Sociologie
30 Août 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous
Jamila montre ses photos, son enfance de ZUP en ZUP, Bordeaux, le Creusot, Autun. Toujours entourée de Maghrébins, ne serait-ce que sa très pesante famille (ses nombreux frères et soeurs). Sur un de ses clichés, on la voit à cinq ans en salle de classe avec un blondinet, son premier amoureux. Jamila en rupture avec son milieu d'origine, séduite par quelques petits bons élèves "souchiens" des classes où elle évoluait. Elle même entravée dans son ascension sociale par la nécessité de s'occuper des petits frères des petites soeurs, de leurs problèmes multiples... A 35 ans, mère rangée, presque bourgeoise, elle veut se donner une seconde chance, découvre l'ars erotica dans des cafés parisiens avec un amant breton, elle qui aurait pu finir voilée comme certaines de ses soeurs (et cela s'est joué à peu). Rien n'est simple pour elle, et tout est hautement respectable. Elle m'explique dans l'école de sa ville de banlieue de nombreuses jeunes instits font l'amour avec leurs mecs dans leur salle de classe à la tombée du soir... Tiens donc...
J
e repense à la fille ivoirienne dont j'avais parlé dans ces pages il y a quelques années, qui n'avait jamais rêvé que de coucher avec des blancs et qui en avait épousé un. A cette phrase fétiche des Indigènes de la République qu'ils ont piquée à Spivak je crois (recherchez tout ça dans mon blog, je ne fais que ressasser des thèmes que je développais déjà lorsque j'étais à Brossevile) : l'imaginaire colonial c'est vouloir soustraire une femme de couleur à des hommes de couleur.
Elles font quoi ces filles en rupture avec leur milieu d'origine ? Elles trahissent leur famille ou elles s'élèvent à l'universel ? Qu'ai-je fait moi en quittant le Béarn et la classe ouvrière. Béarn aux monuments blanchi qui s'est trahi lui-même en se faisant bobo, hispanisant et cliché pour touristes, comme Paris, comme tout ce monde "mondialisé".
Mardi soir il y avait une fanfare de marins devant la mairie d'un arrondissement UMP de la capitale pour l'anniversaire de la Libération. Bien que ne connaissant personne, je me suis hissé jusqu'au premier étage et j'ai bu deux coupes de champagnes au milieu des amiraux honoraires courbés sur leur canne, tous toujours aussi grossièrement ardents à l'heure de se jeter sur le buffet. Il faut croire que l'idée de retrouver des miettes du vieux Paris réac, celui de Chirac et Tibéri m'intriguait.
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