Regard macronien actuel sur la Corse
4 Juillet 2026 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous, #Peuples d'Europe et UE
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Je regardais hier soir sur Public Sénat le documentaire "Corse, l'épopée d'une île", documentaire diffusé à l'occasion de l'adoption récente par l'assemblée nationale du statut d'autonomie pour l'île.
Une production audiovisuelle scandaleuse, bien dans la ligne du parti (le parti macroniste, auquel sur ce sujet, le RN et LFI se sont ralliés). Selon la ligne de ce parti, tenue par le documentaire, en gros le seul courant politique qui a animé l'histoire de la Corse au XXe siècle, qui en fut le moteur, ce fut lé régionalisme, voire l'autonomisme. A les entendre ce courant imprégnait plus ou moins la société à des degrés divers, et s'il n'a pas été majoritaire plus tôt, ce fut largement à cause des dérives du FLNC dans les années 1980.
A entendre ce narratif, vous ne saurez pas que le sud de la Corse autour d'Ajaccio était bonapartiste, que le nord, autour de Bastia était radical-socialiste, que le parti communiste a dirigé Corte. Vous ne verrez que les régionalistes, vaillants défenseurs de la particularité corse.
Un documentaire mensonger, insultant pour la vérité, insultant pour les Corses morts, ceux qui avaient une autre conception des choses.
Est-ce que le régionalisme était la seule voie de préservation du particularisme corse ? Je le croyais à 20 ans, en 1990, quand moi-même j'étais occitaniste. Je n'en suis plus convaincu. Des équilibres intéressants avaient été trouvés dans les années 1990 entre patriotisme français et originalité corse, un équilibre auquel étaient favorables beaucoup de corses avec lesquels j'ai pu intéragir dans des cadres personnel ou privé. L'air du temps de la macronie ne veut plus de cet équilibre, et on dissimule ce parti pris, en réécrivant l'histoire par le mensonge, en effaçant les photos des clichés officiels, comme le faisait le stalinisme.
C'est dommage, car le docu avait exhibé, grâce à l'argent que le système lui a accordé, des images d'archives intéressantes, et l'on apprenait une ou deux choses, notamment sur le traitement de la malaria par les Américains (quoique le propos sur ce sujet là aussi fût sans doute un peu simplificateur, et peut-être en partie inadéquat). Sur le plan formel, il y avait des fautes de français dans le récit, mais ça, c'est devenu la loi du genre, comme dans les annonces de la SNCF. Plus personne ne sait parler correctement.
Personnellement je ne suis pas baba d'admiration, comme le documentaire voudrait qu'on le soit, devant une jeune corse à l'accent parisien qui élève des chevaux - et qui sans doute utilise des tables de oui-ja, comme tous ces gens soi-disant "ancrés" qui perçoivent le rapport à la terre à travers les sottises du New-Age, et les photos d'arbres qu'ils postent sur leur Instagram (j'ai connu en 2014 un demi-corse qui était comme ça). D'une manière générale je ne suis pas fan de la manière dont a évolué l'autonomisme corse, la façon qu'a eu son électorat de se porter sur Jean Lassalle à la présidentielle de 2022 (Lassalle dont j'ai appris récemment l'implication dans l'opération "grand monarque", cela en dit long, je vous en reparlerai un jour). La façon dont ils vantent leur christianisme aussi bien en invitant le pape François chez eux qu'en se posant sur les médias de la sphère Bolloré, en champions du comportement "digne" face à l'immigration. Vous savez que je suis pour l'arrêt de l'immigration, mais tout est dans la manière de défendre cette option. On m'objectera avec raison que les Corses qui vont sur CNews ne sont pas forcément représentatifs de la tendance autonomiste et que la région corse a reconnu la Palestine... Oui, mais ce soutien est venu bien tard, et l'assemblée corse est aussi pro-Zélensky et pro réarmement de l'Europe. Non, je ne suis pas enthousiaste pour le nationalisme corse, même si j'ai en commun avec eux le goût pour certaines traditions, le refus de bétonner les plages etc (mais je suis aussi pour le refus du bétonnage de celles du Montenegro ou d'Albanie, ce qui ne fait pas de moi un chantre de la révolution des flamants roses).
Je respecte ce qu'essaient de faire les peuples et leurs représentants politiques, mais il faut toujours les inciter à faire mieux. Valider des documentaires propagandistes de bas étage qui réécrivent l'histoire, ça ne rend service à personne.
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