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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #philosophie et philosophes tag

Synthèses

9 Novembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Dans les années 2000, sous l'influence des sciences humaines, quand j'écrivais sur un sujet, ou quand je pensais à ma vie, il me semblait que je pouvais englober par l'entendement de grands ensembles sociaux, avec leur particularités, leurs couleurs etc, dans des sortes de "schèmes" comme dirait Kant, extrêmement synthétiques. Le Béarn contemporain ou passé, le Nord de la France, l'Espagne, les classes populaires, l'histoire de l'Occident sur 2000 ans etc, pouvaient ainsi se résumer à mes yeux dans des sortes de phrases matricielles synthétiques, qu'on pouvait ensuite déplier analytiquement à loisir s'il nous restait du temps pour le faire, mais la matrice synthétique comptait plus que son déploiement. Cette tournure de pensée imprégnait lourdement mes écrits, et me procurait un sentiment de maîtrise intellectuelle très étendue, qui m'obligeait toujours à "bander" mon esprit, parce que celui-ci devait toujours se sentir "prêt à la synthèse".

 

Il y avait sûrement quelque chose de très grec dans cette façon de voir. Elle n'avait pas que des inconvénients mais pas que des avantages non plus, car elle était très usante.

 

bourd.jpgJe ne sais pas si les années 2010, qui sont beaucoup moins influencées par les sciences humaines que les années 2000, sont encore ouvertes à ce genre de méthode de raisonnement, mais à titre personnel je le suis de moins en moins, parce qu'au fond je trouve ces synthèses assez factices. On se donne l'impression de savoir (et, à certains égards on sait beaucoup, en effet, et l'on met beaucoup de choses en rapport les unes avec les autres) mais c'est au prix d'un sacrifice de tout ce à quoi la synthèse fait violence, et cela vous revient en boomerang un jour... Hegel terrassé par le choléra...

 

Bourdieu était un type qui veillait tard, lisait beaucoup, pour construire les concepts les plus synthétiques possibles... Il a rencontré la limite de son exercice bien plus tôt qu'il ne le pensait...

 

J'assistais ce matin à une conférence d'une assoce de quartier sur le yoga... Ca ne volait pas très haut. Le prof ne connaissait pas grand chose sur les cultures asiatiques et les petites vieilles présentes étaient surtout là pour étaler leurs besoins de rêve et d'amour, les aigreurs de leur vie etc (comme toujours les gens plus intelligents, les jeunes notamment, se taisaient).

 

Je suis réservé à l'égard de l' "asiatisation" de notre culture avec le yoga, le zen, les massages, les conférences new age de Deepak Chopra et autres "opiums du peuple" surtout présents pour calmer les névroses que provoquent la wi-fi généralisée et l'imperium du zapping hyperactif, voire pour nous enseigner avant tout à ne plus penser et à nous résigner. Certains des bobos qui se piquent d'assister à des séances de chants en sanskrit auraient mieux fait de penser d'abord à s'inscrire dans une chorale paroissiale, cela au moins les aurait reconnectés avec la culture de leurs grands parents, sans rien soustraire aux apports du chants en termes de "concentration" et de "bien-être". Mais il faut reconnaître que l'asiatisation nous soulage un peu du règne des synthèses, et nous ouvre à la part "obscure", insaisissable, de nos vies, qui, parfois, est aussi notre oxygène...

 

Actualisation 2019 : Toutes ces pratiques de Yoga, médecines douces etc sont porteuses de démons et son liées à la spiritualité luciférienne New Age qui ne peut vous attirer que des ennuis. Evitez les.

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Aura charismatique

6 Octobre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

irene jacobUn commentateur sourit à la lecture de mes précédents posts sur Irène Jacob et me le fait savoir par mail ce soir. Si je voulais rationaliser un peu ma fascination pour certaines célébrités populaires au delà de mon côté enfantin, je dirais quand même ceci : un jour que je parlais avec Nathalie Cardone, elle m'expliqua comment en tant que chanteuse elle avait parfois le sentiment d'absorber toute l'énergie (elle disait "tout l'amour" sans doute bien plus justement) qu'un public de quelques centaines ou milliers de personnes pouvaient investir sur elle dans une salle de concert et le leur renvoyer ensuite par son investissement dans son art vocal. J'ai eu le sentiment en l'écoutant parler qu'en devenant une icone pour son public, elle recueillait en elle une sorte de "mana" (appelons le comme ça - Marcel Mauss disant que "mana" est un mot aussi polysémique et neutre que "machin" ou "truc"), ou d'aura qui provenait de la foule et finissait par rayonner autour d'elle. Je pense que le même phénomène se produit sur toutes sortes de vedettes du grand et du petit écran (c'est pourquoi largement celles-ci ne s'appartiennent plus, et cela parfois peut d'ailleurs les abîmer psychiquement). Et si l'on a gardé une petite part de puérilité (indispensable au salut, le "Dionysos enfant" de Nietzsche), suffisante pour avoir un enthousiasme sincère pour quelques acteurs ou actrices, on peut, à travers cet enthousiasme, percevoir ce phénomène assez mystérieux de captation-renvoi du "mana" qui, au fond, contribue aussi à ressouder la solidarité de notre espèce, refonder son "contrat social" de temps en temps. Si on n'a pas communié à ça, on ne peut pas comprendre tous les phénomènes charismatiques dont parle Max Weber qui, bien qu'aux antipodes de la rationalité pragmatique, sont tout aussi constitutifs du fonctionnement de notre espèce.

 

 
 
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Souvenirs plotiniens

10 Août 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

plan 031Quand j'étais étudiant à la Sorbonne (Paris IV), en licence de philo, en 1991, je me sentais à la fois auréolé du double prestige d'avoir été lauréat en philo du concours général des lycées, et étudiant en cursus parallèle à Sciences Po (ce qui était rare à l'époque), et, en même temps, un peu idiot du village dans cette fac, moi, qui étais très branché "philosophie contemporaine" (Hegel, Nietzsche, Heidegger), surtout lorsque je côtoyais des gens qui traitaient des sujets particulièrement exotiques...

 

J'avais notamment été sonné quand j'avais croisé un petit mec grassouillet aux cheveux raides qui m'avait dit qu'il comptait faire sa maîtrise sur Plotin (je ne me souviens plus exactement sur quel aspect du plotinisme). Il me paraissait proprement fou d'avoir envie de traiter pareil sujet. Pour moi (et pour la vulgate de l'époque) Plotin était une sorte de forme abâtardie (et rifidifiée avec ses "hypostases") du platonisme, suspendue un peu au dessus de rien (puisque cela n'annonçait même pas le christianisme), une branche morte, tardive, un peu folklorique avec ses croyances dans la magie, son végétarisme ascétique etc. Ni Hegel, ni Nietzsche, ni Heidegger n'en avaient (à ma connaissance) rien dit de bon, donc ça ne méritait pas qu'on s'y attarde (je pense que j'aurais pensé la même chose de la cohorte des philosophes que cite Diogène Laërce et qui ont fait le délice des méditations solitaires du présent blog depuis cinq ans...). Donc le type qui se lançait dans une maîtrise là dessus me semblait d'une audace folle, et cela m'impressionnait beaucoup (ne serait-ce d'ailleurs que parce que cela supposait de bien maîtriser le grec ancien).

 

Aujourd'hui je suis intrigué de lire des petites lignes sur la théorie de la puissance chez Plotin et ses similitudes avec le shivaïsme du Cachemire. J'y perçois une familiarité avec tout mon fonctionnement intime, mes valeurs, ma façon d'être, sans même avaler des livres entiers là dessus (à quoi bon ?). Tout revient tout le temps, finalement...

 

 

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Prohodos-epistrophe

10 Août 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

ganesh.jpgJe lisais ce matin un texte universitaire très intéressant sur le double mouvement prohodos-epistrophe (dispersion de l'Un, reconcentration) chez Plotin. Le chercheur mettait l'accent sur les points communs entre ce monisme idéaliste néo-platonicien et celui du shivaïsme du Cachemire (dont bien sûr je n'avais jamais entendu parler). Il est amusant de voir que la notion plotinienne au fond est très accessible, intuitivement, pour quiconque a pratiqué Heidegger dans sa jeunesse (avec sa problématique du "retrait de l'être").

 

Dans les années 80, Heidegger était un ersatz de spiritualisme et de mysticisme. Sa présence comblait un vide intellectuel dans l'école républicaine rationaliste française. S'il disparaît aujourd'hui au profit de l'étude de l'empirisme anglo-saxon, je ne suis pas sûr que ce soit un gain réel pour la formation des ados de notre époque.

 

J'ai appris aussi que le shivaïsme offre une variante "féminine" (tantrique) fondée sur l'Un comme pouvoir plutôt que comme pureté immobile (qui est sa vision "masculine" dans les Upanishad). On reconnaît là le langage de la filiation Héraclite-Hegel-Nietzsche.

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Deleuze sur Israël, le suicide, Caton le Jeune

3 Août 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Avez-vous vu ce texte de Deleuze sur Israël ici ? Je ne savais pas qu'il avait écrit là-dessus aussi...

 

J'ai déjà dit il y a peu combien Deleuze a compté pour moi du temps où je lisais beaucoup Nietzsche (et du temps où Deleuze vivait encore car je suis un vieux de la vieille). Ca ne veut pas dire que je suis un inconditionnel. Je ne sais plus qui lui reprochait d'avoir un peu abaissé la philosophie en écrivant sur le tennis et ce genre de trivialité. Et puis je n'ignore pas tout le débat qu'il y a eu contre les facilités de la "pensée 68". Aujourd'hui j'aime bien le côté chamanique de Deleuze, je l'ai dit, notamment sa position sur le langage et le cri animal. Peut-être aurait-il même pu aller plus loin sr ce terrain là, mais le milieu universitaire reste singulièrement coincé sur la question des instincts, et de l'animalité (c'est pourquoi aussi ce milieu est dépourvu de générosité, d'où le fait qu'il a trahi la révolution et minutieusement flingué la gauche en quelques décennies).

 

En tout cas, je me réjouis que ce philosophe ait écrit cela sur la Palestine. Ce qui se passe à Gaza est criminel, inique, et la lâcheté des Occidentaux dans leur inaction d'une vulgarité sans nom. Hollande et Valls seront jugés par la postérité à l'aune de leur couardise sur ce dossier aussi.

 

A part ça, loin de Deleuze, mon inconscient (car j'ai trop d'articles et de livres à écrire en ce moment pour avoir consciemment le temps et l'énergie de lire) rumine des bouts d'idées dont je ne sais pas quoi faire. Par exemple je pense beaucoup au suicide. Parce que je songe à des amis qui ont une propension à se rendre dans des zones de combat. Et parce que je regarde aussi ce qu'il y a eu de suicidaire en moi, plus d'une fois, dans mon comportement au cours des derniers lustres. Est-ce une pulsion suicidaire soft ? Je ne sais pas. La question m'intrigue beaucoup parce que pendant longtemps j'ai condamné, sous l'influence de Nietzsche, le bouddhisme comme étant une pensée suicidaire (le christianisme aussi d'ailleurs). Mais en même temps j'admire le stoïcisme, qui peut-être n'est pas moins suicidaire que la sagesse du Bouddha. Et la Bhagavad Gita hindouiste n'est elle pas elle aussi suicidaire ?

 

Le suicide chez les stoïciens est-il essentiel ou accessoire dans leur doctrine ? L'homme qui place les principes au dessus de la vie n'est-ils pas suicidaire ? Voilà une considération très nietzschéenne. Les principes sont un concentré de vie à très haute intensité, selon moi. Donc si c'est se suicider que de les défendre, c'est sans doute non pour rechercher une destruction, mais pour accéder à une vie d'un niveau supérieur. C'est un suicide pour "plus de vie". Il n'y a peut-être pas de paradoxe dans cette affirmation.

 

cato.JPGJe tiens intuitivement Lucain pour un génie, au vu des quelques pages que j'ai lues au hasard dans sa Pharsale. J'ai déjà dit pourquoi ici à propos du siège de Marseille ou de la retraite de Pompée. Je rumine en ce moment, quand je me promène dans les rues, ses lignes sur l'avancée des légions de Caton dans le désert des Syrtes. L'essence suicidaire de l'idéalisme stoïcien de Caton y apparaît dans toute sa crudité...

 

Une pensée pour le portrait du Caton d'Utique trouvé à Volubilis qu'on peut encore admirer en Provence dans une exposition temporaire. Présentation très correcte de ce portrait ici. Le culte de Caton d'Utique dura jusqu'à Marc-Aurèle, ce n'est pas pour rien. Caton d'Utique était aussi le père spirituel de Brutus qui était son gendre, ne l'oublions pas...

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Ma Bible depuis l'âge de 19 ou 20 ans

20 Juillet 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Ce passage de l'Abécédaire de Deleuze. Rien que ce passage, mais tout ce passage.

 

 

 

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Politique, vérité et amour

17 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

J'approuve Aristote sur l'idée que la politique est un art accessible à tout un chacun (donc le citoyen qui entre dans le débat politique n'a pas à avoir de complexe face au technicien), il faut juste avoir conscience que... justement c'est un art... donc une manière nécessairement intuitive d'arbitrer entre des impératifs contradictoires. Après cela, chacun est légitime à définir cet arbitrage en fonction de sa propre vision du monde (de droite, de gauche etc), pourvu 1) que l'arbitrage soit en lui-même intrinsèquement cohérent 2) qu'il ne repose pas sur des mensonges factuels (il faut toujours être honnête avec les faits, ce qui suppose qu'on prenne le temps de se renseigner à leur sujet, c'est souvent le plus difficile, d'autant que les désinformateurs sont légion).


Aristippus01

Il n'y a donc pas de jugement politique possible sans foi en la vérité.

 

Comme on l'a souvent dit sur ce blog, la vérité est provisoire et dynamique (toujours ouverte à un dépassement) du point de vue du sujet, et repose à la fois sur la raison et sur l'intuition

 

Cela ne veut pas dire qu'elle soit entièrement relative et historique dans l'absolu (au contraire, elle est, par elle même, nécessairement une et anhistorique). Il n'y a pas d'unité possible du corps politique dans le relativisme ou l'historicisme (sauf dans une perspective téléologique, religieuse ou marxiste, à laquelle je ne souscris pas).

 

Il n'y a pas de recherche sincère de la vérité sans foi en l'amour, car l'amour est ce qui nous ancre dans l'horizon humain, qui est le seul terreau possible de la vérité.

 

J'adhère à une notion extensive de l'amour. Pour les grandes notions , les définitions les plus couramment admises et les plus vagues sont les meilleures, car la part d'intuition est légitime à leur sujet, et parce que l'imprécision des mots intègre la variété des expériences possibles.

Il est bon que le mot "amour" en français soit très général et qu'il englobe toutes sortes de mouvements vers autrui, depuis le simple fait de rendre service à un inconnu dans la rue, jusqu'à l'amour maternel/paternel ou filial. La conception la plus élevée et la plus complète (celle dans laquelle on peut placer aussi le plus d'exigence) de l'amour est celle que mobilise la formation d'un couple (et c'est là que se joue sa forme la plus pure). ste baume

L'amour ne pouvant s'éprouver dans les formes les plus élevées à l'égard de toutes les créatures, ni même de toutes les créatures humaines, sa forme minimale (et tout à fait admissible) peut consister à leur égard en un respect de ce qu'elles sont, respect des règles de vie commune (les lois), respect de la parole donnée, volonté de ne pas nuire.

 

Une bonne partie de ceux qui professent un rapport direct à une transcendance (religieux, thérapeutes spiritualistes, politiciens inspirés) placent leur transcendance au dessus de l'amour humain (souvent d'ailleurs parce qu'eux-mêmes souffrent d'un manque affectif), et ne perçoivent autrui qu'à travers le pouvoir qu'ils peuvent exercer sur lui. Ceux-là n'entendent rien à l'amour humain, et, de ce fait, rien non plus à la vérité (ceux qui eurent raison dans l'histoire de mon point de vue furent ceux qui, au contraire, placèrent l'amour au dessus du divin).

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Zénon

6 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Les stoïciens recommandent le suicide en cas d'extrême nécessité. Zénon s'est suicidé par auto-strangulation. Personnellement pour ma propre mort j'ai une petite préférence pour la pendaison.

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Homo homini agnus est

29 Mars 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

La vidéo ci-dessous sur cette femme sourde de naissance qui entend pour la première fois grâce à un implant prouve :
1) que la science fait des miracles (mais nul ne l'ignorait)
2) que la voix humaine a un impact émotionnel sur l'humain tout à fait viscéral (et structurant).

 

On le savait déjà à partir d'observations sur des enfants qui en ont été privés, on le voit à nouveau là. Ce qu'un animal social comme nous doit à son espèce, tout ce qui le relie affectivement à elle, est considérable, et relativise beaucoup les visées individualistes de l'idéologie dominante.

 

 

 

Dans un autre ordre d'idées cela fait penser aux zoos qui sont obligés d'euthanasier des girafons (animaux sociaux eux aussi) pour préserver l'équilibre du groupe. Les patrons de zoos, tout comme Kim Jong Un dans son pays, pensent que l'intérêt du groupe doit l'emporter sur celui de l'individu, mais il faut bien reconnaître que l'individu sans le groupe, chez les animaux sociaux, n'est vraiment rien...

 

Cette force qui, dans l'individu, le rattache au groupe est ce qu'on nomme communément "amour" dans ses diverses formes, source de tant de bien être et de tant de douleurs comme chacun sait. Je dialoguais hier avec une femme, ainée de sa fratrie, qui n'a jamais été aimée de sa mère, et retrouvais dans sa façon de vivre ses affects d'adulte, et notamment leur ancrage (ou leur non ancrage) dans le temps, ainsi que dans sa façon de juger ceux des autres, des traits (à mes yeux très durs et très étrangers à mon propre fonctionnement) que j'ai connus chez d'autres filles qui présentaient la même caractéristique familiale qu'elle. Déprimante corrélation.

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Bhagavadgita

5 Mars 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Actualisation 2019 : Texte écrit à l'époque de mes échanges avec les médiums, largement renié depuis que je sais quelles forces sont à l'oeuvre dans tout cela.

Une amie hindoue me parlait de la Bhagavadgita il y a peu. Je l'ai achetée et y trouve exactement ce que je cherchais depuis cinq ans dans le stoïcisme : le principe du renoncement dans l'action.

  ml2.jpg

On y trouve à la fois le principe d'action (et surtout d'action rituelle) des Veda, et celui de renoncement ascétique des Upanisad. A 25 ans je prenais des notes sur ce genre de truc sans rien y comprendre, juste pour ma "culture générale". A 43 ça devient limpide.

 

Et comme me dit cette amie hindoue, "Jésus-Christ est un chef de guerre". La Bhagavadgita est écrite pour la caste des guerriers. Gandhi en a fait son livre de chevet, mais ce n'est pas l'usage qu'en fait Gandhi qui m'intéresse.

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Philhellène

23 Février 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Les livres ne sont rien de plus que des lettres écrites à des amis, c'est à dire quelque chose, mais au fond pas grand chose, juste des étapes. Que ceux qui veulent les faire circuler le fassent, mais il ne faut pas s'en soucier. Aller vers les Grecs, la terre féconde, le travail rigoureux. Porter son père sur son dos. Athènes au dessus du Proche-Orient antique, Zénon le phénicien qui se fait stoïcien grec. En Grèce presque tout est pythagoricien, puisque presque tout vient de Platon, tout est pythique, apollinien, tout a à voir avec les déesses mères. Mais on ne gaspille pas sa semence. Aussi l'importance de la bonne musique. Pas celle des empuses ni de Néron. Apollonios de Tyane au préfet de police de Néron : "J'ai plus d'estime que vous pour votre empereur : vous l'estimez quand il chante, moi je l'estime quand il ne chante pas."

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Epicurisme et stoïcisme

16 Février 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

diogenosJ'ai beaucoup soutenu le stoïcisme contre l'épicurisme - car je n'aime pas le côté "secte religieuse à l'écart du monde". Mais, c'est une thèse de l'historienne Mme Renée Koch-Piettre et pas seulement d'elle, l'église chrétienne, comme grand entreprise révolutionnaire de transformation du monde, s'est inspirée des deux écoles. Aux épicuriens elle emprunte la notion d'église avec ses rituels (que n'avaient pas les stoïciens), aux stoïciens la vision des hommes comme organes d'un corps universel. L'Eglise est une volonté d'étendre l'épicurisme aux dimensions du stoïcisme, c'est à dire à l'ensemble de la société, tout comme si l'on veut l'Islam est une tentative d'étendre les règles exigeantes et totalisantes du judaïsme - initialement réservées au "peuple élu" - à l'univers entier.

 

Saint Paul a grandi à Tarse en Cilicie, grand centre d'étude à la fois du stoïcisme et de l'épicurisme. Sa très bonne connaissance de ces écoles se vérifie quand il discute avec l'Aréopage d'Athènes dans les Actes des Apôtres.

 

Peut-être avons nous donc besoin des deux logiques, stoïcienne et épicurienne...

 

Pourquoi est-ce que je vous raconte cela ? Parce que je vois apparaître dans les milieux ésotériques actuellement (milieux petits bourgeois ou populaires assez invisibles des écrans officiels et pourtant il s'y joue des choses importantes sur le plan humain pour qui sait voir par delà les mots, "rien de ce qui est humain ne saurait m'être étranger", humani nihil a me alienum puto), des logiques épicuriennes : des chaînes d' "amis" se créent, sur la base de douleurs personnelles, d'envies d'aider et d'aimer.

 

Après un rude coup subi fin décembre, j'ai été dans la position de Kant dialoguant avec le mage Swedenborg dans un échange avec une jeune médium. Je voudrais d'ailleurs travailler avec le photographe Guillaume Poli, qui fut mon complice sur l'Abkhazie, sur l'univers de cette femme. J'entrevois à travers elle ces chaînes d'amitiés néo-épicuriennes (mais paradoxalement moins ecclésiales, plus libres et libertaires que l'épicurisme originel) entre gens seuls qui ont besoin de se sentir en symbiose avec des forces universelles. Tout cela mérite beaucoup de respect car ces gens brisent l'égoïsme de notre époque, ils cassent l'instinct de destruction, eux qui ont le sens du don et de la responsabilité pour autrui. Moi qui suis fidèle au Christ de Pasolini tout en étant rationaliste et athée, je suis dans leur camp, sans hésitation, contre les arrivistes, les obsédés de l'égo, les pilleurs et pilleuses, les trouillards de tout poil.

 

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Arrêt sur image

30 Novembre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Comme je l'ai déjà indiqué à propos de ma collaboration avec le photographe Guillaume Poli, l'arrêt sur image est devenu une nécessité existentielle, éthique, 100_0344.JPGet politique de notre époque, comme le 100_0315.JPGralentissement du rythme de vie, le choix des chemins les plus longs, le refus de l'utilitarisme, bref tout ce qui était constitutif, autrefois, du mysticisme.  

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Tristesse de notre époque : Voltaire chez les Circassiens...

26 Novembre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes, #Abkhazie

maruiz.jpgJe lisais il y a peu un texte de Voltaire amusant qui attribue l'invention des vaccins aux Circassiens. Texte de pure ironie voltairienne, mais qui possède peut-être un fond de vérité. J'ai demandé à une amie turque si l'on en débat en Abkhazie (pays circassien comme quelques autres). Elle me répond ce matin qu'elle a "parlé avec un auteur abkhaze venu de la Turquie" qui lui a dit  "qu’il avait eu un petit conflit avec un journal turc qui avait publié, il y a des années, la nouvelle de l’invention du vaccin contre la petite-vérole, inspirée du texte de Voltaire" Elle m'informe qu'après une petite recherche sur Google elle tombe "sur des informations ou des commentaires en turc (qui sont semblables les uns des autres)". "Je vois que les Circassiens, quelques Tcherkesses, sont irrités par le texte de Voltaire" note-t-elle, "Surtout de cette histoire de la vente des filles pour les harems. D’après eux, cela découle d’un point de vue orientaliste. Ils disent que même si les circassiens étaient pauvres, ils faisaient de l’agriculture, élevaient des animaux, etc pour survivre."

 

Voilà une réponse qui m'a déçu. Voilà des gens qui ne comprennent rien à l'ironie voltairienne. Et je ne leur ferais pas lire Nietzsche.Toute la tristesse de notre époque est dans cette réaction obtuse aux grands auteurs. On se drape dans l'honneur national ou le particularisme "humilié", on ne s'intéresse pas à l'humour. Que les auteurs du passé n'aient pas cherché "spécialement" à abaisser les Circassiens à partir d'un point de vue "orientaliste" (quel anachronisme : l'orientalisme n'a étouffé nos universités qu'au XIXe siècle, ont était loin de cela à l'époque de Voltaire), mais qu'à travers leurs anecdotes ils cherchent à ramener aussi bien les Caucasiens que les Français et l'humanité de tous les peuples à leur juste mesure, ils n'y songent même pas. Ces gens se prennent trop au sérieux dans leurs postures plaintives et ratent toute profondeur historique. Et qu'est-ce qui leur a communiqué ce vice là ? Les sciences humaines européennes du dernier quart du XXe siècle dont l'idéologie s'est déversée sur eux et sur le monde entier pour en éradiquer l'intelligence, le style et l'humour...

 

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Pour la peine voilà le texte complet de Voltaire (pour la partie qui concerne les Circassiens) :

 

" LETTRE XI. (1)
 
 
Sur l’insertion de la petite-vérole. (2)
 
 
         On dit doucement dans l’Europe chrétienne que les Anglais sont des fous et des enragés : des fous, parce qu’ils donnent la petite-vérole à leurs enfants pour les empêcher de l’avoir ; des enragés, parce qu’ils communiquent de gaieté de cœur à ces enfants une maladie certaine et affreuse, dans la vue de prévenir un mal incertain. Les Anglais, de leur côté, disent : Les autres Européans sont des lâches et des dénaturés : ils sont lâches, en ce qu’ils craignent de faire un peu de mal à leurs enfants ; dénaturés, en ce qu’ils les exposent à mourir un jour de la petite-vérole. Pour juger laquelle des deux nations a raison, voici l’histoire de cette fameuse insertion dont on parle en France avec tant d’effroi.
 
         Les femmes de Circassie sont, de temps immémorial, dans l’usage de donner la petite-vérole à leurs enfants même à l’âge de six mois, en leur faisant une incision au bras, et en insérant dans cette incision une pustule qu’elles ont soigneusement enlevée du corps d’un autre enfant. Cette pustule fait, dans le bras où elle est insinuée, l’effet du levain dans un morceau de pâte ; elle y fermente, et répand dans la masse du sang les qualités dont elle est empreinte. Les boutons de l’enfant à qui l’on a donné cette petite-vérole artificielle servent à porter la même maladie à d’autres. C’est une circulation presque continuelle en Circassie, et quand malheureusement il n’y a point de petite-vérole dans le pays, on est aussi embarrassé qu’on l’est ailleurs dans une mauvaise année.
 
         Ce qui introduit en Circassie cette coutume, qui paraît si étrange à d’autres peuples, est pourtant une cause commune à tous les peuples de la terre, c’est la tendresse maternelle et l’intérêt. Les Circassiens sont pauvres, et leurs filles sont belles ; aussi ce sont elles dont ils font le plus de trafic. Ils fournissent de beautés les harems du grand-seigneur, du sophi de Perse, et de ceux qui sont assez riches pour acheter et pour entretenir cette marchandise précieuse. Ils élèvent ces filles en tout bien et en tout honneur à caresser les hommes, à former des danses pleines de lasciveté et de mollesse, à rallumer, par tous les artifices les plus voluptueux, le goût des maîtres très dédaigneux à qui elles sont destinées. Ces pauvres créatures répètent tous les jours leur leçon avec leur mère, comme nos petites filles répètent leur catéchisme sans y rien comprendre. Or il arrivait souvent qu’un père et une mère, après avoir bien pris des peines pour donner une bonne éducation à leurs enfants, se voyaient tout d’un coup frustrés de leur espérance. La petite-vérole se mettait dans la famille, une fille en mourait, une autre perdait un œil, une troisième relevait avec un gros nez ; et les pauvres gens étaient ruinés sans ressource. Souvent même, quand la petite-vérole devenait épidémique, le commerce était interrompu pour plusieurs années ; ce qui causait une notable diminution dans les sérails de Perse et de Turquie.
 
         Une nation commerçante est toujours fort alerte sur ses intérêts, et ne néglige rien des connaissances qui peuvent être utiles à son négoce. Les Circassiens s’aperçurent que sur mille personnes il s’en trouvait à peine une seule qui fût attaquée deux fois d’une petite-vérole bien complète ; qu’à la vérité on essuie quelquefois trois ou quatre petites-véroles légères, mais jamais deux qui soient décidées et dangereuses ; qu’en un mot jamais on n’a véritablement cette maladie deux fois en sa vie. Ils remarquèrent encore que quand les petites-véroles sont très bénignes, et que leur éruption ne trouve à percer qu’une peau délicate et fine, elles ne laissent aucune impression sur le visage. De ces observations naturelles, ils conclurent que, si un enfant de six mois ou d’un an avait une petite-vérole bénigne, il n’en mourrait pas, il n’en serait pas marqué, et serait quitte de cette maladie pour le reste de ses jours. Il restait donc, pour conserver la vie et la beauté de leurs enfants, de leur donner la petite-vérole de bonne heure ; c’est ce que l’on fit en insérant dans le corps d’un enfant un bouton que l’on prit de la petite-vérole la plus complète, et en même temps la plus favorable qu’on pût trouver. L’expérience ne pouvait pas manquer de réussir. Les Turcs, qui sont gens sensés, adoptèrent bientôt après cette coutume, et aujourd’hui il n’y a point de bacha dans Constantinople qui ne donne la petite-vérole à son fils et à sa fille en les faisant sevrer.
 
         Quelques gens prétendent que les Circassiens prirent autrefois cette coutume des Arabes ; mais nous laissons ce point d’histoire à éclaircir par quelques bénédictins, qui ne manquera pas de composer là-dessus plusieurs volumes in-folio avec les preuves. Tout ce que j’ai à dire sur cette matière, c’est que dans le commencement du règne de George 1er, madame de Wortley-Montague, une des femmes d’Angleterre qui ont le plus d’esprit et le plus de force dans l’esprit (3), étant avec son mari en ambassade à Constantinople, s’avisa de donner sans scrupule la petite-vérole à un enfant dont elle était accouchée en ce pays. Son chapelain eut beau lui dire que cette expérience n’était pas chrétienne, et ne pouvait réussir que chez des infidèles, le fils de madame Wortley s’en trouva à merveille. Cette dame, de retour à Londres, fit part de son expérience à la princesse de Galle, qui est aujourd’hui reine ; il faut avouer que, titres et couronnes à part, cette princesse est née pour encourager tous les arts et pour faire un bien aux hommes ; c’est un philosophe aimable sur le trône ; elle n’a jamais perdu ni une occasion de s’instruire, ni une occasion d’exercer sa générosité. C’est elle qui, ayant entendu dire qu’une fille de Milton vivait encore, et vivait dans la misère, lui  envoya sur-le-champ un présent considérable ; c’est elle qui protège le savant P. Courayer (4) ; c’est elle qui daigna être la médiatrice entre le docteur Clarke et M. Leibnitz (5). Dès qu’elle eut entendu parler de l’inoculation ou insertion de la petite-vérole, elle en fit faire l’épreuve sur quatre criminels condamnés à mort, à qui elle sauva doublement la vie ; car non-seulement elle les tira de la potence, mais à la faveur de cette petite-vérole artificielle, elle prévint la naturelle, qu’ils auraient probablement eue, et dont ils seraient morts peut-être dans un âge plus avancé. La princesse, assurée de l’utilité de cette épreuve, fit inoculer ses enfants : l’Angleterre suivit son exemple, et depuis ce temps, dix mille enfants de famille au moins doivent ainsi la vie à la reine et à madame Wortley-Montague, et autant de filles leur beauté.
 
         Sur cent personnes dans le monde, soixante au moins ont la petite-vérole ; de ces soixante, dix en meurent dans les années les plus favorables, et dix en conservent pour toujours de fâcheux restes. Voilà donc la cinquième partie des hommes que cette maladie tue ou enlaidit sûrement. De tous ceux qui sont inoculés en Turquie ou en Angleterre, aucun ne meurt, s’il n’est infirme et condamné à mort d’ailleurs ;"

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Sur Chateaubriand et Voltaire

23 Novembre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

vall-e-d-ossau.jpgBrève interview de Frédéric Delorca qui sera publiée dans le numéro de décembre de la Gazette philosophique de mon vît, petit journal littéraire publié à Laruns.

 

"M. Delorca, on vous a vu récemment défendre la lecture de Chateaubriand, puis celle de Voltaire, où voulez vous en venir exactement avec ces suggestions de lecture ?

 

- Il faut s'intéresser aux frères ennemis. Je ne dirais pas avec Bourdieu que Bakhounine a la vérité de Marx et Marx celle de Bakhounine, mais il faut lire ensemble les opposés, souvent d'ailleurs pour décourvrir qu'ils ne sont pas si opposés que cela comme les couples qui s'adorent et se détestent. Chateaubriand et Voltaire (le premier ayant construit son oeuvre contre le second) sont tous les deux de grands encyclopédistes - ce qui n'était pas le cas d'écrivains avant eux comme Montaigne, Pascal ou Corneille qui étaient avant tout formés par Plutarque et les classiques gréco-latins. Voltaire et Chateaubriand sont parfaitement au courant de leur époque, et peuvent parler de ce qui se passe dans les contrées les plus reculées aussi bien  que des dernières découvertes scientifiques. On dira que l'ampleur des découvertes du moment le leur imposait, mais cette explication ne me convainc qu'à moitié. Ce qui me frappe surtout chez l'un comme chez l'autre c'est la profondeur de leur vision et leur capacité à en faire un système, avec un style très particulier à chaque fois, et très "enveloppant", qui vous prend au piège de leur toile, et dont on ne peut pas rendre compte par de brèves citations ou des extraits (en ce sens les internautes se trompent quand ils se limitent à des morceaux choisis, c'est le mouvement de livres entiers qui doit vous emporter*). On comprend que ces visions (qui ne se réduisent pas à des stratégies rhétoriques) aient envoûté chacune deux générations.

 

- Tout de même, l'un est l'adversaire de la religion, l'autre le partisan de sa restauration.

 

- L'un est l'homme de la grande remise à plat, par l'ironie. On va ressortir le de dérisoire, l'ubuesque, retrouver dans l'humain le "singe de son idéal" comme disait Goethe. L'autre veut réhabiliter le coeur, la foi du charbonnier, tout ce qui relève de la sensibilité (et c'est une entreprise très subtile, qui n'a rien à voir avec de la mièvrerie, même si le risque existe toujours). La grandeur du geste absurde de celui qui s'avance désarmé avec un petit crucifix en bois devant la horde des guerriers bardés de lances. Mais ce sont deux mouvements complémentaires et nécessaires. La remise à plat n'a qu'un temps. Et la remise à l'honneur des coeurs n'est pas nécessairement la remise en scelle des cardinaux et des évêques - qui ont plus d'une fois voué Chateaubriand aux Gémonies. L'enjeu du romantisme est ailleurs, il a à voir avec le mysticisme, comme à sa suite la philosophie nietzschéenne et l'heideggerianisme.

 

- Mais Nietzsche dédie le "Gai savoir" à Voltaire....

 

- Oui, parce qu'il sait bien que le mysticisme - l'intérêt pour le chemin, pour un autre rapport au temps, à la chose, au silence et à la solitude - passe par une critique profonde de la religiosité - qui est avant tout un rapport grégaire à l'autre et une façon stupide de neutraliser les questions". Nietzsche n'est pas loin du mysticisme même s'il ne l'assume pas, et on peut se demander si les partisans des Lumières, à leur manière aussi, ne le sont pas, comme on finit par le voir aux heures les plus sombres de la Terreur. Toute sortie "par le haut" de la médiocrité passe peut-être par le mysticisme, qui est cependant aussi une façon d'abîmer l'humain, de l'anéantir dans "le bas"... "

 

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* voir à ce sujet cette remarque de Chateaubriand contre les historiens de son époque dans "Des études historiques" p. 115

 "On trouve aujourd'hui beaucoup d'hommes qui savent écrire une cinquantaine de pages et quelquefois un 
tome (pas trop gros) d'une manière fort distinguée; mais des hommes capables de composer et de coordonner
un ouvrage étendu, d'embrasser un système, de le soutenir avec art et intérêt
pendant le cours de plusieurs volumes, il y en a très-peu :
cela demande une force de judiciaire, une longueur d'haleine,
une abondance de diction, une faculté d'application, qui diminuent
tous les jours. La brochure et l'article du journal semblent être devenus la
mesure et la borne de notre esprit. "
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