Le dernier livre d'Henri de Grossouvre
19 Octobre 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures
Le dernier livre d'Henri de Grossouvre constitue une perspective intéressante conciliant une forme de souverainisme avec un projet européen. Une façon en tout cas de réintroduire de la politique et du politique dans l'idée d'Europe. J'en ai publié le CR sur Parutions.com : http://parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=97&ida=8560. 
Henri de Grossouvre (sous la direction de), Pour une Europe européenne : Une avant-garde pour sortir de l’impasse (France, Allemagne, Belgique, Luxembourg, Hongrie, Autriche)
Le retour de l’Europe dans l’Histoire ?
La « fin de l’Histoire » n’ayant finalement eu qu’un temps, les peuples de notre époque de plus en plus tentent de se réapproprier leur passé pour se construire un avenir. Telle est la tâche à laquelle s’atèle parmi d’autres, en Europe, le « Forum Carolus », un think tank basé à Strasbourg et dirigé par le publiciste Henri de Grossouvre.
Partant du double constat selon lequel l’Europe indéfiniment élargie risque de noyer tout projet politique dans une zone de libre-échange mou et que l’Empire américain, sur le déclin, ne peut plus rien proposer à l’Europe, l’ouvrage collectif que ce groupe publie chez Xenia sous le titre « Pour une Europe européenne » propose un option originale pour notre continent : une intégration politique dans les frontières de l’ancien empire carolingien (France-Allemagne-Belgique-Luxembourg-Autriche augmenté de la Hongrie, à l’exclusion des Pays-Bas, pour des raisons politiques qui auraient du reste gagné à être mieux explicitées).
L’idée ne sort pas du néant. Voilà quelques années que le projet de « noyau dur », ou d’ « Europe à plusieurs vitesse » circule dans les débats. La création de la zone euro et de l’Espace Schengen participe de cette logique. L’intérêt de la proposition du Forum Carolus est de formaliser concrètement cette « avant-garde » institutionnelle possible, dans les domaines de la défense, de l’énergie de la recherche scientifique.
Comme le fait remarquer Henri de Grossouvre dans sa propre contribution au livre, d’une certaine façon l’échec du Traité constitutionnel européen, rejeté par référendum par la France et les Pays-Bas en 2006, ouvre une chance à l’option « avant-gardiste », tandis que la dynamique économique de l’axe rhénan plaide fortement pour la viabilité du projet.
La volonté de repenser une Europe politique autour de l’héritage carolingien marque aujourd’hui une rupture avec l’utopie d’une Europe abstraite, dé-territorialisée, aux frontières évanescentes et atemporelle. Elle renoue avec les fondamentaux de la science politique qui articulent l’action publique aux Etats et aux territoires.
En rompant avec les Iles britanniques (exclues de cette « avant-garde » potentielle), le projet fait le choix clair d’une intégration continentale cohérente qui, en fermant la voie à l’hégémonisme états-unien, ouvre sur une collaboration avec la Russie et l’ensemble de l’Eurasie (H. de Grossouvre dirige par ailleurs l’association Paris-Berlin-Moscou).
On peut cependant s’interroger sur le modus operandi concret de la construction politique qui nous est ici proposée. S’agit-il dans un premier temps d’un simple programme expérimental interétatique sur le modèle du Corps européen par exemple, ou d’emblée d’un embryon d’Etat au sein de l’Union ? S’il s’agit d’un futur Etat, sa structure est-elle envisagée sur un mode centralisé ou fédéral (le livre fait beaucoup référence à des réseaux, ce qui semble faire pencher la balance plutôt vers la seconde option) ? Quelles seraient des relations de cette structure avec l’Union européenne et les autres organisations multinationales comme l’OTAN, le Conseil de l’Europe, l’OSCE ? Enfin on eût aimé aussi que cet ouvrage fournisse une piste sur les moyens de susciter l’adhésion populaire à pareil projet, et notamment de surmonter les obstacles culturels (en particulier linguistiques) persistants qui séparent l’ensemble germanique du bloc francophone.
En tout cas le présent ouvrage a au moins le mérite d’ouvrir une piste stimulante pour la réflexion et le débat, à l’heure où l’évolution institutionnelle de l’Europe se trouve à la croisée des chemins.
Frédéric Delorca
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