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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #xixe siecle - auteurs et personnalites tag

George Sand vue par Debû-Bridel

8 Août 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #XIXe siècle - Auteurs et personnalités

Sand.PNGJ'écoutais tantôt à la radio la conférence de 1954 "George Sand, homme politique", par le sénateur "gaulliste de gauche" (mais ex maurrassien) et "grand résistant" Jacques Debû-Bridel. Dans cette conférence Debû-Bridel célèbre la radicalité populiste de George Sand en 1848 mais blâme son choix de soutenir Jules Favre (avec qui elle avait travaillé 22 ans plus tôt au cabinet de Ledru Rollin) contre Gambetta en 1870. Il est vrai qu'il y a quelque chose de pétainiste dans ce négociateur de la paix avec Bismarck. Lorsqu'il remarque que les ouvriers que Sand avait appelé à descendre dans la rue le 16 avril 1848 furent accueillis par la Garde nationale au cri de "A bas les communistes" le sénateur ajoute qu'à l'époque on parlait déjà des communistes mais que les choses étaient plus simples car alors ils n'étaient pas liés à une "puissance étrangère" (sic). J'ai trouvé cela amusant, et somme toute assez vrai. Pour lui ce 16 avril eût pu être un succès pour les Républicains et les socialistes mais il remarque à juste titre que les journées qui réussissent sont célébrées par la postérité comme des "révolutions" et les journées qui échouent condamnées comme des "émeutes".

 

Je veux bien revisiter un peu le XIXe siècle avec Mme Sand et viens de commander "Histoire de ma vie". Je m'étais enthousiasmé pour la Confession d'un enfant du siècle  de Musset et Choses Vues d'Hugo à 16 ans, puis j'ai un peu négligé cet univers là, en grande partie sous l'influence de mon époque. Il convient de revenir à ce siècle un peu bizarre à nos yeux de révoltes ouvrières, d'utopies saint-simoniennes, et de résistance au cléricalisme omniprésent. Pourquoi ne pas le faire avec Mme Sand ? Ne lui prête-t-on pas toutes les qualités : bonne amante sensuelle (mais fidèle avec ça, même dans sa relation chaste - par la force des choses - avec Chopin), bonne mère, bonne aristocrate par son père (descendante du maréchal de Saxe), et par sa mère bonne fille du peuple qui aime à faire des confitures ? Je trouve un peu sot son amour candide et rousseauiste des paysans, mais c'est une écrivain de génie, alors il doit quand même être bien agréable de passer quelques heures en sa compagnie. Je vous dirai.

 

A part ça, ce soir Michel Onfray jugeait que la maître de Camus, Jean Grenier était un personnage "pas très sympathique" parce qu'il n'aimait pas sortir le soir (si si, réécoutez sa conférence à l'Université populaire de Caen, c'est exactement ce qu'il dit). De même qu'il n'aimait pas Kant parce que celui-ci n'avait pas eu de vie sexuelle. L'ennui c'est que ce genre de caractéristique concerne les trois quarts de la haute intelligentsia, qui, par définition, pour aimer la lecture et l'écriture, doit avoir des penchants monastiques... J'en conclus qu'Onfray est plus proche des noceurs paillards, mais le niveau de sa pensée est en conséquence...

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L'hommage de Bertrand Russell à Robert Owen

4 Septembre 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #XIXe siècle - Auteurs et personnalités


Bertrand Russell - Histoire des idées au 19e siècle, Gallimard 1951 (p. 140) - à propos de Robert Owen, qu’il considère comme « le fondateur du socialisme » (p. 134) qui « ne fut pas tout à fait un sage, mais (…) fut un saint » :

robert-owen.jpg« Il n’est guère aisé de porter un jugement exact sur l’œuvre et l’influence d’Owen. Jusqu’en 1815, il se révèle comme un homme essentiellement pratique, réussissant dans tout ce qu’il entreprend, et ne se laissant pas égarer par ses impulsions de réformateur dans des entreprises impossibles. A partir de ce moment, sa vision s’élargit, mais il perd sa sagacité de la pratique quotidienne. Dans ses essais pour transformer le monde, il échoua par impatience, parce qu’il n’accorda pas assez d’attention au point de vue financier, et parce qu’il croyait qu’on pouvait aisément et rapidement convaincre tout le monde de ce qui, pour lui, était une vérité évidente. Son succès à New Lanark (*) l’égara, comme au début il en égara d’autres. Il avait la compréhension des machines et savait se faire aimer ; ces qualités suffisaient à New Lanark, mais as dans ses tentatives ultérieures. Il n’avait pas les qualités qui assurent la réussite d’un chef ou d’un organisateur.

Mais pour ses idées, il mérite d’être placé très haut. Il souligne l’importance de problèmes concernant la production industrielle, problèmes qui furent reconnus importants par la suite, quoique dans la période qui suivit immédiatement celle de son activité, leur importance ait été masquée temporairement par le développement du chemin de fer. Il comprit que la production accrue due aux machines conduirait à une surproduction ou au chômage, à moins qu’on ne pût étendre le marché grâce à une forte augmentation des salaires. Il se rendit compte aussi qu’une augmentation de salaires ne serait pas déterminée par les forces économiques sous un régime de libre concurrence. Il en déduisit qu’il fallait une méthode de production et de distribution plus socialisée si on voulait que l’industrialisme engendrât la prospérité générale. Le XIXe siècle, en trouvant continuellement de nouveaux marchés et de nouveaux pays à exploiter, réussit à échapper à une logique de la surproduction ; mais de nos jours, la vérité de l’analyse d’Owen commence à être évidente.

De son temps, les objections les plus sérieuses à son projet furent le principe de peuplement et la nécessité de la concurrence comme stimulant de l’industrie (…).
russell.jpg
La réponse à l’argument du peuplement  a été donnée par la baisse de la natalité. Un destin ironique a voulu que la classe ouvrière apprît finalement le contrôle des naissances, qui est essentiel au succès du socialisme, alors que les socialistes y ont été pour la plupart hostiles ou indifférents. L’autre argument est devenu moins sérieux à cause de la capacité de production accrue du travail. Lorsque la journée normale de travail était de douze ou quinze heures, sans aucun doute la crainte du renvoi était un stimulant nécessaire. Mais avec les méthodes modernes, et une organisation convenable, très peu d’heures suffiraient, et on pourrait les obtenir par une discipline qu’il ne serait pas difficile d’imposer.»

(*) une usine de 2 000 ouvrier dont il fut le patron.

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