine de morgue qu'on nous déballe si facilement quand on veut bousculer les tabous de notre temps).

 

Hommage doit être donc rendu à son travail, et ceux qui n'ont pas le temps de lire ses livres peuvent au moins, pour se faire une idée, jeter un coup d'oeil à sa lettre ouverte dont j'ai indiqué le lien plus haut dans le présent billet.

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Approximations médiatiques à propos de Tiananmen (1989)

30 Juin 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

On en a peu parlé, pourtant la nouvelle publié par Wikileaks et reprise dans The Telegraph le 4 juin dernier a quelque peu modifié la version officielle en Occident des "massacres de la Place Tiananmen" : en voici la traduction en français.

 

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"Wikileaks : aucun massacre à l'intérieur de Place Tiananmen, affirment des câbles diplomatiques


Les câbles secrets de l'ambassade des Etats-Unis dans Pékin ont montré qu'il n'y avait eu aucun massacre à l'intérieur de Place Tiananmen quand la Chine a dispersé des manifestations pro-démocratiques d'étudiant il y a 22 ans.
 
Par Malcolm Moore, Changhaï


Les câbles, obtenus par WikiLeaks et publiés en exclusivité par le Daily Telegraph, confirment en partie le récit du gouvernement chinois au cours des premières heures du 4 juin 1989, qui a toujours insisté sur le fait que les soldats n'ont pas massacré des manifestants à l'intérieur de Place Tiananmen.

 

Au lieu de cela, les câbles prouvent que les soldats chinois ont ouvert le feu sur des protestataires en dehors du centre de Pékin, car ils ont dû se battre pour se frayer une route jusqu'à la place depuis l'ouest de la ville.

 

Trois câbles ont été envoyés de l'ambassade des USA le 3 juin, dans les heures qui ont conduit à la dispersion, car les diplomates se sont rendus compte que l'épreuve de force finale entre les protestataires et les soldats apparaissait inévitable.


Les câbles ont décrit les « 10.000 à 15.000 hommes de troupe armés et casqués » entrant dans la ville, une partie « portant des armes automatiques ».


Pendant ce tempd, « les troupes aéroportées d'élite » et les « unités de réserve » devaient venir par le sud.

 

L'armée s'est heurtée « à un système élaboré de blocus », décrit dans un câble à partir du 21 mai 1989, qui a permis à des étudiants « de contrôler la majeure partie du centre de Pékin ».


Les diplomates ont observé que « il y avait des autobus tournés en travers des routes pour former des barrage » et les étudiants avaient juré que l'armée ne pourrait pas les traverser. « Mais nous avions des doutes là dessus», ajoute un câble. Les étudiants utilisaient aussi des équipes de motis-courriers pour communiquer avec les barrages de route, et envoyer des renforts où c'était nécessaire.


Comme les troupes entraient dedans, les câbles précisent que le personnel diplomatique ont été à plusieurs reprises avertis « de rester chez eux » à moins qu'ils ne soinet impliqués dans le reportage de première ligne. « La situation au centre de la ville est très confuse, » observait un câble du 3 juin. « Les dirigeants politiques à l'hôtel de Pékin ont rapporté que les troupes poussent un grande partie de la foule vers l'Est sur l'avenue de Chang'an. Bien que ces troupes semblent ne pas être ouvrir le feu sur la foule, on fait état de tirs à l'arrière derrière des troupes venant de la place ».


À l'intérieur de la place elle-même, un diplomate chilien devait remettre en main propre à son homologue américain le récit d'un témoin oculaire des heures finales du mouvement pro-démocratique.


« Il a regardé les militaires entrer sur la place et n'a pas observé quelque usage que ce soit d'armes pour ouvrir le feu sur la foule, bien que des tirs sporadiques aient été entendus. Il a affirmé que la plupart des troupes qui sont entrées sur la place étaient en réalité seulement armées  d'équipement anti-émeute - matraques et clubs en bois ; ils ont été soutenus par les soldats armés, » détaille un câble de juillet 1989.


Le diplomate, qui était posté à côté d'une station de Croix-Rouge à l'intérieur de Place Tiananmen, précisait qu'une ligne des troupes l'a entouré et « a faite paniquer » le personnel médical pour le mettre en fuite. Cependant, selon lui il n'y avait « aucun tir d'arme à feu de masse sur la foule des étudiants autour du monument ».


Selon les dossiers internes de parti communiste, publiés en 2001, 2.000 soldats de la trente-huitième armée, ainsi que 42 véhicules blindés, ont commencé à envahir lentement la place du nord au sud à 4.30 du matin le 4 juin.

 

Alors que, environ 3.000 étudiants étaient assis autour du monument aux héros des personnes sur la limite sud de la place géante, près du mausolée de Mao de Président.


Les chefs de la protestation, y compris Liu Xiaobo, le gagnant du prix de paix Nobel de l'année dernière, ont invité les étudiants à quitter la place, et le diplomate chilien a rapporté qu' « une fois que l'accord a été conclu pour que les étudiants se retirent, ceux ci se sont donnés la main pour former une colonne,et ont quitté la place par le coin du sud-est. » Ce témoignage contredit les rapportages de plusieurs journalistes qui étaient à Pékin à ce moment-là, qui qui décrivaient des soldats « chargeant » sur des civils sans armes, et suggère que le nombre de morts cette nuit-là serait bien inférieur aux milliers qui étaient évoqués jusque là.


En 2009, James Miles, qui était le correspondant de BBC dans Pékin alors, a admis qu'il a « donné l'impression fausse » et qu'« il n'y avait eu aucun massacre sur la Place Tiananmen. On a permis aux protestataires qui étaient encore sur la place quand l'armée est arrivée de partir après des négociations avec des troupes chargées d'exécuter la loi martiale […] Il n'y a pas eu de massacre de Place Tiananmen, mais il y a eu un massacre de Pékin ».


Au lieu de cela, le combat le plus féroce a eu lieu place Muxidi, environ trois miles à l'ouest de la place, où les milliers de personnes s'étaient réunies spontanément la nuit du 3 juin pour arrêter l'avance de l'armée.


Selon les Journaux de Tiananmen, une collection de dossiers internes du parti communiste, des soldats a commencé à tirer à balle réelle à environ 10.30 du soir, après avoir tenté en vain de disperser de la foule avec les balles de gaz lacrymogène et en caoutchouc. Incrédule, la foule a essayé de s'échapper mais elle a entravée par ses propres barrages routiers.


Les câbles indiquent également jusq'à quel point manifestations d'étudiants pour la démocratie avaient gagné l'appui populaire, et comment pendant plusieurs semaines les protestataires ont effectivement occupé la totalité du centre de Pékin, lançant un défi existentiel au parti communiste.


Un câble, à partir du 21 mai 1989, signale qu'un visiteur anonyme avait signalé au consulat des USA à Shenyang que Ni Zhifu, le Président des syndicats de Chine, avait condamné la loi martiale dans la capitale et avait averti que si les étudiants n'étaient pas  traités avec plus de respect il organiserait une grève générale des ouvriers qui paralyserait la Chine."

 

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"Le Destin de Rome", Marc-Antoine et Cléopâtre

19 Juin 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

MarcAntoine.jpgFasciné par Rome depuis l'enfance, j'aborde toujours les documentaires et les "docu-fictions" contemporains, partagé entre Montaigne qui disait se sentir depuis l'âge de 7 ans plus citoyen de la Rome antique que de sa propre époque, et Roland Barthes qui raillait les acteurs américains des peplum, au front toujour dégoulinant de sueur comme des lawyers newyorkais au travail.

 

Le documentaire "Le destin de Rome" sur Arte hier soir (et rediffusé cet après-midi) était à maints égards fort séduisant, à commencer par son parti pris de faire jouer les acteurs en latin et en grec ancien. On pouvait même s'amuser de noter les petites différences entre l'acteur qui jouait Marc-Antoine et qui prononçaiet le "c" de César comme un "s" (et les "v" d'une façon moderne) alors que les autres disaient bien "kaesar" comme on nous l'apprenait au collège. Il paraît que es réalisateurs se sont même inspirés des fautes d'orthographe des graffiti pour mieux comprendre comment les gens parlaient en ce temps là.

 

Un historien dans la presse a garanti que le "docu-fiction" reflétait "à 95 %" ce qui s'était vraiment passé (sans doute en opposant cette production aux créations récentes comme la série britannique "Rome"), mais cette prétention me paraît surtout refléter l'arrogance de notre époque et j'ai été convaincu de son erreur en observant de près la façon dont Marc-Antoine et Cléopâtre étaient traités. C'est vrai que j'étais habitué aux dénigrements de Cicéron et de Plutarque contre le "neos dionysos" (ainsi se faisait appeler Antoine) d'Alexandrie. Je veux bien croire les réalisateurs du "Destin de Rome" quand ils affirment que tous les historiens qui ont traité le sujet étaient des propagandistes césariens qui ont donc caricaturé le couple alexandrin (enfin bon, Cicéron, lui, n'était pas du tout un césarien naïf, et le portrait qu'il fait du consul avant la mort de César fait plutôt froid dans le dos). Je veux bien qu'on rectifie certaines caricatures à la marge, mais dans le récit du "Destin de Rome", les défauts d'Antoine (notamment son côté provocateur et aventurier bien mis en valeur dans la série Rome) et de sa maîtresse sont si parfaitement gommés qu'ils deviennent une espèce de petit couple bourgeois paisible, qui élèvent tranquillement leurs enfants, plaisantent sur leurs parties de pêche, et ont même fondé un groupe "la vie inimitable" carrément assimilé à un club mondain. Il ne manque qu'un poste de télévision dans leur palais et l'on croirait reconnaître en eux le couple de télespectateurs d'Arte-type (celui qu'Arte voudrait avoir) confortablement installé dans son salon...

 

La thèse sous-jacente à cette mise-en-scène serait quelque chose du genre "Si le cruel Octave avait laissé Antoine mener se projets à bien avec Cléopâtre, on aurait eu une Rome grecque, un empire centré sur l'Orient plus beau et plus raffiné". C'est une idée que j'ai déjà trouvée chez des historiens. La tentation de la défense d'une histoire alternative nourrit toujours le fantasme du "ç'aurait été mieux si ça s'était passé autrement", mais il se peut que ce ne soit là qu'une vue de l'esprit.

 

Pour poser ce sujet correctement il faudrait se demander quel apport spécifique le modèle de civilisation romain "occidental" (déjà mâtiné d'hellénisme depuis quelques siècles) mi-républicain mi-monarchique tel que l'a construit Auguste pouvait fournir par rapport à la monarchie hellénistique. Des auteurs comme Hodgson sont convaincus que la vraie richesse et la vraie culture se trouvaient en Orient. C'est vrai pour la richesse économique, et aussi pour la culture lettrée (les arts et lettres). C'est moins vrai pour la culture concrète, celle du droit, à laquelle nous devons le système démocratique actuel (voir le bouquin de Sciavone à ce sujet). Je sais que la dynastie julio-claudienne au 1er siècle ap JC fut des plus impafaites. Mais au moins il y eut le droit romain pour continuer à faire "tourner" l'Empire, protéger ses institutions et ses citoyens, ce qu'il n'y avait pas dans le monde hellénistique. Certains comme Paul Veyne pensent même que c'est le droit qui a rendu fous les empereurs julio-claudiens parce qu'il les maintenait dans un équilibre politique intenable entre la plèbe et la noblesse sénatoriale. Bien sûr en France le droit intéresse peu les esprits littéraires et nos historiens ont tendance à croire qu'il pèse peu face à la philosophie grecque, mais c'est là une idée très contestable.

 

A l'inverse quand j'observe l'abjection politique et morale des derniers Ptolémées en Egypte (mais aussi des derniers Séleucides en Syrie), je ne suis pas du tout convaincu de la grandeur de ce modèle de civilisation. Même si Cléopâtre était à même de le regénérer, rien ne dit que ses successeurs auraient maintenu cet héritage.

 

Les pères de notre démocratie, les philosophes des Lumières (de Montesquieu à Marx), ont toujours considéré avec un certain mépris tous les absolutismes orientaux, de l'empire perse jusqu'au sultan turc, un ensemble qui inclut les monarchies hellénistiques. Les historiens contemporains tentent de contrer ce préjugé, réhabiliter les mal-aimés, mais cette facilité du contre-pied ne doit pas être menée trop loin.

 

Je ne crois pas du tout que l'empire façon Marc-Antoine et Cléopâtre eut valu mieux que celui d'Auguste. Il aurait constitué une avancée si Marc-Antoine avait réfléchi à un compromis entre la civilisation juridique romaine et l'absolutisme oriental (comme Octave, lui, avait dessiné un compromis entre monarchie et Répubique), mais il n'y a pas songé une seule seconde. Quoi qu'en disent les réalisateurs du film, il était affectivement, politiquement et culturellement prisonnier du système de pensée de Cléopâtre. La propagande d'Octave ne mentait pas là-dessus. Antoine était devenu hellénistique jusqu'au bout des ongles, il se prenait pour un nouvel Alexandre. Sauf qu'il n'avait même pas les moyens de son ambition. Il n'avait pas les moyens d'être un grand souverain hellénistique. Pour cela il eût dû conquérir la Perse gouvernée par les Parthes. Or il s'est cassé les dents sur les Parthes comme tous les Romains avant lui, et n'aura réussi qu'à conquérir l'Arménie. Incapable de saisir politiquement et militairement les possibilités historiques qui lui étaient offertes à partir, disons, de 40 av. JC, il s'enfermait désormais dans le rôle du velléitaire. Et son enfermement dans le piège d'Actium en 31 n'a fait que confirmer son échec. Si un coup du sort lui avait permis de remporter la victoire et finalement de marcher sur Rome, il aurait dû ensuite réfléchir (un peu tard) à un nouveau compromis politique entre l'Orient et l'Occident (un compromis d'autant plus nécessaire qu'il n'avait pas le contrôle de la Perse pour appuyer davantage son pouvoir sur l'Orient). Lui et ses successeurs en eussent-ils été capables ou auraient-ils tout simplement à nouveau perdu l'Occident à la faveur d'une nouvelle guerre civile ? Je penche plutôt pour la seconde hypothèse. A mon avis il n'y avait pas, dans le projet d'Antoine et Cléopâtre les moindres prémices d'une viabilité historique.

 

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Quand les chiites du Bahrein inventaient un communisme islamique

4 Juin 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

On parle en ce moment de "nettoyage ethnique" à l'encontre des Chiites du Bahrein, expression qui serait hélas opportune si le chiisme était une ethnie, et non une religion.

 

Il est intéressant de souligner de quel héritage culturel et politique cette communauté est porteuse: celui du mouvement des Qarmates.

 

Les Qarmates sont un courant dissident de l’ismaélisme refusant de reconnaître le fatimide Ubayd Allah al-Mahdî comme imam. Ils furent actifs surtout au Xe siècle en Irak, Syrie, Palestine et dans la région de Bahreïn où ils fondèrent un état (903-1077) aux prétentions égalitaires que l'on a parfois qualifié de communiste.

 

Dans un article d'août 2003, l'ex-militant communiste Raymond Debord (qui a beaucoup milité auprès des immigrés si l'on en croit sa biographie) replace ce mouvement dans la longue liste des peuples en lutte pour des idéaux égalitaires - une liste que son texte limite au monde islamique mais qu'il faudrait étendre à toutes les cultures de l'humanité.

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Il explique : "Sous les Abbâssides, les grands bénéficiaires de l'essor économique et social sont la classe des marchands et les milieux de la Cour. Les marchands profitent de l'essor commercial dû au développement de grandes métropoles, de l'afflux d'or , de l'augmentation du crédit et de la hausse des prix." "Dès 875, explique Debord, une propagande messianique annonçant la venue prochaine du mahdi - l'imam caché - se répend dans les milieux ruraux et bédouins. Le trait dominant de la propagande colportée par les missionnaires (dâ'î, plur. du'wâ) est la revendication de l'égalité sociale ‑ encore qu'on en exclut les esclaves ‑ et de la communauté des biens."

 

En 899 le laboureur Hamdân Qarmat fait scission du mouvement chiite ismaélite. "Le qarmatisme développe une doctrine originale, insistant sur la liberté individuelle, le rejet de la loi formelle de l'Islam et l'affirmation du caractère relatif de tout système de relations humaines" précise Debord. Ils valorisent le monde du travail, le changement social, et refusent toute nostalgie : c'est un projet politique tourné vers l'avenir. Ses partisans mèneront diverses batailles contre le califat au Proche-Orient. Leur fief est l'Etat qu'ils ont fondé au Bahrein et qui durera jusqu'au 12ème siècle.

 

Selon le blog Omphalos et Metanoïa qui reprend un article de l’Encyclopédie de l’Islam (nouvelle édition établie par E. van Donzel, B. Lewis et Ch. Pellat, Leiden-Paris, Brill-Maisonneuve & Larose, tome IV, 1978, p. 691), "l’Etat qarmate fut placé sous la direction d’un gouvernement collégial (...) La vitalité économique de cet Etat était assurée par les butins des campagnes militaires qarmates, par les droits de douane perçus sur tous les navires qui empruntaient les routes maritimes du golfe arabo-persique, ainsi que par les droits de protection payés par les caravanes du Pèlerinage. L’excédent qui était dégagé de ces diverses opérations, ainsi que l’achat de plusieurs milliers d’esclaves noirs, permit l’épanouissement de cette « société dont l’ordre et la justice suscitèrent l’admiration d’observateurs non-karmates » : les habitants, en effet, « ne payaient ni impôts ni dîme, et toute personne qui s’était appauvrie ou endettée pouvait obtenir un prêt qu’elle pouvait rembourser lorsque sa situation s’était rétablie ; les prêts n’étaient jamais productifs d’intérêts, et toutes les transactions commerciales locales se faisaient au moyen d’une monnaie de plomb purement symbolique. [...]La réparation des maisons était faite gratuitement par les esclaves des dirigeants, et des moulins étaient entretenus par le gouvernement pour moudre gratuitement le blé pour les habitants. » Enfin, « à partir de l’époque d’ Abu Saïd, les prières, le jeûne et les autres pratiques musulmanes furent abolies, mais un marchand étranger fut autorisé à construire une mosquée à l’intention des visiteurs musulmans ». Paradoxe à l’état pur, l’organisation sociale des Qarmates du Bahrein était donc, pour résumer, un sorte de Welfare State esclavagiste, s’appuyant sur une économie parasitaire à l’extérieur et pratiquant à l’intérieur une forme de communisme, le tout sous les ordres d’une dynastie dont la doctrine religieuse avait pour conséquence la laïcisation de la société." 

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Religions et politiques

5 Février 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

L'humain est un animal effrayé par la diversité de ses dispositions et qui, par crainte des abominations que cette diversité produit,  a éprouvé périodiquement le besoin de se discipliner dans une purification de type relgieux - qu'on trouve dans les diverses réformes spirituelles qui ont émaillé l'histoire de notre espèce, sous les cieux du polythéisme comme sous ceux plus récents du monothéisme.

 

Ces velléités de purification et de remobiliation discipilinaire ont connu  des modalités plus laïques depuis trois siècles, mais la conséquence éthique du mouvement est toujours la même.

 

Pour ma part je me situe toujours, vous le savez, d'un point de vue laïque (qui est aussi celui qui inspire ma défense  du stoïcisme), mais je reste intéressé par toutes les réflexions politiques qui se déploient dans des univers religieux et les juge, du point de vue qui m'intéresse, c'est à dire de l'organisation des vies humaines, davantage à l'aune de leur efficace sociale que de leur contenu de croyance. Non pas parce que je tiens le savoir athée pour une conquête mineure, mais parce que je sais que cette conquête est vaine si elle sert l'injustice sociale. Et donc, sur une planète où l'injustice n'a jamais atteint un pareille ampleur, je soutiens d'abord les mouvements qui combattent l'injustice avant de regarder s'ils sont laïques comme moi ou pas.

 

Je conseille d'ailleurs à mes lecteurs la lecture intéressante de l'article ci joint sur Machiavel et Savonarole, qui est une interrogation passionnante sur le rapport de la politique au fait religieux, et qui, évidemment, me fait penser à Chavez.

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Je suis à l'égard des autres peuples premièrement sympathisant de tout ce qui se bat chez eux pour la justice sociale locale et planétaire, et deuxièmement partisan de la non ingérence, au sens où j'estime que les puissances hégémonistes sur le sol desquelles je suis né n'a pas à choisir le gouvernement adéquat, ni même l'opposition légitime, en lieu et place des peuples concernés.

 

A l'égard de mon propre peuple, pour qui, heureusement, le fait religieux appartient largement au domaine du passé, je suis pour qu'il progresse sur la voie de la rationalité et de l'immanence. Mais je souhaite qu'il le fasse sur une base compréhensive à l'égard de ceux qui n'ont pas encore épousé ce regard là, et notamment pour ceux qui, dans le passé, n'avaient pas les moyens d'embrasser cette conviction. C'est pourquoi en particulier je rejette a christianophobie d'un Dawkins, d'un Bricmont ou d'un Onfray. Le christianisme, comme l'Islam ou le judaïsme, fut parmi les tentatives intéressantes de "purification" et de mobiliation des dispositions humaines qui entraînère souvent des améliorations anthropologiques notables dans les comportement, quoi qu'il aboutît lui-même souvent également à des impasses regrettables.

 

Tunisie-132.jpgPour moi le christianisme, dans toutes ses dimensions, rigoriste dans sa version cathare (voire hérétique, puisqu'ils étaient à la limite du renversement du message biblique), protestante, janséniste etc, ou licencieuse (jusqu'au "christianisme" païen des Borgia) fait incontestablement partie de l'héritage culturel des peuples de notre continent, comme en ont fait partie les paganismes avant lui, et en feront partie à l'avenir les apports religieux des religions monothéistes ou non venues d'autres horizons (du Maghreb, d'Afrique noire, d'Asie etc). Reconnaître leur place dans notre héritage culturel, ne signifie pas que j'oublie leurs crimes (n'en déplaise aux adversaires des commémorations), ni que je mette sur le même plan éthique les bourreaux et les victimes (comme le font certains partisans de la tabula rasa sans même s'en rendre compte, semble-t-il). Je salue simplement ce qui dans chacune des nuances de ces expériences religieuses a pu viser une amélioration de la condition humaine, visée en vertu de laquelle chacune a pu rallier à elle l'action de gens honnêtes.

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Un point d'histoire sur la question du rapport du Parti communiste à l'immigration

5 Janvier 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Vous le savez,  je n'ai jamais été membre du Parti communiste français (PCF), et je cultive une position anti-impérialiste qui n'est pas marxiste stricto sensu. Cependant je tiens toujours à ce qu'une certaine vérité objective soit respectée lorsqu'il s'agit d'évoquer les mouvements révolutionnaires en France et dans le monde, ceux d'aujourd'hui et ceux d'hier, car les courants conservateurs ont tôt fait de verser dans la calomnie sur ce genre de sujet et d'égarer l'opinion commune sur ce genre de sujet.

 

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Dans cet esprit, je me permets de publier sur ce petit blog, avec l'autorisation de son auteur, la lettre ouverte adressée par M. Jean-Pierre Page, qui fut jadis responsable des relations extérieures de la CGT, à Mme Laurence Cohen, secrétaire départementale de la fédération du PCFdu Val-de-Marne, au sujet de l'exposition "30 ans de communisme dans le Val de Marne"‏ dont le journal le Parisien du 5 juin dernier, et l'Humanité du 3 juin ont parlé. Le texte mérite une certaine attention, car il corrige des erreurs répandues dans l'opinion publique depuis 30 ans en ce qui concerne le rapport du PCF à l'immigration. Sur ce sujet on peut aussi jeter un coup d'oeil aux vidéos ci-dessous.

 

Pour aller dans le sens de cette lettre, on peut rappeler que l'ex-dirigeante du groupe d'aide aux immigrés GISTI Danièle Lochak a fait ses débuts dans un groupe d'alphabétisation des immigrés organisé par la CGT, et elle n'était sans doute pas un cas isolé. Le rôle du PCF aux côtés des immigrés dans les années 1960-70 (même s'il mérite des critiques sur bien des plans), doit quand même être intégré à la mémoire de la gauche.

 

FD

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"La Havane, 4 janvier 2010
 
 
Chère camarade,
 
Je suis informé d’une exposition sur “ 30 ans de communisme dans le Val de Marne”, dont la fédération du PCF serait à l’initiative et qui rapporte dans des termes inexacts et politiciens les événements intervenus à Vitry en relation avec l’expulsion de travailleurs immigrés du foyer de St Maur, en décembre 1980. Je souhaite donc te faire part de mon indignation!
 
En dénaturant de façon grossière les principes de  solidarité internationaliste qui furent  pendant de nombreuses années les valeurs sur lesquelles s’est construit l’identité du PCF, les responsables de cette exposition  insultent la mémoire, la générosité et l’engagement de nombreux militants communistes.  Pire ils participent à cette réécriture de l’histoire qui n’est pas étrangère au fiasco politique qui caractérise aujourd’hui ce parti dont la perte de crédibilité est une caractéristique que l’on peut vérifier non seulement en France mais aussi dans le monde.
 
Pour avoir assumé d’importantes responsabilités à la CGT comme secrétaire général de l’Union Départementale du Val de Marne ainsi qu’au PCF comme membre de la direction fédérale, puis comme membre du Comité central, il m’est insupportable qu’on travestisse à ce point la réalité de ce que furent nos positions véritables. J’ajouterai que je ne suis pas étonné de voir le PCF se livrer à cette énième séance d’exorcisme dans  le but de se libérer de ses prétendues fautes. Toutefois je conteste avec la plus grande énergie que cela se fasse en se servant de nous comme de simples boucs émissaires !
 
Si les responsables de cette exposition n’avaient pas été obsédés par l’idée de reprendre à leur compte la campagne des médias relayés à l’époque et depuis par le PS, le PSU, la LCR, la CFDT ils auraient consulté comme je viens encore de le faire le livre d’Alain Bertho, historien et à cette époque rédacteur en chef de Société Française écrit en collaboration avec notre regretté Roland Foucard : « Ceux du Val de Marne » ! Ils y auraient découvert des faits et des documents incontestables dont d’ailleurs un grand nombre se trouvent maintenant aux Archives départementales du Val de Marne.
 
Ainsi comment parler de ces événements sans évoquer la bataille que menait depuis plusieurs années en Val de Marne la CGT avec le soutien du PCF et des associations de travailleurs migrants en particulier l’Amicale des Algériens en Europe et l’Association des Maliens pour le respect des droits des résidents des foyers ADEF et SONACOTRA gérés par les marchand de sommeil du patronat de la Métallurgie et du Bâtiment avec le soutien de la droite et du PS.
 
C’est à cette époque et chaque fois avec l'engagement du PCF et de ses élus que furent organisés non sans succès de nombreuses manifestations, rassemblements, conférences de presse avec les résidents des foyers qui déboucheront et pour la première fois sur l’organisation en France de « Comités de résidents CGT des foyers ». Forts de milliers d’adhérents dans le Val de Marne ce sont eux qui permirent d’imposer au Ministre de Giscard Lionel Stoleru un statut national qui devait permettre après  négociations  les importantes rénovations des foyers du Val de Marne en particulier celui de Chevilly-Larue , la gestion des activités par les résidents eux-mêmes, de véritables contrats de locations, une réduction importante des loyers, le droit de s’organiser librement et tenir réunions, le droit de recevoir, le respect des cultes, etc….
 
C’est à cette époque que nous dénoncions la ségrégation à laquelle se livraient les municipalités de droite vis-à-vis des travailleurs migrants en refusant l’installation de foyers sur le territoire de leurs communes. Le 21 janvier 1978 dans une initiative au foyer ADEF de Chevilly Larue je faisais remarquer au nom de la CGT « Il n’est pas juste que des communes comme Champigny compte 4  foyers d’autres 3 comme à Vitry, Choisy, Ivry, Villejuif et d’autres n’en comptent pas comme à Nogent, le Perreux, Bicêtre, La raison de cette situation est simple les élus réactionnaires refusent et s’opposent violemment à la présence des travailleurs immigrés ou à la construction de foyers dans leurs localités. Il faut mettre un terme à ce comportement scandaleux ! »


C'est dans ces circonstances que Beaumont, Maire de St Maur qui rêvait de faire de sa ville, « le Neuilly de l’Est Parisien » avait avec la complicité de l’ADEF, du Préfet et l’aide des CRS décidé d’expulser plusieurs centaines de résidents d’origine Malienne d’un foyer en grève de loyers avec le soutien de la CGT et du PCF. Le 21 décembre on  amena par bus, quasi clandestinement, sans aucune explications, avec l'aide de la police et depuis St Maur une partie d’entre eux dans des locaux de Vitry, appartenant aux HLM et devant être reconverti en foyer de jeunes cheminots. Pourquoi ne pas évoquer tout cela pour expliquer la décision du Maire de Vitry de prendre un arrêté d’interdiction d’habiter dans ce lieu insalubre et de surcroît dangereux  qui devait faire l’objet d’une reconversion.
 
Pourquoi ne  pas rappeler enfin que le 10 janvier 1981 à l’initiative de la CGT et du PCF eu lieu une grande manifestation à Vitry « contre les provocations du pouvoir, des élus réactionnaires et de l’officine patronale qu’était l’ADEF . Ce jour là, les organisateurs de cette exposition devraient montrer  au lieu de chercher à effacer notre histoire comment les Maliens expulsés de St.Maur étaient tous fraternellement  à nos cotés pour crier  ensemble « Français
immigrés, même patron même combat ». Marcel Zaidner organisateur de cette exposition et membre du Comité Central à cette époque ne s’en souvient il pas ?
 
Ces événements intervenant  quelques jours avant Noël dans le contexte de l’élection présidentielle  donnèrent lieu à une campagne d’une rare violence dans les médias  contre le candidat du PCF : Georges Marchais. Elle fut relayée d’ailleurs dans la CGT au niveau national par Pierre Feuilly secrétaire général du syndicat CGT des journalistes et membre du comité directeur du PS,  qui appartenait comme moi à la direction nationale de la CGT. Les organisateurs de cette exposition auraient ainsi pu consulter les exemplaires de la Vie Ouvrière relatant sur ce sujet  les débats et les faits de cette époque, les reportages,  à moins ce qui doit être le cas qu’ils contestent également l’opinion de la CGT et de celui qui en était le directeur à ce moment-là : Henri Krazucki.
 
On peut avoir et c’était une qualité  des communistes l’esprit critique bien chevillé et une infatigable capacité d’indignation devant l’injustice, l’intolérance et l’arbitraire. Fort heureusement un grand nombre d’entre eux continuent  non seulement à s’indigner, mais à se rebeller, à se révolter devant la barbarie de cette société capitaliste. Par contre comment ne pas trouver affligeant de voir certains qui pour plaire aux princes en arrivent à capituler, à renoncer de façon subalterne  au point de caricaturer leur propre histoire. Renoncer c'est se ranger du côté de l'idéologie dominante, et l'idéologie dominante comme disait  Marx, "c'est l'idéologie de la classe dominante".
 
Que ne leur demandera t’on pas demain ? Qu’ils s’empresseront d’accepter ? Par exemple et comme c’est le cas actuellement refuser que le PCF s’associe à la liste des signataires de la protestation des PC d’Europe contre la campagne visant à criminaliser le communisme.
 
Pardonne moi encore cette citation, j’espère qu’elle ne sera pas inutile ! Le philosophe Italien Domenico Losurdo faisait remarquer récemment« les communistes  doivent savoir regarder de façon autocritique leur histoire mais n’ont pas à avoir honte et ne doivent pas se laisser aller à l’autophobie ; c’est le mouvement communiste qui a mis fin aux horreurs qui ont caractérisé la tradition coloniale».

 

S’agissant de ces évènements cela me semblait être une réflexion de circonstances !
 
Reçois chère camarade mes salutations,
 
Jean-Pierre Page
 
Ancien secrétaire général de lUD CGT du Val de Marne( 1979-1992),
ancien membre de la commission exécutive de la CGT(1982-2000)

 

PS : il va sans dire que je me réserve le droit de faire connaître cette opinion"

 

 

 

 

 

 
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Qui étaient les Ibères ?

12 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Mes lecteurs habituels qui, en bons citoyens modernes, sont friands d'actualité, surtout à l'heure où la glorieuse mobilisation populaire va chasser M. Sarkozy du pouvoir, n'aimeront pas le présent post. Mais celui ci s'adresse aux amateurs d'histoire antique, s'il s'en trouve encore, qui découvriraient mon blog en tapant "ibères" sur Google.

 

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J'ai appris il y a peu que les Ibères comme les Basques sont un peuple qui vient d'on ne sait trop où - de sorte que leur langue étant aussi peu indoeuropéenne que celle des Basques ceux-ci ont souvent tendance à s'approprier comme leur dans la toponymie ce qui est en réalité ibérique.

 

En vérité on en sait quand même un peu plus sur les Ibères que sur les Protobasques parce qu'au moins on sait dater leur arrivée en Europe du Sud-Ouest et l'on sait qu'ils sont asiatiques (d'Asie mineure ou du Caucase).

 

J'aime bien les peuples dont les langues ne sont pas "à leur place" dans un ensemble donné et qui devaient passer pour complètement incongrus à tous leurs voisins (encore que je n'arrive jamais trop à évaluer si l'incongruité linguistique jouait jadis un si grand rôle dans la conception qu'un peuple se faisait de son voisin tant les conflits de voisinage étaient sévères, même entre peuples de même langue).

 

Quand on me parle de peuple asiatique perdu au milieu des Indo-européens, je pense spontanément aux Etrusques, cernés par les Celtes et les peuples italiques qui se ressemblaient entre eux. On décrit parfois les Etrusques, et les Crétois, comme plus hédonistes que les Indo-européens. Est ce vrai aussi des Ibères? Les Ibères ressemblent-ils en quoi que ce soit aux Etrusques ? Y a t il quoi que ce soit, dans leur art par exemple, qui puisse plaider en ce sens ou du moins nous faire soupçonner quoi que ce soit sur leur mentalité ? Faut-il imaginer le Ibères remplis d'un imaginaire végétal comme les Etrusques et les Minoens ? ou rudes combattants austères comme les bergers de Phrygie ?

 

Je lance ces questions en l'air à l'attention d'improbables érudits de passage. Une façon aussi pour moi de desserrer l'étau du quotidien.

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Rome, la Germanie et les particularismes francs

18 Août 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Vous savez que Nietzsche a beaucoup inspiré Max Weber et sa conception de l'Idealtype.

 

Nietzsche a posé certaines questions indispensables à la compréhension du monde moderne sur la longue durée, autour du clivage Rome contre la Judée ou Rome contre la Germanie. Bien sûr, victime des clichés du romantisme de son époque, il était souvent très loin de pouvoir apporter les bonnes réponses aux questions qu'il posait. Par exemple quand il a trop facilement identifié judaïsme et christianisme à la condition de esclaves, là où au contraire Paul Veyne montre que cette religion a très vite touché toutes les classe sociales.

 

Il faut aujourd'hui reprendre ces interrogations à nouveaux frais. Je pense en particulier à l'opposition Rome-Germanie qui est stucturante des cultures européennes depuis deux millénaires.

 

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Il y a en Europe, et spécialement en France, des vagues de germanisation et de romanisation successives.

 

Je crois par exemple que, si l'on se demande pourquoi beaucoup de "souchiens" européens voient d'un mauvais oeil le voile musulman (alors que, comme je le rappelais dans un billet précédent, les Grecs traitaient leurs femmes comme les musulmans traditionnalistes le font aujourd'hui), il faut penser à la condition de la femme germanique, et son extension partielle à l'Europe romaine à la faveur de la "germanisation" des 6ème et 7ème siècle. Je renvoie le lecteur intéressé par ce processus aux travaux de Dominique Barthélémy sur la chevalerie médiévale.

 

Je dois dire que j'aime beaucoup le livre de Nira Pancer sur les femmes de l'époque mérovingienne qui a plusieurs mérites dont celui de thématiser un pan de l'histoire des femme sans tomber dans les excès des Gender studies, notamment quand elle analyse la précarité du statut social des femmes de la noblesse mérovingienne à l'aune de l'instabilité générale des hiérarchies introduite par le nouveau régime germanique en Gaule (face aux pesanteurs du système impérial romain classique). Ce livre très riche fait bien comprendre la cohabitation de deux systèmes de valeur, l'un romain, presque bureaucratique, et l'autre germanique, fondé sur des rapports personnels et des émulations familiales, le premier étant entretenu par la noblesse ecclésiastique et les lettrés issus de ses rangs, l'autre tenant les rênes du pouvoir politique. Le système de prestige romain du Bas-Empire fondé sur le verbe et sur le positionnement dans la sphère curiale impériale est étonnamment proche de ce que l'Etat français a produit à partir de la Renaissance. Pencer le rend très vivant à travers de longues citations de Sidoine Apollinaire dans des pages d'analyse très inspirées par Bourdieu (le livre est de 2001, une époque où les historiens citaient plus ce sociologue qu'aujourd'hui). Le système germanique, lui, bien qu'il ait beaucoup travaillé notre histoire, est largement à redécouvrir et il faut se défaire de beaucoup de catégories mentales préconstruites (et romaines) de notre culture pour l'appréhender.

 

Barthélémy montrait déjà que les Germains (qui ignoraient le voile !) accordaient plus de libertés à leurs femmes que les peuples méditerranéens (les Celtes aussi du reste). Avec Pancer, on a même l'impression qu'au sein de cette "exception germanique", les Francs eux-mêmes font exception. A partir d'une étude fine de la loi salique, elle montre que par exemple aucune idéologie de la perversité lubrique des femmes ne soustend sa législation sur le viol (à la différence d'autres codes germaniques plus christianisés) et que la virginité n'y est guère associée à la notion de pureté mais qu'elle y constitue simplement un atout économique pour la famille qui doit marier les filles. Est-ce dû au fait que les Francs furent le dernier peuple germanique à être christianisé (par le baptême de Clovis) ? Pancer ne fait pas le lien. En tout cas il y a quelque chose de troublant à se dire que la France fut dominée par le peuple qui parmi les Germains était le moins répressif à l'égard des femmes. Le particularisme libertin de l'aristocratie française à partir du 16ème siècle peut-il avoir quelque rapport avec cela ? A suivre...

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L' appel d'il y a 70 ans

18 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Nous commémorons aujourd hui les 70 ans de l'appel du grand Charles sur fond de sondage indiquant que le gaullisme (largement trahis par les-soi disant disciples du général, M. Sarkozy notamment) ne dit plus grand chose à personne.

 

Je suis étonné pour ma part du fait qu'on ait imposé aux maires, notamment ceux de gauche, pendant des décennies de faire l'éloge à chaque 10 juin du chef d un parti (l'UDR) qu'ils affrontaient (lui ou son héritier) à chaque élection et auquel ils reprochaient même d'être revenu au pouvoir par les armes.

 

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On aurait pu tout aussi bien leur faire commémorer la création du conseil national de la résistance le 27 mai 1943 voire l'appel du 17 juin 1940 du communiste Charles Tillon qui commençait ainsi : « Les gouvernants bourgeois ont livré à Hitler et à Mussolini : l’Espagne, l’Autriche, l’Albanie et la Tchécoslovaquie... Et maintenant, ils livrent la France. Ils ont tout trahi. Après avoir livré les armées du Nord et de l’Est, après avoir livré Paris, ses usines, ses ouvriers, ils jugent pouvoir, avec le concours de Hitler, livrer le pays tout entier au fascisme. Mais le peuple français ne veut pas de l’esclavage, de la misère, du fascisme ». Il se terminait par un appel à l’insurrection : « Peuple des usines, des champs, des magasins et des bureaux, commerçants, artisans et intellectuels, soldats, marins, aviateurs encore sous les armes, unissez vous dans l’action !».

 

Voici un regard africain sur notre histoire dans les années 40 et ses conséquences, regard largement caricatural (quoique pas seulement), mais sans doute révélateur d'un état d'esprit.

 

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Katyn expliqué par l'argument de la vengeance

8 Avril 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Je lis dans Ria Novosti :

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"Le massacre de Katyn serait une vengeance de Staline pour les 32.000 prisonniers soviétiques morts en Pologne en 1920, a estimé mercredi le premier ministre russe Vladimir Poutine à Smolensk.

 

"Je ne savais pas que Joseph Staline a lui-même dirigé l'opération militaire de 1920 pendant la guerre soviéto-polonaise. L'Armée rouge a essuyé une défaite et de nombreux soldats soviétiques ont été faits prisonniers. Selon le dernier bilan, 32.000 soldats sont morts de faim ou de maladie en Pologne (…). Je crois personnellement que Staline se sentait responsable de cette tragédie et qu'il a ordonné de fusiller (les Polonais) pour se venger", a indiqué M.Poutine à l'issue d'une cérémonie en mémoire de plus de 20.000 officiers, policiers et civils polonais fusillés en 1940 à Katyn, près de Smolensk, par le NKVD, la police politique soviétique.

 

Selon le magazine polonais Newsweek Polska, près de 110.000 soldats soviétiques ont été faits prisonniers suite à la défaite de l'armée de Mikhaïl Toukhatchevski aux abords de Varsovie. Ils ont été envoyés dans des camps créés à Brest, Lukow, Wadowice, Domb et Strzalkowo. Les détenus ont été torturés et laissés sans nourriture ni soins médicaux"

 

http://fr.rian.ru/world/20100407/186417445.html

 

Les remises en perspectives des crimes du stalinisme, dans un contexte où les russes (et notamment les communistes russes) avaient subi beaucoup d'atrocités sont intéressantes. En tout cas elles aident à comprendre l'histoire (ce qui ne signifie cependant pas qu'il faille en devenir pour autant stalinophile ni poutinophile il va de soi).

 

fanon.jpgCes questions de poules et d'oeufs, qui cause quoi dans l'histoire, sont toujours compliquées mais utiles à poser. C'est comme lorsque je déjeunais avec le conseiller de la présidence du Mali. Il expliquait l'échec de la fédération avec le Sénégal en 1960 par "l'action du colonisateur". Tout comme d'ailleurs l'échec du socialisme malien dans les années qui suivirent. Il y a du vrai. Même si comme toujours ça ne peut être qu'une partie du vrai. On ne peut jamais complètement dire "tel crime, telle erreur, c'est de la faute à l'adversaire qui m'a conduit à cela". En même temps on devine que si la pression de l'adversaire était moindre (si le Mali n'avait pas autant dépendu du colonisateur, si l'URSS de 1939 n'avait pas eu une terrible guerre civile derrière elle en 1920, et des menaces persistantes) tout aurait pu se passer autrement.

 

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PS : Remarque d'un historien après cette déclaration de Poutine

 

"C'est une interprétation qui a l'avantage de cicatriser quelques plaies mais qui n'a pas trop de choses à voir avec la vérité.

D'abord Staline a certes joué un rôle dans la guerre polono-soviétique mais le principal artisan de cette guerre a été Toukhatchevski qui n'a pas pu compter sur les détachements qu'il avait demandé à Staline qui préférait mener sa propre offensive en Galicie : résultat Toukhatchevski a perdu la bataille de Varsovie et donc la guerre.

Les enquêtes menées par les Polonais depuis quelques années semblent montrer que les conditions dans les camps polonais étaient déplorables mais qu'il n'y a pas eu de meurtre systématique. D'ailleurs si cela avait été le cas, on peut supposer que la propagande communiste, polonaise ou soviétique se serait emparrée du sujet bien avant 1991, date où on a commencé à aborder le sujet en Russie. Poutine a créé une bourse pour des chercheurs russes qui s'occuperaient de ce sujet mais à ce jour ils ont produit moins de choses que les chercheurs polonais sur le sujet.

Comme vengeance on aurait pu imaginer mieux. La plupart des officiers tués à Katyn étaient des réservistes et non des militaires de carrière qui à l'époque de la guerre de 1920 étaient encore pour la plupart des adolescents à peine pubères ou pas encore. En revanche, Staline ne touchera pas un cheveux du premier ministre de Pilsudski (qui était sans doute plus lié au régime d'avant 1939 que les victimes de Katyn) qui restera prof à l'école polytechnique de Lvov jusqu'en juin 1941, qui sera reçu par Staline au Kremlin au printemps 1941 et qui sera exécuté avec tous les professeurs de son école dans les heures qui ont suvi l'entrée des nazis à Lvov en juin 1941.

Si on parlait de vengeance, le premier ministre de Pilsudski aurait du être le premier sur la liste à Katyn.

Par ailleurs, parmi les officiers exécutés, certains s'étaient opposés aux troupes soviétiques entrant en Pologne le 17 septembre 1939 mais d'autres avaient résisté aux troupes nazies jusqu'au bout de leurs possibilités justement dans l'attendre de pouvoir se rendre aux "Slaves" soviétiques. S'ils s'étaient rendus aux Allemands ils auraient survécu dans un offlag alors que là ils ont fini à Katyn.

Ce qui n'empêche pas les Polonais d'aujourd'hui d'en faire trop sur le sujet Katyn."

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Encore une chanson...

20 Mars 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

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Histoire de France

23 Janvier 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

vrcg-copie-1.jpgCe qui est désespérant en politique, c'est souvent (et cela arriva  à diverses époques) que face à une option dominante idiote les opposants ne savent proposer qu'une vision alternative tout aussi idiote. Il en va ainsi en ce moment de l'européisme dans lequel beaucoup de gens subtils voient une absurdité mais face auquel rien d'intelligent n'émerge, sauf la répétition de vieux dogmes éculés.

Je me faisais cette réflexion en regardant la vision de l'histoire que propose l'anti-européiste François Asselineau. C'est peu dire que son exposé sur le devenir de notre pays est daté. Il est même hanté par le refus obstiné de lire les découvertes des historiens contemporains, délibérément figé dans le 19ème siècle, toute cette vulgate stérile qu'on nous enseigna à l'école primaire sous Charles de Gaulle ou peu après sa mort. Pourquoi ce dogmatisme ? Pourquoi cette crainte du réel ?

Non M. Asselineau, la Gaule n'était pas cette France en gestation que vous vous figurez. Lisez Goudineau qui lui même ne fait que synthétiser un grand nombre de monographies des dernières décennies. Des Gaulois il y en avait de l'Armorique à l'Asie mineure. Il y avait peut-être un sentiment celte commun ("celte" étant la version grecque du mot latin "gaulois"), mais personne ne sait guère sur quel mode ni de quelque façon. En tout cas cette Gaule crypto-hexagonale de nos manuels scolaires est une plaisanterie. Exclure de notre vision de la Gaule l'Italie du Nord, la Hongrie, l'Anatolie centrale (le pays des Galates), au nom de quoi ? Et puis on ne dit pas des "tribus" pour des peuples qui occupaient de régions entières comme l'Auvergne (les Arvernes) ou la Bourgogne (les Eduens). Laissons ce vocabulaire aux auteurs du 19ème siècle. Les Romains et les Grecs avaient des termes très approximatifs pour désigner les groupes humains, inutile de traduire leurs mots par les vocables les plus péjoratifs de notre propre lexique. Et puis et puis, oui, je suis tout à fait la démonstration de Goudineau quand il dit que la Gaule telle que nous la voyons aujourd'hui est largement une invention romaine. Bien sûr dans l'Antiquité personne n'avait une vision claire du contour des pays des Gaulois (d'autant qu'aucun cartographe méditerranéen ne s'était aventuré au nord du Rhone et du Danube. Alors les Romains, en fonction de leurs propres calendriers de batailles, on fait leurs découpages. La Gaule Cisalpine, la Gaule Narbonaise, la Transalpine. Ils l'ont arrêtée sur le Rhin en fonction de l'intérêt qu'avait César de se présenter comme un rempart anti-Germain aux yeux des Gaulois, tout en sachant que des Celtes, il y en avait bien au delà. Jusqu'à Belgrade...

Et oui, la Gaule était traversée d'influences méditerranéennes. Certes comme le dit Asselineau, César a sans doute corrompu délibérément quelques élites gauloises. Mais cela faisait bien longtemps que beaucoup de nobles gaulois étaient "pro-romains". Sait-il, M. Asselineau que les troupes de Gabinus dans les années 60 av. JC (avant la conquête de la Gaule transalpine) qui maintiennent l'ordre à Alexandrie sont largement composées de cavaliers gaulois ? Les Gaulois de Provence sont de fervents admirateurs de la culture grecque massiliote, et tout le sillon rhodanien est marqué par les influences gréco-romaines (pas étonnant que les Eduens au nord de Lyon aient le titre d' "amis du peuple romain" et sollicitent l'aide du Sénat). Comme le dit Paul Veyne, à cette époque là, la civilisation hellénistique (dont Rome est un prolongement) incarne la modernité. Tout le monde autour de la Méditerranée, de Carthage à Damas en adopte le style, parce qu'on l'identifie à une forme de progrès de l'humanité. Et donc naturellement les Gaulois les plus au contact des Romains et des Grecs les admirent. Tout comme les Scythes admirent les Grecs de Panticapée en Crimée et les copient, ou comme beaucoup de peuples de Bactriane sont "philhellènes" comme on disait à ce moment là (amis et admirateurs des Grecs). Tout cela est dans l'ordre des choses. Il n'y a pas de Gaule "gaulliste" et anti-impériale. Il y a peut être à un moment donné un chef insurgé (Vercingétorix) comme il y en eut dans beaucoup de peuples, petits ou grands. Mais il est vraisemblable aussi  - Goudineau a raison - que César ait gonflé le rôle de ce chef arverne, à un moment où il devait grossir ses mérites de guerre devant un Sénat romain inquiet de la prorogation de son imperium, et qui avait hâte de désarmer ses légions.

Je ne suis pas d'accord avec Goudineau sur tout. Je trouve notamment, qu'il devrait, sur l'Aquitaine, intégrer davantage les travaux d'historiens basques qui rappellent que cette région était bien moins celte (et donc bien moins gauloise) que ne le voulut la tradition du 19ème siècle (de là à dire, comme certains nationalistes basques, que l'Aquitaine romaine n'était qu'une composante d'une vaste Vasconie qui s'étendait jusqu'à l'Ebre, il y a un fossé que je me garderai bien de franchir !).

Mais Goudineau, au diapason de beaucoup d'autres, a le mérite de nous sortir des mythes franco-français les plus absurdes. La Gaule n'est pas plus "exceptionnelle" qu'aucun autre espace géographique de l'Antiquité. S'il devait y avoir un espace plus exceptionnel à la rigueur; ce serait la Germanie. Car à l'époque d'Arminius elle fut la seule à pouvoir faire reculer le pouvoir romain qui l'avait conquise, et ce malgré un fort investissement en légions de la part d'Auguste. On peut dire aussi que la Crimée ou des peuples du Caucase se sont affranchis de Rome à divers moments mais Rome n'a pas fait de grands efforts pour les garder. La Gaule ne s'est pas affranchie de Rome, et dans un sens, c'est à son honneur, car cela signifiait son intégration dans les réseaux d'échange méditerranéens. Elle y a incontestablement gagné.

Si vous voulez vous amuser deux secondes, lisez cette attaque chauvine contre Goudineau. Elle ne brille en tout cas pas par son respect de la liberté d'enseigner ni par son respect pour le collège de France... Le plus injuste dans cet article est qu'il laisse entendre que Goudineau  minimise les crimes de guerres romains en Gaule. Or c'est tout le contraire, jamais je n'ai mieux compris à quel point la conquête militaire avait détruit ce pays qu'en découvrant dans César et la Gaule de Goudineau les évaluations des morts, des blessés, et surtout des ventes d'esclaves. Mais on peut déplorer la brutalité de l'opération militaire tout en reconnaissant que son résultat (l'inclusion de la Gaule transalpine dans l'empire romain) allait dans le sens d'une intégration de ce pays aux circuits d'échanges méditerranéens, intégration déjà amorcée depuis plus d'un siècle et qui ne lui a apporté que des progrès sur le long terme - introduction de nouvelles cultures comme la vigne, de l'alphabet, disparition des sacrifices humains etc.

Donc M. Asselineau a tort. Il a tort aussi sur Clovis évidemment. A trop nous ressortir le catéchisme de notre enfance, il oublie l'essentiel : que les Francs étaient un peuple lié à Rome par un traité d'amitié (feudus), chargé de défendre la frontière (limes) contre des peuples plus orientaux, et donc influencé par la culture romaine. Que le ralliement de Clovis au catholicisme était inespéré pour l'Eglise romaine car tout le reste des l'Occident était sous la coupe de Germains ariens (les Goths et les Vandales). L'image du Clovis-De Gaulle (comme le Vercingétorix-De Gaulle) adversaire des empires en prend un coup, parce que c'est Clovis qui aida à la restauration de l'empire universel ecclésiastique (et "papiste" diraient les protestants), que le règne des Goths aurait pu mettre à mal. Lisez là dessus l'Histoire de la chrétienté d'orient et d'occident de Jacques Brosse.

Bref je ne comprends pas ce refus de lire les historiens contemporains que manifeste Asselineau, la complaisance à rester dans l'enseignement d'autrefois complètement décalé par rapport à tout ce qu'on peut savoir du réel. Pourtant seul le réel est intéressant, seule sa connaissance permet de fonder des projets politiques féconds. Mais notre époque ne trouve aucune voie entre le vide intellectuel complet et le dogmatisme passéiste.
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Lévi-Strauss, 11 novembre, mur de Berlin

6 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

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9 mai : Fête russe de la capitulation nazie

9 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Les Russes fêtent le 9 mai l'anniversaire de la capitulation nazie, la cessation des combats signée à Berlin ayant été enregistrée ce jour-là à Moscou en raison du décalage horaire...

80% des armées nazies ont été détruites sur le front de l'Est et non sur le front de l'Ouest. Cet exploit est dû aux innovations technologiques inattadues de l'URSS (le char T 34), le sacrifice économique et humain (20 millions de jeunes soviétiques moururent) de toute sa population. Une réalité que l'Europe a tendance à gommer.

Rappelons cela aujourd'hui. Rappelons aussi que contrairement à ce que croit l'Elysée il n'y a pas eu d'armistice avec l'Allemagne mais une capitulation, et que, contrairement à la terminologie adoptée par le documentaire d'hier et avant-hier sur France 3, on n'appelait pas à l'époque les Anglo-américains les "Occidentaux". Il suffit de lire les mémoires de De Gaulle pour s'en assurer.

Compte tenu du révisionnisme ambiant sur la Seconde guerre mondiale, il n'est pas inutile de préciser ce genre de chose.



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La France et l'esprit partisan

29 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

"A mon entrée à l'Ecole alsacienne, j'avais appris que j'étais protestant ; dès la première récréation, les élèves m'entourant, m'avaient demandé :
- T'es catholique, toi ? ou protescul ?
Parfaitement interloqué, entendant pour la première fois de ma vie ces mots baroques - car mes parents s'étaient gardés de me laisser connaître que la foi de tous les Français pouvait ne pas être la même, et l'entente qui régnait à Rouen entre mes parents m'aveuglait sur leurs divergences confessionnelles - je répondis que je ne savais pas ce que tout cela voulait dire. Il y eut un camarade obligeant qui se chargea de m'expliquer :
- Les catholiques sont ceux qui croient à la sainte Vierge.
Sur quoi je m'écriai qu'alors j'étais sûrement protestant. Il n'y avait pas de juifs parmi nous, par miracle ; mais un petit gringalet, qui n'avait pas encore parlé, s'écria soudain :
- Mon père, lui, est athée. Ceci dit d'un ton supérieur qui laissa les autres perplexes.(...)
S'étonnera-t-on que des mioches de dix ou douze ans se préoccupassent déjà de ces choses ? Mais non ; il n'y avait là que ce besoin inné du Français de prendre parti, d'être d'un parti, qui se retrouve à tous les âges et du haut en bas de la société française"


André Gide, Si le grain ne meurt, Folio p 105-106.
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