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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #les rapports hommes-femmes tag

La ley del deseo

29 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

habana-club.jpgJe ne sais pas pourquoi quand j'ai cliqué sur mon blog, la barre en haut me proposait des blogs que j'étais susceptible "d'aimer aussi". Le premier blog de la liste était celui-ci, "le blog de Ludivine". Rien à voir pourtant avec le présent blog. Pourquoi Overblog le propose-t-il ? J'en ai lu les premières pages. Je l'ai trouvé horrible. Je trouve atroce que des gens puissent s'infliger pendant 15 ans ce que cette femme raconte. Certains passages me rappellent quelques souvenirs personnels. Mais heureusement je ne suis jamais allé aussi loin que ce qui nous est raconté là. En même temps on ne peut pas dire que ça n'arrive qu'aux autres, que ce ne sont pas que des histoires de paumés. Nous sommes nombreux à pouvoir être hapés dans les engrenages décrits là, à ne pas pouvoir dire "ce ne sera jamais moi". Le plus étrange est que beaucoup vous diront qu'on n'a pas "vraiment vécu" si l'on n'a pas connu au moins une part de la folie que ce blog raconte. Et pourtant je connais beaucoup de gens qui vivent très bien sans ça, qui ne comprendraient même pas qu'on puisse se torturer dans des schémas de cette sorte. Affaire d'hormones, de construction de l'enfance. Qui est le plus homme ? Celui qui collectionne des maitresses sur fond de mensonge ou celui qui élève tranquillement ses gosses en allant bricoler au fond de son jardin quand la vie de famille lui pèse un peu trop ? Qui est le plus femme ? La bonne mère sans histoire ? La croqueuse d'hommes qui collectionne les vîts ? L'éternelle maîtresse de l'homme éternellement fuyant comme cette Ludivine et ses fantômes atroces ? "Tout est dans la nature, même l'anti-nature" comme disait le divin Marquis. Certains destins humains font quand même froid dans le dos.

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MacKinnon prend des rides

31 Août 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

P1000173On se souvient du travail considérable de la féministe MacKinnon pour attiser la haine anti-serbe pendant la guerre de Bosnie à propos des viols commis par les paramilitaires au cours de ce conflit (une campagne qu'a relayée en France Mme Elizabeth Badinter). On peut dire que, par delà le contexte balkanique, l'action de MacKinnon a ancré dans l'opinion publique une certaine vision de la condition féminine au milieu des guerres, ce qui a fait le délice des chercheurs en Gender Studies. Le conflit des Grands Lacs aussi a donné matière à réflexion dans ce sens.

 

Mais aujourd'hui ressortent des informations pour le moins intriguantes. "Une étude menée par des scientifiques américains parmi la population de l’Est du Congo remet en question l’image traditionnelle des violences sexuelles exercées par les hommes contre les femmes" apprenait-on le 9 août dernier sur le site IRIN.

 

Voici encore ce qu'on y lit :

 

"Selon l’article publié dans le Journal de l’Association médicale américaine (JAMA) le 4 août, les enquêteurs ont fait du porte à porte afin d’interroger près de 1 000 villageois au Nord et au Sud-Kivu et en Ituri en mars dernier. Contrairement aux études qui s’appuient sur des survivants de violences sexuelles bien identifiés, cette étude avait pour but d’évaluer les effets du problème sur l’ensemble de la population de l’Est du Congo.

Les résultats confirment que les violences sexuelles sont couramment utilisées contre les civils – y compris les hommes – depuis le début de la guerre dans la région, vers le milieu des années 1990. Près de 40 pour cent des femmes et plus de 23 pour cent des hommes interrogés ont signalé avoir été victimes d’agressions sexuelles, le viol principalement.

C’était la première fois qu’une étude demandait à des survivants le sexe de leur agresseur : 41 pour cent des femmes et 10 pour cent des hommes ayant survécu à des violences sexuelles liées au conflit ont dit que l’agresseur était une femme."

 

Les femmes ne sont donc pas les seules victimes des guerres, et les hommes ne sont pas les seuls agresseurs. Voilà qui donne à réfléchir. Cela me rappelle les propos très censés de de Nira Pancer qui dans son livre "Sans peur et sans vergogne : De l'honneur et des femmes aux premiers temps mérovingiens" rappelait que si le statut des femmes dans la noblesse franque était précaire, il fallait rappeler que c'est l'ensemble des statuts sociaux des deux genres qui étaient à l'époque instables et mal définis. Replacer les choses dans un contexte élargi a toujours du bon.

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Aphrodite's Tortoise, le voile féminin en Grèce

2 Août 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Je me réjouis de voir ce blog continuer à attirer des lecteurs alors même que nous sommes censés nous trouver en période estivale.

 

Je lisais hier Aphrodite's Tortoise : The Veiled Woman Of Ancient Greece de Lloyd Llewellyn-Jones. Décidément d'excellents livres anglosaxon gagneraient à être traduits en Français. Il s'agit d'un ouvrage universitaire magnifique qui analyse sous toutes les coutures les usages que les femmes grecques faisaient de leur voile ans l'Antiquité et les significations sociales que cela revêtait.

 

foulard.jpg

On y apprend notamment que le voile dans la période archaïque est un attribut de la noblesse qui va ensuite se démocratiser pour toucher les classes inférieures. Il est même possible qu’il ait concerné les esclaves (sur les représentations, les différences vestimentaires entre esclaves et femmes libres ne sont jamais visibles, seules les occupations les distinguent). Le tegidion, voile du visage, apparaît au IVème siècle en même temps que les statues d’Aphrodite nue et au moment où la présence de la femme dans l’espace public (mais toujours dans une logique patriarcale comme représentante de la famille de l’homme) est de plus en plus attestée. Dans un monde où, comme dans la culture musulmane (à laquelle le livre fait beaucoup référence), les univers entre hommes et femmes sont strictement séparés (ce qui ne veut pas dire que les femmes sont recluses puisqu’elles font beaucoup de choses entre elles), le voile devient un moyen pour les femmes d’être présentes dans l’univers extérieur des hommes tout en en étant symboliquement absente. A noter que l’aidos (équivalent de la qaida arabe) impose des normes de regard et de comportement aussi très sévères aux hommes.

 

Après cette lecture, je voudrais trouver des ouvrages sur la place des femmes dans les cultures celtiques et germaniques, car il est certain que celle-ci a influencé beaucoup la culture occidentale. J'ai donc commandé "Sans peur et sans vergogne : De l'honneur et des femmes aux premiers temps mérovingiens" de Nira Pancer. Je vous en reparlerai si le livre mérite le détour.

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Anarchisme et division sexuelle des rôles

19 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Bon, l'ambiance estivale ne se prête guère à l'écriture de longs billets. Mais puisqu'une blogueuse a bien voulu recommander le présent blog sur le sien, et commenter deux ou trois de mes billets, je dois lui rendre la politesse ici, en signalant son blog que vous retrouverez en cliquant .

annakarina.jpg

 

Cette dame est un peu plus anarchiste que moi (question d'âge peut-être), mais son article sur le "salut des femmes : peut-on refuser" dit à peu près ce que j'ai moi-même soutenu dans mes propres billets, sur la burqa par exemple.

 

Je n'émettrai des réserves que sur des formulations comme celle-ci :

 

"Une femme peut vivre seule. Peut élever ses enfants seule sans que ce soit un drame de la vie. Peut assumer sa sexualité sans être ni une frigide ni une chaudasse. Peut choisir d'être religieuse ou de ne pas l'être. Peut n'avoir aucun instinct maternel. Peut être aussi infecte qu'un gars aux mêmes fonctions de responsabilités. Peut être aussi compréhensive qu'un gars aux mêmes fonctions de responsabilités"

 

Ce qui me gêne dans ce genre de formulation, c'est qu'on ne sait jamais quel est le statut de ce "peut". Est-ce une liberté, un droit, inscrits dans un dispositif juridique précis ? ou bien est-on dans l'ordre de recensements : "dans le monde, il y a, il y a, il y a" ? Parle-t-on de normes ou parle-t-on de faits ?

 

Si l'on parle du droit, alors oui, je suis d'accord, les types de comportements décrits ci-dessus ne sauraient être déclarés illégaux.

 

Mais si l'on est dans l'ordre des descriptions, alors ça me fait penser à ce chapitre des Essais de Montaigne où il décrit toutes les coutumes que les Européens ont découvertes en Amérique. Ce genre d'inventaire à la Prévert provoque une sorte de vertige : il y a des gens qui tuent, il y a des gens qui rendent service, il y a des gens qui grimpent aux arbres etc. On en ressort toujours avec une sorte de vertige relativiste, et l'on finit par se demander : mais pourquoi n'y a-t-il pas plus de gens qui tuent, ou pourquoi la moitié des mères n'abandonnent-elles pas leurs enfants dans la rue (puisque la dame évoque les femmes sans instinct maternel) ? Et l'on en vient à se dire que c'est parce qu'un ordre social bien ficelé (et uniquement ça) fait pencher la balance dans l'autre sens, mais qu'après tout, tout pourrait être autrement (de là d'ailleurs à nourrir une vision complotiste dudit ordre social il n'y a qu'un pas).

 

Ce que j'ai beaucoup apprécié dans la psychologie évolutionniste anglo-saxonne (Helen Fisher, Steven Pinker etc), c'est qu'elle commençait toujours par recenser les comportements de la majorité des sociétés de tous les temps, pour dégager des invariants anthropologiques cohérents avec l'évolution darwinienne de notre espèce. Cette démarche est beaucoup plus rationnelle. Parce qu'elle permet d'expliquer 1) qu'effectivement dans la plupart des sociétés le meurtre et l'abandon d'enfants (par exemple) est vraiment très minoritaire et stigmatisé 2) que ce n'est pas seulement le conservatisme, le machisme, la prédominance d'une bourgeoisie ou que sais-je qui ont entraîné ce fait, mais seulement que, si l'humanité ne s'était pas elle-même sélectionnée pour que l'instinct de meurtre ou d'abandon des enfants n'y soient point minoritaires, l'humanité se serait tout simplement autodétruite, comme ces espèces animales qui avaient, qui des cornes trop lourdes, ou qui des ailes trop longues.

 

Ce retour au constat statistique et rationnel est très important pour avoir une vision "apaisée" tout autant que véridique de la condition humaine, une vision réaliste. Le constructivisme en sciences sociales au 20ème siècle l'a trop souvent ignoré, comme le stalinisme voulait ignorer les montagnes et les cours d'eau difficilement franchissables.

 

Et, sur la base de ce constat, il faut bien dire qu'il y a une division sexuelle des rôles qui fait que certaines femmes ont certaines choses que les hommes n'ont pas, et vice versa. Ce qui ne signifie nullement que la femme doit rester au fourneau à torcher les gosses tandis que l'homme va à la guerre, mais que, si on veut construire une société d'amazones (par exemple), ce qui peut-être un but tout à fait légitime sur quatre ou cinq générations par exemple, il ne faudra pas considérer comme une trop grosse anomalie le fait qu'une bonne partie de ces amazones voudront avoir un enfant passé un certain âge. Ce n'est pas faire preuve d'un' "essentialisme" conservateur que de dire cela, c'est juste envisager l'évolution des espèces sous un angle pragmatique et réaliste : on peut espérer faire vivre des bovins aux cornes trop lourdes, mais il faudra veiller à le faire en symbiose avec une évolution de leur environnement qui ne rende pas cette particularité trop douloureuse.

 

Un bon anarchiste me dira qu'il ne s'agit pas de produire une société d'amazone ni de bovins à six cornes, car la plupart des anarchistes sont trop paresseux pour réfléchir à ce que devrait être l'humain, et se satisfont donc du bonheur narcissique de se battre pour que chacun puisse être à peu près comme il veut - comme si ce "vouloir" là, si superficiel, si influencé par tant d'éléments était fort clair, fort sacré et fort immuable, ce qui est souvent loin d'être le cas) Je suis assez d'accord - je l'ai déjà dit plus haut - pour que chacun puisse faire ce qu'il veut dans la génération d'aujourd'hui. Mais la question est celle du long terme (que les anarchistes en général n'aiment pas aborder ou alors évoquent comme une sorte d'Eden abstrait). Nos enfants ont besoin qu'on leur présente certaines orientations comme bonnes, d'autres comme mauvaises (quitte à se rebeller ensuite contre ces qualificatifs). Contrairement au fantasme rousseauisto-lacaniens, ils ne viennent pas au monde tout armés d'une préscience qui rend leur éducation superflue. Quelle valeur insufflerons-nous à nos petites filles ? d'être de sanguinaires amazones ou des masseuses chinoises soumises et de dociles mères de famille ? Même s'il faut le maximum de nuances, et le maximum de prises en compte non seulement des dispositions individuelles innées, mais aussi des dispositions issues de l'évolution génétique de notre espèce, la question de la valeur ne peut pas être complètement occultée par un simple inventaire : "il y a, il y a, il y a".

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Condition féminine et toilettes publiques

11 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Les mots clés "massages chinois", "'viols de femmes allemandes par les Russes à Berlin", "homme blanc qui aime des femmes noires" etc continuent à attirer pas mal de lecteurs vers ce blog, sans doute parce que ces sujets sont peu traités sur le Net français.

 

Continuons dans nos remarques sur la condition féminine avec ce petit billet, en abordant encore un sujet peu traité : les toilettes publiques.

 

Entre octobre 2003 et janvier 2004, dans le cadre de l'élaboration du schéma départemental des collèges, le Conseil général de la Seine Saint denis a largement consulté les collégiens eux-mêmes. Une des conclusions de l'étude concernait les toilettes :

 

"Un bon nombre d'élèves n'osent pas utiliser les toilettes de leur collège faute d'intimité et de confort" (p. 8).

 

Cet élément a surpris paraît-il. Les planificateurs n'auraient pas spontanément pensé à travailler sur cet aspect des choses.

 

J'ai repensé à ce détail quand j'ai vu la semaine dernière ce reportage à la BBC à propos du Kenya intitulé "Fears of rape in Kenya's slums 'trap women'"

 

"Fear of sexual violence is keeping poor Kenyan women away from communal toilets, and increasing the risk of disease, Amnesty International says." 'La peur des violences sexuelle maintient les femmes kenyanes pauvres à l'écart des toilettes communales, ce qui augmente les risques de maladie" disait le reportage dont on peut retrouver le texte sur le Net. Les dames de Nairobi qui vivent dans les bidonvilles (plus de la moitié de la population de Nairobi) disait l'article, n'osant pas aller jusqu'aux toilettes la nuit, font leurs besoins dans des sacs plastiques qu'elles balancent ensuite aux ordures.

 

J'ai repensé aussi à un propos de Patricia Latour, auteure d'un bouquin sur les femmes en 1936. Un ami m'a rapporté ses propos selon lesquels à l'époque du Front populaire une des revendications majeures des ouvrières était de disposer de toilettes qui ferment à clés pour que les contremaîtres n'aillent pas se rincer l'oeil.

 

Si la condition maternelle entretient souvent les femmes dans pipi-caca, il faut songer qu'à cela s'ajoute pour beaucoup d'entre elles, filles, mères, et grand-mères que les toilettes sont lieu d'un risque de violence spécifique, de violence "de genre" comme disent les Anglo-saxons, dont un homme bourgeois ne peut même pas soupçonner l'existence. La Grande-Bretagne s'oriente vers une solution originale : la vidéo-surveillance. En Grande-Bretagne 10 % des lycées vidéo-surveillent leurs toilettes, apprenait-on en avril dernier. Une violence institutionnelle qui n'est pas du goût de tout le monde et qui en tout cas ne renforcera pas, le sentiment d'intimité.

 

 

 

 

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Choix esthétiques des femmes

21 Mars 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Lu dans The Telegraph :Bonobo.jpg

"Now researchers believe that improvements in health care in wealthy western countries mean women do not have to worry about so much about the quality of their offspring – and so are picking more feminine looking men.

The researchers at the University of Aberdeen came to the conclusion after studying the preferences of 4500 women from 30 different countries.

They found a direct correlation between the quality of health care and the choice of male.

In countries with better health care, the more likely women would pick a feminine looking man and visa versa. "

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Encore un mot sur l'Assemblée des femmes

19 Mars 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Hier pas moins de trois personnes ont tapé des mots comme "l'assemblée des femmes d'Aristophane" ou "le corps dans l'assemblée des femmes d'Aristophane" pour arriver à mon blog. Cela m'a surpris parce qu'en général les gens qui cherchent des mots clés avec des titres de livres sont des lycéens qui ont besoin d'aide pour leurs devoirs du soir. J'ose espérer qu'une pièce qui parle de fellation et de levrette d'un bout à l'autre n'est pas au programme des lycées, parce qu'alors, cela rendra ces pratiques fastidieuses pour ces jeunes gens, un peu comme le cours d'éducation sexuelle dans Le sens de la vie des Monty Python. Toute leur vie durant ils les associeront à des souvenirs scolaires. C'est le risque lorsque le sexe occupe une position un peu trop affirmée dans la culture officielle (spécialement alors que cette culture garde un côté répressif et carcéral comme en Occident - à la différence de l'Asie traditionnelle où le sexe se logeait souvent dans une méthode d'enseignement bien plus subtile que la nôtre).
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On ne devrait jamais dévoiler les ficelles de son art, mais je dois quand même dire comment j'ai découvert cette pièce d'Aristophane : tout bêtement en parcourant le premier tome d'une encyclopédie Larousse de 1960 en décembre dernier. Elle y était présentée comme une satyre du communisme des philosophes athéniens. Je ne sais même plus si elle portait le mot "sexuel" dans sa présentation. A l'époque les écrits qu'on disait "licencieux" des cultures ou des auteurs qui ne plaçaient pas les tabous aux mêmes endroits que nous étaient le pré-carré d'érudits à la Etiemble qui cultivaient le privilège de l'accès à ces livres rares avec beaucoup de snobbisme. Il n'était pas question d'en faire des sujets du bac. Puis des philosophes s'en sont saisis pour en faire des sujets de réflexion sur le désir ou la consommation : je songe à Deleuze exhumant la Vénus à fourrure de Masoch, ou aux travaux d'Horkheimer sur Sade. A mon avis nous sommes encore très loin de pouvoir arborder Aristophane sans le passif d'une culture qui "ne s'en sort pas bien" avec ses corps, qui ne sait pas s'en dépatouiller. Je ne veux pas dire que les Grecs faisaient nécessairement "mieux que nous", ça on n'en sait rien, mais ce qui certain c'est que les projections des problèmes de notre culture avec les corps, sur Aristophane (ou sur les grands maîtres du taoïsme) sont inévitables, quand bien même nous ferions répéter "bites, couilles, fellation" à nos chers lycéens à longueurs de dissertation.

J'écoutais hier une émission de radio du très controversé Eric Zemmour (un homme intelligent, quoique, comme beaucoup de réactionnaires, il fétichise à l'excès certaines de ses intuitions les plus partielles pour en faire des boucliers contre le monde tel qu'il va). Il disait des choses censées sur les jeunes gens précarisés qui ne bandent pas très bien pour leur jeune compagne, ce qui pousse ces dernières à rechercher des sexes de quadragénaires. Les lycéens ou les étudiants en lettres qui tapent "le corps dans l'assemblée des femmes d'Aristophane" pour parvenir jusqu'à ce blog entrent-ils dans cette catégorie ? Si tel était le cas, on toucherait précisément là au paradoxe le plus profond de notre époque.
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"post-" female

4 Février 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Dans ma petite ville de la banlieue nord ce matin, je jouais les commissaires politiques, chargé d'évaluer le programme du service culturel pour la Journée de la femme (cette vieille invention bolchévique à laquelle la France n'a adhéré que tardivement, bien arès l'ONU). Comme on pouvait s'y attendre ce programme comportait beaucoup de films et livres subventionnés par la culture dominante sur le thème "les africaines voilées, excisées, violées, mariées de force et bafouées... mais heureusement libérées par l'homme blanc !" ("le schéma colonial classique, c'est un homme blanc qui enlève des femmes de couleur des griffes d'hommes de couleur" comme disent les sympathisants des post-colonial studies) .
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J'ai voulu tirer le programme vers quelques auteurs classiques anarchistes et marxistes, d'Emma Goldman (chère au défunt Zinn) à Alexandra Kollontai, mais ce sont des sources souvent épuisées sur Amazon. Et puis vers la queer theory. Judith Butler (qui a eu les honneurs d'Actuel Marx il y a peu, signe que cette revue est à l'affût des modes), Marie-Hélène Bourcier, Beatriz Preciado, toutes ces philosophies "post" (post féministes, post gender), très chic, à la fois subversives et derridiennes, comme les postcolonial studies, qui occupent des départements universitaires entiers aux USA - à mon avis ce sont des impasses théoriques mais je pense que les administrés de notre ville ont aussi le droit de savoir que cela existe,car ce sera peut-être à l'arriere plan de leur paysage culturel vulgarisé dans 10 ans. A vrai dire leurs expérimentations ne sont pas complètement dénuées d'intérêt. J'éprouve notamment une certaine sympathie pour Beatriz Preciado qui se gave de testostérone pour réaliser du "méta-générique" en acte, sur sa propre chair, là où Butler se borne à faire de la critique des structures mentales. En voilà au moins une qui ne se paie pas de mots.

 

Sur Facebook, on trouve de tout. En ce moment, dans l'univers lesbien, je croise des femmes qui sont aux antipodes de Preciado. Pas du tout des filles qui veulent dépasser les genres. Des filles bi- et fières de l'être, qui vivent en couple avec d'autres femmes, mais qui mobilisent tous les clichés (réputés machistes) afférents à la féminité de notre époque, notamment une esthétique porno chic (gros seins, lèvres pulpeuses, taille fine) pour draguer aussi bien les hommes que les femmes. Elles vivent surtout aux Etats-Unis. Pour en faire une sociologie à la hache on a le sentiment d'un capital scolaire faible (aucun livre n'est cité), et d'une localisation plus californienne que côte Est. Elles ont des profils de poupée Barbie, leur soin à cultiver une image de Vénus parfaites est extrêmement impressionnant et doit les occuper à temps plein. Qui sont-elles ? Sont-elles le cauchemar des queer studies ? leurs filles illégitimes, les batardes de la révolution conceptuelle, la honte de l'intelligentsia philosophique universitaire ?  Allez savoir...

Bon je m'éloigne peut-être un peu de la Journée de la femme avec tout ça... Mais peut-être pas tant que cela finalement.

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Une hardeuse dissidente

23 Juillet 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Voilà qui manquait à mon expérience : j'ai contacté ce matin une hardeuse rencontrée par Facebook. Nous avons parlé un peu au téléphone. Son profil m'intéressait parce que non contente de faire du hard, elle se dit d' "extrême gauche" et engagée contre la religion (comme vous le savez, si politiquement je soutiens le dialogue avec les religions dans les sociétés postcoloniales, notamment l'Islam, philosophiquement je suis athée). A y regarder d'un peu près, c'est une hardeuse un peu "hors circuit", même si elle a fait pas mal de plateaux TV.

Elle vit dans le Sud, elle s'est fachée avec le milieu (j'ai même trouvé une émission d'elle où elle mettait en cause les "parties privées" organisées par une revue centrale dans la profession, une pratique dont j'ignorais l'existence - quand quelqu'un en vient à révéler les travers d'une institution clef de son métier professionnelle, c'est qu'il est sur la voie d'une dissidence réelle).

Les personnes qui ont une sensualité débordante et qui se sentent obligées de mettre en scène cette sensualité soit en choisissant de tourner des films X soit en s'affichant comme des libertines sur Facebook (beaucoup me contactent à cause de mes écrits sur le sujet) m'intéressent. Surtout lorsqu'il s'agit de femmes, parce qu'il leur faut tout un cheminement personnel pour en arriver là, tout un jeu avec des censures sociales de tous ordres. Ce genre de personne est assez énigmatique. On ne sait jamais si elles doivent leur intérêt pour le corps à un surplus de vie et de dispositions procréatives innées (notamment à travers un surplus d'oestrogène), à leur beauté physique (mais la beauté physique reflète souvent un excès d'oestrogènes chez les femmes) ou d'un parcours familial et social chaotique (mais cela aussi est lié à la biologie, car un corps trop attrayant soumet précocément à la fois aux tentatives de séduction des hommes, à la censure des parents, à la jalousie des femmes moins belles, et à toutes les tentations qui éloignent du succès scolaire : ce qui voue ce genre de femme à être profondément méprisée des intellectuels, et, du coup, absentes de la culture officielle et caricaturées par elle).

J'ai trouvé cette jeune hardeuse assez attendrissante. Originaire d'Ile de France, elle s'est montrée terriblement sévère à l'encontre du Sud-Ouest, mettant en cause en particulier le racisme qui y est répandu (elle m'a dit notamment qu'on la prenait pour une Arabe ce qui lui valait des malheurs). Vous reconnaîtrez là sans doute le propos d'une de mes lectrices d'orgine berbère, reproduit dans un article de novembre dernier. A l'époque un apparatchik de l'occitanisme (je puis maintenant le critiquer vu qu'il n'a pas tenu sa promesse à mon égard de commenter mon roman ! - je plaisante, bien sûr) avait été choqué par la virulence du propos. Mais force est ici de constater que les témoignages à charge sur le racisme du Sud-Ouest se multiplient (j'en ai reçu d'autres par ailleurs).

Cette dame était un peu excessive dans ses jugements ce matin au téléphone, proclamant même que son département votait beaucoup pour le Front national (ce qui est faux quand on regarde les résultats électoraux). Son décalage avec la région dont elle respire le bon air faisait presque mal. Elle la voyait encore engluée dans un catholicisme qu'elle déteste. Elle disait souffrir du vide culturel de cet endroit, et retourner à Paris "pour y chercher des livres".

Car à l'origine elle est une enfant du Sud de Paris (je voudrais un jour écrire sur ce Paris "ordinaire" et sa banlieue, nord ou sud, "ordinaire", la mémoire qu'ils portent et que la culture officielle néglige au profit du Paris des boutiques de luxe et des grandes écoles).

C'était très beau ce besoin de cette fille qui fait carrière avec son corps de se présenter comme "en manque de lire" (peut-être parce que je lui ai parlé "en tant que sociologue", mais pas seulement je crois, à mon avis le manque en elle est sincère). Belle est sa dissidence entre un héritage religieux qu'elle exècre et un business pornographique où elle s'est sentie mal à l'aise. Elle mène son combat presque adossée à son mari qu'elle cite très souvent (source de réflexion pour les gender studies : ce besoin d'être soutenue par un homme dans la bataille). Je l'ai trouvée un peu moins caricaturale que certaines filles investies dans le porno "alternatif", underground, anarchiste, qui sont souvent liées à des milieux un peu intellos (je pense à une sociologue espagnole lesbienne née dans la vieille Castille conservatrice qui cite Foucault à tout bout de champ, défend une sorte de porno punk, et a fait parler d'elle par son apologie de la libre consommation de testotérone - son nom m'échappe ce soir). Moins caricaturale que ces filles là, elle m'a semblée aussi plus seule. Je trouve significatif que le petit blog qu'elle a créé sur l'athéisme ne cite aucune autre association de cette mouvance. Je lui ai parlé du livre de Dawkins 'Pour en finir avec Dieu" qu'elle ne connaissait pas. Par rapport à l'athéisme aussi, au milieu des militants anti-Dieu, c'est une outsideuse.

Tous ces traits d'appartenance à une périphérie, à une zone non identifiable du point de vue de la culture officielle m'intéressent. Cela donne envie de les explorer. Les lecteurs de mon roman auront trouvé dans la description que je fais de cette personne des traits de l'héroïne de mon roman "La révolution des montagnes", mais c'est purement fortuit. J'espère pouvoir poursuivre mes échanges de vue avec elle indépendamment de cette coïncidence.
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D.H. Lawrence

2 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Je suis enclin à créditer les romanciers d'une plus grande honnêteté que les théoriciens (ce pourquoi j'ai écrit un roman avant de tenter la moindre systématisation de mes théories, bien que celle-ci soit également nécessaire).

Aussi lorsque je lis, sous la plume de DH Lawrence, dans sa préface de 1929 à L'Amant de lady Chatterley, "je veux qu'hommes et femmes puissent penser les choses sexuelles pleinement, complètement, honnêtement et proprement. Même si nous ne pouvons pas agir sexuellement à notre pleine satisfaction, sachons au moins penser sexuellement avec plénitude et clarté", je suis plus enclin à croire en sa profondeur qu'à celle des mouvements psychanalytiques qui lui sont contemporains. Voyez le choix des termes, si lumineux, si apollinien, si confiants dans la force de la pensée, et en même temps modestes, réalistes. N'est-ce point autrement plus doux et fécond qu'un Wo Es war soll Ich werden ?
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Ministère des rapports hommes-femmes

13 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Pour faire suite aux questions d'Edgar, je dois préciser ma pensée esquissée dans le précédent article. Je pense en effet que toute la mythologie du "désir sauvage", peu susceptible de se plier à des règles, a effet de renforcer l'idéologie libérale (sur le lien capitalisme désir voir par exemple Bolstanski) en renvoyant ce domaine à la sphère privée, laissant chacun avec ses frustrations (voir Houellebecq sur toutes les impasses de ce sujet, et le telos nihiliste qu'il y a au bout de tout cela).

Bien sûr le désir ne peu pas être entièrement discipliné, et heureusement, mais il ne faut désespérer ni des institutions ni de la raison pour parvenir à une meilleure gestion de ses pulsions. 

A mon sens, il faut concervoir une politique globale du désir, à partir des axes suivants
- lutte contre le harcèlement sexuel, l'homophobie, et protection de l'enfance (ce qui est déjà à l'oeuvre en ce moment)
- soutien à la contraception et à l'avortement (soutien, mais pas nécessairement encouragement, en ce qui concerne l'avortement)
- redéfinition de la place accordée dans la société au désir, à sa représentation et à sa pratique

Je pense qu'un véritable secrétariat d'Etat au désir physique et aus rapports entre les genres devrait être constitué auprès du ministère des affaires sociales pour prendre en charge ces trois axes.

"Redéfinition de la place accordée dans la société au désir, à sa représentation et à sa pratique", qu'est-ce que cela peut vouloir dire ?

Il s'agit de diffuser un discours qui soit favorable au désir. Non pas, je le disais, un désir sauvage, "continent noir", mais un désir compatible avec la vie en société. La fuite des gens vers des formes très extrêmes de la pornographie par exemple, me semble dériver d'un doute profond sur la capacité à concilier désir et vie ensemble en société. Il faut inverser ce pessimisme de l'être ensemble en misant sur un désir "lumineux", apollinien si l'on veut, ouvert à l'entente avec autrui et à la réalisation d'un intérêt collectif.

Ce discours qui peut passer par l'école, par les médias publics et privés, par l'édition, par les travailleurs sociaux etc peut utiliser divers outils qui vont de la philosophie antique à la pornographie.

Au delà de ce discours, il y a toute une organisation à penser.

Aider les gens à s'affranchir de certaines contraintes de la procréation, en développant les crèches et l'aide à domicile (la France a beaucoup d'atouts sur ce volet spécifique). Mais aussi aider les gens à s'affranchir du productivisme névrosant.

Cela signifie impliquer aussi le monde de l'entreprise dans le projet d'optimisation des désirs.

On pourrait par exemple imposer aux chefs d'entreprises de plus de 50 salariés et responsables d'administrations de réserver une plage horaire de quatre à cinq heures hebdomadaires répartis selon les modalités les plus favorables à l'intérêt du service pour organiser du quick dating, avec ou sans séance de relaxation physique préalable, avec au besoin l'aide de coachs sous contrat (plusieurs solutions sont à penser sur ce volet).

Il faut penser une politique de déculpabilisation, notamment de déculpabilisation des femmes, en même temps qu'une politique de protection qui évite que les pulsions ainsi libérées ne basculent dans une loi de la jungle (jalousies, rancoeurs, vandetta) qui est la logique de la loi du désir lorsqu'elle est mal encadrée.

Nous sommes déjà en bonne voie. La France, affranchie de la tutelle ecclésiastique, a mis en oeuvre des réformes très utiles comme le PACS, l'entrée dans les moeurs d'une éducation des enfants par des parents uniques, ou dans des familles recomposées, ouvre la voie aussi à un assouplissement des logiques familiales pour permettre aux individus de se réapproprier leur destin affectif. Cette souplesse acquise doit être prise en charge par l'Etat pour qu'elle ne se traduise pas par un sentiment de solitude et d'anomie. Encore une politique qui ne peut être pensée qu'en dehors de l'Union européenne.
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Jean-Paul Benglia

10 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Pourquoi ai-je consacré mon dernier compte-rendu dans Parutions.com au livre de Jean-Paul Benglia qui n'est qu'un petit manuel grand public pour aider les gens à dépasser leur timidité, plutôt qu'à des livres "sérieux"  comme "Pourquoi les chimpanzés ne parlent pas
et 30 autres questions sur le cerveau de l’homme" de Laurent Cohen qui vient de paraître chez Odile Jacob, ou "Comprendre le monde" d'Immanuel Wallerstein qui vient de paraître aux éditions La Découverte ?

Parce que le sujet me travaille depuis l'adolescence, parce qu'il tyrannise beaucoup de monde : la timidité, pourquoi les rapports entre les sexes (les "genres" comme disent certains sociologues auxquels je m'oppose) vont si peu de soi.

Evidemment je pense que Benglia, avec beaucoup de bonne volonté altruiste, et même la foi du charbonnier, prend le problème par le mauvais côté. Identifier la timidité comme une maladie qu'on va traiter avec des méthodes comportementalistes, du "coaching" et autour de laquelle on va créer une sorte de "communauté" à l'américaine qui va revendiquer des droits, tout cela me paraît tout-à-fait voué à l'échec.

Il est heureux bien sûr qu'après l'idéologie freudo-marxiste - et même souvent, au prix de gros contresens, freudo-nietzschéo-marxiste, je pense à ce film de Liliana Cavani qui faisait de Nietzsche le chantre de la révolution sexuelle -, on soit revenu à une forme de réalisme qui réintroduit la différence éthologique entre les sexes, et réfléchit à ses expressions concrètes (les énormes décalages de comportements entre hommes et femmes). Mais on évacue du coup trop souvent la dimension politique. On ne peut pas être entièrement constructiviste, et croire que l'idéologie d'une société détermine les rapports intersubjectifs sans que la nature profonde de chaque individu ne joue un rôle (la nature profonde à la fois individuelle et collective, commune à l'ensemble du sexe). Mais on ne peut pas réduire cela non plus au problème "thérapeutique" de chacun, comme si la culture dominante (toute la political correctness, toute la culpabilisation des individus, leur anonymisation, la création de barrières entre eux, la "respiritualisation" des institutions) ne jouait pas un rôle important.

Mais on a l'impression d'une quadrature du cercle qui n'a pas été résolue, comme le problème de la faim dans le monde, ou celui de l'épuisement des ressources énergétiques. Tout comme on n'ose pas poser au niveau mondial la question de la redistribution radicale des richesses entre le nord et le sud, ou celle de la décroissance organisée, de même on ne pose pas celle d'une recherche collective des voies et moyens d'une émancipation libidinale (sans que cela ne débouche sur de la violence libidinale). Privatiser le problème de la libido, comme on privatise celui des inégalités sociales, organiser le retrait du politique par rapport à cette question - meilleur moyen d'y faire triompher un mélange bancal d'aspiration progressiste et de conservatisme frileux - voilà le projet des pouvoirs moraux de notre époque (j'ai encore en tête ce dialogue avec cette responsable monténégrine "reichienne" d'une agence européeen, qui disait que seule devait relever des politiques publiques la contraception et la lutte contre l'homophobie). Et ce n'est pas la pauvre Michela Marzano qui aidera à lutter contre ça.

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Political correctness

27 Mars 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Political correctness, esprit de censure, encore et toujours. La cible : le rappeur Oreslan et sa chanson "Sale p*". Sur les bancs de l'accusation, si je relève les noms de l'article de Libération repris par Yahoo : Valérie Létard, Christine Albanel, Marie-Georges Buffet (sans doute conseillée par Clémentine Autain).Sur le site de Libé concert d'indignations devant ce clip.

Que dire ? Musicalement c'est assez nul. Les paroles aussi. Faut-il pour autant le censurer. Comme je le dis toujours, dans ma veine chomskyenne, je ne censure que les appels au meurtre. En est-ce un ? Si je comprends bien cette chanson, elle est l'expression réaliste du désarroi d'un mâle que sa copine trompe. Le réalisme n'a pas bonne presse de nos jours, les hormones masculines encore moins. Il y a cent ans les mâles flinguaient leurs partenaires infidèles. Aujourd'hui beaucoup moins. Il chantent leur soif de vengeance sur des musiques lamentables. Les militantes de la cause féminine devraient se réjouir de ce progrès. Au lieu de cela elles veulent le silence radio. Cachez ce réel que je ne saurais voir, cachez les pulsions. Faisons croire aux mâles que nous sommes dans un monde de bisounours, de barbapapa, infantilisons-les comme le fait Sarah Palin. Et après, quand bien même on y parviendrait, empêchera-t-on certains jeunes gens d'épouver ce qu'Oreslan exprime dans sa chanson quand leur copine les quitte ?

On me dira qu'on reconnaît à chacun le droit d'éprouver ce qu'il veut pourvu qu'il ne passe pas à l'acte. Ce qu'on lui dénie c'est le droit à la représentation de ce ressenti dans l'espace musical, ou visuel. Eprouver sans représenter, éprouver dans les ténèbres. N'est-ce point la voie de la névrose et de la destruction ? Je suggère à Mme Autain et Mme Buffet de présenter à l'assemblée nationale une proposition de loi en vue d'obtenir l'éradication de la testostérone chez les hommes. Sans ce complément biologique indispensable, leur censure sur les mots et les musiques risque d'être bigrement contreproductive.

You Tube a eu une réaction saine : interdire le clip aux moins de 18 ans, et seulement à cela. Protéger les enfants, et les ados c'est légitime. Mais laissons aux adultes la liberté de symboliser comme ils le veulent leurs pulsions.
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Culture clash on the beach

27 Avril 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

La photo figure sur http://www.exile.ru/blog/detail.php?BLOG_ID=16585&AUTHOR_ID=

Le titre "Vacationing Russians Experience Culture Clash"
Le sous-titre "Hurgada culture clash: A Russian slut dry humps her drunk vacation-sponsor's tailbone (foreground), while in the background, a fully-burqa'd Egyptian woman drowns herself to avoid the shame of watching her daughter Go Russian."



Cela m'a fait penser à une fille serbe qui cherchait un "sponsor" sur le tournage du court-métrage de Vesna Bejic. Et aussi à l'article du journal Le Monde du 24 août 2008 qui disait ceci :

"Le Hamas instaure "décence" et "respectabilité" sur l'ancienne plage huppée de Gaza"

"De la vaste salle de réception qui marquait l'entrée de la plage huppée de Gaza, il ne reste qu'une charpente calcinée. L'endroit, surnommé "Chaléatte" ("chalets", en arabe) en référence aux bungalows alignés sur le sable, a fait les frais de la colère du Hamas. Parce les membres de la Force spéciale du Fatah, une escouade de miliciens à la brutalité notoire, l'avait transformé en caserne, ce complexe touristique a été détruit, le 14 juin, au moment où les ultimes policiers fidèles au président Mahmoud Abbas rendaient les armes.
 
Désormais réduit à sa belle plage de sable fin, "Chaléatte" a été rebaptisé "Istiraha Al-Aqsa" ("aire de repos Al-Aqsa") et a rouvert sous la houlette de la Jamaat Al-Salah, une association de charité liée au mouvement de la résistance islamique. A partir de 17 heures, quand la chaleur décline, des milliers de Palestiniens viennent y savourer le bon air du large. Tandis que les hommes et les adolescents jouent dans les vagues, les femmes, sagement voilées, veillent sur les plus petits. L'ex-fief de l'élite gazaouie est devenu une plage comme les autres, où le conservatisme naturel de la société palestinienne est désormais de rigueur. "L'ère du bikini est terminée", plastronne Abou Al-Abed, le chef de la sécurité.

L'endroit avait été créé au début du processus de paix par Souha Arafat, alors "première dame" de Palestine. Il attirait la nomenklatura du régime, nostalgique des plages de Tunis où elle avait vécu en exil auprès de Yasser Arafat. Le prix d'entrée, relativement sélectif - 20 shekels (3,5 euros) par personne - permettait à quelques rares audacieuses de se baigner en maillot, à l'écart des regards indiscrets. Le chanteur égyptien Mustafa Amar s'y était produit et la danseuse du ventre Fifi Abdou, reine des nuits cairotes, y était passée lors d'un séjour auprès de son mari palestinien.

De ce passé jugé "indécent", les nouveaux propriétaires ont fait table rase en abaissant le prix d'entrée à 10 shekels (1,7 euro) par famille. "Maintenant, ceux qui viennent ici sont des gens normaux, avec un comportement respectable", affirme Abou Al-Abed.

Kamal Hbeir, 58 ans, patron d'une petite entreprise de textile, est l'un d'eux. Assis sous un parasol, les pieds léchés par les vagues, il surveille sa petite fille qui barbote dans une bassine remplie d'eau. "Regardez son sourire, dit-il. Pour une bouchée de pain, toute la famille se paie une journée de détente formidable. Avant, ce lieu n'était pas honorable. Nous n'y allions jamais. Aujourd'hui, si des jeunes s'avisent de draguer une fille, la Force exécutive (la police du Hamas) arrive dans la minute." En retrait du rivage, un groupe de jeunes membres du Hamas achève une réunion. "Nous sommes venus faire une journée de formation et de détente ici, explique l'aîné, Mohamed Masri, 25 ans, employé du ministère de la santé. Depuis qu'Abbas et sa clique de débauchés sont partis à Ramallah, cette plage est ouverte à tout le monde. C'est un véritable progrès." Au programme de leur fin d'après-midi : baignade, partie de football et barbecue. Sans oublier la prière du coucher du soleil, célébrée, comme tous les jours, dans une tente dressée sur le sable. 
 

Benjamin Barthe"

D'un point de vue féministe, où est la véritable libération, la véritable dignité, de la femme ? dans l'invasion capitaliste qui a démultiplié la prostitution en Europe de l'Est, ou dans la censure morale des islamistes ? D'un point de vue de gauche où est le véritable progrès social : dans les plages seins-nus de la bourgeoisie de l'OLP, ou dans les plages populaires du Hamas où il faut garder le voile ? Réflexe naturel des intellectuels occidentaux sur ce sujet : "ni ni". Ni le foulard, ni la prostitution (cela vous rappelle un slogan n'est ce pas ?). Mais dans la vie réelle, au jour le jour, les peuples doivent choisir. La Troisième Voie idéale dont un maître de conf ou un journaliste bien nourris aiment à rêver dans un bureau n'a pas de moyens concrets de s'imposer dans les faits (ce serait justement au journaliste, au maître de conf, de travailler à sa voie de réalisation concrète s'il voulait y penser d'une manière responsable). Alors, où est le choix raisonnable ?

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