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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #philosophie et philosophes tag

Lévi-Strauss et Bourdieu

5 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Pour répondre à JD, et parce que la Levistraussmanie répandue de l'Humanité au Figaro Magazine m'énerve à peu près autant que l'Obamamanie, et tous les phénomènes grégaires de notre époque (engouements de gens paresseux qui manifestent leur unanimisme autour de vieilles valeurs scolaires mal digérées), je dirai un mot sur Lévi-Strauss et Bourdieu (après tout, j'ai écrit sur Bourdieu et Chomsky dans le Cahier de L'Herne Chomsky alors pourquoi ne pas poursuivre dans les grandes comparaisons ?).

En effet Lévi-Strauss a influencé Bourdieu. Mais il faut voir comment Bourdieu fonctionnait. Au début des années 60, il est un jeune normalien agrégé de philo spécialisé dans l'épistémologie (formé par Bachelard). C'est un homme qui aime la polémique autant que les dissertations brillantes (comme les gens formés par son école) qui ne rechignent pas devant certains effets de manche. Il partage un mélange d'admiration et d'esprit de rivalité à l'égard des stars du monde intellectuel de son époque (notez que je n'emploie pas de vocabulaire bourdieusien pour décrire le phénomène, alors que je le pourrais). Sartre est une de ces stars qu'il admire et veut en même temps renverser (Frantz Fanon est dans un rapport voisin à l'égard de Sartre, mais avec moins de chances de notoriété dans le milieu intello parisien - Foucault aussi est dans ce rapport). Lévi-Strauss en est une autre. Bourdieu fait le choix des sciences humaines contre la philosophie, et plus précisément de l'ethnologie contre la philosophie sartrienne, et il choisit la Kabylie comme terrain d'observation, comme Germaine Tillon (notez que je cite toujours des cas "comparables" parce que les bios officielles oublien toujours les comparaisons).

Dans le cadre de son travail ethnologique, Bourdieu reprend les techniques lévistraussiennes de comparaisons des structures de parenté (qu'il développera dans sa thèse, puis dans son fameux Bal des Célibataires sur le terrain béarnais). Mais comme il n'est pas homme à singer bêtement son maître, et comme, ainsi que le remarque JD, il n'est pas issu du même milieu social que Lévi-Strauss, Bourdieu remarque que les stratégies matrimoniales sont l'occasion de mobilisations de capital, et de pratiques corporelles qui diffèrent beaucoup en fonction du positionnement hiérarchique des candidats au mariage. On a là les prémices de ce qui va être sa théorie de l'habitus et du capital.

Je me souvient qu'il disait au collège de France que la découverte en Kabylie de cet aspect éclairait à ses yeux son vécu social en Béarn et qu'elle le bouleversa très profondément. Il l'a d'ailleurs redit, je crois, dans son livre autobiographique posthume.

Cette sensibilité aux pratiques corporelles et aux inégalités était, disait-il, un moyen d'ancrer le structuralisme de Lévi-Strauss dans la chair, de le sortir de son abstraction de simple jeu d'études conceptuelles de systèmes de signes an-historiques. Il allait l'élaborer théoriquement encore plus par des emprunts à la linguistique pragmatique anglo-saxonne (Austin) qui pouvait déplacer l'intérêt pour le langage de la structure des signes vers les paroles en acte (voir Ce que Parler veut dire publié au début des années 80)

La transposition des études structurales du langage à l'anthropologie (Lévi-Strauss), à la psychanalyse (Lacan), au marxisme (Althusser), exerça une fascination profonde sur la jeunesse des années 60, et donc aussi sur Bourdieu qui avait ce tropisme du Quartier latin (malgré des tendances anti-intellectuelles fortes). Mais comme Bourdieu dut tenter de faire survivre son système aux critiques acerbes du structuralisme (qui apparaissent dans les années 1970), il va prétendre non seulement que son structuralisme est plus ancré dans la chair que celui de Lévi-Strauss, mais aussi qu'il permet de dépasser ce qu'on reproche le plus au structuralisme lévistraussien : son an-historisme. Avec la théorie de l'habitus et des luttes pour la domination symbolique, on peut expliquer, dit Bourdieu, comment on passe d'un système symbolique dans un autre, c'est à dire comment les valeurs dominantes des champs et des espaces sociaux évoluent dans le temps. Ainsi Bourdieu appellera-t-il sa théorie "structuralisme génétique", parce qu'il réintroduit de la genèse (ce qui a aussi quelque chose à voir avec les thèses de Piaget, si je me souviens bien, qui était aussi dans une démarche très "ontogénétique" d'étude des stades d'évolution des schèmes de perception chez le jeune enfant - toute la conception piagetienne et néo-kantienne des schèmes est importée dans la notion d'habitus).

Toute cette construction théorique est extrèmement scolastique et a nourri des débats à n'en plus finir sur l'habitus bourdieusien, ses conditions de formation et d'évolution, débats absolument dépourvus de base empirique évidemment.

Mais on voit bien là la dette à l'égard de Lévi-Strauss.

La dette s'inscrit en positif et en négatif. Je dois dire que je suis très sensible au versant négatif du structuralisme, car il a imprimé un style de réflexion anti-scientifique (sous couvert d'ailleurs de prétention à 'hyperscientificité par moments, Lévi-Strauss proclamant même sa volonté de chercher une mathesis universalis des mythes) qui pollue encore aujourd'hui le débat intellectuel. Le structuralisme repose sur un amour des grandes spéculations gratuites (en ce sens il  a prolongé l'hégélianisme et le marxisme) qui a nui à la pensée du XXème siècle.

En ce moment on m'objecte que Lévi-Strauss a eu le mérite d'abolir l'évolutionnisme raciste qui voyait dans l'homme blanc l'oméga de l'histoire humaine. Je pense que ce travail de conquête de l'universalité du regard par l'ouverture à d'autres peuples avait déjà été entrepris par le maître de Lévi-Strauss (et neveu de Durkheim) Marcel Mauss, qui avait eu le mérite de l'inscrire dans un intérêt empirique pour les pratiques corporelles que le logocentrisme du structuralisme a oblitéré. Et c'est vrai Lévi-Strauss avait un côté grand bourgeois qui l'a fait débuter à la SFIO (comme Mauss), et terminer sa carrière dans une sorte de relativisme conservateur à la Montaigne (sauf que le relativisme de Montaigne était encore subversif au 16 ème siècle, et ne l'était plus au 20 ème) A côté de cela il gardait pas mal de préjugés de sa caste ou de sa culture d'origine, par exemple sur l'Islam.

Des esprits comme Lévi-Strauss, Bourdieu ou Sartre sont des particularités typiquement françaises, des produits de l'aristocratisme intellectuel français. Produits de grandes écoles où le savoir littéraire est sacré, ils se pensent eux-mêmes comme des grands prêtres. Ils puisent dans ce statut l'énergie de réaliser d'immenses synthèses de connaissances diverses cueillies ici et là. Des synthèses qui s'enracinent dans des intuitions originales, mais qui se montent comme de grandes cathédrales systématiques fascinantes, susceptibles de nourrir des exégèses complexes quand on les considère de l'intérieur, mais finalement assez fragiles et biaisées quand on les regarde de l'extérieur.

Trop de système tue le système.
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Anthropologie et socialisme

3 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Je viens d'apprendre le décès de Claude Lévi-Strauss, un anthropologue dont l'itinéraire commença à la SFIO comme Mauss et s'acheva dans les colonnes du Figaro. Je n'ai jamais été pas follement enthousiaste de son oeuvre, a recherche de la mathesis universalis dans les mythes des diverses civilisations sous le label du structuralisme fut largement un leurre. Mais elle aura eu le mérite, comme le bourdieusisme pour la sociologie, d'attirer de nombreux esprits brillants vers l'ethnologie.

Juste avant d'apprendre cette nouvelle je venais de faire l'apologie de l'anthropologie dans un mail à un ami qui m'écrivait qu'il faudrait "qu'un ouvrage soit écrit sur le communisme et le rapport au corps, au plaisir et à l'esthétisme plus généralement", "il y a l'homme integral (rappelons-nous que le libre developpement de chacun est la condition du libre developpement de tous), dont on ne saurait à mon avis exclure la dimension "plaisir" " ajoutait-il.

J'avais répondu à ce garçon : " A vrai dire il y a une longue tradition de réflexion sur le rapport au corps développée dans la mouvance du socialisme "utopique" (les fouriéristes par exemple) qui en effet a été occultée par le socialisme autoritaire, surtout par le stalinisme (mais déjà par le léninisme), ce qui n'a toutefois pas empêché à cette réflexion de percer dans le cadre de certaines révolutions. (...) On se souvient de la grande marche nue des femmes à Moscou et à Kiev en 1917 réclamant la liberté sexuelle. Cette marche rejoint plus directement nos interrogations sur le socialisme et le corps car elle était inspirée par Alexandra Kollontai et toute une frange du parti bolchévik qui pensait que le socialisme devait libérer le désir.


Wilhelm Reich père du freudomarxisme a  beaucoup écrit sur la libération sexuelle qui eut lieu en Russie entre 1917 et 1922.  Il y a dans ces réflexions beaucoup de naïveté souvent, mais aussi des choses justes. En outre comme tu le soulignes, il faut penser le rapports aux plaisirs et aux souffrances dans son ensemble, pas seulement sur le volet sexuel.


Il est clair que la pensée politique ne peut faire l'économie d'une anthropologie du corps. Par exemple si le socialisme suédois fut très différent de celui de Cuba ou de celui de la Corée du nord, c'est aussi parce qu'on est à chaque fois dans des schémas de rapport à soi-même et à autrui, des rapports qui se cristallisent dans les gestes du corps, les regards, les sensations, dont on ne peut faire abstraction en partant au niveau des concepts abstraits.


La sociologie s'est ouverte progressivement à la problématique du corps à travers Mauss, Bourdieu, et, plus récemment, l'apport de l'éthologie animale (on apprend à regarder l'humain avec le même regard que celui qu'on porte sur les autres primates). Il faudra bien que cela soit importé dans la réflexion politique à un certain moment.


J'ai écrit dans la revue Commune en 2008 un petit texte sur le socialisme qui présentait celui-ci comme un "fait politique total" ayant vocation aussi à porter une anthropologie du corps. Je suis heureux de voir qu'Arnsperger dont j'ai fait la recension il y a peu (cf http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=94&ida=11529 ) défende aussi une approche anthropologique de l'option anti-capitaliste. Le changement politique passe par un travail sur les corps. "

 

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Bouddhisme et socialisme

26 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Je n'adhère pas aux spéculations religieuses, mais je peux éprouver une compréhension chargée de sympathie pour ceux qui les embrassent. En tout cas de l'intérêt intellectuel, et il n'y a pas de bonne analyse intellectuelle sans une petite dose d'empathie.

Il y a peu je côtoyais une ex-communiste italienne qui s'est convertie au bouddhisme aux Etats-Unis. Je crois que le bouddhisme est une sensibilité qu'apprécie une part de la gauche altermondialiste.

Je lisais ce matin un portrait touchant que Marcel Conche dans Nietzsche et le bouddhisme (p. 26) fait de Philip Mainländer - Batz de son vrai nom, mort suicidé par pendaison à 35 ans en 1876, le jour où il reçut de son éditeur le premier exemplaire de son ouvrage "Die Philosophie der Erlösung". Conche précise "Il était sensibilisé au bouddhisme non seulement par ses lectures, mais aussi pour une raison personnelle : son frère ainé, mort à vingt-quatre ans, s'était pris en Inde d'enthousiasme pour la Sagesse de Bouddha." Et il ajoute "Mainläder était une nature généreuse et un ardent socialiste". Jusqu'ici je ne connaissais de la synthèse Schopenhauer-Bouddha-socialisme que le jeune Wagner. Apparemment Mainländer a influencé l'entourage de Lou Andrea Salomé, entre autre.

Conche rappelle que Nietzsche pensait que notre époque (la fin du 19 ème siècle) pouvait être propice à une forme de christianisme aristocratique qu'il indentifiait au bouddhisme (au passage on découvre les conneries de Nietzsche sur les origines esclaves des sémites). Je trouve peu de choses sur Philip Mainländer sur Internet.Il est juste signalé comme un des théoriciens du suicide.

On ne travaille pas assez sur cette gauche allemande du dernier quart du 19 ème siècle.

Peut-être avec le recul du léninisme et cette obsession de la "PACE" des altermondialistes de notre décennie une partie des anti-impérialistes renouent-ils sans le savoir avec ce geste bouddhiste des socialistes allemands des années 1870-1880. Ce serait à creuser
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Til death tears us apart

4 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

J'assistais avant hier en Béarn aux funérailles d'une de mes tantes, la plus jeune (60 ans). Des gens de Barcelone étaient là. Ma mère qui est française au téléphone m'avait dit que les Espagnols pleuraient fort, "comme les pleureuses dans les villages autrefois" avait elle ajouté. Chacun observe les réactions de chacun devant la mort. Par aileurs ma mère qui avait veillé ma tante pendant son agonie (d'un cancer) ne m'a rien caché du processus biologique qui a conduit à l'arrêt des organes. Mes obligations professionnelles m'ayant retenu en Ile de france, je ne suis arrivé en TGV que pour la mise en terre des cendres.

Le deuil crée ce terrible sentiment de vide, mêlé à une révolte contre ce foutu temps qui passe et ou anéantit tous.

Avez-vous vu cette vidéo sur Dailymotion à propos de la fin du monde ?



Le Scientifique belge m'a écrit avec un humour agacé : "Heureusement qu'il y a le Coran pour nous enseigner la physique-pourquoi se faire chier à faire des exprériences?". Sa mauvaise humeur visait le Coran parce que c'est lui que mentionne la vidéo. Mais je sais qu'il pense la même chose des apocalypses de la Bible, qu'ils soient canoniques ou apocryphes.

Moi j'ai surtout  été bluffé par la démonstration sur la fin de la matière. J'ignore si elle prête à débat chez les scientiques ou pas. Le cerveau humain a du mal à penser un "avant la matière" et un "après la matière". Tout simplement parce que ce bel organe n'a pas été sélectionné pour penser des problème d'une telle envergure...

En parlant de sélection naturelle, je suis assez sceptique devant les réflexions de Pascal Boyer sur le rapport de l'humain aux cadavres, tout en reconnaissant ne guère avoir de billes pour les contrer. En revanche j'aime beaucoup le texte de Luc Faucher et Edouard Machery Construction sociale, biologie et évolution culturelle (dans Naturalisme versus constructivisme ? Paris, Editions de l'EHESS, 2007 p. 213 et suiv) qui évoque notamment l'avantage darwinien de l'invention des ethnies il y a 50 000 ans... Un texte très fécond pour nos réflexions sur le racisme.

A mon retour du Sud-ouest, des journalistes de la TV m'interviewaient... toujours sur le même sujet... voilà au moins qui nous soustrayait au thème de la mort...
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Constructivisme cérébral

18 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

"Le cerveau humain fonctionne avec un programme de stimulation de premier choix. !nos yeux ne donnent pas à notre cerveau un photo fidèle de ce qui existe, ou un film exact de ce qui se passe en temps réel. Le cerveau se construit un modèle sans cesse mis à jour : mis à jour par des pulions qui bavardent le long du nerf optique, mais quand même construit. Les illusions optiques nous le rappellent bien. Une classe majeure d'illusions, dont le cube de Necker est un exemple, se produisent parce que les données sensorielles que reçoit le cerveau sont compatibles avec deux modèles alternatifs de la réalité. (...) Et c'est la même chose pour ce qu'on entend. Quand on entend un son, il n'est pas fidèlement transporté dans le nerf auditif et relayé dan le ceveau comme par une chaîne hi-fi haut de gamme. Comme pour la vision, le cerveau construit un modèle de son fondé sur des données nerveuses auditives continuellement mies à jour. Voilà pouruoi on entend un coup de trompette comme une note unique plutôt que comme un ensemble d'harmoniques de sons purs qui lui donnent ce rugissement cuivré. La même note jouée sur une clarinette aura un son "boisé" et "de roseau" sur un hautbois du fait de leurs différences d'équilibre des harmoniques. Si vous manipulez soigneusement un synthétiseur de sons pour produire une à une les différentes harmoniques, le cerveau les entend comme une combinaison de tons purs pendant un court intant, jusqu'à ce que son programme de stimulation "l'attrape", à la suite de quoi on n'entend plus qu'une seule note de trompette, hautbois ou autre."

Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu, Robert Laffont  2008 (p. 97-99)
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Sociologie du corps

16 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Malédiction de la pédagogie : à 17 h 30 je voyais une jeune doctorante qui travaille sur la nudité dans la danse pour préparer avec elle une conférence que je dois donner prochainement. Cette jeune femme avait de très jolis yeux. Elle récitait les grands axes d'un de mes livres qu'elle avait lu avec sérieux et ferveur, et évidemment comme c'était à craindre, d'un bout à l'autre de la conversation je mourrais d'envie de lui faire l'amour. C'est le lot, je pense, de beaucoup d'enseignants à l'université, et plus encore de ceux qui enseignent l'anthropologie ou la sociologie du corps (un d'entre eux dans le Sud a même écopé d'un procès pour harcèlement de la part d'une de ses étudiantes). J'ignore comment la plupart de ces pédagogues gèrent ce problème : franchissent-ils le pas du passage à l'acte? Que le pas soit franchi ou pas, je suppose que c'est un obstacle à la progression sereine de l'enseignement de cette discipline et une des raisons pour laquelle elle est si peu développée. J'avoue n'y avoir point songé auparavant moi qui suis toujours demeuré à l'écart de l'université.

Un journaliste d'une revue branchée veut m'interviewer sur la nudité, la même semaine qu'une blogueuse, elle aussi bien introduite dans les milieux journalistiques parisiens, publie une autre interview de moi.

Disons que c'est ma pause "a-politique" après le dernier weekend très intense à la Fête de l'humanité. D'ailleurs ce n'est pas si apolitique qu'il y paraît : rappeler, en réconciliant anthropologie naturelle et anthropologie culturelle, que l'homo sapiens est un animal, c'est faire signe vers une question nouvelle : que peut être une société qui fait le deuil complet du spirituel - qu'est-ce qu'une institution qui assume complètement la corporéité de ses composantes et de ceux qu'elle administre ? Voilà une question que l'humanité n'a jamais sérieusement affronté parce que notre cher cerveau, en grande partie protégé de par son anatomie-même, du reste du corps construisait ses images, ses religions censées "tirer notre espèce vers le haut", même dans les religions sécularisées du 20 ème siècle. Nous sommes la première génération à pouvoir assumer pleinement sa fraternité avec les singes... et à devoir en tirer des conclusions politiques. "Français, encore un effort", il faudra bien y parvenir.
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The unbearable lightness of being

4 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Je relis le passage de mon "autobio" où je parle de mon premier mois à Paris et de l'Insoutenable légèreté de l'Etre, le film. Je l'ai vu au moins trois fois. Il compta tellement pour nos petites têtes de sciences poteux (peut-être encore plus pour mes petits camarades qui s'embarquèrent en bus pour passer le weekend à Prague après la Révolution de Velours l'année suivante, moi je n'avais pas de fric pour ça). Mon goût pour ce film, préparé par mes lectures de Kundera les années précédentes, était un de mes rares points communs avec mes camarades d'Institut.

Souvenir de l'accueil triomphal que nous réservâmes à Dubcek en 1990 à l'amphi Boutmy. Nous aimions tant la Tchécoslovaquie. Dans la décennie qui suivit je rencontrai pas mal de gens, des femmes surtout, que ce film avait marqué.

Pourtant je ne peux m'empêcher de voir dans ce goût que nous eûmes pour lui un des aspects supplémentaires de l'arrogance bourgeoise. Aujourd'hui au nom de l'Insoutenable légèreté de l'Etre, Prague est devenu un parc à touristes odieux, à ce qu'on dit. Les ouvriers tchèques, ou ce qu'il en reste, dépités continuent à voter pour le parti communiste qui est un des plus florissants d'Europe centrale. Maintenant quand je pense au mai 68 tchèque, ma sympathie va aux braves soldats ouzbeks et ukrainiens envoyés en Bohème au nom de l'internationalisme socialiste plus qu'aux jeunes tchèques amateurs de jazz, même si j'admets qu'en la matière au fond aucun des deux camps n'avait tout à fait ni raison ni tort.

Je ne sais pas si nous avons eu raison d'aimer ce film. Les "révolutions colorées"d'Europe de l'Est depuis 2000 jettent une étrange lumière sur lui. A part ça quid de sa morale sexuelle ? Je me souviens de la phrase du film reprise du livre : le héros qui se demande s'il avait raison de rester avec Teresa estime que pour en juger il devrait pouvoir connaître toutes les vies possibles avec toutes les autres femmes. A ce prix là seulement il eût pu évaluer le bienfondé de son choix. Il y avait chez Kundera comme chez Montaigne un vertige des possibles qui se résolvait en une sorte de conservatisme épuisé Quelque chose de leibnizien aussi, dans un sens, et qui ne m'est pas étranger, à ceci près qu'avec l'âge on finit par se persuader de ce que tous les possibles se valent. Il faut s'en défendre, en matière de coeur comme en matière politique. C'est peut-être le choix final du cinéaste du reste quand il fait périr ses protagonistes au faîte de leur hymen. La légèreté interdit la résignation. Reste à la concilier avec le sens des responsabilités... Affaire de dosages...


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Facebook und Zeit

12 Août 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Sur le q numéro 8 de la g de C en A hier, m rév a s d'une n d s, je lus ceci sur mon téléphone portable dans mes mails reçus sur Facebook :

"Bonjour, Nous ne sous connaissons pas mais vous devez vous rappeller de ma grande soeur avec qui vous étiez en classe de terminale à Louis Barthou : Sophie R.
Lorsqu'elle m'a surprise un soir sur Facebook, elle m'a demandé de faire la recherche de 2 ou 3 noms. Vous étiez le premier et elle avait l'air tellement émue d'avoir quelques nouvelles que face à son refus de créer son profil pour vous contacter, j'ai décidé de faire le lien secrètement.
Certaine qu'elle ne m'en voudra pas, je viens ici vous communiquer son adresse e-mail perso :
sophie-@-.fr
Voili voilou.
Bonnes retrouvailles !"


Etrange coïncidence. J'étais venu chercher en vain à C des voies de bifurcation dans mon exploration de l'avenir et me trouvais au petit matin rattrappé par un passé très lointain. Cette fille moi aussi j'avais recherché son nom une ou deux fois, ici ou là sur Internet. Comme elle j'avais cédé à la tentation du "retour vers le passé" que les nouveaux sites de rencontres offrent aux quadragénaires de notre génération. Nous avions été proches l'un de l'autre au lycée, sans pour autant "sortir ensemble", ce qui explique peut-être que je fusse démeuré haut placé dans son estime. J'avais, un jour, à son insu, placé dans un coffret un de ses longs cheveux blonds tombés subrepticements sur mon blouson. On a à dix-sept ans de ces délicatesses fétichistes que l'on perd par la suite.

Ce qui m'a surpris dans ce mail c'est le "tellement émue". Figure de style imposée comme le vocabulaire conventionnel de la République des Pyrénées quand elle rend compte d'une fête villageoise ("un feu d'artifice a clôturé comme il se doit les joyeuses agapes"), expression d'un fraîcheur affective gasconne dont nous avons perdu le goût au nord de la Loire ? Quelle est le statut de l'émotion provoquée par le surgissement du passé dans le présent, du mort dans le vif ? Il y a plus, pour nous, que ces retrouvailles d'anciens camarades de régiment sur le quai d'une gare qui étaient le lot occasionnel des générations antérieures. Facebook promet aujourd'hui à tout un chacun de "ne plus jamais quitter" les êtres qui ont croisé son horizon. Pour les jeunes générations, cela signifie que les ruptures n'auront lieu que pour autant qu'ils cliqueront sur "remove from friends", encore cette action n'est-elle jamais irréversible. Pour le reste pendant toute leur existence, où qu'ils soient, toutes leurs rencontres resteront dans leur horizon à portée de clic de souris comme dans un grand supermarché virtuel. Il n'y aura même plus l' "émotion" de cet effet "retrouvailles".

Pour nous demeure encore cette sensation étrange, étourdissante, qui, à la différence de la rencontre occasionnelle du camarade de régiment, se double d'un effet "on ne se quitte plus".

Sauf que la retrouvaille enjambe un vide de vingt années. Un vide durant lequel les visages se sont ridés, les accents ont changé, et des tas de choses se sont passées qui ne font qu'accuser un triste constat : le temps n'a épargné personne, et tout meurt inexorablement en nous et hors de nous, trop de choses déjà sont mortes. Quand la fille évoque dans son mail le "refus de créer son profil", elle désigne peut-être un saint effroi, confus, plus ou moins inconscient, devant le risque d'affronter la conscience de cette mort qu'implique toute retrouvaille, autant que l'effet "on ne se quitte plus dans le supermarché virtuel" que propose la technologie. Pauvre humanité. Et pauvre génération, la mienne, génération de transition qui cumule à la fois, à de nombreuses occasions, les dures prises de conscience des vingt ans de séparation avec les gens retrouvés sur Internet, et l'entrée dans une vie où le "on ne se quitte plus" qui sera la règle dorénavant. Les plus jeunes, eux, n'auront que le second effet. Leur conscience du temps qui passe s'en trouvera peut-être altérée. En même temps, on voit à quel prix sera pour eux le déni du temps qui passe : virtualisation de tous les rapports, conservation des traces des rencontres dans les fichiers comme si la vie n'était qu'une longue séquence d'archivage - nous sommes tous des stocks de données, et nous ne sommes que ça. Un déni du temps aux inconvénients aussi lourds que les liftings. Chassez le tragique, il revient au galop.

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Délires européens

9 Août 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Je lis le Journal de Joseph Goebbels. Il faut lire ses ennemis toujours. Je lis Goebbels aujourd'hui, comme j'ai lu les néoconservateurs étatsuniens naguère. Je le lis dans le désordre, tantôt l'année 1942, tantôt 1923. J'essaie de comprendre comment il fonctionne, comme je l'ai fait avec Céline jadis.

Les ennemis n'ont jamais tort sur tout. Personne n'a jamais tort sur tout. Le grand tort des nazis, comme de beaucoup de courants idéologiques, ce fut leur religiosité. Celle des nazis se cristallisait dans leur antisémitisme obsessionnel odieux, leur romantisme décalé qui les rendait nihiliste. Pourtant au milieu de ces délires certaines de leurs analyses étaient lucides, sur le capitalisme anglosaxon par exemple, sur la rouerie de Roosevelt etc. C'est précisément parce qu'ils savaient par intervalle toucher justement le réel qu'ils ont pu entrainer les masses allemandes sur leur chemin. Contrairement à ce que prétendait Védrine à propos des Serbes, il n'y a pas de "peuple envoûté". Juste des peuples qui font des choix dans l'obscurité. Les philosophes ne sont pas mieux placés de ce point de vue là. Je suis frappé d'ailleurs par l'intérêt de Goebbels pour l'opinion des gens de la rue en pleine guerre. Le régime nazi était aussi à l'écoute de sa base, semble-t-il. Par ailleurs ce régime portait en lui, à côté de ses délires, non seulement des éléments de réalisme, mais aussi des traits culturels allemands et européens très profonds (je désapprouve Jankélévitch qui les trouvait seulement allemands). Tout en refusant toute téléologie, on doit admettre que la culture européenne portait le nazisme en germe, comme elle portait beaucoup d'autres possibilités (et heureusement des meilleures).

Tout cela nous renvoie à Nietzsche. Il y a beaucoup de nietzschéisme (même si c'est un nietzschéisme tronqué) dans Goebbels (notamment dans son admiration pour Dostoïevski) comme il y avait beaucoup du romantisme européen dans Nietzsche (un romantisme en lutte contre lui-même, ce qui le rendait plus subtil).

Je me demande si l'éradication de cet héritage et son remplacement par la culture Coca Cola était la bonne façon d'arracher l'Europe à ses folies. Pour tout dire je ne le pense pas. A la pathologie nazie qui prétendait synthétiser le meilleur de la culture européenne a succédé la barbarie de la Mac Donaldisation qui au demeurant à l'égard du Tiers-monde n'est pas moins meurtrière que le nazisme. Le pharmakon des erreurs de la culture européenne reste à chercher. Je ne crois pas non plus qu'il soit dans le scepticisme libertaire qui a grandi lui aussi à l'ombre de Nietzsche dans l'université française avant de se muer en scepticisme de combat puritain dans la political correctness des universités étatsuniennes. Le vrai remède est à rechercher ailleurs. Dans le rationalisme optimiste du Siècle des Lumières ? Rationalisme meutrier lui aussi. Ce serait supposer que la réaction romantique fut la cause de tous les maux... Si seulement c'était si simple !
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Islam et philosophie

22 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Je lisais tantôt sur http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2009-06-22/vous-l-avez-dit-port-de-la-burqa-entre-emotions-et-convictions/920/0/354706

"caroline_chaïma demande la parole : "Laissez parler les premières concernées ! Je suis Française née en France, en pleine campagne picarde, de parents, grands-parents, arrière-grands-parents français et je suis musulmane, je porte le voile intégral et j'ai envie de dire : et alors ? Ce que j'aimerais dire, c'est que je suis heureuse derrière mon voile, j'ai juste décidé de me préserver des regards pervers. Ce n'est ni mon père, ni mon frère, ni mon mari qui m'ont forcée à porter le voile intégral, c'est un choix personnel.""

Voilà encore un exemple en Occident de ce qu'un ami, après avoir reçu le texte sur Foucault et l'Iran dont je parlais dans un commentaire, appelle un "mouvement plus général d'intérêt pour l'islam comme alternative au rationalisme". Je tiens à préciser que cet ami est heideggerien et que certains théologiens musulmans utilisent Heidegger.

 

Je dois dire ici que si sur le plan politique, je suis pour un dialogue ouvert avec la culture musulmane, sur le plan de l'interrogation ontologique (je n'ose pas dire de la philosophie), je ne vois pas du tout ce que l'islam peut apporter (ni d'ailleurs l'heideggerianisme). A mon sens, une seule question est légitime : pourquoi l'être ? (c'est à dire pourquoi la matière, je précise cela pour éviter les dérives spiritualistes qui étranglent la philosophie occidentale quand elle se confronte à cette question). Or cette question ne peut recevoir la moindre réponsedu point de vue de la rationalité humaine, laquelle pour répondre devrait avoir la faculté d'englober la possibilité du non-être autrement que comme limitation de l'étant, ce dont elle est incapable. Toutes les autres questions posées par la philosophie (qu'est ce que le beau, le bien, pourquoi l'art, pourquoi le politique etc) pouvant être par ailleurs "désamorcées" et renvoyées à leur illégitimité profonde par une approche adéquate sur le mode du "comment" (par exemple "qu'est ce que le beau" est une question qui se désamorce avec "comment le beau", "comment la naissance de l'art", "comment l'aspiration esthétique chez le primate humain", "comment le désir des formes dans le fonctionnement biologique des animaux soumis au mouvement et à la reproduction sexuée) .

 

Pour moi le rapprochement avec l'Islam en vue de "respiritualiser l'Occident " est un thème hors ontologie, ce n'est que de la construction doctrinale littéraire comme le sont les trois quarts de la philosophie depuis Platon et ce pourquoi je ne me reconnais plus dans la philosophie, sauf à la nommer littérature (et un genre mineur de la littérature, un genre saturé d'idéologie).

 

On me trouvera bien sévère avec la philosophie, et justement ce petit billet est l'occasion de faire le bilan. Que doit-on à la philosophie ? Son seul mérite à mes yeux aura été d'essayer de construire comme des problèmes universels (donc faiblement engagé dans des croyances, des pratiques, ou des conflits locaux) des dilemmes qui se présentaient en situation de façon "aigüe" : par exemple, qu'est ce que le bon gouvernement des hommes (Platon), quand Athènes se déchirait sur la question de la démocratie, ou qu'est ce que l'homme peut savoir et doit croire (Kant) quand l'Europe était secouée par la crise de l'Auflärung. Ces questions n'ont d'intérêt que comme effort de situer un propos sur un plan universel, sachant que les philosophes européens se sont toujours hâtés d'y trouver des réponses qui n'avaient rien d'universel (un peu comme Descartes qui dans les Médiations métaphysiques révoque en doute toutes les croyances locales qui l'habitaient pour finalement, à l'appui de  démonstration sur le cogito, réintroduire une croyance aussi locale que le "malin génie", et finalement la preuve ontologique de Dieu de Saint Anselme).

Le meilleur de la philosophie est le geste vers l'universalité, et c'est la seule partie que, pour ma part, j'en sauverais. Mais en rien l'ouverture à l'Islam, ni à aucune autre croyance ne peut la rendre plus universelle ni plus légitime. L'universalité véritable la philosophie ne la trouve in fine que dans la reconnaissance de sa propre impossibilité comme discours sur l'être et dans son humble effacement devant l'étude attentive du "comment" selon le règles universelles de la logique, c'est-à-dire selon une méthode scientifique.

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L'Un et le multiple dans les religions et la métaphysique

10 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

J'écrivais hier en réponse à un militant communiste qui vantait les mérites de l'Un et, par voie de conséquence, du monothéisme qualifiant, comme il est d'usage dans l'histoiographie classique :


"Cela dit la "vieille religion d'Israël"  a eu aussi pas mal de déviation polythéistes au cours de son histoire (soigneusement camouflées ou diabolisées a posteriori par la bible) au point qu'on peut se demander si ce n'est pas le monothéisme qui est en fait une "déviation" du vieux polythéisme israélite

 

Mais j'avoue que philosophiquement  je ne suis pas un fan de l'Un, qui correspond à la notion d'indifférenciation, et, au fond, renvoie soit au solipsisme, soit à la dissolution du soi dans le monde, c'est à dire à la mort (je suis de ce point de vue assez d'accord avec la critique nietzschéenne de l'unité schopenhauerienne, et, à travers elle, de l'unité platonicienne). Je ne suis pas sûr qu'historiquement ni logiquement un devienne deux (schéma métaphysique et monothéiste). Il me semble plutôt que le multiple est premier, et le multiple retourne toujours au multiple. Je sais que l'hypothèse du big bang, va plutôt dans le sens des partisans du Un... mais le point de départ du big bang était il déjà "un", ou n'est ce pas un réductionnisme mathématique qui nous le fait penser ?

Je te suivrai pour dire que le monothéisme a parfois des vertus. Tout comme, dans d'autres sphères, le socratisme, le zoroastrisme, le bouddhisme, le taoïsme, et diverses autres grandes réformes idéologiques antiques ont eu le mérite de faire avancer chez l'être humain l'idée de révolution comme processus de changement radical, volontaire et organisé de soi-même et de l'ordre social. 

Mais alors il vaut mieux que ce soit un monothéisme "philosophique" comme celui du néoplatonisme ou du stoïcisme, car au moins celui-là ne produit pas de guerres armées entre sectes.
 
Il est vrai qu'il ne faut pas idéaliser le polythéisme et que, comme le disent Zizek et Veyne, le polythéisme devait être plus ennuyeux à vivre que la saga vivifiante du monothéisme autour de la faute et de la rédemption individuelle
 
Toutefois le polythéisme permettait une certaine cohabitation entre les dieux de différentes cultures, ce qui avait du bon. Et je ne crois pas du tout qu'il ait favorisé  l'esclavage et le productivisme plus que le christianisme - qui a quand même réduit 50 millions de Noir au rand d'esclaves.
 
L'explosion de l'esclavagisme romain après la conquête du bassin méditerranéen sous la république finissante était plutot perçu comme une sorte d'hubris peu compatible avec la morale de la vieille religion romaine"

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Libéralisme

26 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

L'age venant je ne cesse de me demander : qu'eût été ma vie si j'étais retourné vivre en Béarn en 1995, comme il en avait été question, ou si, comme une mienne amie le fit, je m'étais installé à belgrade en 2003?  Kundera remarque dans l'Insoutenable légèreté de l'Etre qu'on ne sait jamais la valeur de ses choix car il faudrait connaitre toutes les conséquences des autres choix possibles pour fixer les échelles de valeur. On se situe ainsi aux antipodes de l'économie néo-classique qui présuppose l'omnisciense des agents. Or cette liberté de choix de vie dont nous autres petits et moyens bourgeois bénéicions résulte en grande partie de l' application du liberalisme aux moeurs. Une fois de plus Polanyi a raison : le liberalisme ne marche pas, ni en économie, ni dans les choix de vie, et mon ami Edgar de la Lettre volée ne le sauvera pas en tentant d' opposer le libéralisme classique à celui dé néo- libéraux.

A propos du premier d'ailleurs je viens de lire six lignes drôles d'Howard Zinn sur une constitution que Locke fit pour une colonie anglaise d'Amérique. Il faudra que je vous reparle de tout cela plus tard.
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L'approche littéraire de la politique

28 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Bon, je suis bien conscient que la petite visite de mon salon de juin 1997 n'aura fait sourire personne, et que tout cela est bien dérisoire, mais je me disais ce matin qu'il était plus que nécessaire de mêler de l'humour à son engagement, et même, pour tout dire, d'avoir une approche littéraire de la politique. Littéraire ne veut pas dire destructurée, mais fluide, pouvant situer son angle d'attaque à divers niveaux (humain, individuel-collectif, pratique- théorique), en se nourrissant d'une tournure d'esprit littéraire. Le fait que les partis soient disloqués (sauf pour la conquête du pouvoir, mais un pouvoir de plus ne plus factice), que la politique est affaire de réseaux d'individus, rend les situations fluides, instables, et il les faut appréhender avec une sorte de souplesse littéraire qui fasse place aussi à sa propre subjectivité, et ses petites marottes individuelles.

Sans cela tout devient trop dogmatique, trop hystérique. Je songe par exemple à cette liste anti-sioniste qui se constitue et qui, en se focalisant sur un seul aspect de la politique, devient le symétrique des monomaniaques de l'autre bord qui voudraient qu'on bombarde l'Iran et le Soudan. Il faut desserrer l'étau de la rigidité mentale, ne pas répondre à des tendances totalitaires réelles de notre société par un autre totalitarisme symétrique (allez, si Kundera n'était pas tant récupéré par la pensée dominante, j'oserais une référence à son premier roman La Plaisanterie - il faut encore plaisanter un peu, encore un peu faire le mariole en ayant conscience qu'on le fait).

Au fait, ce matin j'étais en Seine-Saint-Denis pour y préparer mon projet d'anti-impérialisme municipal. J'y ai trouvé un ami membre du staff d'un maire de gauche, dans un rôle que je ne lui connaissais pas : celui du chargé de mission qui va remonter les bretelles d'une directrice de centre culturel qui fait de la rétention d'information à l'égard du maire. Lui qui est si doux pourtant d'ordinaire, il semblait fort impliqué dans ce conflit où se jouaient la crédibilité et l'autorité du chef de l'exécutif local. Puis j'ai déjeuné avec le directeur des services dans un restaurant sympathique, traditionnel, à 22 euros le repas. L'intéressé, un quinquagénaire communiste (ou proche du PC) en entrant dans le resto a tout de suite reconnu des élus (je suppose que c'étaient des élus) d'une ville voisine, sans doute des gens du même bord que lui. On ne se croyait d'ailleurs plus du tout en banlieue dans ce petit restaurant qui donnait sur la place d'une église médiévale. C'aurait pu être en Aveyron. Tout ce petit staff municipal qui mange bien à midi constitue un monde inconnu de moi. J'en ignore tous les codes sociaux, les tics de langage, les automatismes. Tout cela est complètement nouveau à mes yeux - et d'ailleurs certains me trouvent bien fou de m'essayer à ce genre de découverte au seuil de la quarantaine, mais que voulez-vous, j'aime la diversité et les expériences insolites.

Je suis toujours très étonné de voir des êtres humains prendre très au sérieux des pratiques quotidiennes au service de fonctions dont la plupart des gens se foutent éperdument. Ce fut vrai dans les professions juridiques où j'ai officié, c'est vrai aujourd'hui de ce petit monde de notables de banlieues. Je suis bien conscient que leur travail est utile, mais est-il légitime qu'il soit assuré par ces gens, qui en fait consacrent la moitié de leur énergie à défendre un groupe contre un autre (le PS contre le PC, la gauche contre la droite, tel député PC contre tel maire du même parti, le staff du maire contre celui du centre culturel etc). Ne serait-il pas plus simple que l'Etat prenne en charge tout ça ? - adieu les libertés municipales ! Ce seraient les services de la culture de l'Etat contre ceux du préfet, mais sans les luttes partisanes, c'est déjà ça. Mais on dit que l'empire romain n'a tenu que grâce à la richesse de sa vie municipale ponctuée par des campagnes électorales. Donc peut-être le théâtre d'ombres dont je fus témoin en banlieue ce matin, et serai sans doute encore témoin à l'avenir, sert-il quand même à quelque chose. Toutefois combien d'énergie absorbée dans ce qui, de l'extérieur, ressemble à de la pure comédie. Mais bon, je sais, je suis trop extérieur. Rentrons un peu plus dans les rouages de la vie sociale.
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Pourquoi j'ai cessé d'être bourdieusien

16 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Les lecteurs de ce blog sont fort aimables je dois dire, je reçois plus de fleurs que d'insultes et ceux qui daignent laisser des commentaires le font souvent dans un esprit constructif. JD hier dans son commentaire estimait utile (au moins utile pour lui, peut-être pour moi aussi, et donc, quand une chose est utile à deux personnes, elle peut l'être à quinze) que je précise pourquoi j'ai cessé d'être bourdieusien. Ce genre de sujet pour être traité correctement doit l'être dans la forme livresque, et donc je le réserve pour une publication ultérieure.

Mais le blog permettant d'user d'un ton expérimental et personnel, je me contenterai ici d'expliciter les trois ou quatre étapes de mon itinéraire qui m'ont éloigné de Bourdieu, mais il me faut d'abord préciser dans quelles conditions je m'en suis rapproché. Et je livre, en forme de clin d'oeil, au bas de cet article une petite vidéo d'un message que m'a laissé Bourdieu en mai 2001 (un message parmi beaucoup d'autres).

Bourdieu au départ n'incarnait rien de positif à mes yeux parce qu'il n'était pas apprécié des philosophes. Je ne sais pourquoi, en 1990, mon ex prof de philo de terminale que j'avais revu aux vacances m'avait dit avec une sorte d'ironie : "Vous êtes plutôt du côté de Bourdieu non ?" et j'avais rejeté l'accusation avec véhémence. D'une manière générale, les philosophes n'aimaient pas les sciences humaines. Même lorsqu'on n'était pas spécialement heideggerien, on avait le sentiment que les sciences humaines (comme les sciences de la nature) décrivaient des choses très triviales : des mécanismes de causalité un peu stupides, un peu artificiels qui imposent a priori des articulations entre des phénomènes aléatoires. Les sciences humaines traitaient de l'étant, tandis que la philosophie traitait de l'Etre . D'une manière générale, notre commerce intime avec l'Etre justifiait notre supériorité sur tout, notre dédain à l'égard de tout... même et surtout à l'égard de nos souffrances intimes.

Le hasard m'a conduit à rencontrer Bourdieu en personne en 1990 au début des opérations américaines dans le Golfe arabo-persique. Un entrepreneur béarnais voulait me présenter un sien ami d'enfance "prof d'université" (je croyais que c'était un prof de Toulouse) pendant les vacances d'été. Cet ami était prêt à nous accueillir dans sa maison familiale à Lasseube. Seulement quelques jours avant la rencontre j'appris que cet ami se nommait Pierre Bourdieu. Paniqué, moi qui n'avais jamais rien lu de lui je lus "Ce que parler veut dire" que l'entrepreneur avait chez lui. C'est une chance d'ailleurs que ce fût ce livre précisément et non un autre L'attaque sociologique du langage qui fondait mon engouement philosophique était peut-être un des meilleurs moyens de déstabiliser ma croyance. Lors de notre rencontre je parlai à Bourdieu de ma déception face à l'ennui des cours de la Sorbonne. Bourdieu répondit qu'en effet la faculté de philosophie "baignait dans le ronron" académique. Lui me conseillait de faire de la sociologie. Il était clair à ses yeux que les jeunes agrégés dans les lycées ne parvenaient pas à faire de la véritable philosophie, faute de temps. Au contraire, en me consacrant aux sciences sociales, je redécouvrirais des questions que les philosophes ne se posent plus.

 Dans les années qui suivirent, je lus "Homo academicus", "La Noblesse d'Etat", "La Distinction", qui parlaient à mon expérience de fils d'ouvrier devenu étudiant à Sciences Po. J'explorai aussi l'ouvrage de Bourdieu sur Heidegger qui me laissa des impressions très mitigées, et je suivis le cours de Bourdieu au Collège de France chaque semaine. Je me payai même le luxe d'envoyer une carte au sociologue l’interrogeant sur son rapport au relativisme et il me renvoya aimablement à un sien article publié dans les "Actes de la Recherche en sciences sociales" à ce sujet. Mais finalement je ne suivis pas le conseil de Bourdieu de m'inscrire en DESS de sociologie à Sciences Po et entrai dans une autre grande école dont je tairai le nom ici; Je me suis à nouveau rapproché du bourdieusisme vers 1998, au début de ma carrière  professionnelle, et arrêtai en 2001 en concertation téléphonique et épistolaire avec Bourdieu le sujet de ma thèse que je fis dans son labo (le CSE) de 2001 à 2006.

Voilà pour le contexte.

Les éléments qui m'ont éloigné du bourdieusisme.

1) La guerre de Yougoslavie (je le raconte dans "10 ans sur la planète résistante") - la question pour moi fut la suivante : une pensée qui empêche de réfléchir sur l'Etat, la souveraineté des nations, l'impérialisme, la guerre, au point de conduire son auteur à signer un texte aussi inapproprié que l' "Appel pour une paix juste et durable dans les Balkans" au début de la guerre contre la Serbie, est-elle une pensée pertinente ? Bien sûr Bourdieu a ensuite approuvé des textes que je lui envoyai (notamment mes comptes rendus de voyage à Belgrade) et signé l'Appel de Bruxelles en 2000 qui fut un très bon texte, mais rien n'est vraiment sorti de sa plume ni de celles de sa mouvance pour analyser correctement ce tournant essentiel de l'histoire de l'Europe. Il est d'ailleurs intéressant de constater que les bien-pensants bourdieusiens d'Agone n'aient pas repris l'Appel de Bruxelles dans le recueil des pétitions importantes signées par leur maître qu'ils ont publié dans les années 2000.

2) La rencontre des chomskyens en 1999-2000 (ceux que j'appelle Boris et le Scientifique belge dans mon livre). J'ai détaillé dans le Cahier de l'Herne sur Chomsky (dans un chapitre consacré à Bourdieu et Chomsky)  les implications épistémologiques et politiques pour moi de cette rencontre, et les raisons qui m'ont fait sur ces deux volets préférer Chomsky à Bourdieu.

3) Mes travaux en sociologie du corps. J'ai commencé un DEA tard, à 30 ans, en 2000, alors que j'avais déjà un statut social confortable. Je travaillai (juste cette année là - et je n'ai repris ce travail ensuite qu'après ma thèse) sur un sujet qui n'intéressait guère les bourdieusiens. Donc je l'ai fait à Paris 5 avec des bourdieusiens dissidents, ce qui m'a sensibilisé à d'autres aspects de la sociologie (le weberisme notamment) dont Bourdieu prétendait injustement "capter" tout l'héritage. En outre, j'explorais aussi dans le cadre de cette étude la psychologie évolutionniste américaine que l'on commençait à peine à étudier en France et qui faisait vieillir d'un coup tous les présupposés structuralistes du bourdieusisme (même si je ne suis ps un inconditionnel de toute la psychologie évolutionniste). 

4) Les travaux du jeune anthropologue anarchiste David Graeber sur le don, qu'il faudrait traduire en français, et qui sont une porte de sortie hors de la "sociologie de l'intérêt" à laquelle se rattache le bourdieusisme.

Voilà, pour faire court, dans un format adapté à ce blog, les raisons de ma prise de distance à l'égard de Bourdieu.  Je pense aujourd'hui que les profs de Sciences po qui raillaient les côtés "bourdivins" de sa sociologie propre à "plaire aux jeunes esprits naïfs" n'avaient pas tout à fait tort, car il y avait dans sa tournure d'esprit une façon quasi-religieuse d'enchanter les concepts, et les mettre en système, avec une manière proprement épiscopale d'écarter les objections, bref quelque chose qui n'est pas digne d'un bon débat rationnel (et ce vice est hélas commun à toute la pensée française, aux gens de sa génération, toute cette façon "postmoderne" de penser, et qui remonte peut-être au "Jazz Age" de la philosophie que Stove situe dans les années 1920). En même temps c'est peut-être à ce prix que les paradoxes de la domination (pour les dominants et les dominés) ont reçu un statut académique, ont été jugés dignes de débat chez les lettrés et les savants (même si ce n'est pas toujours dans les termes qu'il faudrait, et même si c'est souvent sur un mode obsessionnel et monomaniaque, comme beaucoup de discussions universitaires).

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"The Plato cult" et la foi dans les philosophes

14 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Je parcourais aujourd'hui, sur les conseils du Scientifique belge, "The Plato cult and other philosophical follies" de l'Australien David Stove, en vente pour 19 euros sur Amazon, un très bon livre qui décape tout ce que la philosophie porte d'idéaliste de Platon à Popper en passant par Kant. Le livre a été justement encensé par Daniel Dennett, WV Quine, et tout ce que la philosophie américaine compte ou a compté de grands noms à la fin du 20 ème siècle (Stove a toutes sortes de qualités, sauf sur le plan politique : c'est un fieffé conservateur). Il est temps que les Français le traduisent !

Pour des raisons qui tiennent peut-être à mon idiosyncrasie personnelle, je suis au fond plus intéressé par les tentatives de démystifier les religions philosophiques, que les grands débats, à la mode dans le monde anglosaxon en ce moment, sur les religions tout court (leur utilité, leur danger - songez au dernier livre de Dawkins sur ce thème par exemple). J'ai adhéré, je l'avoue, à ce vice qui consiste à "diviniser" (ou presque) les philosophes, auxquels nous prêtions jadis toutes les vertus intellectuelles, aux pensées desquels nous accordions toute notre foi. Moi et mes condisciples considérions leur pensée comme des tableaux. Nous les choisissions selon nos goûts, renonçant à leur appliquer notre raison critique, et, qui plus est, leur accordions de surcroît une valeur de vérité objective - ce qu'heureusement personne n'accorde à l'art.

Je me demande aujourd'hui pourquoi nous étions allés si loin dans le culte des grands philosophes (et pas seulement nous, mais avant nous tous les autres philosophes, depuis que la philosophie est philosophie). Cela incontestablement nous aidait à vivre, et à supporter les inquiétudes de notre jeunesse. Sans mon cursus de philosophie à la Sorbonne, je n'aurais sans doute supporté ni Sciences Po (où j'étudiais en parallèle), ni ma solitude, ni la nullité de mon statut social, alors pourtant que l'enseignement sorbonnesque était des plus rébarbatifs. J'avais besoin de cette proximité avec Kant, avec Nietzsche, avec Heidegger, avec des problématiques que je croyais plus radicales et plus élevées que celles qui travaillaient les autres jeunes de mon âge. C'était peut être de l'ordre de la consolation philosphique à la Boèce. Je me consolais d'une existence en pointillés.

Aujourd'hui je trouve surtout chez des anglo-saxons comme Chomsky, Dennett, Stove, Dawkins, une très grande capacité à réfuter en bloc des pans entiers de bibliothèques sans même se donner la peine de les lire (la "dismissive attitude", comme on dit). Russell aussi était comme ça. Cette façon de procéder n'a pas beauoup de succès en Europe continentale où, si les écoles de pensée s'affrontent sans se lire, elles se respectent néanmoins suffisamment pour faire mine de se juger l'une l'autre respectivement dignes de lectures. Peut-être parce que la philosophie continentale n'est pas engagée dans le même Kulturkampf anti-religieux que la philosophie anglosaxonne, ni animée par la même radicalité puritaine. Je pense que cette radicalité a du bon car elle permet de ne pas perdre de trop précieuses années à assimiler des théories qui sont fausses.

Stove en adresse le reproche aux marxistes, mais je crois qu'on peut mettre en oeuvre une critique semblable à l'égard de la pensée de Bourdieu, qui est une philosophie "laïcisée" dans un savoir empirique. J'ai passé beaucoup de temps (quelques années avant de ma lancer dans une thèse de sociologie, que j'ai d'ailleurs rédigée en commençant à perdre la foi, comme j'avais perdu la foi chrétienne quelques mois avant la confirmation). Avec le recul, je pense que j'aurais dû abandonner le bourdieusisme plus tôt. Garder du bourdieusisme ses intuitions puissantes sur la "domination symbolique" mais laisser de côté tout le côté systématique de cette pensée, qui était aussi son côté le moins honnête (le plus chargé en "pirouettes" intellectuelles). Mais c'est la peur qui a retardé cet abandon, comme elle peut retarder l'abandon d'une religion. On hésite à cesser de croire en Dieu par peur de la vie que l'on devra endurer après la perte de cette foi (c'est la même chose aussi dans la passion amoureuse). J'avais peur qu'en cessant d'être bourdieusien je deviendrais un connard de droite, résigné devant les injustices de ce monde.

C'est une erreur. On affine d'autant mieux sa compréhension de l'humain, et donc sa force critique sur le plan politique, qu'on refuse les dogmes.

La difficulté est ensuite de ne pas être humainement trop sévère avec les pensées qu'on a réfutées, sans pour autant rationnellement les réhabiliter. Je n'ai pas d'affection pour Marx, je ne sais pas trop pourquoi, mais j'en ai gardé une pour Bourdieu, peut-être parce que je comprends mieux l'époque dans laquelle il a vécu, son contexte social et affectif. J'ai aussi, je l'ai déjà dit sur ce blog, une grande sympathie humaine pour Platon, et pour sa façon de positionner la philosophie dans le contexte humain de son époque. Mais la sympathie vient quand la passion est morte. Elle porte le costume du deuil.



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