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Le blog de Frédéric Delorca

L'excès d'historicisme

25 Février 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

J'écoutais ce matin Répliques de Finkielkraut sur Sade (France Culture). J'y entendais un historien énumérer "Il y a eu le Sade figé dans la psychothérapie du XIXe siècle, le Sade vu par les surréalistes comme un libérateur du désir mais cette vision est rapidement devenue caduque, le Sade des années 60, celui d'aujourd'hui."

 

Je n'aime pas cette vision radicalement historiciste de la réception des oeuvres et de l'évolution des idées. Même si moi-même je ne cesse de constater le passage du temps et d'évaluer notamment combien les idées des années 60 sont dépassées aujourd'hui, je crois que ce serait une erreur de réduire nos mots, nos visions, à des "époques" : telle notion allait bien avec le temps où l'on portait des jeans et le poil long, et où on voyageait avec tel type de voiture, telle autre avec le port de tuniques romaines etc.

 

Même d'un point de vue positiviste il y a au moins un élément qui s'oppose à cet historicisme radical : la constance depuis 200 000 ans, de certains réflexes, et de certaines aspirations, ancrés dans la nature humaine, et qui en forgent l'arrière-plan existentiel (on n'ose dire métaphysique) par lequel les interprétations stoïciennes, surréalistes, jansénistes etc, de certaines images, de certaines histoires, peuvent être aussi les nôtres. A travers ces constantes, nous pouvons nous approprier les univers et préoccupations des autres époques, et même les refaire vivre, tout en leur trouvant de nouveaux prolongements, et c'est grâce à cela, à cette perpétuelle actualité du passé (que nous pouvons aborder sans anachronisme, sans nier ce qui dans le passé n'est plus nôtre et n'est pas réductible à notre temps) que nous saisissons l'unicité de l'aventure de notre espèce, celle de son avenir, de son présent et de son passé, voire que nous renouvelons et éclairons différemment par le détour par le passé des problématiques contemporaines sclérosées.

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Mélenchon, Le Pen, la campagne, les idées

23 Février 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

P1020393.jpgUn peu inquiet de voir Mélenchon retrouver ses accents agressifs et ses airs de matamore. Traiter un candidat de semi-dément cela ne se fait pas. Menacer unE candidatE de la promener d'un bout à l'autre d'un ring, ce n'est pas élégant, même si ladite candidate a des idées nauséabondes. On trouve à nouveau, à 60 jours de l'élection, le pire de Mélenchon. Je crois qu'il va y laisser des plumes en termes d'intentions de votes.

 

Un certain David Desgouilles pour Marianne 2 (un e-magazine qui ne m'aime pas et c'est récirpoque : j'ai eu une mauvaise expérience avec son patron à la table de Régis Debray jadis), dit que M. Mélenchon va perdre des voix ouvrières à cause de ces attaques personnelles au dessous de la ceinture, et ne glaner que quelques voix de Middle Class. C'est bien possible. Dommage. Mélenchon a les défauts de ses qualités. Des défauts aussi prononcée que ses qualités le sont. C'est tout le problème. Alors qu'un type comme Hollande, qui ne croit en rien, qui n'est même pas capable de finir avec aisance une phrase, et dissimule mal son absence de conviction derrière des "moi je dis que" et "moi je veux que" n'a que peu de défauts car il a peu de qualités.

 

Et dire qu'à côté de cela le petit candidat de l'UMP promet une république plébiscitaire populiste cela fait froid dans le dos ! Cette élection est moins désastreuse que celle de 2007 avec les Besancenot-Buffet-Royal, mais tout de même on reste sur sa faim. Pourvu que rien ne permette au candidat sortant de "rebondir" comme on dit. Je le crois capable de tout pour renverser les tables, y compris d'aller tenter des folies en Syrie. C'est très préoccupant.

 

Bon laissons tomber le théâtre d'ombres, parlons d'idées. Je discutais tantôt avec une écologiste très pointue sur la prévention des risques sanitaires. Ca fait des années que j'essaie de réfléchir à faire converger la pensée géopolitique, et la pensée environnementale. Mais chacun est enfermé dans sa chapelle. Le réseau de l'Atlas alternatif compte pas mal de membres d'EELV. Je ne sais toujours pas comment tracer des ponts utiles là dessus.

 

En ce moment le seul "pont" entre géopolitique et risques sanitaires qu'inventent nos politiciens est cette question du halal, ce qui n'est pas brillant. Je n'ai toujours pas compris si cette pratique nuit vraiment à la qualité de la viande (on m'a parlé de contenu de la panse qui remonte au niveau du cou quand on coupe la tête de l'animal et contamine cette viande dont on fait du haché pour les enfants ce qui oblige à les cuire davantage avant consommation - est-ce vrai ?), en tout cas il est vrai qu'il est un peu idiot que tous les abattoirs d'Ile de France se soient mis à cette mode, d'autant qu'ils le font sans endormir l'animal alors que les autorités islamiques ne seraient pas hostiles à une telle mesure. J'avais entendu un jour Tariq Ramadan dire qu'il fallait que l'islam réfléchisse à la souffrance animale. Il y a manifestement quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce soudain ralliement (pour des raisons de pure réduction des dépenses) des abattoirs d'Ile de France (mais aussi d'autres régions) à cette méthode d'abattage, et il est dommage que l'on ait attendu que le Front national (avec ses arrières-pensées bien connues) se saisisse de l'affaire pour enfin en débattre sur la place publique. La gauche de la gauche à force de se complaire dans un prêt-à-penser finit par lâcher des sujets très importants (comme aussi celui de la souveraineté des pays du Tiers-Monde par exemple) à ce parti (qui ensuite les traite avec sa propre idiosyncrasie, pas très républicaine comme chacun sait). Mais cette gauche de la gauche peut-elle se ressaisir ? reprendre l'initiative ? retrouver de l'audace intellectuelle et de l'indépendance dans l'approche des sujets importants ? Je l'ai cru quand j'ai vu Mélénchon étudier ses dossiers à fond, et les évoquer avec verve. Je recommence à douter quand je le vois remplacer de plus en plus le courage politique par de simples coups de gueule. C'est inquiétant. Et au vu de l'ampleur des problèmes de notre époque, sur tous les fronts (financiers, écologiques, stratégiques), on est en droit d'exiger mieux.

 

Alors où, comment ? En sortant définitivement des logiques d'appareil ? Je serais bien placé pour le faire moi qui n'ai jamais été intégré dans aucun. Mais que peut-on faire seul ? Et que peut-on même faire avec ces chimériques "réseaux de blogs" et "réseaux sociaux", nos nouvelles "prime time TVs" ?

 


 

 

 

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Le poids des héritages religieux

21 Février 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

saint jeromeLorsque j'aborde l'actualité, les grands sujets de société ou même l'histoire, j'essaie de le faire en des termes aussi peu religieux que possible.

 

C'est pourquoi notamment j'évite de parler trop souvent de la Palestine qui était un thème anticolonialiste dans les années 70, peut-être pas tout-à-fait "comme les autres" dans les années 1970 mais qui est aujourd'hui porté sur un mode très malsain par des pulsions philosémites ou antisémites directement liés aux héritages du monothéisme. Or il y a tant d'autres sujets d'injustice que la Palestine dans le monde ! J'en parle peu, sans que cela signifie que je m'en désintéresse puisque j'ai toujours milité pour le droit des Palestiniens à avoir un Etat viable (non encerclé par des colonies).

 

Penser sur un mode a-religieux n'implique pas que l'on méprise les religions ni les croyants, au contraire (car le mépris des religions procède souvent d'un réflexe de fuite lui-même lié à des héritages réligieux mal assumés). Il s'agit juste de penser leurs croyances dans la globalité de tout ce à quoi l'humanité a pu adhérer, y déceler des "schèmes" pour parler comme Kant qui participent de mécanismes de la psyché humaine depuis 200 000 ans. C'est dans cet esprit par exemple que je me suis penché sur la réforme protestante en Europe eu XVIe siècle, ou pourrais me pencher demain sur la réforme politico-religieuse du Bahrein au Xe siècle si quelqu'un me mettait entre les mains un livre intéressant là-dessus.

 

Mais on ne tient cette ligne a-religieuse qu'en assumant parfaitement ses propres héritages comme ceux du monde où l'on vit. C'est pourquoi par exemple j'ai souvent évoqué mon enfance catholique dans les années 1970.

 

On ne peut pas nier ce que le passé religieux imprime dans la tournure de pensée. Par exemple je pense que ma très forte sensibilité à l'écoulement du temps et à la mort des univers (intérieurs) que nous portons en nous aussi bien que de ceux (extérieurs) dans lesquels nous baignons s'est sans doute forgée en interaction avec (sinon sous l'influence de) la religion catholique de mon absence. Et je la revendique comme une partie intégrante de mon esthétique existentielle (en employant ces mots, je songe à une phrase d'un commentateur d'Anatole France selon laquelle l'écrivain reprochait aux Américains d'avoir un idéal moral mais pas d'idéal esthétique, j'y reviendrai peut-être un jour).

 

De ce point de vue-là, je vois bien que mon a-religiosité diffère de celle de beaucoup de gens de notre époque qui, eux, sont complètement absorbés par le "faire", la préoccupation, les agendas, et de ce fait considèrent la contemplation (au sens aristotélicien de la théoria) du temps, comme un élément accessoire de leur vie, qui ne les concerne qu'accidentellement lors de la mort d'amis ou de parents, lors des anniversaires, et dont il faut se débarrasser parce qu'il faut toujours être "résilient". Ceux-là pour qui il faut avant tout "fonctionner", et pour lesquelles les abstractions comme "l'instant" (toujours fugace), l' "absolu" (toujours vague) etc doivent être bannis de la vie, me semblent plus proche de la machine (je ne dis même pas de l'animal) et il est clair que la symbiose avec la machine est l'horizon de notre civilisation (voir Le Breton et Andrieu là dessus), ce qui n'est pas du tout ma tasse de thé.

 

Je me demande si, de fait, cette évolution de l'a-religiosité vers le purement mécanique ne va pas progressivement me reléguer vers le christianisme plus que je l'eusse voulu, dans la mesure où mes interrogations sur le temps, la paix, le devoir, etc ne seront peut-être bientôt plus intelligibles que par les gens qui auront eu une éducation chrétienne. Si tel était le cas, je le vivrais comme une perte car ma formation (à l'école laïque, elle) m'a enclin à considérer l'espace de l'écriture comme tourné vers l'universalité, y compris quand j'y exprimais les choses les plus intimes. La "République des Lettres" n'a pas de frontière mentale. Mais peut-être finirai-je, moi-même, comme tant d'autres, par être communautarisé, par la force même d'une évolution générale de la société autour de moi dont je ne pourrai plus tout adopter les valeurs. Frédéric Delorca finira-t-il par être publié par les éditions du Cerf comme Christian Arnsperger ?

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Ce qu'il faudrait regarder dans notre actualité

20 Février 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse

Les actualités de ce monde ne sont pas très réjouissantes.

 

On attire notre attention sur des éléments qui devraient nous être indifférents (la moindre pulsion de M. Sarkozy, le moindre flocon de neige qui tombe sur le bassin parisien). On en passe sous silence de bien peu importants comme la tournée de Laurent Fabius au Qatar et en Israël au début de ce mois, ou sur les curieux appels de M. Juppé au cessez-le-feu au Mali (au moment où le gouvernement de ce pays peine à tuer dans l'oeuf une rebellion touarègue qui résulte directement de nos égarements en Libye). Personne ne se soucie de cette journaliste qui avait montré un pistolet quand les rebelles encerclaient le quartier de la TV à Tripoli, et dont on a annoncé à tort le décès hier. Il est vrai qu'il y a tellement de gens torturés en Libye en ce moment (Médecins sans Frontières en dénonçait 115 le mois dernier à Misrata, heureusement que nous avons renversé Kadhafi pour protéger les droits de l'homme !). Mais quand même. S'indigner autant pour Ingrid Betancourt néguère, et si peu pour Halla el-Misrati aujourd'hui. Bon d'accord elle avait ciré les chaussures d'un dictateur (mais quel journaliste de TV n'a jamais soutenu activement ou passivement par son silence un dictateur ?) et une grande g** (on lui reproche d'avoir interviewé d'une façon musclée une Syrienne anti-Kadhafi au printemps dernier), mais pas plus que... voyons des journalistes un peu trop sûrs d'eux il doit bien y en avoir.. Mais quand même s'intéresser à elel serait un moyen de donner un visage aux persécutions commises en ce moment par les milices en Libye. Vous allez me dire qu'on a fermé les yeux sur la répression en Irak, alors...

 

D'une manière générale notre époque choisit mal ses sujets. Le petit monde des militants des PCF (un des rares partis qui a une grosse base militante et une base qui veut défendre des causes généreuses) s'est enthousiasmé pour Mumia-Abou-Jamal, heureusement gracié il y a peu. Mais une part de l'énergie dévouée à soutenir cet homme aurait pu être consacrée à soutenir Bradley Manning, le petit gars qui a livré à Wilkileaks des secrets militaires sur la sale guerre américaine en Irak, non ? Ce garçon était dégoûté par ce qu'il voyait et a cru naïvement en l'avenir de la presse "alternative" avant d'être horriblement piégé par une lieutenant d'Assange qui l'a trahi. Résultat il croupit dans une prison militaire, objet d'humiliations quotidiennes, de tortures psychologiques même. S'intéresser à lui obligerait au moins à penser aux tortures qui se poursuivent en Irak, aux réfugiés irakiens en Syrie, toutes ces choses dont nos journalistes se foutent... Bradley Manning est l'image-même du type qui, comme Julian Assange, ont cru en la transparence de l'info, à la fin du privilège des institutions face aux crimes qu'elles commettent. Sont-ils les Thierry Quintin (les joyeux illuminés) de l'histoire, ou les Galilée (ceux qui ont raison avant les autres ?

 

Tenez, même les 200 éléphants tués par des guérilleros soudanais depuis un mois, ça aussi c'est un vrai sujet. 100 à 200 éléphants tués chaque jour dans le monde. A la kalachnikov. Ca enrichit des bandes de malfrats ou de guerilleros on ne sait pas trop quoi. Mi-guérilleros mi-malfrats. A ce rythme on se dirigerait vers une Afrique sans éléphants. La faute aux Chinois. Démonstrations imparables qu'on lit ici ou là : dans les années 60-70 un premier pic d'extermination colle avec le boom économique du Japon, puis on reconstitue le cheptel dans les années 70, et bing, maintenant c'est la demande chinoise qui fait grimper les cours. Sousentendu : nous on est assez évolués pour savoir qu'avoir de l'ivoire chez soi c'est de mauvais goût, mais pas ces arriérés de "nouveaux riches" jaunes ; et d'ailleurs ces maudits chinois sont assez bêtes pour croire que les défenses des éléphants tombent toutes seules comme ils sont capables de croire que tout ce qui a quatre pattes et tout ce qui vole se mange - je n'invente rien, c'est écrit ici. Moi j'ai plutôt tendance à penser que le vrai problème c'est que les Occidentaux ne veulent pas qu'il y ait de vrais Etats souverains qui nourrissent correctement leurs population (trop heureuses de festoyer avec les carcasses laissées par les kalachnikovs) et arrêtent les braconniers. Pourquoi dès qu'un gouvernement se heurte à une guérilla se trouve-t-il des Occidentaux pour se demander si ce n'est pas la guérilla qui a raison ? Pourquoi est-on toujours dans cette dynamique de "chaos créateur" comme disent les néo-conservateurs américains, du regime change, du soutien au désordre ? Retour à la question que je posais plus haut à propos du Mali...

 

Problème fondamental, anthropologique : notre rapport à l'animal. Mme GA Bradshaw, prof américaine, nous explique pourquoi les éléphants nous ressemblent sur le plan psychologique, raconte leur calvaire, les sociétés matriarcales désorganisées. Avant, les Masaï ne tuaient pas les éléphants, ils y voyaient des réincarnations d'ancêtres ou que-sais-je. Aujourd'hui ils les massacrent. Pour l'argent. L'argent qui obsède les chinois. Auri sacra fames.

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Question : notre interaction avec l'animal. Pourra-t-on vivre dans un monde sans animal ? Nos enfants qui ne dessineront plus d'éléphants. L'enfance est-elle possible sans animaux ? Finis les animaux, et nous aurons des disques durs d'ordinateurs directement connectés à nos cerveaux. Recréerons nous des éléphants disparus à partir de leur ADN comme des dinosaures ? Des éléphants "déterritorialisés" sans passé, sans avenirs, sans sentiments faute d'avoir grandis dans les sociétés matriarcales comme ceux d'aujourd'hui. Des éléphants à moitié fous, comme nous mêmes, qu'on mettra sous sédatifs, avec aussi des cerveaux connectés à des ordinateurs. Allez savoir.

 

Le monde change de peau, rodoudous et berlingots. On ne s'aide pas à le comprendre quand on élude des questions comme celle-là.

 

D'ailleurs nous ne sommes pas non plus très doués pour comprendre le siècle passé non plus. Lors de la mort de Semprun j'ai rappelé sur ce blog qu'il avait été un "ouiste" cynique lors du référendum sur la "constitution" européenne. J'ignorais son attitude détestable à l'égard de Marguerite Duras et de ses amis en 1950 telle qu'elle ressort des documents figurant dans La France Rouge (un livre très bien fait du reste). Après avoir participé avec elle à des quolibets contre Louis Aragon et Laurent Casanova il est allé les dénoncer à la direction du parti. Gérard Streiff parle de "procès stalinien" et souvent on parle de stalinisme à propos de cet épisode. Mais c'est surtout la petitesse morale de l'intéressé qui frappe le plus dans cette affaire. Certains ont dit que Wikipedia avait cherché à occulter ce fait. Il est vrai que le débat sur ce passage dans la rubrique Discussion de cette "encyclopédie" est assez léger, mais faut-il s'en étonner ? On dit de plus en plus que des groupes se sont constitués pour verrouiller Wikipedia. L'épisode ne m'a guère surpris pourtant. Les gens de plumes quand ils ont une petite once de pouvoir dans une structure se comportent souvent comme ça. Possible que l'ambiance stalienienne, celle de la guerre idéologique, ait décuplé cette tendance.

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Pau dans l'Heptaméron de Marguerite de Navarre

18 Février 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

bruegel.jpgChose promise, chose due, voici un extrait de l'Heptaméron, la 68ème nouvelle dans l'édition de Michel François, qui se passe à Pau, et l'on y voit que les questions d'amour n'y sont point seulement platoniques.

 

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L'évolution du ridicule en 20 ans

18 Février 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Il y a 20 ans, ce blog (si les blogs avaient existé) aurait été ridicule. Parce qu'on aurait estimé que c'était un "violon d'Ingres" puéril. Dans la société ennuyeuse d'alors, il fallait avoir les bons diplômes, s'être beaucoup ennuyé à Normale Sup, ou alors être le fils d'un artiste connu, patronné par un critique littéraire célèbre, passer à Apostrophes et avoir un bon commentaire dans la Quinzaine littéraire pour avoir droit à de la considération. Bref, avoir une vie très ennuyeuse à supporter des dîners parisiens stupides, et ployer l'échine devant un éditeur connu mais dépourvu d'intelligence, vénérer tout ce que la société d'alors portait au pinacle (la psychanalyse, la "Pensée 68" appréciée justement parce que la société était encore hiérarchique) etc.

 

20 ans après, ces caractéristiques ont eu peu changé. Les vieilles institutions ont été ébranlées par la révolution électronique et l'on ne sait plus très bien s'il y aura encore des éditeurs et des chaînes de télévision dans cinq ans. Le statuts sont devenus plus fragiles, et ce qui semblait n'être qu'un loisir hier peut devenir une profession demain. Bref, on ne sait plus trop.

 

p1000064.jpgDans ce nouveau contexte, le présent blog est malgré tout ridicule. Mais pour des raisons différentes de celles qui auraient justifié le jugement d'il y a vingt ans.

 

Il est ridicule d'abord et avant tout parce qu'il n'a qu'un public quotidien restreint de moins d'une centaine de personnes. Autrement dit ce n'est pas une "ressource du web" sur laquelle on peut capitaliser. Aucun éditeur ne peut y voir un moyen de vendre de livres, aucun publicitaire un instrument pour attrapper des gogos. Il n'a pas de valeur marchande ni pécunaire ni symbolique. Personne ne peut en avoir besoin pour la promotion de ce qu'il fait ou de ce qu'il croit. Il est purement anecdotique et marginal dans l'espace d'Internet comme son auteur.

 

Ceci est dû au fait qu'aucune des "vieilles autorités" (sauf deux ou trois exceptions, en pointillés) n'a jamais soutenu ni ce blog ni plus généralement les travaux de son auteur (depuis le contributeurs de l'Atlas alternatif connus - il vous suffit d'aller voir leurs noms et vérifier que l'Atlas ne figure jamais dans leur biblios - qui se sont hâtés d'oublier le livre dès qu'ils ont donné leur article, sans jamais se soucier de ce que cet ouvrage devenait ensuite, jusqu'à des personnalités du monde médiatique et intellectuel à qui j'ai envoyé mes livres et qui n'ont même pas pris la peine de me remercier pour l'envoi comme cela se faisait il y a cinquante ans). Les vieilles autorités étaient aux abonnés absents, les nouvelles aussi. Je n'ai pas maîtrisé les stratégies dont certains me parlent (avoir une rubrique de liens fournis, citer abondamment d'autres blogs pour être cités par eux). Et je ne suis entré dans aucune chapelle dont j'eusse pu espérer qu'elles me mentionnassent en échange de mes louanges répétées à leur cause.

 

Ridicule aussi ce blog parce que son auteur est bêtement piégé par un petit groupe d'abrutis qui, sur le web, l'ont traité d'admirateur de Milosevic (ce que pourtant je n'ai jamais été, tous mes livres le prouvent, mais encore faut-il se donner la peine de les lire), et inclus dans une liste de proscription de complotistes. Grâce à la "magie" d'Internet leur page contre moi est très haut placée dans les moteurs de recherche (ils ont indiqué tous les tags pour ça), ce qui suffit à frapper du sceau de l'infâmie tout ce que je publie sur le web. Et toutes mes critiques contre l'extrême droite, le fait que j'ai été interviewé par un organe aussi peu suspect de conspirationnisme comme l'Humanité Dimanche, qu'un de mes livres ait fait l'objet d'une recension dans le Monde Dipomatique, et qu'aucun de mes textes ne parle de complot (j'avais même condamné la théorie du complot dans mon intro de l'Atlas alternatif), ne suffiront pas à me dédouaner auprès du public pressé qui a besoin d'étiquettes claires et efficaces. Et faire un procès en diffamation à ces "jeunes sots" (pour reprendre le mot de Gilles Deleuze à propos des "nouveaux philosophes") ne gommerait pas l'effet funeste de leur référencement sur les moteurs de recherche.

 

Bref ce blog est ridicule parce qu'il est voué à la marginalité (et notre époque est encore moins tendre à l'égard de la marge que ne l'était la société plus autoritaire et figée que j'ai connue dans les années 80-90).

 

Cette montagne de ridicule avachie sur mes travaux internautiques m'avait convaincu de tout arrêter à l'automne dernier, car poursuivre relevait à mes yeux du masochisme. Mais certains lecteurs qui tiennent au contenu de ce blog, aux recherches philosophiques et politiques qui s'y déploient, m'ont incité à continuer. Je comprends que pour beaucoup mes textes sur le Net soient "économiques" car ils leurs évitent d'acheter mes livres. Il en est même que mes billets "aident à écrire" : je vois qu'un auteur "anti-impérialiste" connu qui fait du vrai business avec son activisme (et qui vend à grande échelle) vient d'utiliser un de mes billets du blog de l'Atlas alternatif sur un petit pays pour un chapitre d'un de ses livres. Comme je suis le seul auteur "alternatif" qui ait écrit sur cette contrée et comme il avait déjà repris mon billet à ce sujet sur un de ses sites, il est facile de voir quelles sont ses dettes à mon égard. Lui n'est pas dans le ridicule car il fait du "vrai business", il a un vrai public, il est une petite industrie à lui tout seul (on pourrait en dire autant de bien d'autres auteurs dissidents, de Chomsky à Chouard).

 

Entre les critères du ridicule qui étaient liés naguère aux hiérarchies institutionnelles ennuyeuses, et ceux qui sont inhérents aujourd'hui au culte du "business qui tourne bien" (sur le Net ou ailleurs), je ne sais pas lesquels sont les moins mauvais. J'observe en tout cas que mes travaux seront tombés successivement sous le coup des deux critiques en vingt cinq ans, ce qui, au moins, à chaque fois, m'aura aidé à comprendre le monde dans lequel je vis.

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Heaven is a place on earth

16 Février 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les Stazinis

Quoi qu'on en dise, je pense que l'humanité regrettera la civilisation américaine le jour où elle aura disparu, cette civilisation d'hérétiques protestants et de sangs mêlés qui voulait le paradis sur terre. De même que la post-humanité (notre espèce lorsqu'elle pourra greffer sur son cerveau des disques durs anonymes pour augmenter sa mémoire et son intelligence) regrettera notre petite humanité actuelle avec sa bêtise, ses vices et ses imperfections diverses.

 

 

 

 

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Les libertins communistes "quintinistes" protégés par Marguerite de Navarre

15 Février 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Renaissance - Auteurs et personnalités

Récemment je me demandais comment Marguerie de Navarre (née Marguerite d'Angoulême), identifiée par l'écrivain Brantôme comme une sorte de Simone de Beauvoir de la Renaissance (*), en tout cas, comme une souveraine grâce à laquelle la gent féminine française avait effectué un "grand bond en avant" dans le domaine de la séduction et du rapport à l'autre sexe avait pu, dans le même mouvement, être une des protectrices (et en ce sens accoucheuses) de l'austère calvinisme en France, car il y a là, me semble-t-il, une difficulté qui va bien au delà de l'histoire du christianisme et pose plus largement la question de la polysémie des révolutions et réformes morales et politiques.

 

les_libertins.jpg

La question peut trouver un éclairage particulier dans une autre bizarrerie : tandis qu'elle protégeait les premiers réformateurs français, la reine de Navarre pensionnait aussi en ses châteaux (au moins celui de Nérac et peut-être aussi à Pau) une secte libertine et communiste : les quintinistes, qui étaient en fait - comme c'est étrange ! - parfois assimilés au calvinisme naissant (ce qui justifia que Calvin pondît en 1545 un traité incendiaire à leur encontre).

 

Suivons ce qu'en dit le maître de conférences à Toulouse Didier Foucault dans une récente contribution à un colloque universitaire (**), en suivant à la fois le pamphlet de Calvin et des documents d'archives.

 

Aux alentours de 1537 arrive à Nérac à la cour de Marguerite de Navarre (où se trouvent déjà des humanistes connus comme le poête Clément Marot, qui y est valet de chambre, Gérard Roussel, membre du cénacle de Meaux et évêque d'Oloron en Béarn depuis 1536 et Lefèvre d'Etaples avec lesquels Calvin allait rompre en 1540 en les qualifiant de "nicodémites") trois adeptes du "Libertinage spirituel" : l'abbé Antoine Pocque en qualité d'aumônier, Bertrand des Moulins, valet de chambre, et Quintin, comme huissier. Qui sont ces gens ?

 

Si l'on en croit Calvin, vers 1530 un flamand, Coppin, natif de Lille a lancé un courant religieux panthéiste. Un certain Thierry Quintin lui a succédé, natif du pays d'Hainaut, "ou de ces quartiers-là" dit Calvin. Celui-ci a rencontré Quintin en France vers 1535 flanqué d'un certain Bertrand des Moulins (décédé avant 1545) auxquels se joindront ensuite Claude Perceval et le petit prêtre Antoine Pocque. Calvin allait les croiser à nouveau à Genève vers 1542, lorsque Pocque sollicita l'approbation morale de Calvin, comme il avait obtenu (mais semble-t-il en lui cachant une partie de sa doctrine) celle d'un autre réformateur célèbre, Martin Bucer à Strasbourg. Foucault (p. 276) note que Pocque avait "réussi à pénétrer la congrégation [de Calvin], c'est à dire la réunion hebdomadaire des pasteurs et des laïques où l'on discutait des questions religieuses importantes".

 

Pocque, Des Moulins, Quintin et Perceval se sont réfugiés à Nérac chez Marguerite de Navarre après avoir été démasqués et chassés comme Libertins à Strasbourg. Théodore de Bèze condamnera après coup cette hospitalité de la reine, Bucer lui le fit directement dès 1538, et Calvin par un traité de 1545 comme on l'a dit plus haut.  Comme ce traité est mal accueilli à la cour de Marguerite, son auteur écrira une lettre plus déférente mais n'obtiendra pas que Pocque cesse d'être pensionné à Nérac. Perceval, lui, a été arrêté à Condé en 1545 et incarcéré à Mons. Quintin, qui s'était réfugié à Tournay y fut arrêté (selon une chronique de Pasquier de la Barre citée par D. Foucault) avec cinq de ses partisans (des petits commerçants) et fut condamné à être étranglé puis brûlé sur la place du marché tandis que les autres étaient décapités (deux quinitinistes avaient aussi été décapités à Valenciennes). Mais d'autres adeptes seront arrêtés plus tard dans le Brabant, en Hollande, en Allemagne et même à Rouen jusqu'en 1550.

 

Si l'on sait peu de choses de ces libertins, c'est parce que leurs origines sociales étaient modestes.Quintin, avec son lourd accent picard (dixit Calvin) a prêché dans le Hainaut, à Anvers, à Paris, dans le Limousin, en Navarre sans savoir ni lire ni écrire, ce qui est assez remarquable pour un chef de secte réformateur. La secte a des relents médiévaux millénaristes en ce sens qu'elle annonce l'âge du Saint Esprit faisant suite à celui du Père et du Fils, et symbolisé par le charriot de feu du prophète Elie. Elle est cependant très moderne en ce qu'elle abandonne la référence à la Bible. Affirmant que l'homme comme le reste de la création est animé par le souffle de Dieu, elle oppose sa bonté au "monde", dont l'existence se résume à la conscience du péché. Avec l'oubli des péchés, ce "monde" disparaît et l'homme retrouve sa pureté originelle. Il s'agit donc d'un panthéisme presque spinoziste, vaguement teinté de dualisme.

 

Selon un Calvin profondément révulsé par leurs thèses, leur amoralisme les conduisait à tout absoudre - le meurtre, l'ivrognerie, la lubricité, le goût du jeu (on a déjà évoqué l'interdiction des jeux par les calvinistes), tout est accepté au nom des penchants de la nature et de la volonté de Dieu. Ils reconnaissent le droit au vol, et condamnent les institutions politiques en tant qu'elles ne servent qu'à conserver la propriété, ce en quoi ils se révèlent radicalement communistes. Ils sont aussi (au moins pour les plus extrémistes d'entre eux) pacifistes et, selon Calvin, rejettent toutes les guerres "sans discerner si elles ont été menées pour juste cause, ou non". En tout cela, observe D. Foucault, ils s'éloignent tellement de la simple interprétation mystique dissidente de la Bible qu'ils pénètrent dans un domaine de théorisation nouveau qui sera l'apanage du siècle suivant.

 

Pour autant leur élimination complète sur injonction des calvinistes autour de 1550 va priver cette branche de postérité directe. Ironiquement leur souvenir dans le fonds culturel européen n'est demeuré que grâce au traité de Calvin écrit contre eux, traité qui fit entrer le mot "libertin" dans la langue française, sans pour autant que leur enseignement n'ait pu être transmis à personne.

 

Pour revenir au problème initial, qui est celui de l'articulation d'une sensibilité modérément pro-caliviniste chez Marguerite de Navarre avec son rapport aux progrès de la position féminine dans les relations amoureuses, il est possible que l'obstination de la reine à conserver Antoine Pocque à sa cour témoigne chez elle d'une volonté de concilier intellectuellement les apports du protestantisme et ceux d'expériences plus audacieuses en matière d'évolution des moeurs. Même s'il ne fait aucun doute à la lecture de ses écrits qu'elle même était trop imprégnée de spiritualité pour pouvoir de quelque manière que ce soit cautionner des comportements radicaux comme ceux du Décaméron de Boccace, il y a toujours chez elle une posture d'ouverture qui prend appui sur son goût pour le récit comme on le trouve dans ledit Décaméron, la narrativité permettant toujours de desserrer l'étau de l'opposition entre Bien et Mal.

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Histoire des Terres du Sud-Ouest T1 de Patrice Fréchou

15 Février 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Frechou-1.jpgParlons un peu de Bande-dessinée pour changer, juste pour dire un mot de la BD Histoire des terres du Sud-Ouest  (tome 1) de Patrice Fréchou, un petit livre dans lequel on apprend beaucoup de choses et qui a le mérite de vulgariser beaucoup de découvertes archéologiques des 30 dernières années, et de rompre avec une certain "racisme anti-aquitain" de la République française centralisatrice pour faire droit à la diversité ethnique de cette région (notamment sa composante ibérique et protobasque) avant la conquête césarienne, région que l'on pourrait qualifier d' "Aquitaine des nations" comme on parle de "Galilée des nations dans la Bible".

 

On pourrait pinailler sur la qualité pas toujours très heureuse des dessins (des jambres un peu courtes, des problèmes ici et là qui font penser aux tableaux des peintres du dimanche), certaines surcharges, des textes pas toujours très lisibles. Mais le problème qui me préoccupe dans cette bande dessinée est tout autre. Il touche à un certain "racisme inversé", un racisme anti-français qui n'est sans doute pas le fait de l'auteur mais plutôt du climat intellectuel dans lequel baignent beaucoup de textes de la région ces dernières années.

 

Pendant longtemps on nous a appris à penser la Gaule sans les Aquitains, mais maintenant on tombe dans l'excès inverse : une Aquitaine sans les Gaulois. Fréchou explique doctement cartes à l'appui que la première vague d'invasion celte (du moins ce que nous croyons être les "celtes", pas tout à fait ce qu'en dit Jean-Louis Brunaux) s'est déplacée du Bassin parisien au Nord-Ouest de l'Espagne en évitant soigneusement les territoires gascons (p. 15). Il veut bien ensuite admettre que dans une seconde vague, des celtes ont fondé Bordeaux et Toulouse, mais selon lui ils ne se sont pas aventurés plus au Sud. Il insiste sur le fait que le druidisme (ferment de l'unité des Gaules) était absent de Gascogne et qu'aucun peuple "aquitain" n'était représenté à Alesia. Plus loin d'ailleurs (p. 29) il blâme presque Auguste d'avoir créé une "grande Aquitaine" (qui déborde au nord de la Garonne) et de n'avoir pas respecté ainsi l'identité "ethnique" de la région, en y incluant des Celtes.

 

Frechou-2.jpg

On voit bien que ce refus de la présence celte en Aquitaine fonctionne comme un ferment idéologique de légitimation politique de son particularisme.

 

J'ai déjà indiqué sur ce blog que cette thèse était contestée, notamment par Goudineau professeur au collège de France. Il y avait au moins un grand peuple celte entre la Garonne et les Pyrénées, c'étaient les Tarbelles de Dax dont Rome fit une cité (mais on auait pu aussi évoquer leurs voisins les Tarusates). Lisons l'article de Jean-Pierre Bost "Dax et les Tarbelles", paru dans « L'Adour maritime de Dax à Bayonne » qu'Archéolandes a eu la bonne idée de mettre en ligne. "Le nom des Tarbelles désigne ces derniers comme un peuple celtique. Traditionnellement, on avance que ces "Taurillons" appartiennent à la couche de population du Second Âge du Fer, celle de la Tène ; ils étaient donc des Gaulois." Bost explique ensuite que certes cette thèse d'une migration celtique prête à caution, parce qu'il peut y avoir eu celtisation par simple "pénétration d'influences" et non par invasion (comme d'ailleurs le pense Brunaux, ce qui, non seulement invaliderait l'idée que les Tarbelles soient un peuple immigré, mais rendrait fausse toute la carte de Fréchou sur l' "invasion" qui évite la Gascogne). "Toutefois, j'ai le sentiment, ajoute l'historien, que, comme l'étaint aussi les Pimpedunni, établis non loin d'eux, vers la montagne, les Tarbelles, ceux en tout cas, même peu nombreux, qui ont imosé leur nom aux population indigènes, pas très nombreuses non plus, sans doute, étaient des immigrants", tout en reconnaissant que l'argument linguistique qui permet de trancher ce genre de problème est toujours fragile.

 

Bost reconnaît que Strabon à la fin du règne d'Auguste classe les Tarbelles parmi les Aquitains (ce qui explique sans doute le parti-pris de Fréchou sur la question) et ne reconnaît qu'aux Bituriges vivisque de Bordeaux le titre de "gaulois". "Aux yeux de ses contemporains, les Tarbelles étaient donc considérés comme des Aquitains. "Nous avons vu qu'ils ne l'étaient pas, mais avaient-ils pu le devenir ?" demande même Bost. Il répond à cette ultime interrogation en estimant que ce peuple incontestablement celte à l'origine avait fini par se fondre "dans l'ensemble ethno-culturel aquitain" puisqu'ils ont été les alliés loyaux de leurs voisins contre les Romains (argument un peu peu étrange : une alliance politique révèle-t-elle nécessairement une identité "ethno-culturelle" ?).

 

Retenons du propos de Bost trois éléments 1) l'argument linguistique et toponymique plaide pour le caractère celte des Tarbelles, 2) s'il y a eu invasion (ce qui n'est pas sûr dans les processus de celtisation), les Tarbelles faisaient bien partie de ces migrants (et donc il n'y a pas eu d' "évitement celtique" de la Gascogne, 3) ces éléments restent toujours assez complexes et ne devraient pas se prêter aux simplifications abusives.

 

Je crois que ces trois éléments montrent qu'une oeuvre de vulgarisation qui se voudrait objective n'aurait pas dû s'engager dans l'exposition à grands traits de cartes d'invasion (ou d'évitement) manifestement fausses qui ignorent l'identité celtique des Tarbelles (ou celle des Tarusates). Sur cette question je renvoie aussi aux discussions sur les forums spécialisés comme celui-ci.

 

Pour m'être intéressé pendant longtemps aux Balkans, je sais fort bien le mal politique que cause à notre époque la simplification, voire la réécriture de l'histoire. Je suis donc très inquiet devant la diffusion actuelle d'ouvrages de vulgarisation comme cette bande-dessinée et les schémas mentaux qu'elle crée. Evitons à tout prix une "kosovoïsation" de l'imaginaire aquitain.

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Deux dernières images de la journée

14 Février 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Deux images pour teminer la journée :

 

- Un documentaire d'Arte à charge contre Julian Assange ce soir, "Secrets et mensonges". Documentaire d'un niveau éthique semblable à tout ce que cette chaîne délivre dans ses journaux quotidiens : très bas.

 

- Une belle tirade de Mathieu Kassovitz contre l'hostilité du cinéma français à l'égard de l'engagement politique

 

 

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Flamby Hollande révèle son amour pour la City de Londres

14 Février 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

La dernière sortie de Hollande confiant dans le Guardian son admiration pour Tony Blair, son respect pour la City, démentant ses déclarations du Bourget, et affirmant qu'il n'y a plus de communistes en France (tant pis pour les plus de 100 000 membres de ce parti) révèle bien sûr le vrai visage du personnage, qu'en réalité tout le monde connaît. Cela souligne aussi qu'il n'y aura pas d'autre issue pour peser utilement sur le cours des choses en avril prochain que de voter massivement pour le Front de gauche quels que soient les défauts de style et de fond de JL Mélenchon (mais il faut aussi lui reconnaître d'indéniables qualités). Cela arivera-t-il ? on ne sait. Mélenchon est crédité de 8,5 à 11 %, avec une dynamique en progression, mais un potentiel qui n'est pas infini.

 

Après, il faut se demander si Flamby-Hollande méritera d'avoir des voix de gauche au second tour. Ce brave garçon a une façon bien particulière d'éviter de se poser à lui-même la question, croyant sans doute que de toute façon le "tout sauf Sarko" suffira à lui rallier tout le monde.

 

L'arrogance social-libérale est bien connue. Les communistes du 93 par exemple peuvent en témoigner sous le premier mandat de Bartolone à la tête de leur conseil général. Les Espagnols aussi quand Zapatero, l'an dernier, s'était exclamé qu'Izquierda unida ne comptait pas puisqu'elle n'avait que très peu de députés.

 

Cette arrogance pourrait être contrée par une forte mobilisation sociale après l'élection - si le canidat social-libéral est élu. Mais on sait d'expérience que la gauche de la gauche n'agit guère quand un "socialiste" gouverne. Voilà qui ne rend pas optimiste pour les mois qui viennent.

 

De même qu'on ne peut pas être optimiste pour les Grecs dont la mobilisation reste somme toute bien faible compte tenu de la division entre Synaspismos et le Parti communiste.

 

Comme JL Mélenchon s'est réveillé un an trop tard sur la question de la Côte d'Ivoire, peut-être l'opinion publique française sortira-t-elle de sa léthargie avec un contretemps de douze ou quinze mois, quand la moitié des gouvernements d'Europe seront entre les mains de l'extrême droite et lorsque notre guerre contre l'Iran (tant désirée par nos élites) nous aura conduit aux portes d'un affrontement catastrophique avec la Chine.

 

L'humanité est douée pour faire son malheur. Spécialement quand une bande d'abrutis qui se croient instruits accaparent les leviers du pouvoir intellectuel et moral.

 

 


 

 

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Marguerite de Navarre, Madonna, Jeanne d'Albret, Lénine et Staline

11 Février 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Renaissance - Auteurs et personnalités

Pardon encore de ressortir une histoire en rapport avec ma région d'origine, mais, sans chauvinisme aucun, je dois dire que celle-ci est d'importance nationale et elle est très précieuse pour la compréhension de notre histoire collective.

 

A Pau le souvenir de Marguerite de Navarre, la soeur de François Ier est partout, jusque dans le nom d'un collège, mais précisément, parce qu'il est partout (comme Henri IV ou Louis Barthou), on ne le voit plus. Et l'on ne peut pas compter sur l'Education nationale pour nous le faire voir. Le système éducatif ne nous apprend pas à voir l'histoire telle qu'elle fut, avec toute sa "chair" si je puis dire.Sans doute parce que les professeurs sont souvent assez médiocres (pas autant que cette jeune enseignante de 4e5 dans un collège d'Aulnay-sous-Bois en STV qui cette semaine corrigeait une copie en écrivant "tu as fais des efforts" FAIS, mais bon) : ce ne sont pas tous de brillants agrégés, et, quand ils le sont, ils ont perdu dans la lecture de livres la sensibiité à la réalité des choses.

 

marguerite de navarreLa chair de Marguerite de Navarre je l'ai découverte hier soir dans le train en lisant le livre de Maurice Daumas sur Brantôme que j'évoquais déjà cette semaine sur mon blog. Ca m'a frappé comme un coup de foudre. Moi qui avais lu son Heptaméron, en 2006, je crois que j'étais passé à côté du personnage, de son génie, de son charme. Une phrase de Brantôme citée par Daumas (p. 178) m'a complètement ouvert les yeux. Une phrase toute simple, mais étrange. Brantôme dans ses Dames Galantes dit que les femmes de son temps ont une approche plus active et élaborée de l'amour (par là Brantôme entend aussi et même surtout la dimension physique qui l'intéresse plus que le sentiment) que cinquante ans plus tôt, et qu'elles doivent cela à leur emprunt à l'Italie et à l'Espagne, mais il ajoute immédiatement ceci : ces emprunts elles les doivent à la reine de Navarre. C'est à travers la reine de Navarre que les femmes françaises se sont mises à l'heure italienne et espagnole pour les choses du corps et de l'amour.

 

On pourrait glisser sur cette phrase sans vraiment la remarquer, comme j'ai moi même sillonné l'oeuvre de Marguerite de Navarre sans la comprendre. Daumas lui-même la mentionne sans la prendre au sérieux. Il trouve Brantôme injuste et lui reproche de ne pas prendre en compte le nombreux traités de civilité et d'amour qui ont plus fait pour importer les moeurs italiennes et espagnoles en France que Marguerite...

 

Mais je voudrais faire deux remarques à ce propos. La première, c'est qu'un certain machisme inhérent à notre culture nous empêche toujours de reconnaître l'apport des femmes pour ce qu'il est. Et c'est donc peut-être ce réflexe qui pousse Daumas à valoriser les auteurs masculins de traités plutôt que le rôle d'une reine. La deuxième est que, comme l'a souligné Bourdieu, tout universitaire est menacé d'intellectualisme, et la scolastic view est peut-être ce qui pousse Daumas à reconnaître à un traité plus d'autorité qu'à la présence concrète d'un être.

 

Pour ma part, je suis enclin à prendre la phrase de Brantôme au sérieux, ne serait-ce que parce que Brantôme parle au présent d'un temps qu'il vit, et que le témoignage recèle une certaine force. Et puis réfléchissez une seconde à ces émissions où l'on interviewe des jeunes filles dans les années 1980 ou 90 à propos de Madonna. Au sujet de la chanteuse elles disent souvent qu'elle a beaucoup influencé leur façon de s'habiller, de voir l'amour, de voir la vie. Elles ne disent ps "OK Magazine m'a influencé". Elles disent Madonna, la personne, sa présence.

 

De nos jours on peut décider d'être de l'école de Madonna ou de Suzanne Vega, ou, pour la génération plus jeune, d l'école d'Amy Winehouse ou de celle de Lady Gaga. Mais à la Renaissance, "on" - je veux dire, tous ceux qu'on admirait et qui fixaient les règles du goût - n'était que d'une école : celle de la cour de l'Etat-nation dont on dépendait. Et donc en France on était de l'école de la cour des Valois. Et à la cour des Valois, celle qui donna le ton de ce que les femmes devaient être et penser ce fut Marguerite de Navarre.

 

Autrement dit ce serait bien elle qui aurait porté sur sa personne et dans ses idées le style espagnol et italien, en l'acclimatant aux latitudes françaises, et qui en cela aurait inspiré toutes les femmes nobles, donc par effet de contagion toutes les femmes de France qui voulaient être dans le bon goût.

 

Qu'on prenne bien garde à cet énoncé. Cela signifie que cette voie d'une certaine libération relative de la femme, qui allait permettre ensuite, au siècle suivant, aux jeux de l'amour libertin d'exister, avec tous ce que ces jeux ont donné, et leur rôle dans l'émergence de la culture de Salons et de la philosophie de Lumières, cette route passe par Marguerite de Navarre. Sans Marguerite de Navarre il n'y aurait peut-être pas eu le libertinage du XVIe siècle et les Lumières du XVIIIème. Attention, je ne dis pas que Marguerite de Navarre était une libertine (tout au contraire), mais elle a été le déclic d'un nouveau rapport de la femme française à la séduction : un rapport, d'après Brantôme, moins passif et moins bestial tout à la fois (et l'on sait que le femmes ont été la clé de l'évolution de la sexualité moins que les hommes).

 

Sans elle peut-être une autre princesse aurait-elle assumé ce rôle, mais différemment, avec sa propre idiosyncrasie, ou alors peut-être aucune ne l'aurait fait, une princesse austère aurait peut-être dicté sa loi et la France n'aurait jamais adopté la mode italienne. Il est toujours difficile de savoir ce qu'une époque aurait été si un individu important en son sein en avait été absent. A cause du côté systémique des époques, du fait qu'inconsciemment tout un chacun a en tête des tas d'exemples de gens connus par rapport auquel il se définit, par adhésion ou pas opposition, l'absence d'une personne, ne serait-ce que par l'espace qu'elle laisse à d'autres, peut bouleverser tout un équilibre. Je renvoie là dessus aux remarque de Trotski cité par Paul Veyne sur le thème : si Lénine n'avait pas existé il n'y aurait pas eu de révolution russe.

 

En France l'opérateur du changement des femmes fut Marguerite d'Angoulême (de Navarre). Le phénomène m'a échappé en lisant l'Heptaméron parce que j'avais surtout été sensible à ce que ce livre devait au Décaméron de Boccace (un livre qui m'a beaucoup impressionné, autant qu'à Pasolini sans doute). Pour moi l'Heptaméron était une sorte de sous-Décaméron, un plagiat à la française, et un plagiat chargé de spirtualisme moralisateur. Parce que je savais que Marguerite de Navarre avait été la protectrice d'intellectuels qui introduisirent le calvinisme en France, et qu'elle avait engendré une des plus ardentes partisanes de la Réforme : sa fille Jeanne d'Albret. Pour moi l'austérité sexuelle du calvinisme faisait système avec le moralisme de l'Heptaméron. Pourtant il faut bien reconnaître que ce livre n'est pas seulement moralisateur. Mon regard n'était pas seulement biaisé par le calvinisme. Il l'était aussi par une gravure qui illustrait le livre où Marguerite n'était pas à son avantage. Elle faisait vieille dévôte, et je songeais surtout à ses retraite au cloître de Sarrance dans la vallée d'Aspe dont je parle dans mon roman.

 

Cette semaine je suis tombé sur un portrait d'elle assez différent. Celui que j'ai placé en vignette un peu plus hautdans ce billet où elle pose élégante avec son perroquet. Le perroquet d'Amérique était une trouvaille ultramoderne de l'époque et qui devait faire autant sensation que les tenues de Lady Gaga. Il est difficile d'être sensible à la beauté de femmes d'autres siècles, surtout de la Renaissance qui est éloignée de nous, mais on trouve dans le visage de cette reine un charme certain et assez indéfinissable, le charme d'une intellectuelle raffinée qui investit dans son apparence tout le rayonnement qu'elle porte en elle, en sachant que l'apparence ne sera jamais que la projection de sa force intérieure sans qu'elle en soit jamais tributaire.

 

Si l'on pense à ce que fut, par opposition, dans la génération suivante l'autre grand modèle-type de possibilité d'être féminine à la cour que fut Marguerite de Valois (la fameuse "reine Margot" première épouse d'Henri IV), le contraste est saisissant. Marguerite de Valois est toute entière corps, corps blanc, laiteux qui exhibe sa poitrine avec un zeste de perversité dans le regard (un côté "sorcière délicieuse" que certaines femmes de la cour ont décrit). Aucune projection d'un raffinement intellectuel dans cette présence charnelle. Marguerite de Navarre, elle, tient ensemble les deux, et, pour cette raison, fascinait.

 

Les femmes de la cour fascinent parce qu'elles sont au sommet de la noblesse. Je crois qu'il faut voir aussi que, parce qu'elles sont au sommet, elles ont en main les moyens de construire quelque chose autour d'elles-mêmes et sur elles-mêmes que les autres femmes, condamnées à l'imitation, ne peuvent pas faire. Non seulement elles en ont les moyens, mais aussi elles en ont le devoir pour le rayonnement de la cour. Bien que je désapprouve certains côtés un peu intellectualiste du structuralisme de Bourdieu (y compris son économisme), l'idée qui était la sienne qu'il y a en société du capital à faire fructifier est assez juste, et, dans la France de la Renaissance, tout le capital lié à la séduction féminine est concentré chez les femmes les plus titrées de la cour (les princesses de sang), ce qui les prédispose à réunir sur leur personne (pour le meilleur et pour le pire, car c'est souvent au prix d'énormes contradictions) les plus riches dimensions d'une époque (les vêtements, les parures, mais aussi les idées).

 

Marguerite de Navarre a construit son propre style, fait d'intellectualisme et de nouveau rapport à l'amour. Et ce style, qui incorporait les meilleurs apports étrangers, notamment italiens, avait quelque chose de révolutionnaire. Révolutionnaire sur le plan de la théologie (parce qu'il était compatible sur ce versant avec le protestantisme), et sur celui des moeurs (parce qu'il ouvrait les femme à une certaine sexualité active, ou du moins un sens de la co-participation dans la séduction avec l'homme). Comment la sexualité active et les idées nouvelles protestantes ont pu être compatibles dans la philosophie de "la Marguerite des Marguerites" est encore un point un peu obscur à mes yeux, et que je devrai creuser si j'en ai un jour le temps. Je note que c'est un homme sceptique mais catholique et proche de la Ligue, Brantôme qui met le rôle de Marguerite dans la sexualité en valeur. Ce n'est sans doute pas un hasard. Ce faisant il la tire un peu vers Rome, là où l'historiographie contemporaine aurait peut-être trop tendance à l'en éloigner.

 

Je voudrais terminer en disant un mot de sa fille, Jeanne d'Albret car cela me permet de poser une fois de plus ici la question de la révolution et de sa perpétuation - révolution ou réforme, des mots synonymes à mes yeux, et qui peuvent s'appliquer aux systèmes économiques comme aux systèmes de moeurs. Marguerite apporte (et apporte presque seule, en en supportant le poids sur ses propres épaules) une révolution dans l'ethos de femmes française. Par analogie elle est donc le Lénine des femmes françaises de son temps. Sa fille, Jeanne d'Albret, elle, reçoit l'héritage, par analogie elle est Staline (ou encore, si l'on veut, Marguerite est Jésus-Christ, Jeanne d'Albret Saint-Paul, Marguerite Socrate, Jeanne d'Albret Platon, Marguerite Luther, Jeanne d'Albret Mélanchton etc).

 

Marguerite, avec son beau perroquet et ses belles tenues, expérimente, voyage, butine, explore, dialogue avec les poêtes et les théologiens, commence à en placer certains aux postes clés (comme dans son royaume de Navarre l'évêque d'Oloron qui refuse l'élévation de l'hostie), mais en ce sens elle reste très intellectuelle, comme Lénine allant dialoguer et polémiquer dans les congrès de l'Internationale socialiste, inventant un mode d'adaptation du socialisme à son pays, écrivant des tas de livres pour théoriser les choses, qui sont ses Heptameron à lui. Sa fille, Jeanne d'Albret, est la guerrière que l'on connaît, qui doit cultiver l'héritage et le faire survivre dans un contexte de conflit terrible (les guerres de religion) comme Staline devra gérer une URSS marxiste-léninisme épuisée par la guerre civile puis attaquée par Hitler. Jeanne le fait en s'enfermant progressivement dans une sorte de "calvinisme de guerre" comme Staline s'enferme dans la paranoïa. Ce faisant elle continue d'incarner un modèle possible pour les femmes, comme Staline reste un modèle pour les marxistes arès la mort de Lénine, ne serait-ce que par sa bravoure (rappelez vous la manière dont elle a enfanté son premier fils, seule suspendue à une branche d'arbre - si la source que j'ai consultée il y a quelques années est exacte etc). Sa bravoure est en partie motivée sans doute par l'impératif de faire fructifier l'héritage maternel, c'est ce qui la dynamise. Elle n'a pas d'autre choix que de prolonger le geste de sa mère, mais en même temps, comme elle doit "territorialiser le projet", construire des forteresse, armer des gens pour le défendre, elle le sclérose, l'appauvrit en le réduisant au dogme protestant. Temps ingrat de la consolidation qui succède aux révolutions. Plus de butinage, plus d'exploration. La rudesse du dogmatisme guette.

 

Voilà, je n'en dirai pas plus. Je vais laisser ces réflexions mûrir un peu en moi. Je regrette juste de n'avoir pas été conscient de tout cela plus tôt, et d'être passé, pendant deux décennies, à côté d'un personnage féminin qui me semble très important pour l'évoution de la condition féminine en Europe (et donc pour la condition de tout le monde, hommes et femmes), un personnage dont le nom figurait pourtant en lettres très visibles dans mon cadre de vie, trop visible pour être vue sans doute, comme la lettre volée d'Edgar Poe.

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M. Chevènement devrait cesser de se mettre à la remorque des bellicistes

10 Février 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Particulièrement triste la dernière intervention de JP Chevènement au Sénat (voir ici). Elle condamne l'escalade anti-iranienne de la France non pas parce qu'elle va nous mener à la guerre, mais parce qu'elle permet à la Chine d'occuper l'espace laissé vide par l'Occident dans le golfe persique. M. Chevènement sait qu'il ne peut parler aux instincts pacifiques des responsables de notre politique étrangère. Alors il croit judicieux de leur dire : "je suis impérialiste comme vous et je veux moi aussi la suprématie de l'Occident mais votre méthode est contre-productive". Mais sa façon de se mettre à la remorque des bellicistes sous couvert de vouloir les freiner (comme il l'avait fait en s'abstenant lors du vote sur la Libye en juillet) est extrêmement pernicieuse. Car le message délivré à l'opinion publique est le suivant : "il faut vouloir l'hégémonie occidentale face à la Chine et à nos autres adversaires... après, tout n'est qu'affaire de débat secondaire sur les modalités techniques pour y parvenir". 

 

En plus l'ex-ministre de la défense se plante quand il classe le Pakistan au nombre des pays "intégristes" sunnites que l'Iran peut percevoir comme hostiles car ils l'encerclent. En ce moment l'Iran est en train de se rapprocher du Pakistan. Le mépris que les Etats-Unis balancent régulièrement sur Islamabad y contribue d'ailleurs beaucoup.

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Le capitaine Bourdeille et Marguerite de Navarre

9 Février 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Renaissance - Auteurs et personnalités

J'espère que je ne lasse pas trop mes lecteurs avec mes références périodiques à ma vicomté d'origine, mais après tout on ne reproche pas à Sciascia d'être attaché à la Sicile ni à Montalban de l'être à Barcelone, alors...

 

Dans un ouvrage sur Brantôme, Maurice Daumas (p. 142) cite un conte des Dames Galantes qui évoque une histoire arrivée à son frère puîné le capitaine Bourdeille (mais peut-être inventée....

 

Le jeune Bourdeille à 18 ans fut envoyé étudier à Ferrare (en Emilie-Romagne, en Italie). Renée de France, duchesse de Chartre (fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne) qui avait épousé le duc de Ferrare y organisait une cour brillante, remplie d'intellectuels (et de protestants). Bourdeille y rencontra la jeune veuve Mademoiselle de La Roche avec qui il eût une relation physique si intense qu'il en négligea ses études et que le père de Bourdeille le fit rappeler en France. Le jeune capitaine Bourdeille conduisit Mademoiselle de La Roche à Paris auprès de Marguerite de Navarre en 1548 (celle-ci a alors 56 ans et vit l'avant dernière année de sa vie, un an après la mort de son frère François Ier). Le capitaine rend ensuite visite à son père, puis repart en Italie.

 

De retour à Pau, cinq ou six mois plus tard, en 1549, il retrouve la reine de Navarre qui lui dit au cours d'une promenade :

 

marguerite de navarre" "Mon Cousin (...) ne sentez-vous point rien mouvoir sous vous et sous vos pieds ? - Non, madame, respondit-il. - Mais songez-y bien, mon cousin", luy repliqua t'elle. Mon frere luy respondit : "Madame, j'y ay bien songé, mais je ne sens rien mouvoir : car je marche sur une pierre bien ferme. - Or, je vous advise, dit lors la Reine, sans le tenir plus en suspens, que vous estes sur la tumbe et le corps de la pauvre Madamoiselle de La Roche, qui est icy dessous enterrée, que vous avez tant aymée. Puis que les ames ont du sentiment après nostre mort, ne faut douter que cette honneste creature, morte de frais, ne se soit esmeuë aussi tost que vous avez esté sur elle. Et si vous ne l'avez senty à cause de l'espaisseur de la tumbe, ne faut douter qu'en soy ne soit plus esmeuë et ressentie" (Dames galantes, Gallimard Pléiade 1980 p. 594)

 

Daumas précise qu'il n'y a rien de romantique dans cettte évocation de l'amour qui va au delà de la mort puisque Brantôme met en parallèle l'anecdote avec l'épitaphe d'une courtisane enterrée à Santa-Maria-del-Popolo à Rome qui prie le passant de ne pas la fouler et "treper" (presser sous soi) morte, l'ayant été suffisamment au cours de sa vie. En conclusion Brantôme souligne que la Marguerite des Marguerites avait plutôt voulu faire un trait d'esprit qu'exprimer sa croyance en une PAU.jpgréelle empathie physique après la mort.

 

J'aime en tout cas assez cette anecdote qui évoque le triangle entre la cour des Valois au Louvre, le château de Pau et l'Italie, qui était l'univers mental de Marguerite de Navarre et d'une bonne partie des intellectuels qui évoluaient dans sa mouvance à l'époque.

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"Pas en notre nom", les collectifs anti-ingérence de gauche

8 Février 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

p1000068.jpgJ'en avais parlé dans mon livre de souvenirs politiques, en 2002 s'était créé en France un collectif "Pas en notre nom" contre la guerre en Irak sur le modèle du "Not in our name" américain, mais dont on avait dit ensuite qu'il avait été plus ou moins récupéré par les lambertistes du Parti des travailleurs (voir la remarque de Gérard Streiff en 2002, le syndrome de la récupération, maladie française, ayant aussi affecté la cause palestinienne à la même époque, sous la houlette d'un autre groupe).

 

Sur la base de "l'Appel d'Alger contre les guerres d'occupation contre les ingérences étrangère, pour la défense de la souveraineté nationale et populaire" lancé à l'initiative du Parti des travailleurs algériens, le Parti ouvrier internationaliste (POI), qui prolonge l'ancien Parti des travailleurs de M Gluckstein reprend le projet du "Pas en notre nom" pour dénoncer désormais les actuels projets d'ingérence (ou l'ingérence effective) des Occidentaux en Algérie, en Syrie etc.

 

Le blog Canempechepasnicolas (qui va sans doute changer de nom en mai 2012 si M. Sarkozy n'est pas réélu) de M. Jean Lévy (après celui de Jacques Tourtaux) signale une lettre du collectif "Pas en notre nom" invitant à une réunion le 18 février prochain à la maison des associations de Nanterre. La lettre s'adresse d'une façon non limitative à six associations - M.S.A. (Mouvement Syndical Associatif), C.R.C. (Coordination Régionale des Cités), F.E.T.A.F. (Fédération des Travailleurs Africains en France), C.P..L.A. (Coordination pour la Paix en Libye Africaine), A.F.A. (Appel Franco-Arabe), le Comité Valmy. Ce qui est sans doute intéressant pour les sociologues spécialistes du militantisme politique. Pour ma part je ne connais de réputation que les deux dernières associations.

 

Je signale cette réunion aux curieux ou aux gens désireux d'agir contre l'ingérence qui trouveront sur le blog de M. Lévy l'adresse du coordinateur du collectif à qui il faut écrire pour s'inscrire.

 

En ce qui me concerne je me suis demandé s'il serait utile que je me rende à cette réunion (au moins "pour voir"). Comme souvent depuis douze ans je suis assez hésitant (à vrai dire je le suis aujourd'hui plus qu'il y a douze ans). D'un côté je ne veux pas encourager les gens à rester sur leur quant-à-soi et crois qu'il faut agir collectivement contre l'ingérence occidentale partout dans le monde au nom de la souveraineté des peuples. Cependant j'ai suffisamment connu les fragmentations grouspusculaires des mouvements anti-guerre, et leurs difficultés à délivrer un message qui soit à la fois efficace et exempt de tout risque de récupération par les dictatures (voir encore les accusations portées contre le Parti des travailleurs algériens à cet égard) ou par l'extrême droite.

 

A chacun de trancher en son for intérieur ce dilemme qui n'est pas seulement le mien mais aussi celui de tous les adversaires de l' "impérialisme occidentale" en décidant s'il doit ou non s'intéresser aux activités de ce collectif.

 

Pour ma part je pense que je n'irai pas voir ce qu'il se passe du côté de la maison des associations de Nanterre le 18 février. J'essaye plutôt d'explorer de mon côté d'autres voies de résistance au bellicisme de nos gouvernants, d'autres voies que les "grands appels" et les fédérations solennelles de petits collectifs. Par exemple la voie qui consiste à livrer le plus d'infos "alternatives" (c'est à dire absentes de nos grand médias) objectives sur le blog de l'Atlas alternatif, celle des petites confidences sur ce blog, peut-être aussi des voies plus artistiques si la possibilité m'est donnée de les fréquenter. Faute de mieux, je l'admets, mais il faut bien reconnaître que le microcosme "antiimpérialiste" parisien a tout fait pour me convaincre (et convaincre tant d'autres militants potentiels) qu'il n'était pas "tout à fait adapté", c'est le moins qu'on puisse dire, à la gravité des enjeux de notre époque. En tout cas, chers lecteurs, si vous décidez d'aller y jeter un coup d'oeil, n'hésitez pas à votre retour à nous communiquer vos impressions !

 

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