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Le blog de Frédéric Delorca

Kirkouk, Afrin, les chrétiens orthodoxes de Jérusalem, Duterte

27 Février 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Proche-Orient, #Les rapports hommes-femmes, #Revue de presse

Petite revue de presse. Antiwar.com ces derniers jours décrit une situation compliquée au Proche-Orient. A Kirkouk en Irak l'Etat islamique continue de tendre des embuches aux milices chiites du Sud du pays dépêchées par Bagdad pour y maintenir l'ordre. A Afrin en Syrie l'accord entre le YPG et Damas impliquerait que l'enclave puisse être livrée aux Turcs (qui de fait sont entrés dans sa capitale le 26 février sans toutefois encore la contrôler) en échange de quoi les forces gouvernementales iraient aider le YPG à Manbij sur l'Euphrate (sauf que là bas, il y a aussi des troupes américaines qui ont tué plus d'une centaine de soldats syriens loyalistes récemment, on ne voit pas trop comment tout ce beau monde pourrait cohabiter...).

Je suis affligé de voir Boris Johnson proposer à nouveau le soutien britannique à des frappes contre Assad. Il y a une complaisance occidentale à s'embourber dans les logiques d'ingérence stériles et dangereuses. Tout cela pour plaire au lobby médiatique qui défend les ultimes poches de résistance djihadistes dans ce pays... Je sais bien que les chances de démocratisation du régime syrien sont minces. Mais je ne vois pas pourquoi au nom de cela on devrait préférer que les takfiristes imposent leur loi dans certaines parties de la Syrie.

Je lis aussi cette polémique autour des biens de l'Eglise orthodoxe à Jérusalem parce que la municipalité lui impose de payer des impôts et que l'Etat envisage une loi d'expropriation (contre indemnité) rétroactive. Le président chrétien libanais pro-Hezbollah Michel Aoun relayé par Al Manar accuse Israël de vouloir en finir avec le christianisme au Proche-Orient. Accusation un peu excessive : certes l'impôt municipal n'a pas l'air très conforme au droit international, mais il ne vise que les biens non cultuels de l'Eglise, et le gouvernement a reporté le vote de la loi d'expropriation. Encore une tempête dans un verre d'eau purement idéologique comme celle qu'avait déclenchée le transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem.

Aux Philippines le président Duterte le 7 février a déclaré devant un auditoire masculin qu'il fallait tirer sur le vagin (bisong) des combattantes de la guérilla maoïste la Nouvelle armée du peuple qui ne s'occupent pas de leurs enfants. Aujourd'hui il précise que c'était de l'humour. En avril 2016 il avait affirmé à propos d'une missionnaire australienne de l'Assemblée de Dieu Joyeuse (Jacqueline Hamill, 35 ans) prise en otage, violée et tuée pendant une émeute de prison à Davao en 1989 qu'elle était si belle que le maire (il était alors maire de Davao) aurait dû la violer en premier. Duterte est décidément un personnage détestable qui a beaucoup de sang sur les mains (il s'était vanté d'avoir tué personnellement des criminels quand il était maire de Davao pour stimuler la police locale), dont le seul mérite selon moi est d'être hostile à Soros et au nouvel ordre mondial... Les déclarations de Duterte suscitent à juste titre des réactions féministes hostiles, mais ni la Russie ni la Chine n'ont exprimé de regret de lui livrer des armes automatiques gratuites (alors que Washington a suspendu ses livraisons depuis son élection).

Du côté de ce blog, en ce moment des gens s'abonnent puis ce désabonnent. Une inconstance assez étrange. Le monde d'Internet est ainsi fait...

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Dons aux yézidis

26 Février 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies

Je le rappelle à mes lecteurs de temps à autre : pour ceux qui souhaitent aider la veuve et l'orphelin, j'ai un contact personnel avec une association d'aide aux réfugiés yézidis dans les camps en Irak, Al Smoqi Charity Assembly, qui vous garantit que votre argent ira directement aux victimes, et qui peut même vous fournir des photos des gens que votre argent a secouru au cours des dernières semaines.

Pour ma part, lorsque je leur envoie de l'argent, je ne "flèche" pas mon aide et je les laisse choisir leurs priorités. Du coup l'argent arrive tantôt à une adorable petite fille qui a perdu ses parents, tantôt à une digne grand mère qui a vu toute sa descendance massacrée. Hier ma correspondante Nareen me renvoyait quelques photos des bénéficiaires du moment. C'étaient des étudiants yézidis qui risquaient de devoir abandonner leurs études faute de ressources. Etudiants en pharmacie, en géographie, à l'école d'infirmières. Ces retours sont toujours une occasion de découvrir de nouveaux visages, même si la rencontre à travers une photo est aussi superficielle que celle qu'on peut avoir en chattant sur Facebook, et cela reste une façon d'aborder divers aspects de la réalité de cette communauté méconnue qui a toujours été de la chair à pogrom au Proche-Orient.

Si vous souhaitez contribuer, contactez moi.

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Propagande contre propagande en Syrie

25 Février 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Proche-Orient

Le Guardian sur La Goutha orientale (une des dernières poches djihadistes pilonnée par l'armée légale, ses milices alliées, et les Russes) ressortait cette semaine les gros sabots de la propagande des années 1990 en disant "La Goutha est un Srebrenica syrien" (la presse ne marche que par des slogans, et, en la matière, Srebrenica fait toujours "tilt" - au fait, juste pour mémoire, le bosno-musulman Nasser Oric, qui avait fait régner la terreur à Srebrenica avant que les généraux serbes ne fassent régner la leur, s'en était tiré avec une peine de 5 ans de prison en 2008 pour des crimes mineurs, l'injustice de Srebrenica n'est pas forcément celle qu'on croit). Le Monde toujours friand de titres choc de ses confrères quand Maïa Mazaurette n'est pas disponible pour y faire l'éloge de la masturbation, a repris sans hésiter cette expression. Le supporter inconditionnel d'Al-Nosra John Kerry à l'époque d'Obama avait déjà tenté la comparaison à propos d'Alep.

Propagande contre propagande, Syria News explique, vidéo à l'appui (mais que valent les vidéos à l'heure où tout le monde manipule les images ?) que les djihadistes à la Goutha ont essayé de descendre un avion de ligne avec 120 personnes à bord le 24 février et montre des photos de civils de Damas tués par des mortiers des djihadistes de la Goutha. De quel côté sont les "fake news" ? On parle de 10 000 victimes des mortiers des takfiristes de la Goutha (Daech, et ex-Al-Nusra). Même le centre médical situé route de Bagdad à Damas a été pris pour cible disent les médias syriens en réponse à la presse occidentale qui ne parle que des 22 centres médicaux de La Goutha bombardés par les Russes recensés par une obscure "Société américano-syrienne d’aide médicale (SAMS)". La guerre des propagandes autour des hôpitaux reflète hélas la tendance générale des armées dans toutes les guerres, ces derniers temps, à ne pas épargner les espaces de soin, parce que ça démoralise les populations et aussi parce que les combattants y trouvent souvent refuge... Un Français parle du quotidien de Damas en guerre ici.

Un câble de Wikileaks vient de dévoiler un Télégramme diplomatique confidentiel (TD) du 12 janvier 2018 de Benjamin Norman – diplomate en charge du dossier Proche et Moyen Orient à l’ambassade de Grande Bretagne à Washington – qui rend compte de la première réunion du « Petit groupe américain sur la Syrie » (Etats-Unis, Grande Bretagne, France, Arabie saoudite et Jordanie), qui s’est tenue à Washington le 11 janvier 2018. Il révèle la décision de Trump de maintenir une occupation américaine en Syrie pour un coût de 4 milliards de dollars par an pour contrer la présence iranienne, le projet occidental d'aboutir à un dispositif électoral en Syrie où Assad ne pourrait pas gagner, instrumentaliser le succès politique russe à Sotchi (où d'importants représentants de la société civile syrienne s'était réunie) au service du processus pro-occidental de Genève. Labévière a débusqué le lièvre pour les gens qui n'ont pas le temps d'éplucher Wikileaks. Le site russe Sputnik l'exhibe.

Chacun continue d'avancer ses pions sur le dos du peuple syrien. Et tout le monde est cependant convaincu de bien faire...

Personnellement entre la paix américano-isréalo-saoudo-européenne qui livrerait la Syrie aux djihadistes comme elle l'a fait de la Libye, et la paix russo-iranienne qui placerait le Proche-Orient sous la tutelle de l'intégrisme chiite, je préfèrerais pour le peuple syrien une voie d'émancipation plus indépendante, mais après sept ans de guerre où toutes les forces étrangères ont pris leurs aises dans ce pays, cela relève du voeu pieux, tout comme quand, en 2000 en Serbie, on rêvait d'une troisième voie entre Milosevic et l'alliance pro-occidentale autour de Kostunica...

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Vers une Pax Syriana à Afrin ?

19 Février 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient

A Afrin (Afrine), selon la presse turque, le PYD/PKK "n’a plus d’espace" depuis que les Forces armées turques ont pris le contrôle de plus de 70 points au nord, à l’ouest, au sud-ouest et à l’est de la capitale du district ("neutralisant" par la même occasion plus de 1 500 combattants de la milice YPG). Pendant le weekend le YPG, abandonné par les Occidentaux après avoir fait pour eux le sale boulot contre Etat islamique, se fendait de communiqués triomphalistes sur Twitter annonçant l'arrivée prochaine de l'armée gouvernementale syrienne. Mais on serait en fait loin d'un l'enlisement turc suivant un scénario "à la yéménite" dont j'avais esquissé la possibilité dans un billet sur ce blog il y a peu, et les Turcs estiment qu'Assad ne déploiera sans doute dans la ville que "des forces en quantité symbolique". La chaîne du Hezbollah libanais confirme l'entrée prochaine des forces légales syriennes à Afrine en évoquant une source kurde, mais sans rien préciser des termes du contenu de l'accord. Un désarmement complet ou partiel du YPG ? Un adoucissement du projet d'autonomie du Kurdistan syrien (le Rojava) ?

On sent bien en tout cas que ce déploiement syrien a les apparences d'une échappatoire pour dissimuler l'impossibilité pour le YPG de soutenir un siège de longue durée qui aurait été horriblement coûteux pour la population. Reste à savoir si l'instauration d'une éventuelle "pax syriana" à Afrin peut empêcher la politique de relocalisation dans le districts d'opposants syriens qu'envisageait Ankara ainsi que l'a révélé récemment l'épouse d'Erdogan et qui aurait eu des effets funestes pour la communauté kurde de la région (une politique qui s'inscrirait dans la logique de "sécurisation" de leur frontière Sud - rappelons que la Turquie reproche au PKK dont le YPG est une émanation d'avoir tué plus de 4 000 personnes en Turquie en 20 ans). Plus généralement c'est désormais tout l'avenir du projet autonomiste kurde en Syrie qui est en question alors que la pression turque s'affirme aussi sur l'Euphrate. Quel avenir se profile dorénavant pour la cohabitation entre les populations en Syrie du Nord après ces combats ? La même question vaut pour la plaine de Ninive en Irak : les Turcs dénoncent l'assassinat ciblé de leurs protégés turkmènes dans la région de Kirkouk depuis l'effondrement de Daech. Récemment un professeur de droit de l'université a été tué. Les Turcs accusent les services secrets du gouvernement régional kurde d'Irak (Asayish dont on a vu aussi l'action brutale dans les camps de réfugiés contres les yézidis l'an dernier).

Pendant ce temps au Sud de la Syrie, la paix est directement menacée par le bras de fer israélo-iranien. La situation proche-orientale en ce début d'année 2018 est décidément des plus délicates...

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Afrin : les responsabilités occidentales

3 Février 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Colonialisme-impérialisme

Bien sûr, il y a cette guerre du Yémen dont on parle peu, et à laquelle les gens comprennent si peu de choses que même un grand journal comme Le Figaro  dans sa version électronique du 30 janvier dernier s'emmêle les pinceaux et titre : "Yémen : les séparatistes Houtis encerclent le palais présidentiel à Aden" alors que, quand on lit l'article (et les dépêches des autres journaux), on se rend compte que ce sont les séparatistes sud-yéménites sunnites (ceux qui ont fourni les rangs d'Al Qaida naguère) qui encerclent le palais, et non les houthis chiites (qui ne sont pas séparatistes mais ont formé un gouvernement alternatif résistant à l'attaque saoudienne ) Sanaa au Nord... On se demande quel est le stagiaire qui a été recruté à  la hâte pour concocter ce titre qui mélange tout, et tant pis pour les collégiens qui feront leur revue de presse avec ce "fake title"...

Bien sûr il y a toutes les atrocités de la guerre en Syrie, à Idlib, à la Goutha, commises par le régime ou par ses opposants (Al Nosra, ASL, l'Etat islamique qui regagne ici ou là du terrain).

Et puis, au sein de l'enfer syrien, il y a Afrin, la poche kurde à la frontière nord, sous le feu turc depuis plusieurs jours (l'opération "Rameau d'olivier"). Afrin avec ses infos justes et sa propagande. Il y a Afrin avec la brutalité de l'armée d'Erdogan et de ses milices djihadistes (comme celle du sanguinaire Muslim al-Shishani). En fait c'est toute l'armée qui devrait être qualifiée d'islamiste puisque le président du parlement turc a parlé de djihad. Et en effet c'est largement du point de vue turc une guerre de religion. Alors que les Kurdes eux, en ont fait une oasis de tolérance - on y trouve des sunnites, des chiites alévis, des chrétiens syriaques, des yézidis, des athées.

Comme au Yémen, le patrimoine archéologique d'Afrin est visé. On parle d'un site hittite de l'Age de fer détruit à 60 % à Ain Dara par les frappes aériennes turques - un geste délibéré qui vise autant l'honneur kurde que celui de l'ensemble des syriens. On dit que l'armée turque utilise de l'agent orange, et des bombes à fragmentations (par exemple à Jinderes le 31 janvier) interdites par la Convention de Genève, comme  l'avaient fait les Occidentaux en Serbie et en Irak, qu'elle tire sur un barrage dans l'espoir qu'il cède pour inonder les villages, que les milices djihadistes à ses  côtés enrôlent de force des enfants de moins de 18 ans de la région comme cela se fait en Afrique et dans toutes les guerres désormais.

Et puis il y a ces femmes héroïques de la YPG (les alliés syriens du PKK) qui après s'être battues contre l'Etat islamique à Raqqa et Deir Ezzor ont rendu l'âme à Afrin en martyres : Avesta Xabur à bout de munitions a balancé se dernières grenades sur la tourelles d'un char d'assaut et sur les djihadistes qui l'encerclaient en se faisant sauter avec eux (les médias appellent ça un attentat suicide, en confondant avec les pratiques offensives des kamikazes, là, l'héroïne s'est juste défendue jusqu'au bout) ou Barîn Kobani qui, elle aussi s'est battue jusqu'au bout, et les djihadistes ivres de rage ont dénudé son buste et coupé ses seins devant une caméra pour en faire une vidéo virale diffusée sur le Net pour les voyeurs en mal de sensations morbides. Et il y a ces volontaires occidentaux, dont on commence à rapatrier les cercueils (j'ai vu le nom d'un jeune Anglais sur Twitter hier.

Combien de victimes ? On ne sait pas. La première question à se poser n'est pas celle de l'ampleur du drame mais celle du problème plus profond qu'il illustre. Et c'est pourquoi ce matin j'écris plus volontiers sur Afrin que sur les autres aspects des drames du Proche-Orient : la question que pose Afrin c'est une nouvelle fois celle de la façon dont l'Occident traite ses supplétifs. En amont de tout il y a le problème de la légitimité d'utiliser des supplétifs : Washington plutôt que d'envoyer ses propres troupes a misé sur les milices kurdes. Moralement il est criminel d'envoyer des peuples mener des guerres par procuration en leur faisant miroiter des promesses intenables. Les Etats-Unis l'ont fait avec les Hmongs au Vietnam, comme nous avec les Harkis pendant la guerre d'Algérie. Il est encore pire, lorsqu'on a décidé d'en faire nos mercenaires, de ne pas les contrôler. Comme le souligne le chercheur Brak Barfi dans L'Orient le Jour, Erdogan avait clairement posé qu'il refuserait de voir les YPG et le PKK implantés en Irak s'installer au delà de l'Euphrate. Or Washington n'a pas pu ou voulu les empêcher de franchir le fleuve... C'était la garantie de les envoyer au casse-pipe.

Aujourd'hui l'Allemagne un peu gênée de voir ses chars combattre à Afrin sous le drapeau d'Erdogan dit suspendre l'assistance militaire avec la Turquie pour l'entretien de ses chars. Un geste bien timide. Le ministre anglais Boris Johnson, lui, trouve une certaine légitimité à l'action turque et personne ne parle de remettre en cause l'aide militaire de Londres à Ankara, pas plus que les contrats militaires français. Les gouvernements occidentaux sous couvert d'appeler hypocritement à la retenue sont bien décidés de laisser tomber leurs supplétifs à Afrin, tout comme ils avaient laissé les Kurdes bien seuls à Kobané. Ils nous ont aidé à liquider l'Etat islamique, aujourd'hui ils peuvent crever. Les Russes eux aussi ont offert Afrin à Erdogan sur un plateau. Mais eux au moins avaient eu la décence d'aller directement au casse-pipe contre l'Etat islamique à Palmyre et à Raqqa, sans instrumentaliser le YPG.

En France officiellement le PCF soutient les Kurdes, mais à la manifestation devant l'assemblée nationale le 24 janvier pour Afrin le seul élu qui ait pris la parole était un sénateur centriste Olivier Léonhardt. Faites pression sur vos députés !

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