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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #transnistrie tag

Transnistrie, Biélorussie : échange avec un reporter

21 Juin 2021 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie, #Le quotidien, #Peuples d'Europe et UE, #Colonialisme-impérialisme, #coronavirus-vaccination-big pharma

Je déjeunais tout-à-l'heure avec un jeune reporter free lance, collaborateur occasionnel du Monde Diplomatique, qui a emprunté à son tour, 14 ans après moi, le chemin de la Transnistrie - Novosti PMR, le journal local transnistrien lui avait consacré un article élogieux le 21 mai, il y a un moi, voyez ici, ça peut très bien se lire avec le traducteur automatique de Google. Il a mené une enquête auprès de la jeunesse transnistrienne sur leur conception de l'identité de leur pays. A priori tous sont loyaux à l'Etat transnistrien, mais trouveraient plus confortable que leur pays devienne une région autonome de la Moldavie, comme la Gagaouzie... Rien de très nouveau de ce point de vue par rapport à 2007.

Ce journaliste me disait qu'il avait l'impression d'un niveau de vie similaire dans les villages transnistriens et dans les villages moldaves. Il m'a expliqué que le gouvernement moldave devait accorder des subventions spéciales aux habitants des bourgs frontaliers pour que leurs habitants ne s'installent pas de l'autre côté du Dniestr où par exemple le prix de l'électricité est sensiblement plus cher. D'après lui la gauche serait en passe de remporter les élections en Moldavie, confirmant le mouvement de balancier dans ce pays entre pro-européens et pro-russes. Le journaliste m'a dit avoir été étonné de constater que la Moldavie ne donnait pas une impression d'échec économique comparable à l'Albanie.

Nous avons aussi échangé sur la Biélorussie qu'il connaît bien, et l'affaire du détournement de l'avion de Ryan Air qu'on évoquait récemment sur ce blog. Il attirait mon attention sur le fait qu'il y avait eu en fait deux mails du Hamas, dont un adressé aux Lituaniens avant que l'avion ne soit contraint de se poser à Minsk. Donc que les mails soient faux ou pas, le timing n'est pas exactement celui décrit par les journalistes du Spiegel, et l'hypothèse d'un coup monté contre Loukachenko tient la route, d'autant que lorsque le journaliste Protassevitch, il était perdu dans la foule, des photos le montrent, et les autorités biélorusses ne savaient même pas qu'il était à bord. Je lui ai signalé que le président russe Vladimir Poutine dans une interview à NBC la semaine dernière avait lourdement incité les journalistes occidentaux à questionner le pilote plutôt que de répéter bêtement la propagande du Département d'Etat américain. C'est effectivement du bon sens.

Sur les relations biélousso-ukrainiennes, Loukachenko, m'apprenait mon interlocuteur, a pris langue avec la République de Lougansk (ce qui pourrait valoir début de reconnaissance) et l'a autorisée à enquêter à Minsk sur les activités de Protassevitch dans le cadre du bataillon néo-nazi Azov dans le Donbass... Une affaire qui n'arrangera pas forcément ses parrains occidentaux...

A propos de la gestion de la crise du Covid par Loukachenko, le reporter me faisait savoir que grâce au bon système de santé biélorusse, les patients bénéficiaient d'une bonne prise en charge dans les hôpitaux, avec même des ambulances qui venaient les chercher chez eux, et que la politique des masques avait été comparable à celle en vigueur à Berlin (masques en intérieur mais jamais à l'extérieur), d'autant que la Biélorussie dès le début de l'année s'étaient mis à en fabriquer (là bas on n'hésitait pas à réquisitionner les usines, ce que la France n'avait pas osé faire) de sorte qu'il y avait eu assez peu de morts, et sans confinement...

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Elections au Soviet Suprême de Transnistrie : le monopole de Sheriff

3 Décembre 2020 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie, #Le monde autour de nous

Mauvaise nouvelle pour la démocratie en Transnistrie : selon le quotidien russe Kommersant, les élections législatives du 29 novembre ont conduit à l'élection de 33 députés liés au trust financier "Shériff" sur 33... 29 sont membres du parti "Renouveau" créé par Shériff, et 4 sont des chefs d'entreprise liés à cette holding. Il n'y a même plus l'illusion d'une opposition fictive... "Le président de la République Vadim Krasnoselsky, qui a remporté les élections en 2016, ajoute le journal, est également arrivé au pouvoir avec le soutien financier, médiatique et politique du shérif, la holding contrôle désormais toutes les branches du gouvernement: les tribunaux de Transnistrie ne prennent pratiquement pas de décisions qui ne sont pas coordonnées avec cette structure d'entreprise ..."

Selon Anatoly Dirun, directeur du "Sciences Po" local qui a essayé de se présenter comme candidat indépendant à Tiraspol, les candidats sans-parti ont été délibérément empêchés de se présenter. D'où un taux de participation faible (27,7 %), même si le Covid a aussi conduit les gens à rester chez eux. Pour beaucoup d'observateurs ce déclin du pluralisme en Transnistrie risque d'affaiblir le pays face aux attaques prévisibles de la nouvelle présidente européiste de Moldavie Maia Sandu.

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Les élections moldaves inquiètent la Transnistrie

12 Novembre 2020 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie, #Peuples d'Europe et UE

Une fois de plus les élections moldaves inquiètent les Transnistriens. Des élections présidentielles ont eu lieu en Moldavie. La pro-européenne Maia Sandu a battu le président sortant socialiste pro-russe Igor Dodon au premier tour des élections le 1er novembre dernier. Sandu a obtenu 36,16% des voix, Dodon - 32,61%. Le deuxième tour aura lieu le 15 novembre. Le directeur du service russe de renseignement extérieur, Sergueï Narychkine, a déclaré que Washington préparait une autre révolution de couleur en Moldavie si Igor Dodon remportait les élections. L'ex-ministre des affaires étrangères de Transnistrie Nina Chevtchouk, épouse du président de la République déchu, qui vit en Russie maintenant explique à Pravda.ru que les Transnistiens redoutent que l'élection de la pro-européenne ne perturbe le droit de circulation des Transnistriens à Chisinau, surtout ceux qui son d'ethnie moldave, un droit qui avait déjà été malmené par la crise du Covid 19. Elle dément en outre l'accusation roumaine d'ingérence transnistrienne dans les affaires moldaves : selon elle seulement 16 000 transnistriens, principalement des personnes âgées, votent encore aux élections moldaves.


 

 

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La souffrance

5 Novembre 2020 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie, #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités, #Lectures, #Philosophie et philosophes

On dit que Malaparte ment beaucoup dans ses écrits, comme Chateaubriand. Je ne sais. Son style parfois me donne un peu le tournis. Il ne m'apaise pas comme le faisaient jadis Stendhal ou Montaigne. Il a en tout cas un mérite étonnant : son art de parler de la souffrance humaine. J'évoquais il y a sept ans (sept ans déjà !) son récit (dans Kaputt) sur le bordel de Soroca en Moldavie, où les Allemands pendant la guerre réduisaient à la prostitution des filles de bonne famille juives avant de leur tirer une balle dans la tête. Un récit incroyablement juste et poignant, tout en sobriété. Récit extraordinaire sur la condition féminine (il se présente comme tel puisqu'il s'ouvre sur les plaintes de Victoria Louise de Hohenzorllern sur la situation des femmes).

Moins terrible, et pourtant tout aussi juste dans le style de la souffrance languissante, absurde, presque "atopos", tant elle déjoue tous les repères de la logique est le portrait dans Le Bal au Kremlin de ces aristocrates tsaristes déchus au marché aux puces de Moscou dans l'URSS de Staline en 1929 (dans laquelle Malaparte situe par erreur le prince Lvov)...

L'auteur pose souvent la question du sens de la souffrance, en mentionnant d'ailleurs beaucoup le Christ même si, comme je l'ai noté ailleurs, Dieu compte hélas assez peu dans le regard qu'il pose sur le monde.

La littérature est une école du regard. Apprendre à voir sa propre souffrance et celle des autres, avec ses différentes couleurs, ses diverses nuances, est une oeuvre utile qui s'accomplit plus justement à travers la plume des grands auteurs.

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Des nouvelles de la Transnistrie

15 Mai 2020 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie

Mail reçu ce soir :

" Bonjour Monsieur,
Je me permets de vous écrire pour vous féliciter de votre passionnant livre sur la Transnistrie, que j'ai acheté et lu suite à mes vacances passés dans cette république. Personnellement, j'ai adoré mon séjour de plusieurs jours à Tiraspol et à Bendery. Je n'ai rencontré que des personnes extrêmement sympathiques (je parle russe, cela aide assurément) et l'impression que j'ai ressentie, c'était que la vie semblait paisible et très calme. Tiraspol est une capitale extrêmement propre et agréable. J'ai été très intéressé par votre livre, d'autant que les informations souvent fausses et anciennes que nous trouvons sur internet ne sont pas très objectives. D'autre part, je n'ai ressenti absolument aucun problème d'insécurité en Transnistrie, pas plus en Moldavie d'ailleurs (j'ai visité Chisinau, la Gagaouzie) et l'Ukraine (Odessa). Voilà, cher Monsieur, quelques impressions "en vrac" de mes vacances d'octobre-novembre dans cette partie d'Europe injustement oubliée, voire même diabolisée.
Je vous souhaite une bonne soirée,
Bien cordialement, "

 

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Fin de la crise politique en Moldavie 

24 Juin 2019 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie, #Peuples d'Europe et UE, #George Soros

Au début du mois de juin la Moldavie s'est retrouvé avec un gouvernement du Premier ministre Pavel Filip soutenu par l'oligarque Vlad Plahotniuc et la cour suprême, et l'autre regroupant les socialistes pro-russe de l'ex-président Dodon et le bloc AKUM derrière Maia Sandu (AKUM). C'est finalement cette dernière qui a été reconnue comme unique Premier ministre légitime avec le soutien des ambassades de la Fédération de Russie et des États-Unis.

Avant cette stabilisation, Filip avait cru pouvoir, le 11 juin, décider que Chisinau déplacerait son ambassade  en Israël de Tel Aviv à Jérusalem semble-t-il pour séduire Trump (communiqué 21 juin) mais l'entretien de l'ambassadeur américain avec Plahotniuc (Kommersant du 14 juin) n'aura pas permis pour autant à Filip d'acquérir une légitimité aux yeux de Washington. Selon la même revue qui citait Dmitri Kozak, vice-Premier ministre de la Fédération de Russie, l'oligarque avait aussi promis secrètement à Moscou un fédéralisation de la Moldavie pour règler le problème transnistrien.

"En examinant le contenu de l'enveloppe, j'ai été étonné de voir les propositions du parti démocrate ouvertement anti-russes visant à modifier le cours politique de la République de Moldova par le biais d'une réorientation à l'égard de la Russie et du règlement du conflit transnistrien fondé sur la fédéralisation de la République de Moldavie", a déclaré M. Kozak. Toutefois, selon ses allégations, le vice-Premier ministre russe aurait recommandé aux socialistes et au président de la République de Moldova, Igor Dodon, "de ne pas prendre en compte les propositions secrètes de Vladimir Plahotniuc ou d'autres partis". Dans l'interview, Kozak insiste sur le fait que la formation d'une coalition parlementaire et d'un nouveau gouvernement à Chisinau n'est pas le choix de Moscou, mais un problème interne à la République de Moldavie. Selon Dmitri Kozak,

La Moldavie a donc choisi la voie suggérée par Washington et Moscou :  organiser de nouvelles élections, mais sur une autre base législative et disposer d'un autre pouvoir exécutif pour jouir de la confiance de tous, avec, dans l'intervalle, la création d'une coalition temporaire entre européistes et pro-russes.

Après son échec Plahotniuc s'est réfugié en Suisse où vivent sa femme et ses enfants. De même certains caciques liés à l'oligarques que Maia Sandu a menacé de traduire en justice ont fait leurs bagages.

Plahotniuc représente une force politique importante. Il a financé des médias plutôt anti-européistes (alors que l'oligarque Victor Topa soutenait les pro-occidentaux). Il aurait aussi contrôlé la justice depuis l'époque du président pro-russe Voronine sous lequel il avait commencé à amasser sa fortune dans les grands trusts étatiques, ce qui explique le soutien que lui a apporté la Cour suprême. L'entente entre les socialistes et l'oligarque s'était manifestée en 2017 avec le vote commun d'une réforme électorale introduisant une moitié de scrutin uninominal comme en Allemagne, mais la rivalité entre les deux forces était restée très vive, avec la suspension du président Dodon par la cour constitutionnelle pro-Plahotniuc en janvier 2018, ce qui explique le ralliement final des socialistes à Sandu.

En décembre 2016 l'oligarque était devenu numéro 1 du parti démocrate (officiellement lié à l'Internationale socialiste) parti relancé dans les années 2000 par un ex-poulain de Voronine.

Il semble que par delà son discours prônant la neutralité à l'égard de Moscou et ses alliances ponctuelles avec les socialistes il soit en fait depuis trois ans proche du clan Soros-Clinton. Début juin 2016, le New York Times avait présenté une photo le représentant aux côtés de Victoria Nuland, ex collaboratrice de Madeleine Albright et secrétaire d'État adjointe d'H. Clinton pour l'Eurasie. Steve Nicandros membre de l’Atlantic Council (qui coopère avec l'Open Society de Soros) et fondateur de la société Frontera qui cherche du gaz dans le sous-sol moldave avait joué les intermédiaires, En 2017 le gouvernement ukrainien entièrement dépendant de Soros avait accusé les services secrets russes d'être derrière un groupe qui préparait l'assassinat de Plahotniuc. 

En 2017 également Plahotniuc a été blacklisté au Etats-Unis à l'initiative des députés républicains Randy Weber et Trent Franks pour avoir, en 2014 organisé le vol d'un milliards de dollars à trois banques moldaves, dont des prêts du FMI ! Le vote de cette loi a nourri des débats sur la question de savoir si l'oligarque avait utilisé Moscou pour blanchir cet argent, sur celle du lien entre Plahotniuc et la traite des blanches, et, enfin sur l'engagement (contre finances) de l'ambassadeur trumpien en Allemagne Ric Grenell au soutien des déclarations pro-occidentales du magnat.

La coalition entre socialistes et pro-occidentaux annonce-t-elle la fin de l'empire de Plahotniuc en Moldavie ?

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Spartiate Transnistrie

7 Août 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie

Je suis un peu en panne d'inspiration sur les sujets d'actualité... L'entrée en vigueur des sanctions de Trump contre l'Iran, les querelles intestines au Liban, la tentative d'assassinat de Maduro, les élections présidentielles du Zimbabwe, celles du Mali, la réconciliation érythréo-éthiopienne, la détresse des Yézidis qui ne récupèrent toujours pas leurs femmes réduites en esclavage ni leurs maisons dans la plaine de Ninive... Je crois que je me répèterais beaucoup en commentant ces sujets.

Je jette donc un coup d'oeil à l'actualité transnistrienne, pays dont je n'ai pas parlé depuis plus d'un an. Je dois cela aux gens qui ont acheté mon livre sur ce pays il y a dix ans.

"Novosti PMR" aujourd'hui nous parle des jeux de l'armée "Commonwealth Warrior-2018"  qui vont opposer six équipes - des représentants des forces de l'ordre de la république et du groupe opérationnel des troupes russes. Dans ce pays la on ne s'occupe pas trop de #JeSuisCute ou de #MeToo. Là c'est plutôt l'ambiance virile militaire qui prédomine parce qu'il faut toujours être prêt à repousser une attaque moldave... Il y a beau y avoir des négociations permanentes avec Chisinau sur des points techniques de coopération frontalière, la situation reste celle d'un conflit gelé.

La liste des activités culturelles officielles des deux prochains mois en dit long sur la culture transnistrienne "mainstream" :

La célébration du jour de la formation du 55e régiment de Podolsk : Ce régiment qui est l'ancêtre de la 14e armée qui a sauvé la Transnistrie de l'écrasement par les nationalistes moldaves en 1991, a combattu en 1811-1813 de la Finlande jusqu'à Laon (Picardie), dans le Caucase en 1841, contre les Turcs, contre les  Japonais, les Allemands etc Il est basé à Bendery. En 1912 les habitants de la localité ont célébré sa victoire sur Napoléon et l'annexion russe de la Bessarabie et a inauguré un monument (un obélisque surmonté d'un aigle de bronze) qui est aujourd'hui l'épicentre des cérémonies militaires (je l'avais vu le 3 juillet 2007 juste après la visite du musée de Bendery que je raconte dans le livre).

Des événements festifs commenceront le soir du 29 août à Bendery : dépôt de gerbes, défilé, reconstitution de batailles.

Puis les principaux événements consacrés à la fête de la République auront lieu du 30 août au 2 septembre. Nous parlons de la cérémonie des citoyens dignes de la république, une grosse tête conférence de presse de l'Etat, une réunion solennelle et un concert, ainsi que les points de vacances d'état principaux traditionnels du programme - pose des fleurs à la flamme éternelle et la parade militaire.L'innovation de cette année sera la levée des drapeaux des villes et des districts de la république. Pour la première fois au même moment, ils s'élèveront immédiatement après avoir levé le drapeau national de la Transnistrie et le drapeau tricolore russe. "Le Président a attiré l'attention sur le fait que cette honorable mission devrait être confiée aux habitants de chaque ville et région de Transnistrie". Selon le président Vadim Krasnoselsky (au pouvoir depuis 2016, lorsqu'il avait battu Chevchouk de haute lutte), cela devrait être "des citoyens dignes de ce nom qui ont fait preuve de dynamisme et ont fait leurs preuves dans différentes sphères d’activité et de société". Une ambiance qui aura sans doute un côté irrésistiblement "IIIe République"...

Le 1er septembre, sera la "Journée de la connaissance" pour le début de l'année scolaire..

Les 7 et 9 septembre, rencontres de jeunes "Les héritiers de la victoire" sur le site du complexe de santé "Dniester Dawns". Elles rassembleront plus de trois douzaines d’équipes représentant les écoles supérieures et secondaires, les unités militaires, le mouvement des cadets et du "mouvement Suvorov" (je ne sais pas ce que c'est) ."Les participants au rallye participeront à des entraînements physiques et spéciaux, démontreront des capacités dans des activités de reconnaissance et d’autres activités militaires, précise le programme officiel. Traditionnel pour ce genre de rallyes est le concours de construction et de chansons. Une attention particulière sera portée à la vérification du niveau de connaissance de l’histoire de la Transnistrie et de la Grande Guerre patriotique." Néanmoins le président de la République Vadim Krasnoselsky veut autoriser un peu de détente le soir, des concert, et "peut-être des discothèques de jeunes". On ne sait pas si ce sera dans le genre bal populaire ou avec des morceaux de Miley Cyrus et Jay Z...

Parallèlement au rassemblement des participants du mouvement "Les héritiers de la victoire" le 8 septembre, l'action traditionnelle "Président pour un mode de vie sain" aura lieu. L'événement se déroule sous la forme d'une régate. Les participants partiront de Bendery, et finiront dans le camp "Jeunesse" (le village de Merenesti). Dans la seconde moitié du même jour, l'inauguration du stade Bendery "Dynamo" aura lieu. Il est prévu d'organiser une excursion, un programme de concerts, un défilé des élèves des écoles de sport de la ville et des démonstrations des performances des athlètes.

J'avais souligné le côté spartiate de l'Abkhazie dans mon livre sur ce pays, j'aurais pu en dire autant de la Transnistrie...

A propos de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud où l'on célèbrera demain le dixième anniversaire de l'agression géorgienne, le président transnistrien Vadim Krasnoselsky  a reçu les représentants de ces deux républiques aujourd'hui. Echanges de bons procédés entre tous ces confettis de l'empire soviétique désormais coupés de leur mère patrie. Il y a peu le président polonais est revenu de Tbilissi en dénonçant "l'occupation russe" d'une partie du territoire géorgien (l'Ossétie du Sud). Le vice président russe, lui, a mis en garde une fois de plus contre une éventuelle adhésion de la Géorgie à l'OTAN et les risques qu'elle ferait planer sur la paix mondiale. Les analystes estiment que dans ce cas là la Russie annexerait l'Ossétie du Sud, ce qui est un minimum. Il paraît qu'à l'hôtel Aist de Tiraspol en décembre 2014 les citoyens abkhazes et sud-ossètes bénéficiaient de tarifs préférentiels quand Géorgiens et Occidentaux payaient le prix fort !

Est-ce qu'on s'amuse quand même un peu en Transnistrie ? Quand je m'y étais rendu en 2007 j'avais trouvé que la jeunesse (qui a toujours une double nationalité et voyage donc en Moldavie, en Ukraine et en Russie) paraissait aussi ouverte aux modes occidentales. Est-ce toujours le cas ? Si vous avez des témoignages à ce sujet n'hésitez pas à les poster.

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La Transnistrie et l'histoire de l'antisémitisme

6 Février 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie, #Grundlegung zur Metaphysik

En 2013, j'ai déjà signalé le lien entre la Moldavie et l'extermination des Juifs par les nazis à propos du bordel de Soroca, que décrit Malaparte dans Kaputt. Le lien est très fort aussi pour la Transnistrie dont le nom même, appliqué par les Roumains au pays, est le terme administratif utilisé par les nazis pour la zone au delà du Dniestr pou la mise en oeuvre du programme d'extermination.  Mais le rapport de la Transnistrie, et de la Moldavie à l'histoire de l'Antisémitisme, est plus ancien encore, évidemment.

Si vous avez lu mon livre sur ce pays, vous savez sans doute que je me suis rendu à Dubossary qui est un village transnistrien à majorité moldave. Or, en lisant aujourd'hui le livre du théosophe anglais George Robert Stow Mead publié en 1903 "Did Jesus live in 100 BC ?", j'apprends que selon le Times du 2 mai 1903, la populace de Chisinau a assassiné "environ 60 juifs et juives" et en a blessé "environ 500 de plus" avec "plusieurs cas de viols trop horribles pour une description détaillée" en raison d'un supposé "meurtre rituel" perpétré par les Juifs de Dubossari, et ce malgré la publication de la preuve absolue du caractère mensonger de l'accusation (à cette époque on accusait les Juifs de sacrifier des enfants et manger leur chair).

Une lecture du journal "L'Aurore" du 17 août 1903 p. 2 sur Gallica me donne ces éléments : 

"Les horribles massacres qui ont eu lieu à Kichineff ont été présentés par M. Krouchevau, l'éditeur du journal antisémité Bassarabets comme les représailles d'un prétendu crime rituel.

Les faits ont été relatés : quelques semaines avant les fétes de Pâques on avait trouvé S, Doubossari,. non loin de Kichineff, le cadavre d'un adolescent de dix-sept ans, Michel Ribalenko, assassiné de façon mystérieuse et dont le cadavre présentait cette particularité que le col était criblé de coups de canif, comme si l'assassin s'était complu à faire couler goutte à goutte le sang de la victime. Il n'en fallut pas plus au Bessarabets pour annoncer que Ribalenko avait été tué par les Juifs qui l'avaient saigné pour préparer les mazzi (pain azyme). La légende fut acceptée par laf oule avec enthousiasme, et nous connaissons les atrocités qui suivirent.

Un agent de la police secrète d'Odessa ne fut point convaincu par les "révélations" du Bessarabets. Il avait passé sa jeunesse parmi les juifs ; il connaissait à fond leurs moeurs, parlait même leur jargon et l'accusation qui pesait sur eux le laissa sceptique. Il s'affubla du costume des juifs polonais et fréquenta les petites synagogues, les restaurants et les bazars où les juifs s'assemblèrent, et il fut bientôt convaincu que bien loin de pétrir le pain azyme avec du sang chrétien les israélites ne touchaient pas au sang des animaux. un jour il vit un juif corriger d'importance son fils parce que l'enfant lui avait servi un bifteck saignant. Ce juif était convaincu qu'en avalant une goutte de sang de boeuf il avait commis un grand péché devant l'Eternel... Il fallait chercher ailleurs l'auteur de l'assassinat.

Existait-il des gens qui eussent intérêt à supprimer Ribalenko, se demanda alors Matviev.

Pour résoudre cette question, il mit de côté l'habit juif polonais et s'accoutra du costume d'un paysan de la Bessarabie : blouse blanche, hautes bottes et bonnet d'astrakan. Il entra en relations avec le grand père de la victime, Kouzma Ribalenko, un riche paysan qui possédait beaucoup de terrains, de vignes et d'argent comptant. Un peu avare, il n'aimait guère sa famille et s'en plaignit à son nouvel ami en la lui présentant sous les traits les plus noirs.

Matviev sut s'insinuer dans les bonnes grâces du vieillard à force de petits cadeaux et d'attentions. Il apprit bientôt que Kouzma Ribalenko détestait par dessus tout son ex-gendre, un certain Timotchouk, veuf de la fille de Ribalenko, qui avait eu de son premier mariage un fils, Ivan, qui était avec le malheureux Michel l'héritier du grand-père.

- Ce Timotchouk, disait le vieux au détective, n'a jamais su travailler et maintenant que Michel est mort et que son fils Ivan devient l'unique héritier, il me tuera pour entrer plus vite en possession de son bien.

Ces confidences furent un trait de lumière pour Matviev.

Le détective eut recours à un troisième travestissement ; il s'habilla en journalier qui cherche de l'ouvrage chez les gros paysans. Il devint un habitué des cabarets et lia connaissance avec jardinier, Antone, gardien de la propriété contiguë à celle qui avait été le théâtre de l'assassinat de Michel Ribalenko".

Après avoir courtisé la fille de Tomotchuk, Matviev, dans le rôle du gendre potentiel, apprit de
Antone le jardinier qu'en effet Tomotchouk avait tué l'adolescent. Il leur reprocha à lui et son compagnon de n'avoir pas mis à profit le crime rituel pour piller les juifs de Doubossari.

"Nous avons été plus avisés à Kichineff, du le jardinier, nous leur avons appris ce qu'il leur en coûtera de cribler nos jeunes garçons russes de coups de couteau... Vous êtes des pleutres, des timorés, des imbéciles..."

"Piqué par ces sarcasmes, ajoute le journal, Antone se rebiffa :
- Ah ! tu nous prends pour des pleutres ? C'est toi qui un imbécile !... Tu crois que ce sot les juifs ui ont tué Michel Ribalenko ?

Ha ha ha ! Eh bien ! non, tu n'est pas malin ! ... Mais c'est Timotchouk et moi qui avons fait le coup, imbécile !" Et le jardinier de raconter comment le 16 février au soir Antone avait saigné l'adolescent pour faire croire qu'il s'agissait d'un rituel juif.

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Les pro-OTAN en mauvaise posture en Moldavie

25 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie, #Colonialisme-impérialisme, #Peuples d'Europe et UE

Alors que les pro-OTAN ont gagné de peu et dans des conditions plutôt troubles les élections au Montenegro, ils risquent de les perdre en Moldavie. Igor Dodon, leader du parti des socialistes de Moldavie, souvent présenté comme le candidat de Moscou (dans un débat télévisé il vient d'ailleurs de valider le rattachement de la Crimée à la Russie) est crédité selon un sondage publié lundi dernier de 41% d'intentions de vote aux prochaines élections présidentielles du 30 octobre contre 14 % pour  Maia Sandu, leader du Parti de l'Action et de la Solidarité, supposée être la candidate des Etats-Unis, et 11 % pour Marian Lupu du Parti démocrate de Moldavie, selon un sondage de lundi dernier.

De quoi réjouir les Transnistriens qui pourraient bénéficier d'une fenêtre d'ouverture pour la normalisation comme à l'époque de Voronine. En revanche cela ne fera pas l'affaire du régime de Porochenko à Kiev. On peut compter sur lui, en alliance avec le gang Clinton-Nuland-Biden si tout ce petit monde est porté au pouvoir à la Maison Blanche, pour déployer des intrigues à Chisinau, avec la bénédiction du très atlantiste Alain Juppé...

Avant d'oublier, je conseille à mes lecteurs anglicistes la lecture du bon article de Cockburn sur le parallèle Alep-Mossoul, même si c'est hors sujet par rapport à la Moldavie (quoique...). On peut aussi en trouver un résumé en français ici.

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Moldavie

6 Janvier 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE, #Transnistrie

Les Occidentaux ne comprennent pas que dans l'ex-URSS, à l'exception des pays baltes, les régimes pro-européens s'abiment dans la corruption et ne sont pas viables. On l'a vu avec le régime de la première révolution orange en Ukraine. Le régime "Euromaïdan" actuel pourrait bien suivre le même chemin.

Autre illustration : la Moldavie. C'est le magazine libéral The Economist qui l'expliquait le 21 novembre dernier : le 29 octobre dernier, la coalition gouvernementale européiste a éclaté quand le businessman israélien de 28 ans Ilan Shor a dévoilé que le premier ministre Vlad Filat lui avait extorqué 260 millions de dollars de commission. Shor est au centre d'un système de détournement d'1 milliard de dollars (un huitième du PNB moldave) avec toute une opération de blanchiment à laquelle a été associée une compagnie britannique et une banque lettonne. Aujourd'hui les Moldaves qui gagnent 200 euros par mois en moyenne sont prêts à revoter majoritairement pour les partis pro-russes (dont le parti communiste).

En Moldavie plus aucun indicateur économique n'a la moindre valeur tant l'économie parallèle est reine. Le pays a perdu un quart de sa population (comme les pays baltes).

Les nationalistes roumains en tirent argument pour réclamer l'annexion du pays, oubliant qu'il compte 40 % de russophones et que la Moldavie comme nation n'est pas plus artificiel ni plus récent que la Roumanie.

A quand un audit de l'Union européenne sur les aides versées par les Occidentaux (aux frais du contribuable européen) qui ont fini dans les circuits de l'argent sale en Moldavie ?

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Le blocus de la Transnistrie

9 Juin 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie

Le blocus de la Transnistrie

L'idée de la République de Budjak est apparue au tournant des années 1980 et 1990 dans le processus d'un réveil national déclenché par la perestroïka . La république était censée inclure les localités où les Gagaouzes et Bulgares vivant dans le sud de la Moldavie et, dans une autre variante, s'étendre à la partie sud de la région voisine ukrainienne d'Odessa.

Le projet n'a jamais vu le jour. Mais en novembre dernier le think tank basé à Kiev “Da Vinci AG” a, dans un rapport, mis en garde contre un retour de cette idée sous le nom de "République populaire de Bessarabie" qui serait encouragé par Moscou. Des médias comme Nezavisimaya gazeta et The Economist s'en sont fait l'écho, mais de l'avis de nombreux analystes l'attachement des populations de Moldavie et d'Odessa à la paix et à la coexistence multiethnique rendait le projet peu vraisemblable.

Aujourd'hui ce projet est agité par un épouvantail par Kiev qui vient de nommer l'ancien président géorgien ami des néo-conservateurs américains Mikheil Saakachvili gouverneur d'Odessa.

Le blocus contre la Transnistrie, supposée être le future pivot des agressions contre la région d'Odessa, a été décrété. La ministre des affaires étrangères de Transnistrie, Nina Shtanski, a déclaré aujourd'hui : "Le blocus est bouclé, l'Ukraine a bloqué toutes nos importations. Nous ne sommes plus en mesure de prendre en charge les besoins de la population. L'Ukraine a en outre bloqué la liberté de mouvement des habitants de Transnistrie titulaires de passeports russes, " (Novostimpmr)

Le 28 mai le président de la Transnistrie dans un appel à son homologue russe dénonçait la présence de batteries de missiles S-300 à Odessa , ainsi que la décision de la Verkhovna Rada parlement ukrainien de dénoncer l'accord sur le transit des troupes russes en Transnistrie, ainsi que l'arrivée massives de soldats à la frontières.

Dans une téléconférence devant l'association "Intégration eurasienne" d'Alexander Argunov, le vice-président russe Dimitry Rogozine a assuré la Transnistrie, en grande difficulté économique, du soutien continu de Moscou.

La Moldavie, qui connaît de fortes divisions internes (même au sein des européistes au pouvoir une fraction "d'indignés" demande leur démission) n'est pas en pointe dans cette affaire.

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Nationalismes est-européens

16 Mai 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie

Nationalismes est-européens

Alors que des excités albanais, encouragés par les propos des dirigeants de Tirana sur la Grande Albanie, tirent sur des policiers en Macédoine (je sais, cela n'a pas intéressé les journaux autant que les folies de Mme Dati épinglées par la Cour des Comptes), et que le président de Transnistrie Evgeni Chevtchouk se recueille pieusement au mont Athos en Grèce, des milliers de manifestants à Chisinau demandent l'Anschluss avec la Roumanie à l'occasion du 203 ème anniversaire du traité de Bucarest entre la Russie et la Turquie (sic). L'Europe c'est la paix, mais oui mais oui...

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Interview de F. Delorca sur la Transnistrie

3 Janvier 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie

transnistriecouv.jpgLe 27 novembre dernier j'ai donné l'interview sur la Transnistrie que vous trouverez ci-dessous. En France, la Transnistrie n'intéresse plus que les adeptes du ballon rond à cause des succès du FC Sheriff de Tiraspol. Cette interview ainsi que mon livre sur ce pays sont cités dans la version papier du magazine So Foot de ce mois-ci.

 

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Que savez-vous de Victor Gushan, outre le fait qu'il soit à la tête de Sheriff (le trust qui contrôle une grande partie de l'économie de la Transnistrie) ?


- Tout ce que l'on peut savoir sur Victor Gushan c'est que c'est un ancien membre des services secrets de ma République soviétique socialiste de Moldavie qui, après la sécession de la Transnistrie, a profité de son influence pour constituer le conglomérat financier Sheriff qui accapare le business de la grande distribution, des télécoms, du gaz, bref de tout ce qui rapporte. En somme c'est un cas assez classique en ex-URSS, d'un membre de la nomenklatura qui profite de son influence pour prendre le contrôle de l'économie après l'effondrement de l'Etat soviétique. Le cas est aussi fréquent en Ukraine et en Russie.

A-t-il d'autres activités officielles ou cachées?


- Je n'ai pas mené d'investigation particulière sur la question. Et je ne crois pas que même ses adversaires en Moldavie lui prête des fonctions occultes. Mais être le chef de la holding financière dont dépendent plus de 15 % des recettes de l'Etat (selon ce qui m'avait été dit quand j'étais en Transnistrie, suffit à être faiseur et défaiseur de rois.

Que sait-t-on de son influence réelle et de son pouvoir dans le pays?


- C'est lui qui a tenu à bout de bras le gouvernement de la Transnistrie quand dans les années 1990 Igor Smirnov en était le président "héroïque" - puisque Smirnov, ancien ingénieur, s'était distingué en 1991-92 dans la guerre contre les nationalistes moldaves pro-roumains. D'ailleurs des membres de la famille de Smirnov travaillaient au sein du conglomérat Sheriff et profitaient de ses largesses. A partir de 2006 Gushan et Sheriff ont progressivement lâché Smirnov, et, en accord avec le Kremlin, un autre président, plus jeune, et plus proche de Poutine, Evgueni  Chevtchouk a été installé à la tête de la Transnistrie en 2011 aux termes d'élections présidentielles où Smirnov a été évincé dès le premier tour. Bien sûr Chevtchouk est un ancien directeur adjoint de Shériff et pour beaucoup il était au moment de son élection l'homme de Sheriff. Depuis lors on dit que ses relations avec Sheriff se sont dégradées. On a notamment remarqué que le fils de Victor Gushan a échoué à devenir le maire de la capitale de la Transnistrie, Tiraspol, ce qui pourrait être dû à un veto de Chevtchouk. Après il se peut qu'il y ait un jeu de pouvoir complexe entre Sheriff, le Kremlin et les autres oligarques russes, mais là dessus on est réduit à de la pure spéculation.

Comment peut-on qualifier l'économie du pays?


institution.jpg- C'est un système socialiste sur lequel s'est greffé une oligarchie. La caractère socialiste a été préservé en partie à cause de l'isolement du pays non reconnu internationalement, en partie à cause de la mentalité soviétique de la base sociale du régime - des fonctionnaires et ouvriers russes et ukrainiens implantés en Moldavie avec l'industrialisation stalinienne et qui refusaient la désintégration de l'URSS. Il se vérifie encore dans le fait que l'agriculture reste largement collectivisée, que la médecine est une médecine d'Etat etc. Mais la vente de nombreux commerces et industries à la holding Sheriff et les privatisations menées par le parti de Chevtchouk ("Renouveau") depuis sept  ans ne fait que renforcer son caractère oligarchique, en offrant aussi des ouvertures sur un capitalisme de petites entreprises.

Pensez-vous concevable que les infrastructures titanesques du FC Sheriff Tiraspol soient le fruit d'investissements illégaux sur le marché noir et que le club de football serve à blanchir de l'argent?


- Le club sert surtout à mobiliser le patriotisme politique des Transnistriens. Il y a peut-être d'autres moyens en Russie de blanchir de l'argent que de crée un club de foot. Cela dit qu'il y ait du marché noir c'est à peu près évident puisque la non-reconnaissance de la Transnistrie au niveau international favorise les transactions occultes. On a parlé de trafics d'armes et de stupéfiants, mais je ne suis pas certain que ce soit prédominant car cela mettrait trop le pays dans le collimateur des Occidentaux et donnerait des armes idéologiques au gouvernement de Chisinau (Moldavie) qui demande en permanence la suppression de l'entité transnistrienne. En revanche qu'il y ait de nombreux détournements de fonds autour des fournitures de gaz russe, du marché de la distribution etc c'est très probable.

Trois adjectifs pour qualifier la Transnistrie ?

- Isolée, très particulière, en voie de russification. Isolée, parce que cela reste une sorte de sous-préfecture soviétique assez coupée du monde (même si beaucoup de Transnistriens grâce à des passeports russes ou ukrainiens arrivent à voyager). Très particulière parce qu'elle avait quand même réussi à constituer une identité originale, fondée sur le souvenir du temps où cette partie de la moldavie était ukrainienne (elle n'a jamais fait partie du grand ensemble roumain auquel les nationalistes de Chisinau voulaient la rattacher en 1991-92). En voie de russification parce que l'évolution actuelle de la Moldavie et de l'Ukraine vers un rapprochement avec l'Union européenne et l'OTAN nourrit une volonté de rattachement à la Russie, sur le modèle de ce qui s'est passé en Crimée.

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Tensions autour de la Transnistrie

21 Août 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie

Transnistria_State_Flagsvg-copie-1.pngDes journalistes continuant de s'intéresser à mes compétences sur la Transnistrie (sur laquelle j'ai publié un livre il y a 5 ans) pour la réalisation d'un documentaire, je lis ce soir les journaux de Tiraspol.

 

Des nouvelles inattendues, comme celle-ci selon laquelle l'émissaire de Poutine en Crimée Oleg Belavenets a déclaré le 19 aout lors d'une visite au Forum de la jeunesse que la Transnistrie finira par faire partie de la Russie.

 

Un bilan aussi intéressant dans Novostipmr de l'impact de la crise ukrainienne sur la dévaluation du rouble et des monnaies de Biélorussie et de Moldavie. L'article explique que la dévaluation du rouble russe par rapport au dollar fera monter les prix en Transnistrie (l'inflation au premier semestre était pourtant stabilisée à 2 % contre 20 % en Biélorussie). Des mesures d'austérité sont attendues. Tout cela dans un contexte de réorientation du commerce de la Transnistrie vers la Russie (14 % seulement des exportations actuelles) comme l'avait précisé la ministre des affaires étrangères Nina Shtanski il y a 8 jours.

 

En lien aussi avec la crise ukrainienne le président Yevghéni Chevtchouk a rappelé tous les réservistes pour une formation d'un mois par décret signé hier.

 

La rumeur règne partout. DnestrTV a dû démentir que  le président Chevtchouk ait le cancer ou qu'il vive dans un appartement luxueux, ainsi que la thèse, diffusée selon elle par les services moldaves et par l'oligarque de Dniepropetrovsk Kolomoiskly, qui veut que la ministre des affaires étrangères ait passé ses vacances à Leizig ou à Prague aux frais de l'Etat. Plus grave : dans la région d'Odessa (Bessarabie) des voitures avec des hauts parleurs annoncent à la population que la Transnistrie va attaquer l'Ukraine. Il s'agit de dissuader les pro-russes de Bessarabie de s'insurger contre Kiev (on parle même de l'envoi de milices de Secteur droit dans la région). Kiev redoute la création d'un axe Gagaouzie-Transnistrie-Crimée.

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Histoire des lieux (suite) : Soroca

20 Avril 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie

Soroca la moldave n'est pas en Transnistrie. Tant mieux. J'ai vu assez d'endroits tragiques en Europe de l'Est : Varsovie, Belgrade. Des endroits où il se trouve des gens pour vous raconter : ce quartier fut brûlé par les SS, cette discothèque était une synagogue. Je ne sais pas ce que les nazis ont fait à Tiraspol ou à Bendery. Et je n'ai pas envie de voir Berlin, la Berlin bobo d'aujourd'hui après avoir lu le récit des viols de 1945. J'aurais vu Soroca, puis j'aurais lu quelques années plus tard, la description que Malaparte (dans "Kaputt") fait de ce bordel de prostituées juives en 1941 (en faitun  bordel de jeunes filles ordinaires réquisitionnées pour "servir" aux soldats). Ce bordel qu'il a visité deux jours avant que les filles ne soient fusillées. J'aurais regretté d'avoir vu Soroca sans avoir lu ce passage. Et si je l'avais lu avant de voir Soroca, je me serais senti impuissant, comme je me sens souvent faible face aux rescapés des grandes tragédies de l'histoire.

 

Je sais c'est difficile à comprendre. Peu importe. En tout cas je suis las des lieux chargés de tragédie. Donc tant mieux si j'ai échappé à Soroca (qui n'est qu'à quelques kilomètres de la Transnistrie en amont du Dniestr).

 

On n'est jamais assez juste à l'égard de l'histoire des lieux. Surtout nous, Français, dont les lieux sont depuis presque un siècle moins tragiques que partout ailleurs. Tenez là à l'instant je pense au tableau "Massacre en Corée" de Picasso dont j'ai découvert l'existence par hasard ce matin. Tableau de 1941. Qui rend justice à l'histoire des lieux de Corée ?

 

L'Europe de l'Est n'a rien su faire de ses tragédies, sauf les renvoyer à la tronche des autres. En 2002, elle a soutenu la croisade de Bush. Histoire d'exporter les destructions endurées dans les années 1940 plus à l'Est, en Irak... Drôle de façon d'enterrer le passé. Rumsfeld appelait ça "la Nouvelle Europe". Une nouveauté qui se construit sur autant de cadavres, même pas sur des cadavres, sur du vide, le vide abomindable qu'a laissé leur disparition silencieuse, sans fleur ni couronne et même sans sépulture, voilà qui ne dit rien qui vaille. Il fallait être Rumsfeld pour vouloir faire des cadavres avec des cadavres, avec une telle bonne conscience. Et il fallait être con et lâche comme notre grande presse pour regretter que Chirac ne soit pas de cette fête macabre. Le néant qui hante l'histoire récente de l'Europe de l'Est est effrayant. Il fallait être Kusturica pour trouver à en rire. Je comprends mieux ce soir pourquoi le Caucase m'a paru mille fois plus peuplé que la Transnistrie, mille fois plus vrai. En Transnistrie, il n'y avait que des ouvriers et des fonctionnaires soviétiques (c'est à dire Russes, Ukrainiens, Kazakhs etc) venus occuper du vide avec leur travail. Il y a trop de vide dans ces coins là. Trop de balles et d'éclats d'obus dans la terre. Plus encore que dans notre Picardie. Trop de fantômes en vérité. Des fantômes sans noms. Ce sont des pays qui vous glacent le sang.

 

Au fait, encore un mot sur le bordel de Soroca. Il devrait passionner tous les gens qui s'intéressent au féminisme, et à ce qui réfléchissent sur les métiers de prostitution. On ne réfléchit jamais assez aux bordels de campagne..

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