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Le blog de Frédéric Delorca

"Por qué no te callas ?"

13 Novembre 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Le "pourquoi tu ne te tais pas" du roi d'Espagne à l'intention du président Chavez a fait le tour du monde, et, semble-t-il, donne lieu à toutes sortes de créations musicales et/ou visuelles, pro-Chavez ou pro-Juan Carlos. Les montages anti-Chavez qu'on peut voir sur You Tube mêlent fantasme anti-communiste et racisme odieux (dans les évocations du "macaque" Chavez) - ce sont d'ailleurs souvent des productions de la grande bourgeoisie vénézuelienne ou des pays voisins.

La formule du roi d'Espagne n'était peut-être ni haineuse ni même méprisante. Il est connu que Juan Carlos tutoie facilement les gens. Son intervention ressemble à ces sorties de vieux patriarches agacés par l'indicipline des jeunes gens qui ne respectent pas la répartition protocolaire du temps de parole (beaucoup de vieux Espagnols qui ont grandi à l'époque franquiste restent à cheval sur les règles de politesse). Mais, dans le contexte, cette phrase est une faute politique. Tout d'abord parce qu'elle sort de la bouche d'un monarque dont la légitimité à faire taire un élu du peuple comme Chavez est douteuse. Qui plus est un monarque dont les pouvoirs sont moins bien délimités que ceux de la reine d'Angleterre (qui, elle, ne se rend pas dans les forums internationaux). De ce fait son "tais toi" est à double tranchant, et devient une arme contre sa propre légitimité de soi disant chef d'Etat (toute l'imposture du fascisme franquiste et la lâcheté de l'Occident à son égard ressurgissent au moment où ce roi fantoche met en demeure un président de ne plus parler du "fascisme" des complices des coups d'Etat...). C'est aussi, en second lieu, une faute politique, parce que ce mot, dans la bouche d'un blanc, qui porte l'héritage, comme l'a dit Chavez, des génocides commis par la monarchie espagnole, contre un indo-mulatre, Chavez, porte-parole des opprimés, devient obscène. Il se charge de toute l'asymétrie de ce monde, asymétrie dont ont brillamment témoigné les interventions d'Ortega et de Lage pour défendre Chavez - ces interventions, qui firent sortir le roi, sont des images encore plus fortes, je crois, que celle du "porqué no te callas" parce qu'elles signent la déroute du monarque, la fuite du Nord face au Sud.

J'ai bien aimé la réaction enthousiaste de Castro à cet échange (http://www.granma.cu/espanol/2007/noviembre/mar13/debate-de-la-cumbre.html). J'apprécie moins la hargne que l'on sent poindre contre le monarque espagnol dans une certaine presse chaviste (http://www.aporrea.org/tiburon/n104616.html) : lorsqu'on est dans son bon droit, il ne faut pas verser dans la complaisance haineuse. Et je suis triste pour les Espagnols, dont un très grand nombre osent se dire fiers du propos de leur roi, face au "communiste" "populiste" "fasciste" Chavez. Des décennies de franquisme, de socialdémocratie corrompue, et de règne de la civilisation des supermarchés ont manifestement décérébré ceux qui devant les caméras disent soutenir "sa Majesté". Ils ne voient plus les réalités de ce monde. Hommage en revanche doit être rendu à ceux qui, en Andalousie notamment, s'appliquent à faire renaître l'aspiration républicaine, qui était fondamentalement, dès les années 1930, une aspiration éthique, et dont l'Espagne d'aujourd'hui, gavée de subventions européennes, a le plus grand besoin pour retrouver une lucidité.

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J
Avant de parler pour rien dire rensigne toi     1. le monarque est légitimement et démocratiquement élu, via le référundum de 1977    2. ce monarque "fantoche" a rétablit la démocratie sans une goutte de sang en 1 an et sauvé l'espagne d'un coup d'état fascite en 1981 (soit l'exact contraire de Chavez, qui impose un régime nazillon-stalinien au vénézuela)    3. le fait que le roi soit blanc et s'adresse à un "indo-mulatre" (???)  n'importe pas : il s'agit avant tout d'hommes. Donc arrete tes sales remarques racistes s'il te plait. y'en a marre de ceux qui ne voient que la race que ceux qui parlent... 4. arretez de penser à 500 en arrière, et pensez un peu au futur : ceux qui plombent le venezuela c'est les chavistes et pas Cortès ou Pizarro morts y'a 500 ans...
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F
<br /> Je pourrais détruire ce commentaire courageusement anonyme, qui n'apporte rien d'utile au débat et ne consiste qu'en une brochette d'insultes gratuites. Mais sa vulgarité même me semble<br /> révéler le vrai visage du système que nous combattons.<br /> <br /> F.Delorca<br /> <br /> <br />
A
svp évitez de voir du racisme partout. Vous dites d'abord que la video est raciste et ensuite que la même vidéo est produite par des vénézueliens. Ne voyez vous pas la contradiction dans vos propos. L'attaque que vous mentionnez compare Chavez à un singe, et pas une hypothétique race à des singes. C'est juste une attaque envers Chavez qui vise à le faire passer pour un abruti, rien de plus. Merci.
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F
Merci pour votre réaction. J'aimerais que vous ayez raison. Mais hélas, quand on connaît un peu la sociologie du Venezuela, on sait que les classes supérieures de ce pays, qui sont tendantiellement "plus blanches" que les classes les plus "populaires", déploient souvent beaucoup de racisme à l'égard des amérindiens, des noirs et des gens très métissés de leur propre pays. Le même phénomène se constate en Colombie et dans d'autres pays d'Amérique latine. Les partisans de Chavez n'ont pas manqué de d'ailleurs d'introduire ce thème qui était un peu "tabou" dans le débat public, au risque de passer pour communautarisme. C'est la raison pour laquelle dans les commentaires sur You Tube beaucoup de gens ont suspecté ce clip de racisme. Et, dans le contexte politique du Venezuela, il est fort probable qu'il le soit. Mais bon, admettons, laissons lui le bénéfice du doute. Tout cela me confirme qu'il faudra qu'un de ces jours j'écrive un mot sur le communautarisme.