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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #la gauche tag

Le "Front de gauche" ne va pas bien

3 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

J'ai nourri quelque espoir, il y a quelques mois, lors de la formation du Front de gauche. J'appréciais notamment en son sein le MPEP qui osait poser la question incontournable de la sortie de l'UE.

Mais l'évolution de Mélenchon et du PC n'est pas des plus encourageantes en ce moment. Sur l'UE ils font mine de croire à "une autre Europe" alors qu'aucun indice ne plaide dans ce sens (ce genre d'incantation, qui ne se fonde sur aucune stratégie crédible devient à la longue irresponsable et malhonnête car elle détourne les gens de la construction d'un projet alternatif urgent - celui qui passe par la sortie de l'UE). Et Mélenchon qui avait été très bon sur le Tibet et le Kosovo, se répand en insultes contre Ahmadinejad (dont le discours de Genève était pourtant irréprochable), et adopte une position faible face à Israël (à l'heure où même le Département d'Etat américain s'inquiète du fait que le Quai d'Orsay est dominé par les néoconservateurs).


Dans ma région gasconne le PC abandonne les clés de la boutique à un spécialiste de la guerre civile espagnole qui n'a pourtant guère la cote dans l'opinion publique locale et suscite bien des controverses (comme me le disait le Scientifique belge, c'est au moment où le PC renonce le plus clairement à la révolution qu'il commémore la seule époque de son histoire où il était révolutionnaire : 1936 - encore son côté révolutionnaire pendant la guerre d'Espagne est il très contesté par les poumistes et les anars). En Seine-Saint-Denis il s'en remet à des figures montantes pour le moins contestables (mais on avait vu la même chose à Paris avec le phénomène Clémentine Autain). Sur le plan théorique triomphent en son sein des penseurs d'un communisme parfaitement abstrait (Spire, Badiou, Zizek).

On peine à trouver là les signes d'une stratégie lucide et courageuse.

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L'ANC au pouvoir

18 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Il y a quelques jours sur Arte un bon documentaire sur l'histoire de l'ANC en Afrique du Sud. Toujours le spectacle douloureux, intriguant, d'hommes de gauche qui arrivent au pouvoir... et qui ne peuvent pas en disposer à leur guise. Comme ceux de France en 1981, à ceci près que les leaders de l'ANC eux étaient vraiment de gauche : ils avaient appris le socialisme dans la clandestinité, en risquant leur peau, celle de leur famille. Les hommes de gauche n'arrivent jamais vraiment au pouvoir, jamais complètement. Quelque chose leur échappe toujours plus qu'à ceux de la droite. Les pouvoirs financiers, militaires, le conservatisme des gens, la peur, les grandes puissances extérieures. Chavez et Morales en font aussi l'expérience en ce moment.
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Le 3 avril à Strasbourg

4 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Publié sur Bellaciao :

11:38 Interpellations et gardes à vues les derniers chiffres De notre côté : il y a eu 400 interpellations qui ont durée 6 ou 7h. Les manifestants ont été "stocké" dans divers endroits : gymnases, port du Rhin, etc. 
 La plus part des gens ont été relâchés 
 28 personnes en garde à vue confirmées 
 20 personnes sont encore incarcérées en ce moment 
 4 ou 5 personnes ont "choisi" de passer en comparution immédiate 
 Il y a de nombreux témoignages des violences policières et de propos menaçants. 
 Des gens ont été blessé durant les interpellations et emmenés à l'hôpital. Selon une information d'un journaliste de libération à 7h31, la préfecture parle de 300 interpellations et de 105 gardes à vues. Le parquet parle de 60 à 70 gardes à vues. Les informations seront précisées au fur et à mesure...

12:50 controle d'identité Un groupe d'une cinquantaine de Toulousains sont arrivés en train, ont subi un contrôle d'identité renforcé, et se sont finalement fait escorter jusqu'au Molodoï ; dorénavant, ils sont en route pour le camp.

13:05 Le centre du Molodoï est maintenant ouvert 24h/24 Le centre du molodoï est maintenant ouvert 24h/24, avec l'infrastructure normalement prévu.

14:10 (mise a jour 15h48) les chefs d'inculpations vendredi 3 avril 2009

Les chefs d'inculpations retenus contre les inculpés d'hier sont dans le cas général : 
 attroupement armé 
 dégradation volontaire 
 dans certains cas a été retenu le chef d'agression sur personne dépositaire de la fonction publique. En chiffre cela donne : environs 500 interpellations. environs 150 personnes retenues le temps d'une garde à vue dont seulement 108 on été notifié. Il reste actuellement environs 26 personnes en garde à vue.

15:04 Charge policiere

A la station tram Saint Christophe, 2 camions policiers avec des canons à eau ont chargé 80 clowns et des habitants du quariter - jets de lacrymogène. Ils se sont déplacés près du camp des gitans à l'église du Neuhof. La police essaie de les enclercler au niveau de la caserne.

15:39 Manif de clown bloqué

La manifestation des clowns, qui se dirigeait vers la ville a été bloqué à un arrêt de tramway proximité Kibitzenau. Les contrôles d'identité y sont systématiques.

16:14 les clowns retournent au village

16:26 camp des manouches, tout n'est pas fini

L'encerclement des manifestants a toujours lieu aux abords du camp manouche. Il y a une brèche dans le camp manouche pour laisser passer les manifestants. Du reste, les manouches participent aux échauffourées avec les manifestants. D'autre part, les policiers tentent de repousser la population vers la Kibitzenau, direction opposée au Village.

17:27 communiqué de presse de la legal team du 3 avril 2009 : le village est encerclé par un important dispositif policier et militaire

Neuhof, les policiers ont chargé et encerclent le village. Un barrage militaire et policier a été dressé pour empêcher le repli des manifestants vers le village. Il y a entre 6 et 10 véhicules de CRS et deux canons à eau qui se dirigent vers le camps. Ils viennent compléter le dispositif de répression déjà en place (canons à eau, gendarmerie mobile, etc).

18:27 Des enfants mis en danger

Nous rappelons que des enfants sont présents dans le Village et qu'ils sont victimes d'attaques à la bombe lacrymogène et assourdissante au même titre que les adultes.

17:50 Prolongation de garde à vue

Première prolongation de garde à vue d'un manifestant, de 24h.

18:01 interpellation au village

Échauffourée sur la parcelle 1, il y a deux interpellations... La police charge l'entrée du village...

18:04 Temoignage : Etat de siège sur le village !!!

Témoignage de retour du camp : "J'étais sur le village, c'est un truc de fou !! Impossible de rentrer, ni de sortir, les keufs encerclent tous les abords du village, accompagnés de l'armée et de véhicules blindés !!!!! Ils envoient des lacrymos et des bombes assourdissantes ! Des camions de CRS débarquent en masse et risquent de prendre les gens en sandwich !! What happened !!!shit !!!"

18:31 affrontements ouverts entre manifestants et forces de l'ordre

2000 personnes se battent avec les CRS dans le camp : 300 personnes défendent le Village derrière des barricades et 1700 personnes sont positionnées en renfort dans le Village. Certains habitants soutiennent le Village.

18:35 Panique autour du Village

Tous les habitants du Village ET du quartier, sans distinction aucune, sont attaqués massivement par les forces de l'ordre utilisant tout l'arsenal répressif (bombes lacrymogènes, bombes assoudissantes). LES ATTAQUES ONT LIEU CONTRE TOUS LES HABITANTS AUTOUR DU VILLAGE QUE LES PERSONNES SOIENT IMPLIQUÉES ET MOTIVÉES OU NON PAR LA LUTTE ANTI-OTAN.

18:44 des blessés au village

Confirmation par un témoin visuel direct d'au moins six blessés (tête, tibias...).

18:45 barricade en feu

barricade en feu entre la rue de la Ganzau et la rue de la faisanderie. Un blessé au niveau des manifestants évacué. toujours tir soutenu

19.30 encore des refus d'entrer sur le territoire. Vers 19h30, un car de 42 ressortissants suisses a été arrêté à la frontière à Bâle par les douanes françaises. D'après les témoignages recueillis, le car et les bagages auraient été fouillés et les identités contrôlées. Vers 23h30, le refus d'entrer sur le territoire aurait été notifié au motif de "Danger pour la France", sans autre forme d'explication que la découverte de flyers de la Legal Team. La police aux frontières aurait demandé à ces ressortissants Suisses de signer un formulaire stipulant qu'ils renoncaient à essayer de pénétrer à nouveau en France, ce qu'ils ont refusé.

19:46 Premier bilan des affrontement de la journée

La situation semble s'être stabilisé sur le camp. On dénombre au moins 20 blessés.

20:48 blocage du village par les forces de l'ordre

Toute sortie du village par un groupe de plus de 10 personnes est dorénavant interdite et ce jusque demain 11 heures du matin.

21:09 ce que l'on voit le moins Une plainte d'une habitante du centre ville refusée par la police. Parce qu'il n'y a pas que les blessés grave qui compte : " J'habite à proximité du [commerce] . L'accès à ce commerce me fut refusé. Il m'est impossible de faire mes courses ailleurs pour raison de santé et de pouvoir d'achat. La baguette coûte 0.39 € au lieu de 0.80 €. J'ai déjà déposé une demande de badge qui m'a été refusée. Fait pour suivre et valoir ce que de droit [signature]"

20:22 cinquante personnes blessées au village

Cinquantes personnes ont été blessées au village : blessures au niveau des oreilles dûes aux bombes assourdissantes et brûlures occasionnées par des grenades lacrymogènes et fumigènes qui auraient été tirées en tire tendu. Il est bien spécifié dans le mode d'emploi des "retardateurs DPR100" retrouvés sur le terrain, que les tires tendus sont interdits.

00:35 Strasbourg coupé du monde

D'après de nombreux messages concordants, le centre ville de Strasbourg semble coupé du monde. En effet des contrôles systématique ont lieu pour toutes persones entrant ou sortant de Strasbourg. Ceci à lieu bien au dela des zones oranges et rouges, et donc dela des mesures préfectorales.

03:35 Pneus vélos dégonflés

Cette nuit il est impossible d'aller du centre de Strasbourg vers le Village de la Ganzau et vice versa. Au moins 8 personnes ont vu les pneus de leurs vélos dégonflés et les valves arrachées lors d'un contrôle par les occupants de trois voitures de police banalisées à proximité du supermarché ED, puis ces personnes se sont fait refouler vers le village.


autres infos et videos sur http://oclibertaire.free.fr/

Source : http://bellaciao.org/fr/spip.php?article83581

 
"Madame Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur,  Nous sommes extrêmement choqués de la violence qui prévaut lors des interventions musclées de certains agents des forces de l’ordre à l’encontre de quelques-uns de nos collègues, personnels des universités et des organismes de recherche sis sur le territoire de la République.  De nombreux témoignages nous parviennent chaque jour faisant mention d’insultes, de menaces, de coups brutalement portés par des personnels de sécurité qui ne sont pas toujours en uniforme, ne portent pas systématiquement de brassard indiquant à quel corps d’État ou entreprise privée ils appartiennent, ne présentent aucun document attestant de leur profession, ne présentent pas d’ordre d’intervention, ne répondent pas aux questions qui leur sont posées par les personnes qu’ils interpellent et malmènent. Où sommes-nous ? En France, n’est-ce pas ? Qui sommes-nous ? Des enseignants, enseignants-chercheurs, chercheurs, fonctionnaires de la République, étudiants. Il est inconcevable que des personnes pacifiques et non violentes soient traitées de la sorte et nous vous demandons instamment que cessent sur-le-champ ces agissements odieux et ces arrestations sans fondement. Dans l’attente de votre réponse, nous vous transmettons, Madame le Ministre, nos salutations républicaines. "

signé par 58 enseignants et étudiants de Paris X


CRS caillassant les manifestants

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Rivas la rouge, près de Madrid

26 Mars 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Découvert cet après-midi en écoutant France culture (une des rares fois où cette radio dit des choses intéressantes) l'existence en Espagne de Rivas (Rivas Vaciamadrid), une sorte d' "oasis rouge et républicaine" (selon les mots de Gaspar Llamazares) dans une communauté autonome madrilène qui a basculé à droite dans les années 1990. Une ville dirigée par Izquierda unida dont la population est passée de 500 habitants en 1980 à 60 000 aujourd'hui. Une  ville qui vante sa "différence" dans les clips électoraux de sa majorité municipale (cf ci-dessous). Le petit-fils de républicain espagnol que je suis ne pouvait manquer de lui rendre hommage en cette année qui marque les 70 ème anniversaire de la chute de la République espagnole.

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Boboïsme et berlusconisme

25 Mars 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

L'Italie a amené à l'Europe le meilleur et le pire : l'Empire romain, la Renaissance... et  le fascisme.

Il est donc utile de savoir ce qu'il s'y passe.

Je vous ai déjà parlé de mon amie anthropologue à Rome. Appelons-la Francesca... Une fille qui connaît beaucoup de choses sur l'immigration en Italie, la vie des Capverdiens, des Guinéens, des Somaliens. Elle m'en apprend tous les jours sur la "droitisation" des mentalités en Italie, la fermeture à l'égard des cultures du Sud.

Ce matin elle m'explique (en anglais car c'est ainsi que deux peuples latins dialoguent entre eux désormais)

"The real problem now is that with this government (which reflects also on a local level, as Rome has got a fascist mayor Gianni Alemanno) money for integration and intercultural projects are fewer and fewer.

While a ridiculous amount of money is spent to celebrate Italian roots, Italian traditions, Italian identity etc etc

just one example.

In the last ten years the City Council of Rome, traditionally on the left, funded a big initiative, a festival of one week dedicated to schools who elaborated projects about integration and interculture

It was called "Intermundia", and became one of the main features of the intercultural calendar in the capital

last year the council changed its colour and a bloody fascist gained the chair.

And from this year the same festival, in the same days, will be called "Festival of the Schools "Fratelli d'Italia" (Scuole dei Fratelli d'Italia - Scuole di solidarietà) "Fratelli d'Italia" is the title of our national anthem.

The festival will be aimed at valuing the schools which have made projects about national identiy

and traditions.

My friend is Pierluigi Taffon wrote his PhD dissertation on Intermundia.


That festival was inserted in the wider strategy of the left wing Council to create an image of the capital that was inclusive and positive with migrants and other cultures.
The new mayor Gianni Alemanno has a long story of participation to far right activities in the capital especially when he was young and Rome was the centre of daily fights between red and black extremists back in the 70ies and in the first half of the 80ies.


Since he is in charge he was protagonist of some discussed initiatives, first of all the campaing of criminalization of people from Romania, portraited as a people of rapers and criminals after two dreadful episodes of rape in Rome "



Nous avons eu en France des débats dans le sillage de Lasch, Michea et d'autres sur la société de spectacle, les festivités inutiles, l'idéologie bobo Delanoë interculturelle qui dissimulait en réalité une politique de répression à l'égard des immigrés et de mépris pour les intérêts du Tiers-Monde. Mais l'exemple italien montre que, quand cette devanture s'effondre, quand cette fausse gauche bobo perd toutes les élections, quelque  chose de très inquiétant peut s'y substituer... Ne le perdons pas de vue...
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Les socialistes

11 Janvier 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Le Parti socialiste français a refusé de participer aux manifestations de solidarité avec la Palestine hier. Le député socialiste M. Montebourg a justifié cette position de la sorte : "Si nous condamnons fermement l'attitude du gouvernement israélien qui a engagé cette offensive et qui ne semble pas vouloir la faire cesser et retirer ses troupes, nous ne pensons pas que aujourd'hui aller manifester et risquer des débordements, soit la meilleure méthode". Le député socialiste a mis en garde contre "toute forme d'instrumentalisation communautaire" du conflit au Proche-Orient. "Nous ne voulons pas, nous, que la France se mette à se déchirer sur des questions communautaristes ou religieuses", a-t-il dit (Associated Press).

Un des candidats potentiels du Parti socialiste à la présidence de la République, M. Strauss-Kahn, avait, pour sa part, déclaré en 1991 : "Je considère que tout Juif de la diaspora, et donc de France, doit, partout où il peut, apporter son aide à Israël. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est important que les Juifs prennent des responsabilités politiques. En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, à travers l’ensemble de mes actions, j’essaie d’apporter ma modeste pierre à la construction d’Israël ». Déclaration sur « Europe 1 », reprise par le Magazine « La vie en France »,le 11 avril 2002 sous le titre « Trop Proche-Orient » (http://renenaba.blog.fr/2008/10/20/francedominique-strauss-kahn-dans-le-texte-piq-ucirc-re-de-rappel-4900071).
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Rêve nordique

30 Décembre 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Hier, sur une chaîne parlementaire, le patron du Monde interviewait un sociologue "made in sciences po" à propos de la révolte des jeunes grecs. Le "spécialiste" vantait le "modèle des pays nordiques" où le taux de chômage des jeunes est plus faible que sous nos latitudes. La Scandinavie, peu peuplée, et à maints égards bien peu comparable aux pays du bassin méditerranéen, fut toujours citée en exemple par nos élites : aux grandes heures de la socialdémocratie comme, dans les années 1990, quand elle a opté pour le libéralisme. Il n'y a guère que lorsque certaines de ses nations comme la Norvège disent "non" à l'Union européenne qu'elle ne nous intéresse plus.

Pourtant il est aussi des caractéristiques peu connues des pays du grand froid. Il y a peu, le journaliste norvégien Espen Løkeland-Stai, me disait que le quotidien Klassekampen ("Lutte des classes") auquel il collabore, quotidien de gauche, antiimpérialiste, touchait 90 000 lecteurs - ce que confirme une article sur http://homefront.homestead.com/Norway.html. Rapportons cela à la population du pays (4,5 millions d'habitants). C'est comme si le quotidien L'Humanité en France touchait 1 million de lecteurs ! En Norvège aussi un éditeur radical (équivalent du Temps des Cerises) a les moyens de payer des missions à l'autre bout du monde à ses auteurs. Quel éditeur alternatif peut-il se permettre cela en France ?

 

Or c'est bien de cela dont nous aurions besoin ici. En réponse au commentaire argumenté sur ce blog de M. Cheikh Kassé à propos du Zimbabwe (http://delorca.over-blog.com/article-25952493-6.html#anchorComment), je faisais remarquer qu'il faudrait qu'un organe anti-impérialiste indépendant puisse envoyer un journaliste en mission à Harare pour savoir exactement ce qui se passe au Zimbabwe, quelle proportion des propriétaires bénéficiaires de la réforme agraire sont effectivement des gens sans scrupule, quel niveau de corruption exact caractérise le gouvernement de Robert Mugabe et quelle part de la faillite du pays est imputable à l'embargo. Voilà sans doute ce que les Norvégiens peuvent s'offrir. Et pas les Français...

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Tiqqun or not Tiqqun ?

22 Novembre 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Je voulais vous parler de Tikkun (ou Tiqqun), ce groupe d'anarchistes arrêté pour sabotage terroriste contre la SNCF... Parce qu'un ex journaliste de Libération qui était dans ma promo à Sciences po et qui a gardé une fibre de gauche (c'est rare) a attiré mon attention sur cette organisation en disant : "Leur leader a fait son DEA sous la direction de Boltanski" - ainsi donc Boltanski n'était pas seulement un révisionniste droitier comme le croyaient les bourdieusiens, il était aussi un fabriquant de terroristes. Un des membres de ce groupe habite pas loin d'ici. "France 3" est allée enquêter à la librairie anarchiste du coin - celle qui est ouverte un jour par semaine et où des papys boivent du café au milieu des vieux livres. Ils ont dit : "Nous on ne saboterait pas la SNCF, mais on comprend que des jeunes puissent en venir à ça". En fait il est bien peu probable que ces jeunes situationnistes soient coupables des faits qu'on leur reproche. La ficelle "on a trouvé les coupables, ce sont les philosophes gauchos" est trop grosse pour être crédible. En tout cas ça leur fait une belle pub. Même Agamben les défend. Pourtant le responsable du comité de soutien, qui se dit "républicain" et parle de lutte des classes, n'a pas une très belle plume.  Il signe en qualité de "chercheur et journaliste". J'espère que les "terroristes", eux, écrivent mieux. Un journal local ici a interviewé un des types arrêtés : "Je suis papa d'un gamin de 9 mois, je n'ai rien fait. Les policiers ont débarqué, ils ont renversé le lit, m'ont mis nu contre le mur, moi et ma compagne, ils ont vidé les pots de confiture de ma grand mère" (je cite l'interview de mémoire, mais le passage sur le pot de confiture est authentique, je l'ai lu hier soir).

 

Je voulais écrire là-dessus, un vrai beau petit billet, plein de références précises, mais après tout on me dit assez que je suis un intello - on me l'a répété sur un ton agressif cette semaine. Et c'est vrai. Cessons donc de nous focaliser sur les philosophes bourgeois. Combien d'innocents ont été arrêtés, la même semaine que les gars de Tikkun, à Ramallah, à Bagdad ? Qui connaît leur nom ? qui s'intéresse à leurs pots de confiture ? Et combien de gens sont morts de faim à cause du système capitaliste au même moment ? La Bolivie vient d'être déclarée "libre d'analphabétisme" grâce à la méthode cubaine "Moi aussi je peux". Voilà une nouvelle bien plus importante.

 

Une mienne amie moscovite m'écrit que Mme Dmitrienko d'Europa  (un éditeur dont je ne sais rien, peut-être est-ce Europe publishing house) ne renonce pas à me voir publier chez eux un petit livre sur les suites de la guerre du Caucase. C'est me faire trop d'honneur. Un mien camarade qui a travaillé sur le Nicaragua parle lui de créer près de Paris une "Maison du monde" ou quelque chose dans ce goût là, pour promouvoir le monde multipolaire, la diversité, les échanges alternatifs. Un autre, Vladimir, que les lecteurs de mon dernier livre connaissent, veut lancer un "Appel de Bruxelles n°2".  Les idées foisonnent. Il ne manque que le temps, et l'argent pour en faire de bons projets qui touchent vraiment les gens (car la plupart des initiatives restent confinées dans les cercles militants).

 

Au fait : ça n'a rien à voir mais mon roman a enfin trouvé un éditeur. "Chaque pot a son couvercle", comme disent les grand-mères.

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La gauche française après le départ de Mélenchon du PS

7 Novembre 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Qu'un Noir devienne président de la première puissance, et en plus un type apparemment équilibré comme Obama, c'est une bonne nouvelle pour l'humanité. Même si on sait que cette victoire, soutenue par Wallstreet qui l'a financée, contribuera surtout à affaiblir les résistances à l'impérialisme dans le monde (d'ailleurs elle a été voulue pour cela) sans pour autant, vraisemblablement, à court terme, diminuer la dimension prédatrice des Etats-Unis d'Amérique (mais peut-être celle-ci sera-t-elle affaiblie d'elle-même par les problèmes sociaux et économiques que rencontre ce pays). Je n'en dirai pas plus sur ce sujet, beaucoup de bruit ayant été fait ces derniers jours un peu partout. Les enthousiasmes grégaires et totalitaires de notre époque ne sont pas mon fort.

Un autre événement ne fait pas la "une" ce matin : le départ de Mélenchon du PS, et c'est dommage . Alors que "yahoo" titrait sur la défaite de Delanoë face à Royal (au jeu de la Star academy médiatique), c'est par un email dans ma boîte aux lettres que j'apprends que le sénateur et ses amis quittent le parti socialiste... Choix difficile, choix courageux, même si beaucoup d'arguments peuvent conduire à le juger logique. Mélenchon et ses amis, c'est-à-dire une groupe de gens criticables à maints égards mais assez sérieux, qui essaient de penser la notion de "gauche" sur le long terme, sans se laisser emballer par les modes médiatiques. Des "dinosaures" aux yeux de ceux qui croient devoir voler dans le vent libéral (ou social-libéral).

Sans eux, le parti socialiste est bien parti pour devenir une machine idéologiquement inconsistante, une boîte à fric, comme le parti démocrate étatsunien.

Qu'est-ce que les mélenchonistes vont construire ? Et avec qui ? Car, par delà le courage, reste le problème de la stratégie. Il y a un risque que Mélenchon et ses amis finissent marginalisés comme tous ceux qui tentèrent de construire des partis et mouvements hors des partis de la gauche classiques : Juquin après son départ du PC, Chevènement avec son MDC. Quel horizon peut bien s'offrir à Mélenchon ?

Je ne vois pas d'espace politique se dessiner pour lui. Le PC ne se sabordera pas - sauf s'il trouve une garantie de garder ses maires et ses députés, mais comment donc dans un système majoritaire ? Supposons même, par hypothèse, qu'il le fasse (après une scission avec son aile gauche qui tient à le préserver) pour se fondre dans un Die Linke (éventellement même en gardant une sorte d'identité propre comme dans Izquierda Unida en Espagne), il représentera les effectifs militants les plus nombreux - même à supposer que les 20 % de l'aile gauche du PS le rejoignent. Cela pourrait donc n'être qu'un PCbis. A supposer que communistes et socialistes s'y équilibrent, en quoi ce noyau dur peut-il présenter une force attractive face à la surenchère du NPA de Besancenot ? Mélenchon semble miser sur la crise financière pour lui donner des ailes. Mais elle peut aussi profiter avant tout au NPA, c'est à dire à une impasse totale sur le plan politique.

Ainsi, au mieux, si le "Die Linke" de Mélenchon voit le jour, la vie politique sera éclatée entre 5 familles politiques de poids : de droite à gauche le FN, l'UMP et son allié Nouveau centre, le parti social-libéral (PS) et son allié Modem avec ou sans les Verts, le nouveau Die Linke, et le NPA. Mélenchon faisant le constat que plus personne ne l'écoutait au sein du PS se dit peut être qu'en pesant 15 % dans l'électorat avec son propre parti il peut condamner le PS à faire alliance avec lui (et donc à négocier) surtout si le Modem s'effondre. Mais un autre risque pour lui serait que ce soit le PS qui s'effondre au profit du Modem, ce qui vouerait la vie politique française à s'organiser autour d'une alternance Modem/UMP dans laquelle Die Linke ne servirait à rien, même avec 15 %.

L'avenir de ces configurations dépendra évidemment de l'évolution sociologique en profondeur du pays. Notamment des effectifs et de l'état d'esprit de sa fonction publique qui fournit les gros bataillons des syndicats, des associations et des partis de gauche. Elle fut depuis 15 ans le rempart face au néo-libéralisme, mais sa précarisation progressive pourrait aussi entraîner sa "modémisation" sur le plan politique.

Dans tous les cas la partie qui se joue dans la gauche française est une partie bien difficile.

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Le socialisme

17 Octobre 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

La revue Commune, qui m'avait demandé il y a quelques mois un article sur le socialisme vient de le publier (n°51, septembre 2008). C'est un texte dans le prolongement de mon "Programme pour une gauche française décomplexée".

La revue est en vente sur http://www.letempsdescerises.net/noyau/index.php?menu_id=20&type=livre&idLivre=720.

Mon article est ci-dessous :

Le socialisme derechef et de plus fort

 

Le mot faisait l'unanimité il y a trente ans, des libertaires à l’aile gauche des sociaux-démocrates en passant bien sûr par les communistes. Il est aujourd'hui banni : on parle de créer des partis « anticapitalistes », « anti-libéraux » (comme si une définition oppositionnelle pouvait seule fédérer les adhésions). En cause la peur des idées (auxquelles on préfère les personnes, les petites affaires d’égos, la « peoplisation », même dans les milieux de gauche). La peur des rêves aussi. On nous a si souvent appris que le rêve débouche sur un cauchemar…

 

Certaines voix contemporaines pourtant énoncent encore le mot : Wallerstein par exemple[1]. Pour lui trois options s'offrent au monde d'aujourd'hui : le socialisme, le libéralisme ou le conservatisme. Trois possibilités seulement. Comme au XIXe siècle. Au fond, ce siècle fondateur se prolonge. « Socialisme ou barbarie » disait-on dans les années 1950. « Socialisme ou darwinisme social », entend-on aujourd’hui. Pour l’humanité, sur le long terme, c’est toujours la même alternative qui se pose : le socialisme ou la catastrophe.

 

Le mot est nécessaire. L'abandonner signifie que la gauche accepte de n'être qu'une atténuation de l'hégémonie libérale, un correctif à la marge, ou une voix dans le désert, un cri d'indignation, stérile et lâche, qui n'offre pas d'avenir.

 

Au contraire, assumer le mot, c'est vouloir la sortie véritable du libéralisme, et parier sur cette possibilité, croire que le réel peut être vraiment de gauche.

 

Certes, l'éthologie animale nous en apprend plus que nous ne voudrions en savoir sur ces instincts hiérarchiques, inégalitaires, qui taraudent les grands singes (y compris les humains) au plus profond de leurs gènes. Et il n'est plus possible de croire qu'un abîme nous sépare du chimpanzé. Toujours une belle femme se voudra au-dessus du laideron, toujours le jeune homme vigoureux éprouvera quelque joie à comparer son énergie à la vitalité déclinante du vieillard, et, réciproquement, l'homme mûr valorisera sa sagesse face à la naïveté du jouvenceau, l'esprit subtil son habileté face aux pesanteurs d'un cerveau plus lent, le riche son confort face à la détresse du pauvre.

 

L'esprit de compétition est dans l'homme… mais l'instinct de coopération aussi, nous rappelle Chomsky[2]. Le communisme des chasseurs-cueilleurs n'est pas une légende et l'invention de l'agriculture n'a pas voué l'humanité à la loi de l'accumulation des richesses au profit d’un petit nombre sur le dos des masses asservies. Aujourd'hui l'instinct de compétition plonge des peuples entiers, des continents même, dans le pire dénuement, tandis qu'une oligarchie s'enrichit, manipule, censure, et prétend livrer le monde à la guerre permanente. Il faut donc sans hésiter miser sur la solidarité, davantage que sur la concurrence, le faire avec le plus de clarté, et de courage possible, le faire résolument et avec cohérence.

 

Dans cette recherche de cohérence, le socialisme a le mérite de décrire clairement son objet. Son système de valeurs est parfaitement identifiable, parfaitement logique, et il se charge d'une histoire foisonnante qu'il convient d'avoir à l'esprit pour aborder l'avenir. Bien sûr, rien ne se répète jamais à l’identique. Mais il est vain de croire que chaque nouvelle génération s'engendre elle-même, ex nihilo, ou que les progrès technologiques modifient à ce point l’humain que rien dans le passé n'aiderait à comprendre le présent. Au contraire, les combats menés au nom du socialisme, dans leurs échecs comme dans leurs réussites, sont riches d'enseignements, utiles à la définition des luttes contemporaines, et qu'on peut résumer en trois axes majeurs :

 

1°) Il n'y a pas de socialisme sans limitation de la propriété privée.

 

On peut discuter longuement des modalités de cette limitation. Faut-il une complète nationalisation étatique de tous les biens, une collectivisation de ceux-ci par des communautés de base, ou une simple action redistributrice forte qui, tout en laissant à chacun le plaisir égoïste de posséder quelque chose, aboutit tout de même à une égalisation des revenus ?

 

En tout cas il est important de voir que la limitation de l'accumulation privée des biens doit se penser au niveau planétaire. Autrement dit, les peuples du Sud ont, par principe, tous les droits d'obtenir une bonne part de la propriété des peuples du Nord, et pas seulement au titre de la réparation des crimes du colonialisme. « Si vous voulez que l'Amazonie devienne patrimoine commun de l'humanité, alors transformez aussi Wall Street et les grands musées des pays riches en bien commun de tous les hommes sur toute la planète » avait répondu en substance, il y a peu, un ministre brésilien au lobby démocrate étatsunien toujours prompt à internationaliser les biens de Sud sous couvert d'écologie (ce qui n'est qu'une variante de la voracité capitaliste qui, du côté républicain, emprunte d'autres alibis). C’était là une proposition socialiste honorable sur laquelle l'Organisation des Nations Unies ferait sans doute bien de se pencher.

 

Les ressources collectivisées (ou redistribuées via les impôts et les cotisations sociales) sont, dans la tradition socialiste, affectées prioritairement aux besoins des plus pauvres, et aux domaines les plus nécessaires à la dignité humaine : la médecine et l’éducation pour tous (ce fut une constante dans les régimes communistes notamment, et dans les variantes socialdémocrates avant que celles-ci ne soient emportées par la tempête néolibérale). Un monde soumis aux principes socialistes ne gaspillerait en aucun cas des sommes considérables en budget d’armement comme le font les Etats-Unis (les pays socialistes qui ont dû investir dans la guerre l’ont fait la plupart du temps dans une logique défensive, entraînés par d’autres dans la course aux armements) et ne laisserait pas des pays pauvres se ruiner dans des achats d’armements sophistiqués. Bien plus, un phénomène purement capitaliste comme celui du brevetage des médicaments, qui fait mourir des millions de déshérités en Afrique, serait proprement impossible dans un système socialiste.

 

Parce que la socialisation de la propriété est tournée vers des biens non commercialisables, qui touchent à ce qui en l’homme ne se monnaye pas, ses bénéfices ne sont pas chiffrables en termes de Produits national brut (ce pourquoi le niveau de vie réel d’un pays socialiste est toujours sousestimé par les statistiques de la Banque mondiale). De même la restriction du coût économique et social de la pauvreté (les dégâts physiques et psychologiques qu’elle occasionne et leurs répercutions à long terme sur la productivité et le fonctionnement général des sociétés) ne sont pas directement chiffrables (alors que divers méfaits de la société capitaliste peuvent paradoxalement apparaître en positif dans les statistiques de la production).

 

La grande difficulté que pose le système socialiste est le risque de stérilisation complète de l’innovation, et de négligence généralisée que peut induire une trop grande prise en charge des individus. Le risque est particulièrement avéré quand les gestionnaires du système se constituent en une « surclasse » inamovible et inattaquable. Ce problème auquel les expériences du passé ne paraissent guère avoir apporté de solution, semble plaider pour qu’une petite part de propriété privée reste attribuée aux individus (ce qui fut le cas à diverses occasions, même dans des régimes de type soviétique – on songe à la Nouvelle politique économique de Lénine en URSS, ou au maintien d’une petite propriété agricole en Pologne). Il convient aussi de prendre en compte le fait que les progrès technologiques peuvent pallier les effets négatifs des négligences humaines : un pays socialiste aujourd’hui, équipé d’ordinateurs modernes (c’est-à-dire de machine qui travaillent à la place de l’humain, souvent mieux que lui, et qui subsidiairement permettent aussi de mieux contrôler le travail de chacun à partir des postes de direction) n’obtiendrait-il pas des résultats de production bien supérieurs à ce qu’on imagine ? (c’était du reste l’intuition de ceux qui dès le début du XX ème siècle, misaient sur l’apport de productivité des machines pour défendre le « droit à la paresse »). Par ailleurs il ne fait aucun doute qu’un certain pluralisme politique (qui fit défaut dans les régimes de type soviétique, et qui ne passe pas nécessairement par un système de pluralisme des partis, facilement instrumentalisé par les puissances capitalistes[3]), en faisant que l’individu se sente plus reconnu dans l’ensemble social, le conduirait à donner le meilleur de lui-même, et le meilleur de sa force de travail (c’est un point sur lequel nous reviendrons un peu plus loin).

 

L’inconvénient de la sous-productivité que peut impliquer le socialisme, à supposer même qu’il subsiste malgré tous les correctifs que l’on vient de mentionner, doit être cependant mis en balance avec le non-sens existentiel que représente pour une bonne partie de l’humanité l’excès inverse, c’est-à-dire l’hyper-exploitation à laquelle la livre en ce moment le système capitaliste, qui réduit à néant la possibilité même de chercher un sens à la vie de ceux qui en sont victimes (qu’on pense aux ouvriers des « ateliers de la sueur » dans les pays du sud, aux travailleurs migrants dépourvus de tout droit etc). De même le gaspillage (souvent dénoncé dans le système socialiste) qui peut être éventuellement lié au fait que, dans une économie administrée, l’allocation des ressources ne suit pas un équilibre de l’offre et de la demande sanctionné par un prix, est à mettre en balance avec les gâchis encore plus grands qu’impose un système capitaliste travaillé par des tendances oligopolistiques (et tout système capitaliste est voué à cela, sauf présence d’un Etat très puissant, c’est-à-dire d’un Etat socialiste pour le réguler), où le système de fixation des prix est faussé par toutes sortes de mécanismes (dont la spéculation) et où des milliards de dollars partent régulièrement en fumée dans des faillites spectaculaires ou des krach boursiers. L’inconvénient économique de la limitation de la propriété doit surtout être mis en balance avec le danger formidable pour la survie même de l’humanité que constitue aujourd’hui la possibilité technologique de manipuler le vivant (y compris le vivant humain) et qui revient, dans le système libéral, à donner, sans pratiquement aucun contrôle étatique (donc sans contrôle des citoyens) à quelques multinationales le pouvoir sur ce que nous mangeons… demain sur notre capital génétique, sur notre cerveau, bref sur ce que nous serons…

 

Au regard de ces dangers, le choix du socialisme n’apparaît pas comme un choix idéaliste, utopique (un certain romantisme politique lié au fantasme du « grand soir » ayant d’ailleurs naguère à tort obscurci l’intérêt rationnel qu’il y avait à opter pour cette voie), mais un choix de survie rationnel, peut-être même le seul choix qui permette d’éviter à terme l’instauration d’un nouveau type de totalitarisme, que le système libéral porte aujourd’hui en germe.

 

2°) La limitation de la propriété n'est pas tout.

 

C'est la grande leçon de la deuxième moitié du XXe siècle. La collectivisation (forme complète) ou la redistribution (forme atténuée du socialisme) ne traitent que le volet le plus matériel du projet. Reste la dimension symbolique, l'ordre des représentations qui ne suit pas parfaitement celui de l'économie. La collectivisation soviétique n'est pas venue à bout des reliquats paternalistes, machistes, obscurantistes de la société russe, lesquels sont revenus en boomerang avec l'effondrement de l'URSS. De même à Cuba et ailleurs.

 

Mais que peut être le socialisme dans l'ordre du symbolique ?

 

Fouriéristes, « naturiens », freudo-marxistes et autres, en insistant chacun en leur temps sur la liberté sexuelle (un domaine où tout reste à faire, et qu'il faut soigneusement distinguer du consumérisme sexuel, de la marchandisation sexuelle de l'ordre capitaliste contemporain) ont dégagé une piste. Les courants féministes, ou défenseurs des minorités sexuelles (gays, lesbiennes) dans la mouvance socialiste en ont exploré d'autres (sur le versant du renversement de la pulsion phallocratique, combat intéressant à condition toutefois qu'il ne se perde pas dans un anti-naturalisme absurde).

 

Un des grands enjeux de la définition du socialisme contemporain dans le registre symbolique touche aujourd'hui aux multiples interrogations qui travaillent l'humain dans sa relation à son environnement culturel et naturel.

 

Sur la culture tout d’abord, le socialisme doit être un moyen, pour tout un chacun, de penser l’identité collective à laquelle il se rattache. Trop souvent, le socialisme (peut-être à cause de l'héritage la Révolution française) s'est articulé à une définition universelle abstraite de l'humanité qui faisait table rase des singularités ethniques et religieuses (ce qui a permis aux libéraux et conservateurs, chacun à leur manière, d'accaparer ce terrain-là). Il faut faire une histoire socialiste (ce qui implique à maints égards, une histoire non-académique, voire anti-académique) des nations et des religions. Il faut que le socialisme puisse être aussi bien rationaliste athée (ce qui est nécessaire sur le plan épistémique, mais insuffisant aux yeux de beaucoup pour définir une esthétique et une éthique au quotidien) que chrétien, hindouiste, musulmans, bouddhiste, juif, vaudou, taoïste, shintoïste, zoroastrien etc. (ce qui suppose aussi de savoir déceler dans chacune de ces traditions, et dans chaque grand texte fondateur des grandes civilisations son versant socialiste, ou potentiellement complémentaire du socialisme).

 

Le socialisme doit aussi être un principe directeur pour nourrir un certain rapport au milieu naturel, très loin de la folie prédatrice capitaliste. Le socialisme est non seulement le seul fondement possible d'une écologie véritable - car le productivisme, à la source de la destruction de la planète, ne peut-être enrayé sans un fort encadrement collectif de l'entreprise privée - mais encore il peut cristalliser toute une symbiose avec le cadre environnemental. A la différence d’une écologie « bobo » qui, en profondeur, fonde son amour de la nature sur une haine de l’humain (ce qui explique qu’elle s’accommode si bien des inégalités et de l’impérialisme), le socialisme et ses valeurs égalitaires peuvent plus harmonieusement réinscrire notre espèce dans son biotope, dans une harmonie authentique qui n’ait pas le chaos comme arrière-plan.

 

Le socialisme, comme le libéralisme et le conservatisme, peut fonctionner, à sa manière, et pour son propre compte, dans l’ordre symbolique, comme un « fait politique total » (au sens où Marcel Mauss parlait de « fait social total »). C’est-à-dire une matrice complète du rapport à soi, aux autres, au cosmos, qui peut ainsi se définir en rupture avec les hiérarchies et la marchandisation du monde, tout en intégrant les transmissions intergénérationnelles et le patrimoine humain et écologique de notre planète – une intégration qui n’est pas artificielle, mais qui donne à la fois une consistance au projet socialiste, et un sens nouveau à ces héritages qu’il intègre.

 

3°) Le troisième axe de réflexion touche à la conciliation des deux précédents.

 

Comment un système économique fortement socialisé s'articule-t-il à un socialisme des imaginaires ? Faut-il faire du socialisme par en haut ou par en bas ? bureaucratique ou spontanéiste ? dans un seul pays, dans un bloc de pays alliés, dans des communautés dissidentes ou à l'échelle mondiale ?

 

Ces questions qui traversent les combats de la gauche depuis six générations ne peuvent recevoir qu’une réponse historique et pragmatique, au vu des rapports de forces du moment. L'essoufflement du mouvement altermondialiste, l'émergence d'expériences révolutionnaires latino-américaines, ou le rôle de contrepoids à l'hégémonie étatsunienne que jouent des pays comme la Chine, plaident en ce moment pour la défense des Etats pour desserrer l'emprise du capitalisme mondialisé sur les peuples – avec cependant, en parallèle, toute une réflexion à mener sur les procédures de désignation méritocratique, d’élection (ou de désignation par tirage au sort) et de contrôle des leaders politiques, des administrateurs, des juges etc[4]. Mais la promotion du socialisme étatique, dans un seul État ou plusieurs, n'est pas incompatible avec l'encouragement de mouvements sociaux populaires transnationaux, de même qu'une certaine discipline des individus (devant des impératifs comme la Défense nationale, importants à l'heure où Washington menace en permanence le reste du monde) n'exclut pas nécessairement leur spontanéité et leur épanouissement personnel en symbiose avec une société plus juste et plus fraternelle. On renverra sur ce point à ce qu’écrivait Oscar Wilde en 1891 : «La propriété privée a écrasé l'individualisme véritable, et a installé un individualisme qui est faux. Elle a prohibé qu’une part des membres de la communauté soient individuels en les faisant mourir de faim. Elle a prohibé que l'autre partie des membres de la communauté soient individuels en les plaçant sur la mauvaise route, et en les entravant (...) Ce que [le socialisme] vise, c’est un individualisme qui s'exprime par la joie. »[5]. (Et Gide, par la voix de Malraux, transmit un message à consonance très voisine au Ier Congrès des Ecrivains Soviétiques de janvier 1934[6]). Le cadre politique socialiste et la variété des aspirations individuelles se nourrissent nécessairement l’un de l’autre, se structurent l’un l’autre, définissent mutuellement leur sens commun, et ne peuvent exister réellement, profondément, d’une manière significative, que par leur interaction réciproque.

 

Ainsi les contradictions apparentes qui traversent l'idéal socialiste depuis son origine requièrent seulement de tous des efforts d'imagination pour être dépassées. Elles ne sont aucunement, en tout cas, des raisons d'abandonner le concept lui-même. De ce point de vue là tout reste à faire, et dans des conditions qui ne sont pas faciles : car la précarisation des vies humaines dans le monde capitaliste actuel rend difficile, chez les « intellectuels » (pour employer un terme simplificateur) comme chez les autres, la libération des esprits, indispensable à la transformation du geste socialiste en programme de pensée et d’action effectif. Le défi mérite pourtant d’être relevé, avant que nous ne devenions tous de simples machines à produire, exploiter, consommer, détruire et mentir…

 

 

Frédéric Delorca



[1] Immanuel Wallerstein, L'Après-Libéralisme : Essai sur un système-Monde à réinventer, Paris, Ed. La Tour d'Aigues : Éditions de l'Aube, 1999.

[2] Noam Chomsky, De l'espoir en l'avenir : entretiens sur l'anarchisme et le socialisme, Marseille, Agone, 2001.

[3] Un système sans parti ferait peut-être mieux l’affaire.

[4] C’est en ce sens que j'ai défendu l'idée d’une « gauchisation » de l’Etat français – voir Frédéric Delorca, Programme pour une gauche française décomplexée, Pantin, Le Temps des Cerises, 2007.

[5] “Private property has crushed true Individualism, and set up an Individualism that is false. It has debarred one part of the community from being individual by starving them. It has debarred the other part of the community from being individual by putting them on the wrong road, and encumbering them (…) What [socialism] aims at is an Individualism expressing itself through joy.” Oscar Wilde, The soul of man under Socialism, publié dans la Fortnightly Review, février 1891. (C’est nous qui traduisons).

[6] André Malraux, Carnet d'URSS. 1934, Paris, Gallimard – NRF, 2007

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A propos de l'étiquette "socialiste"

3 Octobre 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Les stats de fréquentation de ce blog sont en chute libre. Peut-être parce que le site communiste "chiffon rouge résistance" a interrompu le lien RSS avec lui. Je ne sais pas trop pourquoi du reste. J'appréciais bien son webmestre pourtant qui avait tenu une position correcte face aux différentes guerres américaines depuis 10 ans. Peut-être quelque article récent ne lui a-t-il pas plu ? Il se peut aussi que d'autres sites aient coupé le lien avec celui-ci. Idem avec le blog de l'Atlas alternatif qui, lui aussi, est en chute libre. Mais le fait de ne pas être très lu ne me dérange guère.

En parlant des communistes, je parcourais la semaine dernière l'Humanité dimanche à laquelle est abonnée ma compagne. Je tombe sur cette carte des régimes politiques en Amérique latine (à gauche). Tout de suite une anomalie me saute aux yeux. Regardez bien. Vous ne voyez pas ? Cherchez l'erreur. Voilà, vous avez trouvé : le Pérou est classé parmi les pays de droite, alors que son président et son parti sont membres de l'Internationale socialiste.

Bien sûr, on comprend la source du problème : le Pérou est connu pour ses positions pro-libre-échange, néolibérales, anti-Chavez etc. Mais si l'on s'en tient aux étiquettes, il n'y a pas plus de raison de le classer à droite que le Chili où le parti socialiste, membre de l'Internationale socialiste, gouverne avec le centre, voire au Brésil (où le centre fait aussi partie de la coalition).

J'ai pris ma plume pour écrire ceci à l'Humanité Dimanche :

"Bonjour, Je vous signale qu'il y a une erreur dans la carte que vous publiez dans l'Humanité Dimanche de cette semaine. En effet, le Pérou y est signalé en bleu comme un pays gouverné par la droite. Or s'il est vrai que le parti APRA du président Alan Garcia est connu pour son programme néo-libéral libre-échangiste, il n'en est pas moins pour autant membre de l'Internationale socialiste (cf http://en.wikipedia.org/wiki/American_Popular_Revolutionary_Alliance). Autant que je sache l'Humanité Dimanche a coutume (bien que l'appellation "socialiste" devienne de plus en plus éloignée de la réalité des pratiques) de classer les partis membres de cette Internationale plutôt à gauche, et donc, en application de ce critère, le Pérou devait figurer en rouge sur votre carte, et non en bleu."
 
J'ai reçu une réponse que la Netiquette m'interdit de reproduire.

Je pense qu'ici se révèlent une fois de plus le problème de la classification des politiques, et ce problème important de la définition de la "gauche" qui n'est pas pour rien dans la faiblesse des résistances au système dominant.

FD

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Gauche européenne/gauche du Tiers Monde

22 Août 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Je parlais avec M. Rachid hier - j'ai déjà cité M. Rachid sur http://delorca.over-blog.com/article-18696883.html et sur http://delorca.over-blog.com/article-21371765.html.

Je lui montrais les mémoires de guerre (1936-1939) d'un garde civil républicain espagnol que j'ai terminé de traduire. Bizarrement (car c'est un homme qui a fait  des études) il m'a avoué ne rien connaître à cette guerre. Une réponse étrange à au moins trois titres : 1) cette guerre a joué un rôle très important dans l'histoire de l'Europe au XXème siècle, 2) l'Espagne fut une des puissances tutélaires du pays de M. Rachid, le Maroc, à l'époque de la colonisation, 3) M. Rachid est un homme de gauche, et la guerre d'Espagne est importante pour l'histoire mondiale de la gauche (même un mien ami péruvien me décrivain en 2000 son impact sur l'imaginaire latino-américain).

Ainsi donc la guerre civile espagnole n'a pas touché les imaginaires marocains. Signe de l'existence d'un fossé. Mais le fossé est à double sens : quand le garde civil, de gauche, pacifiste et antimilitariste, parle dans ses mémoires de la guerre de Cuba (1898) et de celle du Rif (dans les années 1920) il ne les aborde pas du point de vue des colonisés. Et je lisais récemment je ne sais plus où un article indiquant que les Républicains espagnols parqués dans les camps français avaient été indignés d'être gardés par des tirailleurs sénégalais, ce qu'ils trouvaient particulièrement humiliant. L'article disait qu'il y avait peut-être dans cette indignation une sorte de racisme soft, et aussi le souvenir de ce que les troupes indigènes (les "Maures") avaient servi dans les armées de droite (franquistes) et s'étaient montrées particulièrement féroces (je crois qu'Orwell dans L'Hommage à la Catalogne reproche à la République espagnole de n'avoir pas joué la carte de l'émancipation des colonies ce qui lui aurait permis de prendre les franquistes en tenaille, lui-même était né en Birmanie et était visionnaire sur ce point).

Manifestement la guerre civile espagnole ne parle pas aux imaginaires maghrébins (et pourtant des guérilleros républicains espagnols se sont battus aux côtés du FLN en Algérie dans les années 1950). Et le Maghreb n'a jamais trop parlé aux imaginaires républicains, sauf sous l'angle des troupes coloniales. Le lien entre les deux injustices infligées par les grandes puissances européennes (la colonisation aux Marocains, l'abandon aux Républicains espagnols), M. Rachid l'a fait spontanément hier soir quand je lui ai dit que les Républicains avaient été désarmés et parqués dans des camps en France : "Ah la France n'a pas fait que du bien" a-t-il conclu, après mon histoire de guerre civile, en songeant sans doute à son pays. Mais on voyait bien que c'était la première fois qu'il créait ce genre de connexion.

Ce n'est pas la première fois que j'observe le fossé entre l'imaginaire de la gauche européenne (française ou autre) et celle du tiers-monde, notamment sur des thèmes qui touchent des enjeux plus récents que  fr. Je vois parmi les militants du PS, du PC, de la LCR, beaucoup d'indifférence face aux aspirations des peuples du Sud à la souveraineté et à la liberté (une indifférence que supplée hélas parfois une forme de misérabilisme de mauvais aloi, et de triste paternalisme, ce qui est encore pire). Un fossé qui tourne à l'incompréhension quand Chavez s'allie au président iranien, ou quand les marxistes palestiniens s'associent au Hamas. Sur les relations avec les peuples du Sud, la gauche européenne (y compris l'extrême gauche) a toujours été, et demeure, plus européenne que de gauche.

FD

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ARAC

5 Juillet 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

J'ai rendu visite avec quelques amis mardi dernier à l'Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC) à Villejuif.

C'est une structure très intéressante fondée par Henri Barbusse après la Première-Guerre mondiale. Ce fut longtemps un syndicat d'anciens combattants attaché au Parti communiste français. Son nom complet aujourd'hui est "Association Républicaine des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, des Combattants pour l’Amitié, la Solidarité, la Mémoire, l’Antifascisme et la Paix." C'est typiquement le genre d'institution dont notre société, et particulièrement, en son sein, le mouvement anti-guerre, ont besoin. Ancrée dans le passé, elle ne se contente pas de défendre les intérêts de ceux des anciens combattants qui en sont membres (j'ignore quelle part des 4 millions cela représente), mais elle défend aussi une mémoire que les forces impérialistes, notamment sous l'impulsion actuelle de Sarkozy, cherchent à réécrire. Ayant moi-même été très attentif au témoignage de mon grand-père, ancien combattant de la guerre civile espagnole, qui d'ailleurs portait celui de son propre père, combattant à Cuba en 1898, je puis dire que ces hommes qui ont été traités comme du bétail (et ils le furent dans tous les pays et dans toutes les guerres) lorsqu'ils ont le courage d'assumer un point de vue critique, pacifiste, de gauche, ont une force considérable pour dénoncer les intérêts financiers qui ont poussé les peuples aux conflits, le cynisme avec lequel l'humanité est instrumentalisée en pareil contexte, et leur voix, à ce titre, est absolument essentielle.

Le passé compte comme socle de compréhension du monde tel qu'il nous est donné. Il est aussi, dans le cas de l'ARAC, une source d'inspiration pour une action sur l'avenir. "Non à la mondialisation capitaliste par les profits et par les armes... Oui à la mondialisation par la paix et par la solidarité des peuples" proclame leur document d'orientation de janvier 2006 (http://www.arac-et-mutuelle.com/Arac/article.php3?id_article=82). Cette action, si j'en ai bien compris la philosophie, passe par une solidarité avec les peuples résistants que la France et ses alliés ont persécutés. Il ne s'agit pas seulement de rendre hommage aux victimes de la folie impériale de nos dirigeants, mais de contribuer à réparer leurs fautes pour construire un avenir planétaire sur de meilleures bases fraternelles. L'initiative que l'ARAC met le plus en avant est le Village de l'Amitié (image à gauche) créé en 1994 en collaboration avec des associations d'anciens combattants d'autres puissances occidentales. Son objectif est d’aider, soutenir et héberger des enfants et des adultes victimes de l’effet du défoliant appelé " l’agent orange " (Dioxine), déversé sur les campagnes et les forêts vietnamiennes par les troupes états-uniennes (la France, elle, avait débuté le processus en balançant du Napalm sur la population indochinoise comme elle l'avait fait aussi en Algérie). Une grosse centaine de personnes (mais le nombre total de victimes qui pourraient prétendre à un traitement s'élève à 700 000 voire 800 000) y sont soignées chaque année. L'ARAC a aussi des projets d'actions de solidarité avec d'autres pays victimes encore aujourd'hui du cynisme planétaire comme la Serbie où l'on entretient, dans l'ignorance complète de l'opinion publique française, les tombes des anciens combattants français morts dans les Balkans entre 1914 et 1918, et Cuba, qui compte un grand nombre de vétérans de guerre qui menèrent un combat illustre en Afrique contre l'apartheid. 

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Discussions sur le socialisme

12 Mai 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

En ces jours fériés où les gens traînent devant leurs écrans d'ordinateurs, je reçois des mails intéressants sur la position Turcs et des Arabes à l'égard de l'impérialisme anglais il y a cent ans, et aussi... sur le socialisme (en partie à cause des discussions sur la "révolution" de mai 68). Notamment nous avons assisté à un débat entre Birino et Jean-Michel Vernochet sur la question de savoir ce qu'est le socialisme, s'il existait un socialisme non marxiste, si l'Allemagne nazie par exemple ou la Suède socialdémocrate étaient ou non des systèmes socialistes, Birino défendant que seule la socialisation complète des moyens de production justifiait l'emploi du terme socialiste : de sorte que, selon lui, même la Chine ne se dit plus "socialiste" mais "sur le chemin du socialisme" à cause des privatisations qu'elle a dû consentir. 



Je me suis permis d'introduire la question suivante (qui n'est pas purement scolastique)dans ce débat :

"-------- Question naïve :"avec un secteur privé", qu'entend-on par là ? Le maintien en Pologne d'un droit de propriété privée dans l'agriculture (et même en URSS avec les lopins de terre individuels), le fait que même dans les systèmes les plus collectivistes (même l'Albanie d'Enver Hodja) on restait propriétaire formellement des biens meubles de son domicile sont-ils des éléments de nature à établir que les systèmes en question n'étaient pas socialistes ? Autrement dit une collectivisation totale des biens est elle possible, et, dans le cas contraire, à partir de quel pourcentage de collectivisation peut-on dire qu'on bascule dans un système socialiste ? On me répondra peut-être qu'il s'agit de collectivisation des "biens de production" et non de consommation, mais jusqu'à quel point les biens de consommation ne peuvent-ils pas se transformer en biens de production : l'individu qu'on considère comme propriétaire de son ordinateur à son domicile, peut ensuite l'utiliser pour produire, commercialiser sa production, faire un petit business clandestin (je pense à Cuba où beaucoup de biens privés mais aussi publics sont utilisés clandestinement pour nourrir un système économique capitaliste informel occulte). Par delà la naïveté de cette question, je veux pointer ici un problème soulevé par Bertrand Russel dans les années 1930, dans son bouquin sur l'histoire des idées au XIX ème siècle. Il reproche aux marxistes de n'avoir pas bien vu qu'un ouvrier ou a fortiori un petit employé sont, sous un certain points de vue, des acteurs sociaux qui ont intérêt à la révolution parce qu'ils sont économiquement exploités, mais aussi, sous un autre point de vue, des acteurs qui ont intérêt à la conservation du système capitaliste en place pour diverses raisons (sécurité personnelle, chances d'ascension sociale des enfants, faits que dans sa propre famille il peut avoir des gens qui sont soldats ou flics). Est-ce que, à l'inverse, dans un système très fortement collectivisé les gens ne gardent pas, d'un certains points de vue, toujours une part de "propriété privée", dans les faits et dans leur imaginaire, de sorte qu'au fond ils restent toujours des capitalistes individualistes en puissance, et que, au fond, les régimes socialistes restent toujours des systèmes sociaux-démocrates ? Si l'on raisonne ainsi, on arrive à la conclusion que le problème n'est pas seulement celui des superstructures idéologiques (et de l'intelligentsia), mais de l'individualisme humain (qui existait même avant la modernité : voir par exemple les travaux de Veyne sur le capitalisme romain, on peut même se demander s'il n'y a pas des germes d'individualisme dans le communisme des chasseurs cueilleurs). A partir de quel seuil de disparition de la propriété privée (et aussi de disparition de l'individualisme) peut-on assurer que le système est "socialiste" ?"

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Clémentine A., Robert M., Bruno G.

25 Mars 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Voilà une semaine post-pascale qui commence sous des augures très divers. Il y a à boire et à manger dans ce qu'on lit.

Tout d'abord je découvre qu'un lecteur qui a cliqué sur mon blog hier avait tapé sur Google "clémentine autain nue". C'est cette recherche qui l'a conduit à mes rivages. Je dois m'excuser auprès de lui. Cher ami, Google vous a induit en erreur. Il n'y a pas de photo de Mme Autain nue sur mon blog. J'en suis désolé pour vous et sans doute pour beaucoup d'autres lecteurs. Mais j'aurais envie d'en savoir plus : pourquoi diable voulez vous voir cette Walkyrie du mouvement féministe nue ? Je crois bien deviner : le goût du paradoxe. Vous songez peut-être que cette dame qui met en avant dans sa biographie le fait qu'elle a été violée, cultive quelque part une forme d'ambiguité qui l'aurait par ailleurs poussée à exposer ses charmes pour des photos coquines. Mais vous poussez trop loin la subtilité. A mon avis cette personne est faite d'une pièce comme on dit, et elle ne fera jamais le contraire de ce qu'elle dit sur un tel sujet.

Autre nouvelle amusante, le secrétaire général de l'officine mainstream Reporters sans frontière Robert Ménard est inculpé par la justice grecque pour offense au symbole olympique. Il a déclaré à propos des douze mois de prison que lui et ses compagnons pourraient encourir : "on ne les fera pas, évidemment"... "évidemment"...

Un ami hier me communiquait des statistiques de consultation d'un petit blog français sans envergure. Le gouvernement états-unien figurait parmi ses lecteurs réguliers. "Big Brother is watching you". Je ne puis effectuer la vérification sur mes blogs : les origines des adresses IP ne sont pas recensées.

Je reçois beaucoup de mails sur ce sous-préfet limogé pour propos anti-sionistes (il a été placé sur un poste d'administrateur civil au ministère de l'intérieur). Il y a un peu trop d'excitation dans cette affaire, car chacun sait que le devoir de réserve est strict pour de nombreux hauts fonctionnaires, spécialement un sous-préfet qui, par délégation du préfet peut avoir à autoriser ou interdire des associations, superviser des élections, prendre diverses mesures relatives à l'ordre public.  Il n'est pas bon qu'un tel rouage de l'Etat fasse connaître en public, sous son vrai nom, ses opinions privées sur les grands sujets de notre temps.Lui-même connaissait ces règles du reste. Quand on sait comment fonctionne le ministère de l'intérieur, il est même étrange qu'il les ait oubliées. Il est sans doute vrai que des opinions plus conformes à l'orientation diplomatique de notre gouvernement lui eussent valu une suspension de fonctions moins rapide. Mais il est bon dans l'absolu qu'un grand commis de l'Etat ne puisse pas en son nom propre. Cela ressemble fort à une tempête dans un verre d'eau. Mais le mécontentement des antisionistes reflète une exaspération plus générale, et légitime, devant la censure implicite qui pèse sur eux dans notre pays. Il est vrai que l'atmosphèredes années 2000 est de plus en plus lourde. Je découvre d'ailleurs à l'occasion de cette nouvelle l'existence d'un Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVA) qui parait constitué sur le modèle du Bureau de vérification de la publicité (c'est à dire une fédération d'organes privés qui peut éventuellement être investie de missions publiques). Ledit bureau dans ses déclarations aux agences de presse ne semble pas hésiter à confondre l'antisionisme et l'antisémitisme, ce qui est un procédé habile et courant de nos jours pour criminaliser par assimilation à l'incitation à la haine raciale ce qui, au départ, est une position politique d'opposition un projet politique - celui du mouvement sioniste (à mon avis l'antisionisme, s'il est parfois antisémite, peut aussi bien être philosémite et judéophile, car on peut tout à fait soutenir que le meilleur service à rendre à la culture juive pour sa survie et sa gloire dans l'humanité de demain est de la dissocier du projet sioniste israélien). Cette institution récente constitue un sujet intéressant pour les sociologues indépendants et courageux qui, je n'en doute pas, dans nos chères universités s'empareront prochainement du sujet comme certains de leurs homologues le firent de l'AIPIAC aux Etats-Unis. L'organigramme de ce Bureau disponible sur son site fait apparaître la présence de professionnels de la sécurité à sa tête, ce qui, je suppose, se justifie par sa vocation à secourir les victimes. Son intervention contre le sous-préfet Guigue est assez insolite car on ne voit guère ce qu'il y eut d'antisémite dans son propos, ni quelles "victimes" il a pu faire en France en manifestant une sympathie pour les victimes palestiniennes. Mais nous savons désormais que les choses se passent ainsi de nos jours. Le climat de notre République n'est plus très bon. Comme dirait un ami, on attend avec impatience que soient restaurés dans leur pleine dimension les mots "liberté, égalité, fraternité".

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