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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #lectures tag

Les rois catholiques britanniques, le macronisme pour les riches, et Sinjar évacuée

17 Octobre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Christianisme, #Lectures, #Le quotidien, #Aide aux femmes yezidies, #La gauche

La lecture des pages d'une biographie de Bossuet sur l'éloge funèbre qu'il prononça pour Henriette de France, dernière fille d'Henri IV et veuve du roi Charles I° me fait méditer une fois de plus sur les échecs de la monarchie française à remettre les catholiques au pouvoir à Londres et la portée politique de cette affaire. C'est un thème qui me poursuit depuis la lecture du récit de la mort de délicieuse Marie Stuart par Brantôme et son enjeu géopolitique fut considérable pour la France. J'ajouterais d'ailleurs que, sans cette affaire, la franc-maçonnerie écossaise n'eût point été récupérée par les protestants anglais et donc notre maçonnerie française actuelle ne serait peut-être pas majoritairement athée mais catholique... Avec des "si"...

L'éloge de Bossuet à la basilique Saint-Denis est à rapprocher du récit d'une George Sand défaillant devant le catafalque de Louis XVIII.

Entendu dans une vidéo sur You Tube le propos d'un sympathique prédicateur évangélique Lance Wallnau qui soutient Trump "le nouveau Cyrus" portant un tout autre regard sur Marie Stuart que Brantôme. Lui préférait le protestant Knox qui fut la bête noire de la délicate princesse...

Mais je bavasse, je bavasse, et, en me perdant dans ces considérations historiques, j'omets de vous parler de l'actualité. Il faudrait dire un mot du lamentable échec de France Insoumise à mobiliser contre les ordonnances modifiant le travail et du budget au profit des plus riches que nous concocte Macron. J'en parlais ce matin aux aurores avec une sympathique ouvrière "voltigeuse" qui monte des scènes de spectacle à dix mètres au dessus du sol et m'a pris en covoiturage jusqu'à Paris. Elle me parlait des luttes syndicales dans sa boîte. Rude affaire.

Ce soir, ordre des misères oblige, je pense plutôt aux plus démunis comme les Yézidis, qui sont bien plus misérables que les ouvriers français, eux qui ont tout perdu en quelques semaines alors qu'il y a 5 ans ils avaient encore leurs petits appartements avec télévisions, leurs accès à l'université, et les membres de leurs familles vivants. L'indépendance autoproclamée du Kurdistan irakien a bloqué les possibilité de transferts de fonds vers Irbil via Western Union. Une fois de plus les plus pauvres paient le prix des bras de fer politiques.

Un espoir pour les yézidis tout de même. Les peshmergas kurdes viennent d'évacuer leur ville sainte de Sinjar-Shingal à la demande de l'Irak.C'en est fini de l'odieuse récupération de leur tragédie par Barzani après l'ignoble abandon de 2014, et surtout ils ont l'espoir qu'il n'y aura plus de checkpoints pour les empêcher d'aller reconstruire leurs maisons. L'espoir fait vivre, et quand on a tout perdu tout est bon à prendre.

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Entre le quelque chose et le rien, les "Nations obscures" de Vijay Prashad, la sociologie, les nuances

9 Octobre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi, #Lectures

Je ne suis pas "quelque chose" dans la mesure où je ne suis pas un prof à la fac ni un militant encarté dans une association ou un parti, ni même un blogueur célèbre. Donc à ce titre, je ne suis pas enfermé dans des routines de pensée, j'ai pu m'ouvrir à des tas d'horizons nouveaux au risque de devoir remettre en cause pas mal de mes écrits passés (par exemple quand j'ai dû abandonner l'athéisme) sans avoir de comptes à rendre à personne.

Et je ne suis pas "rien" non plus, parce que, même si mon blog a peu de lecteurs, il ne descend jamais en dessous d'un certain seuil de lectorat depuis dix ans, il m'arrive encore d'avoir le témoignage de quelques personnes intéressantes que mes écrits influencent, et même des surprises me tombent parfois dessus comme lorsque l'association ICD ou BBC Afrique se sont mises à m'interviewer. Ca ne suffit pas à faire de moi "quelque chose" au sens exposé plus haut, mais ça m'empêche de devenir "rien" c'est à dire de me retrouver complètement découragé et sans inspiration.

Comme mes stratégies des années 2000 pour devenir quelque chose (au service de mes idées), et mes tentations de n'être rien dans les années 2010 (au service de mon nihilisme) ont échoué, j'ai décidé de ne me poser aucune question et de suivre juste au jour le jour mes intuitions ou celles que me donnent tel ou tel interlocuteur (c'est ce que j'appelle la stratégie de la brindille au fil de l'eau). Je ne m'impose aucune lecture ni aucune écriture, je laisse venir.

Cela réserve des surprises. Ainsi, en ce moment, diverses personnes sur mon chemin me conduisent à relire ma thèse que j'avais soutenue en 2006. Je ne m'y attendais pas. Pour moi cette thèse était vouée à rester enterrée dans les sables. Mais des gens m'obligent à leur en parler, donc ça me replonge dans une ambiance, celle de la sociologie bourdieusienne, dont j'avais surtout fini par voir les limites, mais dont il est bon aussi de temps en temps de retrouver (avec beaucoup de réserves) certains avantages.

Je dirais qu'il en va de même du marxisme, autre denrée dont il ne faut pas abuser mais qu'il ne faut pas trop mépriser non plus. A propos du marxisme, je me replongeais tantôt dans la lecture des "Nations obscures" de Vijay Prashad (un universitaire que j'avais enrôlé dans l'équipe de l'Atlas alternatif jadis). C'est un livre qui a bien des vertus, notamment celle de ne pas abrutir le lecteur avec le vocabulaire aride du marxisme (bien que son auteur soit communiste), et celui d'étudier finement les rapports entre les classes sociales : en ce cinquantième anniversaire de la mort de Che Guevara, je recommande notamment le chapitre sur la Bolivie et les rapports entre le peuple, l'armée et l'impérialisme dans le Tiers-Monde.

La sociologie n'est jamais prédictive (pas plus que la démographie, n'en déplaise à Emmanuel Todd), mais elle offre toujours des "narratives" comme diraient les Anglo-saxons, des fils narratifs intéressants pour le passé. Quand on analyse le rôle (faussement) stabilisateur de l'armée dans les conflits sociaux dans tel pays à une époque donnée, on est au moins dans une narration plus riche, moins stupide, que le thème "les pays du tiers monde dans les années 60 étaient trop machistes pour pouvoir progresser sans la férule d'un pouvoir autoritaire" et autres balivernes journalistiques.

Malheur à l'intellectuel rempli d'hubris qui, de ses jolies narrations sur le passé prétendrait en conclure une vision pour l'avenir, mais pouvoir bien raconter le passé est déjà un petit luxe.

Pour ne rien dire de notre incapacité à parler du présent : voyez à ce propos une vidéo très légère sur laquelle je suis tombé ce matin. Elle part d'une hypothèse : il y a eu un survol de la Corée du Nord par des B52, puis un tremblement de terre. Conclusion : une bombe nucléaire a été larguée sur le pays de Kim Jong Un. Thèse intéressante, oui mes voilà... Des preuves ? Aucune. On allègue. Puis petit à petit la vidéo se discrédite : fautes de français, incapacité à prononcer correctement Trump ou "establishment" (déjà que cette manie des Internautes d'utiliser des voix de robots pour lire leurs textes est horripilante). Outrance du vocabulaire : on présente l'entourage de Trump comme une junte militaire, on use d'un vocabulaire à gerber "les khazariens" (sans doute un dérivé des thèses de Shlomo Sand sur les Khazars, lesquelles ne tiennent guère la route, mais beaucoup les ont fait leurs dans une orientation clairement antisémite), puis on nous raconte sans nuance que le prince Harry a fait un signe satanique à Mélanie  Trump, alors que de la nuance, il y avait de la matière pour en faire, par exemple au vu ce que dit une spécialiste de la gestuelle qui a déjà étudié celle dudit prince ici.

Les gens qui ne prennent pas la peine d'assortir leur propos de nuances ne se rendent pas compte qu'ainsi ils discréditent toutes leurs affirmations. Les nuances n'ont jamais affaibli une thèse : elles ménagent une discussion, et des approfondissements plus intelligents. On sait que la monarchie anglaise a depuis le XIXe siècle des rapports étroits (et souvent criminels) avec les Rothschild (mais aussi avec bien d'autres structures impérialistes), et que peut-être (cela se disait déjà il y a 120 ans), il y avait des pactes de sociétés secrètes derrière tout cela - et le fait que la reine Elisabeth se fasse soigner dans un hôpital franc-maçon donne à penser. On sait aussi que le prince Harry est un peu louche, lui qui se promenait à poil à Las Vegas il y a quelques années (Las Vegas, toujours Las Vegas). Mais quel intérêt de sauter aux conclusions aussi rapidement ? Montrez les faits, rappelez d'autres faits, et cela suffira largement à créer une présomption ouverte : "il y a peut-être quelque chose là dessous", "oui, peut-être, mais pas sûr". Il y a peut etre quelque chose derrière ce tremblement de terre en Corée du Nord. Comme il y avait peut être quelque chose derrière cette insubordination des militaires à la fin du second mandat de Bush (quand un bombardier d'une base du Sud des Etats-Unis refusa de décoller). Quoi ? Un historien le dira peut-être dans 100 ans. Ou peut-être jamais. Ne faites pas semblant de savoir quand certaines parties du réel sont inconnaissables. Et dire que Melania Trump a rallié les Illuminati parce qu'elle était en noir et blanc face à Harry me paraît tout aussi absurde.Dites "peut-être" dites "à creuser", mais ne feignez pas d'avoir tout compris. De toute façon, que les Illuminati existent encore (cela reste à démontrer car le groupe est censé avoir été dissous au XVIIIe siècle) ou pas, qu'une partie de la monarchie anglaise y adhère ou pas, on n'a pas besoin d'avoir des certitudes là dessus pour comprendre que la surclasse mondiale est profondément décadente (il suffit de voir Hillary Clinton avec Beyonce) en même temps que profondément injuste et destructrice des structures étatiques qui seules peuvent protéger les peuples, pour comprendre qu'il faut revenir à des cadres nationaux et des systèmes de démocratie sociale participative. Face à ces évidences, les spéculations sur le Prince Harry ou sur le "pédigrée" de tel ou tel sont de trop. Halte aux spéculations ! Juste des faits !

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Vent de castanha... (Ben de castagno)

5 Octobre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn, #La Révolution des Montagnes, #Lectures

Pour les amateurs de mon roman "La révolution des montagnes", une pub pour ma ville qu'ils passent à l'aéroroport de Pau en boucle depuis deux ans (mais d'habitude sans la musique).

Ce n'est pas forcément mon regard sur ce bout de terre mais c'est celui qu'ils offrent aux touristes.

En parlant de littérature, je parcourais la correspondance de Flaubert hier. Toute en rondeur et en bonhommie, et cependant c'est l'écriture d'un ascète... "Il faut se priver de tout pour réussir à faire quelque chose" écrit-il Son "quelque chose" à lui, c'était son oeuvre. Je souscrirais volontiers à la première partie de sa phrase, mais mon "quelque chose" à moi est quelque chose de moins narcissique qu'une oeuvre d'écrivain.

Flaubert couvrait Victor Hugo d'éloges. Normal : ils avaient les mêmes démons, même si l'un les étouffait, tandis que l'autre photographiait sa cuisinière nue.

 

Et je parcourais aussi "Servitude et grandeur militaires" de Vigny (qui s'est marié à Pau). Un livre encore plus coloré que les lettres de Flaubert. Quand il vous parle de la ratatouille, qui est devenue le rata, et qui n'a rien à voir, avec notre ratatouille méridionale actuelle, ou des inscriptions sur les canons de l'époque de Louis XIV...

Lorsque j'étais lycéen à Pau, tout le monde se sentait encore un peu obligé d'avoir lu un bout de Lamartine, de Vigny, de Musset, de Flaubert, de Zola, ça faisait partie de la religion républicaine de l'époque. Maintenant il n'y a plus d'obligation, et les profs sont partagés entre le culte de Minecraft, de The Voice, et le commentaire obligé sur le mode "émotion, tolérance, apologie du vivre ensemble" des images du dernier attentat qu'on nous passe en boucle sur l'écran TV du boulanger du coin.

La terre a tremblé ce matin à Orthez, mais la République des Pyrénées se réjouit (sur Facebook elle fait un parallèle avec "le village gaulois...") qu'on puisse encore fouiller ses entrailles pour extraire le soufre des gisements de gaz de Lacq à quelques kilomètres de là (a priori les tremblements de terre n'ont pas de rapport avec les forages même s'ils pourraient en avoir avec le stockage du CO2 un jour). C'est l'avantage d'avoir un député socialiste "constructif" (c'est à dire macrono-compatible) dans le coin, ainsi qu'une élue du Modem. On a cité Hugo à l'assemblée nationale à l'occasion du vote de l'amendement spécial pro-Béarn à la loi Hulot, mais "chez ces gens là" on cite toujours Hugo sans réfléchir...

J'aurais voulu vous parler aussi des meurtres politiques au Kerala, Etat contrôlé par les communistes depuis des lustres et "pays de Dieu lui-même" selon le proverbe indien (car les communistes le gèrent bien et au profit des pauvres), où le bras de fer hindouisto-marxiste fait couler le sang, mais ce sera peut-être pour un autre billet.

 

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Quelques vérités dérangeantes

2 Octobre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Peuples d'Europe et UE, #Espagne, #Débats chez les "résistants", #Philosophie et philosophes, #Lectures, #Christianisme, #Colonialisme-impérialisme

Oui Ciudadanos est un parti libéral, et alors. Qu'y puis-je si c'est ce parti qui aujourd'hui fait les meilleurs propositions pour sauver la cohérence espagnole, qui a les mots les plus clairs, la vision la plus profonde face à l'osbcurantisme cataliste et au revanchisme des conservateurs de Madrid ? Je préfèrerais que ce soit Podemos, mais Podemos se perd dans des faux fuyants. Quand je vois leur mairesse à Barcelone voter blanc au référendum illégal, je me dis que ce n'est pas d'eux que vient la lumière en ce moment, pas plus que de Maduro qui se réjouit de la sécession catalane alors qu'il a combattu celle du Kosovo, pas plus que de la presse anglo-saxonne qui verse des larmes de crocodiles sur l'éclatement de l'Espagne, mais demain s'en réjouira, comme toujours (car le revirement "pragmatique" dans ce genre d'affaire est une spécialité britannique, surtout quand il s'agit d'aider les bourgeois contre les faibles, r en Espagne, le riche est le Catalan !).

Amicus Plato, sed magis amica veritas. La verité n'est pas du côté de Podemos.

Beaucoup se laissent aveugler par le mot magique de "minorité", ou l'image naïve d'une foule sans armes, par le prestige usé d'Assange. Une amie yézidie turque étudiante en Allemagne relaie à tour de bras sur Twitter aujourd'hui des slogans pro-catalanistes simplistes. Je hais ces aveuglements. Quand, instruits par le Kosovo, les anti-impérialistes devenaient arbitrairement hostiles à toute revendication particulariste d'une minorité, et quand, simplement parce qu'Assange-dit-que, ils portent l'égoïsme catalan au pinacle. La revendication yézide dans la plaine de Ninive est légitime car c'est le sang des survivants qui est en jeu. Celle des catalans n'est qu'un caprice absurde, comme le référendum de Barzani  en Irak : voilà des communautés qui ont déjà tout et qui cèdent à la folie nihiliste. Le PKK turc avait été bien plus avisé et profond, en renonçant à l'indépendantisme.

Il serait temps que je ponde un livre pour faire le point sur tout cela, mais mon job ne m'en laisse pas le temps.

Je repense à cette apparition de la Sainte dans la Palestine soumise aux check-points de 2003. N'est-ce point troublant ? Et n'est-ce point à ce moment là qu'un cinéaste palestinien sortait "Intervention divine" ? Je découvre au passage Mosab Hassan Yousef ce fils d'un fondateur du Hamas devenu chrétien et pro-israélien parce qu'il ne supporte plus la tutelle du Dieu de ses pères. Simple rébellion adolescente ? Voire... Il n'a pas l'air sot.... On sait quelle uniformité le vert fait peser sur Gaza et sur le Proche-Orient. Certes la politique occidentale est responsable de cette aliénation sur le long terme. Mais ne soyons pas trop indulgents à l'égard du raidissement idéologique des dominés sans quoi nous en devenons complices. Il faut aussi défendre auprès d'eux la pluralisme. Pourquoi est-il interdit de diffuser des Bibles au Proche-Orient comme en Corée du Nord ? On ne peut pas simplement dire "halte à l'impérialisme des évangéliques américains". Il y a beaucoup d'abrutis chez les évangéliques mais voir dans l'évangélisme la main cachée de l'impérialisme est absurde - car on peu dire la même chose du laïcisme, ou de l'islamisme, bref on peut tout ramener à l'impérialisme en cédant à ces facilités. Sachons aussi garder certains principes. La liberté de conscience doit en être un.

Je lis cette phrase ce soir dans les sermons de Bossuet ces lignes pour le soutien aux pauvres : « Nous sommes réduits à ces cas extrêmes où tous les Pères et tous les théologiens nous enseignent, d’un commun accord, que, si l’on n’aide le prochain selon son pouvoir, on est coupable de sa mort, on rendra compte à Dieu de son sang, de son âme, de tous les excès où la fureur de la faim et le désespoir précipitent ». Quel effet cela devait produire à la cour de Versailles ! Y avait-il le même prédicateur à Topkapi ou à la cour de l'empereur de Chine pour avoir des mots si tranchants ?

Je sais ce que me diront les laïques : "trêve de bondieuseries, les pauvres doivent se libérer par eux mêmes". Ma foi, oui, si leurs auto-libération ne tourne pas à la tyrannie, ce qui est rarement le cas. Mais si déjà on savait imposer aux plus grosses fortunes du monde l'idéal de Bossuet ce ne serait pas si mal. Avec Bossuet, Macron rougirait d'exonérer les yachts de l'impôt sur les grandes fortunes, et tout le monde mettrait le feu aux banques. Tous ceux qui se targuent de progessisme révolutionnaire sont mille fois moins radicaux en vérité qu'un prédicateur de la cour de Louis XIV. Voilà une bonne leçon d'humilité pour ceux qui placent leur esprit révolutionnaire dans le fait de renoncer au port de la cravate.

Bah, je ne prétends convaincre personne. Je laisse juste ces billets comme des petits cailloux sur mon chemin, de minuscules témoignages pour les lecteurs de dans vingt ans, quand la poussière qui obstrue la vue des lecteurs d'aujourd'hui aura été balayée par des vents salutaires.

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Du temps de l'Amérique française

24 Juillet 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures, #Divers histoire

Hélas, comme il est dur de se défaire des récits de Charlevoix quand on a commencé à les lire !

Ce brave père jésuite en voyage chez les natchez, les indiens du Mississipi sous administration française dans les années 1720, nous montre les sacrifices humains aux funérailles de la grande reine, les cérémonies d'accueil de diplomates autour du calumet de la paix, le dévergondage des colons français qui n'ont pas eu de messes depuis cinq ans. Il décrit le joli village de la Nouvelle Orléans, et celui de Cap Français à Haïti, puis les longs voyages à travers l'Océan. On apprend en le lisant que ce sont des Dieppois qui, au début du XIVe siècle (1301 ou 1304), ont les premiers exploré et colonisé la Guinée et qu'un noble normand se rendit maître des Canaries pour le compte du roi de Castille quelques décennies plus tard.

Si nous avions un cinéma patriotique comme Hollywood a pu l'être pour les Américains, nous ferions des films à partir des récits très circonstanciés de ce bon prêtre. Et nous le ferions sans honte car cette colonisation française dans l'hémisphère occidental fut autrement plus douce et bienveillante à l'égard des indigènes que celle des Anglais.

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"Les luttes et les rêves" de Michelle Zancarini-Fournel

9 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures, #La gauche

De nos jours, quiconque ose sous-titrer un livre «histoire populaire de tel pays» s’expose désormais à la comparaison avec le célèbre livre d’Howard Zinn Histoire populaire de l’Empire américain qui a séduit tant de consciences de gauche à la fin des années 2000 en France, au point qu’un film en a été tiré. C’est ce que n’a pas hésité à faire Mme Zancarini-Fournel, professeur émérite à l’université Lyon-I, avec son livre : Les Luttes et les rêves. L’intention de l’ouvrage était sans doute noble, pourtant, disons le tout de suite, le compte n’y est pas.

Ce livre a certes des mérites, il est volumineux – plus de 900 pages, une vraie somme – et donc, fatalement, au fil des chapitres, il instruit : les portraits d’ouvriers révolutionnaires abondent, les anecdotes prolifèrent. A juste titre, il accorde une place de choix aux femmes, aux combats des peuples colonisés, et à la province, ce qui est sans doute une façon bien plus réaliste de découvrir le sujet que l’historiographie d’il y a quelques décennies.

La suite de mon CR est ici

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Nils Andersson "Mémoire éclatée"

19 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Lectures, #La gauche, #1950-75 : Auteurs et personnalités

Nils Andersson est une autorité morale de la gauche française et suisse, proche de la mouvance du Monde Diplomatique, connu notamment pour avoir publié en 1958 dans la maison d’édition qu’il dirigeait à l’époque La Question d’Henri Alleg.

L’ouvrage, dans un style élégant et paisible, promène le lecteur dans la Lausanne de l’enfance de l’auteur, dans la caserne de son service militaire en Suède (car il est né suédois et le restera toute sa vie)... Il commence par des témoignages intéressants sur la répression anti-communiste pendant la Guerre froide. Il expose la manière dont l’auteur lui-même fut classé à gauche par la police helvétique à un moment où il n’était pas encore engagé, il évoque l’appel au lynchage d’un historien de l’art communiste après l’invasion soviétique en Hongrie, la chasse aux sorcières contre les participants suisses au VIe festival de la jeunesse suisse en 1957. La persécution que subit l’auteur dans le cadre de son soutien aux militants du FLN algérien et à leurs alliés français s’inscrit dans le prolongement logique de cette intolérance de la société bien-pensante qui était comme une chape de plomb sur la jeunesse de l’époque. La suite est sur Parutions.com ici

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Débats

12 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures, #Billets divers de Delorca, #Débats chez les "résistants"

J'ai tenté ce weekend d'écrire un mot sur les débats à coups de poings qu'on voit à l'extrême droite, sur tous ces gens qui font des vidéos sur You Tube pour un oui pour un non, pour commenter telle polémique, faire de la polémique à leur tour. J'ai fait un premier jet, puis je l'ai retiré. Difficile de trouver le temps de commenter sur un mode approprié ces choses à la fois dérisoires et cependant inquiétantes car on pressent car cela ne va faire qu'empirer. Tout cela est microcosmique, virtuel, des trucs de geeks, un peu comme cette manie qui scotche les jeunes Japonais à leurs mangas et les empêche de se marier et de se reproduire. L'abîme diabolique du virtuel.

Certains essaient de sortir de la spirale descendante en lisant quelques livres et en se constituant une doctrine. Effort méritoire, mais qui repose souvent sur peu de choses. Je songe à cet Etienne Chouard qui "découvrait" en direct devant ses auditeurs Rousseau et Alain, ou encore dix ans plus tard, aujourd'hui, ce Salim Laibi dont je regarde une ou deux vidéos sur le Net et qui ne jure que par "La Cité d'Isis", livre des années 70 dont il serait aisé de démontrer tout ce qu'il a d'outrancier et de faux. Ces gens ont du mérite d'essayer de lire un peu, mais ils ont le tort d'aller tout de suite parler sur le Net après la lecture du premier livre. Au lieu de passer modestement des années à potasser dans le silence et l'ingrate solitude des centaines d'ouvrages ! Cela stériliserait trop leur audace me dira-t-on. Mais s'ils n'en lisent pas 200 au moins qu'ils en lisent 30. Que celui qui veut ressortir Alain ou la Cité d'Isis prenne au moins le temps de lire 5 livres qui vont en sens inverse de sa nouvelle trouvaille. Ainsi ils n'égareront pas 20 000 ou 50 000 spectateurs de la vidéo, qui, encore moins portés sur la lecture qu'eux, boiront leurs paroles juste parce qu'ils semblent révéler des vérités cachées.

Mais je ne jette la pierre à personne, bien sûr. Chacun fait ce qu'il peut avec ce qu'il a. Et si les gens plus diplômés avaient eu le courage de ne pas cautionner les guerres néo-coloniales, de ne pas passer sous silence l'action des lobbies (franc-maçonnerie, labos pharmaceutiques etc), on ne s'en remettrait pas aujourd'hui avec autant de confiance aux demi-habiles, comme disait Pascal. Nous sommes tous coupables. Si Onfray dans son université populaire affrontait les sujets qu'abordent Etienne Chouart et Salim Laibi. S'il le faisait lui aussi avec plus de subtilité que son manichéisme égocentré, sans ses petites marottes libertaires athées à deux balles... Bref... passons.

Pendant ce temps Daech reprend Palmyre, la Turquie est au bord du gouffre, Trump nous prépare des cocktails invraisemblables (pro-russe, anti-chinois, une dose de Goldman Sachs, une dose de néo-conservatisme, une dose de patron d'Exxon Mobil pour neutraliser les précédents etc), et Macron fait des exercices de cordes vocales devant des salles combles, avec l'argent d'on ne sait qui... Tout va tout va tout va bien...

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Paul Morand, la littérature

10 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi, #1950-75 : Auteurs et personnalités, #Lectures, #Grundlegung zur Metaphysik

Il y avait ce soir à la TV sur une chaine de la TNT une longue interview de Paul Morand. Je l'ai écoutée jusqu'au bout.

Je sais que des jeunes gens comme Romain ou Etienne qui m'ont fait l'amabilité de réagir à ce blog naguère ont apprécié que j'y parle d'auteurs du XXe siècle comme Gary ou Werth. J'ai peut-être mieux fait de faire cela que d'y parler de politique. Je ne sais pas...

Ce soir j'écoutais Morand comme on dialoguerait avec un extra-terrestre. J'ai tellement peu de points communs avec cet homme... et pourtant son monde m'a effleuré plusieurs fois dans ma vie. Le monde des peintres surréalistes, de Malraux, de Gide, de Proust. Je l'ai croisé au sortir de l'enfance, au début de ma vie d'adulte, au milieu. On ne sait pas pourquoi ce genre de chose vous atteint, s'éloigne de vous, puis revient à divers moments. On plaint ceux qui n'ont pas la chance de croiser cela sur leur route.

Le monde des surréalistes était encore présent en moi en 2012, je crois, à moins que ce ne fût 2013, à travers Soupault. Et puis l'oeuvre de Morand s'est invitée dans ma vie en 2014 à travers Hécate et ses chiens et à travers son journal de 1968-1970. C'est lui qui m'a donné envie de lire le journal de Simone de Beauvoir de la même époque. Je me demande si je n'ai pas connu Hécate et ses chiens après avoir lu un article du journaliste Labévière. 2014 était une année vraiment épouvantable pour moi et en même temps mêlée de révélations compliquées. Il était étrange que le roman de Morand soit arrivé là, car Hécate et ses chiens est un livre un peu diabolique. Juste un peu. Et cependant moi qui, après toutes mes découvertes, suis devenu allergique aux démons, je ne perçois pas de danger dans le monde de Morand. Peut-être suis je en cela trop naïf. Peut-être à cause de cette espèce d'humilité très sobre du personnage qu'on retrouvait dans son interview ce soir.

Peut-être à cause de son absence. Cet homme fut très présent à son époque, et en même temps tellement décalé, évanescent. Pas le genre de type qui vous embrigadera dans une légion criminelle. Il se sera beaucoup trompé, autant je pense quand il aimait Picasso, que quand il se résignait au pétainisme, ou quand il détesta De Gaulle. Mais il s'est trompé de façon intéressante, toujours, d'une façon bizarre, instructive. Peut-être à cause de son espèce d'absence de tout justement D'où ses phrases courtes dans l'interview, et le fait qu'il avoue ne pas aimer parler. Un point commun avec Deleuze.

J'ai la chance de ne pas être un écrivain, de n'avoir pas derrière moi une oeuvre, même si j'ai pondu un roman et quelques témoignages autobiographiques. Je peux donc aborder n'importe quel livre de façon parfaitement désintéressée, candide, désinvolte. Je n'ai même pas, à la différence des profs, à me poser dans le rôle du type "qui s'y connaît", qui doit transmettre, je ne suis même pas dans ce sérieux là. Je suis dans un sérieux, certes, mais un sérieux à moi, un sérieux lié à ma recherche incommunicable, incompréhensible par autrui, donc je tire des livres ce que je veux, j'en dis ce que bon me semble sur ces pages numériques ou ailleurs. Ca a de l'importance, et ça n'en a pas. Dans quelques semaines je serai pour quelques jours à Venise. Je ne l'ai pas choisi. Ca arrive comme ça, alors que Venise évoquait toujours pour moi Sollers et toute une imposture littéraire que je déteste. Une boursoufflure devrais je dire. La ville n'a-t-elle point elle même vécu du vol et de l'imposture depuis le Moyen-Age ? Pour m'y sentir moins seul, j'emmènerai le livre de Morand avec moi, "Venises". Dans l'interview de ce soir, il expliquait que Montaigne, Rousseau et bien d'autres génies ont écrit sur cette ville où lui même a rencontré mille célébrités. Je pense qu'à travers ce livre je retrouverai un peu du monde littéraire, et de l'univers des esthètes, qu'accaparé par ma recherche métaphysique depuis deux ans je néglige un peu trop. J'ignore si j'en parlerai sur ce blog. On verra bien.

Ai-je déjà parlé dans ce blog de Morand ? Je pense que oui. Qu'en ai-je dit ? Je ne sais plus. Est-ce que la littérature cela compte vraiment ou n'est-ce qu'un de ces pièges hédonistes de plus qui nous éloignent de la vérité ? Grave question. Platon voulait chasser les poètes de la Cité. A ma connaissance l'Israël biblique n'a pas eu d'écrivains, même à l'époque hellénistique des Macchabées. Il en a eu un avec Flavius Josèphe, mais ce n'était plus l'époque biblique, en tout cas plus celle de l'Ancien Testament. Il faudrait que je vous parle de Josèphe d'ailleurs car j'ai lu trois chapitres de son récit des guerres juives il y a peu. Passons. Oui, les peuples qui se confrontent sérieusement à la vérité ne pratiquent pas la littérature. Cependant l'auteur de l'Ecclésiaste ou celui du Cantique des cantiques ne sont-ils pas des écrivains ? Le style nous éloigne de la vérité, mais comment peut-il y avoir une vérité sans style ? Surtout une vérité pratique, au quotidien. Comment puis-je manger une pomme avec une certaine vérité dans ma façon d'être si je n'ai pas un regard littéraire sur elle, et sur ma façon de la prendre en main ? Je ne sais pas trop comment vous expliquer cela, mais je crois qu'il y a là un "vrai sujet" comme eût dit un de mes collègues.

Donc il se peut que vous tombiez encore sur des lignes sur Morand, en parcourant ce blog, dans les mois à venir, et sur des lignes sur Venise. Sauf si je me persuade de ce que je perds mon temps à aborder ces sujets là...

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Pierre Jacquemain, Ils ont tué la gauche, Fayard 2016

30 Septembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures, #La gauche

Après la mobilisation sociale contre la loi El-Khomri au premier semestre de cette année, beaucoup de militants de gauche ont dû attendre avec intérêt la publication de ce témoignage de Pierre Jacquemain, qui fut au cabinet de la ministre du travail Myriam El-Khomri et sut claquer la porte à temps pour ne pas être associé à cette modification du code du travail qui passe pour une des plus grandes trahisons de l’électorat de gauche par François Hollande et Manuel Valls. Beaucoup s’y intéresseront, mais beaucoup seront aussi déçus. La suite de ma recension est ici.

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Hugo avec les yeux de Bernanos

17 Septembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

Je n'ai jamais trop aimé Victor Hugo, mais quand je lis l'éloge qu'en fait Bernanos, je me dis qu'au point où j'en suis lire "Les Châtiments" est peut-être la meilleure chose qu'il me reste à faire.

J'aime l'intégrité de Bernanos, le seul catholique à ma connaissance qui, tout en étant profondément monarchiste, ait su reconnaître les mérites de la gauche, et se battre pour l'Espagne rouge, pour la mémoire des Ethiopiens massacrés, et même pour Daladier et Mandel incarcérés, quand le cléricalisme virait au fascisme. Le seul mystique de la France éternelle qui ait sincèrement payé son écot aux auteurs Républicains, tout comme Montalembert en son temps rappelait au pape que les Droits de l'Homme étaient nés à l'abbaye du Bec Hellouin à l'époque de Guillaume le Conquérant, dans ce que l'Eglise avait de plus spirituel, et son inspiration anglo-normande (celle de St Anselme de Canterbury), qui fut aussi le glaive de la réforme grégorienne...

Lisons Hugo avec le regard de Bernanos, c'est ainsi peut-être que nous comprendrons mieux le destin mystique de la France, si destin mystique il y a (mais beaucoup de visionnaires semblent le déceler). Par delà tout esprit de chapelle. L'esprit de chapelle étant la mort de l'esprit tout court.

PS du 23/9/16 : J'ai lu "Stella" dans les Châtiments. Ca pue la Gnose à plein nez, le culte de la Reine du Ciel au service du progressisme. Comment Bernanos peut-il apprécier cela ? Je m'inquiète pour la hauteur d'inspiration de Bernanos que j'ai peut-être surestimée.

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"Syriapocalypse"

20 Juillet 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Lectures, #Colonialisme-impérialisme

"Syriapocalypse"

Vous trouverez ma récente recension du livre "Syriapocalypse" en cliquant sur le lien http://parutions.com/index.php?pid=1&rid=6&srid=63&ida=18069

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Un livre sur Hipparchia de Maronée

16 Décembre 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes, #Antiquité - Auteurs et personnalités, #Lectures

Un commentateur de ce vieux billet sur Hipparchia (Hipparchie) de Maronée m'a signalé la publication d'un livre collectif qu'il a dirigé sur ce sujet. Mon compte rendu de son ouvrage a été mis en ligne par Parutions.com aujourd'hui ici.

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"Carnet de thèse" de Tiphaine Rivière

24 Mai 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

"Carnet de thèse" de Tiphaine Rivière

J'ai raconté dans un de mes livres l'histoire de ma thèse en sociologie que j'ai faite à Paris I. Une thèse qui s'est passée dans des conditions bizarres, un peu comme tout ce que j'ai entrepris dans ma vie (mais peut-être plein de gens peuvent-ils en dire autant). A l'époque je la préparais tout en faisant l'Atlas alternatif et en bossant pour un ministère. J'étais partout et nulle part.

Cette thèse à la fois m'a servi et ne m'a pas servi. Elle fut utile à la publication de mes livres, inutile à mes affectations professionnelles. En partie parce que l'univers de la fac m'a très fortement déplu. La fac était de toute façon fortement discréditée dans le milieu des grandes écoles d'où je venais (milieu auquel je ne m'identifiais que partiellement mais bon...) et globalement dans la société aussi, mais je pense que si je n'avais pas été docteur en quelque chose en plus de mes diplômes précédents cela m'aurait vraiment manqué. Je ne sais pas trop ce que j'ai gagné en le devenant, mais je sais ce que j'aurais perdu en ne l'étant pas.

Pour le reste tout cela a glissé loin de moi désormais. J'ai donc cru que je pourrais lire sereinement la BD satyrique de Tiphaine Rivière parue au Seuil cette année "Carnet de thèse". Hé bien non, j'ai pris ça comme un grand coup de pied dans le ventre. Non pas en relation avec mon vécu propre car le sujet ne me touche plus de près, mais parce que je sais que, malgré la caricature, on ne peut s'empêcher de songer à tous ces gens qui sont abimés par la fac (et j'en ai connus). Bien sûr cela n'est rien à côté des horreurs que commet Etat islamique, du sort des migrants sur les mers, mais c'est tout de même un immense gâchis social, qui, par ailleurs, nuit énormément à la place du savoir et des humanités dans notre monde. Et ce n'est pas propre à la France : je connais aussi la misère morale des facs de lettres et de sciences humaines aux Etats-Unis. L'humain a un don particulier pour gâcher collectivement ses meilleures conquêtes.

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Haruki Murakami

6 Novembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

hellokCa y est le nombre des abonnés de ce blog commence à chuter. Faisons le chuter encore plus en reparlant de l'Asie ! Non, ce n'est pas une marotte. Je ne suis pas plus attaché à l'Asie qu'à un autre, et je m'intéresse tout autant à la santé de Mme Cristina Kirchner en ce moment qu'aux templs d'Angkor.

 

Mais une amie druidesse (j'aime bien rappeler ce titre qu'elle a, et qu'elle garde à vie parait-il, comme les ministres) m'a conseillé la lecture des "Chroniques de l'oiseau à ressort" de Haruki Murakami. Je ne jouerai pas les cuistres : bien que je lises diverses choses sur le Japon depuis mon adolescence, je n'en connais pas plus la littérature que le lecteur moyen de la très nippophile Amélie Nothomb.

 

On dit que l'auteur de ce livre des années 1990 (réédité en France récemment) est nobélisable. Il le mérite sans doute plus que notre Modiano. J'ai déjà avalé une centaine de pages de son pavé. J'apprécie beaucoup la précision dans le détail et la neutralité du ton de ses récits, agrémentés de comparaisons souvent interlopes, étranges. Vous allez me dire "la neutralité du ton c'est un peu devenu la tarte à la crême de notre époque". Et c'est vrai que parfois on peut se demander si Murakami ne singe pas un peu les modes de son temps, et même s'il ne singe pas l'Occident tant son personnage pourrait être parisien, bordelais, londonien, new-yorkais plutôt qu'habitant de Tokyo, y compris par son univers matériel.

 

Mais en ce qui me concerne cette neutralité me fait du bien, elle me donne parfois envie de la projeter sur mon propre univer (mais je suis incapable d'être neutre pendant plus de douze heures, mon sens des valeurs reprend toujours le dessus). En outre dans la cas de Murakami, elle permet d'avancer de façon plus crédible ce qui est au fond la thèse du livre : la bizarrerie profonde du monde est liée à l'interface qu'il entretient avec l'invisible, cet invisible qui est un truc non-religieux, non-métaphysique, qui vous rattrappe toujours malgré vous (et malgré vos envies permanentes de tout nier ou de tout aplanir). En ce sens il rejoint tout en allant plus loin qu'eux les grands "existentialistes" des années 50 - Gombrowicz, Moravia - le seul d'entre eux qui ait assumé cette pente à cette époque-là, à ma connaissance, étant Cocteau.

 

Mais on n'est pas obligé d'adhérer à la thèse. Même si l'on n'avance pas jusqu'à son point, on peut se laisser simplement flotter à la surface de la bizarrerie, des hommes, des femmes, des situations, des objets mêmes qui nous sont présentés, bizarrerie bien peu spectaculaire, banale, et pour cette raison absorbante, obsédante. On a envie de toujours plus d'étrangeté, de s'y abandonner, de s'enivrer de bizarrerie ordinaire...

 

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