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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #proche-orient tag

Syrie-Irak, Yémen, Ukraine

23 Février 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Proche-Orient, #Peuples d'Europe et UE, #Le monde autour de nous

On va parler aujourd'hui, comme cela arrive souvent sur ce blog, de trois guerres dans lesquelles nos alliés sont impliquées et dans lesquelles nos silences ne sont pas glorieux.

- Guerre de Syrie-Irak

Les troupes gouvernementales irakiennes ont pris l'aéroport de Mossoul aujourd'hui et les troupes syriennes avancent vers Raqqa.

Oui, mais voilà ... Ce n'est pas une guerre propre...

Comme vient de l'exposer l'ex contributeur de l'Atlas alternatif Vijay Prashad sur Alternet.org, lundi dernier, le 20 février, la coalition occidentale a bombardé la zone résidentielle al-Shefaa, à l'Est de Mossoul. Plusieurs dizaines de civils sont morts. Selon Airwars la coalition occidentale a tué entre 2 400 et 3 500 personnes en Irak et Syrie depuis 2014, deux fois plus que les jets russes (évidemment nos médias achetés par l'industrie de l'armement occidentale ne parle que des dommages provoqués par les Russes).

Vijay Prashad relance à juste titre le débat sur l'utilisation en Syrie des armes à uranium appauvri que l'on avait déjà largement évoquée pendant la guerre de Serbie et celle contre Saddam Hussein, et contre la résistance irakienne à Fallujah (ce Guernica sans Picasso comme avait dit un proche de l'équipe de l'Atlas alternatif) sous la férule de l'actuel secrétaire à la défense de Trump autrefois général James Mattis, car cet usage développe ensuite des cancers dans la population. Prashad souligne que l'utilisaton de bombes incendiaires par les bombardiers A-10 pourrait suffire.

Tout cela est abstrait pour vous qui préférez vous intéresser au soutien de Bayrou à Macron ? Pensez alors à l'artiste Nuha al-Radi morte de leucémie en 2004 qui avait dénoncé les effets cancérigènes des bombes occidentales à Bagdad.
 

La crise de Mossoul a provoqué la fuite de 160 000 personnes qui vivent dans des conditions très précaires, et les 750 000 restées sur place souffrent encore plus.

Erdogan à qui Trump rendra visite prochainement a négocié avec Daech son retrait d'Al-Bab en Syrie, mais son objectif réel y est d'abattre les Kurdes du YPG (qui ont rencontré un adjoint du secrétaire à la défense américain) et installer des zones de sécurité peuplées par des Turkmènes.

La politique d'accueil des réfugiés ne suit pas. Je ne parle pas seulement des réfugiés musulmans qui sont nombreux et pour lesquels certains évoquent le risque qu'il y ait des agents infiltrés de Daech parmi eux, mais aussi d'une petite minorité alliée (d'un point de vue géopolitique) à l'Occident (et aux chrétiens d'Orient) comme les Yézidis. Le Canada en accueille 1 200, l'Allemagne en refoule 2 800 au motif qu'ils sont en sécurité au Kurdistan irakien (sans doute ce jugement correspond-il à des impératifs diplomatiques avec Barzani). Sauf qu'au Kurdistan irakiens on refuse leur retour à Sinjar et ils sont entassés dans des camps du HCR où sévit la leishmaniose. 26 psychiatres seulement y soignent les rescapées de l'esclavage de Daech (le bade Wrutemberg en soigne mille dans de meilleurs conditions semble-t-il) tandis que 3 000 sont encore captives avec leurs enfants.

- Guerre du Yémen

Margaret Ferrier, députée du Parti national écossais, se bat depuis 201- pour instaurer un embargo sur les armes (question : quel député fait cela en France) et se bat contre l'usage par nos "amis" saoudiens des bombes à fragmentations dont on se souvient des méfaits qu'elles causèrent sur le marché de Nis en Serbie (entre autres) en 1999... Le ministre de la défense Michael Fallon lui a répondu cette semaine que son administration enquête sur 257 allégations de crimes de guerre de la coalition saoudienne dans ce pays. Au même moment ont apprend que la Royal Air Force aide les saoudiens à utiliser les missiles Paveway IV qu'elle leur vend, des missiles fabriqués en Ecosse, à Fife. Marché profitable pour la firme britannique qui a signé un contrat de 130 millions de livres avec les Saoudiens pour la livraison de ces miissiles. Une belle vitrine pour l'industrie de l'armement occidentale : les F-15, Tornados et Eurofighter Typhoons vendus à l'Arabie saoudite par les Britanniques et les Américains sont par exemple responsable d'une boucherie de civils survenue dans le quartier résidentiel de Mokha le 24 juillet 2016, selon une enquête d'Amnesty international. Mokha fut le principal port yéménite avant la conquête anglaise, un marché au café qui donna le nom au café mocha chanté par Gotainer...

La France n'est pas complètement en reste d'ailleurs car elle a vendu des chars Leclerc aux Saoudiens à l'initiative de MM. Fabius et Hollande. Un char est censé cibler plus directement les courageuses forces militaires de la résistance nationale yéménite. Cela fait moins laid à l'écran que les massacres de civils... Mais qui sait si nos Leclerc ne pilonnent pas aussi des maisons ?

19 millions de personnes sur les 27 que compte le pays ont besoin de secours humanitaire dans ce pays chaque jour. Le gouvernement pro-américain ayant transféré la banque centrale à Aden, la résistance nationale et les houtis qui tiennent la capitale Sanaa ne peuvent pas aider la population en recourant à des importations.

- Guerre du Donbass/Ukraine

Enfin, si vous voulez comprendre ce que le régime féodal putschiste de Kiev allié à l'Union européenne fait dans le Donbass et dans le reste de l'Ukraine, voyez les vidéos sur You Tube sous-titrées en français tournées par de simples citoyens ou des journalistes ukrainiens en exil ou réprimés comme Arthur Senko, Rouslan Kotsaba ou Anatoly Shary (dont nos "journalistes" n'ont jamais parlé).
Dans une, Shary explique comment l'Ukraine, contre une aide dérisoire de 300 millions d'euros, a dû renoncer à l'interdiction d'exporter le bois de ses forêts vers l'Union européenne : de l'exploitation néo-coloniale pure et simple. Ce n'est pas de la propagande russe : Shary montre la vidéo où Juncker reconnaît que ce renoncement faisait partie de la négociation. Ici Senko dénonce les arrestations abusives sur la base de la loi antiterroriste. Voyez aussi le témoignage de la juriste Tetiana Montian au parlement européen ci-dessous.

Bon maintenant vous savez... N'hésitez pas à interpeler vos élus, vos députés sur ces sujets...

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Intox mainstream et dissidente, Corée du Nord, Equateur, Donbass, Mossoul, Piketty

20 Février 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse, #Peuples d'Europe et UE, #Proche-Orient, #Colonialisme-impérialisme

Difficile vraiment de faire la part des choses entre l'info et l'intox. Les médias mainstream mentent, les propagandistes de droite aussi. Mais aucun ne ment tout le temps sur tout, difficile de se frayer un chemin.

Trump parle de violences en Suède. Les médias le raillent "il se trompe". Ses partisans maintiennent qu'il y a des violences dans ce pays que les médias passent sous silence.

On nous explique que les prétendues violences sexuelles perpétrées par les réfugiés des pays musulmans à Cologne le 31 décembre 2015 qui furent montées en épingle par la droite seraient un montage pur et simple parce que certains témoins seraient bidons. Mais impossible d'avoir tous les éléments pour savoir si tout est faux à ce sujet ou seulement une partie. Il y a peu j'avais dénoncé dans ce blog un mensonge de Poutine sur le prétendu acquittement d'un immigré pédophile en Autriche.

Quand l'actualité politique ne s'appuie plus que sur des faits divers, on verse dans le grand n'importe quoi...

A ce jeu là, c'est la presse quotidienne régionale qui devient la plus performante. Les Derniers nouvelles d'Alsace (DNA) nous servent un magnifique article sur la jeune femme indonésienne de 25 ans soupçonnée d'avoir aspergé lundi d'un liquide mortel le demi-frère dissident du leader nord-coréen, lundi dans le hall de l'aéroport de Kuala-Lumpur (Malaisie), qui croyait participer à un canular télévisé, après avoir déjà été payée pour verser de l'eau sur la tête des passants. Les DNA détrônent le Monde en matière d'infos internationales.

Bonne nouvelle en Equateur : le dauphin de Rafael Correa gagne le premier tour de l'élection présidentielle avec 39 % des voix, mais peut-être pas assez pour éviter un second tour (il faut avoir plus de 40 % et 10 points de plus que le deuxième). Son challenger avait promis de virer Assange de son ambassade londonienne après la publication de la fuite de Wikileaks sur l'espionnage des élections françaises de 2012 par la CIA. Croisons les doigts pour que l'Equateur choisisse de rester dans le "bon camp" comme l'a fait le Nicaragua récemment.

Ici un article de Chris Black sur l'agression ukrainienne contre le Donbass, le projet de référendum d'adhésion à l'OTAN du régime putschiste de Kiev, et l'alignement progressif de Trump sur une ligne anti-russe. Le Donbass résiste bien. Porochenko vient de décerner à titre postume le titre de héros de l'Ukraine au chanteur d'opéra Vasyl Slipak qui, après avoir été soliste à l'opéra de Paris, était retourné dans son pays en 2014 pour mourir au front en 2016 dans les rangs des néo-nazis de Secteur droit. Ah ! l'opéra !

Je préfère la légende de cette combattante kurde qui aurait tué plus de cent djihadistes. Elle a enflammé les réseaux sociaux en 2014 et circule encore. Sauf qu'elle était fausse... Le chercheur Carl Drott l'a rencontrée : elle ne faisait pas partie des unités d'avant garde (sa brigade relevait de ce que les Anglais appelle "home guard" et aucun tireur d'élite n'a jamais tué cent djihadistes). Une pensée pour Mossoul qui, comme Syrte en Libye naguère, sortira sans doute détruite à 80 %, et pour les 3 500 femmes yézidies encore otages de Daech, ainsi que leurs enfants conditionnés pour jouer les kamikazes (mais il faudrait parler aussi de leurs alter ego nigérians, et de la famine au Sud Soudan, bref arrêtons là le tour du monde de la tristesse).

 A part ça, le projet de Piketty porte-parole d'Hamon sur un parlement de la zone euro ne me plaît pas du tout. Et évidemment Hamon n'a pas d'idées sur l'OTAN. Mais entre une victoire d'Hamon et celle de Macron, je préfèrerais quand même la première... Mélenchon retire toi !!!

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Nigérians, Rohingya, Yémen et Eirik Vold

8 Février 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Proche-Orient

Continuons de rendre justice aux victimes de massacres qui indiffèrent l'opinion publique. On l'a dit, il y a les victimes (principalement chrétiennes) de Boko Haram et des milices islamistes fulani (l'ethnie de l'actuel président, client d'Hilary Clinton) qui, grâce à la complicité de l'Etat assassinent et violent en masse en ce moment (ici un article qui raconte les parachutages d'armes sur les milices juste avant qu'elles passent à l'attaque sans que l'armée nigériane ne fassent rien). Au Myanmar il y a les massacres et viols de musulmans Rohingya depuis l'assassinat le 9 octobre dernier de neuf garde-frontières birmans. La cruauté atteint son comble dans ce pays : le haut commissaire aux droits de l'homme de l'ONU Zeid Ra'ad Al Hussein  a déclaré "Quel genre de haine pourrait pousser un homme à poignarder un bébé qui pleure pour avoir le lait de sa mère. Et pour que la mère soit témoin de ce meurtre au moment même où elle est violée par les mêmes forces de sécurité qui devraient la protéger ?". Une cruauté qui en tache de sang l'auréole de la prix Nobel de la Paix amie de Soros, Aung San Suu Kyi, aujourd'hui au pouvoir. L'organisation de la conférence islamique en Malaisie le 19 janvier a condamné ce crime... pas nos journaux...

Camp KutuPalong

Camp Cox's Bazar

Trump s'égare avec son interdiction aveugle d'accueillir des réfugiés de pays en guerre qui frappe même des alliés potentiels : il a été annoncé que la député irakienne yézidi Vian Dakhil ne pourrait se rendre le 8 février à la remise de prix de la Fondation Lantos (autrefois patronnée par Shimon Peres et qui avait soutenu H. Clinton, le Dalaï Lama et les adeptes du Falun Gong), et que le jeune yézidi au visage brûlé Dilbreen soigné à Boston dont le petit frère d'appelle Trump ne pourrait pas y recevoir sa famille. Plus choquant encore le fiasco de cette opération terrestre américaine au Yémen contre un prétendu collaborateur d'Al Qaida qui s'est soldée par la destruction du village de Yakla et la mort de beaucoup de civils fin janvier. Antiwar.com soupçonne Trump de vouloir désigner le néo-cons Elliott Abrams au poste de secrétaire d'Etat adjoint ce qui pourrait remettre en selle les faucons et menacer la paix avec la Russie. Et des apprentis sorciers du parti républicain évoquent des redécoupages de frontières dans les Balkans au profit des Albanais. Prudence, prudence !

Nous parlions des experts alternatifs il y a peu, en voici un qui dénonce les complots américains contre l'Equateur, c'est un Norvégien, Eirik Vold.

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Les votes de l'ONU sur Israël et sur le Sud-Soudan

25 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Colonialisme-impérialisme

Je me garderai bien aujourd'hui de commenter la résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU par laquelle Obama a laissé la totalité des autres membres du conseil de sécurité condamner les installations israéliennes en Cisjordanie. Je veux me livrer à une réflexion de fond sur le conflit israélo-palestinien autre que la vulgate anti-colonialiste habituelle. Donc je veux me donner le temps d'y penser, de lire, d'écrire pour moi-même à ce sujet. Rien n'est plus absurde que la dictature de l'actualité dans ce domaine.

Je suis  plus intrigué en ce moment par le vote du Conseil de Sécurité sur le Sud-Soudan (Etat qui, comme le Kosovo, est une création des néo-conservateurs américains). Si M. Obama s'est aligné sur le Tiers-Monde sur la Palestine, il est vaincu par le Tiers-Monde sur le dossier sud-soudanais. Washington voulait faire voter un embargo sur les ventes d'armes à ce pays, comme il l'avait fait sur la Bosnie dans les années 1990. L'idée peut sembler de bon sens : éviter les massacres de civils déjà fort abondants, mais comme toujours avec l'impérialisme occidental, le projet de résolution allait bien loin puisqu'il prévoyait également des sanctions contre le chef des rebelles Riek Machar, le chef de l'armée Paul Malong et le ministre de l'Information Michael Makuei .

La Russie était contre et l'a fait savoir. Au bout du compte la résolution est rejetée : l'initiative américaine a été soutenue par le Royaume-Uni et la France mais la Russie, la Chine, le Japon, la Malaisie, le Venezuela et trois pays africains - Angola, Egypte, Sénégal - (huit pays) se sont abstenus. Les ONG interventionnistes comme Human Rights Watch soutenaient ce projet de résolution. Le Japon, qui participe à la mission onusienne au Soudan du Sud, a estimé que la résolution aurait attiré l'hostilité sur le gouvernement de Salva Kiir et mis les Casques bleus en danger. Les pays africain ont souligné qu'ils préféraient donner sa chance à la proposition de dialogue lancée par M. Kiir.

Cette défaite du lobby de l'ingérence est surprenante tant l'idéologie de la prévention du génocide et de la R4P (responsability for protection) qui avait provoqué la guerre en Libye, semblait puissante au sujet du Soudan. Il est vrai qu'elle avait été tenue en échec l'été dernier à propos du Burundi, et peut-être les négociations au Congo RDC en ce moment marquent-elles aussi l'échec des moralisateurs toujours prompts à verser de l'huile sur le feu. Mais il est vrai que, malgré les paroles agressives de l'ambassadrice américaine de Samantha Power (on pourrait faire un florilège de l'agressivité outrancière de cette ambassadrice sous le mandant d'Obama du dossier syrien à celui de l'Ukraine), ce n'est qu'une défaite pour elle qu'en raison de l'abstention des autres, il n'y a pas eu de vote contre, et c'est plus le timing de l'ingérence qui est mis en cause que (pour ce qui concerne les sanctions ciblées) son principe même.

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Ankara sans les Etats-Unis

21 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient

Al Nosra a perdu l'aide turque et perd Alep du même coup. L'Occident quant à lui perd Ankara : les représentants d'Erdogan se réunissent avec les Iraniens et les Russes à Moscou sans le parrain américain. Astana au Kazakhstan devrait prochainement remplacer Genève comme capitale des négociations sur la Syrie. Ankara lâche les puissances du Golfe, Le Caire aussi. Mauvaise saison pour le wahhabisme. Erdogan se rapproche d'autant plus de Moscou que l'assassinat de l'ambassadeur russe hier est parfois excusé par la grande presse (le New York Daily News compare le meurtrier à celui qui tenta d'assassiner Hitler !). Il accuse même Gülen, et, en filigrane, l'OTAN, d'avoir commandité l'opération. Ajoutez à cela le fait que Pékin co-finance l'effort de guerre russe en Syrie et y installe une base navale : l'Occident est vraiment en train de tout perdre dans l'affaire syrienne.

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Le Pourim des Yézidis

16 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies, #Proche-Orient

Hier j'ai intitulé mon billet "Purimfesten" en référence aux procès de Nuremberg. Puis en me promenant sur Twitter, j'ai découvert qu'un peuple débutait son Pourim à lui : les Yézidis, qui commençaient leur fête annuelle du jeûne. On se souvient qu'Esther, dont Pourim est la fête, avait obtenu que le roi de perse suspende son projet de génocide grâce à son jeûne...

Les Yézidis, eux, ont de moins en moins de mal à faire reconnaître leur génocide. La journaliste Nareen Shammo est invitée en Espagne, en Suisse, au Luxembourg, et n'a plus à se plaindre, comme elle le faisait il y a quelques mois, de ce que seuls des particuliers tentaient de faire quelque chose. Bientôt sûrement des banquiers iront se faire photographier devant leur dieu-paon à Lalish, comme la baronne diiplomate Nicholson de Winterbourne il y a peu, et comme ce Sikh improbable Ravinder Singh fondateur de Khalsa Aid qui était parmi les réfugiés en octobre dernier en Irak. Cette notoriété permet aujourd'hui aux Yézidis de mettre en avant leur ressentiment contre le gouvernement de Barzani qui les a laissés tomber en 2014 (ils ne sont pas les seuls, voir la vidéo ci-dessous faite par des opposants kurdes) ou contre les pays du Golfe qui viennent de donner le prix de la meilleure fiction au film Tempête noire (Reseba) au festival du film international de Dubaï. Ils lui reprochent d'affirmer que les femmes violées ont été rejetées par leur communauté. Affirmation qui n'est pas à 100 % fausse (voir l'interview de Nurcan Baysal ici), mais qui généralise juste un peu trop les choses, comme le fait souvent la com' audiovisuelle.

 

Bon, après le clip sur Barzani, si vous avez envie de regarder un film de propagande plus rigolo il y a aussi cette vidéo-ci (enfin... rigolo... je pense que les Kurdes sous état de siège rigolent assez peu devant ce genre de truc).

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Alep : le retour des intellectuels à gages

15 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Revue de presse

Les intellectuels à gages sont toujours là. Une prof dans un journal du soir accuse les "complotistes" d'être à l'origine du silence occidental sur Alep et un blog lié à ce même journal reproche à Trump d'installer un gouvernement d'oligarques "à la russe" (en oubliant de préciser que Poutine a beaucoup fait reculer le pouvoir des oligarques dans son pays, oligarques installés aux commandes à l'époque d'Eltsine qui était à l'époque l'enfant chéri de ce même journal du soir).

Personnellement, comme je l'ai dit dans mon post précédent, je ne connais pas l'ampleur de la répression à Alep. Je sais seulement que le coup du "vous êtes complice du plus grand massacre du siècle" adressé à tous ceux qui veulent éviter de jeter de l'huile sur le feu à l'égard de la Russie, on nous le fait à peu près sans arrêt depuis 1991, tandis qu'eux mêmes ne disent rien de massacres bien plus importants (les Irakiens tués par l'embargo puis les bombardements américains, les millions de congolais morts par nos armes, les Libyens massacrés à cause de notre ingérence etc). Donc la ficelle est un peu usée. Par ailleurs Assad a relevé pertinemment hier : "si vous n'aviez pas refusé d'envoyer des observateurs de l'ONU sur place quand je vous le demandais, vous en auriez maintenant pour vérifier s'il y a des massacres ou non". On peut faire la même remarque sur la diplomatie française. Comme l'avait dit le journaliste R. Labévière il y a quelque temps : si ce sot de Laurent Fabius avait gardé une présence diplomatique à Damas nous saurions mieux aujourd'hui ce qu'il se passe vraiment dans le pays. Franchement je ne suis pas un enthousiaste du régime baasiste, et personne ne l'est (pas même à Moscou), je crois, et j'ai d'ailleurs donné en leur temps, quand une voie de démocratisation semblait encore possible, la parole à des défenseurs de l'armée syrienne libre comme Piccinin. Mais aujourd'hui il n'y a plus d'alternatives, et comme beaucoup de victimes d'EI, je crois que tout le monde a intérêt maintenant à ce que l'armée du régime et ses alliés libèrent au plus vite Palmyre et Raqqah. Par ailleurs on sait bien aussi que cette guerre civile, comme toutes les guerres civiles, va donner lieu à des représailles des vainqueurs comme notre épuration de 1945 ou celle d'Espagne en 39. Le camp d'Assad n'échappera pas à cette règle hélas. Les lendemains de guerre ne sont jamais joyeux. Il faut maintenir une pression sur le régime syrien pour limiter les dégâts, certes, mais ceux qui ont gobé tous les mensonges du Qatar, de la Turquie, de Ryad, depuis cinq ans, ne sont pas qualifiés pour le faire. Qu'ils aient la décence de se taire, eux qui ont tant de sang sur les mains !

Je suis très fatigué par cette ardeur polémique d'enseignants minables qui croient détenir une vérité et sont prêts à tirer à vue sur quiconque veut apaiser les relations internationales. Certains sont des multirécidivistes. Est-il normal qu'un type qui a été condamné pour incitation à la haine raciale antiserbe dans les colonnes d'un journal du soir par la 17e chambre correctionnelle du TGI de Paris en 2000 ait encore des tribunes dans les grands journaux et soit invité dans l'émission "Un monde d'idées" de France Info ? Je ne suis pas hostile au fait que des gens condamnés puissent continuer à s'exprimer, mais il conviendrait au moins que ceux qui les invitent rappellent leur passif peu connus des auditeurs. Les médias ont la mémoire courte à l'égard de leurs sbires, mais pas moi.

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Alep, Snowden, Assange

14 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Colonialisme-impérialisme, #Cinéma

Est-il vrai qu'à Alep-Est les soldats du régime d'Assad liquident des gens dans leurs propres maisons comme le soutiennent des opposants sur le Net ? Depuis 2011 en Syrie la guerre des propagandes fait rage. On ne doit pas croire les médias occidentaux, mais on ne doit pas non plus faire une confiance aveugle aux médias russes et à leurs alliés. Comme je l'ai indiqué dans mon livre "Au coeur des mouvements anti-guerre", je n'ai pas de contacts directs en Syrie comme j'ai pu en avoir en Serbie ou ailleurs. Donc je me garde bien de prétendre connaître, comme le font nos médias, la vérité sur chaque aspect de cette sale guerre. Quand les Occidentaux ont monté de toutes pièces le massacre de la Goutha pour déclencher leur ingérence, j'ai mentionné sur le blog de l'Atlas alternatif l'excellente contre-enquête de Seymour Hersh qui a démasqué la supercherie. Mais sur Alep je n'ai aucune vérité pré-établie : les 80 000 personnes confinées dans les derniers quartiers tenus par les islamistes sont-elles des "opposants" ou des "boucliers humains" et dans quelle proportion ? Je n'en sais fichtre rien.

Tout ce que je sais c'est que ce sont les Turcs et non Assad qui ont empêché nos parlementaires d'aller voir. Et qu'il y a beaucoup de pharisaïsme dans tout cela. Pour ne parler que de la Turquie : " Si seulement les Turcs qui manifestent pour Alep, écrivait hier sur Twitter la journaliste Aylina Kilic, élevaient une toute petite voix en faveur des Kurdes qui ont la même citoyenneté qu'eux. Plus de 150 personnes tuées dans les caves de Cizre". On peut dire la même chose du silence assourdissant de nos politiques (sauf Asensi du Front de Gauche lors du débat sur le génocide des minorités à l'Assemblée) à propos de la destruction du Yémen...

Je souhaite au peuple syrien que la guerre se termine rapidement et à nos peuples qu'ils évincent au plus vite les politiciens qui ont entretenu cette guerre, comme le peuple américain l'a fait.

Hier soir je suis allé voir le film "Snowden" d'Oliver Stone. Un fort bon petit morceau de cinéma.

 

Il paraît que Stone prépare un film sur l'Euromaidan ukrainien. J'ai hâte qu'il sorte. Sauf que peut-être le jour où il sortira je serai un SDF qui ne pourra pas se payer sa place de cinoche, car je suis vraiment écoeuré par mon taff, et comme mon téléphone ne sonne jamais et personne ne me propose jamais rien (n'est ce pas mes chers éditeurs et tous les gens que j'ai embarqués avec moi à bord de mes blogs, de mes livres collectifs, tel ou tel que j'ai aidés à se faire connaître de telle ou telle "figure de proue" du microscopique monde des "résistants" ?), c'est bien ainsi que tout cela se finira sans doute.

Si vous comprenez l'anglais vous pouvez regarder cette interview récente de Snowden où il parle notamment de Trump (qui avait demandé sa mort).

 

Si vous comprenez l'anglais regardez aussi cet entretien entre deux grands combattants de la liberté d'expression de notre époque : John Pilger et Julian Assange.

 

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Résolution de l'Assemblée nationale pour la reconnaissance des génocides au Proche-Orient

8 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Aide aux femmes yezidies

Après le Sénat, c'est l'Assemblée nationale qui vote une résolution (introduite en fait en mai, soit avant celle du Sénat) pour la reconnaissance du génocide des yézidis, des chrétiens et autres minorités au Proche-Orient et invite le gouvernement "à saisir le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies pour qu'il donne compétence à la Cour Pénale Internationale pour poursuivre ces crimes".

La résolution a été votée par le groupe Les Républicains et par les groupes UDI (centriste) et celui du Front de gauche. Le groupe PS s'est abstenu, la résolution ne faisant pas référence "aux centaines de milliers de victimes du régime syrien" ni aux bombardements de la ville d'Alep, en Syrie. (Le PS toujours extrémiste dans son anti-assadisme..). Bizarrement le PC vote pour à l'Assemblée nationale, alors qu'il s'était abstenu au Sénat. Allez comprendre... François Asensi, député maire de Tremblay-en-France a expliqué son vote, en soulignant à juste titre la création de Daech par l'Occident et en dénonçant la "politique impériale et néo-colonialiste" au Proche-Orient. Dans le débat de la motion il avait auparavant souligné que la résolution devait aussi viser les chiites et regrettait la segmentation confessionnelle que comporte la rédaction de la motion (je suppose que M. Asensi n'aimerait pas entendre des Yézidis dire "ne dites pas que nous sommes kurdes, car nous avons été massacrés en tant que yézidis et non en tant que kurdes"... c'est donc bien Daech qui fait de la segmentation confessionnelle). Dans la justification de son vote l'ex-ministre Mme Guigou s'est opposée à M. Asensi sur la question de l'abstention de son groupe, elle a aussi reproché à la droite d'avoir une indignation sélective.

La motion était présentée par des députés de droite du groupe les Républicains.

 

 
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Renzi, le PCF, Alep, Karadzic, la Libye, Montebourg

6 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE, #Proche-Orient, #La gauche, #Revue de presse, #Colonialisme-impérialisme

Mes activités professionnelles hélas ne me laissent guère de temps pour écrire sur ce blog, qui de toute façon compte peu de lecteurs : on presse les fonctionnaires comme des pamplemousse, pas question qu'ils gardent de l'énergie à la fin d'une journée de travail pour mener une vie de citoyen engagé... et comme personne n'est prêt à me donner un job en rapport avec mes compétences en relation internationales, il ne me reste plus que quelques minutes de temps à autre pour écrire dans ces pages.

Je me réjouis de la défaite de Renzi au référendum qu'il avait initié, à l'heure où l'Italie devient toujours plus un tremplin de l'OTAN pour ses opérations extérieures et sombre dans le marasme de la désindustrialisation. Par "je me réjouis" je veux dire que je salue la défaite d'un menteur, d'un homme du système militaro-financier mondial, mais ça ne veut pas dire que j'attende quoi que ce soit de bon de la vague populiste de droite qui risque de déferler sur Rome par la suite et déstabiliser encore plus notre continent. Je trouve que nos élites politiques reçoivent un juste retour du boomerang de leur arrogance et de leur cynisme, voilà tout.

J'ai eu une petite prise de bec avec l'eurodéputée communiste Mme Vergiat sur Facebook qui n'est bonne qu'à poster des complaintes sur le sort des migrants sans proposer de solution viable pour leur garantir leur sécurité dans leur pays d'origine (or je suis convaincu que, pour les Afghans et pour les Africains au moins ce serait possible, et bien meilleur pour eux que de venir s'entasser dans des campements de fortune en Europe). Je lui reproche surtout deux posts où elle relaie la campagne du Pentagone selon laquelle la guerre de reconquête d'Alep Est serait un nouveau massacre délibéré de civils par Assad. J'ai écrit à Mme Vergiat : "Il existe deux options : Alep Est gouvernée par Assad ou par Al Qaida. Pour laquelle des deux êtes vous ? Et ne me dites pas que vous êtes pour une Syrie démocratique. Moi aussi je suis pour qu'on s'aime tous et qu'on vive tous jusqu'à 500 ans, mais dans la vie réelle les choses ne vont pas ainsi, et pour Alep il n'y a que deux possibilités. Donc choisissez la bonne et demandez vous si vos post sur Facebook la servent". Mais je sais qu'attendre de la responsabilité de la part d'une Eurodéputée, c'est comme demander à un ivrogne d'arrêter l'alcool du jour au lendemain. A propos de la Syrie The Times aurait (je le mets au conditionnel car je n'ai pas l'article original sous les yeux) annoncé que Bruxelles promet de l'argent à Assad en échange du maintien de gouvernorats sous tutelle d'Al Nosra ou de l'ASL (autrement dit d'une partition de fait de la Syrie)... On rêve... Il est vrai, comme le notait Vijay Prashad ex contributeur de l'Atlas alternatif il y a peu que l'unité de la Syrie va rester longtemps problématique après l'horrible guerre civile des 5 dernières années. Mais de là à miser ouvertement sur le dislocation, c'est digne du scénario des néo-cons au milieu des années 2000.

J'ai aussi écrit à la responsable du groupe communiste du Sénat pour lui expliquer pourquoi son groupe s'est abstenu sur la motion votée aujourd'hui par tous les autres groupes en faveur de la reconnaissance du génocide des minorités religieuses par Daech en Irak et en Syrie.

Voilà le genre de choses que je fais le soir quand il me reste trois minutes avent d'éteindre ma chandelle.

La radio serbe B92 mentionne le recours de Karadzic devant la cour d'appel du tribunal pénal international sur l'ex-Yougoslavie. Chris Black, avocat international lui aussi ex contributeur de l'Atlas alternatif m'avait envoyé il y a quelques mois un petit commentaire sur le jugement de première instance, mais je ne l'avais pas vu. Il y a douze ans j'avais suivi d'un peu plus près le procès de l'ex président de la république fédérale de Yougoslavie S. Milosevic parce que Washington voulait en faire un grand spectacle public pour la rééducation morale des serbes. Donc il y avait une diffusion télévisée "en live" et tous les documents étaient accessibles sur le Net. Je m'étais même rendu à La Haye pour assister à une audience derrière la vitre. Je dois dire que ce procès était grotesque. Le maitre de conf français qui avait été entendu comme témoin quand j'y étais s'en récitait les news des médias dominants, c'était de la pure propagande. Aucun élément factuel reproché à Milosevic ne tenait la route. Il parait que cette année, maintenant que Milosevic est mort, le tribunal reconnait qu'il ne voulait pas d'une suprématie ethnique serbe sur les Musulmans de Bosnie, et, du coup, c'est Karadzic, le chef des Serbes de Bosnie, que l'on charge à sa place. J'ai moins suivi le cas de Karadzic que celui de Bosnie, j'ignore s'il était aussi sincèrement yougoslaviste (donc multi-culturaliste) que son homologue de Belgrade. Chris Black, qui n'a pas non plus suivi le procès de Karadzic mais qui a retiré de ses années passées au tribunal pénal international sur le Rwanda une bonne expérience des farces judiciaires, note que le jugement sur le chef serbe de Bosnie ne mentionne que des pièces à charge (rien sur le point de vue de la défense) et des pièces hautement douteuses... Pas étonnant qu'avec ça l'Afrique du Sud et la Russie se désengagent des institutions de ce type.

A part ça je lis dans les news que la Gambie se débarrasse de son "dictateur" en place depuis 22 ans au terme d'une élection démocratique... Un dictateur aux pieds d'argile donc... L'Iran s'agace des rugissements de Trump contre l'accord de normalisation passé avec Obama (accord que d'ailleurs Obama ne respecte guère). Pékin proteste à cause des mamours de Trump avec Taiwan : à mon avis, on n'est pas au bout des bras de fer et des coups de gueule, la fin de la décennie 2010 va être venteuse, mais bon, ça se limitera peut-être à des rodomontades, là où Clinton, elle, aurait réellement provoqué des guerres.

Daech perd Syrte en Libye, et le maréchal Haftar allié des Egyptiens demande l'aide russe pour ses actions dans le Fezzan... Mais pour la Libye comme pour le Yémen où 3 000 écoles ont été détruites, on ne sait plus quoi espérer...

Angela Merkel plébiscitée par son parti (parti de vieux, dans un pays de vieux, dernier pillier, avec la commission de Bruxelles des intérêts de Wallstreet dans la sphère occidentale). Montebourg va-t-il battre Valls à la primaire des socialistes ? Supposons qu'il soit le candidat du PS, qu'il devance Fillon au premier tour et qu'il gagne au second tour face à Marine Le Pen, quelle légitimité aurait-il pour mener une politique vraiment de gauche dans le pays ? On dirait qu'il ne doit son titre de président qu'à son statut de rempart contre le lepennisme, comme Chirac en 2002, ce qui ne lui confèrerait aucune légitimité pour lancer une politique de gauche d'indépendance nationale et de réindustrialisation. Toujours pas l'ombre d'une alternative crédible en France... Le montebourgisme, le fillonisme, et même certains aspects de lepennisme façon Marine présentent quelques idées intéressantes sur tel ou tel points, mais il n'y a pas de dynamique populaire derrière.

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Trump, Kurdistan turc, irakien et syrien...

3 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient

Le renoncement de François Hollande ne me passionne guère (j'espère seulement qu'il aura à répondre de ses crimes après son mandat, comme Sarkozy). Plus intéressantes sont les tensions autour de la nomination du futur secrétaire d'Etat de Trump. Sa directrice de campagne mène un fier combat pour que ce ne soit pas son ex-adversaire membre du parti de la guerre Mitt Romney, mais si c'était Petraeus l'ex-proconsul d'Irak et chef de la CIA ça ne vaudrait pas mieux (en plus il traîne autant de casseroles qu'H.Clinton sur le volet de la divulgation des secrets d'Etat). Ce brave businessman, Trump, va-t-il se faire avoir par les néocons ?

 

Vous savez qu'en ce moment, j'ai les yeux fixés sur Diyarbakır, capitale officieuse du Kurdistan turc, où la répression fait rage depuis plus d'un an. Hier le procureur a requis 150 ans de prison contre Sebahat Tuncel, 41 ans, députée du parti démocratique des régions (DBP), un parti social démocrate ami de la coalition de gauche HDP. C'est une ancienne infirmière, qui a travaillé avec Amnesty international et est une habituée des prisons turques. Elle a eu ses entrées jadis sur le site chomskien Znet dont j'ai parlé dans mes livres (NB les chomskyens sont les partisans de ce linguiste dont l'Assemblée nationale française hollando-vallsienne ne veut pas entendre parler).

Trump, Kurdistan turc, irakien et syrien...

Les maires adjoints Leyla Saman et Ismail Asi de Diyarbakır du DBP en garde à vue depuis le 25 novembre ont été incarcérés hier. Il y a trois heures, les hommes d'Erdogan ont arraché le symbole kurde du fronton de la municipalité métropolitaine.

Dans la province d'Hakkari aujourd'hui dans l'extrême sud-ouest, c'est par dizaines que les conseillers municipaux ont été arrêtés. Il n'y a plus aucun représentant local ou parlementaire élus en liberté dans cette province.

1 213 utilisateurs des réseaux sociaux ont été arrêtés pour "propagande". La répression depuis juillet a pour prétexte l'assassinat de deux policiers qui en réalité aurait pour auteur des gülénistes (des partisans de l'auteur du récent coup d'Etat). Le PKK, qui estime qu'il est aujourd'hui le dernier rempart face à l'instauration d'une dictature complète à Ankara, appelle Barzani, chef du gouvernement autonome kurde d'Irak, à cesser de s'aligner sur Erdogan. Celui-ci a déclaré le 27 octobre qu'il ne laissera pas Sinjar (la ville où les Yazidis ont été massacrés en août 2014) devenir un nouveau Qandil (QG du PKK en Irak). On redoute une offensive turque sur Sinjar.

Des nouvelles intéressantes aussi du côté des kurdes syriens : les forces du YPG auraient trouvé un fabrique d'armes chimiques et d'explosifs d'Al Qaida dans le district de Baiedine (province d'Alep), avec un drapeau turc au mur .. info ou intox ? bizarre quand même que les possesseurs du local aient laissé un drapeau à un endroit aussi compromettant.

Mambij (ville où se trouvait un temple antique d'une déesse syrienne et où le trafic d'objets archéologiques a été intense), reprise à Daech en août dernier, et administrée par les forces  kurdes, est pilonnée en ce moment par l'aviation d'Erdogan.

Trump, Kurdistan turc, irakien et syrien...
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Kurdistan turc

30 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient

En mars dernier des paramilitaires des moudjahids [combattants] de l’armée Asakir-i Mansure-i Muhammediyye à Cizre (Kurdistan frontière syrienne) ont occupé et saccagé le logement d'un fonctionnaire, et laissé derrière eux déchets, lingerie féminine étalée bouteilles d'alcool, préservatifs usagers, et ... 1,5 euro en guise de dédommagement. Des gens ont été violés et torturés dans cet appartement.De vrais cinglés, pervers. L'activiste Nurcan Baysal raconte en français ce qu'elle a vu dans cet appartement ici. Pendant le siège de Cizre en février 2016 des centaines de gens se sont réfugiés dans des caves et y sont morts brûlés vifs.

1552 personnes ont été tuées de juillet 2015 à juillet 2016, 422 membres des forces de sécurité, 622 membres du PKK, 320 civils dont 75 enfants. Il y a eu des milliers d'arrestations arbitraires et de gens torturés. 355 000 personnes ont dû quitter leur logement, des villes ont été détruites. 125 000 personnes ont été licenciées (Erdogan vient de concéder qu'il va autoriser 6 000 enseignants à reprendre leurs fonctions). Le Kurdistan est sous couvre-feu. Ca ne veut pas seulement dire (comme à Paris) : interdiction de sortir le soir. On vous coupe l'eau, l'électricité, parfois aussi les moyens de communication. L'accès à votre quartier est interdit. Il y a des bombardements autour de chez vous. Si l'électricité est rétablie et si vous allumez la lumière vous risquez un tir de sniper et donc mieux vaut que vous restiez dans un endroit sombre de votre maison. Il n'y a pas d'accès aux ambulances ni aux médecins.

Ce mois-ci, Erdogan a fermé 350 ONG qui aidaient les réfugiés ou qui oeuvrent à la réconciliation des Kurdes, dont 50 à Diyarbakir (capitale officieux). Parmi elles, Sarmaşık ("Le lierre") qui a aidé à elle seule 30 000 réfugiés par mois pendant onze ans. Il y a deux semaines Nurcan Baysal  a donné une conférence de presse à Diyarbakir à propos de cette fermeture. Il y avait des chars turcs TOMA au bout de la rue, la police. Une seule caméra et une dizaine de personnes pour la conférence de presse de dénonciation de l'association car Erdogan a fait fermer les médias en septembre.

Une chape de silence s'est abattue sur la ville explique Nurcan Baysal, parce que les Kurdes avaient joué loyalement la carte de la paix (on se souvient que le PKK avait renoncé à la lutte armée) et voilà comment l'Etat turc récompense leurs efforts. De nombreux membres du parti de gauche pro-kurde HDP ont été arrêtés, y compris des députés à Ankara. La police est partout, les conseillers municipaux et régionaux sont en prison (voir l'article en anglais ici).

"Forcer systématiquement les prisonniers politiques à manger leurs propres excréments, les forcer à se coucher nus sur du ciment froid ou sur d'autres détenus, déshabiller les gens, surtout les femmes, même après leur mort et couper les doigts, les nez ou les oreilles pour intimider la population aimant la liberté et faire des exemples - voilà la marque de qualité des réalisations en matière de droits de l'homme de ce pays membre de l'OTAN" note, à propos de la Turquie, Rebwar Rashed, co-président du Congrès national du Kurdistan.

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Interview de l'activiste Nurcan Baysal sur les Yézidis et sur Diyarbakır/Amed

26 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies, #Proche-Orient

Une interview intéressante réalisée par un magazine turc (à noter qu'il y a quand même des erreurs sur le fait que les Yazidis ne s'étaient jamais révoltés par le passé, il y a quand même eu Mirza au 17e siècle et les "républiques yazidis indépendantes" dont parlait jadis Elysée Reclus), à propos du livre Ezideler 73 (Décret 73), de Nurcan Baysal. Vous y trouverez des éléments très précis sur les multiples aspects du drame des Yazidis, mais aussi sur la situation horrible au Kurdistan turc, à Diyarbakır/Amed dont mon blog hélas ne parle pas assez  :

Qu'est-ce que les Yézidis appellent «décret»?

Dans leur univers spirituel, le "décret" se réfère à un massacre, à l'abattage. Dans la terminologie du 21e siècle, cela signifie que le génocide.  

Y-a-t-il une différence entre le 73e décret commencé le 3 Août 2014 et les autres?

Il y a beaucoup de différences. L'un d'eux est le fait que les Yézidis sont massacrés au 21ème siècle pour que tout le monde puisse voir. Il y a eu des marchés d'esclaves où les femmes ont été vendues et cela continue encore. La deuxième différence est que, les décrets n'avaient pas causé une transformation dans le monde spirituel des Yézidis jusqu'à présent. Je veux dire, ces décrets étaient acceptés comme résultant du fait d'être Yazidi. Cependant, avec ce décret, les Yézidis a commencé à réfléchir sur les décrets. Grâce à la diaspora Yazidi et au mouvement kurde.Les Yézidis sont sur terre depuis le commencement du monde et ils ont un ordre social qui n'a pas été changé depuis des dizaines de milliers d'années. Les Yézidis ne s'étaient pas révolté contre les décrets précédents.Et pourtant, cette fois ci, les unités de défense Yazidi se sont formées à Sinjar. C'est une première. En outre, la société Yazidi est patriarcale et les femmes sont toujours restées en arrière-plan, mais maintenant les femmes se battent aussi dans ces unités de défense. 

Yézidis ont trouvé refuge à la fois au sein du gouvernement régional du Kurdistan et en Turquie. Vous avez visité les régions les deux. Y a-t-il des différences?

Dans certains villages de la province de Sinjar, Yézidis et les Arabes avaient vécu ensemble. Avant qu'ISIS-Daech n'entre dans certains villages, les Arabes dans ces villages ont rejoint ISIS. Certaines personnes ont dit que leurs voisins ont réduit leurs femmes et leurs enfants en captivité. En fait, être un Yazidi signifie être destiné à massacre. D'un seul coup, leurs voisins sont devenus membres de l'ISIS. C'est l'aspect le plus désespérant de la situation. Au début, 5000 personnes ont été massacrées dans les villages. Ces chiffres ne sont pas exacts; on découvre chaque semaine de nouvelles fosses communes. En Novembre, Sinjar 2015 a été libéré et il est dit qu'il s'y trouve près de 100 fosses communes.Ces centaines de milliers Yézidis se sont dirigés vers le mont Sinjar. C'était en Août 2014; le temps était insupportable. Les montagnes étaient froides pendant la nuit et ISIS était après eux. 250-300.000 personnes se sont enfuies à Zaho et Duhok.En Septembre 2014, je suis allé dans les camps du sud. Les gens vivaient dans des zones de chantier. On découvrait comme ça que dans un secteur il y avait 300 Yézidis rescapés. Des bébés, des enfants, des personnes âgées. Ceux qui avaient laissés derrière n'avaient aucune chance d'être secourus. Ils sont entrés illégalement en Turquie à Roboski. A cette époque, les municipalités de Batman, Şırnak, Nusaybin et Midyat ont commencé à construire des camps. Tout à coup, les municipalités sont devenues responsables de prendre soin de 35.000 Yézidis.

 

 

Dans le livre, on se rend compte que les gens évitent de parler de ce qui est arrivé dans les montagnes Sinjar. Qu'est-il arrivé?

Au cours des entretiens, ils ont évité mes questions sur les montagnes. Il y avait un seul but sur les montagnes: survivre. Disons, c'était comme : vous aviez seulement une tranche de pain et que vous ne partagiez pas et un enfant mourait à cause de cela. Un Yazidi a dit: «Les gens ont perdu leur sentiment humain dans les montagnes." Il y a des gens qui ont commis des suicides ; certaines femmes ont sauté d'une falaise après avoir tué leurs enfants en les jetant de la falaise. Ou, par exemple, les gens que vous aimez veulent l'eau de vous, mais vous ne pouvez pas leur en donner, parce que vous allez en donner à vos enfants. J'ai vu des familles mettre des bouteilles en plastique sur le mur; elles disaient dit qu'elles les garderaient jusqu'à ce qu'elles meurent. Elles ont donné l'eau à leurs enfants avec des capsules de bouteille. Certains n'ont pas pu enterrer leurs défunts dans les montagnes. Certains d'entre eux ont abandonné leurs vieilles mères et les pères derrière eux. Ceux- suppliaient de ne pas s'éloigner. Ils vont vivre avec cette honte et leur conscience coupable pour le reste de leur vie.  

Les Kurdes ont été les premiers qui ont accueilli et protégé Yézidis. Cependant, pour autant que je comprenne d'après votre livre, ce ne fut pas un processus facile.

Yézidis ont été soumis à des "décrets", des massacres, de la part de nombreuses communautés, mais la plupart du temps c'étaient des musulmans. Ainsi, leur plus grande crainte ce sont les musulmans. Et ils ont dû compter sur eux. Par exemple, dans le camp de Diyarbakir, quand ils ont essayé de faire travailler les enfants, les Yézidis se sont mis en colère parce qu'ils croyaient qu'ils allaient leur apprendre à faire des prières. 

Ils sont kurdes aussi, mais culturellement ils sont différents, non?  

Les jeunes de mouvement kurde ont essayé de les traiter de façon égale, mais les Yézidis sont complètement différents. Ils ont un système de castes rigide. Les gens de différentes castes attendaient en rang un peu de nourriture! C'est une communauté très patriarcale. Les femmes ne sont presque jamais mentionnées et dépendent des hommes complètement. Par exemple, les hommes yézidis dans le camp ont abattu la tente consacrée à l'éducation des femmes que nous avons construite. Il nous a fallu des mois pour trouver cette tente! Les jeunes du mouvement kurde ont déclaré qu'il y aura égalité des femmes et des hommes dans la direction des choses. Mais il y a eu deux problèmes. D'abord, les membres de différentes castes avaient le droit de vote égal. Et ensuite ils ne pouvaient pas accepter la voix des femmes dans le gouvernement. Après des compromis, nous avons fait un progrès. Le siège de Kobané a affecté profondément les Yézidis. Les femmes et les hommes kurdes se sont battus à mort ensemble. Le patriarcat n'est pas décomposé mais il a dû plier un peu. Maintenant, nous voyons qu'il y a des jeunes femmes Yazidi qui combattent autour de Sinjar et on comprens qu'il y a eu une révolution. 

Est-ce que l'Etat turc a aidé les Yézidis?

La Turquie n'a pas donné de statut aux Yézidis. A cette époque, la Turquie n'a pas construit de camps pour Yézidis. 35.000 Yézidis sont arrivés tout d'un coup. L'Etat turc a dit qu'il allait construire des camps au sud de la frontière, mais cela n'a pas eu lieu. La Turquie n'a pas réussi à aider Yézidis. Je pense qu'il y a deux raisons à cela. Tout d'abord, ils n'aiment pas Yézidis. Je me souviens que Erdoğan avait dit avec mépris «les Kurdes sont Yézidis." Ils ne sont pas musulmans et c'est un problème pour eux. Deuxièmement, ils pensaient que les municipalités kurdes ne seraient pas en mesure de gérer la situation et ploieraient sous ce poids. Pour l'Etat turc, ça leur aurait été utile politiquement. En ce moment, nous ne pouvons recevoir aucune information de AFAD (l'Autorité pour la gestion d'urgence et les catastrophes) à propos du camp de Nusaybin. Au début, il s'y trouvait 35.000 personnes et maintenant, il reste 1400 Yézidis à Diyarbakir et 400 à Şırnak. Environ 2000-3000 personnes se trouvaient dans les camps. La plupart d'entre elles sont allé vers le sud. Près de 1000 personnes, la plupart d'entre elles étant les femmes violées, a réussi à aller en Allemagne. Certaines d'entre elles sont allé à Istanbul et certaines d'entre elles sont à Bodrum, en attente d'un bateau.  

"Finalement, tout le monde trouve la paix, à l'exception des femmes"

Vous décrivez ce "décret" comme «quelque chose au-delà de la mort pour les femmes". Qu'est-ce que ça veut dire?

Les femmes dans les camps ne parlaient pas beaucoup; et quand elles parlent, elles parlent de femmes qui se sont suicidées. Il arrive qu' elles entendent un cri d'une tente. Elles y vont et découvrent que la mère pleure parce que sa fille s'est tuée. ISIS a encore 5000 femmes captives. Ils vendent ces femmes, parce qu'ils le peuvent. Il y a des marchés d'esclaves, parce qu'il y a des gens qui y vont et achètent des êtres humains à ces endroits. Les femmes sont vendues, parce qu'il y a des Etats qui soutiennent un tel commerce. Les principaux acheteurs sont la Syrie, le Liban, le Qatar, le Koweït, l'Arabie Saoudite, le Pakistan et l'Afghanistan. Ces Etats ont été en mesure de faire quelque chose pour l'empêcher, mais ils n'ont rien fait. 

Et à cause de leur culture, les familles ne veulent pas ces femmes. 

Le village de Baadre près de Mossoul est le plus grand village Yazidi. C'est devenu un endroit où les femmes qui se sont échappés ou ont été sauvées de Daech-ISIS sont à l'abri. J'ai parlé aux femmes là, qui étaient détenues par ISIS. Il y avait une jeune femme appelée İlwin, qui a été retenue captif à Raqqa pendant 2 mois. Elle a été violée à plusieurs reprises, torturée et battue. İlwin réussit à entrer en contact avec son frère et a sauvé 7 femmes Yazidi avec elle-même. Leurs familles ont payé de l'argent pour ISIS pour les ramener. Et ces 7 femmes ont rencontré leurs familles dans la province Viranşehir d'Urfa. İlwin répétait : «Ecrivez ce que je dis, apportez-moi à un tribunal; Je veux dire ce qui est arrivé au monde ".

Beaucoup de femmes ont été abandonnées à leur sort: elles ont été forcées à se marier ou envoyées à Sinjar pour mourir. Encore une fois, les femmes sont celles qui souffrent le plus.  

Il y a une règle dans la société Yazidi: quand un Yazidi a des relations sexuelles, volontairement ou involontairement, avec des gens qui ne sont pas des Yazidis, cette personne n'est plus une Yazidi. Les femmes qui ont été violées par des membres de l'ISIS le savaient; elles se sont tués parce qu'elles savaient que leur société ne les reprendrait pas. On dit que des milliers de femmes se sont tués. Il y a un refuge pour les femmes dans le sud du Kurdistan où se trouvent 7000 femmes. Les chefs religieux Yazidi ont fait des déclarations exhortant les familles à reprendre les femmes. Certaines familles l'ont fait, et d'autres pas. Par exemple, je l'ai vu une longue file d'attente à Laleş (Lalish). Ils ont dit qu'il s'y passait une cérémonie de mariage. Ils ont ordonné aux femmes qui ont été tenues en captivité par ISIS de se marier à des hommes yézidis. Bien sûr, ils n'ont pas demandé le consentement des femmes. Donc, finalement, tout le monde retrouve la paix, à l'exception des femmes.

ISIS détient encore beaucoup de femmes comme captifs, n'est-ce pas?

Oui. Par exemple, certaines femmes ont donné naissance à des enfants qu'elles ont conçu après avoir été violée. Celles qui ont essayé d'avorter, ce qui n'est pas légal, sont mortes. Des mères et des filles ont été prises comme captives et violées. Ils vendent aussi des jeunes garçons. Par exemple, dans une fosse commune, il y avait des femmes de plus de 40 ans. Les membres ISIS les trouvent trop vieilles et les enterrent vivantes. En ce moment, on dit qu'il y a plus de 100 fosses communes, qui ne sont pas encore ouvertes. Dans un magasin d'alimentation à Mossoul, ils ont mis une photo d'une fille de 14 ans qui est en vente. Il y a beaucoup de marchés d'esclaves. Il est difficile d'empêcher de telles choses. Ces choses se passent à une ou deux heures en voiture de chez nous. 

«Les corps des défunts ont jamais été laissés dans les rues avant"

Vous vivez à Diyarbakir. Quelle est la situation actuelle là-bas?

Aujourd'hui est le 57e jour du couvre-feu. Nous ne pouvons pas aller au centre-ville. Sur était le cœur de la ville et on peut dire que la ville n'existe plus. Dans 6 quartiers sous couvre-feu, la population était d'environ 25 000 et maintenant, il en reste environ 5000. Dans d'autres quartiers, les gens vivent sous un couvre-feu virtuel. Il y a des affrontements partout. Une femme qui habite dans le bâtiment à côté de mon bureau a été blessée. D'où viennent ces balles ? Ces derniers temps, il y a deux rapports différents à propos de Diyarbakir; les habitants sont très perturbés par cela. Qui dort bien, qui est heureux, qui sourit? Si quelqu'un va à un café, cela signifie-t-il que cette personne est heureuse? Une ville est en ruines, une ville est détruite; qui peut être heureux dans un tel état? Ils utilisent des obus, bombes. Les gens ont peur. Je continue à écrire à propos des morts. Maintenant, il y a des cadavres là où nous avions l'habitude de prendre un café. Parfois, les gens comparent cette situation aux années 90, mais je pense que c' est pire que les années 90. Dans des années 90, il y avait eu des meurtres par des assaillants inconnus, mais nous savions que ça venait de l'Etat tirc. Maintenant, nous ne pouvons pas dire d'où les balles vont venir. Il y a des victimes civiles, mais l'État ne l'admet pas. Dans ma ville, 48 personnes ont été tuées. 

Et dans les années 90, prendre les corps des défunts n'était pas si difficile, je suppose.

La semaine dernière, nous avons réussi à récupérer les corps des étudiants İsa Oran, 21 ans , venu d'İzmir, et Mesut 25 ans. Tous deux étaient membres du YDG-H (proche du PKK). Leurs corps sont restés sur le bitume dans une cour d'école pendant 29 jours. Nous et IHD (Association des Droits de l'homme) avons vraiment fait de notre mieux pour récupérer les corps. Il y a une semaine, les familles ont reçu un appel téléphonique du bureau du procureur et on leur a dit que les corps sont déposés à la morgue. Nous étions avec les familles. Le corps de İsa était déchiqueté. Il semblait que sa tête avait été brûlée avec une substance chimique. Son père l'a identifié par son bras. Mesut est mort par 3 balles; 2 dans la tête, 1 dans la poitrine. Mais il y avait plus de 100 balles dans son corps. Nous parlons des années 90, mais il y aura des discussions plus longues et plus intenses au sujet des années 2010. Les corps du défunt n'avaient jamais été laissés dans les rues auparavant. Avant, ils mettaient les gens dans des fosses communes et maintenant, ils les laissent dans les rues pour que ça serve de leçon. 

Vous travaillez avec les organismes d'aide. Quels sont les besoins urgents?

La Fondation Rojava est complètement concentrée sur Sur. Ils essaient d'atteindre tout le monde, de İdil à Cizre, tous ceux qui ont dû quitter leurs maisons en raison de la guerre. Il existe d'innombrables besoins. Ceux qui peuvent trouver un tapis ou un radiateur sont les plus chanceux. La Fondation Sarmaşık distribue de la nourriture. Mais, il y a des familles qui ne peuvent pas quitter leurs maisons et ont vécu dans une chambre simple pendant 57 jours; ils sont affamés. Maintenant, les habitants de Diyarbakir ont honte de survivre.

Source : Agos.com

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Témoignages de Pierre Le Corf et Vanessa Beeley à Alep-Ouest

20 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Proche-Orient

Un personnage surprenant, breton, fils d'ostréiculteur, né en 1989, qui se présente comme chrétien et qui, après avoir créé une boîte de nuit à Lyon, a travaillé dans divers domaines comme consultant, puis a fondé une ONG pour aider les communautés marginalisées, et soutient les civils à Alep-Ouest (contrôlée par le gouvernement syrien légal) depuis février dernier.

Son témoignage est intéressant. En octobre un anonyme "njama" sur Agoravox précisait que ce Pierre Le Corf avec le Dr Nabil Antaki, des maristes bleus, avaient en vain essayé de sensibiliser une équipe de France 2 au fait que le feu des terroristes d'Al-Nosra (soutenus par MM. Hollande et Obama) cible délibérément les civils d'Alep - peut-être s'agit-il de ce reportage diffusé au JT de 20 h du  5 octobre qui malgré tout dit un mot sur Le Corf et rapporte une partie de ses analyses.

Buzzfeed News accuse l'ONG "SOS Chrétiens d'Orient" qui l'a introduit en Syrie d'être infiltrée par l'extrême droite (accusation qui revient souvent quand quelqu'un entreprend de se rendre dans des zones où ne se trouvent pas les "bonnes victimes" du point de vue de nos gouvernants), mais Pierre Le Corf insiste (notamment ici) sur le fait qu'il décrit des éléments factuels et ne s'exprime pas à partir d'un point de vue partisan. Son ancrage dans l'action au service des populations évidemment accroît la légitimité de son compte-rendu des réalités quotidiennes de la guerre.

Cet exemple est un peu symétrique de celui de Pierre Piccinin da Prata qui, lui, s'était surtout rendu "célèbre" (dans le microcosme des journalistes et des militants) pour avoir tenté de donner une voix à l'Armée libre syrienne (et qui n'avait pas entretenu une action humanitaire de long terme comme le fait Pierre Le Corf, limitant son action à du journalisme).

Le témoignage de P. Le Corf rejoint celui (sous-titré) sur une chaine de TV libertarienne américaine de la britannique Vanessa Beeley le 29 septembre dernier.

Comme il m'est arrivé de critiquer la lourdeur des bombardements russes en Syrie (notamment sur Alep Est), il me faut quand même ici rétablir les choses en sens inverse de la propagande médiatique dominante qui exagère à dessein l'ampleur des exactions russes. A Alep Est, la population civile est retenue en otage, ce sont des boucliers humains, comme à Mossoul. Faire le tri entre civils et djihadistes d'Al-Nosra est probablement impossible pour les avions russes. En revanche les islamistes, selon le témoignage ci-dessus, n'ont aucune raison de viser à l'ouest certains quartiers où ne se trouve aucun militaire.

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Les Yézidis entre le marteau et l'enclume

13 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Aide aux femmes yezidies

Donald Trump va-t-il tenir sa promesse de campagne de s'appuyer principalement sur les Kurdes et non sur la Turquie pour vaincre EI en Irak ?

En tout cas les Yézidis sont inquiets de voir les forces spéciales turques, les bérets marrons (Bordo Bereliler aussi surnommés les bouchers des Kurdes) s'installer à Shingal-Sinjar avec la bénédiction de Barzani, officiellement pour donner une formation militaire aux peshmergas sunnites, mais aussi réprimer le PKK.

A Bachiqa la statue du chef de guerre yézidi Mirza du 17e siècle a été saccagée par EI, tout comme les lieux de culte et les maisons. L'identité yézidie est coïncée entre le marteau de Daech et l'enclume du gouvernement régional kurde. Après l'arabisation forcée sous Saddam Husein (qui en 1975 avait forcé par décret les Yazidis des villages des montagnes autour de Sinjar à rejoindre les villages collectifs des plaines et a détruit alors 250 villages), la kurdisation forcée (alors que beaucoup de yézidis parlent arabe et pas kurde, c'était d'ailleurs le cas de Mirza jadis).

Le gouvernement de Barzani est de plus en plus accusé d'empêcher les Yézidis de retourner à Sinjar. Les réfugiés sont arrêtés au checkpoint de Feshkhabour et les peshmergas confisquent leurs biens ou leurs troupeaux ou des matériaux de construction, s'ils veulent les amener à Sinjar (témoignage d'Adaly Kejjanqui était en Irak au début de l'année). Les gens restent donc au camp Sharya à Duhok ou au camp de Khanki.

Si vous souhaitez les aider, contactez moi.

 

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