Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le blog de Frédéric Delorca

Impérialisme, structures étatiques, oppositions

4 Octobre 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Dans le débat sur la Birmanie autour de l'article de Jean Bricmont ressurgissent de vieilles discussions qui ont parcouru la gauche française au début des années 1980 sur la question de savoir si Solidarinosc était ou non une structure à la solde de l'impérialisme américain (j'ai d'ailleurs longuement parlé de cela avec Piotr Ikonowicz, une des figures de ce syndicat, qui soutient que celui-ci était profondément "bolchévique" dans son essence, avant que la CIA ne le récupère après l'état d'urgence).

Resituons le problème dans son ensemble. Il existe un phénomène global, qui est le déséquilibre mondial des richesses et des moyens de coercition (idéologiques, militaires). Ce déséquilibre est à l'origine de ce que l'on appelle l'impérialisme occidental (ou euro-états-unien).

Dans le monde se trouvent des Etats (comme la Russie ou la Chine - la France de De Gaulle à certains égards, quoique moins nettement) dont les intérêts pour des raisons historiques ne sont le plus souvent pas compatibles avec ceux de l'Empire euro-états-unien (je dis bien "le plus souvent" car il y a aussi des exceptions, la Russie ayant aidé les Etats-Unis contre l'islamisme en 2001, la Chine les aidant sur le plan financier). Ces Etats jouent un rôle de contre-pouvoir utile, dont profitent certains pays du tiers-monde comme le Venezuela par exemple. Des Etats plus petits dont les ressources ou les position stratégique sont convoitées par l'Empire euro-américain. Tel fut le cas de la République fédérale de Yougoslavie et du Congo naguère, ou aujourd'hui de la Birmanie et de l'Ouzbékistan.

Je ne dis pas d'ailleurs que l'Empire euro-états-unien a une vision toujours très précise des enjeux économiques et politiques autour de ces Etats. En leur sein, les "stratèges" (membres de thinks tanks, responsables de la planification militaire) en sont conscientes, mais les politiciens et leurs médias se laissent aussi emporter par une forme d'autopersuasion idéologique qui excède souvent l'importance de l'enjeu (cas des phénomènes de diabolisation autour de la Yougoslavie par exemple). Ceci d'ailleurs leur fait commettre beaucoup d'erreurs (comme par exemple de considérer comme des ennemis des régimes qui pourraient être leurs alliés).

Les structures étatiques des pays du tiers monde méritent d'être analysées froidement, avec leurs avantages et leurs inconvénients, sans sousestimer la diffucté qu'il y a de construire ou maintenir des Etats dans des nations jeunes, qui ont subi le poids du colonialisme et endurent encore tous les inconvenients du système économique et politique mondial dominé par l'Empire.

Les oppositions méritent notre intérêt aussi, on ne doit pas les considérer "a priori" comme vendues à l'Occident. Je suis pour ma part venu au combat anti-impérialiste à travers l'opposition yougoslave - des anarchistes qui n'étaient pas du tout pro-américains. On ne peut pas faire à l'opposition birmane, ou à l'opposition iranienne par exemple le procès d'être "par essence" pro-impérialiste (de même qu'on ne pouvait le faire à Solidarinosc). A force de trop réduire la politique à des données binaires, on encourra l'accusation qu'Orwell pendant la guerre d'Espagne adressait aux staliniens : de liquider les possibilités de "troisième voie" et renforcer ainsi, en définitive, un ordre des choses profondément réactionnaire.

Donc il faut éviter les procès trop "hâtifs" aux oppositions locales des pays dans la ligne de mire des forces impérialistes.

Mais à l'inverse on est en droit aussi, de demander à ces oppositions de faire preuve de responsabilité, et de faire preuve d'une licidité à l'échelon planétaire et non seulement nationale. Il est un temps pour la contestation, et un temps pour la résistance aux forces qui instrumentalisent les révolutions. Quand les dollars de l'étranger (et plus précisément des officines occidentales) pleuvent sur une révolution (ou lorsque les missiles de l'OTAN sont pointés sur vous), il vaut mieux l'interrompre et se rallier à une logique d'unité nationale quitte à reprendre la lutte nationale plus tard. C'est ce qu'une partie de l'opposition yougoslave avait compris à l'époque des bombardements. Mais il faudrait que les opposants le comprennent aussi quand les bombes se transforment en subsides. Et cette demande que l'on adresse aux oppositions nationales des "pays cibles" - tout en ayant peu de chances d'être entendue car ce genre de conseil "extérieur" est toujours trop facile à donner quand on vit dans des conditions bourgeoises en Occident - on est a fortiori fondé à l'adresser aux "internationalistes" occidentaux, qui, eux, sont beaucoup moins directement concernés par la situation des "peuples cibles" puisqu'ils n'en font justement pas partie. On est en droit de dire comme Bricmont, lorsque les dollars pleuvent : "Restez chez vous. Ne manifestez pas pour le National Endowment for Democracy".

Est-ce à dire que l'on se résigne à ce que les "pays cibles" soient à jamais soumis à des structures autoritaires ? Je ne le crois nullement. Au contraire, en ôtant à ces pays le complexe de la forteresse assiégée on leur donne des chances de s'assouplir progressivement (sans pour autant se rallier à l'Empire). Si les partisans des "révolutions oranges" en Occident, comprenaient cela plutôt que de céder aux émotions médiatiques, ce serait un grand bénéfice pour l'ensemble de la planète.

Les petits Etats (Brimanie, Syrie etc) comme les grands (Russie,Chine) sont des contrepoids régionaux parfois utiles. 

Ce sont des structures étatiques, donc nécessairement répressives à un certain degré comme l'est tout Etat, et d'autant plus répressives dans des pays où la tradition de la critique politique n'est pas très développée et repose sur une une base sociale très mince. D'autant plus répressive aussi, disons le, lorsque la base sociale qui soutient la critique est largement dépendante de la culture occidentale et de ses financements (les Alliances françaises, les ONG subventionnées par le National Endowment for Democracy ou USAID).

Publicité

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article