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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #philosophie et philosophes tag

Le christianisme de Roger Garaudy

20 Septembre 2022 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes, #1950-75 : Auteurs et personnalités, #Lectures, #La gauche

Disons le, je ne suis pas très impressionné par le christianisme de Roger Garaudy (qui fut un des principaux cadres du Parti communiste français à l'époque de Maurice Thorez) et lui préfère de loin, dans le registre des christianismes d'agrégés de philosophie, celui de Maurice Clavel, qui part d'une expérience existentielle beaucoup plus profonde et d'une approche vraiment tragique du destin de l'Occident. Garaudy, lui, dont j'admire pourtant le parcours jusqu'en 1970 et le courage, est trop intellectuel. Sa façon de tout faire partir dans "Parole d'homme" de l'amour est creuse, et cela sonne faux, même son hommage au naturisme (on devrait dire  l'adamisme). Clavel quand il parle de l'amour cible juste, Garaudy confine aux poncifs de la pop music des années 80. On sait que l'amour est capital pour parler du christianisme, mais Garaudy en se réfugiant derrière Aragon ne sait faire que du "name dropping". Et puis, naturellement, le point aveugle de sa pensée est l'absence des démons dans sa vision de la trajectoire humaine, conséquence naturelle d'une tendance à gommer le sens du mystère et de la repentance. Cela donne un christianisme éclectique, ouvert à tous les vents (à la fin ce sera le vent de l'Islam qui l'emportera chez lui, mais un Islam d'ailleurs très subjectif et un tantinet guimauve...). Dès avant sa conversion islamique il était plus panthéiste que chrétien, tout comme son modèle Romain Rolland. Je ne dis pas que tout est faux dans cette approche spirituelle. Simplement il faut être conscient de ses dangers dans l'ordre du luciférisme (comme bien sûr l'anti-humanisme d'un certain intégrisme chrétien a aussi ses dangers).

"Parole d'homme" présente quand même un intérêt historique... La lettre de Maurice Thorez sur le christianisme notamment, qui est à mettre en regard avec un travail que je voudrais faire sur l'autre grand chrétien socialiste panthéiste que fut Pierre Leroux. Et puis bien sûr il s'y trouve toujours d'utiles piqûres de rappel contre la pensée bourgeoise.

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Où est la France ?

10 Mars 2022 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes, #Débats chez les "résistants", #Lectures, #Peuples d'Europe et UE

Leroux blâmait la France carthaginoise et anglicisée qu'avait porté dans ses bagages la défaite de Napoléon. Cette France-là nous ne l'avons jamais quittée. Et la réélection de Macron la parachève dans tout son cynisme et son totalitarisme.

Mais ce n'est pas le seul problème, nous avons une France Anglo-saxonne (aucun jeune ne sait faire deux phrases sans un mot anglais au milieu), mais dans une Europe allemande. Boutang, allergique à la culture d'Outre-Rhin, au détour de ses Réflexions sur la féodalité d'après Cournot relève sous la plume de Hegel dans ses Leçons sur la philosophie de l'Histoire cette phrase : "L’esprit germanique est l’esprit du monde moderne qui a pour fin la réalisation de la vérité absolue en tant que détermination autonome infinie de la liberté, cette liberté qui a pour contenu sa forme elle-même". Pour lui cette conception n'est que l'affirmation d'un Moi aussi innocent, comme chez Rousseau, que dictatorial car il ne se reconnaît aucun intérêt pour les choses extérieures, ayant pour principe le Gemüt "cette totalité voilée et indéterminée de l'esprit, selon la formule de Hegel...où l'homme a en lui-même sa satisfaction d'une manière aussi générale et indéterminée". Cette conception perdure dans la nouvelle Allemagne européiste : "La facilité avec laquelle l'Allemagne accepte l'idée de l'Europe, la ruine de ses anciennes fins illimitées, la suppression des anciennes frontières, explique-t-il, a sa cause directe dans le rêve complaisant qu'elle peut faire, où son moi n'est pas lié à une terre, aliéné par des frontières, mais égale à l'Europe, en attendant l'univers "d'une manière générale et indéterminée" ". Chacun devrait garder cela à l'esprit à l'heure où nous acceptons que l'ancienne ministre de la défense allemande, présidente de la commission européenne, engluée dans des conflits d'intérêt non seulement commande neuf doses de vaccins Covid pour chacun d'entre nous mais aussi interdise sans fondement juridique en lieu et place de notre gouvernement RT et Sputnik sur notre territoire, et menace de guerre la Russie.

Admettons donc, en combinant Leroux (que Boutang ne désavouerait pas sur ce point) et Boutang lui-même, que la France soit tombée sous le joug de deux démons - ou princes des nations, pour parler un vocabulaire biblique - celui de l'Angleterre pour le négociantisme, et celui de l'Allemagne pour l'universalisme égotique - pour la construction de la nouvelle Babel antéchristique.

Où la France peut-elle trouver ses ressources de résistance. Les disciples de Maurras comme Boutang diraient "dans sa terre", son attachement à des frontières, à son hexagone, enracinement terrestre d'où découla l'ordre féodal, porteur de plus de vraies libertés selon cet écrivain (parce qu'il y avait encore du rapport interpersonnel, même avec le paysan) que l'ordre soi-disant démocratique des deux derniers siècles (et singulièrement des deux dernières décennies où la boîte vocale remplace partout même l'agent du guichet, et remplace même désormais vos gouvernants - tapez sur la touche 1 si vous acceptez la servitude, et sur 2 si vous ne la refusez pas, sinon merci de raccrocher)...

Je ne sais qu'en penser. Y a-t-il encore une terre française depuis qu'elle est labourée par des tracteurs, chargée de pesticides, envahie d'éoliennes et sillonnée d'autoroutes ? Il y a peut-être un hexagone dans la tête des gens. Il existait en tout cas chez les Gilets jaunes éborgnés (dommage seulement qu'il ait été gâché par l'esprit de Johnny Hallyday...). Cet esprit je le retrouve chez Anne-Laure Bonnel (qui avait filmé le mouvement populaire de fin 2018) avec sa légère impertinence sur BFM TV, et sa grande générosité aux côtés des familles de mineurs du Donbass (les nouveaux damnés de la Terre, comme les Serbes de la mine de charbon de Strepca au Kosovo en 1999, soyez sûr que France Info-Radio Paris ne tendra pas de micro à ces gens là). Mais les Gilets jaunes sans la Sainte Ampoule peuvent-ils faire autre chose qu'un feu d'artifice à la 1848 ou à la 1871 ?

Les Français font la Sécurité sociale autogestionnaire en 1946, et la rémunération attachée à la personne et non à production grâce au militantisme de la cégète, continuons dans cette lignée sans rien attendre de l'Etat, nous dit la catholique communiste Friot, que je soupçonne de réintroduire du personnalisme chrétien dans le marxisme. Hé, y a-t-il une base sociale pour cela quand même la majorité des fonctionnaires votent pour Macron ? Chez les abstentionnistes ? On se demande bien quelle action surnaturelle les remobiliserait quand les LBD de Castaner les ont durement dispersés. Inutile de refaire de chimériques "convois de la liberté" si le projet politique derrière n'est pas prêt, ni la stratégie restauratrice non plus.

Il semble qu'il faille à nouveau avant tout réfléchir, toujours plus, à ce qu'est ce pays des hommes libres, les francs, ce qu'est sa liberté, d'où elle vient pour qu'elle puisse encore aller quelque part. On ne peut se satisfaire du constat de la juriste Valérie Bugault selon lequel la langue française ne figure pas sur les Georgia Guidestones. C'est peut-être vrai, et c'est peut-être un signe, mais au delà du signe, il nous faut travailler. Retrouver l'essence métaphysique de la liberté française, la comprendre dans son histoire concrète ancienne et récente, si l'on veut qu'elle soit autre chose qu'une devise de campagne ou un slogan publicitaire.

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Les faiblesses de YouTube

7 Mars 2022 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes, #Débats chez les "résistants"

Je suis toujours attristé d'entendre sur YouTube des énormités proférées par des gens qui sont présentés comme des personnes d'autorité dans leur domaine, et ce même dans la sphère de l'information alternative où les gens devraient faire d'autant plus attention qu'ils sont minoritaires. Hier j'écoutais une conférence ici du Pr Marc Henry sur l'eau qui déclarait : "on a découvert que l'espace ça existait, c'est essentiellement M. Descartes au 18e siècle (sic) qui découvre que pour localiser un phénomène il faut dire où il se trouve" ! Ah tiens ? Avant les gens arrivaient donc à vivre sans savoir que pour localiser quelque chose il fallait savoir où ça se trouvait ? Pour ma part je pense plutôt que Descartes (qui vivait au 17e siècle) a détruit conceptuellement l'existence objective de l'espace en le réduisant à une étendue mathématique, ce qui, ensuite, permit à Kant d'en faire une simple catégorie a priori de la sensibilité. Inutile de dire que je n'ai pas écouté la conférence au-delà.

Ensuite j'ai zappé sur l'inénarrable France Soir ici qui, après avoir donné la parole pendant le Covid à toutes sortes de chamanes et d'amateurs de mangas, interviewait une ancienne journaliste-correspondante en Russie (d'on ne sait quel journal) qui ose dire en minute 10'30 : "Il est vrai que les deux Etats (la France et l'Allemagne) garants du respect des accords de Minsk n'ont jamais prononcé au cours de ces huit dernières années les mots accords de Minsk"... Alors que ces mots ont été en réalité le mantra de ces deux pays, et l'étaient encore le mois dernier juste avant l'invasion russe (notamment lors de la visite du président français à Moscou). Une chaîne qui laisse passer ce genre d'absurdité ne mérite vraiment pas notre attention.

Heureusement que le carême est une occasion d'abstinence. C'est la bonne période pour ne plus regarder You Tube.

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"Vaincre Macron" du chrétien communiste Bernard Friot

9 Octobre 2021 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche, #Programme pour une gauche décomplexée, #Philosophie et philosophes, #Christianisme, #Débats chez les "résistants"

Il existe une détermination apocalyptique du sens de l'histoire, mais on ne peut en déduire qu'il faille s'abandonner à la contemplation passive des complots antéchristiques pour, au sein des élites, réduire l'humanité en esclavage (qui ne sont qu'une partie des complots des forces des Ténèbres menés à tous les niveaux contre l'humain, et dont nous sommes complices par nos vices et nos aveuglements) : le devoir de charité nous impose de continuer, humblement, à tenter d'aider la société dans laquelle nous vivons et oeuvrer à son organisation pour limiter les effets désastreux (aliénants) de l'exploitation économique et morale. C'est pourquoi on ne peut pas négliger l'analyse économique pour s'en tenir à une posture purement moralisatrice, même si la morale est aussi nécessaire et non entièrement réductible à l'économie.

Et donc, à titre personnel, même si j'ai dépassé le clivage droite gauche, je continue d'évoquer de temps en temps la réflexion sur la transformation sociale que j'avais menée dans mon livre (ma brochure) "Programme pour une gauche française décomplexée" (paru il y a quatorze ans au Temps des cerises, et republié depuis) et continue à dialoguer avec la pensée marxiste, comme je l'ai fait il y a peu à propos du "chrétien révolutionnaire" communiste Loïc Chaigneau. Je veux aujourd'hui parler d'un autre chrétien communiste, ex prof de sociologie à Paris X-Nanterre, membre du PCF, Bernard Friot, et plus précisément de son livre publié en 2017 "Vaincre Macron".

L'intérêt premier de ce livre, dont je trouve le titre un peu réducteur, est de rappeler que le travail doit appartenir aux travailleurs. Par là ceux-ci peuvent s'approprier le pouvoir social sur le monde et sur eux-mêmes, ce qui est une façon de poser la question sociale en des termes diamétralement opposés aux théories de la régulation et au misérabilisme du discours en faveur du revenu universel garanti que même Soros soutient en vue d'imposer un gouvernement mondial (mais c'est la même chose pour ceux qui soutiennent le projet au niveau national). Comment prétendre encore sauver le pouvoir du travailleur sur le fruit du travail quand la religion actuelle de l'intelligence artificielle menace de supprimer tout travail humain ? Voilà une question qui vient immédiatement à l'esprit et l'on peut se demander si l'espoir communiste de réappropriation du travail ne procède pas d'une volonté chimérique de repousser une apocalypse déjà largement commencée dans le processus du Great Reset du Forum de Davos, mais c'est un point que nous ne pourrons aborder qu'après avoir détaillé plus en détail les thèses du "Vaincre Macron".

Le point important du livre de Friot est qu'il part de l'existant, et notamment de l'héritage communiste qui existe en France à travers la grande conquête que fut la création de la Sécurité sociale sous la houlette du PCF en 1946 (une expérience que j'avais évoquée dans mon livre sur la résistante communiste Denise Albert), un héritage que la culture bourgeoise mainstream déforme, mais qui au départ était conçue pour permettre aux salariés de contrôler directement la redistribution au titre de l'assurance maladie et des retraites d'un tiers du fruit de leur travail prélevé sous forme de cotisations obligatoires. Friot fait un récit brillant et synthétique de cette conquête sociale qui ne doit rien contrairement à ce que prétend l'histoire officielle à une harmonie préétablie gaullo-communiste.

L'autre conquête de nature communiste quoique moins directement liée à l'exercice formel du pouvoir politique par le PCF c'est la définition du salaire comme attaché à une qualification, donc à une participation au procès de production, une valeur propre de l'individu dans son emploi et même au delà et non pas à la valeur de la force de travail, salaire attribué à vie indépendamment de sa part dans la valorisation du capital (que ce soit pour un médecin à qui la sécurité sociale fournit une rémunération après même la fin de son activité professionnelle, par répartition de la part de richesse socialisée, pour un fonctionnaire à travers son statut).

Le salariat n'a donc pas été seulement une prison pour la classe ouvrière comme l'a prétendu par exemple Castel, mais par les revendications syndicales (spécialement de la CGT au XXe siècle), qui ont abouti à la définition du patron comme employeur (astreint aux obligations du code du travail), il a abouti à une sorte de front commun des salariés, ouvriers et cadres confondus a pu se créer (p. 44), ce qui explique que le capitalisme aujourd'hui s'acharne à détruire le salariat pour le remplacer par la sous-traitance et le travail indépendant comme au XIXe siècle.

Il y a donc eu une mise en place d'une sortie du capitalisme déjà présente. Par exemple avec la fonctionnarisation des soignants (même libéraux) qui inaugure les "prémices d'une production communiste de la santé".

Le problème avec le néo-libéralisme, nous dit Friot, c'est moins le déplacement de la répartition de la valeur au bénéfice du capital, mais celui du contrôle accru de la bourgeoisie sur la production. Face à cela il ne faut pas demander une meilleure répartition de la richesse mais une meilleure valorisation du producteur. La caisse d'amortissement de la dette sociale est une machine à payer des intérêts aux créanciers. Le gel des cotisations remet en selle les régimes complémentaires aux coûts de gestion bien plus onéreux que le régime général de sécurité sociale. L'indemnisation des chômeurs au pro rata des cotisation brise la logique d'un salaire à la qualification personnelle à vie hors du cadre de l'emploi, de même que l'indexation (en 1986) des retraites sur les prix et non sur les salaires pour ne plus en faire un salaire continué, le projet de Macron de transformer la retraite en récupération des cotisations versées, l'alignement du salaire sur la performance etc. Le RMI est une "aide aux pauvres" dont le concept se substitue à celui de salaire.

Pour contrer cette réaction Bernard Friot propose un combat pour un statut économique des personnes non négociable et inscrit dans la constitution ainsi que pour la propriété d'usage de l'outil de travail par le travailleur (qui choisira les stratégies, les investissements, les financements) et pour un recentrage complet de la démocratie autour du travail (au point qu'il n'y aurait plus d'impôts mais uniquement des prélèvements de l'entreprise que l'Etat tirait le financement de ses services publics et du salaire à vie, et les banques seraient remplacées par des caisses d'investissements gérées par les travailleurs, ce qui prolongerait le geste de collectivisation inauguré par la Sécurité sociale de 1946 au delà du seul domaine de la santé).

Je trouve le travail de Friot très utile pour éclairer le sens des mots des luttes sociales à la lumière de leur histoire réelle, en se désintoxiquant du lexique bourgeois médiatique. Il souligne aussi l'importance de réfléchir à la souveraineté du travailleur entendu au sens large (amener ses enfants à l'école c'est un travail), une souveraineté-dignité qui se retrouve tout d'abord dans les mots (refuser de parler de "dépenses de santé" en lieu et place de "travail de soin médical", refuser la "victimisation" du pauvre, la simple demande de rééquilibrage des répartitions de richesse etc). Mais il me semble que son discours est plus spirituel (il a failli devenir prêtre voyez la vidéo ci-dessous) que marxiste en ce sens que sa revendication vise principalement à l'inscription dans le droit d'un statut du travailleur libéré des caractéristiques de l'emploi et de sa participation à la valorisation du capital. C'est un marxisme réformiste et non de rupture, très axé sur le juridisme, qui pense changer les choses en changeant la loi. L'apport chrétien "dé-virilise" ici un peu le marxisme. Et je ne suis pas étonné que Friot avoue sans s'en repentir avoir adhéré aux sottises de l' "eurocommunisme" dans les années 1970.

C'est à divers égards une dévaluation du marxisme (même s'il en réhabilite l'utilité pour la réflexion sur la praxis quotidienne des gens), qui, en retour, dévalue aussi le christianisme, parce qu'il laisse entendre en filigrane qu'on contribue à la venue du Royaume de Dieu en oeuvrant à l'émancipation du travail du cadre capitaliste, ce qui est une façon de dire que le Royaume pourrait n'être "que ça". Or rappeler que l'Evangile ne cesse de parler du "travail" et de la justice (mais n'oublions pas que la justice de Dieu n'est pas celle des hommes... voyez les ouvriers de la 11ème heure...) est utile, penser la charité (au sens le plus fort du terme) à ce niveau l'est aussi, mais rabattre le christianisme sur cette dimension (ce fut une tentation très forte chez les chrétiens de gauche dans les années 1970) n'est pas seulement blasphématoire et suicidaire pour les âmes individuelles : cela conduit aussi à désarmer les peuples dans le combat titanesque qui s'annonce contre le globalisme luciférien avançant aujourd'hui sous le drapeau de la pseudo-pandémie. Le travail de Bernard Friot est donc à prendre pour le moins avec des pincettes...

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Loïc Chaigneau et le dialogue marxisme-christianisme

30 Septembre 2021 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes, #La gauche, #Christianisme, #Débats chez les "résistants"

Ma conversion et mon intérêt maintenant pour la sémiologie apocalyptique ne me font pas dédaigner complètement mes apprentissages antérieurs en philosophie et en sociologie. Il y a une raison profonde à cela. Un chrétien doit placer la Révélation scripturale au dessus des spéculations humaines, et donc aussi de la raison humaine, tout en laissant également une place à l'action de l'Esprit saint dans sa vie quotidienne pour l'éclairer. Mais ce principe ne saurait faire regarder comme vaine toute rationalité. Ce serait là céder à une facilité qu'apprécient les charismatiques mais qui peut faire verser dans un obscurantisme dangereux. Le Livre de la Sagesse dans l'Ancien Testament, la désignation de Jésus comme Logos dans l'Evangile de Jean, le fait que Saint Paul se soit donné la peine d'argumenter devant l'Aréopage d'Athènes sont une preuve que cette fonction rationnelle introduite par Dieu en l'homme n'est pas supposée être éradiquée, même s'il convient de fortement l'endiguer et d'empêcher sa fétichisation orgueilleuse.

L'histoire du christianisme occidental est celle de la difficile localisation de la place légitime de la raison, avec des poussées en sa faveur (dans la scolastique, dans le classicisme de Bossuet, dans le christianisme libéral français - quoique ce fût avec une coloration romantique très sulfureuse, comme pour les théologies de la Libération au siècle suivant) et des retours vers l'intuition charismatique en réaction (le mysticisme du XVII ème siècle, la charge de Léon Bloy contre les dominicains et contre le christianisme de salon à la fin du XIX ème siècle etc).

Un enjeu important de cette place à donner à la rationalité est de savoir quel poids il faut accorder aux lois de l'économie, car dans cette thématique se glisse toute la problématique de la pauvreté matérielle et culturelle, et celle du juste salaire qui est très importante déjà dans le Nouveau Testament (mais aussi dans l'Ancien), ce qui signifie qu'elle l'est aussi pour Dieu, ce que les chrétiens bourgeois évidemment évitent de prendre en considération en se contentant de diaboliser le communisme et les mouvements révolutionnaires. Si l'on est purement charismatique, on se borne à mener une action spontanée inspirée au service des pauvres comme l'a fait Savonarole à Florence avec tous les égarements apocalyptiques que cela a entraîné (car aucune inspiration n'est à 100 % exempte d'influence démoniaques). Si l'on laisse une place à la raison, il faut entretenir une forme de dialogue avec les sciences sociales athées (marxisme, bourdieusisme etc), sans se laisser prendre au piège de leurs présupposés antéchristiques mais en conservant seulement ce qui dans leur méthode d'analyse relève d'un exercice de la raison et d'une défense du bien commun conformes aux lois divines.

Dans le cadre de ce "maintien du dialogue", j'ai été intéressé par les prises de position du jeune Loïc Chaigneau, ancien professeur de philosophie de lycée, et membre du Parti communiste français, marxiste "classique", qui peut m'être sympathique à la fois parce qu'il défend une position réellement conforme aux intérêts des classes populaires françaises (refus du pass vaccinal anti-Covid, refus des mythes écologistes, défense de la démocratie directe et de la sortie de l'Union européenne), et parce qu'il adhère aussi dans le même mouvement au christianisme révolutionnaire.

Il faudrait prendre du temps pour discuter des thèmes qu'il traite dans ses vidéos et dans le cadre de son "Institut Homme Total". Je me contenterai simplement pour l'heure de brèves observations. Lorsqu'il instruit le procès du bourdieusisme ou du spinozo-bourdieusisme dans cette vidéo contre le salaire universel recommandé par Frédéric Lordon, il relance le vieux débat entre idéalisme et matérialisme dialectique, en reléguant Bourdieu clairement dans le premier camp (Bourdieu étant pour lui réduit à sa composante wébérienne), là où Marx permettrait de penser une praxis des classes populaires, beaucoup plus fondamentale et efficiente, par delà le jeu des catégorisations. Il s'agit là d'un procès ancien fait à Bourdieu qui néglige le fait que celui-ci entendait synthétiser à la fois Weber-Durkheim et Marx dans un structuralisme à la fois linguistique et pratique, pour intégrer en quelque sorte toutes les interactions ou inter-implications pourrait-on dire entre la structure et la superstructure. Bourdieu prétendait laisser toujours une place à la praxis, contrairement à ce que laisse entendre Loïc Chaigneau.

On peut penser qu'il le faisait insuffisamment parce qu'il laissait une place excessive au constructivisme néo-kantien qui réduit la réalité sociale à des représentations. C'est ce que j'ai développé il y a plus de dix ans maintenant dans mon article sur Bourdieu et Chomsky ici. Loïc Chaigneau combat cette dérive qu'il qualifie de "contre-révolutionnaire" au nom d'une philosophie de l'histoire (que l'on peut qualifier d'eschatologique) qui restitue à la praxis sociale son autonomie indépendamment du langage. La révolution devrait être pensée à partir de cette praxis seule, et à partir des contradictions systémiques qu'elle révèle. Je ne sais pas trop ce que cela peut signifier concrètement. Ce que je sais c'est que cette analyse du sens de l'histoire ne peut pas reposer sur un matérialisme dialectique, puisque la matière par elle-même ne pense pas. Sauf à la considérer sous l'angle du travail et la praxis le partenariat entre Dieu et l'âme humaine (l'idée promue par le Nouveau Testament que Jésus partage le joug avec ses disciples), dans la définition concrète au niveau du travail d'un horizon social nouveau. C'est peut-être ce que Loïc Chaigneau désigne quand il fait référence dans une autre de ses vidéos au fait que le Royaume de Dieu est à la fois à venir et toujours déjà. Mais cela pose un problème premièrement à l'égard du marxisme : car si c'est de la présence de Dieu qu'il s'agit, il n'est plus question ici d'une matière qui se donne à elle-même ses propres loi, et pourquoi devrait-on étudier les lois qui régissent les facteurs de production, si l'issue historique peut dépendre du lien privilégié de l'âme à Dieu, ou au diable d'ailleurs (comme on le voit souvent avec l'émergence des leaders providentiels ou démoniaques dans l'histoire des peuples) ? Le deuxième problème est à l'égard du christianisme : concevoir le Royaume de Dieu comme simplement un horizon d'émancipation sociale, c'est, comme Joaquim de Flore, intercaler un possible millénarisme avant la fin définitive des temps (ce que je retrouve aussi dans les prophéties catholiques sur le Grand Monarque). Mais intercaler des millénarismes, des sortes d'Age d'Or de Saturne, qui retardent la fin dernière, c'est possiblement désarmer les croyants qui sont censés veiller spirituellement, et au contraire les endormir sous un règne antéchristique (car George Soros et Bill Gates peuvent très facilement vous pondre un Grand Monarque ou une République communiste égalitaire dont ils tireront les fils en vous disant : voici le Royaume de Dieu sur Terre). Et c'est aussi ré-introduire la possibilité d'un temps cyclique chère au paganisme et à l'hindouïsme (et à sa synthèse New Age), dans lequel les apocalypses ne seraient que des événements périodiques sans que la regénérescence complète du monde matériel et spirituel ne soit vraiment envisageable.

Si, comme le laisse entendre Loïc Chaigneau la révolution n'est pas seulement affaire de déterminations (ou de volonté divine) mais aussi de volonté humaine (de participation de nos âmes), ce qui est effectivement conforme à l'image du partage du joug dans l'Evangile que je citais plus haut, alors on peut penser aussi que l'Apocalypse finale ne peut être le fruit que d'une volonté conjointe de Dieu, des incroyants et des croyants. La somme des trois étant ce qui aboutit à la révélation de l'Antéchrist et au retour de Jésus. Mais si le Royaume est pensé en des termes économicistes marxistes sous la catégorie de la fin de l'exploitation (ou de la fin du néo-fascisme capitaliste actuel), je crois qu'on ne fera que retarder cette Apocalypse, et donc retarder la venue de ce que doit être réellement le Royaume de Dieu, un Royaume dont l'économie n'est qu'une  partie et non pas le centre.

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La chute de Michel Foucault (mon article en anglais paru aux Etats-Unis)

11 Mai 2021 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes, #Grundlegung zur Metaphysik, #Christianisme

Pour l'infirmation de mes lecteurs, je signale la parution dans l'e-magazine chrétien américain Culture Wars (mai 2021) de mon article (en anglais) qui tire toutes les conséquences des révélations récentes de Guy Sorman sur le fait que le philosophe français "post-structuraliste" Michel Foucault en 1969, maître à penser international depuis 50 ans, exploitait la misère économique des enfants tunisiens en leur imposant des rapports sexuels nocturnes dans des cimetières. En voici le début ci-dessous :

 

The Fall of Michel Foucault

Last month, March 2021, during an interview on France TV-France 51 channel, philosopher Michel Foucault’s former friend and “right wing” columnist Guy Sorman (who’s 77 years old now), declared: 

I think it is important to know when an author was or wasn’t a bastard (“salaud”). And when we learn that he was a bastard – just like Celine and Morand – we still can read his works. I’m not asking to burn Celine’s or Paul Morand’s books, but I believe it is important to know when an author was a terrible person. I’m talking about Foucault. What Foucault did with kids in Tunisia (in 1969) – and I saw it and I blame myself for not having denounced it at the time – drives me, not only to reject Foucault’s work, but to look back at it in a different way. It’s not about “cancel culture” like in the US, but we have to look at culture with a double sight. These things were completely despicable – with young children! – not to mention the problem of consent. They [the children] were not white, not even French. This is extremely ugly morally stuff.” Mainstream British Newspaper The Sunday Times2 was even more specific on the subject after interviewing Sorman: “Young children were running after Foucault saying ‘what about me? take me, take me’ he recalled … They were eight, nine, or ten years old. He was throwing money at them and would say ‘let’s meet at 10pm at the usual place.’ He would make love there on the gravestones with young boys. The question of consent wasn’t even raised.”

This news, coming a few days after his very anti-Christian book (mainly aimed at the early Fathers of the Catholic Church) Confessions of the Flesh: The History of Sexuality, Volume 4, published in an English translation, had the effect of a bombshell. Many French speaking mainstream media in France like Yahoo!3, weekly Le Point,4 French TV CNews,5 etc., in the Maghreb like Courrier de l’Atlas6, but also various media in different languages from Middle-Eastern Al-Bawaba7 to Argentinian Pagina128 spread the news.

Although most media outlets commented on the fact that the matter of the consent of those abused children was never raised and on the silence of the journalist who witnessed the facts in Tunisia 52 years ago, none emphasized the Satanic nature of these sexual orgies performed on tombs, something which connects to demonic realms and shows the real deadly face of the so-called “liberation sexuelle” whose most prominent 20th century prophet was Foucault.

As a matter of fact, from the French public perspective, this was just one more nail in Michel Foucault’s coffin. Foucault used to enjoy an unparalleled reputation in French intellectual left wing circles (which means in the vast majority of intellectual milieux) in the 1970s, just after the “revolution” of 1968, as a brilliant advocate of the “liberation des moeurs” (sex liberation) attacking Christianity, but also psychoanalysis and other forms of State or institutional repression of individual desire. But that tide had already begun to ebb at the end of the 1980s. When I was myself a student at the prestigious Institut d’Etudes Politiques de Paris (“Sciences Po”) and the Paris-Sorbonne University (from 1989 to 1991), most scholars commented on Luc Ferry’s book La Pensée 68, published in 1985.9 Professor Ferry, a proponent of neo-Kantian secular humanism and typical member of the elite, who would later become the minister of public education under Jacques Chirac at the time of the Iraqi war, rightly pointed out (with his co-author Alain Renault) that all the intellectual post-1968 trends rooted in structural linguistics like Louis Althusser’s Marxism, Pierre Bourdieu’s sociology, Jacques Derrida’s deconstructivism, Jacques Lacan’s psychoanalysis or Gilles Deleuze’s and Michel Foucault’s versions of Nietzscheanism dangerously undermined the notion of free will and moral responsibility which was an essential part of the thought of figures like Saint Augustin and René Descartes.

During the course of the 1990s, Foucault lost his influence at philosophy departments in French universities, which became more and more interested in analytical philosophy imported from English speaking countries, Foucault being considered less a philosopher and more like a historian of social institutions and their relation to the body. Paradoxically, Foucault’s second wave of success in France in the first decade of the 21st century came more as a boomerang effect from the USA through two kinds of strongholds: gender studies and LGBT lobbying on the one hand and health care sociology on the other.

Even after losing his reputation as a “real philosopher,” Foucault remained a kind of icon in the gay community as a heroic fighter for the rights of minorities. Activist writers like his former companion Daniel Defert (who sold Foucault’s archives to the Franch national library for 3.8 million euros (4.5 million dollars) in 2014 on the 30th anniversary of his death after selling part of his library for 350,000 dollars to Yale university 10 or like Didier Eribon11 who published his biography in 1989 and was a columnist in prestigious liberal media outlets like L’Observateur, Le Monde, Libération, Les Inrockuptibles, tried to preserve the cult of Foucault amongst their bourgeois (“bobo”) readers making him indispensable for the gay cause in general  and in particular for the gender studies that popped up in the 2000s and 2010s, which used Foucault as a deconstructivist tool against the legacy of patriarchy.

This influence of Foucault declined from what it had been in in the 1970s, because no one could seriously believe any more that social reality was the mere product of “discourse,” as the structuralists had claimed. But there were other reasons for the decline of his reputation. Fallout from the Sokal hoax12 after 1996 combined with the development of neurosciences and evolutionary psychology studies in the 2000s challenged the cultural hegemony of all post-structuralist thinkers,13 while the prestige of human science universities declined.

The legacy of Foucault might have survived in the ghettoes of gay rights and gender studies if another stronghold for Foucauldism hadn’t emerged around the same time, namely, the field of biopolitics and biopower that Foucault had developed as the last part of his oeuvre after 1976. As the corporate global power of Big Pharma became more and more visible after the first SARS and H1N1 pandemics, multiple controversies arose concerning the side effects of chemical medication in all fields from psychology to oncology, and exposed the grasp of medical technostructures on the public long before the outbreak of Covid19. SUITE DE L'ARTICLE ICI AVEC LE RESTE DU NUMERO DE MAI POUR 4 DOLLARS

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Le CERN toujours aussi occultiste

14 Mars 2021 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #Philosophie et philosophes, #Le monde autour de nous, #Les Stazinis

Continuons de suivre les remises de prix annuelles du prix "Collide International" qui octroient des résidences d'artistes subventionnées par le Centre européen de recherche nucléaire. En 2018, le prix était revenu à une créatrice britannique de jeu de tarot, auteure d'une exposition en hommage à un projet de contact extraterrestre nazi qui aujourd'hui poursuite des expériences de voyages astraux extra-corporels avec la Galerie Serpentine de Londres ; en 2019 à une autre auteure de jeu de tarot, hollandaise cette fois. Le mois dernier, 16 février, on apprenait que le nouveau lauréat (parmi 564 projets soumis) était le projet Black Quantum Futurism (BQF) de Philadelphie (Etats-Unis) de Camae Ayewa et Rasheedah Phillips.

«Le projet, explique le site du CERN, cherche à comprendre comment la physique quantique peut influencer la façon dont les gens pensent, expérimentent et mesurent le temps dans la réalité quotidienne, en explorant les possibilités qu'offre la physique quantique au-delà des limites des notions traditionnelles et linéaires du temps», expliquent les artistes. «Grâce à ce projet, nous nous connecterons avec des scientifiques basés au CERN pour en savoir plus sur leurs recherches sur le temps en physique - en particulier en étudiant les expériences menées sur la symétrie CPT, les recherches des scientifiques du CERN sur les théories quantiques de la gravité et d'autres phénomènes de physique quantique puisqu'il s'agit d'enquêtes sur le temps. »

Par delà ce verbiage, retenons que Camae Ayewa est une musicienne qui pratique ce qu'elle appelle le "rap de sorcière" ("witch rap") incantatoire et écrit de la poésie sur les "ossements fétiches".

Rasheedah Phillips, juriste, militante féministe, investie dans "l'afro-futurisme" à Philadelphie, développe des théories sur les temps subjectifs cycliques par les personnes de couleur aux Etats-Unis, leur utilisation des objets du quotidien pour voyager dans le temps (une thématique très utilisée à Hollywood, notamment dans des films ésotériques qui faisaient référence à Trump), leur projection dans une société apocalyptique.

Vous ne le croiriez pas peut-être, mais cette troisième remise de prix du CERN a elle aussi ... un rapport avec le jeu de tarots ! Sur le site de l'Institut d'art contemporain (ICA) de l'université de Pennsylvanie le 28 septembre 2016 on pouvait lire : "Rejoignez l'ICA pour une soirée de musique et de performance de Black Quantum Futurism ( Rasheedah Phillips + Moor Mother) avec des lectures de Metropolarity, des paysages sonores de Mind Over Matter Music Over Mind, de la musique de l'ensemble de jazz Irreversible Enanglements et des tirages de tarot gratuits avec des prophétesses. Servez vous pour obtenir gratuitement des cartes de tarot de Black Quantum Futurism à emporter et une affiche sérigraphiée à emporter avec un graphique BQF pour un changement d'espace-temps à faire soi-même. BQF installera également un stand Oral Future, avec une enquête sur le temps et la mémoire."

Oui, Black Quantum Futurism a son propre jeu de tarot pour y faire parler des entités occultes ! Les diseuses de bonne aventure vous offraient une lecture sur ses cartes à la soirée organisée par l'université pennsylvanienne en 2018 (ben voyons...)

A bien y réfléchir personne ne devrait s'en étonner quand on sait que cette mouvance veut réhabiliter la soi-disant spiritualité ancestrale noire (vaudou, santeria, c'est à dire la sorcellerie) contre les religions monothéistes abrahamiques (christianisme, judaïque) qui ont une conception linéaire de la temporalité et de l'histoire. Une fois de plus le CERN choisit le domaine antéchristique de l'invocation des esprits ancestraux pour anticiper l'avenir...

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Ne soyez pas égoïstes - faites circuler l'information : si un billet de ce blog vous intéresse, partagez le par mail ou sur les réseaux sociaux.

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"Les droits de l'homme contre le peuple" de Jean-Louis Harouel

29 Décembre 2020 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures, #Philosophie et philosophes, #Christianisme, #George Soros, #Peuples d'Europe et UE, #Colonialisme-impérialisme, #Débats chez les "résistants"

Je lisais hier "Les droits de l'homme contre le peuple", de Jean-Louis Harouel, professeur émérite de Panthéon Assas (un livre court et profond, publié en 2016, dont je vous conseille la lecture pendant la fêtes car il se lit très vite et très bien). Je suis loin d'être d'accord avec tout ce qui est dit. Notamment je pense que le livre surestime le "péril musulman" (même si, c'est vrai, il ne faut pas sousestimer la gravité de menaces que font peser sur notre civilisation des projets comme ceux des Frères Musulmans, trop creuser le fossé entre immigrés musulmans et autochtones chrétiens est une erreur dangereuse). Mais il nourrit une réflexion très intéressante sur les dangers de l'idéologie des droits de l'homme comme nouvelle forme de stalinisme. Il montre sur le plan philosophique que cette idéologie, comme toutes les doctrines de gauche (y compris le marxisme), s'enracine à la fois dans la Gnose (cette hérésie chrétienne qui divinise l'humanité) et dans le millénarisme (une philosophie de l'histoire qui veut préparer ici bas, notamment par la lutte contre les inégalités, le règne terrestre de mille ans du Christ), deux courants synthétisés par les prophéties de Joachim de Flore. C'est donc largement là du christianisme dévoyé qui ne retient du message messianique que l'amour et pas la justice, et qui, en ouvrant la possibilité d'un paradis terrestre dans l'avenir légitime l'amoralité, puisqu'on peut étouffer son prochain aujourd'hui au nom de ce futur Bien rédempteur qu'on se prépare à faire advenir.

Sur le plan juridique, ajoute Harouel, le droit-de-l'hommisme a connu un glissement en se transformant d'une idéologie de résistance à l'oppression étatique (ce qu'était déjà le christianisme sous l'Ancien régime), en une doctrine de lutte contre les discriminations. En empruntant cette voie, estime l'auteur, les droits de l'homme introduisent l'amour dans le droit, puisqu'il faut accorder toutes sortes de privilèges au ressortissant de la minorité au nom de l'amour qu'on lui doit (là où le christianisme, fidèle en cela au judaïsme de l'Ancien Testament situait seulement l'amour au niveau de la morale individuelle, tout en légitimant le système punitif légal nécessaire à la sauvegarde de la société). Cet amour obligatoire se nourrit en réalité d'une haine de soi-même, affirme Harouel, et, pour cette raison, porte en germe un suicide collectif de l'Occident. Et cette introduction de l'amour dans le droit, qui s'apparente à l'augustinisme de l'époque carolingienne (la volonté de l'Etat d'assumer une fonction spirituelle de rédemption des âmes, ce qui fait des ministres et des hauts fonctionnaires des prêtres) s'illustrerait notamment dans l'arrêt GISTI du Conseil d'Etat du 8 décembre 1978 imposant le regroupement familial des immigrés en France et non à l'étranger.

Un tel amour obligatoire du migrant va avec une indifférenciation totale de tous les êtres humains pris comme une abstraction (sans identité culturelle, sans genre etc), l'identité culturelle n'étant acceptée et valorisée que lorsqu'elle émane du minoritaire, lorsque celui-ci l'invoque à l'appui d'une revendication juridique qui lui permettra d'arracher quelques prébendes.

La thèse du professeur Harouel comporte beaucoup de biais inhérents à la pensée conservatrice qu'on est habitué de trouver dans beaucoup de pays riches. Je l'ai dit plus haut, elle force un peu le trait sur le péril musulman. Et elle exagère le thème de la "vertueuse civilisation européenne sommée de se suicider", en omettant que cette civilisation continue à commettre des crimes épouvantables (les politiques de changements de régimes au Proche Orient, la course insensée aux armements y compris dans l'espace, l'encerclement militaire de l'Eurasie, l'exploitation odieuse des matières premières dans les pays du Sud, le soutien à des régimes qui empêchent toute émancipation des peuples), crimes dont on ne peut rendre coupables les seuls banquiers de Wall Street (aujourd'hui ce sont les bons électeurs conservateurs partisans de Donald Trump qui ne lèvent pas le petit doigt pour permettre au peuple vénézuélien de respirer). De même la thèse est outrancière quand elle ne voit plus dans les droits de l'homme qu'une machine à détruire la culture européenne au profit des minorités comme si elle n'avait pas aussi conservé sa vocation à préserver (dans l'héritage du christianisme) l'individu face au pouvoir de l'arbitraire.

Cependant le livre de JL Hérouel a le mérite de montrer ce qu'une certaine élite cosmopolite (mondialiste), avec des gens  - qu'il se garde bien de nommer car sa visée est plus philosophique que sociologique, mais c'est bien d'eux qu'il s'agit - comme Rockefeller, Rothschild et Soros, mais aussi les 30 % d'idiots utiles (bobos urbains) qui les soutiennent, veulent effectivement faire avec l'idéologie des droits de l'homme (et ils y parviennent largement au terme d'un patient travail de confiscation des médias, et des pouvoirs publics, notamment des instances judiciaires comme la cour européenne des droits de l'homme). C'est effectivement une entreprise de liquidation à grande échelle, profondément mortifère, et cynique, à laquelle se livre ce système au nom d'un idéal d'amour totalement dévoyé (on a déjà évoqué d'ailleurs toutes ces chansons, tous ces films, marqués par la sorcellerie et l'oeil d'Horus qui nous servent l'amour à toutes les sauces et nous imposent maintenant le confinement, le masque, la vaccination, le traçage, le transhumanisme, la haine de soi puissance dix et le "together at home/together as one" le plus totalitaire et destructeur qui soit au nom de cet "amour" antéchristique). Grâce à ce livre on comprend bien les origines spirituelles de la terrible gangrène universelle que nous subissons aujourd'hui.

On comprend aussi, au passage, un point auquel je songe depuis des années : que le christianisme ne peut pas être une doctrine politique, sauf une doctrine de résistance à l'oppression gouvernementale (la résistance à César). Les politiciens qui veulent vous vendre un programme inspiré par Jésus sont donc à fuir. De l'Etat (nécessairement voué à un contrôle partiel par Satan), on peut seulement attendre que, tout en assumant vaille que vaille son devoir de protection et de redistribution à l'égard de tous, il édicte des lois modérées sous le contrôle d'un peuple qui, par la prière et par l'intervention divine, se donne les moyens de le contraindre à se limiter dans son pouvoir de nuisance.

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Le Da Vinci Code et l'androgynie

22 Mai 2019 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire, #Grundlegung zur Metaphysik, #Philosophie et philosophes, #Christianisme, #Cinéma

Si un jour l'envie vous prend de mieux comprendre certains facteurs occultes de l'histoire du monde et de ses développements contemporains, je vous conseille de jeter un oeil à ce long texte en plusieurs parties de la prédicatrice américaine Barbara Aho (en anglais, il faudrait que quelqu'un le traduise en français un jour) qui s'employait il y a quinze ans à "remettre sur leurs pieds" divers mensonges du best seller de Dan Brown "Da Vinci Code". Tout n'est pas exact dans cet exposé (ne serait-ce que sur le plan factuel), mais c'est très intéressante : sur la tribu de Dan, les Mérovingiens, les Templiers, les Jésuites, les Rothschild, la couronne britannique et le Vatican ça décape.

Très modestement je vais me contenter aujourd'hui de vous présenter ici ce que dit dans cette vidéo postée hier (21 mai) en anglais un youtubeur ("Transapocalypse Now") à propos du film de Ron Howard (de 2006) avec Tom Hanks, Audrey Totou et Jean Reno tiré du roman de Dan Brown. Il s'y trouve des clés de compréhension importantes de l'ingénierie sociale actuelle.

Au delà de la simple thèse "hétérodoxe" selon laquelle Jésus et Marie-Madeleine auraient été à l'origine d'une lignée royale secrète gardée par les Mérovingiens et les Templiers, le film renvoie surtout au principe alchimique (au fondement des plus hauts degrés de la franc-maçonnerie actuelle) de la divinité androgyne - c'est ce que représentent Jésus et Madeleine - source de libération pour l'humanité.

Robert Langdon, professeur de symbologie, dès les premières images du film esquisse une poignée de main maçonnique et il fera le même signe à la fin du film, quand il aura découvert le secret, ce qui montre bien dans le cadre de quelle "initiation" le film se situe. Sur le feuillet qu'il ouvre (minute 1'40 de la vidéo) s'affiche le symbole de Saturne, familier de l'illuminisme contemporain, puis  le dieu égyptien Horus nourri par Isis. Horus est une figure androgyne qui réunit Isis et Osiris. Une encyclopédie de la franc-maçonnerie d'Albert Mackey de 1916, explique le youtubeur, décrit Horus comme l'hypoténuse du triangle rectangle dont les côtés sont formés par Isis et Osiris. Horus mélange les principes masculin et féminin, une combinaison qui se retrouve dans la svastika hindoue (qui à travers le groupe de Thulé inspira les nazis) et dans les deux triangles, l'un pointé vers le haut, l'autre pointé vers le bas, qu'on retrouve dans l'étoile de David (l'hexagramme, symbole occultiste dans la sorcellerie médiévale que l'on retrouve d'ailleurs dans les églises anciennes) et dans l'équerre et le compas de la maçonnerie. Howard les met en scène dans l'architecture du Louvre (minute 4'28 de a vidéo).

Le film montre aussi l'homme de Vitruve dans le cadavre maculé de sang (minute 4'35) aussi représenté par Léonard de Vinci dans une esquisse célèbre. Le youtubeur nous en montre une utilisation récente par le chanteur sataniste Marilyn Manson. On voit comme cet homme se trouve placé par la tradition occultiste au centre d'un X qui comme l'hexagramme représente l'Adam androgyne originel de la kabbale, Adam Kadmon dans lequel se réalise la divinité (luciférienne) de l'homme.

Le youtubeur explique ensuite que la pentagramme dessiné sur le professeur assassiné (joué par Jean-Pierre Marielle récemment décédé récemment qui jouait le rôle d'un franc-maçon dans "Mon oncle" inspiré de Maupassant et l'était probablement) est aussi le symbole de la réunion du masculin et du féminin. Howard dans le film, par la bouche de Tom Hanks le présente comme le symbole de Vénus - parce que le divin féminin doit conduire à l'androgynisme. Le plan suivant montre Mona Lisa et l'on explique que la gauche est féminine, la droite masculine dans le pythagorisme, et chacun sait en effet que la Joconde est androgyne, représentant deux personnages en un.

Le film insiste sur le tableau "La Cène" de Léonard de Vinci. Non seulement Madeleine est à la droite de Jésus, et le professeur de symbologie souligne "remarquez comme Jésus et Marie-Madeleine paraissent soudés par la hanche". Cela renvoie à l'androgyne bicéphale de l'alchimie (minute 9'37).

Et c'est Sophie (jouée par Audrey Tautou), la Sophia des Gnostiques qui se révèlera être la descendante de cet androgyne. Cette lignée est représentée par le rose-ligne (le méridien de Paris qui passe par Saint Sulpice qui a eu son début d'incendie juste avant Notre Dame cette année).

Le Youtubeur affirme (au vu de ses épaules et de sa pomme d'Adam) que la fille du réalisateur du film Ron Howard, Bryce Dallas Howard, née en 1981 (qui avait donc 25 lors de la sortie du film), qui a joué dan Jurassic World et La Couleur des Sentiments, serait un transgenre qui a suivi en cela l'initiation de son père.

Jessica Chastain et Bruce Dallas Howard sont souvent assimilées l'une à l'autre. Selon le Youtubeur cela procèderait d'une mise en scène de com pour montrer que l'androgynie peut se dupliquer comme dans une lignée. On ne peut peut-être pas le suivre jusque là.

Mais la vidéo a le mérite de rappeler que l'androgynie est fondamentale dans l'ésotérisme de la franc maçonnerie et le rôle de certains films dans la préparation du public au programme d'unité alchimique à l'arrière plan de tout cela.

Le youtubeur conclut par une référence à la nomination de Wonder Woman par l'ONU comme ambassadeur de l' "empowerment" des femmes. Wonder Woman est la déesse Diane dit-il. Dans la BD Wonder Woman est Diana Prince, et donc certaines spéculations peuvent relier tout cela au culte de Diane au fondement de l'antique sorcellerie (voir "Le Sabbat des Sorcières" de Ginzburg) voire au Baphomet comme le fait le Youtubeur mais là encore on est sur un terrain glissant...

Notons qu'Audrey Tautou est une figure importante de l'androgynie. Dans son exposition Superfacial elle porte une moustache. "Elle quitte plus, sa coupe à la garçonne, qui lui donne des airs de coco Chanel et affirme son physique androgyne" notait le Journal des Femmes 7 juillet 2016. Le magazine Elle relevait qu'elle avait le même "charme androgyne" qu'Audrey Hepburn. Il ne lui reste plus qu'à faire le même signe que celle-ci (voir photo ici à droite). 

Pour mémoire nous avons en France de nombreux occultistes qui banalisent le culte du Baphomet, dont  Anton Parks un ancien employé du rayon musique du Virgin Mégastore de Paris, adepte de la sorcellerie (il a avoué sa dette à la médium toulousaine Anna Zu'u en 2014) et du culte de la déesse-mère (donc de Lilith) qui a besoin d'une casquette pour se protéger des visions qu'il reçoit depuis ses 14 ans : il canalise des informations sur Sumer, l'Atlantide et les extra-terrestres et prétend que le Baphomet serait une déesse égyptienne heureusement importée en Europe par les Templiers.

 

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Le CERN et l'hindouïsme

24 Mars 2019 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #Philosophie et philosophes, #Le monde autour de nous

Beaucoup de discussions existent chez les chercheurs de vérité (truth seekers) autour des expériences du CERN, Organisation européenne pour la recherche nucléaire, qui sont censées, selon certains, tenter de créer des portes interdimensionnelles (des vortex comme on dit dans le langage du New Age) pour agir sur l'espace-temps ou entrer en communications avec diverses entités invisibles (toutes sortes de théories peuvent être échafaudées là-dessus).  L'accélérateur de particules Grand collisionneur de hadrons, Large Hadron Collider (LHC) en anglais, situé dans un tunnel de 27 km de circonférence à la frontière franco-suisse qui a validé le boson de Higgs en 2013 servirait à cela.

Deux vidéos filmées le jour de la St Jean Baptiste (24 juin) 2016 (une fête importante pour les francs-maçons et occultistes de tout poil) au dessus de LHC au moment où le CERN réalisait une nouvelle expérience (du nom de Awake) pour briser des particules entre elles montraient d'étranges nuages au dessus du tunnel. Elles ont alimenté beaucoup de rumeurs à ce sujet. Deux mois plus tard, le Guardian publiait une dépêche de l'AFP annonçant que le CERN ouvrait une enquête sur une vidéo filmée la nuit sur son campus de Genève, illustrant un simulacre de sacrifice humain devant une statue de la divinité hindoue Shiva exposée en permanence dans le complexe abritant le Grand collisionneur de hadrons . Le CERN estimait que cette vidéo clandestine d'un rituel qu'elle présentait comme purement humoristique (un peu comme l'Eglise de Satan d'Anton LaVey réclame le droit à la plaisanterie...) donnait une image négative de ses recherche. A tout le moins, elle rappelait au monde que le centre d'expérimentation où se trouve le LHC abritait ce genre d' "oeuvre d'art" (en face du bâtiment 40 précisément).

L'hindouisme spécule beaucoup sur les conflagrations que provoque la rencontre sexuelle entre Shiva-le-destructeur et Kali. La statue qui symbolise la danse cosmique de Shiva (on peut la voir ici) est un cadeau du gouvernement indien de 2004 (qui est membre associé du CERN comme Israel et la Serbie depuis 2017). Sa plaque renvoie explicitement aux travaux du physicien autrichien propagandiste New Age Fritjof Capra (son livre de 1975 "The Tao of Physics") qui explique que la danse de Shiva métaphorise la danse de la matière subatomique, en ces termes : "Chaque particule subatomique non seulement exécute une danse énergétique, mais est également une danse énergétique; un processus palpitant de création et de destruction… sans fin… Pour les physiciens modernes, la danse de Shiva est la danse de la matière subatomique. Comme dans la mythologie hindoue, il s'agit d'une danse continuelle de création et de destruction impliquant tout le cosmos; la base de toute existence et de tous les phénomènes naturels. "

En 2016 j'avais mis l'accent sur ce passage de Romain Rolland à propos de la rencontre entre Tesla et Vivekananda à New York  "Nicolas Tesla fut surtout frappé, dans l'enseignement de Vivekananda, par la théorie cosmogonique Samkhya et par ses rapports avec les théories modernes de la matière et de la force."  (voir aussi ici p. 75) - mais on s'éloigne là peut-être du sujet car la samkhya est une option rationaliste de l'hindouïsme qui ne reconnaît pas l'autorité du Véda). On peut aussi citer l'enthousiasme de Schrödinger pour la sagesse indienne.

La connexion entre la science et l'hindouisme est intrigante, et l'on ne sait jamais ce que l'on peut obtenir en tirant ce fil.

Dans The Alchemy of Rainbow Heart Music : How Paranormal Sonofusion Subverts the Matrix Conspiracy d'un certain Moose Dung (sûrement un pseudonyme, je ne trouve rien sur lui), je lis que les travaux du Professeur de mathématiques à Berkeley,  Abraham Seidenberg (notamment son article (“The Ritual Origins of Geometry”) ) ont " fait l’objet d’une attention particulière dans les recherches récentes d’Advaita Vedanta parce qu’il fait remonter les origines du théorème de Pythagore jusqu'en 3000 av. J.-C. en Inde védique - via les autels de sacrifices rituels. Seidenberg (1916-1988), dans plusieurs essais publiés dans des revues universitaires de premier plan, déclare que le concept d'incommensurabilité ou le paradoxe de l'infini, a été établi dans le monde entier à travers les rituels de sacrifice humain sur des autels qui ont maintenu la création par la séparation cosmique du ciel et la terre. (par opposition à l'union du ciel et de la terre par l'humanité - le but explicite des vraies Harmoniques pythagoriciens-taoïstes et du non-dualisme OM)". La vidéo du sacrifice du CERN rendrait-elle compte de quelque chose de plus profond qu'une parodie de potaches ?

Il faudrait développer ici le point du rapport du CERN à l'occultisme. Il y a un an, en mars 2018, le magazine Forbes a annoncé la remise du prix international Art Collide Residency Awards que le CERN décerne à des artistes en collaboration avec la Fondation britannique pour l'art et les technologies créatives (FACT) : la lauréate a été Suzanne Treister qui, grâce à cela, a pu bénéficier d'une résidence au CERN pour trois mois (au même moment elle recevait d'ailleurs une belle commande de la métropole de Bordeaux alors dirigée par Juppé, dans le cadre d'un projet initialement appelé "Vril", une organisation secrète occultiste d'où sortirent Hitler et le nazisme, certaines inspirations de nos rockers, mais aussi la NASA à travers Wernher von Braun - un copain de Disney -, Vril était aussi très liée à l'hindouisme elle aussi, but that's another story for another day, comme dirait l'autre). En juillet 2012, le journal Libération avait fait l'éloge du jeu de tarot (divinatoire) créé par Treister qui retrace l'histoire des technologies de l'information en 78 cartes : le magicien Timothy Leary (l'inventeur du LSD), l'impératrice qui sont les agences de renseignement, l'ermite est le mathématicien "Unabomber" etc. "Reconnaissante de l'héritage des précédents jeux de tarot comme le Rider-Waite ou le tarot de Thot d'Aleister Crowley, Suzanne Treister a inventé ici un nouveau Tarot, qui permet à un lecteur, ou à un groupe de lecteurs travaillant en collaboration, d’utiliser les cartes pour reconfigurer l’histoire et / ou cartographier de futurs récits hypothétiques"nous explique-t-on sur Amazon... Reconfigurer l'histoire et le temps, une idée qui titille les "Supérieurs Inconnus" du CERN ... On y reviendra peut-être ultérieurement.

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La canalisation de Plotin

6 Septembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Philosophie et philosophes, #Grundlegung zur Metaphysik

Quand je préparais ma licence de philo à 20 ans à la Sorbonne, il y avait dans notre cours un jeune normalien qui voulait faire sa maîtrise sur Plotin, philosophe néoplatonicien de l'antiquité tardive. Je trouvais cela étrange parce que mon entourage ne jurait que par les philosophes modernes (postérieurs à Descartes). En plus Plotin me paraissait ennuyeux avec ses hypostases et son végétarisme.

L'historien anglais ER Dodds évoque dans son célèbre livre sur l'irrationnel chez les Grecs une anecdote survenue à Plotin au début de sa carrière et que raconte son disciple Porphyre - je lisais cela la semaine dernière. Comme un prêtre égyptien venait à Rome, il lui aurait proposé de lui révéler quel Dieu animait sa vie intellectuelle et morale. Plotin accepta. Ils firent donc un rituel de canalisation qui m'a rappelé ma canalisation d'Isis chez une médium en novembre 2014, et ils le firent dans l'Isiacum de Rome parce que c'était le seul endroit pur (Dodds précise que les temples égyptiens étaient les seuls où l'on ne pouvait entrer qu'après avoir jeûné, et je crois que nos églises devraient s'inspirer de cette règle). Le prêtre fit son rituel, et une entité apparut qui révéla que Plotin était inspiré par un Dieu et non par un simple daimon (une entité inférieure). Mais au moment d'interroger l'entité sur le nom du dieu, l'assistant fut pris d'une sorte de folie (peut-être mêlée de jalousie dit Porphyre) et tua les oiseaux postés en défense, ce qui fit échouer la canalisation.

Un des aspects intéressants de l'anecdote est le rôle que jouent les oiseaux dans l'histoire. Il paraît qu'ils avaient une fonction apotropaïque. En étranglant les oiseaux, on empêchait la parole de l'entité de se donner en toute sécurité ou en toute pureté. C'est une historiette bien étrange...

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La question de la paix avec Daech

3 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants", #Colonialisme-impérialisme, #Proche-Orient, #Philosophie et philosophes

J'ai déjà dit à propos du débat Badiou-Onfray que je désapprouve l'athéisme d'Onfray, et depuis 20 ans je n'ai guère de sympathie pour sa philosophie très manichéenne, et superficielle qui procure du "ready made" à des gens qui n'ont pas envie de se confronter à toute la difficulté et à tout le charme des grands philosophes à lire dans le texte. Je perdrais mon temps à décrire toutes les caricatures de Nietzsche, de Kant, de Spinoza qu'il a pu produire et tout le mal qu'il a fait à l'intelligence dans notre pays en faisant croire aux gens que philosopher c'était cela (mais c'est en somme moins de mal sans doute que celui provoqué par les vrais savants qui se sont repliés dans leur tour d'ivoire en renonçant à faire de la vulgarisation, et aussi que la politique de nos gouvernants qui fait que dans nos écoles un enfant de CE1 ou de CE2 passe plus de temps à dessiner et jouer au basket qu'à apprendre à lire et écrire).

Mais penser c'est débattre, et on ne peut laisser sans débat et sans réplique les propos des gens que les merdias nous présentent comme des grands penseurs.

Alors oui il faut débattre de la proposition d'Onfray sur la possibilité d'une paix avec Daech, et il faut en débattre rationnellement, c'est-à-dire sans prendre en compte l'hypothèse que les forces divines peuvent demain entraîner en une seconde l'effondrement de Daech, celui de l'Occident, celui des deux, ou encore une réforme idéologique profonde de l'Occident comme de Daech. Parce que, même si l'on croit que le monde invisible ou son auteur a ce pouvoir-là, nul croyant (sous réserver d'une révélation prophétique avérée) ne peut prétendre être avoir la certitude qu'il sera mis en oeuvre. Donc nous devons aussi penser avec nos moyens humains, au moins en tant que partie (modeste) du job à faire.

Il faut en débattre, parce que la question d'Onfray est trop absente de l'univers de pensée totalitaire (et puéril) occidental : celui de la discussion avec l'ennemi, qui est au fondement de la notion même de diplomatie. Ici la question est profonde car il s'agit de discuter avec un ennemi qui veut explicitement notre destruction, alors que nos ennemis récents - Milosevic, Saddam Hussein, Poutine - n'étaient que d'anciens alliés un peu trop turbulents qui restaient disposés à adhérer à au moins une partie de nos valeurs et dépendaient idéologiquement de nous.

J'ai pour ma part défendu (voir mes livres) la non-ingérence face à ces "ennemis là" au nom de la souveraineté des Etats sur laquelle repose le droit international contre le droit humanitaire (Onfray, lui, qui ne croit pas en la légitimité des Etats, en tant que libertaire, n'est d'ailleurs pas légitime à s'opposer à l'ingérence).

J'ai en revanche soutenu dans la guerre du Mali le principe de la coopération internationale qui est compatible avec la souveraineté des Etats puisqu'elle suppose que le gouvernement concerné sollicite une aide, sans être trop regardant sur les conditions dans lesquelles le gouvernement malien (à l'issue du putsch) a pu recourir au soutien français. Et d'ailleurs cette guerre a effectivement libéré le nord du Mali du joug d'Ansar Eddine et d'AQMI (même si l'action de guérilla sporadique y perdure). En vertu de ce principe j'approuve aussi le soutien russe au gouvernement légal syrien.

Notre intervention militaire contre Daech est illégale en Syrie (alors qu'elle est légale en Irak...). Nous devons donc en principe la condamner. Elle ne serait légale que si elle était sollicitée par le gouvernement syrien.

Je ne vois donc pas pourquoi Onfray dans la vidéo ci-dessous suggère que nous devrions négocier avec Daech l'arrêt de nos bombardements contre la fin du terrorisme. Si notre action est illégale nous devons y mettre fin, c'est un devoir moral, ça ne se négocie pas.

Il est d'ailleurs amusant qu'Onfray laisse entendre que nous devions demander à Erdogan ou au Qatar de jouer les intermédiaires pour négocier la paix avec Daech, alors qu'il s'insurge contre la mainmise de ces pays sur notre classe politique...

Maintenant supposons (pure politique fiction) que Paris (en rompant avec Washington) se réconcilie avec Moscou, ou que (c'est déjà moins de la fiction), Trump étant élu à la Maison Blanche, tout le bloc occidental s'allie à la Russie contre Daech et qu'Assad demande donc officiellement aux avions français de bombarder Raqqa, notre politique de bombardement deviendrait-elle pour autant opportune ?

Elle pourrait être un gage de paix avec la Russie, mais je la considèrerais néanmoins inopportune. Je ne suis pas convaincu que l'apport militaire de la France à l'éradication de Daech soit décisif. Nos moyens sont modestes et nous provoquons sans doute plus de victimes civiles que de dégâts dans les rangs des islamistes. Comme gage de bonne volonté à l'égard de Moscou, nous pouvons nous engager à avoir une attitude positive sur la crise ukrainienne, sur la Crimée, sur la coopération économique, sur la question du bouclier antimissile, etc. Ce seraient là des signes de bonne volonté plus utiles que l'envoi de bombardiers, l'aviation russe étant déjà pourvue en moyens suffisants pour mener ses propres opérations en partenariat avec l'armée arabe syrienne, voire avec les combattants kurdes, tout comme les Etats-Unis sont pourvus de moyens suffisants en Irak avec l'aide des Kurdes, des Turcs et du gouvernement de Bagdad.

Dans le cas de figure où nous refuserions une aide militaire sollicitée par Damas, je ne crois pas non plus que nous aurions à négocier cela avec Daech. Ce refus correspondrait à nos intérêts tout simplement. Il apaiserait probablement l'ardeur de Daech à se venger contre nous, mais il n'y a pas lieu de négocier cette affaire.

On nous objectera que le refus d'aider Damas diminuerait notre influence au Proche-Orient et nous priverait d'une place à la table des négociations régionales le jour où les puissances se réuniront pour règler la question palestinienne. Tout d'abord cette négociation régional n'est pas près d'avoir lieu compte tenu du refus israélien, et rien n'indique que dans le cadre d'une négociation globale avec la Russie incluant les sources de conflit en Europe de l'Est, nous ne pourrions pas proposer notre bienveillance en Ukraine contre une influence maintenue sur la question palestinienne. En outre notre position au Proche-Orient peut être renforcée différemment, par une politique de coopération renforcée avec le Liban par exemple.

Nous pouvons aussi mettre en valeur notre rôle presque exclusif dans la lutte anti-islamiste en Afrique dans l'intérêt du monde pour demander à titre de compensation d'avoir aussi un mot à dire au Proche-Orient ou en Extrême-Orient (cela, il est vrai, supposerait que l'on soit un peu plus malin dans la gestion des effets de notre fiasco libyen).

Restent deux questions. La première que pose la journaliste en cours de débat : si Daech continuait à attaquer la France malgré le retrait de son engagement en Irak et en Syrie, devrions nous négocier ? Onfray répond sur la question des moeurs : selon lui nous ne devons pas modifier notre "art de vivre" et nos valeurs sous la pression terroriste. Il a raison : selon moi nous devrons un jour réformer nos moeurs, mais ce doit être déconnecté du chantage de Daech. Il se pourrait aussi que Daech poursuive les attentats en posant d'autres conditions que la réforme morale ou religieuse. A priori il n'y a aucune raison de négocier quoi que ce soit lorsque, nous étant nous même exonérés de toute faute en cessant de bombarder l'Irak et la Syrie, nous nous contentons de défendre notre territoire. Nous serions alors en situation de légitime défense pure et simple.

Enfin, on peut se demander : après avoir laissé les Etats-Unis et la Russie agir seuls en Irak et en Syrie (comme le font les Allemands), si nous devrions approuvé une éventuelle négociation entre Moscou et Daech ou entre Washington et Daech en cas d'échec de leur entreprise d'éradication territoriale. On voit qu'à ce degré, la question ne concernerait plus la France que d'une manière extrêmement indirecte. Probablement à ce moment-là la question d'un donnant-donnant entre les grandes puissances et Daech pourrait-elle être posée et mériterait-elle peut-être une approbation. Mais on voit bien que ce thème ne viendrait qu'en bout de processus. Il me semble en tout cas qu'au jour d'aujourd'hui le thème de la négociation avancé par Onfray est sans objet. Nous devons stopper de façon unilatérale l'intervention militaire en Syrie et en Irak, et rester fermes sur la défense des intérêts français à l'intérieur de nos frontières, et ces deux principes n'ont pas à être négociés.

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Un livre sur Hipparchia de Maronée

16 Décembre 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes, #Antiquité - Auteurs et personnalités, #Lectures

Un commentateur de ce vieux billet sur Hipparchia (Hipparchie) de Maronée m'a signalé la publication d'un livre collectif qu'il a dirigé sur ce sujet. Mon compte rendu de son ouvrage a été mis en ligne par Parutions.com aujourd'hui ici.

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Les villes françaises dans un livre de Péguy

2 Septembre 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités, #Philosophie et philosophes

Les villes françaises dans un livre de Péguy

Je ne prétends pas connaître ni comprendre Charles Péguy, grand écrivain socialiste révolutionnaire et chrétien du siècle dernier. J'ai juste l'image d'un normalien austère, monacal, respecté, qui fut un peu une sorte de Surmoi de Jaurès, comme Bernard de Clairvaux le fut de Suger 800 ans plus tôt. J'ai bien des livres sur lui qui trainent dans ma bibliothèques, mais que je n'ai pas eu la force de lire.

Alors c'est un peu "vierge" que j'ouvre au hasard, comme je le fais si souvent avec tous mes ouvrages, un de ses livres, "Le Mystère de la Charité de Jeanne d'Arc".

Je tombe sur ces passages de la complainte de la bergère Jeanne (qui pour moi évoque la bergère Bernadette Soubirous à Lourdes), lorsqu'elle dit que Bethléem seule rayonne encore sur cette terre, quand toutes les villes de France sont enterrées. C'est un très beau passage sur les promesses divines devenues lettres mortes. On pense à ce que disent les occultistes sur la lettre vouée à rester morte, à devenir pierre (comme l'Eglise de Saint Pierre - "tu es petrus") tandis que seul l'Esprit (fait d'eau) la peut vivifier. C'est une méditation mélancolique sur le "ne plus". Elle passe en revue les grands foyers de spiritualité français : Chartres, Paris, Orléans, Reims, Rouen, Nancy (même si Nancy est beaucoup moins française que les autres, elle fait partie de la "Krajina" française), avec leurs saints attitrés. Bizarrement elle les traite un peu comme des machines industrielles à produire des saints, ce qui me semble être une erreur psychologique et littéraire : le divin n'aurait pas parlé à une bergère qui raisonne de la sorte. Mais l'évocation a le mérite de condenser le "vortex" ou le réseau de vortex spirituels qui composait la Francie historique.

On commet beaucoup de fautes de goûts. Quand on présente Jeanne d'Arc en combattante en armure plutôt qu'en bergère, on manque le sublime chrétien bien vu par Chateaubriand : que les saints faiseurs de miracles et les briseurs de sceptres restent des va-nu-pieds, et tirent précisément leur pouvoir de cela. L'armure n'est qu'un gadget. Pensez à Ste Agnès qui n'avait pas besoin d'armures et à tant d'autres. Et je commets moi-même une faute de goût en parlant des saints français comme de "vortex", c'est-à-dire en empruntant le vocabulaire très "Disneyland" du new age internautique, mais c'est simplement pour rappeler que ce qui se réalise dans l'ordre spirituel n'est pas spatial : les forces (je ne parle pas d' énergies) se condensent dans un seul lieu qui est en même temps un non-lieu, et ce n'est pas la question de savoir "Le Vatican combien de divisions".

Péguy recense les "vortex" sur le mode du "ne plus", du message caduc, un peu comme tous les Français aujourd'hui peuvent saisir la France comme une réalité obsolète, quelque chose qui n'a plus rien à dire au monde, un sanctuaire aux oracles muets, comme ceux du paganisme finissant.

La Jeanne de Péguy a la forme d'un immense "pourquoi ?". Pourquoi y a-t-il eu un Saint Martin à Tours, un Saint Aignan à Orléans, un Saint Ouen à Rouen, une Sainte Geneviève à Paris, un Saint Nicolas à Nancy si c'est pour que tout cela meure ? Pourquoi ces cathédrales qu'aujourd'hui nos architectes seraient bien incapables de bâtir et qu'ils savent à peine restaurer ?

Je ne suis pas nationaliste et ne pense donc pas que la France "dans l'absolu" vaille mieux et renferme un meilleur héritage que d'autres pays. Elle a juste été choisie historiquement pour sauver certains héritages grandioses (sur le plan spirituel) et les faire fructifier. Quand je parle de la France, je signifie cette alliance entre Loire et Somme entre gallo-romains et Francs qui va du VIe siècle au XIVème, alliance sans laquelle probablement ni les gallo-romains seuls ni les Francs de leur côté ne seraient arrivés à rien. En tant que demi-espagnol, je suis sensible par exemple au rayonnement de Saint Jacques en Galice, ou à celui de Saint Vincent à Saragosse (il faut lire Grégoire de Tours pour voir ce que les habitants de cette ville doivent à l'aura de ses reliques). Mais force est de constater que le mot "France fille ainée de l'Eglise" ne fut pas un vain mot pendant la séquence de huit siècles que j'évoque ici, quand elle produisit les Clovis, Charlemagne et les premiers capétiens, et dont Napoléon et De Gaulle furent les héritiers.

On me pose des questions en ce moment sur la vocation "spirituelle" de la France face à des pays comme l'Allemagne. Les catholiques français ont beaucoup réfléchi sur l'abandon de la Germanie du Nord à l'hérésie luthérienne, ses liens avec les médiums, les convulsionnaires (donc le diable) jusque sous la plume de Hegel, de Nietzsche, sa fascination pour l'Islam, pour le zoroastrisme, ses alliances japonaises, les répercussions de tout cela dans le nazisme (et peut-être dans l'imaginaire américain qui doit au protestantisme et à la Prusse). Moi qui ai beaucoup lu et aimé les philosophes allemands, et qui suis le contraire aussi bien d'un doctrinaire que d'un chauvin, je n'ai aucun début de réponse à ces questions, et ne me presse pas d'en avoir.

J'apprécie seulement que Péguy, à travers Jeanne, interroge ce "réseau de vortex" français sur le mode d'un possible "ne plus"(et pourtant Péguy le fait peu après Lourdes, peu après La Salette et la rue du Bac... "Et vous flèche de Chartres et tombeaux de Saint-Denis, saintetés du royaume de France, vous n'êtes rien".

Je me rends compte que nos médiums New Age, avec leur doctrine qui cherche des "vortex" hérités du paganisme dans des cathédrales seraient bien incapables de prononcer des mots aussi tragiques, car dans leurs pseudo-sciences physiques "énergétiques" façon théosophie orientale, il y a toujours des "énergies" à récupérer quelque part, rien ne se perd jamais, le tragique de l'Histoire, est complètement évacué (et donc la problématique poignante de la rédemption aussi, puisqu'on n'est jamais que dans de la gestion placide et bourgeoise des forces de l'au-delà). Péguy, lui, est dans la tragique, quand il montre Jeanne d'Arc indignée par le fait que les soldats "font manger l'avoine à leurs chevaux sur l'autel vénérable" et "boivent dans les très saints calices le vin qui les soûle" (p.39) elle nous plonge dans cette scène du Fantôme de la Liberté de Bunuel où les soldats athées de Napoléon en Espagne dans les églises se nourrissent avec les hosties et boivent le vin de messe dans des calices. Il campe la déchéance de l'absolu, sans laquelle "l'épistrophe" (le retour à l'unité de l'être) pour parler comme les néo-platonicien manquerait de sa dimension sublime. Mais faut-il parler le langage du néo-platonisme que Chateaubriand lie au socialisme ou aux hérésies (voyez mon billet* ici) et dans lequel Barrès voyait la matrice du mépris pour le peuple à l'œuvre aussi bien dans la secte des Assassins (hashashim) ancêtre au Proche-Orient de l'actuel Etats Islamique que dans le nietzschéisme ? Le socialisme de Péguy était peut-être anti-platonicien, mais je ne connais pas assez bien ce sujet pour pouvoir me prononcer là-dessus.

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* Billet qui renvoie à un passage des Mémoires d'Outre tombe, dont il faut aussi lire cette suite car elle nous servira pour l'avenir :

"Il était impossible que les vérités développées dans le Génie du Christianisme ne contribuassent pas au changement des idées. C’est encore à cet ouvrage que se rattache le goût actuel pour les édifices du moyen âge : c’est moi qui ai rappelé le jeune siècle à l’admiration des vieux temples. Si l’on a abusé de mon opinion ; s’il n’est pas vrai que nos cathédrales aient approché de la beauté du Parthénon ; s’il est faux que ces églises nous apprennent dans leurs documents de pierre des faits ignorés ; s’il est insensé de soutenir que ces mémoires de granit nous révèlent des choses échappées aux savants Bénédictins ; si à force d’entendre rabâcher du gothique on en meurt d’ennui, ce n’est pas ma faute. Du reste, sous le rapport des arts, je sais ce qui manque au Génie du Christianisme ; cette partie de ma composition est défectueuse, parce qu’en 1800 je ne connaissais pas les arts : je n’avais vu ni l’Italie, ni la Grèce, ni l’Égypte. De même, je n’ai pas tiré un parti suffisant des vies des saints et des légendes ; elles m’offraient pourtant des histoires merveilleuses : en y choisissant avec goût, on y pouvait faire une moisson abondante. Ce champ des richesses de l’imagination du moyen âge surpasse en fécondité les Métamorphoses d’Ovide et les fables milésiennes. Il y a, de plus, dans mon ouvrage des jugements étriqués ou faux, tels que celui que je porte sur Dante, auquel j’ai rendu depuis un éclatant hommage."

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Amon

12 Juin 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes, #Antiquité - Auteurs et personnalités

Amon

Peut-être Caton d'Utique, en refusant de sacrifier au sanctuaire d'Amon-Ré dans le désert après être arrivé en Afrique, au motif qu' "il faut avoir Jupiter en soi" (si l'on en croit Lucain), a-t-il commis là un péché d'orgueil... La défaite finale de la République romaine face à César peut être le fruit de ce péché là.

Et tout l'échec de la philosophie païenne aussi (cette philosophie platonico-stoïco-pythagoricienne qui rêva souvent de restaurer la République, notamment sous Néron...). D'où son effacement par le christianisme (quoique le christianisme lui aussi allait souvent reproduire le péché d'orgueil - mais au moins ce péché n'était point dans les actes de ses figures fondatrices).

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