Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #la gauche tag

Actualités : l'extradition d'Aurore Martin, le mitterrandisme d'Henri Emmanuelli

11 Décembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Comme le blog d'Edgar "La lettre volée", et comme "rue89", je m'indigne de voir une citoyenne française extradée vers l'Espagne en vertu d'un mandat d'arrêt européen, et qui plus est elle serait jugée en Espagne pour son appartenance à un parti illégal outre-pyrénées mais légal en France sur la base d'un délit d'opinion. Il existe une frontière au niveau des Pyrénées. Certains croient oeuvrer à son dépassement en versant dans le n'importequoïsme européiste, et ce faisant ils rognent une fois de plus les libertés des citoyens.

 

La fédération du parti communiste des Pyrénées-Atlantiques tient une position assez juste dans son communiqué à ce sujet et rappelle que cette extradition est le fruit d'une modification de la constitution française en 2003 que le PCF a été le seul à combattre.

 

Puisque nous en sommes à parler du PCF et de la gauche, je dois dire que je suis fort sceptique en ce moment sur les chances politiques de la gauche de la gauche, et même de la gauche largo sensu, pour 2012.

 

A gauche de la gauche, il reste un problème structurel : un PCF qui compte beaucoup de militants, mais dont le nom fait fuir les électeurs. Du coup, à supposer même que la mode Mélenchon se perpétue dans les médias, les militants du PCF, eux, n'auront pas trop envie de coller des affiches pour un candidat du PG (parti auquel ils ont déjà offert de beaux postes d'élus locaux) et préfèreront imposer un Chassaigne ou un autre candidat de ce genre, qui fera 2 % des voix... La malédiction de 2007 toujours présente.

 

Au PS ça ne va guère mieux. Mélenchon explique dans son blog cette semaine que le PCF et le PG ont fait voter à l'assemblée nationale une proposition de loi contre le contrôle par la commission européenne des budgets nationaux. Votre pour ce projet : 23 députés - PCF + PG et.... Henri Emmanuelli au PS. Mélenchon dit qu'il sauve l'honneur. Emmanuelli, le béarnais Emmanuelli. Quand je l'écoute dans son université d'été sur son blog, je l'entends parler de "révolution citoyenne" comme Chavez, et nous expliquer que si tous les mécontents du PS venaient nourrir l'aile gauche de ce parti (qu'il est censé incarner) celui-ci redeviendrait jaurésien ! Cela sent l'ecroquerie mitterrandienne à plein nez. D'ailleur Emmanuelli a les tics de langage de Mitterrand son mentor, notamment sa façon de placer des "quoi" à la fin de ses phrases. Mauroy avait ça aussi. Typiquement socialiste, le "quoi" en fin de phrases sonne pour le "peuple de gauche" comme la voix de la trahison de 1983... J'en ai confirmation quand je regarde la vidéo ci dessous où Emmanuelli tacle Mélenchon en disant qu'il se plaignait moins quand il est sénateur socialiste (ce qui est faux, je me souviens des billets sur son blog du temps où il s'évertuait à demeurer dans ce parti) et reconnait que, bien qu'il soit en désaccord avec Strauss-Kahn, il doit bien malgré tout tenir compte du fait qu'ils sont dans le même parti ! O l'odieux réflexe de l'apparatchik ! Comptez sur lui ensuite pour résister au pouvoir de la finance internationale...

 

Lire la suite

Le M'PEP, Montebourg et le projet national

21 Novembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Parfois on peut se réjouir que certaines bonnes idées soient reprises par des personnes ou des mouvements bénéficiant d 'une large aura médiatique. Parfois cela devient simplement comme l'opposition de Villepin à la guerre d'Irak, l'occasion d 'un joli show sans lendemain, car le chouchou des médias s'abandonne à la politique-spectacle et trahit.

 

Donc on ne sait jamais de quoi augure la diffusion d 'une idée. Prenez la sortie de l'Union européenne, que le M'PEP n'est pas loin de prôner. Il faut sans doute se réjouir que dans l'Huma du 19-11 on parle de ce mouvement, même si on n'y mentionne que son projet de casser l'euro. J'aurais tendance à y voir le signe que l'idée nationale est de moins en moins diabolisée à gauche.

 

Faut-il se réjouir aussi de voir M. de Montebourg dire dans une interview publiée dans le Monde du 21-22 novembre 2010, qu'il faut "assumer un certain protectionnisme" et même plaider pour la "démondialisation" ?

 

Bien sûr cela sent le positionnement à gauche du PS purement tactique, comme Fabius naguère, et j'entends déjà Edgar de la Lettre Volée s'exclamer que son projet de taxe carbonne aux frontières de la France pour le cas où l'Union européenne n'en voudrait pas est purement chimérique, puisque rien ne peut se faire sans l'UE, mais tout de même,  si M. Mélenchon n'est pas le candidat de la gauche au second tour en 2012 peut-être trouverai-je un peu la force d'aller voter pour celui-là. Et puis j'aime bien la dernière phrase de son interview : "Sur la sécurité, je suis chevènementiste, sur l'écologie je suis un Vert modéré, sur la finance, je suis un communiste de philosophie, sur la réindustrialisation, je suis MoDem, sur le social, je suis aubryste, sur l'économie, je suis transformateur, sur la démocratie, je suis mendésiste". Si seulement c'était sincère...

 

Bon allez, je sens que, malgré la prudence de ce billet, vous allez m'accuser d'angélisme. Notez quand même que c'est la première fois depuis 12 ans que je dis du bien d'un socialiste !

 

Lire la suite

Retraites : par delà le défaitisme des directions syndicales et des médias

6 Novembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Aujourd'hui, selon le décompte syndical, plus d'un million de Français se sont retrouvés pour battre le pavé contre la réforme des retraites. Malgré le défaitisme des grands médias, la mobilisation continue donc, plus faible certes, mais réelle, sous la pression de la base.

 

grille.JPG

Comme chacun sait, les directions syndicales sont piégées par l'unanimisme européen pour le report de l'âge de la retraite (au fait sur l'Europe et les partis politiques et syndicats français n'oubliez pas de lire le rapport du MPEP et son résumé ici).

 

Au sommet européen des chefs d'Etat de Barcelone des 15-16 mars 2002, MM. Lionel Jospin et Jacques Chirac décidaient le report de repousser de 5 ans l’âge de la retraite avant 2010. A son sommet de Prague des 26 au 29 mai 2003, la Confédération européenne des syndicats dont tous les grands syndicats français font partie y compris la CGT soutenait cette orientation et proposait « de sauvegarder les systèmes de pension légale comme majeure partie des droits de pension et de défendre le cadre juridique de l'Union européenne pour la mise en place de fonds pension (…). Privilégier des formules permettant un passage progressif de la vie professionnelle à la retraite sur une base volontaire, tout en luttant contre l'exclusion des travailleurs âgés du marché du travail. »

 

Mais la question est maintenant de savoir si la base syndicale et la population feront sortir du piège de la pensée unique néolibérale européenne les directions des grandes centrales. J'observe des actions intéressantes et courageuses aujourd'hui encore.  Dans le registre attaque contre le capitalisme consumériste, ce matin des militants ont bloqué les accès de Logidis, plateforme logistique alimentant en produits frais les magasins Carrefour de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône). Le 29 octobre ils étaient 300 manifestants à bloquer à l'aube la plateforme Easydis, qui dessert les magasins du groupe Casino. Le 3 novembre le dépôt Auchan a été bloqué sur deux entrées, de 4 heures du matin à 10 heures à Tours. Mardi soir l'université de Saint-Étienne, était bloquée et occupée par une trentaine de jeunes puis évacuée par la police lemercredi matin, entre 7h et 7h30. On pourrait égrainer ainsi toute la semaine comme le fait minutieusement le site du Jura Libertaire dont je vous recommande la lecture.

 

On aurait  tort d'enterrer trop tôt ce mouvement.


Lire la suite
Lire la suite

Quelques cartes postales du mouvement social

25 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

La réquisition par la force (illégale) de la raffinerie de Grandpuits

 

 

Les manifestatnts retenus pendant 5 heures et gazés aux lacrymo place Bellecour à Lyon

 

 

 

Sur l'ambiance sur cette place à ce moment-là, voir ceci.

Sur un traquenard à Paris lire ça.

 

Quelques violences à Lorient

 

 




M. Mélenchon accuse la police de jeter des pierres et casser des vitrines

 

 



Le discours de M. Brard (app.PCF) qui ressuscite le patriotisme français autour des grèves (avec un vocabulaire un peu/beaucoup catholique).

 

 
Lire la suite

Les vérités de Mélenchon et le fonds de solidarité avec les grévistes

14 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Quelques vérités bonnes à entendre :

 

 

 

Notez aussi la proposition d'un fonds de solidarité avec les grévistes sur http://www.retraites-enjeux-debats.org/spip.php?article411

Lire la suite

Mélenchon et les médias

12 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Mélenchon passe souvent à la TV en ce moment... pour dire que les médias ne lui donnent pas assez la parole (un peu comme Le Pen autrefois, mais je ne compare pas les deux personnages, bien sûr, juste le fait qu'ils passent sur les médias pour se plaindre des médias).

 

Les grèves lui donnent une aura. Les médias ont peut-être peur de la révolution qui vient. Il était sur BFM TV ce matin, chez Guillaume Durand avec le pauvre Luc Ferry la semaine dernière (Mélenchon se plaint sur son blog du traitement que lui a infligé Durand mais à tort, je trouve qu'il lui a fait la part belle).

 

Mélenchon se plaint beaucoup, affiche une mine maussade, grimpe au rideau dès qu'on remet en cause son égo. Ce matin par exemple parce que le journaliste de BFM lit un texte d'un sien collègue qui dénonce l' "enflure" verbale de Mélenchon. "Vous me traitez d'enflure !"(sic).

 

Un mien collègue marxiste me disait : "Marx c'est l'émancipation de l'humain dans toutes ses dimensions. Les politiciens de gauche devraient porter le plaisir sur leur visage, avoir le regard impertinent d'un Cohn-Bendit devant les CRS en 1968. Et pas seulement afficher leur haine des riches et leur ressentiment".

 

Pas tout à fait faux. Mélenchon joue un peu trop dans le registre de la mauvaise humeur. Ca fait partie des quatre ou cinq trucs que je lui reproche avec sa laïcardise, sa mitterrandolâtrie, son refus de prôner la sortie de l'Union européenne et les fautes d'orthographe dans son blog. Dommage car c'est par ailleurs un homem éloquent et sincère, réellement de gauche, un esprit profond, qui construit vraiment sa pensée (à la différence des dirigeants du PS qui ne vivent plus que dans les effets d'image) et qui a le sens du combat collectif de longue haleine. On ne peut pas avoir toutes les qualités, je suppose.

 

J'ai toujours pensé que c'était une faiblesse que de reprocher aux médias dominants de ne réserver aucune place (ou quand ils en accordent une, elle est inconfortable), aux forces alternatives. On ne peut pas à la fois dénoncer le système dominant et son appareil médiatique, et attendre de celui-ci qu'il vous déroule le tapis rouge. "Mélenchon portrait d'un homme en colère" titrait Métro hier. Mais on ne peut pas être l'homme d'une seule caractéristique psychologique. Il faut aussi parfois amener autre chose, car je suppose que les gens qui rêvent de changement n'ont pas envie de se complaire dans la colère toute leur vie.

 

A part ça, à propos des lâchetés de Chirac sur l'Irak - que j'ai dénoncées dans 10 ans sur la planète résistante - le livre de Vincent Nouzille sur le renoncement à nos créances sur ce pays apporte de l'eau à mon moulin. J'y reviendrai peut-être un jour. Tout le monde oublie le martyre du peuple irakien, comme celui des habitants de l'Est du Congo, ou ceux de la frontière pakistano-afghane : toutes ces horreurs commises avec la bénédiction de nos ambassadeurs,de nos banquiers et de nos marchands d'armes. Les caméras n'y sont pas. Mais nos pensées doivent  y demeurer.

 

FD 

 

NB : je poste aussi le commentaire de Carlier. D'accord avec lui pour dire que Mélenchon est trop sanguin. Pas d'accord pour dire que Pujadas a juste pêché "par manque de temps". L'intention antisociale de Pujadas transpirait dans sa question. Mais bon, Mélenchon devra aller un peu à Canosa s'il veut parler à Pujadas dans le cadre du JT de 20 heures dans les années qui viennent.

 

Lire la suite

Louis Pinto, Nathalie Heinich, DSK et "la gauche Marrakech"

3 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Ne lisez pas le dernier livre de Louis Pinto, Le café du commerce des penseurs. Vous y trouveriez tout ce qu'il y a de pire dans le bourdieusisme des années 2010. Un livre dont dès les premières pages on sait quel sera le contenu, quelles seront ses cibles (les néo-libéraux, le centre-gauche, les postmodernes), un livre qui manque d'honnêteté intellectuelle en ce sens que, prétendant analyser la pensée d'aujourd'hui sous un angle critique, il omet bien sûr d'auto-analyser son propre courant (comme si celui-ci était au dessus du lot, au delà de toute critique possible - ça me rappelle le temps où mes profs de socio notaient que les déconstuctions de la sociologie contemporaine par les bourdieusiens omettaient leur propre autodéconstruction). Surtout ce n'est même pas un travail sociologique, en ce sens qu'on n'y retrouve même pas une tentative d'enquête, d'exploitation statistique du sujet, ce n'est plus qu'un essai parmi 10 000 autres. Je trouve qu'une bourdieusienne dissidente comme Nathalie Heinich rend aujourd'hui mieux compte dans ses travaux de ce qu'a été la grandeur du bourdieusisme, des outils innovants qu'elle a par exemple apportés à la sociologie de l'art (son domaine). Preuve qu'on n'est vraiment fidèle aux grands héritages intellectuels qu'en les trahissant un peu, c'est à dire en les évaluant dans toutes leur dimensions, sous un regard critique, pour en faire autre chose, plutôt qu'en érigeant en dogme les écrits du maûtre. En ce sens Mahomet est le meilleur disciple du Christ.

 

Un ami attire mon attention sur l'expression "la gauche Marrakech" inventée récemment par le choniqueur Guy Carlier (cf ci-dessous) à propos de Strauss-Kahn. Il note à juste titre que le terme peut aussi s'appliquer à Bertrand Delanoë, Bernard Henry-Lévy, tous ces grands amis du roi du Maroc, porteurs des mêmes imaginaires, porteurs de la même vision des relations internationales à l'ONU et interculturelles en France, tous sociaux-libéraux of course, blairistes.

 

Lire la suite

Sur la nature humaine (réponse au commentaire de "Dustyboy")

8 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Un défi : en quelques minutes je vais essayer de donner mon avis sur les remarques du lecteur "Dustyboy). Je prends le pari qu'une réponse rapide, presque précipitée (dans tous les sens du mot) vaudra mieux qu'une longue réflexion (à mes risques et périls)

 

A titre préliminaire précisons qu'en bons chomskyens nous croyons tous ici en l'existence d'une nature humaine universelle, ce qui n'exclut pas bien sûr ensuite des modulations de cette nature suivant les contextes culturels.

 

Allez je me lance en reprenant le mots de Dustyboy (en italique). Mon commentaire est en police normale.

 

Sur Zinn tout d'abord, j'ai mal écrit. Je n'ai pas été au bout de mon idée. Il a bien écrit qu'il y avait bien plus d'exemples de violence et de domination dans l'histoire mais effectivement qu'il y avait aussi eu du progrès depuis plusieurs décennies. Dans mon élan j'ai omis de rajouter ça.

 

- Précision aussi : Chomsky estime que la nature humaine est aussi encline à la solidarité qu'à l'égoïsme

 

Pour appuyer un peu le cynisme dont je parlais, j'aimerais développer quelques petites choses. Pour en avoir pas beaucoup, beaucoup, beaucoup discuté depuis mon adolescence, je pense (et je m'y mettrais cet été, vacances oblige) qu'il est absolument crucial et  "rhétoriquement" structurant que les individus ayant une sensibilité de gauche développent des arguments et contre-arguments solides sur le présupposé de la nature humaine corruptible et méchante. Bon là dîtes moi ce que vous en pensez mais c'est surprenant comment ça ressort.

Deux illustrations : une connaissance à moi a fait un stage de trader à la Société Générale  et nous avons discuté pendant 2h et quelques sur la finance. Et le fossé était incroyable ! J'ai comparé les traders mais plus globalement les agents de la finance à des flibustiers. On scrute tel marché, tel prise de risque et on prend position : en Asie, en Afrique, en Europe etc etc. Bon la discussion s'est vite articulée autour des produits financiers techniques et puis inévitablement quant on parle sérieusement d'économie, c'est-à-dire quand on se pose la question la plus difficile en économie à savoir la satisfaction du bien-être du plus grand nombre, la question devient philosophique. Et c'est là que le fossé apparaît. Cette connaissance m'a clairement dit et répété plusieurs fois qu'elle ne croyait pas en l'Homme. Pour elle, il était trop tard pour faire machine arrière. La finance a été dérégulée : "mais tu te rends pas comptes ?! Mais c'est pas possible de revenir en arrière ! mon gars t'as pas idée de la force du truc". Pour lui la course à l'argent est plus forte que le reste. L'Homme voudra toujours de l'argent et fera toujours tout pour dominer les autres.

 

- Bon, là dessus je ne suis pas d'accord avec vous. Vous prenez un cas extrême : le point de vue d'un type qui a été formé pour devenir un carnassier de la finance. J'ai connu ce genre d'individu à Sciences Po. Mais si je vous emmène à Brosseville dans ma banlieue parisienne, vous trouverez au contraire des tas de gens qui n'ont envie que de créer des associations d'entr'aide, qui en ont un besoin viscéral alors qu'eux mêmes sont pauvres. Ca n'a pas de sens de penser que ceux qui ont grandi dans une culture d'égoïsme sont plus conformes aux universaux de la nature humaine que les généreux (voir ma remarque sur Chomsky plus haut).

 

Mais j'ai envie de dire, comme je l'ai écrit déjà plusieurs fois sur ce blog : attention ! Votre regard est biaisé par Bourdieu que vous citez souvent. Beaucoup d'anthropologues dans le groupe MAUSS et aussi un Américain comme David Graeber, tous ayant en commun d'avoir travaillé sur le don, reprochent A JUSTE TITRE à Bourdieu d'avoir une anthropologie proche de celle des libéraux (et Marx aussi d'ailleurs) en ce sens qu'elle ne conçoit la vie que comme une recherche d'accumulation égoïste de capital (symbolique ou matériel). dgraeber-copie-1.jpg

 

C'est une grave erreur. L'être humain a aussi un besoin de don qui n'est pas réductible à une stratégie de distinction. C'est pourquoi le caritatif fonctionne toujour très bien. Les anthropologues montrent que quand même dans la relation marchande - qui est un type d'échange très particulier dans les échanges humains, autrefois marginal et, par la grâce du libéralisme, hélas, érigé de plus en plus au rang de norme de l'échange - il y a du non marchand qui passe : le vendeur de bagnoles ou la pute au coin de la rue investissent autre chose que de la simple volonté d'accumulation dans leur boulot, même s'ils ne se l'avouent pas consciemment. Il y a, dans notre cerveau, un besoin du regard d'autrui, et un besoin de mouvement vers autrui qu'on repère déjà chez l'enfant qui vient à 18 mois vous donner un bonbon (ce même enfant, qui, c'est vrai, est aussi par ailleurs le petit glouton égoïste qu'on connaît - sans même parler du "pervers polymorphes" de la fichu psychanalyse que j'exècre).

 

De grand mouvements d'argent ont été libérés, mais ne divinisons pas ce veau d'or. Il lui faut encore des Etats pour en fournir le socle. Même dans la très industrieuse Chine, les banques sont encore nationalisées, et le Parti communiste chinois n'a pas officiellement perdu l'espoir de pouvoir re-socialiser le capitalisme le jour où il lui aura apporté suffisamment de plus-value... Que seraient nos traders sans des Etats qui garantissent leur intégrité physique ?

 

Deuxième illustration : la discussion que j'évoquais avec mon cousin s'était terminée par son regard désabusé sur l'affluence de gens qui a eu lieu à Paris pour une distribution de billets et avait rameuté plus de 4000-5000 personnes. Et il a eu cette phrase illustrant à merveille sa position philosophique : "Et tu crois que tu peux les changer ces gens là ?" Alors il y a de tout dans cette question : la fatalité, le sous-entendu utopiste et bien sûr le mépris des autres. Parce que la spécialité de notre époque c'est de fabriquer toute une ordre de contestaires de salon. Chacun est plus lucide ou plus rebelle que l'autre en regardant la télé ou en écoutant son poste de radio. Heureusement que ça va se structurer tout ça (j'ai confiance en l'avenir...).

 

- "Le peuple ce sont ces habitants de Berlin minables à qui on donne quelques deutchmarks pour aller faire des achats dans les supermarchés de l'Ouest et qui y vont" disait avec mépris mon prof de sociologie dandy de droite à la Sorbonne en octobre 1989. Aujourd'hui on pourrait dire contre lui : le peuple ce sont aussi ces Amérindiens de Bolivie qui font une révolution pacifique en refusant le principe de délégation de pouvoir avec un chef à la tête. L'Amérique latine a fourni chaque année dans les années 2000 des exemples incroyables d'altruisme et de résistance aux sirènes du cynisme yankee.

 

anthropologique si je peux me permettre une telle pirouette. Je crois que nous nous fatiguons les uns les autres mais que désormais tellement différenciés alors nous avons peur les uns des autres. Or la position moyenne est la plus inconfortable. C'est comme les immigrés ou les enfants d'immigrés, c'est comme la position de gens comme Annie Hernaux : elle soumet à un nombre infini de paradoxes et de tensions. C'est terrible ça... 

 

- Oui, sur la situation vraiment critique des masses européennes (c'est à dire des classes moyennes qui sont devenues la majorité). Pas d'accord avec le fait que c'est lié à leur confort. Le confort a été atteint dans les années 1960 comme jamais auparavant, et pourtant l'opinion publique européenne (et nord américaine) fut alors beaucoup plus solidaire et progressiste qu'elle ne l'avait jamais été dans l'histoire.

 

La situation critique des européennes est liée à beaucoup de choses. Ce que vous dites sur le côté "différencié" de chacun, la pluralité des identitités, est juste, le desserrement des éthiques collectives traditionnelles (familiales, villageoises), l'isolement des gens, la virtualisation des affects avec Internet, le développement du côté velléitaire. Tout un processus de fragilisation qui donne à chacun le sentiment de ne plus pouvoir rien entreprendre de durable et de solide avec autrui, pas même un bon mariage (et donc encore moins une action politique). Peur d'autrui, peur de soi-même, une forme d'infantilisation.

 

comment surmonter ça ? Je suis pas désespéré loin de là. Comme à d'autres époques nous avons nos verrous mentaux et matériels mais ce n'est rien ou du moins peu. Je reviens d'une réunion de mobilisation sur les retraites et ça donne le peps. Je crois que nous devons travailler dur à court-circuiter les faux fondements. J'ai retenu une chose particulière chez Chomsky: nous avons besoin d'éducation populaire. Et je rêve de mettre ça en place : nous devrions connaître des pans entiers du code du travail, savoir ce qu'est la monnaie, comment elle circule, la formation des prix, des salaires, c'est quoi la science, à quoi ça sert ? quelle est l'histoire sociale de la France etc etc !

Outre la critique sociale "classique"  je crois que nous avons besoin d'une force de persuasion immense parce que comme je vous le disais plus haut, à mon sens, notre cynisme est aussi (et peut-être avant toute chose) une crise de scepticisme.

- L'éducation populaire oui. Mais attention. Des gens comme Onfray font de l'éducation populaire qui est de l'escroquerie. Et puis l'éducation populaire est un puits sans fond. Je connais un type (d'origine immigrée) qui veut créer une liste électorale aux municipales dans sa ville en 2014. Il ne sait même pas combien il y a de conseillers municipaux. Ce type - et tout un chacun - peut éprouver une peur panique devant la somme de connaissances qu'il faudrait avoir pour pouvoir entamer des projets dans la vie publique. La technicisation de tous les domaines (qui n'est souvent qu'un enfermement dans la logomachie) peut créer ce sentiment d'impuissance.

 

Il faudrait commencer par rassurer les gens sur leur aptitude à pouvoir mobiliser autour d'eux et construire des axes politiques même s'ils n'ont pas fait l'ENA. Leur faire comprendre que ce n'est pas un Strauss Kahn ni aucun soi disant spécialiste qui peut engendrer une économie réellement profitable à tous.

 

diderot.jpgIl faut aussi, c'est vrai, déshabituer les gens de la dépendance à la consommation, et là, Arnsperger a sans doute raison, cela suppose les aider à gérer leur rapport à la mort, à leur égo. De toute manière le rapport à l'égo doit être repensé, et une éthique du devoir doit se substituer à celle de la jouissance personnelle. Une éthique de la construction sur le long terme aussi, et de la confiance (sans naïveté et sans excès) en soi et aux autres. Pour les publics les plus fragiles cela n'ira pas sans une certaine dose de religiosité. Mais je préfère une théologie de la libération à un rationalisme cynique et étroit qui fait le lit de la domination capitaliste. Au fait je vous signale un billet des Indigènes de la République qui dénonce à juste titre le fait que le Parti de la Gauche a refusé de manifester aux côtés de représentants musulmans contre le crime israélien contre la flottille pacifiste. Ca ce n'est pas du rationalisme cynique, mais c'est sans aucun doute du rationalisme étroit qui divise les classes populaires alors qu'il les faut rassembler.

 

Bon voilà j'avais promis de m'en tenir à une réponse hyper rapide. Je m'arrête donc là. Mais le plus dur reste à faire maintenant. Décrire très longuement (dans un livre ? dans un autre espace ?) cette éthique anti-capitaliste dans laquelle chacun pourrait retouver la force de prendre le chemin de l'action collective.

 

 

 
Lire la suite

Cynisme des classes moyennes et éthique anticapitaliste

2 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Dans un commentaire récent, un certain M. Dustyboy (ah le bonheur de l'anonymat sur le net) a décrit dans des termes précis et convaincants la résignation des classes moyennes devant le cynisme de notre monde (ce qu'il nomme "le bordel que je vois depuis la classe moyenne dont je viens"). N'étant pas masochiste, je ne souhaite pas épiloguer trop longtemps sur ce sujet, d'autant que ce qui m'intrigue plus en ce moment (pour mes projets politiques), ce sont les classes populaires (toujours susceptibles d'être conquises par l'idéologie des classes moyennes), et notamment celles qui sont issues de l'immigration postcoloniale.

 

Le témoignage de M. Dustyboy sur "un cynisme d'une puissance, et je dis bien puissance, qui a vraiment de quoi désespérer" qu'il a constaté dans divers milieux doit être pris au sérieux. Les gens sont "piégés par notre ignorance de l'histoire sociale, piégés par notre confort matériel (l'eau chaude, la télé, l'abondance de nourriture, la possibilité de s'habiller décemment)", écrit-il (en même temps s'ils n'avaient pas cela, ils seraient encore plus fragilisés et impuissants à devenir sujets d'une histoire collective). Il a raison aussi sur le rapport au temps, à l'éphémère, qu'a créé l'esprit de consommation.

 

Son mot sur Zinn qui aurait dit qu' "il y a bien plus d'exemples de violences et de domination que de bonté et d'altruisme général" m'étonne car, dans la mouvance chomskyenne à laquelle appartenait Zinn, on était plus sensible à l'altruisme et aux progrès moraux accomplis par l'humanité sur plusieurs siècles.

 

Le complément de Laurent dans son propre commentaire sur l'intellectualisme petit bourgeois de la gauche radicale est intéressant aussi. J'en ai fait les frais pendant quinze ans et cela continue.

 

Je suis d'accord avec tout ça, mais en ce moment, comme je le disais plus haut, je m'intéresse davantage à ce qui dans les classes moyennes et dans les classes populaires crée du dissensus par rapport à la doxa médiatique totalitaire.

 Chavez_reelu_dimanche_AFP_-2-copie-1.jpg

Dans les classes moyennes ce sont notammment les sujets historiques, le devoir de mémoire - ce n'est pas un hasard si Dustyboy évoque l'héritage de l'esclavage dans les Caraïbes, tout comme moi je pourrais mettre en avant en ce qui me concerne personnellement la colonisation de la culture occitane ou l'abandon des Républicains espagnols par la France. Dans les classes populaires (dans la partie intéressante des classes populaires), c'est une culture de l'entraide et de la bonté (souvent adossée à la religion) qui, sans toucher l'ensemble du peuple, fleurit dans ses secteurs les plus dynamiques, une culture qui se développe dans un praxis quotidienne qui en fonde la nécessité, une culture qui se combine beaucoup avec des convictions religieuses (Islam, catholicisme). Comme la politique est un art, plutôt que de prier pour que la catastrophe financière plonge les gens dans la tragédie, les adversaires de la dictature du cynisme devraient précisément travailler à faire entrer en symbiose tous ces facteurs de dissensus pour créer un projet commun fondé sur des valeurs de vérité, d'honnêteté, de réciprocité entre les gens (ce qui fut le projet altermondialiste mais qui était bien trop abstrait et pour tout  dire fumeux pour pouvoir entrainer les classes populaires et déboucher sur des réussites politiques).

 

Arnsperger dont un des visiteurs de ce blog m'avait conseillé la lecture (et qui est publié, ce n'est pas un hasard, par des éditeurs religieux) a raison de vouloir fonder l'anticapitalisme sur une éthique, sauf que son éthique du "yoga" est encore trop abstraite, philosophique, bourgeoise. Une éthique susceptible de changer politiquement le système ne peut être pensée qu'en fonction de la praxis concrète des classes les plus dominées et construite en interaction avec elles.

 

J'y reviendrai peut-être. En attendant je termine par cette vidéo amusante sur la difficulté de faire converger justement les éthiques des dominés :

 

Lire la suite

M. Sarkozy dans le 9-3

22 Avril 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Mardi le président de la République était dans le 9-3 pour l'intronisation du nouveau préfet quelques jours après les violences de Tremblay. Un élu communiste a tenté de brandir une petite affiche pour rappeler que parmi les problèmes de ce département, il y avait des budgets sociaux que l'Etat laissait à un conseil général déjà pauvre sans compensation financière. Il semble que les amis du président de la République ont su le convaincre de remettre l'affiche dans sa poche...

 

Si vous avez la curiosité de savoir qui est cet élu issu du petit monde soviétique d'Aubervilliers (heureusement aujourd'hui normalisé et devenu ville socialiste,ouf !) voici une vidéo.

 

Lire la suite

La gauche, ça ne tient pas debout

19 Avril 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Je suis désolé d'en arriver à ce constat une fois de plus sur ce blog, mais je ne vois rien qui tienne debout à gauche de la gauche.

 p1000068.jpg

Une de mes connaissances, une blogueuse  proche du Front de Gauche, à qui je disais que son activité sur Internet (comme la mienne) ne servait à rien du tout et n'avait aucune conséquence dans l'espace réel, me répondait cet après-midi :

 

"Si plein de conséquences (sans parler que les gouttes d'eau font les fleuves) je suis lue par 150.000 personnes par mois, c'est pas mal, j'ai plein de lecteurs, 3 blogs au Top etc.

 
- un ex de conséquence : Un blogueur voulait ne pas voter aux Régionales, rien qu'avec mon commentaire il a retiré son artcile et voté
 
- en cas de problèmes (guerre etc) 3 de mes "fans" m'ont proposé de partager leur terre (eau, culture), 3 régions, centre, basses Alpes et vers la frontière des Pyrénées, j'ai choisi là (ancien journaliste retraité, veuf), il a même sauvegardé tous mes blogs article par article, m'a renvoyé les CD !"
 
Se perdre dans les marécages de l'internautisme est le premier vice de la gauche de la gauche, le plus évident, mais, à mon sens, le plus plus minoritaire, donc le plus véniel.
 
Le deuxième marécage, plus étendu, dans lequel se complait ce courant de pensée depuis 15 ans, c'est l'anti-politisme, le refus de la politique et de l'art que la politique implique : celui de construire des programmes réalistes, de nouer des alliances, d'élaborer des stratégies de prise de pouvoir.
Il n'y a rien de cela à gauche de la gauche, seulement un goût narcissique de la complainte, souvent sur le mode hystérique : "ce monde est trop injuste", "les pauvres sont trop pauvres", "les médias ne nous aiment pas".
La gauche de la gauche a fait la preuve de son inaptitude à élaborer des stratégies politiques au lendemain d'une de ses très rares victoires : la défaite du "oui" au référendum sur le traité constitutionnel européen. Le spectacle de sa division au lendemain même de cette belle victoire est la preuve du fait qu'elle ne portait aucun programme et, au fond, ne voulait pas avoir le pouvoir, c'est à dire avoir une prise sur les événements.
Alors, je dois le dire, oui, je suis fatigué par la rhétorique de ce mouvement de pensée petit-bourgeois. Je suis las de les entendre crier contre les médias comme le fait Mélenchon en ce moment (une chanson qui remonte aux vieux airs bourdieusiens de 1995), alors que leur vrai problème, par exemple, est du côté de la mésentente complète entre le PG et le PCF sur les prochaines stratégies électorales.
Je suis fatigué de leurs vaines proclamations sur la possibilité d'une "autre Europe" au sujet de laquelle ils n'ont pas la moindre idée de la manière dont on peut la construire ni avec qui. Je suis las de leurs mots d'ordres creux ("défense du service public", "défense des sans papiers"). Il arrive un moment, quand la situation est grave, où il faut avoir la décence soit de prendre les problèmes à bras le corps, avec une vraie démarche politique, soit de fermer sa gueule.
La gauche de la gauche n'a ni l'une ni l'autre. Et je dois dire que ce goût de la piaillerie vaine du schtroumph grincheux qui manifeste avec sa petite banderole ne vaut pas mieux que le flot de verbiage  médiatique des classes dominantes répressives. L'un comme l'autre portent la responsabilité conjointe des absurdités de notre époque.
 
Lire la suite

Gains et pertes en politique, Allemagne, refondateurs communistes, Emergence

25 Mars 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

La politique c'est du jeu. Pour évaluer les coups des joueurs, il faut mesurer à la fois les gains avérés et les pertes évitées (celles qui auraient été constatées, si le coup n'avait pas été joué, ou s'il avait joué autrement). Par exemple si on veut savoir quel gain l'Allemagne a tiré de l'existence de l'UE, comme s'y essaie un blog voisin, il faut pouvoir évaluer non seulement ce qu'elle pays a obtenu de l'existence de cette structure (comme par exemple les "parts" objectives dans la reconstruction de l'Europe de l'Est ) mais aussi les "pertes non réalisées" qui correspondent à toute les pertes qu'elle aurait pu subir si la structure n'avait pas existé. Par exemple les pertes inhérentes à l'existence d'une Grande Serbie ou d'une Roumanie pro-française dans les Balkans (des virtualités qui ne se sont pas réalisées puisque l'UE a servi à faire exploser la Yougoslavie). Ces "pertes évitées" sont aussi à leur manière des gains, même si elles sont très difficiles à comptabiliser.
polisario.jpg
Je publie en avril un bouquin sur l'histoire virtuelle. Je vous y renvoie.

En parlant de coups politiques, des renards de la politique - des refondateurs du PCF - quittent leur parti. Total : trois députés en moins pour le PCF, et trois grosses villes d'Ile de France. Ils le font en chantant la louange de la fin des partis politiques qu'ils veulent remplacer par des forums façon ATTAC. Si on était d'humeur à rigoler on leur souhaiterait bonne chance, quand on sait ce que fut ATTAC... Ca fait penser à M. Tron le maire de Draveil qui lâche de Villepin pour rejoindre le bateau ivre de Sarko le lendemain de son échec électoral. Je suppose que tous ces gens font de savants calculs sur les gains réels et les pertes évitées.

Le Monde s'inquiète de l'abstention dans les quartiers populaires. Moi je m'inquiète de l'absence totale de réponse de la gauche aux questions que posent ces quartiers (qui se cumule à son absence totale d'idée sur l'Europe, sur la société de demain etc). Mais il est vrai que c'est parce que la gauche n'a aucune idée que les médias la trouvent très sympa, et se réjouissent de transformer Martine la tocarde en Martine la winneuse, comme ils l'avaient déjà fait de Jospin en 1997. Trop cooooooooool !

En banlieue, une petite liste "Emergence" a fait un mauvais score. Des types braqués sur l'Islam apparemment. On me dit que leur noyau dur est marxisant. J'en doute un peu quand même. Le Parti des indigènes de la république aussi est parti d'une culture marxisante au départ. Des postmarxistes qui n'affichent plus guère leur passé. Je ne suis pas sûr qu'ils aient un potentiel.

Tenez restons dans le post-marxisme : demain je rencontre un conseiller du président de la République du Mali qui a fait ses premières armes au journal L'Humanité comme pigiste il y a 25 ans. Ho Chi Minh n'avait-il pas débuté à la CGT de Renault Billancourt ?



Lire la suite

L'impuissance des classes populaires

18 Mars 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Je voudrais revenir d'un mot sur le commentaire très pertinent que Mme Poncet a posté sous ma "chanson pour Sandouville". sncf.jpg

A Brosseville dimanche dernier les quartiers populaires se sont abstenus à 72 voire 77 %. Las de voir les politiciens ne les solliciter qu'au moment des élections, ils votent avec leurs pieds.

Mais le peuple peut-il faire quoi que ce soit d'autre ? Et peut-on faire quelque chose avec lui ?

Mme Poncet parle des gens qui vivent dans des caravanes. Cela me rappelle une conversation que j'eus, du temps où j'étais doctorant, avec ma consoeur Isabelle Coutant (une très jeune sociologue vraiment bien, je parlerais volontiers de son positionnement à l'égard du monde académique si je ne craignais d'être indiscret)."Tout est violent, pour les pauvres, me disait-elle, ne serait-ce que l’inflation : devoir boucler un budget avec des prix qui augmentent. C’est horrible ».


Travailler avec les classes populaires est une œuvre incroyablement complexe, parce que précisément elles n’ont pas de latitude d’action, pas de pouvoir (ni culturel ni matériel) sur leur propre vie. C’est en ce sens que le marxisme, dans toutes ses déclinaisons, y compris les plus mystiques à la Chavez, fut (j’ai tendance à en parler au passé, malgré tout) une aventure très impressionnante, quoique parfois trop simpliste, et pour cette raison vouée à l’échec partiel (il ne suffit pas d’embrigader les pauvres pour les libérer  - mais la libération n'a que très partiellement échoué).


L’impuissance des pauvres pose des problèmes très concrets chaque jour. Par exemple en ce moment, si je me demande « à quoi consacrer mon temps d’une façon responsable pour être utile au monde dans lequel je vis ? », j’aurais tendance à penser que la chose la plus urgente à faire pour un type comme moi, qui connaît un peu l’histoire, la géographie, et l’anglais, c’est d’œuvrer à empêcher que ne se crée un monde dominé par la surclasse capitaliste occidentale (celle dont parle Michéa) en lutte contre des bourgeoisies régionales russes, chinoises, brésiliennes, proche-orientales - que-sais-je ?-. Rechercher la création d’une humanité solidaire à l’échelle planétaire (pas seulement au niveau de l’hexagone), et moins inégalitaire.


Comment puis-je employer utilement mon temps à cela ? Je puis chercher à construire une grande association populaire avec le prolétariat et la petite bourgeoisie banlieusarde (les « dominés » de divers champs comme disait Bourdieu, même si le mot ne me plait pas) qui ont encore à l’esprit quelques bribes d’idéaux de gauche, même s’ils ne se reconnaissent plus dans les partis actuels. Jusqu’à ce qu’on en fasse un mouvement puissant (un peu comme Attac naguère), capable d’élire un ou plusieurs Galloway aux postes du pouvoir républicain.


Mais ce travail populaire est lent, laborieux, parce que précisément les gens dominés n’ont pas de pouvoir, et, s’ils en obtiennent quelques miettes, ils sont prêts à s’entredéchirer pour les monopoliser (je me rappelle un aphorisme de Nietzsche qui disait que la véritable misère des pauvres tenait à leur propension à s’entretuer pour une pièce d’or). Et tout peut échouer dans un an.


Je peux, à l’inverse, envoyer mon prochain bouquin sur l’Abkhazie à un partisan de Dominique de Villepin (il en est qui m’apprécient), bref, m’allier à une partie de la bourgeoisie française (voire de la grande bourgeoisie), en utilisant ce levier pour pousser la France à sortir de l’OTAN (voire de l’Union européenne), puis aider Chavez et les Palestiniens, etc (j’ai remarqué une réunion qui aura lieu prochainement à Paris où sera M. Asselineau, chef d’un parti gaulliste eurosceptique, où l’on vantera les mérites du socialisme cubain). Le choix de Proudhon qui discute avec Napoléon III.


Comment être utile à son époque ? En suscitant un mouvement populaire à la base ou en travaillant avec les franges progressistes, « utiles » (même si elles ne sont pas forcément conscientes de leur progressisme) ? Voilà le genre de question que doit se poser toute personne réellement soucieuse de changer le monde (et j’exclus de cette catégorie beaucoup d’universitaires verbeux qui connaissent leur Marx ou leur Bourdieu sur le bout des ongles mais ne prisent que les conclaves entre intellectuels « purs »).
 

Lire la suite

Contre la désindustrialisation de la France

3 Février 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Est-on capable de mener une grande opération de solidarité avec ces salariés pour qu'ils l'emportent face à la logique du Cac40 ? Peut-on lancer de grands mouvements nationaux autour de mouvements sociaux comme celui-ci ou les gens vont-ils se contenter (au mieux) de créer un groupe de soutien sur Facebook ?engrenage.jpg

FD

"Passé cette date, nous prendrons possession des lieux", peut-on lire dans le communiqué.


Total qui emploie sur le site 620 personnes dont 260 équivalents temps plein employés par des sous-traitants, n'a pas souhaité faire de commentaire.


Lundi, le groupe pétrolier a reporté à fin juin la décision définitive sur l'avenir de la raffinerie lors d'un Comité central d'entreprise extraordinaire.


L'annulation du grand arrêt quinquennal, obligatoire pour la bonne exploitation de l'usine, et la création d'un futur centre d'assistance technique et d'un centre de formation avaient également été annoncées lundi par Total.


Les syndicats ont vu dans ces annonces la fin de l'activité raffinage de Dunkerque.

Total doit publier ses résultats le 11 février. Les analystes anticipent en moyenne un bénéfice net de huit milliards d'euros au titre de 2009.


Une réunion intersyndicale nationale se réunira vendredi pour décider d'un éventuel appel à la grève dans les six raffineries exploitées en France par Total.


La CGT s'est déjà prononcée en faveur d'un arrêt de travail de 48 heures dans le courant de la semaine du 15 février.

L'an dernier, Total avait déjà provoqué la colère de ses salariés en raison du lancement d'un plan de restructuration de son raffinage, avec 555 suppressions de postes en France, quelques jours après avoir annoncé des bénéfices record de 14 milliards d'euros au titre de 2008.


Les raffineries européennes sont actuellement en difficulté en raison de la chute des marges de raffinage et du manque de débouchés pour l'essence."

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 > >>