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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #le monde autour de nous tag

Sex and Art, Dirty Diaries

5 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Ayant écrit un roman dont l'héroïne est une star du X, je ne puis m'abstenir de m'intéresser aux évolutions de ce genre cinématographique. Je suis donc allé voir ce soir Dirty Diaries, projet collectif suédois dirigé par Mia Engberg (cf la bande annonce ci dessous).

 

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Je ne comprends pas du tout les critiques sur Internet qui trouvent ces courts-métrages "peu excitants". Faut-il que les gens peinent à aimer le sexe pour réagir de la sorte ! Comme le disent certains commentaires sur le Net, "Skin" est le plus surprenant et le plus excitant : c'est une façon magnifique de filmer le sexe. Mais la scène SM avec la policière et la délinquante n'est pas mal non plus dans le genre, le dessin animé aussi. Bref on est vraiment dans une série d'ambiances originales qui rendent bien hommage au corps.

 

Certains courts métrages dans la veine des performances artistiques contemporaines (à la manière de Masha Sha) laissent plus perplexe. Il y a une forme d'académisme dans la façon de référer la nudité aux plantes, aux fruits, à la nature que je réprouve.

 

Au fait, pour ceux qui vivent dans le Sud et souhaitent participer à une oeuvre esthétique, l'artiste Enna Chaton, que j'ai interviewée il y a peu, cherche à rencontrer les 14 et 15 juillet du côté du Cap d'Agde "des hommes et des femmes pour échanger des points de vues sur le corps, la nudité, la sexualité, leurs images et leurs pratiques aujourd'hui, au quotidien". "Nous souhaitons faire des prises de sons, et peut-être des images" dit-elle sur son blog.

 

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Considérations asiatiques

22 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Un lecteur de Kumagaya, au Japon, a lu ce blog deux fois hier, à 19 h 15 et 20 h 58... quel mot clé l'y a conduit ? Deleuze ? Freud ? Je me souviens qu'une certaine intelligentsia japonaise des années 1990 était imbattable sur la philosophie française. Connaissez-vous L'Ecole de la chair de Mishima ? quel portrait extraordinaire de la jeunesse japonaise occidentalisée (sans être pour autant acculturée) ! C'était la génération des années 60, et cependant on ne peut s'empêcher d'y penser quand on songe à l'occidentalophilie japonaise contemporaine. Etrange pays qui aujourd'hui peut connaître des crises internes pour des affaires de bases miitaires étatsuniennes, et qui, cependant, ne secouera pas avant longtemps le joug washingtonien, en tout cas pas comme le font les Turcs aujourd'hui...

 

En parlant d'affaires asiatiques, avez-vous vu cette manifestation chinoise pour la sécurité à Belleville ? Moi qui m'intéresse au moyen de réinsérer les classes populaires immigrées dans le dispositif démocratique (une réinsertion sans laquelle la démocratie devient une coquille vide), je bute souvent sur ce rapport si différent aux institutions françaises qu'entretiennent Asiatiques et Africains (pour parler vite). Pour tout dire, cette différence est même ce que la droite nous envoie dans les dents pour culpabiliser les Africains. Il y a quelque chose d'attachant dans le "J'aime Belleville" des manifestants, et même dans leur geste de renverser une voiture de police du fait que la maraichaussée a refusé d'arrêter le voleur du sac d'une dame. Ces jeunes gens sont du bois dont on fait les reconstructeurs de l'Etat. Mais encore une fois au prix de combien de divisions et de récupérations ? Jouer la Chine contre l'Afrique à Paris pourrait être un jeu politique utile à nos dirigeants, comme on joue les Arabes laïques contre les Arabes religieux, les Kabyles contre les Arabes, le Slaves contre les Turcs etc. Un ami me faisait remarquer que le drapeau chinois flottait dans cette manifestation et que l'ambassade de Chine devait en contrôler certains aspects. Allez savoir.

 

Je vous parlerai bientôt d'Histoire et trauma de Davoine et Gaudillière, histoire de tempérer mon image antipsychanalytique. A vrai dire, je tempère mon propos à bon compte : le livre décrit des cas cliniques. On peut donc en faire son miel sans adhérer aux dogmes freudiens. Au fait, à propos de Freud, connaissez vous cette histoire de vautour qui inspira au père de la psychanalyse ses spéculations sur l'homosexualité de Léonard de Vinci ? Freud interpréta un rêve d'enfant de Léonard de Vinci sur la base de ce qu'il croyait savoir des vautours. Sauf que le rêve du génie de la Renaissance mettait en scène un milan. Une erreur de traduction du russe vers l'allemand fut à l'origine de la méprise. Freud en fut informé sur le tard, mais n'en tira jamais aucune conclusion pour remettre en cause son hypothèse. Le Livre noir de la psychanalyse fourmille de ce genre d'anecdotes sur la malhonnêteté intellectuelle des grands auteurs (Bettelheim par exemple). Mais soyons justes : ce n'est pas le seul fait de la psychanalyse. C'est tout une tournure de pensée de l'intelligentsia du 20ème siècle. Peut-être un corrélat de la bureaucratisation des universités. Un intellectuel capable de dire "j'ai eu tort" et de réorienter complètement ses théories ça n'existe pas. Ou alors, cela peut lui arriver une fois dans sa vie, comme à ces nombreux disciples du parti communiste tombés de cheval sur le chemin de Damas et convertis au conservatisme le plus agressif. Le grand mea culpa ostentatoire et radical, bien narcissique en somme, fait partie du bagage de tout intellectuel qui se respecte. Pas le sens de l'ajustement pragmatique. Mais je m'égare. Laissons ce sujet pour un autre billet.

 

 

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Performances artistiques, psychanalyse, sécessionnismes et autres créations de l'esprit

19 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

J'assistais hier soir en province à une performance artistique dans un petit théatre. Juste avant il y avait 40 personnes pour la projection vidéo, puis, quand la perfomance commença, nous n'étions plus que sept, aux premières loges si l'on peut dire, puisque le public était assis sur des chaises intallées sur la scène même.

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L'artiste participe à plusieurs festivals comme ça aux quatre coins de l'hexagone. Je l'ai interviewée il y a 3 jours. Une impression de sérieux et de modestie (ce qui est rare dans ce milieu) se dégageait de sa personnalité. J'ai un peu de mal à concevoir qu'on ne puisse travailler à chaque fois que pour six ou sept personnes. Cela me fait penser aux remarques de Paul Veyne sur les inscriptions de la colonne de Trajan à Rome, situées si haut dans l'édifice que personne de toute façon ne pouvait les lire. Bien sûr l'artiste fait des photos, des vidéos, ces images seront diffusées dans d'autres festivals, mais pour combien de personnes à chaque fois ?

 

Je me dis qu'aussi peu de gens connaissent les productions de cette artiste que les miennes (au fait : la bibliothèque de Sciences Po vient d'acheter mon bouquin sur l'Abkhazie - ils ont l'oeil les bougres !), mais que c'est elle qui a raison. Il faut avoir l'esprit d'un artisan dans tout ce que l'on fait.

 

Suivant les goût du temps, mais à contre-temps, j'ai acheté cette semaine le Livre noir de la psychanalyse, plutôt que le bouquin d'Onfray sur Freud. Je ne partage pas certains de ses plaidoyers pour les méthodes comportementalistes, mais le livre est utile. Je recommande notamment la contribution du psychiatre lyonnais Jean Cottraux qui a entre autre le mérite de montrer les effets des modes parisiennes en province (et les bienfaits relatifs du conservatisme de celle-ci à l'égard des délires de la capitale). L'ironie de Cottraux sur l'obséquiosité de Deleuze accueillant Lacan à la gare me touche évidemment. Ce sont les impostures de toute une époque dont il est fait le procès ici.

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Je suis encore frappé par l'arrogance avec laquelle les pontes de la psychanalyse ont répliqué à cet ouvrage, comme s'il s'agissait d'une sorte d'attaque "américaine" contre eux - les philosophes avaient usé du même argument contre le livre de Sokal et Bricmont dans les années 1990. Les ressorts du nationalisme fonctionnent toujours dans l'intelligentsia. Plus profondément, je ne comprends pas que des abus de pouvoir, dûment démystifiées, comme le cléricalisme  de la psychanalyse, ou l'aura de M. Kouchner, ou le système éditorial de Bernard-Henry Lévy, et tant d'autres tristes réalités de notre temps, survivent si facilement aux attaques dont ils font l'objet. Comme si au fond les critique n'avaient pas d'importance. Comme si l'opinion publique tenait à rester sous le joug de tant d'absurdité. On trouve toujours à ceux qui ont abusé de la confiance du monde des circonstances atténuantes et des raison de persister dans leur puissance. N'est-ce pas étrange quand même ? le peu de pouvoir qu'a l'intelligence en ce bas monde...

 

Je ne puis terminer ce billet sans dire un mot d'un reportage d'Arte ce soir sur la Papouasie. Le reportage déplore que l'Indonésie n'aide point les Papous qu'elle a colonisés et soutient leur indépendance. Issu d'une minorité gasconne méprisée, j'ai beaucoup de sympathie pour différents sécessionnismes (notamment celui des Sioux Lakota aux Etats-Unis), mais je suis allergique à l'ingérence du fort dans les affaires du faible. L'Occident étrangle l'Indonésie via le FMI, l'OMC. Comment ses journalistes peuvent-ils en prime soutenir les sécessionnismes en leur sein ? Si la Chine étranglait financièrement la France, accepterions nous qu'en prime un journaliste de Pékin explique que la région de Nice doit faire sécession parce que Paris ne l'aide pas ?

 

Je cite la région de Nice à dessein car elle a fêté cette semaine le 150ème anniversaire de son rattachement à la France. A ce propos un ami anarchiste m'écrit : "Le Comté de Nice a constitué pendant des siècles une confédération de communes librement associées entre-elle ; dont l’économie était essentiellement autosuffisante et localisée.
Malgré les dégradations (bétonnage de nos cotes et de nos montagnes, destruction d’écosystèmes importants); nous disposons encore d’atouts majeurs : Des terres peu polluées, de l’eau, une réserve de biomasse importante et un climat encore propice.Alors ! Pourquoi pas ? Pourquoi ne pas faire valoir notre droit et reprendre nos libertés afin de construire un autre modèle de développement pendant qu’il en est encore temps.Le traité de Turin de 1860 est caduc ( devant l’ONU depuis le 24 Mars 2010) , le Comté de Nice et la Savoie sont en droit de recouvrer leurs libertés confisquées une premiére fois de Septembre 1792 à 1814 puis de 1860 à nos jours."

 

Je vous laisse juges....

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Etat moderne, Etat minable

9 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

L'Etat vend ses berlines, l'Etat vend son immobilier ! C'est l'ancien journaliste d'Europe 1 François Baroin qui orchestre la grande braderie. Normal : l'Etat, il faut que ce soit un truc pourri, un truc minable. Le PDG d'Areva et les actionnaires d'Elf peuvent afficher tous les signes extérieurs de richesse qu'ils veulent. L'Etat, lui, il faut qu'il soit pauvre, très pauvre. Et on peut faire confiance aux courageux enquêteurs du Canard enchaîné qui se réjouirent de la remilitarisation de la Rhénanie en 1936 (pas les mêmes, leurs parents, mais qu'importe, c'est une tradition de l'entreprise), et du bombardement de la Serbie en 1999, pour aller fliquer les derniers ministres bénéficiaires de logements de fonctions (plutôt que d'aller enquêter du côté des milliardaires de Neuilly-Auteuil-Passy)...

 

L'Etat à quoi ça sert ? A s'endetter pour soutenir les banques en faillite, à jouer les VRP pour vendre des avions de combat (comme notre sémillant ambassadeur en Irak), et bien sûr à taper sur les petits délinquants. Juste ça. Ca ne sert même plus à faire du "social" depuis qu'on en charge les collectivités locales (transfert du RSA aux départements, de la prise en charge des élèves l'après-midi aux communes etc.).

 

Au fait, vous avez vu que M. Baroin affiche un titre d' "avocat" sur Wikipedia ? M. de Villepin aussi, lui qui était diplomate. Diplomate, haut fonctionnaire, c'est tellement ringard ! Il vaut tellement mieux se dire avocat, beau parleur, spécialiste des mots creux, magicien des effets de manches, spécialiste de l'endormissement, ni vu ni connu j't'embrouille. Ca fait plus "privé". Surtout qu'on n'ait plus rien à voir avec le vieil Etat-garde-chiourme !

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L'apport du sarkozysme à notre époque

30 Mai 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Beaucoup de sympathisants du Front de Gauche sur Facebook s'inquiètent de l'atonie de l'opinion publique devant la réforme des retraites. Non sans raison. Nous assistons à l'effondrement d'une résistance qui s'était fortement manifestée en France en 1995. Ce que les gouvernements de cohabitation de Baladur et Juppé, ni ceux de M. Chirac après 2002 n'ont pu faire, M. Sarkozy le fait.

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Il démontre ainsi qu'avec un style de présidence assez largement basé sur le "n'importe quoi" (notamment des déclarations à l'emporte pièce qui ne veulent rien dire, comme la dernière sortie du président sur le fait, selon lui, depuis la loi sur la réforme des universités, des profs "du monde entier" afflueraient pour enseigner en France !), on parvient à fatiguer suffisamment les Français, et embrumer leur esprit, pour remettre en cause à peu près toutes les conquêtes sociales. Notez que M. Raffarin avait fait une démonstration comparable en s'asseyant sur les manifs sur les retraites de 2003, mais ce beau succès (du point de vue de la doxa libérale) avait été quelque peu terni par l'échec de M. de Villepin sur le contrat de première embache trois ans plus tard.

 

Il est vrai que la méthode de M. Sarkozy n'est pas la seule cause de la capitulation du mouvement social. Elle fut brillamment secondée par une ambiance générale dans la société de "haine de soi", sur fond de catastrophisme écologiste, d'hypernormativisme hygiéniste (y compris sur l'hygiène mentale) et de culpabilisation de tous, de relativisme généralisé bizarrement renforcé par des grands élans de peur irrationnelle de tout ce qu'on ne veut pas comprendre (la burqa, la Chine, que sais-je encore). La conviction que tout est foutu en Occident est de plus en plus répandue, qu'on ne peu plus sauver nos emplois, ni nos retraites, ni rien du tout. Que le sens de l'histoire a tourné, que le Volksgeist dominant migre vers l'Asie (comme eut dit Hegel, encore un champion de l'irrationnel n'est-ce pas ?). Bref nos années 2010 s'ouvrent sur une grosse fatigue généralisée en France.

 

Cette fatigue se double du caractère de plus en plus illisible de notre environnement social. Qu'il y ait de la pauvreté, nul ne doit en douter, et même il y en a de plus en plus. En même temps nul ne peut nier que la nounou qui garde mon fils et qui est fort mal payée par une association intermédiaire (elle appartient clairement au néo-prolétariat actuel), s'est offert 8 jours de vacances aux Canaries le mois dernier - ce n'était pas la première fois pour elle, et ce n'était pas un cas isolé parmi les gens à faible pouvoir d'achat. Beaucoup de gens apparemment pauvres sont en fait, riches, et en même temps très pauvres quand même car il y aura  toujours une compagnie de téléphone portable, une banque, un plombier, pour leur pomper dans un mois, dans un an, le maximum de fric et les mettre sur la paille.

 

J'ai été un peu triste la semaine dernière à Brosseville quand j'ai reçu le président d'association de rap (un jeune d'origine ouest-africaine). Il me disait sans sourciller ce que de plus en plus de gens admettent sur le ton de l'évidence en banlieue : "Pour fédérer les jeunes, et éviter qu'ils ne partent dans des 'embrouilles', il n'y a que deux options : le rap, ou la religion. Ils n'apprécient pas tous le rap. De plus en plus c'est la religion qu'ils respectent le plus".

 

Ce genre de constat conforte les visions pessimistes du monde social (et la fatigue généralisée à l'heure où la mobilisation devient nécessaire). Encore l'élan religieux des banlieues ne serait-il pas décourageant si c'était un discours à la Chavez, ou la Tariq Ramadan qui devait l'emporter (un discours vaguement socialisant). Mais je crois que même les plus révoltés de nos jeunes aiment trop leur "i-pod" pour investir dans une théologie de la libération !

 

Or l'on a tort de ne pas se mobiliser pour les retraites. Un des rares points positifs du programme de la gauche plurielle (et de Mme Aubry) en 1997 fut la valorisation des loisirs, et la semaine de 35 h. Non qu'il faille mépriser le travail, bien au contraire, mais il le faut circonscrire dans la vie des gens afin qu'il n'en fasse point des esclaves. Ce programme aurait dû être défendu avec plus de conviction par le PS qui aurait dû aussi imaginer les solutions pour que les 35 heures ne soient pas asservies par la logique marchande (qu'on ne gâche pas le temps de loisir devant la TV ou dans les supermarchés à rêver d'un supplément de consommation).

 

Aujourd'hui il faut défendre la retraite à 60 ans, parce que beaucoup de jeunes sont sans emploi, et qu'il y a mieux à faire de sa vieillesse que de s'accrocher à des postes de travail. L'argument démographique (on vit cent ans désormais) ne vaut strictement rien : taxez les revenus financiers et vous pourrez payer les retraites jusqu'à 120 ans s'il le faut.

 

Il existe chez les gens une conviction profonde que les combats ne méritent plus d'être menés. Que si l'on se mobilise, on nous "niquera" d'une autre manière, comme avec le référendum sur la constitution européenne. C'est comme une accoutumance au cynisme.

 

Et ceux qui parient sur une nouvelle crise financière à venir pour faire évoluer les mentalités à mon avis ne font pas le bon calcul. La montée du fascisme dans les années 1930 a hélas montré que les peuples ne sont pas sensibles à une "pédagogie par la crise".

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Métaphysique du dé-racinement

21 Mai 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

798px-Eiffel_Tower_20051010.jpgJe discutais il y a peu avec une jeune aide-soignante ivoiro-malienne qui a été naturalisée française après avoir procréé avec un fonctionnaire français à Paris. Elle habite seule avec sa fille chez son mari dans les beaux quartiers de Paris (le mari s'est installé ailleurs). On peut dire qu'elle participe d'un "envers des beaux quartiers", un peu comme les salons de massage chinois dont je parlais il y a peu. Elle fait partie de cette "face cachée" de l'identité des beaux quartiers. On ne peut pas dire qu'elle rase les murs comme les masseuses chinoises, mais il y a des choses d'elle qu'elle ne peut pas dire, qui n'ont pas droit de cité dans l'Ouest parisien. La première fois qu'on s'est parlé, elle m'a dit qu'elle s'appelait Florence. Puis elle m'a dit qu'elle était musulmane. Après une seconde interrogation, elle m'a confié qu'elle s'appelait Kady-Diatou et que Florence est le prénom qu'elle avait dû choisir dans une liste très restreinte de prénoms vieillots que la mairie de l'Ouest parisien lui avait tendue au moment de sa naturalisation - Florence était le prénom qui lui avait semblé le moins dur de tous. Je lui ai dit spontanément que Khadidja était la femme du Prophète, et ça lui a fait plaisir, un peu comme à cette jeune Kabyle à qui je faisais remarquer la semaine dernère que tel commerçant avait sur le front la marque des pieux musulmans. Dès que je dis des choses comme ça à des musulmans, ils sentent qu'ils peuvent allez au delà dans l'expression de ce qu'ils sont, au delà de la logique d'une liste de huit prénoms français dans laquelle ils doivent choisir le leur. Du coup Khadidjatou m'a confié que son père avait le prénom du Prophète, et qu'elle faisait sa prière tous les matins.

 

Comme souvent chez les migrants, Kady-Diatou ne rentre pas dans une catégorie bien précise. Par exemple elle n'est pas exactement du même univers que les nounous africaines qui vont chercher les gamins blonds des bobos à la sortie des écoles du côté du parc André Citroën. Ayant épousé un Français, elle est encore d'un "autre bord" par rapport à elles.

 

La mère de Kady-Diatou vit à Bamako, une de ses soeurs aux Etats-Unis, une de ses cousines à Mantes la Jolie. La géographie mentale de la vie familiale de cette fille s'étend sur trois continents, un peu comme celle des émigrés serbes que j'interviewais au débit des années 2000. Peut-être encore plus. Il y a beaucoup d'avions dans son imaginaire. Elle va en Afrique tous les deux ans.

 

PAU.jpgC'est amusant, parce que je reçois sur Facebook régulièrement des nouvelles du journal de mon petit terroir d'origine : la République des Pyrénées. Ca raconte toujours les mêmes trucs qu'il y a vingt ans : des histoires de bagnoles qui foncent dans des arbres, de rixes à la sortie des bistrots. On pourrait croire que le Béarn vit encore dans la métaphysique de l'enracinement, comme du temps où nous lisions Heidegger. Et pourtant cette métaphysique n'est plus possible là-bas non plus. Quand je rentre chez mes parents, je ne trouve plus que des rocades, un espace entièrement soumis aux impératifs de la bagnole (c'est à dire du mouvement). Pas un banc, pas une souche d'arbre où l'on puisse s'asseoir au calme.

 

En réalité, enracinement et immobilité sont prohibés. Tout le monde est voué à la mobilité, au dé-racinement. Qui dit dé-racinement dit bricolage. Kady-Diatou bricole dans sa vie avec plusieurs langues, plusieurs cultures, des choses qu'elle peut dire, des choses interdites, des restes de l'éducation stricte de son enfance, des films X qu'elle regarde sur DVD (oui de ça aussi elle m'a un peu parlé), et son tapis de prière qui est peut-être un des rares lieux de ré-enracinement pour elle (quoique cet islam qui renaît est lui aussi le fruit du mouvement et du dé-racinement généralisé). Tout le monde bricole, s'arrange des modes de pensée héréroclites qui permettent de s'adapter à toute la complexité du nouveau monde hors-sol.

 

Tout ce bricolage a quelque chose à voir avec le stoïcisme. Ca aussi il faudra que je le montre un jour.

 

Ceux qui bricolent le moins sont mes anciens camarades de promo des grandes écoles. Ils ont dans leurs listes d'amis sur Facebook les mêmes amis qu'il y a 15 ans. Pas besoin pour eux de se raccrocher à leur famille ou à leur religion. Le monde à leur niveau est encore à peu près le même qu'il y a 15 ans. Il n'y a pas de déracinement pour eux. C'est peut-être pourquoi ils comprennent mal ce qui se passe "en dessous d'eux", dans la face cachée de leurs beaux quartiers, et se croient obligés d'interdire le port du niqab et les salons de massage chinois au nom de leurs principes d'il y a 15 ans, sans voir combien tout cela est décalé par rapport au réel.

 

On parle d'un prochain éclatement de la zone euro en ce moment. Derrière cela se profile le risque d'un éclatement de l'Union européenne. La mobilité des marchés financiers venant à bout d'une structure pourtant très docile à leur égard mais encore trop "enracinée" et trop lourde pour eux : l'UE. Ce serait là le grand événement du 21ème siècle. Ce que les peuples n'ont pu réaliser avec leurs référendums, les marchés le feraient... Quel horizon après cela ? Les élites reconstitueront-elles des mythologies d'enracinement ? Le grand retour de l'histoire mythifiée façon 19ème siècle comme semble l'affectionner François Asselineau (un gaulliste anti-européiste qui veut concurrencer Dupont-Aignan) ?

 

Le déracinement a produit du bricolage chez les dominés. Le réenracinement en engendrerait chez les dominants. Comment reconstitueraient-ils leurs frontières ? Constitueront-ils un kaléidoscope de microcosmes qui reflèteront chacun le macrocosme ainsi que le disaient les auteurs antiques de chaque individu ? Personne parmi ceux qui veulent l'éclatement de l'Europe ne le dit clairement : quels seront les horizons nationaux après cela ? quelle place la France, l'Allemagne, l'Italie hors Union européenne feront-elles aux Kady-Diatou dans leur identité ? Comment est-ce qu'on bricole du ré-enracinement imaginaire avec un monde qui a tant bougé ?

 

Actualisation 2019 : Kady enfant née avec un don de sorcellerie, allait avoir une expérience spirite en décembre 2014.

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Conversation avec Vesna : l'universalisme, la place de la création, les bouquins

9 Mai 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Conversation avec Vesna cet après midi.

 

Elle : "Tu n'as pas peur de te perdre dans tous les engagements dans lesquels tu t'investis ?

Moi : - J'essaie d'être universel.

Elle, ironique : - Tu crois que c'est possible ?"

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Etre universel sans être abstrait. Difficile, très difficile. Je lui racontais combien j'étais resté étranger à la culture abkhaze en décembre dernier, beaucoup plus encore que je ne l'avais été à l'égard de la culture serbe en 1999. Bien sûr on n'a pas besoin d'être en empathie parfaite avec une culture pour dire des choses justes sur ce que vit un pays.

 

Mais le risque d'être trop "à côté" à force d'être "en surplomb", "au dessus", n'est pas mince.

 

L'autre jour, le maire de Brosseville parrainait un show africain. C'est moi qui ai écrit son discours, mais je n'étais pas là pour l'entendre. Une fille d'origine kabyle qui y assistait m'a dit le lendemain : "Les Africains et les gens d'origine africaine ont beaucoup applaudi le passage où tu disais qu'en France ils étaient toujours considérés comme des étrangers, alors que dans leur pays d'origine on les considérait comme des Blancs. Moi aussi j'ai beaucoup aimé ce passage. Je me suis dit : 'Pour une fois qu'un discours de politicien parle de nous'. Moi je suis née en France, je me sens française, mais on me fait souvent comprendre que je ne le suis pas." J'ai trouvé intéressant qu'elle s'englobe dans le même "nous" que les Noirs auxquels la soirée était destinée. En fait je n'ai fait que ressortir cette thématique de la "double absence" sur laquelle Abdelmalek Sayad a beaucoup écrit, un problème si fondamental dans le vécu des "diasporas" comme on dit, et dont m'avait spontanément parlé, à partir de son vécu, un des organisateurs africains de la soirée.

 

La soirée était coparainée par un maire d'une autre ville, qui était absent mais qui s'était fait représenter par son adjoint, un intellectuel communiste que j'aime bien, très engagé sur des combats anti-impérialistes. La jeune Kabyle me disait que son discours était beaucoup moins bon, beaucoup plus convenu, et que le public l'a beaucoup moins apprécié. Ca m'a  surpris. Mais peut-être faut-il voir là justement le problème des engagements trop "abstraits", quand l'universalité de l'intellectuel est trop "universelle" justement, elle ne parle plus à personne, elle ne trouve plus les mots.

 

Pourquoi, moi, ne suis-je pas abstrait sur cette thématique de la "double absence" ? Pourquoi m'obsède-t-elle même ? Parce que je suis moi aussi issu d'une diaspora en tant que Béarnais sur les bords de la Seine ? Ou parce que je suis un intello issu du prolétariat, et donc devenu aussi "atopos" que Zénon de Cittium ?

 

Je ne sais. Vesna aussi, quand je l'avais interviewée, il y a 10 ans (10 ans déjà !) m'avait beaucoup parlé de sa double absence (sans utiliser le terme évidemment), en tant que Française d'origine serbe. Ca m'avait pas mal interpelé à l'époque. Mais elle ne croit pas du tout qu'on puisse devenir universel. Elle, elle reste archi-balkanique, et archi-serbe, notamment dans son regard sur les musulmans du "9-3", dans sa crainte irrationnelle d'être "colonisée" par eux comme les Serbes le furent par les Turcs.

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Moi ça m'agace un peu ce refus de devenir universel, cette revendication de l'enracinement. J'ai trouvé le symétrique dans une association comme Ishtar (dont la librairie est menacée de fermeture en ce moment) qui avait refusé de faire une conférence sur l'Atlas alternatif parce que le chapitre sur les Balkans ne faisait pas l'éloge du nationalisme albanais. Ishtar était prisonnière d'un point de vue pro-musulman qui doit obligatoirement célébrer l'UCK, comme les Serbes sont prisonniers du préjugé orthodoxe à l'égard de l'Islam. Avec cette mystique de l'enracinement on en vient à ce genre d'impasse.  L'an dernier le Dissident internationaliste m'avait aussi fait remarquer un appel à manifester d'associations musulmanes françaises par solidarité avec des Ouïgours musulmans condamnés à mort en Chine. Dans cette répression contre les sécessionnistes, des Chinois hans aussi avaient été condamnés, pour les mêmes chefs d'accusation que ces Ouïgours avec lesquels ils avaient agi de concert, mais l'appel à manifester les oubliait.

 

Entre ces enfermements communautaires, et l'universalisme abstrait de l'adjoint au maire dont le discours ne parle à personne, la voie est toujours difficile à tracer. Mais je la crois possible.

 

Nous parlions de cela avec Vesna, et aussi de ses projets cinématographiques. Après ses premiers pas dans le court métrage, elle cherche un producteur. Elle va ainsi passer du stade de l'autofinancement à celui d'une forme de "salariat" à l'égard d'un système qui lui dictera ses ordres (et qui déjà, avant même qu'elle ait trouvé le moindre financeur, lui "glisse" des conseils, comme celui d'axer son futur film sur la comédie).

 

La progression de Vesna dans la jungle du cinéma me renvoie souvent à ma propre incursion dans celle du monde littéraire. Vesna comme moi fait de la création en dilettante, à côté de son boulot principal. Comme moi, au détour de la quarantaine, elle atteint un stade où le basculement dans du "plus professionnel" devient possible. Elle est à la croisée des chemins. Pour elle, cela dépendra de son aptitude à trouver un producteur dans les trois ans qui viennent. Pour moi, cela dépendra de ma capacité à faire sauter les verrous des gens qui me boycottent. Le Mensuel de gauche par exemple.

 

"On ne nous aide pas beaucoup, disait Vesna. Les Français c'est chacun pour sa pomme, ils ne s'intéressent pas trop aux sujets qu'on met sous leur nez et qui les sortent de leurs problématiques habituelles. Ils sont conformistes, aux ordres de leurs chefs."annakarina.jpg

 

Je ne sais pas trop si c'est ça le problème. En même temps, si Vesna se sent prête à obéir aux commandes d'un système dans lequel elle serait plus institutionnalisée, je ne crois pas que ce soit mon cas. Je serais plutôt embarrassé d'avoir à répondre de ce que je fais devant des milliers de lecteurs actuels ou potentiels. De ce point de vue là, la faible diffusion de mes livres m'arrange plutôt. Surtout je serais gêné d'avoir à tenir une place dans un système aussi mal fichu, biscornu.

 

Voyez la place de Badiou par exemple : un homme qui se sent obligé d'écrire des articles bancals, au style alambiqué comme celui du Monde du 8 mai dernier, tout ça pour attaquer le livre indigent d'un type comme Onfray. C'est quand même dépenser de l'énergie pour rien. Badiou ne fait pas que gaspiller son énergie. Il se diminue lui-même, il se déconsidère, il tire sa propre pensée vers le bas en entrant dans des débats aussi stupides.

 

Je crois vraiment que le système culturel occidental est une grande machine à stériliser les talents, et à tirer les créateurs vers le bas. Voilà pourquoi moins on y est institutionnalisé plus on y gagne. Et il me semble que, bon an mal an, j'aurai quand même pu faire passer plus force créative dans mes petits livres bricolés "aux marges des baronnies", au cours des cinq dernières années, que si j'avais eu une place reconnue dans le débat public. Bien sûr la marginalité épuise aussi, dans un sens, parce que tout ce qu'on y fait paraît terriblement contingent, gratuit, évanescent. Mais au moins il n'y a là rien qui oblige à devenir ce qu'on ne veut pas être.

 

En ce moment, je continue de travailler à mon livre sur le stoïcisme amoureux. Il est écrit. De temps en temps je retouche une page, une autre. Souvent je me dis qu'il faudrait le reprendre de fond en comble. C'est le livre le plus fragile de tous ceux que j'ai écrits. Celui qui se tient à la limite de toutes mes possibilités, et à la limite de la plus grande illégitimité. Parce que c'est un livre qui prétend être le dernier. Et donc un livre qui s'écrit malgré mon acte de foi selon lequel il ne faut plus écrire de livre. Autant dire que c'est un livre que j'écris contre moi-même. Un livre absurde. En plus je sais que je l'impose à mon éditeur qui n'a pas la capacité d'en faire une grande diffusion et finit par me trouver financièrement pesant... Et pourtant je dois faire cet ultime sacrifice pour avoir le sentiment d'avoir réellement TOUT écrit.

 

Hier je découvrais des bizarreries : que mon roman "La Révolution des montagnes" est sur les étagères de la bibliothèque d'Harvard aux USA, que sept bibliothèques universitaires (dont celle de Yale !) ont acheté mon "Incursion en classes lettrées", on se demande bien pourquoi. Dans le chaos de la "grande recomposition" des médias et des réseaux culturels, il se passe toujours des choses étranges. Vesna me racontait qu'elle avait obtenu la projection de son court-métrage sur les bombardements de Belgrade de 1999 à Normale sup grâce à l'aide d'un ancien collaborateur de Védrine (un normalien) rencontré dans une conférence. Anecdotique mais amusant. Aux marges du système, on ne se nourrit que d'anecdotes...

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Les massages postmodernes

7 Mai 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Actualisation 2019 : Le massage dans le taoïsme chinois est identifié comme un moyen d'entrer en contact avec des démons par l'ouverture du troisième oeil. Il avait une fonction assimilable à la sorcellerie en Mésopotamie. De nos jours la plupart des masseuses européennes travaillent en partenariat avec des médiums spirites ou ont elles-mêmes des dons de médiumnité. Il en va de même des masseuses chinoises. Evitez donc ces pratiques qui vous mettent à votre insu en contact avec des forces obscures, et, en outre, encouragent en vous un démon de masturbation qui, sur le long terme, rend votre personnalité plus instable et crée une grave dépendance.

Dans une conversation hier, un type détaillait les rituels d'un salon de massage asiatique situé dans les beaux quartiers de Paris qui, bien qu'il prétende ne rien pratiquer d'érotique, en fait propose un petit "supplément" dans les 5 dernières minutes de massage, moyennant quelques euros de plus. Selon lui, le massage appelait de lui-même la "finition" ce qui ne signifiait nullement que la prestation dût être assimilée à l'activité glauque des sex shops, comme le soutiennent certains articles puritains. "C'est du vrai massage asiatique, soutenait-il. Sauf que comme on est dévêtu, à la fin on demande un peu plus, et ça nous est accordé très facilement". J'ai regardé le site du salon dont il me parlait. Ce site en effet jure ses grands dieux qu'il n'a rien à voir avec la prostitution, et se réclame d'un savoir corporel millénaire.

 

Je trouve bien triste que cette "finition sexuelle" comme disait notre interlocuteur doive se dissimuler sous les apparences d'un refus de l'érotisme. Si elle prolonge si naturellement le soin du corps qui a précédé, pourquoi notre société l'oblige-t-elle à se dénier ? Pourquoi est-ce si choquant dans les quartiers "honorables" d'avouer que les massages chinois revus et corrigés à la sauce "postmoderne" concernent tout le corps sans aucune exclusive ?

 

 

 

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L'armée du régime putschiste tire sur les manifestants en Thaïlande

29 Avril 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

 

"Les manifestants antigouvernementaux thaïlandais demandent à l'Union européenne de dépêcher des observateurs à Bangkok pour prévenir un assaut des forces de sécurité, au lendemain de nouveaux heurts qui ont coûté la vie à un militaire et fait 18 blessés." explique la Propagande officielle française.

 

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Sur Facebook, l'administratrice du groupe "La vérité sur les Chemises rouges et sur la Thaïlande d'Abhisit" écrit aux membres du groupe, sous le titre "Le ciel de la Thaïlande est noir comme un ciel de corbeaux" :

 

"La nuit nous la redoutons chaque nuit, de peur que l'aube soit rouge, rouge du sang des Chemises rouges.


Les appels à la Saint-Barthelémy se font de plus en plus nombreux, les deux premières victimes de la guerre civile sont tombées.


Les Chemises rouges en appellent à l'Europe, au État-Unis afin que les chars de la dictature n'avancent pas... tout est prêt, les médias complices ont commencé à fermer les yeux et renvoient dos à dos le pot de terre des Rouges et le pot de fer des Jaunes...


Je ne sais s'il est encore temps de faire connaitre votre voix, mais je sais qu'elle n'est pas inutile... la mienne peut être interrompue d'une minute à l'autre... dans ce cas oubliez-moi, mais ne laissez pas tomber mon combat pour les Chemises rouges, prenez la relève.


Merci de continuer à diffuser mon appel et me faire savoir si vous êtes prêt à accepter l'administration de ce groupe.
Merci encore
Cordialement"

 

Un sympathisant des Chemises rouges, a été arrêté pour insulte à la monarchie sur Facebook, un crime passible de 15 ans de prison.

Il a été interpelé jeudi à son domicile pour un message posté le mois dernier sur le site de socialisation par internet. Il "a affiché un message inapproprié et porté atteinte à la sécurité nationale en insultant la monarchie sur Facebook le 19 mars" , a indiqué le département des enquêtes spéciales.

La méthode est utilisé par Abhisit pour faire peur et étouffer toute critique. S'exprimer est dangereux en Thaïlande

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Les cheminots ne respectent pas les droits de l'Homme

22 Avril 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Le secrétaire d'Etat M. Estrosi a dit tout haut, ce que le système bourgeois pense plus ou moins bas à propos des agents de la SNCF (qu'il comparait à des agents qui auraient fait la grève du déblaiement après le tremblement de terre d'Haïti, parce qu'ils ont refusé de reprendre le travail malgré l'irruption d'un volcan en Islande):

 

"Il y en a qui (...) alors qu'il y avait une situation exceptionnelle, un phénomène naturel, et qu'il y avait un devoir de solidarité, la nécessité de respecter les droits de l'homme tout simplement, ont continué à avoir un comportement de repli sur eux-mêmes".

 

Il y a dans cette phrase une vieille antienne bourgeoise du 19ème siècle : les mouvements de masse méprisent les valeurs individuelles de la déclaration des droits de l'homme, le droit de chacun à la propriété, à la sûreté, la liberté d'aller et venir.

 

Et puis, il y a une autre couche dans cette phrase, plus contemporaine, plus apocalyptique : la notion de crime contre notre espèce. Voyez, ces gens ne sont pas des philanthropes (à la différence des rois héllenistiques). Le monde est à feu et à sang, il y a des volcans partout, des tremblements de terre, presque des cadavres dans les rues, et ces messieurs de la SNCF ne sont pas "solidaires", ils laissent ces pauvres (petits bourgeois) vacanciers au milieu du chaos volcanique pour défendre leur petit droit corporatiste à... (leur droit à quoi au fait, on ne sait même plus pour quoi les agents de la SNCF faisaient grève).

 

Evidemment l'argument du secrétaire d'Etat est ridicule. Mais je me demande si 20 ans d'apocalyptisme compassionnel dans les représentations médiatiques ne finissent pas par le rendre crédible aux yeux de beaucoup de gens.

 

Tout cela prêterait à sourire sur la bêtise de notre époque, s'il ne se profilait pas derrière ces propos ridicules de M. Estrosi une affaire plus grave : le démantèlement progressif d'un service public français qui depuis 1945 avait accompli des merveilles. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Derrière la volonté de briser la caste des cheminots et leur "culture de la grève", il y a le souci de pouvoir enfin "faire ce qu'on veut" avec la SNCF : la soumettre toujours plus à des logiques commerciales, investir moins dans ses infrastructures, pour ne pas trop peiner ses futurs actionnaires, faire du business sur son dos et sur celui de ses passagers (pardon ! de ses "clients" !). Que nos services publics ne soient plus que des "utilities" comme disent les Anglo-saxons, sur lesquelles on se fera du pognon.

 

Voulez-vous que je vous raconte la triste histoire de la jolie gare Saint Lazare au bord de l'implosion ?

 

 

Dans la même logique une postière hier, apparemment très motivée, fraîchement formée par les écoles du Parti (le Parti du fric), me montrait, sourire aux lèvres son nouveau bureau de poste, sans guichets, au milieu duquel trônaient les "produits" (enveloppes pré-affranchies, cartons à colis) très chers que nous sommes instamment incités à regarder (et acheter) avant d'aller poster nos lettres. Tout pour les produits ! Tout pour le profit ! Ca c'est solidaire et respectueux des droits de l'homme !

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Chavez, manifs parisiennes, le Che

16 Avril 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Parmi les petites vidéos intéressantes sur Internet en ce moment : le président Chavez expliquant le socialisme aux chefs d'entreprises de son pays :

 

 

Les bricolages conceptuels de Chavez m'amusent toujours : "Le socialisme est scientifique, nous allos donc devenir des scientiiques pour le définir ensemble". N'empêche que quand il parle de la spéculation sur le logement, il dit quelque chose de vrai, et qui raisonne aux oreilles de tous ici en France aussi. Savez vous combien de demandes de logements ne sont pas satisfaites en ce moment dans ma ville de la banlieue nord de Paris ? 800. "L'ascenseur social s'est arrêté à l'étage du logement" comme disait l'autre. Qui va réquisitionner les véritables quartiers privés qui existent dans le 16ème arrondissement de Paris et à Neuilly ou les bureaux vides des grosses boites ? Qui a un programme pour cela ? Europe écologie ?

 

A part ça, ils exultaient les pro-palestine de Paris ces derniers jours :


"A l`instant même où l’inauguration (esplanade Ben Gourion) se déroulait, un drapeau palestinien a été déroulé tout en hauteur de l`Arc de Triomphe! Des journalistes racontent combien c`était beau et impressionnant. Dans le même temps, un autre groupe fonçait vers le lieu de l`inauguration, via un bateau mouche dans la Seine! Énorme moment de panique pour ces messieurs-dames, et pour la police. D`après des journalistes, les policiers avaient sécurisé la tour Eiffel et ‘avaient pas du tout pensé à l`Arc de Triomphe, encore moins à la Seine! La correspondante de Yediot Ahronot, ultra vexée, disait à ses collègues qu’il ne manquerait à ces protestataires que de descendre du ciel!"

 

 

Mais que les amoureux de l'ordre et du colonialisme se rassurent, notre bien aimé ministre M. Hortefeux a la situation en main. Selon des informations qui circulent sur les réseaux sociaux en ce moment même 15 manifestants sont retenus au commissariat (Service Accueil et Recherche Investigations Judiciaires - SARJJ) et 41 sont retenus au commissariat du XIème arrondissement...

 

Parmi les petites friandises que je trouve sur Facebook, il y a aussi cette interview en français du Che. Comme vous le noterez il n'y avait pas de triomphalisme excessif dans ses propos. Beaucoup de réalisme au contraire.

 

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L'état de la gauche, Lady Gaga, Nabe, Lord Gaza

15 Avril 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Mon journal de 1991 (les cahiers de 1991 de ce journal que je n'ai jamais cessé d'écrire) fourmille d'anecdotes que j'ai complètement oubliées et découvre en le scannant. A la date du mardi 17 décembre 1991, je lis : "Sciences Po est en ébullition - si l'on peut dire - en faveur de la Croatie. Stipe, un croate de l'IEP, annonce qu'il ira se battre sur le front (mais Labonne m'a fait savoir qu'en fait sa décision est annulée provisoirement...). Le journal de l'IEP se mobilise et une grande affiche - une belle et immense photo de Dubrovnik - envahit la Péniche".

 

Comme j'étais patient, à l'époque, à l'égard de toute cette propagande !

 

Ce matin j'étais au siège des élus communistes et apparentés du conseil général, avec la mairesse de Brosseville. Ce groupe a toujours bien du mal à exister face aux socialistes. (...). J'ai l'impression qu'une image de rigidité s'y attache irrémédiablement. Idem pour le NPA. Vous avez dû voir que Raoul Marc Jennar (ex contributeur de l'Atlas alternatif) le quitte plein de dépit et le fait savoir.

 

Comme les gens n'aiment que ce qui marche, tout ce que la gauche compte de contestataire se dit écolo. Et l'on ne sait plus très bien si l'on combat le capitalisme dans l'intérêt de l'être humain ou dans celui des espèces animales ou végétales que nous avons honte d'avoir surclassées.

 

En tout cas à Brosseville on voyait de jolis lapins de garenne dans les clairières cet après-midi.

 

J'ai créé un groupe de discussion sur Facebook autour du Programme pour une gauche française décomplexée.

 

Un Internaute oisif m'écrivait hier (un non conformiste de Mérignac, d'après sa fiche) :

 

"Je suis membre de ce groupe et me pose une question importante pour moi aujourd'hui. Vous proposez de lire le livre exposant ce programme. Personnellement mes moyens financiers ne me permettent pas d'acheter un livre, celui-ci ou un autre. Ce que j'ai pu connaître de ce programme est la proposition de quitter l'U.E.. J'ai observé que vous citez sur la page de ce blog où j'ai lu votre article, un autre article sur le RPF qui propose la même chose. Tout ceci me trouble. Le mélange Gauche et RPF, la nécessité d'acheter un livre, une argumentation courte prenant comme exemple illustratif le Vénézuéla de Chavez... Parler économie de cette manière ne me dérange pas, il s'agit de débat. Ne pas parler de sécurité, de guerre possible me semble léger. Bref, je souhaite connaître l'intégralité du programme avant de m'engager plus avant."

 

Je l'ai rassuré en lui disant qu'en effet le livre aborde le problème de la sécurité et de la guerre.

 

Le groupe compte 194 membres, ce qui est mieux que rien. Une partisane d'un revenu garanti à vie, et une correspondante progressiste thaïlandaises se sont lancées dans les discussions. Mais comme souvent cela reste très timide. Personne n'a envie de réfléchir sérieusement à la politique. Le 18 septembre 2009 Lady Gaga disait à Eric Zemmour qu'elle n'avait pas à faire passer des messages politiques dans ses chansons vu qu'elle n'était pas une politicienne. Bientôt tous les Français, à l'image des Américains, diront qu'ils n'ont rien à penser sur le plan politique, puisque c'est le métier et la tâche exclusive des hommes politiques. Nous aurons ainsi notre démocratie minimale à l'américaine.

 

 

Pourtant j'aime bien Lady Gaga, elle a une bonne tête et elle n'est pas sotte. Sa musique est catastropique, mais elle fait du très bon travail scénique. Les femmes artistes comme elle ou Erykah Badu n'ont pas grand chose à dire en politique (encore d'Erykah Badu, elle, au moins, a de idées sur le racisme et sur la Palestine) mais elles arrivent encore à faire passer un petit message de révolte, même si c'est une révolte du désir et des viscères plus que de la tête. Je n'ai pas le sentiment que les hommes, en tout cas les hommes blancs, "sociologiquement" aiet encore la force de faire passer la moindre conviction quand ils font de l'expression artistique.

 

Ah si, il y a un type blanc qui croit encore en ce qu'il dit : c'est Nabe. L'avez vous vu descendre le Magazine littéraire chez Taddei ? Du grand style...

 

Je pourrais en dire autant que lui du magazine Philosophie qui ce mois-ci flattait "l'érudition" de BH Lévy (on rêve !). Là où je me différencie de Nabe, c'est que je n'irais pas comme lui vanter la vitalité des jeunes de 25 ans contre la sagesse usée et la trahison des quadras et quinquas. Il y a toujours quelque obscénité dans la démagogie des hommes murs qui  vantent leurs cadets. Je les soupçonne toujours d'espérer une fellation en retour. Or il est très vilain de mentir pour une fellation, surtout quand on prétend être un intellectuel car les intellectuels ont la très lourde tâche en ce monde (lourde et dérisoire aujourd'hui, c'est la raison pour laquelle on se moque d'eux aujourd'hui) de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.
Une fac de province vient de m'accepter comme chercheur associé à son labo de sociologie au titre de mes travaux en anthropologie du corps. Voilà un petit rattachement institutionnel qui me donnera l'impression d'être encore un peu un intellectuel au retour de mes journées à Brosseville.
Ah oui, encore un mot, à propos d'intellectuels et de liberté. Il y a aussi des gens ordinaires, beaucoup, qui se nourrissent de vérité. En voici un : il revenait de Gaza.
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Moi et les médias

2 Avril 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Pour le jeune homme qui, à la suite de ma remarque sur Mélenchon, me reproche de ne pas avoir compris la nocivité des médias pour notre monde. Je rappelle quelques faits.

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1) Depuis 1999 j'organise des médias alternatifs sur Internet

2) En 2006 j'ai dirigé un livre "Atlas alternatif" explicitement orienté contre les versions officielles des médias

3) En 2007 j'ai publié "Programme pour une gauche française décomplexée" dans lequel je prône la nationalisation des grands médias

4) En 2008 j'ai raconté dans "10 ans sur la planète résistante" ma guerre contre les grands médias en 1999-2000 et dans les années qui ont suivi, et comment Régis Debray m'avait proposé de faire un livre contre lesdits médias

10-ans-petit.jpg5) J'ai écrit dans le Cahier de L'Herne Chomsky sur Chomsky et Bourdieu qui ne sont pas des grands amis des médias

6) Tous mes livres prennent à rebrousse-poil les versions de nos médias les plus sérieux (y compris sur la Transnistrie ou l'Abkhazie)

7) Je suis tellement honni par les grands médias qu'un type qui a prétendu être contre eux comme Bricmont dissimule de sa bibliographie mon Atlas alternatif qu'il a pourtant préfacé (cas unique d'un préfacier qui renie le livre qu'il a préfacé pour garder ses entrées à la TV).

 

Mais en ce qui me concerne je n'aurais pas dénigré les médias sur les conditions de travail des prostituées.... Ca c'est sûr.

 

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M. De Charette, Israël et M. Delanoë

2 Avril 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Un mot envoyé par M.Aïn au Conseil de Paris
"Mesdames et Messieurs les Conseillers,
 
Lors d'une question au gouvernement le 24 Mars 2010, M. De Charette a indiqué que (je le cite) :
 
"Le gouvernement israélien décide de construire 1600 nouveaux logements dans la partie arabe de Jérusalem qu’Israël occupe depuis 40 ans sans aucun droit. Que fait l’Europe ? Rien.
La malheureuse population de Gaza est enfermée dans une vaste prison à ciel ouvert où des milliers de famille sont livrées à la misère au milieu des ruines laissées par la guerre déclenchée par l’armée israélienne. Que fait l’Europe ? Rien.
La colonisation se poursuit inlassablement en Cisjordanie. Que dit l’Europe ? Rien.

Des milliers de palestiniens sont détenus dans les prisons et les camps israéliens sans jugement et sans droits. Que dit l’Europe ? Rien et toujours rien."

 

Qu'a répondu le Ministre des Affaires Etrangères Bernard Kouchner: que malheureusement le tableau dressé par M. le député H. de Charette était exact!!

 

Et que fait la Mairie de Paris à votre avis?

  • Elle décide de donner le nom de Ben Gourion à une esplanade!
  • Elle propose d'inaugurer l'esplanade avec M. Shimon Peres le 13 Avril 2010 !!
  • Elle fait la sourde oreille à la rumeur qui monte!!!

Toutes nos félicitations. Nous sommes fiers de vous. Vous resterez sans aucun doute dans l'Histoire.

Philippe AÏN "

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Diversité, religiosité et péché de laïcardise

30 Mars 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

A Brosseville des gens de couleur viennent me voir, pour monter des associations. Toutes leurs assoces ont pour but la "promotion de la diversité", le "dialogue interculturel" etc. Ce sont des gens qui veulent "positiver le négatif", qui veulent transformer la boue d'un mal être quotidien en or. Hier une dame antillaise me dit dans un même souffle : "Je veux monter une association multiculturelle, multiactivité. Les gens sont trop braqués sur le passé, les Français contre les Allemands, les Noirs contre les Blancs à cause de l'esclavage, des histoires de nos grands parents. Au supermarché la semaine dernière un caisse ouvre, j'y vais la première. Un monsieur qui faisait la queue à l'autre caisse m'uinsulte : 'y en a que pour eux, ils viennent manger le pain des Français', je lui ai dit : 'monsieur si vous étiez à l'hôpital et vous aviez besoin d'une transfusion sanguine vous ne voys demanderiez pas si le sang qu'on vous propose est celui d'un blanc ou d'un noir". Voilà, c'est dans l'esprit de ce que j'entends tous les jours : mélange confus de volonté de dépasser les ressentiments historiques, dépasser le racisme, communier dans un idéal d'arc-en-ciel. Par moments cet idéal se mêle à l'égalitarisme. Je me souviendrai toujours de cette phrase d'une élue d'origine algérienne : "La semaine dernière c'était une vraie fête du dialogue interculturel où il y avait des Français et des Maghrébins. J'étais assise à table à côté d'un PDG sans savoir quelles étaient ses fonctions. L'interculturel c'est aussi ça".
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Ce matin, une employée du service me parlait d'une "Mère Teresa" de Brosseville (ce sont les propres termes qu'elle a utilisés), qui ne jure que par Dieu et qui fait don de sa personne dans les quartiers les plus déshérités de la ville. "Même les plus paumés des jeunes qui ne respecteront pas un policier armés la respectent elle, et même la craignent" m'a-t-elle dit. J'ai repensé à cette correspondante qui après une vie hautement gâchée dans tous les sens du terme ne parle que d'énergies cosmique, de Foi et de Rédemption.

Il est évident que la laïcardise est un luxe que tout le monde ne peut pas s'offrir. M. Mélenchon devrait aussi réfléchir à ça...

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