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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #la gauche tag

"Europarlement" : IU sur la Monarchie et la Syrie

11 Octobre 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE, #La gauche, #Espagne, #Proche-Orient

Le 7 octobre la porte-parole de Gauche unie (Izquierda unida) au Parlement européen, Marina Albiol, a présenté une motion d'ordre au début de la session le mercredi à Strasbourg pour retirer de l'ordre du jour le discours du roi Felipe de Bourbon qui selon son groupe n'a pas de légitimité démocratique pour intervenir dans cette enceinte.

Au nombre des bonnes prises de position de Gauche unie aussi, l'intervention de Javier Couso le même jour déclarant à propos des appels des Occidentaux à Poutine pour qu'il ne bombarde que Daech : "Il est insultant que les États-Unis et de l'OTAN demandent de ne pas attaquer Al-Qaïda et Al-Nusra".

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A droite toute...

12 Septembre 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche, #La droite

A droite toute...

Après avoir dit que la sortie de l'euro était une option "maréchaliste", M. Mélenchon twitte aujourd'hui que le "plan B" c'est "toutes les options pour sortir de la domination allemande, y compris la sortie de l'euro" - c'est à dire aussi bien le fédéralisme de l'Europe sociale que la sortie de l'euro. Allez comprendre...

M. Attali appelle à faire "comme le patronat belge", et soutenir l'accueil maximal d'immigrés : c'est à dire piller les "ressources humaines" des pays pauvres, les surexploiter en Europe, baisser les salaires de la population "de souche" et détruire nos Etats pour le plus grand profit des banques.

En attendant, impossible de voir clair sur la situation des réfugiés. Qui sont-ils ? Mme Le Pen affirme que ce sont en majorité des hommes, et des migrants économiques. La presse de centre gauche prétend qu'elle ment, mais comme la presse de centre-gauche s'est spécialisée dans le mensonge depuis 15 ans, on ne sait plus qui croire. La jeune syrienne qui à Belgrade (voir vidéo plus bas) disait que les réfugiés de son pays avec l'argent des passeurs pourraient s'offrir une maison en zone sûre le long de l'axe Damas-Alep a-t-elle raison ?

Si nous renonçons à nos frontières cet été pour 300 000 migrants, n'aurons-nous pas un million de réfugiés vrais ou faux supplémentaires dans 3 mois, d'autres pays, qui auront compris comment prendre d'assaut une gare ou un poste de police ?

La Hongrie habituée à être à la charnière des invasions dans l'histoire, commence vraiment à s'affoler. Elle n'a pas tort. M. Sarkozy appelle à remettre en cause Schengen, redresser les frontières et recréer des camps d'accueil dans les pays périphériques de l'Europe, sur le modèle de ceux de M. Kadhafi qu'il a fait renverser...

La Pravda en anglais, journal communiste russe, se réjouit de la victoire prochaine de la droite dure en France (Sarkozy ou Le Pen) qui selon elle va casser l'axe atlantiste. Les communistes russes n'attendent plus rien de la gauche de la gauche française. Il est vrai que pour croire en celle-ci il faut vraiment avoir la foi du charbonnier.

Le retour de Sarkozy a de quoi inquiéter. Je ne lui ai trouvé d'appréciable pendant son mandat que son attitude modérée à l'égard de la Russie. Mais il est clair que l'atlantiste Juppé ne ferait que poursuivre la politique de Hollande dans l'alignement sur Washington (et le Washington belliqueux de H. Clinton, pas celui d'Obama) et l'affaiblissement de l'Etat en France.

J'ai voté Mélenchon au premier tour de 2012 et me suis abstenu au second tour. Je crois que si en 2017 le choix est entre Sarko, Le Pen, Hollande, Mélenchon (qui a fort mal évolué) et Juppé, je m'abstiendrai dès le premier tour.

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Sainte Geneviève

21 Août 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #Antiquité - Auteurs et personnalités, #La gauche

Sainte Geneviève

Ceux qui suivent ce blog le savent, et je l'ai confirmé il y a peu à Bricmont (qui est bien embêté par la nouvelle version de poche du livre sur Chomsky auquel j'avais collaboré) : je ne suis plus rationaliste et matérialiste au sens orthodoxe du terme. Le 18 février 2014 j'ai rencontré un homme qui sans me connaître ni d'Eve ni d'Adam m'a présenté quelques traits saillants de mon enfance que personne ne pouvait deviner, et m'a dit que mon grand père était mort quand j'avais 14-15 ans (ce qui est vrai, il est mort à la veille de mon 15ème anniversaire), il m'a exposé tout cela au nom "des esprits" qui avaient coutume de lui parler, selon lui. Cette rencontre, et les événements qui lui ont succédé, que je raconterai dans un livre qui paraîtra prochainement, m'ont fait renoncer au rationalisme.

Ce qui ne signifie pas que je ne continue pas de soutenir le rationalisme dans le cadre bien déterminé de la recherche scientifique moderne, ainsi que dans le cadre politique, en ce sens qu'un fait objectif est un fait objectif, et qu'un raisonnement cohérent autour des faits est différent d'un raisonnement boiteux, en cela je raisonne comme Pascal. Côté sciences il faudrait quand même libérer un peu plus de crédits des budgets scientifiques au domaine appelé à tort "paranormal" et l'intégrer un peu à nos conceptions de la matière (je pense par exemple à la théorie des champs morphogénétique de Sheldrake, qui m'a fait revenir de l'allergie que j'avais développée à l'encontre de la notion de champ après Bourdieu), mais je reconnais que c'est compliqué.

J'ai hésité à parler de mon évolution religieuse pour des raisons tactiques. Mais il faut cesser de se laisser impressionner par les esprits vides qui aux Inrockuptibles, à Libé, au Figaro, chez l'Obs, dans Le Monde, tiennent à jour leurs listes de proscription. Mon lectorat est si faible que je ne puis tomber plus bas. Malgré mon doctorat en sociologie je n'ai aucune tribune universitaire, donc je n'ai rien à perdre. Et puis il faut cesser de laisser la religion aux extrémistes, comme il ne faut pas leur laisser le monopole de l'histoire de la France. J'ai déjà vanté ici nombre de nos figures historiques, y compris de droite, comme Chateaubriand, sans renier ce qu'il y eut de grand aussi dans les mouvements révolutionnaires et socialistes.

Je pourrais aussi bien ici parler de Sainte Geneviève. Patronne de Paris et de la Gaule. "De qui la Gaule tiendrait-elle ses troubadours, son esprit naïf et son penchant aux grâces, si ce n'est du chant pastoral, de l'innocence et de la beauté de sa patronne ?" (Chateaubriand, GDC p. 241). Je trouve regrettable des manifestations qui lui sont consacrées comme celle-ci qui sentent la peur et le repli identitaire.

Ces manifestations sont stériles parce qu'elles manquent l'essence du personnage qu'elles invoquent. Son essence ésotérique, surnaturelle. L'Eglise aussi la manque, ainsi que tout le nationalisme de l'entre-deux-guerres (cette formidable "trahison des clercs" dont parlait Benda, mais sans saisir la portée de ses propres mots). Quand je lis son hagiographie, qui, bien sûr, est émaillée de légendes comme toutes les vies de saints, je trouve aussi des éléments que connaissent bien les médiums contemporains comme par exemple le "voyage astral" (qui dans son cas dura trois jours), la clairvoyance, le don de guérison. Et je ne puis douter que cette sainte fût un grand personnage. Je pense que nous avons eu la chance d'en avoir un certain nombre ainsi entre la Loire et la Somme au moment de la chute de l'Empire romain : ils ont sauvé ce qui devait l'être de la culture antique et de l'amour chrétien (qui, je suis désolé, ne mérite nullement l'opprobre qu'on lui inflige en ce moment, surtout celle que tous les étés le pauvre Onfray balance aux frais du contribuable sur une radio publique*). Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si tant de saints ont eu ces dons à ce moment-là, comme ce n'est pas un hasard que tant de grands hommes aient vécu autour de 50 av JC (comme le notait Montaigne) et bien moins cent ans plus tôt ou plus tard. Comme c'est une chance et ce n'est pas un hasard, si des forces surnaturelles ont choisi les chefs francs pour sauver les Gaules à l'époque des invasions, puis pour amorcer une première renaissance sous Charlemagne etc. La France en tant que collectivité humaine a une mission historique sur 2 000 ans à jouer au regard des forces surnaturelles, comme l'Angleterre, l'Espagne, l'Allemagne, la Russie, la Chine, l'Iran etc, et cela ne peut pas être oublié.

Je reste profondément un homme de gauche, héritier des républicains espagnols, anti-monarchiste etc. Mais cela ne peut m'interdire de reconnaître la dette de la France d'aujourd'hui à l'égard de Saint Geneviève, et de bien d'autres héros chrétiens. Les Soufis musulmans sont fiers à juste titre de la figure de Roumi qui, à Konya, affrontait les flèches des Mongols. Nous devons l'être de Geneviève la patricienne gallo-romaine qui fit reculer la barbarie chamanique d'Attila (car le chamanisme n'est peut-être pas si bon que les spécialistes du "développement personnel" le croient, même s'il eut son utilité, chez Pythagore par exemple) et dont la vertu était telle que Siméon le Stylite près d'Antioche prenait de ses nouvelles (il ne la connaissait pas de réputation comme l'a cru Kundera mais par clairvoyance, comme l'homme de 2014 mon enfance).

Il y a tout à faire pour réconcilier la gauche avec l'au-delà, comme le tentèrent Péguy, Gandhi ou Chavez, et avec ses racines nationales... sans complexe aucun !

~~ * Onfray tout à l'heure disait à la radio que c'était "chrétien" de dire qu'on trompait sa femme seulement quand on couchait et pas quand on regardait. Belle ignorance de ce pseudo-philosophe qui ne connait même pas ses ennemis et ignore que justement Jésus disait que l'adultère était dans le regard (voir Mathieu 5.27-30), une affaire de chakra inférieur qui le dépasse évidemment.

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Des nouvelles des gauches dans le monde

20 Août 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche, #Colonialisme-impérialisme

Des nouvelles des gauches dans le monde

M. Tsipras démissionne. Il me semble (mais ce n'est là qu'une remarque de citoyen qui n'a pas beaucoup lu sur la crise grecque) qu'il aurait dû le faire dès le premier accord de financement arraché par l'Union européenne au début de l'été, car, par principe, on ne peut imposer un accord international (ou une version aggravée d'un accord) à un peuple qui l'a rejeté par référendum quinze jours plus tôt. M. Iglesias de Podemos avait critiqué la culture minoritaire et non-gouvernementale de la gauche marxiste, "culture du 33 % en Italie, du 21 % en France et du 10 % en Espagne" avait-il dit le mois dernier selon El Mundo, étalant ainsi son savoir de maitre de conf en science politique. Syriza ferait bien de ne pas se caractériser par un excès inverse en adoptant une culture du 50 % pour servir l'Allemagne et le FMI. Je préfère qu'un pays confie la charge de mener une politique de droite à la droite...

Puisqu'une partie de mes lecteurs vient du site "Réveil communiste" (j'ignore pourquoi car mon blog ne figure pas dans leurs liens), site d'un communiste souverainiste, je trouve dans ses pages l'occasion d'un tour d'horizon de la situation des gauches sous diverses latitudes.

Je partage l'indignation de ce site devant l'appel au coup d'Etat au Brésil, qu'on trouvait pratiquement relayé dans Le Monde aujourd'hui. Jacques Attali lui même qui dit pourtant tant de sottises, s'était ému de voir la banalisation du renversement des gouvernements élus par la rue avant la fin de leur mandat, à propos des cas de Morsi et de Yanoukovitch. Il est clair qu'on n'aimerait pas que le Brésil s'ajoute à la liste, pas seulement parce qu'il fut un pays actif au sein des BRICS mais pour l'avenir de la démocratie dans le monde. Qu'au moins ils aient la patience d'attendre la fin de la législature du PT. Le plus triste dans cette affaire est que Mme Rousseff ait réussi à faire la presqu'unanimité contre elle à gauche comme à droite. C'est dommage, car cela annonce la fin des BRICS. On peut se demander ce qu'il faut penser d'une alliance politique qui dépend à ce point des alternances du moment. On m'objectera peut-être que la droitisation croissante de l'Inde n'empêche pas la survie de l'alliance BRICS, mais on peut se demander s'il peut en aller de même avec un retournement possible du Brésil. A part cela bien sûr on ne peut s'empêcher de songer à une certaine générale usure de la gauche en Amérique latine (Equateur, Venezuela, Argentine).

En parlant du Monde, notez que tout ce qu'il dit doit être pris a contrario. Ainsi ce 20 août, là même où il se félicite de la manifestation contre Mme Rousseff, il consacre son éditorial à l'éloge du nouveau gouvernement du SrI Lanka. Il y a fort à parier que cela signifie que celui-ci est très nocif. Le syndicaliste Jean-Pierre Page nous en avait donné en avant goût en mai. Quand le quotidien vispéral y dénonce les erreurs de gestion du gouvernement précédent au nombre desquelles un aéroport inutile bâti par les Chinois dans la circonscription de l'ancien premier ministre, il y a de quoi se gausser : la France n'est-elle point habituée aussi à construire ce genre d 'éléphant blanc ?

Dans Réveil communiste aussi la mention de cette proposition de vœu de l'assemblée nationale présentée par trois députés communistes que j'approuve en vue de la sortie de la France de l'OTAN et de la dissolution de cette organisation criminelle.

Et encore un beau texte sur la démagogie du centre-gauche et des trotskistes sur les Roms, l'assistanat et l'immigration : l'afflux d'immigrés et de réfugiés spectaculaire cet été après nos actions catastrophiques en Libye et Syrie depuis trois ans pourra-t-il obliger à une approche réalise du problème ? Jean-Pierre Chevènement, président de République Moderne, le nouveau mouvement qu'il crée après avoir quitté le MRC désormais pieds et poings liés au PS, a raison de rappeler que la destruction du verrou libyen n'est pas la seule cause, et on ne peut pas seulement compter sur des verrous. Le co-développement, idée chère à Sami Naïr, est effectivement la solution pour un continent africain qui comptera 2 milliards d'habitants en 2050. La difficulté est de savoir quelle option politique et quels dirigeants seraient à même d'être des partenaires adéquats d'un "co-développement" qui n'ait rien de néo-colonialiste. Dans le cadre de l'Atlas alternatif j'attirais l'attention sur les rares mouvements de gauche en Afrique, notamment quand ils étaient bâillonnés, comme l'a été Aminata Traoré au Mali par exemple. Mais seraient-ils capables d'apporter à la fois à leurs pays indépendance et prospérité ? L'exemple du Zimbabwe suscite quelques doutes (et l'embargo n'explique pas tout l'échec économique de ce pays). On ne peut pas non plus redistribuer la richesse mondiale pour la verser dans des bureaucraties de façade socialisante en réalité corrompues. En apparence cela serait plus juste que le règne des banques et des multinationales. En profondeur cela n'enragerait en rien la situation de 2 milliards d'Africains de 2050, bien au contraire.

Réveil communiste enfin note que le Parti travailliste britannique se "re-gauchise", enfin... Mon petit doigt me dit que la cote de popularité de la leader du Parti national écossais dont je vous avais déjà parlé et qui est anti-austérité, elle a ouvert le chemin. J'aime bien la position du candidat de son aile gauche au secrétariat général Jeremy Corbyn en faveur de la dissolution de l'OTAN. Mais je suppose que les technostructures seront actives pour bloquer son ascension...

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Faiblesses

30 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

EpaminondasLes gens oublient facilement leur rôle. Hier M. Valls déclarait que la percée du FN dans le paysage politique constituait un changement "durable". Son rôle serait plutôt de dire :"Le FN a effectué une percée, mais elle est éphémère, aux prochaines élections les vertus de notre politique le réduira à néant". Aujourd'hui sur Canal+, Mme Filipetti, députée PS, qualifie le choix des électeurs qui ont voté PS d' "héroïque". On imagine la députée serrant la main d'un électeur du PS en lui disant : "C'est vraiment héroïque d'avoir voté pour mon parti, je ne sais pas si à votre place j'aurais eu le courage de le faire". Quand on en est à commenter des résultats électoraux en oubliant quel rôle politique on tient, c'est qu'en fait on a déjà complètement lâché la rampe. On ne fait plus que de la figuration jusqu'à la prochaine défaite.

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Elections départementales

24 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

026- 1992 (29.8.92-24.11.92) 206Voici encore des élections locales où tout le monde peut se déclarer satisfait. Le FN parce qu'il fait plus de 24 %, la droite alliée aux divers droite et aux centristes parce qu'elle arrive en tête malgré tout, les socialistes parce que leur score est moins mauvais que dans les sondages. Le PCF parce qu'il résiste dans à peu près tous ses fiefs, y compris là où il a été renversé par la droite aux  dernières municipales comme Le Blanc Mesnil et Bobigny. Il réalise même une percée au dessus de 10 % dans certains cantons de mon Béarn natal qui historiquement pourtant n'a jamais été intéressé par le communisme, ainsi que dans certains centres-villes bobos de métropoles régionales (parfois en alliance avec les Verts d'ailleurs).

 

Ca fait drôle de voir des départements comme l'Eure ou le Midi-Pyrénées, qui dans les années 80 n'accordaient que de faibles scores au FN, placer ce parti au second tour dans plusieurs cantons. Les temps changent. Mais il n'y avait pas de candidats FN dans tous les cantons, par exemple aucun dans le canton où je suis censé être électeur.

 

Comme souvent je me suis abstenu au premier tour et ferai de même au second.

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La culture policière, Berl et l'individualisme français, Lucien Bonaparte

19 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Etat policier. Culture policière. France Culture, Arte. L'art n'intéresse plus "qu'en tant" qu'il peut faire passer un message politique, un message de solidarité avec nos insititutions, nos médias, les "fondements de notre civilisation". Nous faire "participer à l'actualité" à tout prix, consensualisme étouffant, totalitaire. Aucune spontanéité. Telle artiste est libanaise, elle a été formée dans une école en Irak, elle a tel point de vue sur le Proche-Orient. Cela seul compte. Son esthétique ? sa sensibilité ? ce qu'elle peut dire d'elle même ou dire à l'humanité en dehors de la référence à l' Actualité, à notre Kulturkampf civilisationnel, à notre totalitarisme ? On s'en fout. Seuls son itinéraire et sa participation à notre consensus obligatoire comptent. Comme seuls comptent les héritages du passé en tant qu'ils sont "mobilisables" par le totalitarisme du présent : Aristophane, Montaigne, Stendhal. Tous "au service de" notre cause. Comment cela vous n'avez rien à faire de la question de la Tolérance, de la Liberté d'expression officielle, de l'Amour dispensé par nos chères institutions européennes et internationales ? Mais vous êtes un ennemi de l'humanité !

 

Je lisais Emmanuel Berl dans la revue "Europe" hier soir. Son article dans le numéro d'octobre 1933. Berl sent le soufre parce qu'il a mal tourné en 1940 en devenant pétainiste. Une faute qu'il a commise et que je ne m'explique pas, sauf à dire que les intellectuels les plus justes les plus pertinents peuvent aussi devenir très cons. Pourtant en 1936 il était pote avec Malreaux, homme de gauche, un peu rad' soc' comme Alain, mais sincère dans son progressisme. Son appel aux sentimens individualistes et libertaires des Français face aux totalitarismes montants a quelque chose de touchant. "Thèbes fut grande grâce à Epaminondas et non l'inverse" écrit-il. Voilà qui me va droit au coeur moi qui suis un inconditionnel d'Epaminondas (euh, c'est qui Epaminondas ? est-ce qu'il est compatible avec les Femen et avec les dernières circulaires de Manuel Valls ? demanderont les journalistes qui lisent ce blog...).

 

front populaireLe regard de Berl sur la révolution bolchévique, et surtout sur la façon dont beaucoup de socialistes français ont tenté de devenir communistes alors qu'en fait leur référénce c'était Jaurès et un vieil anarchisme national. Il raconte comment la France fut stupéfaite de voir les Menchéviks, qui étaient encore les héritiers de 1789, se faire supplanter par la bande à Trostki et à Lénine, qui, vue de Paris, avait quelque chose d'aussi cinglée et mystique que le moine Raspoutine. Incompréhensible Russie. Il est sûr en tout cas, que le parti communiste français a peiné à devenir stalinien, comme l'extrême droite française fut finalement assez peu hitlérienne (quoiqu'elle fût antisémite, raciste, pessimiste, stupide et excécrable, mais l'hitlérisme n'était pas dans son style).

 

Un autre qui cite Epaminondas c'est Lucien Bonaparte, le frère de l'empereur, dans ses mémoires. C'est parce que son adjoint, un moine défroqué, au comité révolutionnaire de Saint Maximin en 1793 avait adopté ce pseudo (je crois savoir pourquoi, mais je ne l'expliquerai que dans un livre, dans quelques années). Les mémoires de Lucien Bonaparte sont sur Google Book en ligne en version française. Jetez y un oeil chers lecteurs, c'est bien écrit, et d'une lecture agréable. Le cadet de Napoléon n'est pas tendre pour les Jacobins, et surtout pour la bande de brutes avinées qui exécutent leurs décrets absurdes. C'est du même tonneau que le propos de Chateaubriand sur les vierges de Verdun.

 

La France est un pays violent (il n'y a pas de grandeur sans violence d'un point de vue nietzschéen), mais je crois qu'elle a été archi-vaccinée contre le jacobinisme. C'est pourquoi même en 1848 le jacobinisme était l'anti-référence; Toute la gauche était orpheline de Robespierre, mais profondément aux antipodes de la Terreur. Voilà pourquoi elle fut tout au long du XIXe siècle contre la peine de mort, voilà pourquoi en 1945 elle ne prit pas le pouvoir quand ses hommes en armes contrôlaient toutes les villes. Et elle a bien raison. Il est des erreurs qu'il ne faut pas répéter. Il n'est point de violence plus efficace que celle qui se condense en non-violence, celle de la Bhagavad-Gita et de Gandhi.

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Le coup d'Etat permanent

24 Octobre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Il avait bien raison celui qui désigna le régime de la Ve République comme celui du "coup d'Etat permanent". Grâce à ce système en effet, les partis politiques ne sont plus que des écuries de sélection de candidats à la présidence et ne pèsent pas dans les décisions de l'Exécutif, ou si peu. mitterrand

 

ps.jpgGrâce à la Ve République, Giscard a pu imposer comme premier ministre un économiste à sa botte sans choisir un élu du principal parti de sa majorité (l'UDR), Mitterrand a pu effectuer le "tournant de la rigueur" en 1983 et libéraliser les marchés financiers sans débat interne au sein du PS, et, aujourd'hui, Hollande peut choisir comme premier ministre un homme dont l'option politique représentait seulement 5 % au sein de son parti il y a peu.

 

Ce qui est intéressant c'est que cela ne choque personne. Je crois que très profondément les Français sous leur vernis droit-de-l'hommiste aiment les dictatures quand elles émanent de leurs propres rangs, d'où leur amour pour Clemenceau, de Gaulle et quelques autres.

 

Il y  aun mois, j'ai été surpris d'entendre deux de mes collègues faire l'éloge du régime de Napoléon III "régime le plus stable et le plus prospère que la France ait connu" (sic). Ces gens sont pourtant de bons électeurs du parti socialiste, issus de la bourgeoisie de droite (vendéenne et bordelaise) mais aujourd'hui enthousiastes de la social-démocratie "réformistes", des droits des minorités sexuelles,  bref des sociaux-libéraux comme Emmanuel Valls les affectionnent. Pour eux Napoléon III était la synthèse de l'ordre et du souci des pauvres ("De l'extinction du paupérisme"). Si seulement chaque Français avait la sincérité d'avouer cette passion dictatoriale qui lui fait aimer la Ve République !

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Pour le centenaire de la mort de Jaurès

31 Juillet 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

jauresmeetingpresaintgeuk6.jpgJe vous rappelle ce texte sur les socialistes de 1900, écrit par Romain Rolland, témoin oculaire, qui fait un portrait intéressant de Jaurès, et "sur le vif" - sans reconstitution a posteriori. Cliquez ici.

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Comment j'ai voté dans le Sud-Ouest

25 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

P1010396J'avais l'intuition que je voterais pour le Front de Gauche, mais je n'en étais pas tout à fait sûr vu leurs faiblesses idéologiques (sur l'Europe et sur le reste), les errements aberrants de Mélenchon, le handicap structurel des communistes etc.

 

Au bureau de vote, à l'entrée j'ai pris les bulletins des partis qui m'intéressent : une liste souverainiste pour laquelle j'avais envisagé de voter la semaine dernière, mais avec des hésitations, le bulletin du FdG, celui de Lutte ouvrière, et celui du parti du vote blanc. Chacune de ces listes a été choisie en fonction de mes convictions politiques. Dans l'isoloir, j'ai tout de suite su que je prendrais le bulletin du Front de Gauche. Mon regard a balayé la liste des candidats dirigée par Mélenchon. Il s'est arrêté en fin de liste sur Raoul Marc Jennar, contributeur de l'Atlas alternatif en 2004, dont j'ignorais qu'il se présentait à ces élections. J'y ai vu une confirmation du fait que je devais voter pour eux. Je juge la politique en fonction des idées, mais aussi de la P1020401valeur humaine, c'est-à-dire, de la capacité à agir, et à inscrire les idées (même imparfaitement,et même des idées imparfaites) dans l'histoire réelle. Depuis 15 ans, les apparatchiks du Front de Gauche, qui pourtant n'ont guère agi en ma faveur, ont quand même un peu plus fait pour m'aider, et aider mes idées (notamment les idées anti-ingérence de l'Atlas alternatif) que ceux des autres partis. Au pays des aveugles, les borgnes étant rois, j'ai choisi le borgne du Front de Gauche.

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Agora

6 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

assnat

Un ami m'envoie, à propos des dernières élections municipales françaises, un commentaire d'un réac qui reproche aux socialistes "bobos" d'avoir trop longtemps méprisé le "bon peuple" rempli de schémas identitaires supposément vertueux. Il me fait remarquer que cette posture est typiquement élitiste, et ajoute une remarque critique du blogueur Jean Zin à l'égard de ceux qui, chez les écolos, ressortent les vieilles théories tout aussi élitistes, de Gramsci sur l' "hégémonie idéologique".

 

Pour gagner du temps, je vous livre ici ma réponse (un peu décousue mais qui décrit mon état d'esprit du moment) :

 

"Je suis d'accord sur le fait qu'idéalement il faudrait dépasser le clivage entre la gauche "sociétale" bobo (Anne Hidalgo, mairesse de Paris, disant lors de son élection "j'aime tous les enfants parisiens quelle que soit leur couleur, leur orientation sexuelle etc" sic) et le populisme identitariste néo-réac, dont ton Christian Roux, comme Eric Seymour, Finkielkraut etc font partie. Mais personne n'a pour l'instant la clé de ce dépassement.

La sociologie ne produit pas de politique comme le dit ton ami Jean Zin, c'est très vrai. Et le gramscisme est un élitisme, c'est vrai aussi.

Je ne crois pas trop au "mouvement social" qui a des côtés très petits bourgeois (Bourdieu dans certains moments de lucidité a reconnu son propre côté petit bourgeois aussi), ce qui ne veut pas dire que le "peuple" (de droite ou abstentionniste) qui ne se reconnait pas dans les mouvements sociaux ait plus raison que les petits bourgeois de ces mouvements.

Je suis très sceptique sur la possibilité de dépasser la césure entre le peuple et les élites. La fusion entre les uns et les autres, dans le cadre d'une élection ou d'une révolution est souvent le fruit de malentendus réciproques, ce qui ne veut pas dire que ces malentendus ne sont pas parfois féconds sur le plan de l'évolution politique des uns et des autres. Tout ce qu'on peut faire d'utile dans ce genre de dispositif est de jouer les commis voyageurs entre les différences régions de l'espace social pour au moins ne pas être dupe des illusions de la "représentation officielle" du monde.

programme-pour-une-gauche-copie-1.jpgL'alternative que j'évoquais dans le Programme pour une gauche française décomplexée et que je généraliserais aujourd'hui, serait d'introduire du tirage au sort à 50 % des effectifs dans tous les corps dirigeants de la société (politiciens, journalistes, haute administration système judiciaire, armée, police etc), mais cela ne règlerait pas le problème de la technicité des sujets, qui ferait que les 50 % non tirés au sort resteraient les véritables décideurs.

La démocratie produit à la fois une aspiration de chacun à contrôler le destin collectif, et une complexité sociale qui donne le pouvoir aux spécialistes et empêche de garder une vue d'ensemble. Et les spécialistes imposent une vision d'élite. Le paradoxe me semble assez indépassable, les frustrations qu'il provoque aussi.

D'où ensuite l'importance de l'effort individuel (l'effort de commis voyageur) pour au moins "rester humain" c'est à dire continuer à garder une vision ou une sensibilité "d'ensemble", et à pousser d'autres personnes à faire de même. Mais c'est un exercice qui demande beaucoup d'énergie et qui a ses propres limites. Un regard de cinéphile, de philosophe, d'artiste, peut y aider (en se disciplinant bien sûr, la discipline étant la clé de tout)."

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Alba Gonzalez Camacho

27 Février 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Une statue de sel. Elle a 21 ans et se surnomme la "Louve Rouge". Elle a été condamnée par la justice espagnole pour avoir publié sur Tweeter : "J'ai le cœur noir comme la nuit, mais mon âme est rouge comme le sang." "Avec le Parti populaire on voit bien que le Grapo est indispensable."

Loba.jpg


Beaucoup de jeunes républicains espagnols dans les années 70 ont fini dans les bras du Grapo. Elle a le drapeau républicain sur sa photo. Elle est des nôtres. Le courage de Marie Madeleine au pied de la croix du Christ. Rien à voir avec les Femen !

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Gué-guerres à gauche de la gauche

16 Décembre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Euh, je ne veux pas faire du mauvais esprit, mais en tant que citoyen qui a signé la pétition pour une alternative unitaire à gauche en 2003 (avant d'écrire mon Programme pour une gauche française décomplexée - éditions Le Temps des cerises), je me sens quand même un peu concerné par ce qui se passe à gauche de la gauche en France.

 

P1020404-copie-1.jpgJe lis ceci sur Facebook à propos du Parti de Gauche, sous la plume d'un de leurs conseillers régionaux

 

"Le Parti de Gauche a décidé de se suspendre du PGE pour 3 mois. Cette décision répond à (1) une divergence d'orientation politique avec sa présidence, (2) l'absence de respect des statuts (rotation de la présidence notamment), (3) le souhait de conserver une ligne claire, (4) le désir de ne pas passer les prochains mois à se livrer à de stériles guerres intestines dans le PGE entre organisations du Front de Gauche et vis-à-vis de la présidence.
Elle fait suite à certaines victoires (la candidature de Tsipras que nous portons presque unanimement au PGE, ou la victoire sur le fil de notre motion écosocialiste signée avec Die Linke, Syriza, Bloco de Esquerda et Alliance Rouge-Verte danoise) qui motivent le fait de demeurer membre titulaire du PGE. Le Parti de Gauche a pris plusieurs rendez-vous dans les mois à venir, pour continuer à développer et renforcer son dispositif européen."

 

Apparemment après avoir fait passer une motion "écosocialiste" dans leur groupe européen, ils essaient de ne pas y introduire leurs querelles avec le PCF... mais ils le font au niveau de leur secrétariat national sans avoir consulté d'organe plus large. D'où ce commentaire d'un de leurs militants :

 

"Ca en vaut vraiment le coup? Moi je comprends pas que le PG vote au congrès du PGE pour y suspendre immédiatement ses activités au moment où justement sa ligne semble gagner du terrain en Europe, tout ça à cause d'une erreur de casting exécutif...
Y a
trois jours je me foutais de la gueule de mecs du NPA qui essayaient de m'expliquer le concept de "fraction" (un pied dedans un pied dehors)... Et aujourd'hui je découvre que le PG pratique la fraction tout en condamnant les "tendances" internes.
Vivement la VIe République interne alors, parce que voir les unitaires d'hier se transformer en proto-trotskystes c'est quand même assez salé comme affaire. un peu trop pour moi. Qui a décidé ça, et comment? C'est quoi ces coups de Trafalgar répétés?
Moi je sens que je vais voter avec mes pieds dans ce parti vu que de toute façon tout le monde semble s'en branler de l'avis des adhérents"

 

Ca n'a pas l'air d'aller très fort dans ce milieu là...

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La situation du Front de Gauche, la politique de M. Valls

15 Octobre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Parmi tous les lecteurs de ce blog, il y en a tous les jours 30 qui y accèdent directement, en tant qu'abonnés ou parce qu'ils ont ce blog dans leurs signets. Lesquels parmi ces 30 reviennent tous les jours ? je ne sais pas. Si tous les jours ce sont les mêmes, j'ai 30 lecteurs fidèles. Si ce ne sont pas les mêmes, on peut dire que 40 à 200 personnes visitent ce blog pour ce qu'il est (et non pas parce qu'ils recherchent tel ou tel mont clé). Ajoutons à cette fourchette 30 % de gens qui y accèdent via mon profil Facebook (et je ne fournis aucun effort pour me faire connaître au delà, car je ne cherche pas à me vendre).

 

L'existence de ce petit public de quelques dizaines de personnes, dont je ne sais pas trop quels textes ou quels livres ils ont lus de moi, ni comment il les ont reçus, m'oblige à publier de temps en temps des petits billets d'analyse politique. Non pas parce que je serais un spécialiste ou parce que j'aurais des responsabilités politiques quelque part (je n'ai plus d'action politique dans la "vraie vie", depuis que j'ai quitté Brosseville), mais parce qu'un citoyen doit faire connaître ses opinions politiques à ceux qui s'intéressent à ce qu'il a dans la tête. La démocratie suppose cet effort de communication des opinions. Un effort qui peut fatiguer celui qui donne son opinion comme ceux qui l'entendent (et je crois que l'Athènes du Ve siècle avant JC devait être une ville très fatigante, heureusement que le théâtre la divertissait un peu), mais sans lequel il n'y a pas de démocratie véritable, vivante.

 

Je vais donc aujourd'hui prendre une heure sur mon quotidien (comme je l'ai souvent fait), pour faire une présentation de mon point de vue politique sur certaines questions du moment, qui agitent la société française. Je ne vais pas produire ici un discours de spécialiste, ce que ne peut et ne doit jamais être un citoyen (comment serait-on spécialiste de tous les sujets que la situation de la cité met en jeu ?). Juste le propos de quelqu'un qui essaie de lire un peu, qui retient plutôt bien, et depuis longtemps (le début de mes lectures politiques date de 1981), qui essaie de structurer par l'écriture un point de vue cohérent.

 

1majmumbai.jpgJ'écoutais ce matin le discours de clôture de Jean-Luc Mélenchon à la récente convention de son parti à Clermont-Ferrand. Vous savez qu'en 2012 j'ai soutenu la candidature cet homme, tout en gardant beaucoup de réserves à son égard (et mes réserves ont encore augmenté depuis lors). Je n'encourage pas mes lecteurs à entendre ce discours un peu long, mais puisque ma journée a commencé en l'écoutant (en même temps que je travaillais sur mes dossiers), et puisque j'ai signé il ya dix ans (il en reste la trace sur Internet), une pétition pour la constitution d'un Front de gauche, puisque j'ai écrit un "Programme pour une gauche française décomplexée", puisque j'ai dirigé un Atlas alternatif, puisque j'ai bossé pour une mairesse Front de gauche, puisque puisque puisque... pourquoi ne pas parler du Front de gauche en premier ?

 

Je suis plus écrivain qu'activiste. Récemment je voulais écrire un livre sur le Sri Lanka. J'ai écrit à un diplomate sri-lankais marxiste de mes connaissances pour mettre en route la machine de ce livre, il m'a renvoyé à un sien camarade syndicaliste français censé me "coacher" sur ce pays, et j'ai refusé. Tout mon rapport à la gauche de la gauche est ainsi. Je suis trop individualiste pour accepter de tomber sous la coupe de leurs petits chefs, mais je continue à faire avancer ma pensée à leur proximité. Cette position un peu étrange me rend parfois à même de garder un point de vue frais, indépendant et sans tabou sur ce courant politique (comme sur les autres). Il me permet parfois d'en savoir plus que le "Français moyen" (horrible expression) sur son évolution. Parfois toutefois, du fait de mon indépendance, il me manque beaucoup d'informations que des militants plus impliqués que moi peuvent avoir.

 

D'après ce que j'entrevois donc - et disons tout cela avec beaucoup de prudence - le Front de gauche traverse une crise aujourd'hui sur laquelle il faut dire un mot. La crise est inhérente au système politique qui, aux législatives notamment, met en valeur les grands partis. Le Parti communiste, troisième parti de France pour le nombre de ses élus (comme pour le Parti radical socialiste sa représentation n'est pas proportionnelle à son poids réel dans l'électorat) a besoin du Parti socialiste pour continuer d'exister. Que fait-il de ses élus ? on peut en discuter. Est-il utile qu'il en ait autant ? Est-il utile que tel adjoint communiste à la jeunesse, au logement, à l'éducation, au jour le jour, dans les mairies socialistes se dépense pour grapiller des avantages pour telle catégorie de la population défavorisée ? On peut en discuter à l'infini : un adjoint communiste est-il plus proche des pauvres qu'un élu UMP catho ou qu'un socialiste honnête ? On peut supposer qu'il y a plus de gens qui ont la "fibre sociale" au PCF qu'à l'UMP malgré tout, mais une étude sociologique sur le sujet serait utile pour le vérifier. A supposer l'existence de cette "fibre sociale" établie (et on la vérifie dans des villes dirigées par le PCF comme Nanterre, Tremblay etc), est-elle utile à la République ? Je pense que oui. Elle amortit les effets nocifs du capitalisme. Les révolutionnaires intransigeants diront qu'elle ralentit l'avènement de la révolution. Mais la misère menant plus souvent au fascisme et à la guerre civile j'aurais tendance à penser que le "matelas" social des élus communistes dans les municipalités est utile au bien commun.

 

Je peux aussi témoigner que, n'en déplaise à l'extrême droite qui accuse le PCF d'avoir trahi la cause anti-impérialiste, les élus communistes sont aussi utiles sur le plan international. J'attire parfois l'attention sur ce blog sur les interventions de tel ou tel député communiste sur la Palestine, leur vote contre la guerre en Libye etc. Il y a peu, un adjoint communiste d'un maire socialiste d'une grande ville m'a expliqué que ses camarades sont intervenus auprès du maire pour empêcher que le drapeau tibétain flotte au balcon de la mairie. Vous me direz que certains élus UMP façon Raffarin auraient été capables de cela aussi. Mais les élus PCF le font au nom d'une certaine vision de la paix dans le monde (du refus de la confrontation avec la Chine) qui les honore. Il est vrai que cet adjoint était un lecteur du blog de l'Atlas alternatif, mais j'ose espérer que d'autres élus communistes qui ne lisent pas ce blog en sont capables.

 

J'écris cela, je le répète, à partir de mon point de vue, qui ne dépend que des valeurs que je défends depuis plusieurs lustres, et sans rien devoir au PCF ni en être membre. Mon éloge du rôle des élus communiste doit maintenant être tempéré par cette question grave : leur projet de liste unique avec le PS (un PS prêt à s'allier au Modem dans certains endroits) pour sauver leur représentation dans certaines villes ne vat-il pas en faire des faire-valoir d'un parti fondamentalement rallié à la dictature du capitalisme international ? Le PC-faire-valoir du PS, comme l'aile gauche du PS (Filloche) faire-valoir de son aile droite. Voilà une question épineuse. Le PC dira "pas faire valoir mais contrepoids". Tout comme l'aile droite du PS dira qu'elle est le contrepoids de l'UMP. Où placer le curseur ? Les collaborationnistes modérés en 1940 étaient des contrepoids aux collaborationnistes extrêmes...

 

Personnellement je pense qu'il n'est pas raisonnable de vouloir jouer excessivement les contrepoids et qu'au jour d'aujourd'hui, le PCF ferait mieux de sacrifier sa représentation à Paris et Marseille (et même sacrifier certains de ses députés, puisque M. Valls manie le ciseau dans les circonscriptions) que de se lier pour longtemps à un PS aussi arrogant que lâche et stupide, et donc il devrait refuser de faire liste commune avec lui dans ces deux villes.

 

Mais je comprends qu'il s'agisse là d'un choix délicat pour lui, car son compagnon du Front de Gauche, le PG, n'est pas commode. Est-ce vrai ou non, mais on lisait récemment que le PG voulait avoir la moitié des élus du Front de Gauche au Conseil de Paris. La moitié, pour un si petit parti. Leur représentant interrogé là dessus a noyé le poisson en répliquant que de toute façon dès lors qu'il n'y avait pas d'accord politique sur la question de l'alliance avec le PS, les négociations ont pris fin et l'on ne saurait jamais ce que les négociations auraient donné. Il n'empêche que les appétits du PG sont déraisonnables. Partir avec des exigences si élevées, même en début de négociation, n'est pas normal, alors que ce parti a déjà obtenu beaucoup de cadeaux du PCF les années précédentes.

 

Mais on voit bien ce qui fait du PG un partenaires incommode et peut-être nuisible. Au delà de ses appétits excessifs en termes d'élus, il y a toute cette rhétorique mélenchonnesque qui tourne à vide. J'en ai dénoncé les excès sur l'Allemagne. Que dire encore de l'invocation de Marat par Mélenchon dans le discours ci-dessous ? Je crois qu'on ne devrait jamais se réclamer du jacobinisme de 1792 sans émettre à chaque fois aussi une réserve sur ses crimes. Il ne faut pas banaliser la violence dans l'espace politique lorsque cela n'est pas nécessaire. Veut-on la guillottine aujourd'hui ? Si nous ne la voulons pas, alors il faut nuancer tout éloge de Marat ou de Robespierre (je pourrais à ce sujet préciser ma position sur la Corée du Nord qui pose les mêmes questions, et sur laquelle un ami m'a interrogé hier, dommage que je n'en aie pas le temps ce matin, comme je pourrais la préciser sur cet hystrion de Slavoj Zizek, une autre fois peut-être).

 

Et puis il y a cet obscurantisme du PG sur l'écologie. Le PG a eu raison de se convertir à l'environnementalisme, mais il le fait aujourd'hui avec excès (en partie aux fins stratégiques de s'unir aux Verts). Un très grand flou entoure son rapport à la modernité technologique par delà ses imprécations justifiées sur certains crimes du capitalisme. Comme les Verts ce parti a vraiment besoin d'une réflexion sereine sur le modèle de société dont il rêve. Les écologistes se sont battus pour réintégrer le loup en France. Le voilà aujourd'hui à 200 km de Paris. Je ne vois pas du tout l'intérêt de cette régression (et pourrais faire le même diagnostic sur l'ours dans mes chères Pyrénées). Ce n'est pas purement anecdotique : beaucoup d'avancées dans la recherche et dans l'organisation de nos sociétés seraient purement stoppées si l'on appliquait le programme écologiste à la lettre. Je suis le premier à vanter les valeurs anciennes de la culture, du raffinement intellectuel et éthique, contre l'obsession de l'accumulation matérielle. Mais prenons garde à ne pas paralyser l'humanité dans une nouvelle forme de bureaucratisme écologique stupide qui n'aurait rien à envier à l'ineptie de l'URSS finissante (URSS qui, comme je l'ai souvent dit, n'avait pas que des défauts, mais en avait de lourds quand même). Au nom de cet esprit de surenchère et de désordre qui le caractérise en matière d'écologie comme dans d'autres domaines, le PG dans la charmante ville de Dieppe présentera un candidat contre le maire sortant communiste qui n'était pourtant pas allié au PS, allez comprendre...

 

Ainsi donc je vois le Front de gauche pris au piège à la fois du système de nos institutions, et de ses contradictions idéologiques (deux dimensions qui intéragissent entre elles), ce qui ne rend pas optimiste, et fait comprendre la volonté des Français de rêver d'une politique plus pragmatique, moins emprisonnée dans l'idéologie (à condition que le pragmatisme ne mène pas à la confusion généralisée. Tout cela est bien dommage, mais au fond ce n'était pas très surprenant (voyez certaines de mes remarques à ce sujet dans mes livres). Cela dit l'histoire n'est pas écrite une fois pour toutes, et le Front de gauche se reconstruira peut-être pour 2017 ou plus tard (puisque cela semble rapé pour les Européennes).

 

Comme l'heure que je m'accordais aujourd'hui pour le commentaire est terminée, je ne peux dire qu'un mot de M. Valls, notre ministre de l'intérieur. Les ministre de l'intérieur dans les gouvernements socialistes n'ont jamais eu le beau rôle. Voyez Jules Moch jadis. Peut-être M. Valls en fait-il trop. Mais il est vrai que la situation n'est pas simple. Le démantèlement du régime libyen de Kadhafi par M. Sarkozy a créé une faille énorme entre l'Europe et l'Afrique, administrée par des brigands parfois repeints aux couleurs d'Al Qaida (voyez le témoignage de Samuel Laurent sur les barques des ports libyens aux mains des islamistes) qui font du trafic d'immigrés comme ils en font des stupéfiants, des prostituées, des armes et de tout ce qui rapporte. Cette même politique a livré les arsenaux d'armes de Kadhafi à toutes les bandes terroristes qui sévissent de la Mauritanie au Nigéria et jusqu'en Somalie. Et nos politiques libérales détruisent l'agriculture et la pêche africaines. La répression devient la seule issue (et je désapprouve le Front de gauche qui demande qu'on assouplisse les règles d'immigration en Europe, cela ne servirait à rien). Alors bien sûr après il y a l'art et la manière de le faire. Bien sûr renvoyer dans leur pays des enfants de 16 ans cueillies dans leur sorties scolaires est pour le moins déplacé. Mais le problème est surtout qu'il faudrait que la gauche française fasse confiance à la gauche africaine pour construire des alternatives, et se batte avec elle contre le capitalisme mondialisé. Au lieu de cela on baillonne Aminata Traore...

 

L'autre grief adressé à M. Valls porte sur les Roms. Peut-être oui une population hantée par la peur du déclin (le peuple français), est-elle plus sensible au vol des plaques d'égoûts et des installations de chemins de fer qu'une population bien portante. Peut-être oui ne sont-ils que 17 000 et que beaucoup parmi eux feraient plus d'efforts d'intégration si l'on investissait de l'argent là dedans (il paraît qu'il existe une ligne de crédit pour cela totalement sousemployée au niiveau des technostructures européennes). D'un autre côté le volontarisme communiste en Roumanie et franquiste en Espagne dans les années 1960-70 - dans un contexte pourtant de croissance et de logement à bas prix - a échoué à stabiliser ceux d'entre eux qui tiennent à leur tradition nomade. Fournir un effort d'intégration il le faut, minimiser les problèmes et renoncer à la répression serait excessif et ferait le jeu de l'extrême droite (dont les médias font tant la publicité depuis de récentes élections cantonales partielles, je m'en abstriendrai donc).

 

Je ne prétends évidemment pas être très au fait de cette dernière question (reprenons à ce propos mes avertissements du début de ce billet), et j'invite mes lecteurs à contre-argumenter (sans invectives inutiles) au besoin dans la rubrique "commentaire" de ce blog. Mais il me semble qu'un devoir de réalisme s'impose.

 

Il n'est pas absurde que la soumission des peuples européens à la dictature des banques, à la délocalisation des industries (et cela frappe très durement aussi l'Europe de l'Est) crée des difficultés nouvelles dans les populations vulnérables, conduisant notamment les Roms à migrer davantage, et les opposant ainsi aux franges les plus fragilisées de la société française. Dans l'absolu la solution tiendrait dans la restauration du pouvoir des Etats (à condition de ne pas déboucher sur des bureaucraties idiotes, ce qui n'est pas gagné d'avance, la vigilance des citoyens doit y pallier), la liquidation de certaines technostructures purement affiliées aux pouvoirs financiers comme la commission européenne, la responsabilisation des dominés partout, leur mobilisation pour soutenir cette restauration étatique. Mais tant qu'on ne peut pas faire tout cela, les larmes de crocodiles versées sur le volet répressif me paraissent assez stériles...

 

 

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Sickness to sickness

15 Juillet 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Grosse envie de vomir today quand je vois que le nouveau timbre de la Poste s'inspire de l'horrible harpie des Femen dont je ne veux même pas retenir le nom, et que celle-ci le même jour balance un Tweet stupide contre l'islam.

 

poupéesJ'ai souvent condamné les propos bêtement anti-Femen (notamment le conspirationnisme autour de leur possible - mais jamais démontré - financement par Soros) et voulu donner une chance au progressisme de ces dernières (sans m'aveugler sur leur profonde inconsistance idéologique). Mais quand je vois les abrutis qui nous gouvernent accorder l'asile à leur dirigeante  et le refuser à Snowden puis faire de ces écervelées un modèle pour la République, je gerbe, il n'y a pas d'autres mots.

 

Mon cousin de 28 ans est passé me voir ce soir : "Hier le patron d'un salon de soin corporel m'a dit 'vous avez un nom catalan comme le ministre Valls' et il a déblatéré pendant 20 minutes contre le gouvernemet, contre les homosexuels - car il étaità la manif pour tous - et pour Marine Le Pen. Je rencontre de plus en plus de jeunes pro-extreme droite, racistes etc". La bêtise et le mauvais goût des dirigeants au sommet (le PS venant à égaler Sarko, quoique dans un autre registre de l'inesthétique) contre la bêtise des beaufs de base, dans un rapport d'encouragement réciproque.

 

Hier je lisais la correspondance entre Romain Rolland et Guéhenno préfacée par Malraux. Je ferais sans doute mieux de m'y rollandreplonger. 

 

 

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