Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #la gauche tag

Une option historique qui a échoué : le patriotisme de gauche

2 Février 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

valmy_.jpgIl est une option historique qui est aujourd'hui complètement disqualifiée  : le patriotisme de gauche. Elle pouvait paraître raisonnable. L'idée était de constituer une communauté nationale solidaire, fondée sur la justice sociale, qui vit en bonne harmonie avec ses voisins sans trop se mélanger avec eux, loin de la tyrannie capitaliste - qui incite à l'exploitation et à la guerre - mais aussi à l'écart des grands projets révolutionnaires internationalistes.

La IIIème République française a failli incarner cette option. Mais le capitalisme l'a poussée sur la voie du colonialisme sous Ferry, et de la guerre dans les années 1910 (à une époque où elle était déjà plus à droite que du temps de Ferry).

La seconde république espagnole aussi au début des années 1930 baignait dans cette ambiance patriote "de gauche" comme je le découvre quand je lis les mémoire de mon grand père. Peut-être aussi la République de Weimar à ses débuts. L'aristotélisme d'Hannah Arendt, surtout dans ses pages contre l'impérialisme, me paraît lui aussi se rattacher à ce courant de pensée.

Je retrouve ce trait aussi chez les communistes français alliés au gaullisme pendant la seconde guerre mondiale - j'y songeais à propos de la résistante communiste que j'ai rencontée, et qui parlait de son foulard avec le papillon tricolore signe de reconnaissance des filles résistantes pendant la guerre. Ces gens étaient des patriotes de gauche, dans le même sens que l'était Clémenceau en 1880 (du temps où il était encore anticolonialiste). Leur façon de raisonner en fonction des emblèmes et des frontières de l'Etat-nation les a largement empêché de comprendre l'élan anticolonialiste des années 1945-46 (sauf quand cet élan était aux ordres de Moscou comme Ho Chi Minh, et encore, ont-ils été vraiment solidaires d'Ho Chi Minh en leur for intérieur ?).

Peut-être ce "patriotisme" là, présent au sein du PCF issu de la résistance, et dans les tendances "jauressiennes" du PS, eût-il encore quelques chances de l'emporter en 1981 avec le projet de "socialisme à la française" incarné par des gens comme Claude Cheysson.

Deux facteurs, tous deux liés à la mondialisation du capital, ont compromis cette option dans les pays riches.

Le premier, c'est le néo-colonialisme : la résistance à la décolonisation (en Algérie), la Françafrique, l'organisation de l'immigration massive en provenance du Tiers-monde sous Pompidou et Giscard, ont largement dynamité l'idéal de relative autharcie qui sous-tend le patriotisme de gauche, en même temps qu'il le ramenait sans cesse à ses péchés de complicité avec le colonialisme depuis la fin du 19ème siècle. Le second facteur, bien sûr, c'est l'européisme, devenu l'alpha et l'oméga des socialistes de tous les pays d'Europe après 1983.

Jean-Pierre Chevènement aura incarné une dernière fois en 2002, après la participation de la France à la guerre de Yougoslavie (1999) et d'Afghanistan (2001) une chance pour ce patriotisme de gauche, abreuvé du souvenir de Valmy, mais ce ne fut qu'un feu de paille.

Aujourd'hui il existe des miettes de cette option là, dans le blog anti-européen La lettre volée, dans l'association Initiatives citoyenneté défense, chez certaines recrues du parti des travailleurs déçues du chevènementisme (je ne sais plus quel est son nouveau nom). En Russie des gens comme Natalia Narotchnitskaïa (citée dans mon précédent billet) incarnent aussi cela. Ce courant partout où il essaie encore de survivre ne me paraît guère solide. Il n'intéresse ni les milieux issus de l'immigration postcoloniale, ni la petite bourgeoisie européenne (qui est pourtant son électorat "naturel") plus intéressée à rêver d'une improbable "Europe sociale" ou d'un monde sans frontière.

Voilà donc une option politique qui semblait viable sur le papier mais qui n'a pas tenu le choc face aux mouvements de fond du capitalisme. Aujourd'hui il faut sans doute imaginer autre chose. Prende acte d'une tendance à la globalisation des imaginaires des Occidentaux (même si cette globalisation est biaisée par le consumérisme et l'impérialisme). Seule une profonde crise systémique (d'ailleurs ouvertement souhaitée par beaucoup) aurait des chances de pousser les gens à se replier sur les symboles nationaux, mais même dans cette hypothèse ces chances me paraissent des plus faibles. Il est devenu bien trop aléatoire de miser sur pareille évolution. Ainsi voyons nous s'éloigner le seul cadre intellectuel possible dans lequel le patriotisme eût pu avoir des effets acceptables.



Lire la suite

"Un pays communiste ? Pas du tout ! c'était une dictature !"

14 Janvier 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

autruche-copie-1.jpgVu cet après-midi une jeune chef de service des relations internationales d'une mairie communiste en banlieue parisienne.
Moi : "Vous êtes jumelés avec une ville de ce pays africain depuis quelle année ?
Elle - 1985.
Moi - Ah oui ! c'était le temps où il avait un gouvernement communiste.
Elle - Non pas du tout. C'était une dictature !
Moi - Oui mais marxiste-léniniste.
Elle, le regard vide, certaine que je me trompe.
Moi - Je vous assure. Il y avait des conseillers soviétiques et cubains dans ce pays !"

J'ai bien aimé le "Pas du tout. C'était une dictature". Pour les néo-communistes et leurs employés aujourd'hui les régimes communistes n'ont jamais pu être des dictatures, il y a une antinomie d'essence entre communisme et dictature, qui fait relèguer hors de l'histoire de ce mouvement tout ce qui ne fut pas pluraliste et démocratique (et donc notamment toute l'aventure cubano-soviétique sur le continent africain à l'époque de Brejnev, Andropov et Tchernenko). Dans l'esprit de cette jeune femme - manifestement peu cultivée - tout cela n'avait à l'évidence pas existé, jamais, ou en tout cas, si c'était avéré, c'était sans rapport avec la commune où elle travaillait. D'ailleurs j'ai découvert un peu plus tard qu'elle avait complètement procédé à une recréation mythique des origines du jumelage : "le maire avait été très sensibilisé par une famine qui avait eu lieu là bas" (comme si à l'époque le PCF fonctionnait - comme il le fait aujourd'hui - en fonction des émois collectifs dictés par les médias et non selon la logique de la solidarité avec les "pays frères" et "partis frères"). C'est en vertu de tout cela que le PC actuel a renié l'expérience soviétique, mais aussi, peu ou prou, toutes les tentatives communistes du 20ème siècle, pour à la rigueur retrouver les tentatives du 19ème, et plus souvent encore ne se reconnaître aucun passé. Un PC sans passé, suspendu dans les airs, et prêt à prendre pour fondements légitimes de son action les incitations compassionnelles des grands médias. Voilà ce que j'ai trouvé dans ce service administratif cet après-midi. Cela faisait drôle quand même.
Lire la suite

L'espoir

7 Décembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Jeudi prochain si tout va bien je partirai pour l'Abkhazie (mission de contrôle électoral pour la présidentielle). J'ai prévenu que je ne cautionnerai pas l'indépendance de l'Abkhazie pour autant. L'Abkhazie, une "côte d'azur en guerre" come ils disent dans Le Figaro. J'espère qu'il s'agit là de mon dernier voyage politique. Ce genre d'expédition cause beaucoup d'ennuis (l'obtention des visas, les ordres et contre ordres sur la composition des délégations) et ne sert à rien. Une ou deux personnes dont mon éditeur sont contentes que j'y aille. Mais c'est mon dernier périple de cette sorte.

De même je vais espacer mes contacts avec les intellos parisiens révolutionnaires distingués de la mouvance du Temps des Cerises qui me fatiguent aussi.

Je préfère le réel : ma commune de la banlieue nord dont je n'ai plus de droit de vous parler - devoir de réserve oblige. Savez vous ce que j'y fais ? J'y interviewe une vieille résistante communiste pour écrire un livre dessus. Et surtout : j'encourage l'émergence d'actions associatives solides dans les milieux populaires (notamment ceux d'origine immigrée - là bas on appelle ça du terme moche "les communautés"). Dans des jeux politiques locaux aussi bloqués qu'au niveau national, l'espoir véritable est là : dans la capacité des citoyens, surtout des plus jeunes, à créer des associations artistiques, sportives, des associations de coopération avec le Tiers-Monde, de soutien à la Palestine etc, de fédérer toutes ces initiatives, de les faire converger sur des bases politiques novatrices, c'est ainsi que nous aurons des peuples et des leaders à même de changer la donne.

Un lecteur de ce site m'a accusé de vouloir ratisser des voix d'immigrés au profit de la vieille classe politique. Rien n'est plus faux. Je crois que dans les communes les institutions doivent être au service de l'émancipation des consciences et non l'inverse. Quand je parle d'alliance entre petite bourgeoisie de gauche et classes populaires issues de l'immigration, je ne songe à aucune inféodation. Il faut une relève complète au système actuel paralysé.
Lire la suite

Débats indiens

13 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Vous connaissez mon intérêt pour les débats à gauche à travers le monde. Même s'il est toujours difficile d'en juger depuis la France (par exemple que pouvons-nous savoir de l'effectivité de la résurgence d'une aile gauche au sein du parti communiste chinois dont on nous parle parfois ?). Grâce à un lien de Vijay Prashad, contributeur de l'Atlas alternatif, je suis tombé sur un bon débat sur http://www.pragoti.org/node/3685 à propos du maoïsme en Inde. L'intervention de Jayati Ghosh, une universitaire qui a un délicieux accent de Cambridge, et que le Guardian qualifie de "one of the world's leading female economist", me paraît mériter le détour. Cette dame, membre du PC indien (PCIM), et qui partage sur l'avenir du monde un regard commun à toute la gauche institutionnelle mondiale, pose des questions justes sur le romantisme de la violence maoïste dans le sous-continent indien (les naxaliste, les Tigres du Sri Lanka, les maoïstes népalais), questions qui ont aussi existé en Europe, autour de la gauche révolutionnaire basque par exemple - je me souviens de l'excellent bouquin que j'ai lu il y a presque vingt ans de Joseph Zuleika, Basque Violence: Metaphor and Sacrament (Reno, Las Vegas, University of Nevada Press, 1988. 89).



Lire la suite

Fidel à Brosseville

10 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien, #La gauche

Ce jour était un grand jour pour Brosseville puisque son maire accueillait, grâce aux bons offices du Sandiniste, le nouvel ambassadeur de Cuba à 14 h.

Notre troïka avait fait en sorte que la visite soit "informelle" pour ne pas affoler les socialistes de la majorité et pour ne pas attirer le député du coin. Nous voulions développer une dynamique

Le Sandiniste avait prévenu Cinderella : "Ne sois pas en retard, sinon la fois suivante on te séquestre". Langage rude, un peu trop peut-être, surtout qu'il l'a répété quatre fois. Mais on sait que Cinderella quand elle rentre manger chez son mari a tendance à traîner. Elle a déjà fait attendre un ministre pendant trois quarts d'heure. Moi, après avoir écrit le discours du secrétaire de la section communiste (un discours qu'il a beaucoup apprécié) j'avais composé des éléments de langage pour elle. Je lui avais expliqué : "On fait ça aux Affaires étrangères" ; je le lui ai répété quand elle a laissé entendre qu'on la prenait pour une marionnette. Difficile de travailler avec Cinderella sans la prendre pour une marionnette. Du coup grosse panique de sa part en fin de matinée quand je lui expliquais ce qu'était l'ALBA :" Ou la la, je ne sais rien ! c'est mon mari qui devrait recevoir l'ambassadeur, il saurait mieux" (j'ai appris une heure plus tard que son mari était à la section PC de Brosseville. Finalement elle a réussi à lâcher ses parapheurs pour aller déjeuner : "Je ne vais pas venir cet apres midi je vais me promener" a-t-elle encore lâché pour inquiéterle Sandiniste. "Si tu ne viens pas tu ne seras plus maire. On s'installera dans ton bureau et tu ne pourras plus jamais y entrer" a rétorqué le sandiniste en riant.

Entre midi et deux heures, on n'a pas cessé de s'inquiéter d'autant que le Sandiniste avait un pneu crevé, et risquait d'être mobilisé par l'intervention du garagiste sur sa voiture au moment même de la venue du diplomate.

Le dircab non plus n'en menait pas large : "Elle va parler de salsa pendant l'entretien, il va falloir la recadrer" -.

L'ambassadeur cubain est arrivé à 2 heure moins 5, avec son premier secrétaire. Un grand bonhomme l'ambassadeur. Nous avons été pris de court. Cinderella évidemment n'était pas rentrée. Nous avons installée l'ambassadeur dans son bureau. Mais le stress retomba vite : Cinderella parut à 14 h 05, pas très en retard finalement, avec l'adjointe à la coopération décentralisée, Malika, une élue radicale de gauche. Cinderella s'était remaquillée. Elle souriait beaucoup. Nous redoutions qu'elle parle de salsa, je ne sais par quel miracle, la conversation évita cette danse... pour parler du reggaeton... Oui, Cinderella parla du reggaeton, pendant 5 minutes, 10 minutes, uen demi heure. Ca ne me paraissait guère de bon augure car le reggaeton est une invention des exilés de Miami, assez étrangère à la culture de l'île. Mais l'ambassadeur était bonne pâte : "Je suppose que comme moi vous avez des enfants qui s'intéressent à cette danse. Personnellement je ne l'aime pas mais c'est vrai qu'à Cuba il est difficile d'y échapper. Je ne sais pas comment ils ont fait : pendant une demi-heure ils n'auront parlé que de danse d'expression corporelle. Cinderella avait pourtant ma fiche sous les yeux, avec tous les objectifs politiques de notre réunion, mais elle n'arrivait pas à recadrer la conversation, comme si on lui demandait de se faire violence.

C'est finalement le dircab et moi même qui avons dû nous efforcer de parler des politiques de coopération cubaines avec le Tiers-Monde, et de dire en quoi elles pouvaient intéresser notre ville. L'ambassadeur parla des millions de gens qui on retrouvé la vue dans le monde grâce aux médecins cubains, des paysans d'Haïti descendus de leur montagne en masse pour se faire soigner dans hôpital haïtiano-cubain, alors que les médias de droite faisaient courir le bruit que les chirurgiens cubains étaient des bouchers (les médecins privés accusent les Cubains de "casser le marché de la santé" - "comme si la santé était une marché, a dit l'ambassadeur"). Il nous dit un mot aussi du Qatar où il venait de servir et où l'ambassadeur voulait nommer l'hôpital cubain "Fidel Castro", ce que Castro refuse car il trouve ça de mauvaise augure tant qu'il est vivant. Le Sandiniste a dû rater cette anecdote car il s'est absenté une bonne demi heure pour parler au garagiste au pied de l'immeuble de la mairie.

Malika pendant cet échange eut des phrases un peu curieuses, comme "la démocratie de toute façon ça n'existe pas nulle part". Etrange pour une élue du centre gauche qui dit ça devant un ambassadeur cubain. Pour ne pas laisser Cinderella  complètement en dehors de la conversation, à un moment, je donnai un coup de stylo sur le dernier paragraphe sur la coopération avec l'Algérie (où nous voudrions lancer un jumelage). Cinderella crispée, se fixa sur un détail du paragraphe, voulut compter s'il y avait bien six hopitaux prévus et vérifier qu'ils étaient dans ma liste, de sorte que la dimension générale du propos, c'est nous qui dûmes à nouveau la prendre en charge. Cinderella se rattrappa un peu ensuite en faisant visiter  la zone industielle et sa ville en minibus. L'ambassadeur avait l'air ravi mais choisissait ses sujets en fonction de ce qu'il avait identifié comme ses thèmes de prédilection : les fleurs, les écoles, les crèches. Moi je parlais avec son secrétaire de Correspondances internationales dont il faisait partie.

A la section du PCF où l'on prit un pot de l'amitié, le secrétaire de section, qui a des airs de vieux barde gaulois, lut le discours que je lui avais fait, visiblement ému et content. L'ambassadeur, consciencieux, qui savait déjà avant d'arriver à Brosseville qu'elle était une commune à la population très jeune, a dû s'étonner de voir qu'il n'y avait dans ce local qu'une vingtaine de personnes, toutes de plus de 40 ans, sauf le dircab et moi. Il y avait notamment un vieux résistant dans l'assistance, comme il y en a toujours dans ce genre de réunion. Pour tous les gens qui étaient là, on sortait un peu des sordides histoires locales, notamment de cette affaire du maire communiste d'une ville voisine, fils et petit fils de grand militant, qui passe avec armes et bagages dans le camp écolo - "signe de la décomposition du parti" comme dit le Sandiniste, on ne put s'empêcher d'en causer un peu malgré tout.

L'ambassadeur expliqua encore une ou deux choses sur l'embargo, leur projet de monnaie commune avec les pays de l'ALBA, les incohérences entre l'Elysée et le Quai d'Orsay sur la politique de coopération décentralisée avec Cuba. Cinderella fit un discours rapide sur la coopération culturelle et ses bons rapports avec le PC.

Pendant le cocktail, coupe de champagne à la main, je discutai beaucoup avec Malika (qui est au chômage en ce moment), avec un conseiller municipal berbère marocain (qui a été conseiller dans une ville communiste il y a quelques années), et avec notre chef du protocole qui est kabyle (et qui a voyagé à Cuba en 1999). Un moyen d'évoquer les contradictions que traversent les familles autour de la question de la laïcité, du respect intergénérationnel, des relations entre Kabyles et Arabes (pourquoi les kabyles et les arabes se détestent ? parce que les arabes c'est des perses, c'est ça ?), entre Marocains et Algériens, toutes ces problématiques qui structurent profondément le vécu des gens. Et aussi le rapport au passé : "Sarkozy est moins français que moi disait l'élu marocain, car son grand père n'est pas mort pour la France comme le mien".

C'est étrange. Cette image de l'ambassadeur cubain dans le petit local de la section du PCF de Brosseville aurait pu cristalliser beaucoup d'énergie et d'idées. Mais le soir même, Cinderella allait présider un bureau municipal dans lequel elle allait se faire publiquement humilier par son directeur général sur une sordide histoire de projet de bulletin d'information. Incapable de faire face, elle allait reporter l'engueulade sur le dircab, le stress allait gagner à nouveau le Sandiniste. L'énergie accumulée avec la venue de l'ambassadeur était déjà volatilisée.

 

Lire la suite

Une fille bien à Düsseldorf

24 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Je reçois cet article par mail ce matin :

"ALLEMAGNE: UNE DEPUTEE COMMUNISTE DE CHOC ...Une députée communiste dans la Ruhr

Les élections législatives ont eut lieu il y a quelques semaines en Allemange, Die Linke a obtenu 11,9% des voix. Coup de projecteur sur la nouvelle députée de Düsseldorf (région de la Ruhr), la communiste Sahra Wagenknecht

Avec 13.244 voix et 9,9% (+4 points) pour Die Linke sur la circonscription de Düsseldorf-Sud, Sahra Wagenknecht fait son entrée au Bundestag. Ancienne députée européenne du PDS (Parti du Socialisme Démocratique - ex SED), elle a placé sa campagne électorale sur la nécessité d'organiser de la riposte sociale contre la loi Hartz IV, la retraite à 67 ans et contre les coupes sociales justifiées au nom de la crise. Tout en défendant la taxation des millionnaires, des revenus très élevés et des transactions boursières Sahra Wagenknecht place le socialisme au coeur du projet politique de Die Linke, elle insiste sur la nécessité de surmonter les contradictions dans les rapports de production capitaliste.

Sahra Wagenknecht (née le 16 juillet 1969 à Jena en ex-RDA) adhérente au Parti Socialiste Unifié d'Allemagne (SED) en 1989, elle co-anime la plate forme communiste au sein du PDS (Parti du Socialisme Démocratique successeur de la SED) et aujourd'hui de Die Linke, ainsi que la plate forme de la gauche anticapitaliste. Elle met en avant les expériences positives du socialisme réel (tout en tirant les erreurs de ce dernier) afin de mettre à bas le capitalisme. Ses positions l'ont souvent opposée à Gregor Gysi et Michael Leutert l'accusant de rejeter l'expérience de la RDA sous couvert d'accusation d'être "stalinien".

La presse allemande la considère comme un faucon au sein de Die Linke et ses positions sont claires : socialisme, marxisme, pas d'alliances avec le SPD et les verts, solidarité avec Cuba et le Venezuela, anti-racisme, anti-fascisme, lutte contre l'anti-communisme, pacifisme. Elle n'hésite pas critiquer Oskar Lafontaine (co-président de Die Linke) et les positions réformistes de ce même parti.

Ainsi la députée communiste de la Ruhr place l'objectif du socialisme comme moyen pour dépasser le capitalisme. Comme quoi tout n'est pas à jeter à Die Linke."


Lire la suite

Pensées solidaires

29 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Je lis la presse israélienne ce matin, en quête d'infos sur un incident survenu sur l'esplanade des Mosquées dimanche (des extrémistes juifs aidés par la police ont frappé des arabes, la violence de l'occupant en Palestine reste omniprésente). Je trouve dans ses pages de nombreuses interrogations sur le moyen d'améliorer l'image d'Israël dans le monde, et notamment cet article d'Haaretz qui se demande si le porno gay peut sauver Israël. Un rapprochement entre communautarismes gay et sioniste qui peut plaire à Paris (où les deux sont soutenus), mais aussi peut-être l'occasion d'une réflexion encore une fois sur le rapport entre la politique et le corps. Sur Facebook un garçon proche des Indigènes de la République écrivait : "Les mêmes qui trouvent la burqa indécente (inhumaine etc) en France vont promener leurs gros culs dénudés sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem sans aucun espèce de complexe". Ce commentaire lui était inspiré par la dépêche de Reuters : "Mais la police a indiqué que les heurts ont été provoqués par des Palestiniens rendus furieux par la tenue vestimentaire, à leurs yeux indécente, de certains touristes étrangers sur le lieu saint. " Mais après discussion avec lui il m'a indiqué qu'en fait il est plus probable que ce soit une provocation des colons juifs qui ait conduit aux affrontements plutôt qu'une exhibition de nudité. En tout cas, nous savons bien que le rapport au corps est au centre désormais de beaucoup d'enjeux de "coexistence pacifique" en Europe comme en Occident. Et c'est un problème que nos politiques devraient prendre "à bras le corps" si j'ose dire, et sans ethnocentrisme.

A part cela je pense à l'OTAN chérie de notre centre-droit bien aimé. Va-t-elle mourir dans le piège afghan qu'elle avait initialement tendu aux Soviétiques (il y a trente ans) sous les armes de ceux qu'elle a armés telle l'arroseur arrosé (merci M. Brzezinski) ou, un jour sous les missiles de cette "OTAN des pays du sud" que le colonel Kadhafi a promis de promouvoir au dernier sommet afro-latino-américain de Margarita ? A moins que ce ne soit dans le cadre d'une apocalypse nucléaire avec la Chine ? Who knows. Nous avons semé la guerre, nous la semons encore (voyez notre discours irresponsable à l'égard de l'Iran). Nous ne pouvons que récolter le pire en retour.

Je suis d'accord avec ceux qui affirment que l'Occident n'est pas belliqueux uniquement parce qu'il est capitaliste. Il y a un colonialisme spécifique au judéo-christianisme européen, qui n'a pas eu d'équivalent ailleurs (notamment pas du côté de la Chine, qui, pourtant, au début du XIVeme siècle s'était  lancée dans une conquête des océans à laquelle elle a su mettre fin, à la différence des puissances européenne). La culture joue une rôle. Et tout ce qui peut nous guérir du bellicisme et de l'intégrisme de notre culture sera bon à prendre.

Après notre pensée pour le peuple palestinien, une pensée pour le peuple hondurien dont la dictature ferme les médias indépendants et qu'il soumet à l'état d'urgence. Le Honduras est une pièce de la reconquête réactionnaire de l'Amérique centrale. Ne comptez pas sur nos médias pour vous en parler.

Une pensée aussi pour les Guinéens. Après l'échec des démocraties fantoches issues du processus de La Baule initié il y a vingt ans, voici revenu le temps des dictatures en Afrique. A quand un processus "bolivarien" sur ce continent ?

Triste époque. En Europe obsession sécuritaire, xénophobie, paranoïa de la grippe A sont notre lot quotidien. Rien qui puisse aider nos concitoyens à réfléchir. Qui s'étonne ensuite que Sarkozy, Berlusconi et Merkel fassent de bons scores à chaque élection, tandis que des partis au service du néo-libéralisme comme le FDP en Allemagne, les Verts et le Modem en France récupèrent les décombres de l'effondrement des sociaux-démocrates ? Et n'est-il pas dérisoire de se consoler en disant que Die Linke passe de 8 à 12 % (dimanche dernier en Allemagne), que le bloc de gauche au Portugal progresse ou que la gauche de la gauche marque des points à Corbeil-Essonnes ?

Je trouve incroyable que le suicide des cadres de France Télécom dont on parle aujourd'hui ne donne pas lieu à un grand débat national sur le totalitarisme des nouvelles formes de management, que l'on tolère avec la même placidité que le recul des avantages sociaux des salariés et les cadeaux énormes faits aux entreprises et aux banques. Le déficit public français atteint les 8 % cette année, qu'attend-on pour mettre fin aux exonérations fiscales des entreprises, et contraindre celles-ci à cesser de détruire le tissu social ? Quand nationalisera-t-on les banques pour les empêcher de reconstituer leurs bulles spéculatives au lieu d'endetter nos enfants pour leur survie ? Quand ponctionnera-t-on sur leur bénéfice l'argent nécessaire alphabétiser les populations les plus pauvres du tiers-monde et leur donner les moyens de se nourrir ? (évidemment nous ne le ferons pas, si les opinions publiques européennes s'étaient réellement souciées un jour du tiers-monde cela se saurait et le FMI n'existerait pas). Tout le monde se résigne chaque jour davantage à voir nos sociétés glisser vers les logiques les plus destructrices. Il faut laisser le business faire son beurre, toujours, et que les Etats jouent les pompiers, à la marge.  Les européistes béats étaient ravis au colloque de l'école militaire  jeudi dernier de voir nos armées patrouiller au large des côtes de Somalie (l'opération Atalante). Aucun ne se demandait s'il n'eût pas été plus judicieux d'éviter la destruction par les multinationales du poisson au large des côtes somaliennes (et des autres pays du Sud) et d'aider à la reconstruction du tissu social somalien plutôt que de maintenir la population de ce pays dans la dépendance alimentaire et de la pousser vers la piraterie. Tant qu'il y a des gens pour payer leurs impôts à des Etats superflics nationaux et planétaires, pourquoi se gêner ?
Lire la suite

Fête de l'Humanité 2009 (fin)

13 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

94 personnes annoncées sur Facebook pour les dédicaces à la fête de l'Humanité dimanche après-midi. Au final 1 seule personne a acheté l'Atlas alternatif et qui n'avait rien à voir avec Facebook.

Une bonne fête néanmoins. Nous avons parlé plus de mon futur poste en Seine-Saint-Denis que d'anti-impérialisme, mais tout de même. Je garderai un souvenir ému du stand Bolivie où une dame faisait de l' "Alba libre" (de la tisane de coca au rhum). Du stand Nicaragua où nous avons bu du Sequito au miel. Souvenir de l'historien de l'ARAC qui m'a dit "il ne faut pas laisser la Russie à l'extrême droite", et du patron de Correspondances internationales qui pense qu'un jour la Chine s'intéressera à son bulletin (auquel je vais collaborer). De ce cinéaste amateur chilien qui vend le DVD du documentaire qu'il a tourné sur Evo Morales. Souvenir de cette dame très digne au stand de l'ACER qui, quand je lui ai demandé à quel nom je devais dédicacer le livre de mon grand-père a dit :
"Mme Rol-Tanguy.
- Comme le résistant ? ai-je demandé.
- Oui, je suis sa fille" a-t-elle répondu avec une sobriété presque protestante.

J'ai beaucoup songé depuis deux jours en en parcourant les allées à tout ce qu'il y avait de faible dans cette fête, toutes les facilités de comportements et de pensée qui rendent sceptique sur ce qu'un peuple (même un peuple de militants) peut arriver à faire. Mais à partir du moment où on s'oppose à un système politique, il faut accepter d'agir avec ses opposants, par delà leurs insuffisances - et les siennes propres.


Lire la suite

Echange de vues avec une jeune militante

26 Août 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Dîné hier avec une jeune employée de l'Association de critique des médias (Acrimed), une militante prometteuse qui écrit beaucoup, une fille de 25 ans qui est de tous les combats, de toutes les manifs : anti-OTAN, anti-LRU, anti-Hadopi, Bruxelles, Strasbourg, Nanterre.

Une fille de l'Ouest, la Vendée rouge. Elle dit des choses intéressantes sur des mouvements fachos "bretonnistes", sur Le Lay, et le lobby patronnal (l'Institut de Locarn) qui défend l'identité bretonne contre la France. Elle raconte le voyage à Jersey, organisé par Attac Saint-Malo (une antenne radicale et encore dynamique d'Attac, dans cette structure en crise qui, comme le PCF, n'est plus qu'un chapelet de fiefs locaux). Elle parle de ces vieilles dames, fondatrices d'une cellule d'Attac sur les îles anglonormandes, qui utilisaient des pseudos, fidèles à leur culture de la clandestinité qu'elles avaient développé... en 1940 dans la Résistance, du temps où leurs îles étaient les seules possessions britanniques sous occupation allemande.

Elle a des mots justes quand elle décrit les salafistes violents qui débarquent avec des slogans anti-Juifs dans les manifs pro-Palestine parisiennes. "Il va falloir trouver un moyen d'évincer ces gens des manifs, dit-elle, parce que moi je n'ai plus envie d'y aller, j'assisterai plutôt aux manifs pro-Palestine à Rennes où il n'y a pas des slogans comme ça." Elle dit que les Indigènes de la République ont traité l'Acrimed de sioniste à cause de sa lenteur à réagir sur Gaza. Je ne le savais pas. "C'était injuste, on n'est pas nombreux, on ne peut pas réagir aux événements comme on claque des doigts comme ça". Toujours les divisions de l'extrême gauche.

Elle est d'accord pour que la France sorte de l'Union européenne, mais pas au nom de la défense de la République française. La République et son passé trouble ça ne l'intéresse plus. Pour elle c'est comme défendre l'université et ses pontes qui envoient les étudiants au casse-pipe dans le cadre des manifs contre la loi LRU (jusqu'à même leur taper directement dessus in fine, pour débloquer sa fac). Elle est d'accord quand je lui dis que c'est comme vouloir défendre la nomenklatura soviétique en 1982. "Il faut voir plus loin" estime-t-elle. Elle en connaît un bout sur les mouvements anarchistes (ils sont puissants en Armorique) dont elle me dit qu'ils ont tendance à se replier sur eux-mêmes depuis l'affaire Coupat. Beaucoup sont "intello-chiants" dit-elle, Tiqqun fait partie des plus pédants. Pas étonnant.
Lire la suite

Les comités de citoyens et les pouvoirs

10 Juillet 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Dans le sillage de mon article d'hier sur les peuples et les chefs j'ai été intéressé par le plaidoyer de B. en faveur des "comités d'ouvriers" ou des "comités de citoyens", qui est une idée que j'avais moi-même défendue dans Programme pour une gauche française décomplexée. Comme il faut toujours raisonner à propos de ce qui s'est fait, cet article me rappelait un chapitre de l'historien très connu Marc Ferro (dans Nazime et communisme, Hachette 1999 p. 114) qui s'intitulait : "Y a-t-il "trop de démocratie" en URSS ?"

L'article commençait ainsi :

" "Ne sommes nous pas trop démocrates, et cela ne conduit-il pas à un affaiblissement de la discipline ?" Cette interrogation de K. Tchernenko, en 1982, a de quoi paraître insolite. (...) Pour comprendre la vie politique en URSS, on voudrait tenter ici de rendre ce jugement intelligible."

Ferro y parle d'une double bureaucratisation du système soviétique dans les années 1920 : par en haut (imposée par le PCUS) et par en bas avec l'adhésion des multiples responsables de soviets (au début non communistes) au PC. Pour remédier à ce phénomène, dans les années 30 le parti doit susciter l'apparition de ce qu'on appelle de "Organisations sociales" consacrées comme instances parallèles à l'Etat dans la constitution de 1977. Or ces organisations ont de plus en plus soustrait à l'Etat une partie de ses compétences : par exemple le syndicats gèrent les services de cure, leurs services d'équipement et de transport. Au niveau local sous Brejnev les soviets locaux reprennent de l'importance "la prolifération des banlieues, la création de cités isolées sont autant d'occasionsqui suscitent la naissance d'un nouveau soviet urbain" (p. 123). De même se développe un comité de contrôle du peuple (Komitet Nardnogo Kontrolja) associée aux soviets dont un Soviétique adulte sur 6 avait été ou était inspecteur. "Ces milliers de comités reçoivent des rapports, des plaintes, des protestations sur tous les dysfonctionnements imaginables : la Pravda du 8 août 1977 indique que le bureau central du KNK à Moscou avait reçu 575 000 lettres en deux ans" (p. 124), et les inspections menées par la KNK dans les usines les kolkhozes, n'étaient pas toujours purement symboliques. Le développement de ces "organisations sociales" était souvent une source d'anarchie, de confusions de compétences avec le Parti et l'Etat, mais il n'en constituait pas moins un phénomène typique des années 60-70.

L'histoire des diverses initiatives pour créer des instances de contrôle collectif sur les administrations, les entreprises etc est très fournie. En France par exemple, il y a eu une littérature foisonnante là dessus dans les années 1970 dans la logique de l'autogestion (les socialistes avaient des projets de création des comités d'usagers un peu partout). beaucoup des idées lancées à ce moment là devraient être actualisées et étendues : créer ds comités de contrôle citoyen des banques, des enreprises privées, des journaux, de la TV, de la SNCF, de la police, de l'armée, des services publics en général, des maisons d'éditions, de l'activité des intellectuels, des pratiques médicales etc.

Par ailleurs, en ce moment si l'on regarde à l'étranger, on trouve encore des exemples de valorisation des comités de citoyens. En Amérique latine le mouvement bolivarien repose beaucoup sur des comités de quartier (juntas vecinales). On retrouve cela aussi dans la Jamahirya libyenne (cliquer sur le lien) qui, tout en étant une dictature s'est toujours voulue autogestionnaire.

Evidemment la frontière est toujours ténue entre la participation citoyenne spontanée et l'embrigadement, et entre le contrôle populaire sur les institutions, et le flicage de tous par tous dans le cadre de ces organes "participatifs". Sans oublier cette tendance apparemment inévitable des plus instruits, des plus malins, des plus déterminés à appliquer une ligne, à accaparer les organes de contrôle au détriment des autres réduits au rang de figurant (et cela vaut, que l'organe soit de pur contrôle ou qu'il ait un pouvoir décisionnel réel). On constate le phénomène dans n'importe quelle AG d'étudiants, et n'importe quel comité des fêtes villageois

La solution imaginée dans le cadre de la révolution culturelle chinoise - de virer les apparatchiks dès les prémices de leur institutionnalisation - n'est pas satisfaisante car elle déchaîne dans la sociétés des tendances anarchiques et paranoïaques, une logique de guerre civile.

Il existe aussi un risque que les comités de citoyens à force de palabres et d'inspections tous azimuts (ou de décisions anarchiques s'ils ont un pouvoir décisionnel) nuisent gravement à l'efficacité de l'appareil de production voire paralyse toute l'économie (mais l'argument économique me semble moins intéressant ici que celui de la justice politique, c'est à dire celui des entraves à la participation de tous, l'économie n'étant qu'un objectif secondaire de l'organisation politique d'une société).

Etant philosophiquement sceptique sur l'aptitude de l'humanité à atteindre un équilibre social juste sur le long terme, je ne puis que prendre acte de ces difficultés à pérenniser les possibilités de contrôle populaire sur les organes d'Etat et sur les entreprises sans déboucher sur de nouvelles formes de confiscation du pouvoir par une minorité. Mais prendre acte de cela ne signifie pas pour autant qu'il faille renoncer au projet. Il me semble que, paradoxalement, c'est toujours par une impulsion "par en haut" que les organes de contrôle (ou de décision) "de base" peuvent garder une visée réellement démocratique. C'est en liquidant par en haut les tentatives d'accaparement par des minorités que les contrôles de base peuvent continuer de fonctionner au profit du plus grand nombre. Mais il faut reconnaître que l'équilibre entre le haut et le bas dans ce système pour éviter les dérives dictatoriales est nécessairement difficile à trouver...

Lire la suite

Les internationalistes du PCF, le positionnement des projets

30 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

"Quelle horrible saison que l'été, m'écrit un correspondant. Avec ces jupes qui raccourcissent, ce désir suscité en vain. La loi de la jungle dans toute sa tristesse. Une vraie torture." je l'approuve tout à fait.

Le Dissident internationaliste est revenu de Sao Paulo. Mais il n'y était pas pour se rincer l'oeil sur les minijupes et les strings. Accompagné de trois ou quatre autres délégués, il représentait la France dans une conférence organisée par le Partido communista do Brasil et le Parti du Travail brésilien, une sorte de congrès de tous les organes qui dans l'ancienne mouvance communiste se veulent encore anti-impérialiste. A ma grande surprise j'ai appris que mon nom figurait dans la liste de la délégation mais qu'il serait passé à la trappe au dernier moment comme celui d'un ancien leader syndical. En revanche une étudiante que j'ai présentée au Dissident internationaliste l'an dernier y était.

Je fus surpris car je n'ai plus de rapport depuis un an avec le Temps des Cerises ni avec aucun membre de la gauche du PC à part le Dissient, et, comme je passe mon temps à me dire marxien et non marxiste, je m'étonne qu'ils soient prêts à m'inclure dans leurs délégations.

Je m'étonne mais ne m'en plains pas car je leur reconnais deux mérites que n'ont pas les autres mouvements de gauche.

Premièrement ils sont internationalistes c'est à dire qu'ils ne renoncent pas à concevoir une amélioration du monde à partir d'un combat coordonné de forces résistantes sur divers continents (très peu de mouvements dans la gauche française font de même). Deuxièmement leur vision repose sur autre chose que sur des slogans creux comme "un autre monde est possible" ou "démocratie pour les iraniens/les chinois" leitmotiv qui convient à M. Strauss-Kahn et au club de Davos (au passage je dois dire que je trouve risible le texte alambiqué sur l'Iran signé par toute une intelligentsia qui va des crypto-néo-conservateurs français aux anarchistes égocentriques).

Je dois aussi mettre à leur actif un certain réalisme (au contraire de la religiosité de leurs parents sous Thorez ou Marchais), même s'ils conservent parfois quelques rigidités inopportunes. Ils considèrent la bureaucratie comme un mal nécessaire au développement des peuples (à la différence des libertaires dont l'imaginaire envahit la gauche, qui ne veulent même pas comprendre ce qu'est un Etat). Ils ont aussi, souvent, l'intelligence d'intégrer à leur pensée l'histoire concrète des peuples et d'en évaluer sérieusement le potentiel, ce qui les pousse par exemple à vouloir réfléchi (comme Frantz Fanon naguère) au potentiel révolutionnaire de l'Islam ou à ne pas considérer d'emblée  comme vides de contenu les slogans (encore) socialistes du Vietnam ou de la Chine. Un réalisme dans l'approche qui m'intéresse quoiqu'ensuite les conclusions de l'analyse puissent diverger

Je pense donc que les occasions de travailler avec eux ne manqueront pas dans les années qui viennent.

A part cela, je me dis que plutôt que de compter les bibliothèques qui achètent mes livres (Beaubourg vient d'acheter celui sur la Transnistrie), je devrais sortir de la logique de publication de textes courts (qui explique en partie non seulement l'indifférence de beaucoup à mon égard, mais aussi les incompréhensions) et me lancer dans l'écriture d'un livre un peu difficile qui couvrirait plusieurs aspects de la conditions humaine (politique, philosophie, religion, affects divers et variés). Peut-être un livre sur la croyance. La lecture récente de David Stove (si injustement inconnu en France) m'y incite. Encore faudrait-il que cet été me laisse un peu de temps pour ce faire, ce qui n'est pas gagné d'avance. Et puis y aura-t-il un éditeur au bout ? (je ne peux me payer le luxe d'écrire sans débouché éditorial).
Lire la suite

Elections européennes

7 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Je m'étais promis de ne pas commenter le résultat des élections européennes, mais j'en dirai quand même un petit mot.

La leçon principale qu'on peut tirer de ce scrutin partout en Europe, à part le fort taux d'abstention qui manifeste le désintérêt (justifié) de l'électorat pour la construction européenne telle qu'elle existe aujourd'hui, c'est que, malgré la crise du capitalisme financier, les peuples d'Europe font confiance à la droite. Et ceux qui ne se rallient pas à la droite votent plutôt timidement pour les écologistes ("ma santé, mon petit environnement") dont on peut se demander s'ils ont quelque chose à voir avec la gauche. La fausse gauche (les sociaux-démocrates) est à juste titre sanctionnée, sans que la gauche de la gauche en profite réellement. Si le NPA n'avait pas fait cavalier seul (ce qui ne lui a rien rapporté) les anti libéraux en France auraient totalisé sans doute plus de 12 %, ce qui aurait marqué les esprits et distingué notre pays du reste de l'Europe, mais leur incapacité à s'unir à elle seule en dit long sur la faiblesse de cette gauche-là qui n'a au fond pas grand chose à envier à celle de la fausse gauche...

In fine ces élections montrent une fois de plus la fragilité structurelle (souvent évoquée sur ce blog) des idées de gauche en Europe (c'est encore en France qu'elles sont le moins anéanties), à la différence de ce que l'on peut constater ailleurs (en Amérique latine, ou dans le sous-continent indien). Il n'est pas impossible que quelques décennies à venir d'hypnose médiatique et de destruction de l'éducation nationale finissent par couler définitivement les idées progressistes sur notre continent.

Du coup, si l'on peut se réjouir de ce que la poussée des eurocritiques au Royaume-Uni et en Irlande menace directement la ratification du traité de Lisbonne, voire puisse à terme aboutir à un retrait de ces pays de l'UE, on peut se demander si un effondrement de l'UE n'aboutirait pas à une récupération encore plus forte des peuples qui la composent par des courants de droite, et donc à un dangereux retour des nationalismes xénophobes, à l'opposé de patriotisme universaliste (non ce n'était pas un oxymore) dont la gauche se réclamait au 19 ème siècle.
Lire la suite

Front de gauche

31 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

J'ai dit un peu de mal du Front de gauche il y a quelques semaines, il faut que j'en dise un peu de bien avant les élections. Disons pour faire court que cette coalition a des mérites et que, si je jugeais ces élections utiles, c'est sans doute pour ses listes que je voterais. Le Front de gauche est un effet une des rares tendances qui, à mes yeux, s'inscrivent dans la lignée d'une histoire politique cohérente (celle du PCF et de la gauche du PS) tout en manifestant une certaine souplesse idéologique (parfois un peu trop même, mais bon), ce qui l'ouvre à de nécessaires actualisations de l' "agenda politique" (pour employer une expression empruntée aux anglo-saxons).

Quand je vois une liste comme celle des Verts réunir les ouiouistes et les nonistes d'autrefois sans le moindre état d'âme apparent, ou un mouvement comme le Modem s'immerger dans un imaginaire de "révolution orange" purement médiatique en rupture complète avec la tradition démocrate-chrétienne (bourgeoise et atlantiste) dont il est issu (qui plus est au nom d'un européisme béat présenté comme "subversif" alors que c'est par lui que le néo-libéralisme nous est imposé depuis 1984), je ne comprends pas la motivation des électeurs "antisystème" à se précipiter vers ces listes. Et je suis las de toutes ces logiques "stratégiques", cyniques, de "vote utile, selon lesquelles il faut voter Bayrou pour faire barrage à Sarkozy (comme hier Ségolène pour faire barrage à Strauss-Kahn et au même Sakozy). Je ne comprends pas non plus l'intérêt de voter pour le NPA, parti presque aussi piégé par les logiques médiatiques que le Modem et les Verts, et qui, au nom des bénédictions reçues par TF1 et France 2 a cru, depuis déjà le temps de la LCR en 2003, pouvoir se murer dans la surenchère.

Sur le plan de la résistance à l'Occidentalocentrisme et aux ingérences néo-coloniales qui est un de mes chevaux de bataille privilégiés, je trouve certes à redire sur de nombreuses positions du Front de gauche, et sur les votes de ses élus au Parlement européen : le vote de M. Wurtz pour le financement du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, l'enthousiasme des élus PC pour des résolutions contre la Chine et le Myanmar, le "ninisme" du PC pendant la guerre d'Osétie du Sud, certaines déclarations malheureuses de M. Mélenchon sur l'Iran (liées à un laïcisme un peu trop intégriste, qui, dans le même mouvement fait l'apologie du film "La journée de la jupe"), tout cela ne me plait guère. Mais je n'oublie pas par ailleurs que les élus PCF ont voté contre l'indépendance du Kosovo au Parlement européen, que M. Mélenchon a eu des paroles fortes sur le Dalaï Lama, que le PC, malgré parfois une approche un peu larmoyante et paternaliste de la question, reste un parti pro-Palestinien, donc résistant à un rouleau compresseur médiatique sur le sujet, et par ailleurs solidaire des mouvements progressistes en Afrique et en Amérique latine (des positions que je rencontre d'ailleurs souvent sur un mode encore plus clair chez les militants de base du PC et du PG).

Donc, si j'avais jugé utile de voter cette fois (c'est-à-dire si j'avais pensé que l'Union européenne pouvait encore être "refondée" sans une sortie préalable de la France de ses institutions) voilà sans doute pour quelle liste j'aurais voté.
Lire la suite

L'individualisme et la gauche

20 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Les grands esprits se rencontrent. Aujourd'hui je repensais à cette discipline, cette soumission collective des ex-peuples soviétiques (Transnistriens en tête, les Russes de Russie font peut-être exception aujourd'hui, mais parce que notre arrogance les y a forcés), aux abonnés des briefings de l'ambassade d'Ouzbékistan qui reprochaient au Dissident internationaliste et au patron du Samizdat leur turbulence.

Et je trouve sur le blog La lettre volée sous la plume d'Edgar (mais quand Diable prendra-t-il un pseudo plus présentable pour signer des livres ?) une article qui pourfend la dérive bismarckienne de Pierre Rosanvallon (Edgar n'emploie pas ce terme, mais je le trouve assez adéquat pour résumer son propos) et appelle l'extrême-gauche (so to speak) à se faire le chantre de la démocratie formelle face à une droite et un centre-gauche qui la bafouent.

Apparemment cela n'a rien à voir, et pourtant je prétends que si. Dans les deux cas, c'est la question de l'individualisme qui se pose là. Mes petits camarades anciens de l'aile gauche du PC, tout défenseurs du "centralisme démocratique" qu'ils fussent autrefois, et chantres de la souveraineté des Etats-nations et de leurs structures verticales aujourd'hui, sont des rebelles avant tout, c'est-à-dire des gens qui font passer instinctivement l'individualité de leur esprit critique avant les convenances diplomatiques et les rapports d'autorité.

Et Edgar qui demande à l'extrême-gauche de se réconcilier avec la démocratie formelle rejoint l'héritage de la Révolution des Saints, de cette filiation entre individualisme puritain et démocratie anglosaxonne que Michael Waltzer a fort bien identifiée.

L'histoire de l'Occident est faite de cela, c'est une de ses singularités (qu'il partage peut-être avec d'autres cultures, mais sans doute pas si nombreuses). Il la faut assumer, elle fait sa richesse. C'est pourquoi dans un article de la revue Commune de septembre dernier, je m'étais fait l'avocat d'une conciliation intime entre socialismes "autoritaire" et "libertaire".

Toute la difficulté est que l'individualisme fasse de nous des Bertrand Russell et pas des Bernard Kouchner.
Lire la suite

Souvenir des années Mitterrand

9 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Le 1er mai dernier, une chaîne herzienne diffusait un documentaire sur le décès de Pierre Bérégovoy, il y a 16 ans. C'est amusant parce que ce décès n'a laissé pratiquement aucun souvenir dans les esprits, ni aucun regret. Les commentateurs avaient du mal à mettre sur le compte de "Béré" le moindre point positif qui pût "accrocher" l'affection populaire : c'était un ouvrier fier de fréquenter désormais les restaurants du 16 ème arrondissement, d'avoir libéralisé les marchés financiers et défendu le franc fort. La belle affaire ! quelle reconnaissance le "peuple de gauche" que soit disant il aimait peut lui accorder de ce fait ? Quel courage y avait-il dans son petit bonheur personnel à épouser les croyances des riches ? Tout était petit dans les souvenirs évoqués dans ce documentaire, jusqu'à même cette affaire de l'agenda disparu le jour de son suicide - une disparition qui accréditait la thèse de l'assassinat, oui mais voilà, on apprenait juste qu'un proche l'avait substitué pour que son épouse, qui croyait follement en leur amour, n'y décèle point l'adresse d'une embarrassante maîtresse...

Je songeais à cela en tombant sur cette nouvelle aujourd'hui "Tapie dit avoir des soutiens pour s'emparer du Club Med". Car Tapie témoignait, le 1er mai, à la suite du documentaire. Il disait, à propos des derniers jours de "Béré" : "Il n'allait pas bien, j'ai téléphoné à Kouchner pour lui en parler". Tapie, Kouchner, Béré. Cela me faisait vaguement penser au Clan des Siciliens. Et Mitterrand dans le rôle du parrain. Très triste époque que celle-là. Et l'on découvre maintenant que le pouvoir de nuisance de Tapie n'est pas encore tout à fait épuisé, loin s'en faut ! On repense à Mitterrand. Qu'il ait fait entrer tant de jeunes et vieux loups dans les bergeries de la République, tant d'aventuriers, de corsaires. N'y avait-il pas quelque fascination nihiliste dans son amour pour les carnassiers, lui le vieil homme rongé par le cancer ? Comment la France a-t-elle pu vivre dans ce climat malsain ? C'est triste à dire (car j'ai plus d'une fois voté socialiste au second tour, comme les gens de ma famille) mais Chirac représentait presque une bouffée d'air salubre au sortir du mitterrandisme... Il est dommage parfois que la gauche s'accroche au pouvoir. Mieux valent les feux de paille du Front populaire et du Chili d'Allende.

Une partie du mitterrandisme a fini au Front de gauche, une autre partie dans le ségolénisme et l'aubrysme, une autre dans le sarkozysme. Une postérité bigarrée.

En parlant de gauche qui s'accroche, Chavez, lui, tient toujours bon au Venezuela. Mais au moins son action au service des pauvres ne fait aucun doute. Avoir fait de son pays émergeant un pays "libre de toute forme d'analphabétisme" selon les critères de l'UNESCO, cela à soi seul suffit à justifier ses mandats. Mitterrand lui, au profit des plus défavorisés, ne pouvait afficher que des mesurettes - celles de 1981 (les 39 heures, la retraite à 60 ans), rien qui le distinguât sensiblement de ses pairs à la tête des autres pays d'Europe. "Il aura tout sacrifié à l'unification européenne" dit-on. Il y a sacrifié la gauche. Quel intérêt ?

La destruction de la gauche française par Mitterrand et son européolâtrie font qu'aujourd'hui je trouve plus de volonté de rupture avec le libéralisme chez des membres du Modem que chez des socialistes ! quel héritage !

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 > >>