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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #1910 a 1935 - auteurs et personnalites tag

Est/Ouest (Emmanuel Berl)

13 Octobre 2022 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE, #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités, #Divers histoire

"La dépréciation scandaleuse de Byzance (dans l'historiographie) est sans doute pour quelque chose, et même pour beaucoup, dans les difficultés de l'Europe occidentale à comprendre la Russie et à se faire comprendre d'elle. Ce défaut défaut de communication, les Russes l'imputent au capitalisme, les Occidentaux au léninisme. Mais il existait avant que la Russie devienne bolchévique et Dostoïevski n'est pas moins dur - et injuste - envers le 'bourgeois de Paris' que n'est, aujourd'hui, la Pravda"

Emmanuel Berl, Les Impostures de l'Histoire, 1959 (réédition Grasset 2014, p. 32).

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L'alchimiste Pierre Dujols

27 Mai 2022 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

Dans mon dernier billet sur Gen Paul et Montmartre, je renvoyais à un article de l'écrivain alchimiste Richard Khaitzine. Dans cet article, il est question de Pierre Dujols (1862-1926), présenté comme le "dernier descendant des Valois" et un ami de l'alchimiste Fulcanelli.

Khaitzine ajoute en note de bas de page : "Les historiens n'ont pas relevé que le Duc d'Anjou, quatrième fils de Catherine de Médicis, se maria et qu'il eut un descendant mâle, lequel ne put faire valoir ses droits au trône. L'épouse du Duc était née Medina Coeli. Cette famille espagnole était de la lignée des Infants de la Cerda, les descendants d'Alphonse X de Castille, dit Le Sage, auteur des tables alphonsines et d'un traité d'hermétisme. Cette branche fut spoliée du trône d'Espagne par la branche collatérale. Au XVIIe siècle, l'Amirante de Castille, Henriquez Cabrera, issu de la branche spoliatrice, épousa successivement deux demoiselles nées Medina Coeli. De l'une de ces unions naquit... le comte de Saint-Germain, ainsi que l'atteste son blason, une fois lu selon les règles de l'héraldique. Comprend- on mieux pourquoi Pierre Dujols s'intéressa de très près à l'alchimie ?"

On trouvera ici un récapitulatif de l'engagement de Dujols dans l'hermétisme. Il y est précisé que "parmi les connaissances de Pierre Dujols (après son installation à Paris) se trouvent la cantatrice Emma Calvé, amie de Natalie Clifford Barney, l'Amazone du Paris lesbien, l'abbé Mugnier, artisan de la conversion de Joris-Karl Huysmans. Pierre Dujols reçoit à sa table l'alchimiste L. Faugeron. Viennent également au domicile parisien Julien Champagne et René Guénon."

Le blog "Toysondor.blog" précise, dans le même sens que Khaitzine, qu'Antoine Dujols (le frère aîné de Pierre) "présentait des preuves visant à établir que le dernier des Valois, le quatrième fils de Catherine de Médicis et de Henri II, contrairement à ce qu’indiquent les historiens, ne mourut pas sans héritier. François de Valois, Duc d’Anjou et d’Alençon, épousa le 12 avril 1575, Jeanne Adélaide, Duchesse de Médina Coeli. De ce mariage fut issue une lignée d’enfants mâles qui aboutit à Antoine Dujols, facteur de profession. Sous le règne de Louis XV, la descendance du mariage de François de Valois se manifesta en France en la personne de Charles-Louis de Valois. Ce dernier fut emprisonné à la Bastille et sa femme devint folle. Leur fils(*) fut alors adopté par un ouvrier nommé Guillaume Dujols. Et Eric Muraise dans son livre Du Roy perdu à Louis XVII psychanalyse historique d’un mythe national (Julliard, 1967), citant l’opuscule de Antoine Dujols, ajoutait : « En 1885, on voit alors un Dujol adresser au tribunal d’Aurillac une demande de rectification d’état civil, aux fins d’être reconnu pour Henri-Charles-Louis d’Usson, d’Auvergne, d’Alençon, prince de Valois. Il ne semble pas que le tribunal ait fait droit à cette requête insolite, mais il existe toujours des Dujols. On trouvait encore, avant la dernière guerre, dans le Lyonnais et l’Auvergne, une ligue royale dévouée à la cause de Mgr Henri de Valois, laquelle se confondait avec celle d’un Henri Dujol. "

Il ajoute qu'Antoine Dujols, mort à 46 ans était magnétiseur et guérisseur, selon le journal l'Avant garde de Provence de juillet 1892. Concernant Pierre Dujols, alchimiste opératif et éditeur, un de ses textes est en ligne ici.

Vous savez que ce blog n'est pas complètement indifférent aux questions dynastiques, dès lors qu'elles peuvent engager le statut métaphysique de la France si l'on en croit tout un courant prophétique dans la lignée de l'apparition de La Salette : voyez notre billet sur la probable opération maçonnique du "roi des Gilets jaunes"...

Cette histoire de descendance masculine cachée de Charles-Louis de Valois apparaît très douteuse : les documents du XIXe siècle facilement accessible ne parlent que d'une fille.

J'ai jeté un oeil sur le chapitre "Les Valois et les Bourbons" dans ses "Nobles Ecrits" récemment réédités par le Mercure Dauphinois, chapitre qui fut déjà vertement critiqué dans le journal "La Légitimité" du 21 juin 1885, sous la signature d'Albert Faure. Je reviendrai ultérieurement sur ce livre.

On trouve probablement un écho de la rivalité Valois-Bourbon dans le roman Jérôme Manierski, L'héritage des rois, , paru en 2017, qui met en scène un "ordre du cordon noir" maçonnique fondé par les Bourbon, chargé d'entraver les recherches du héros autour de Chambord et de Feigneux.

La lignée de Dujols n'est pas éteinte. Mais elle passe par ses deux filles (il n'y a pas eu d'héritier mâle) dont une épousa l'éditeur des Belles Lettres, dont les ouvrages sont consacrés à la Grèce antique.

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Gen Paul, Montmartre et Marguerite

20 Mai 2022 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi, #Le quotidien, #Divers histoire, #Billets divers de Delorca, #Grundlegung zur Metaphysik, #Un livre épuisé sur D. Albert, #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités, #Association d'idées, #Lectures

Puisque beaucoup d'abonnés de ce blog annulent leur inscription ces derniers temps (sans que je sois en mesure deviner pourquoi), je puis, en un sens, maintenant, me sentir plus libre d'y écrire un peu ce qui me passe par la tête sans me demander ce qu'on attend de moi. C'est un peu d'ailleurs ce que j'y faisais il y a dix ou quinze ans, à une époque où je n'avais pas moins de lecteurs - même si c'étaient des lecteurs au profil sans doute différent.

Tenez, savez-vous qu'en ce mois de mai, un de mes billets les plus lus est celui que je consacrai à la tombe de Marguerite d'Angoulême en 2012 (en un temps où j'utilisais un langage dans lequel je ne me reconnais plus) ? Je suppose que c'est là le fruit des hasards des référencements sur Google et des recherches des collégiens pour quelque rédaction que leur commande un prof de français. Mine de rien la Marguerite des Marguerites aura rapporté plus de lecteurs à ce blog que tout mon militantisme dans les milieux anti-guerre, car elle m'a aussi fait écrire sur le quintinisme, au moment où j'étais sur la pente escarpée de l'athéisme, et comme j'étais un des rares internautes français à écrire sur Quintin, divers esprits curieux de la Renaissance sont venus à mon blog par ce biais, y compris d'ailleurs un historien distingué. Je ne regrette pas tous ces charmants billets, dont un m'avais aussi conduit vers les oeuvres de Brantôme... L'univers de la Renaissance est étrange et pose diverses questions sur les avantages ou les dangers de l'ésotérisme chrétien. C'est un sujet des plus complexes. La dette que l'on doit avoir ou pas à l'égard du néo-platonisme et de ses vapeurs souvent malsaines (je ne sais pas pourquoi mais cela me renvoie à E Michael Jones, le seul auteur à ma connaissance qui pointe ce qui cloche le plus dans le règne de Julien l'Apostat : ses liens avec l'occultisme, qu'il relie à bon droit avec la problématique du néo-platonisme en général).

Mais laissons là la Renaissance. Hier je me penchais plutôt sur Montmartre et sur le peintre Gen Paul. Là encore l'occultisme n'est pas loin. Pensez au cabaret le Chat Noir qui en était le siège, à l'inventeur Charles Cros. Gen Paul faisait sans doute partie de ces âmes perdues. Son interview chez Chancel l'année de ma naissance, respire l'impasse existentielle de tous ces créateurs sans dieu qui se consolent dans un amour illusoire de la nature. Mais, que voulez-vous, j'ai toujours une grande tendresse pour la mémoire du Paris populaire. Vous savez que j'ai aidé une vieille dame parisienne à publier ses souvenirs quelques années avant son trépas (une école fut inaugurée à son nom il y a 7 ans, dans la ville où je l'avais interviewée, Sevran, je n'en ai même pas été informé - les gens ne sont vraiment pas corrects). Elle n'avait pas vraiment des origines populaires, mais elle avait la gouaille et l'argot de ce milieu-là. Son militantisme communiste en banlieue (alors qu'elle était parisienne), l'avait conduite à cultiver cela.

Tout béarnais que je suis, j'ai été très entouré par l'argot parisien dans mon enfance. Je ne sais pas trop par quels canaux cela passait : peut-être par les chansons à la radio (la "TSF"), le cinéma, ou peut-être par l'influence très indirecte d'oncles engagés dans l'armée. Qui sait ? Je ne vais pas tenter de remonter le fil sociologique de ce genre de transmission de cultures très localisées à des centaines de kilomètres de leur "terroir" (ou de leur macadam...).

On sait les lettres de noblesse académique que Céline donna à cette langue, et quelles lettres d'abjection il donna à l'anarchisme qu'elle véhiculait. Gen Paul était de cet anarchisme-là. D'ailleurs il aurait déclaré que ces Céline qui lui a appris l'argot (voir ici)... Bizarre... Ce n'était donc pas naturel sur la butte ?

En parcourant quelques textes sur Internet pour boucler cette petite promenade vispérale à travers le Montmartre d'il y a cent ans (rien à voir avec l'artefact actuel pour touristes piégés par Amélie Poulain), je tombe sur cet article de Richard Khaitzine intitulé "Les Mystères de Montmartre" du numéro de la revue "Le Vieux Montmartre" du 1er janvier 2002 (il y a 20 ans).

L'auteur y écrit ceci (p. 32) à propos du roman "Le Roi Mystère" de Gaston Leroux (habitué du Chat Noir, son arrière petite-fille tient encore un bistrot à son nom à Montmartre) : "Le Roi Mystère recèle d'autres énigmes qui, toutes, confirment nos hypothèses de travail. Ainsi, que penser de ces concierges de Montmartre veillant sur la sécurité du Roi Mystère et de ses amis ? Que penser, en particulier, de cette concierge qui possède un perroquet souffrant d'une curieuse monomanie lui faisant débiter toujours la même phrase : " Tu es la Marguerite des marguerites, la perle des Valois... ". Si Gaston Leroux semble avoir voulu évoquer l'érudite sœur de François 1er, pour des raisons qu'il serait trop long d'exposer ici, nous pouvons être certains qu'il souhaitait aussi orienter son lecteur en direction de Maxime Lisbonne. Cet ancien Communard, déporté au bagne de Toulon, lors de son retour, fonda différents établissements qui, tous, eurent le même insuccès : La Taverne du Bagne (Gaston Leroux, dans les Aventures de Chéri-Bibi, ex-bagnard poursuivi par la Fatalité, évoqua fréquemment les cabarets montmartrois)".

Je puis jurer que lorsque j'ai commencé à écrire ce billet en parlant de Marguerite de Valois, j'étais à des lieues de penser que je retomberais sur elle à propos de Montmartre ! De même que je ne pouvais supposer il y a 15 jours en jetant un oeil rapide sur un extrait de "Chéri-Bibi" sur une vidéo de YouTube que je citerais le nom de cette série de mon enfance dans ce blog aujourd'hui... Décidément la façon dont les choses se recoupent devient des plus troublantes. Si seulement ce Richard Khaitzine, écrivain alchimiste, avait bien voulu nous dire justement pourquoi Leroux citait Marguerite à propos de Montmartre plutôt que d'estimer que ce serait "trop long à exposer"... Et je ne puis le lui demander par mail : il est décédé le 9 décembre 2013...

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La luciférase dans le patch quantique de Bill Gates

8 Mai 2020 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #coronavirus-vaccination-big pharma, #Bill Gates, #Grundlegung zur Metaphysik, #Christianisme, #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités, #Divers histoire

On a parlé le mois dernier, du  nouvel implant invisible appelé « tatouage à points quantiques» (un patch de micro-aiguilles) conçu par Microsoft pour suivre qui sera vacciné contre le coronavirus et qui ne le sera pas, sous le numéro du brevet WO/2020/060606.

Quand on commence à lire des informations à ce sujet on se croirait en plein "fake", en pleine contrefaçon complotiste, et pourtant qui peut invalider celle-ci ? Ce dispositif breveté qui se présente comme un "passeport immunitaire" (immunity passport) repose sur l'introduction sous votre peau d'une enzyme, la luciférase, qui est nécessaire pour qu'une machine puisse lire l'information inscrite dans votre tatouage. C'est une enzyme dont la bioluminescence est proche de l'infrarouge.

Le nom, qui renvoie à Lucifer, intrigue. Même le plus naïf, le plus anti-chrétien, le plus de mauvaise foi des lecteurs peut se demander "pourquoi avoir appelé une enzyme ainsi" ? Une question que Wikipedia en version française ne se pose évidemment pas. La première réponse qui vient à l'esprit, pour cette structure dont le génome a été décodé en 1987, c'est que Lucifer en latin, veut dire "porteur de lumière", comme l'entreprise allemande qui a équipé l'observatoire astronomique du Vatican aux Etats-Unis.

Ce peut être une façon de se rassurer si l'on décide par ailleurs  d'oublier qu'on a affaire là à des gens qui pratiquent l'occultisme dont ils affichent délibérément les signes (l'oeil d'Horus par exemple, ou pensez à Apple dont le logo évoque le jardin d'Eden vendant son premier ordinateur en 1976 à 666,66 dollars), et si l'on oublie que Lucifer est le dieu de la franc-maçonnerie si influente dans le milieu médical comme au sein de la Silicon Valley.

En réalité, si l'on se penche sur l'inventeur des mots "luciférine" et "luciférase", on découvre qu'il s'agit d'un certain Dr Raphaël Dubois. Dubois, professeur de physiologie générale et comparée à l'Université de Lyon, spécialiste des photobactéries, était au début du XXe siècle un anarchiste de salon, et un collaborateur de la revue "La Vie universelle, bulletin de l'Association internationale biocosmique" selon Vittorio Frigerio "Nouvelles anarchistes : La création littéraire dans la presse militante" p. 261. On peut trouver sur Internet une conférence de ce Dubois sur la paix en Europe, qui fait l'éloge de Pythagore - ce qui sent la référence maçonnique - (p. 4), et théorise sur les champs magnétiques terrestres y compris leur influence sur les épidémies (p. 7-8)... non non ne pensez pas à la 5G...

Voilà qui probablement exonère Bill Gates de l'accusation simpliste selon laquelle il aurait au sein d'une société secrète planifié d'introduire une enzyme au nom satanique dans son patch quantique, mais qui, en revanche, rattache clairement son entreprise à une tradition très marquée sur le plan de l'antichristianisme et des recherches occultes. De quoi encore renforcer la méfiance.

Au fait : a-t-on la moindre idée des effets secondaires de la présence de cette enzyme dans un organisme humain ? (tout comme d'ailleurs de ceux des effets de ce vaccin mal testé, préparé à la hâte, que les médias nous conditionnent chaque jour à désirer de toutes nos forces ?)

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"Monsieur Vincent"

5 Juin 2019 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma, #Christianisme, #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

Je regardais tantôt en DVD ce beau film de 1947 "Monsieur Vincent" que jadis les enfants du patronage catholique allaient voir car c'était du temps où le cinéma national (tout comme celui d'Hollywood - d'ailleurs le film reçut aux Etats-Unis l'Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1949) se devait d'être chrétien, ou du moins de ne pas trop heurter les consciences catholiques, ce qui a changé dans les années 60.

Ce film présente d'une manière touchante le personnage de Saint Vincent de Paul, un des héros du renouveau spirituel français du XVIIe siècle.

Du coup, je me plonge cet après-midi dans quelques passages de la vie de ce saint prêtre gascon. Son enlèvement par les pirates sur la mer entre Marseille et Narbonne, sa vente à 29 ans comme esclave à Tunis d'abord à un pêcheur, ensuite à un médecin (de septembre 1605 à août 1606). Il précise dans une lettre que ce médecin était un alchimiste "spagirique , souverain tireur de quintessences, homme fort humain et traitable, lequel, à ce qu'il me disait, avait travaillé l'espace de cinquante ans à la recherche de la pierre philosophale, etc." Il précise : "Il m'aimait fort, et se plaisait de me discourir de l'alchimie, et puis de sa loi, à laquelle il faisait tous ses efforts de m'attirer, me promettant force richesses et tout son savoir. Dieu opéra toujours en moi une croyance de délivrance par les assidues prières que je lui faisais, et à la vierge Marie, par la seule intercession de laquelle je crois fermement avoir été délivré", de sorte que l'espérance de la délivrance (pour retrouver un certain M. de Commet avocat à d'Acqs et juge à Pouy qui l'avait fait entrer dans les ordres Mineurs) le fit s'intéresser plus au moyen de guérir la gravelle, pour laquelle il préparait les ingrédients et les administrait. Il avait la sagesse de fuir la sorcellerie et tout ce qui, dans cette veine, flatte l'Ego...

J'apprends que de 1619 à 1622 il fut aumônier des galères à Marseille. J'ai passé une nuit à l'hôtel Ibis qui est l'ancienne capitainerie des galères royales dans cette ville, en 2014, du temps où j'y menais une enquête sur les médiums. Qui sait si quelque chose de la présence du saint homme à l'époque ne m'avait point protégé des conséquences potentiellement très funestes que pouvaient avoir pour moi ces mauvaises fréquentations. Par la suite, j'ai croisé l'ordre de Saint Vincent de Paul en travaillant sur ces étranges apparition de la Vierge rue du Bac et la médaille miraculeuse qui leur fut consacrée en 1830, car cette affaire remit en scelle cette congrégation, à l'époque malmenée par le pouvoir civil. Notre siècle gagnerait à se pencher à nouveau sur tout cela.

Il devrait aussi se pencher sur Maurice Cloche, le réalisateur du film, qui avait, douze ans plus tôt, surpris et ébloui le chroniqueur du journal Comoedia (20 février 1935) Jean Vincent-Bréchignac (et son successeur Fernand Lor l'année suivante, ainsi que beaucoup d'autres critiques qu'on peut trouver sur Gallica) avec un documentaire flamboyant sur le Mont Saint Michel, puis s'était spécialisé dans la mise en valeur des détails de l'existence quotidienne en province avec "Ces dames aux chapeaux verts" et à Paris avec "Sixième étage" (voir lé critique dans Le Matin du 28 juillet 1939 p.4). Neuf ans après Monsieur Vincent, en 1956, il allait revenir à la thématique chrétienne avec "Un missionnaire" (à propos de l'Algérie) à partir d'un témoignage authentique, mais que les milieux chrétiens de l'époque jugèrent maladroit.

Cloche n'était pourtant pas spécifiquement étiqueté catholique. Ses sujets ont été variés. A gauche les communistes ont vertement critiqué un de ses films sur l'enfance délinquante, mais Témoignage chrétien du 16 avril 1948 a signalé que "Monsieur Vincent" a été interdit aux Etats-Unis pour ses tendances communistes tandis que dans la revue du Parti communiste français La Pensée d'octobre 1948 (p. 106) le résistant Pol Gaillard lui reconnaissait le mérite d'avoir insisté sur l'importance des conditions matérielles de vie des pauvres et d'avoir montré que "l'expérience apprend de plus en plus à Vincent ce qu'il ne voulait pas admettre d'abord, qu'on ne peut rien tout seul, qu'on ne peut rien sans argent, qu'il faut organiser, organiser et que c'est là une tâche sociale et politique; il est contraint, bien qu'il y répugne, d'intervenir toujours plus haut, de s'adresser à l'Etat (car le dévouement des grandes dames ne va pas loin et l'on ne peut pas compter sur elles par exemple pour recueillir les enfants abandonnés".

Il semble que le PCF ne lui en voulait pas d'avoir terminé son scénario en 1943 sous l'Occupation, et d'avoir travaillé sous la botte allemande comme beaucoup d'autres cinéastes...

Extrait de la critique de Monsieur Vincent dans "La femme dans la Cité"  revue du Rassemblement féminin martiniquais de 1949, dont on peut supposer qu'elle reflétait le regard chrétien provincial (aussi bien qu'outre mer) sur ce film à l'époque :

"Une société a été créée il y a quelque temps :« L'Office Familial de documentation Artistique » ( OFDA ), dans le but de produire, non pas des films de propagande, mais des oeuvres fortes françaises, chrétiennes et profondément humaines. Elle a procédé par souscription dans la France entière. « Monsieur Vincent » est le premier résultat de son effort(*). Il ne faut pas hésiter à dire que c'est un chef-d'oeuvre. Mais n'allez pas voir ce film si vous êtes décidé à vous admirer vous-mêmes et à demeurer content de vous. On en sort comme honteux. Ce n'est pas la vie d'un homme charitable. C'est l'évocation même de la Charité. Et la Charité, comme tout ce qui est grand, est vouée à la solitude. Vincent de Paul a été seul, effroyablement seul. Seul quand il pénètre à Châtillon-en-Dombes, dont la population se calfeutre par crainte de la peste et lui jette des pierres pour qu'il s'en aille : ces gros souliers ferrés qui résonnent sur le pavé désert, ce visage de bonté qui se heurte à la dureté farouche de l'égoïsme . . . Seul sur ces galères, dont on l'a nommé aumônier général. Seul à sentir l'abîme de détresse de ces misérables qu'on traite pis que des bêtes. Seul dans des taudis de Clichy, où il écoute, en essayant de trouver le sommeil, les voix de la folie, du vice, de la maladie, les cent voix du mal qui crient vers lui de tous les murs. Seul aux prises avec l'Administration, qui ne lui pardonne pas d'avoir découvert la misère humaine, si bien couverte jusque là et qu'on avait loisir d'ignorer. Seul avec les "grandes dames de charité" qui refusent de se laisser entraîner au delà des papotages qu'elles avaient baptisé « charité ». Seul face à Richelieu, aux grands de la terre, aux malheureux aigris, à ses propres collaborateur (...)

Il a réussi ce tour de force de recréer intensément l'atmosphère d'une époque sans tomber dans le genre "reconstitution historique". Il a composé une oeuvre bouleversante profondément chrétienne sans rien de désagréablement "pieusard ", profondément humaine sans que Dieu soit laïcisé.

En France, dans toutes les villes où Monsieur Vincent a été projeté, on a signalé des actes de charité sortant de l'ordinaire dans les jours qui ont suivi. Telle cette dame de Lille, qui, rencontrant à sa sortie du Cinéma un malheureux étendu dans la rue, l'emmena chez elle et le soigna pendant plusieurs jours.

Je souhaite qu'il donne ici, à tous ceux qui le verront, des yeux plus chrétiennement ouverts sur la misère humaine. À la fin de sa vie, au cours d'une conversation qu'il a avec la vieille Reine de France, Vincent de Paul lui dit son regret d'avoir tant dormi, tant perdu de temps... Et la Reine de s'exclamer : " Mais alors que faut-il faire ?.. . " Et Saint Vincent en se levant péniblement, répond par ce simple, mot : " Davantage, Madame. .. "

Que vous ayez fait peu ou beaucoup pour vos semblables, j'espère qu'à votre tour, après avoir vu " Monsieur Vincent " et. vous disiez de même : " Il faut que je fasse davantage. (...)

Seul comme l'amour, quand il est vraiment l'Amour, avec ses terribles exigences et son impitoyable logique.

C'est pour cela que Pierre Fresnay est seul dans ce film. Les autres jouent admirablement leur rôle de comparses. Ils ont compris qu'ils devaient s'effacer devant cet homme un peu lourd, paysan, sans éloquence, qui a encore plus de coeur que de génie, qui parle mieux par ses yeux et par ses mains que par sa bouche. (...) Quant au dialogue de Jean Anouilh, il nous prouve qu'un vrai dramaturge est capable d'entendre, au-delà des voix rauques de la triste humanité, la voix humaine et divine de la sainteté. Les répliques entrent dans la chair; elles bouleversent ; elles font mal. Je pense à cette exclamation d'une dame de charité qui refuse de se charger des enfants trouvés, enfants du péché : « Est-ce que ce n'est pas la volonté de Dieu que de tels enfants meurent ?" -- La réponse arrive, lente, émouvante. : " Madame, quand Dieu veut que quelqu'un meure, pour le péché, il envoie son Fils ".  

(*) 80 millions de Francs, là où le budget ordinaire d'un film tournait autour de 10-12...

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Vril dans le Sud-Ouest

25 Mars 2019 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités, #Le monde autour de nous, #Débats chez les "résistants"

Si beaucoup de recherches se développent sur Internet autour des sociétés secrètes en ce moment, c'est entre autre parce que beaucoup d'artistes, avec la complicité des journalistes, ont une façon très peu crédible de répondre aux questions qui leur sont posées.

Voyez cette artiste qui a vendu à la communauté d'agglomération de Bordeaux un triptyque pour 1 million et demi de dollars (dont probablement 80 000 euros pour elle). En novembre 2015, le président de l’Association de défense des intérêts du quartier de Bacalan, Luis Diez, descendant de Républicain espagnol, s'est indigné de ce que la sculpture représentant une soucoupe volante qui constituait une partie de ce triptyque portait le nom de la société secrète Vril qui fut au coeur du programme de fusée du régime nazi (et aussi de beaucoup de ses spéculations occultistes) - voir rue89Bordeaux du 4 novembre 2015. (Les deux autres parties sont un mémorial dans une bibliothèque et une bibliothèque de science fiction près d'un observatoire - l'ensemble composera un triangle magique avec l'aide de un architecte local).

En réponse aux critiques qui la soupçonnaient de sympathie pour le nazisme, l'artiste répondait dans une interview à Sud-Ouest qui a été ensuite republiée en 2017 l'artiste posant sous un parapluie rose (couleur chargée de sens dans l'ésotérisme actuel, et pas forcément d'un sens positif...) :

"J’espère sincèrement que les intentions de ce projet pourront être expliquées à chacun, que l’on pourra écarter la crainte qu’il s’agisse là d’un projet ‘nazi’. Ce n’est réellement pas mon intention, et je suis horrifié que l’on puisse l’interpréter de cette manière. Ma propre famille a souffert elle aussi à cette époque, mes grands-parents paternels, des juifs polonais, ont été déportés en camp de concentration, avec d’autres membres de ma famille. Mon père était venu à Paris dans les années 1930. Il avait étudié à l’école de sciences politiques et était ensuite devenu membre de la résistance française à Paris, puis en zone occupée. Ma tante elle aussi était dans le maquis, dans le sud de la France. Par leur action, ils ont aidé à sauver de nombreuses vies.

Le nom Vril, que j’ai utilisé pour l’une des trois parties de mon projet, vient d’un livre qu’on considère comme le tout premier roman de science-fiction, Vril: the Power of the Coming Race écrit en 1871 par un anglais, Sir Edward Bulwer-Lytton. On retrouve dans ce livre plusieurs des problématiques abordées par mon triptyque. Le roman décrit une société imaginaire rendue possible par la technologie, sous la surface de la terre, dont les habitants possèdent un pouvoir leur permettant de contrôler la matière sous toutes ses formes. C’est une vision, une hypothèse de ce que pourrait être notre avenir, un futur où chacun devrait vivre heureux et en paix, conscient des conséquences de son propre pouvoir.

Il n’y a pas de fondement à la rumeur qui prétend que les nazis auraient utilisé le nom Vril pour un supposé programme spatial au cours de la Deuxième Guerre Mondiale. Il faut éviter tout amalgame entre le concept nazi de race dominante et le sous-titre du livre, ‘the Power of the Coming Race’ (la puissance de la race à venir). On sait aujourd’hui que les nazis ont repris et/ou détourné de nombreuses idées, de nombreuses théories, pour soutenir leur programme de domination mondiale ; ils ont emprunté à la philosophie, à la science, aux technologies, mais aussi à la fiction. Tous ces concepts ne sont pas intrinsèquement nazis. Ce sont des idées fortes, que l’on peut utiliser – et que l’on a utilisé sous différentes formes – pour le bien ou pour la destruction de l’humanité. La médecine, la psychologie, les sciences sociales, la guerre sont autant d’exemples d’application."

Finalement, le projet a changé de nom pour devenir simplement « Le Vaisseau spatial ».

L'artiste se borne à mettre en scène une histoire connue de tous : les nazis contre les résistants, sa famille était elle-même résistante donc il n'y aurait aucune ambiguïté. En réalité, le problème ne se situe pas là. Ce n'est pas dans le conflit visible entre nazis et résistants. C'est dans la continuité entre les sociétés secrètes à l'oeuvre en Allemagne au coeur du nazisme et les programmes poursuivis ensuite en Occident sur la base du même crédo, et souvent avec les mêmes personnes exfiltrées du régime hitlérien. C'est un mensonge éhonté que de dire que Bulwer-Lytton (célèbre lord auteur des "Derniers jours de Pompei" et membre de la société secrète maçonnique Aube dorée, Golden Dawn à laquelle appartiendra aussi le mage sataniste Aleister Crowley) n'avait pas les mêmes objectifs que le nazisme et cherchait simplement à engendrer une civilisation où les vivraient "heureux et en paix". La revue Dissidences expliquait plus justement à propos  de "The Power of the Coming Race" : "Fidèle à une vision évolutionniste, Bulwer-Lytton imagine un stade plus élevé de la machinerie sociale, sorte de synthèse entre des idées d’extrême gauche et des notions aristocratiques ou réactionnaires (...) Pour autant, la civilisation du Vril-ya ne cache pas son mépris pour les peuples qui lui sont inférieurs, car encore au stade démocratique de la bêtise de masse et dépourvus de la maîtrise du vril, clef de tout progrès collectif. (...) " Il faut être soit borné, soit de mauvaise foi, pour ne pas voir une similitude entre cette race supérieure mêlant les idéaux socialistes et réactionnaires dans un projet totalitaire avec le nazisme...

L'ancien militaire autrichien devenu universitaire du nom de Karl Haushofer voulut mettre en pratique l’intuition de Bulwer-Lytton et chercha concrètement le moyen de développer en l’homme la mystérieuse force psychokinétique censée faire des Vril-ya des êtres comparables à des dieux. Il fonda au début du siècle dernier la Confrérie du Vril ou Loge Lumineuse.  La Société aurait enseigné des exercices de concentration conçus pour éveiller les forces de Vril, une force d'énergie sexuelle Shaakti, plus forte chez les femmes aux cheveux longs, qui alimentait l'énergie magnétique de la Terre vers le cerveau. Leur objectif principal était d'atteindre « Raumflug », le vol spatial inter-dimensionnel basée sur les révélations psychiques d'extraterrestres aryens vivant sur Aldébaran, l'Oeil du Taureau,... Adepte des rituels de l'Aube Dorée anglaise (Golden Down), et connecté, après un voyage en Inde et au Tibet, avec la société himalayenne des Chapeaux jaunes, Haushofer, ayant rencontré en 1917 la médium croato-autrichienne Maria Orsic fit converger l'entourage d'Orsic, la société de Vril, et la société de Thulé (embryon ésotérique du parti nazi actif à Munich en 1919 dont l'imaginaire touche encore la Nasa). Des membres de ce groupe louèrent en 1919 une petite maison de garde forestier près de Berchtesgaden (dans les Alpes bavaroises) où ils se rencontrèrent, accompagnés de Maria Orsic et d'une autre médium qui était seulement connue sous le nom de Sigrun. Selon Jürgen Ratthofer et Ralf Ettl, dans Das Vril Projekt (1992), Maria prétendait avoir reçu des transmissions médiumniques dans un script templier allemand secret puis dans une langue tout aussi inconnue d'elle contenant des données techniques pour la construction d'une machine volante. Il s'est avéré que la langue apparemment mystérieuse de la seconde canalisation était en réalité du sumérien ancien et donc la langue des anciens fondateurs de la culture babylonienne. Sigrun aida à traduire la langue et à déchiffrer les étranges images mentales d'une machine volante circulaire.  En mars 1922 fut terminé, grâce au financement par de riches industriels, le premier prototype de Jenseitsflugmaschine (ou machine volante en forme de soucoupe). Mais le premier vol d’essai fut un échec. D'autres tentatives allaient avoir lieu ensuite puis le savoir accumulé allait être repris dans les programmes de recherche du régime nazi après 1933.

C'est bien dans la lignée des soucoupes volantes de la Société Vril que se situait l'oeuvre de l'artiste à Bordeaux qui porte son nom. La présentation initiale de ce projet n'existe plus sur son site (voir ici), mais Rue89Bordeaux a eu la bonne idée de le recopier en novembre 2015. L'auteure y déclarait avoir « été frappée d’apprendre que de nombreux bateaux allemands datant de la Seconde Guerre mondiale se trouvent toujours au fond de la Garonne » et explique que la transformation de l’un d’eux constitue « la métamorphose d’une chose en une autre, pour donner chair au processus physique de mutation dans la ville ».

Dans l'interview précitée à Sud-Ouest l'artiste déclarait : "J’ai eu l’idée de sortir une épave de la Garonne pour la transformer en quelque chose d’autre, par une sorte d’alchimie, la transformation d’une matière en une autre, pour incarner le processus physique de transformation à l’œuvre dans la cité. J’ai imaginé qu’un de ces navires de guerre français en décomposition puisse devenir, des décennies après la défaite des Allemands, un vaisseau spatial étincelant. Rien à voir avec le fantasme de puissance et de contrôle d’une guerre nazie. Le renouveau d’un vaisseau spatial français, qui emporterait l’histoire jusqu’à aujourd’hui et vers un avenir hypothétique, tout à la fois un rappel de la guerre et un encouragement à imaginer et construire un avenir différent."

"The narrative changed" (la narration a changé) comme diraient les Anglo-saxons : initialement c'est une épave allemande que l'artiste voulait transformer en soucoupe volante, puis, sous la pression des polémiques, on invente une volonté d'utiliser au contraire une épave française pour se tourner vers un avenir meilleur. Mais qui peut être dupe ? (à part les journalistes qui évidemment n'ont pas relevé ce "détail", interrogé l'artiste à ce sujet ou mené une enquête pour savoir finalement si le navire fut français ou allemand...).

Changement de narration, mensonge sur le message de Bulwer-Lytton, on ne peut pas penser que tout cela procède de simples maladresses. L'artiste est une grande initiée. Le jeu de tarot Hexen 2 qu'elle a créé a été présenté par le Science Museum de Londres en 2012 comme "basé sur le système de la Golden Dawn" ce qui a valu à l'artiste en 2018 d'avoir une résidence de trois mois au CERN (semble-t-il prolongée jusqu'à maintenant cf Instagram)... Elle a publié en 1999 une sorte (si on en juge par la quatrième de couverture) de roman (mais dans les milieux occultistes les romans comme les films servent souvent à faire passer des réalités sur le mode du "hidden in plain sight") intitulé "Hexen 2039 : New Military-Occult Technologies for Psychological Warfare, a Rosalind Brodsky Research Programme" (prolongé par une expo au British Museum sept ans plus tard) qui "révèle ou construit des liens entre les théories du complot, les groupes occultes, Tchernobyl, la sorcellerie, l'industrie cinématographique américaine, les agences de renseignement britanniques, le lavage de cerveau soviétique et des expériences de contrôle du comportement menées par l'armée américaine et son commandement des affaires civiles et psychologiques (PSYOP), à la lumière de nouvelles recherches alarmantes dans les neurosciences contemporaines". A la lumière de tout cela la thèse d'un art qui n'aurait "rien à voir avec le fantasme de puissance et de contrôle", n'est tout simplement pas crédible.

bibliographie : Jan Von Helsieg, Secret societies
Vladimir Terziski, Nazi Ufos
Nick Cook, The Hunt for zero point
Timothy Good, Above Top Secret, The Worldwide Ufo Cover-up

On notera que l'ex (ou encore ?) franc-maçon Leo Lyon Zagami dans Invisible Masters (2018) en p. 203 en réponse à Wikipedia en allemand qui nie l'existence de la société Vril cite un article du savant allemand Willy Ley (1906-1969), publié dans le magazine Astounding Science Fiction sous le titre "Pseudoscience in Naziland" qui évoque une société qui recherchait le Vril sous le titre de Wahrheitgesellschaft. Il précise que l'énergie Vril (dont bizarrement la structure se comprendrait à partir d'une pomme) était peut-être maîtrisée par l'empire britannique et par l'empire romain sous la forme de boules métalliques appelées lares. Zagami précise un peu plus loin que la Golden Down elle-même avait des origines allemandes en la personne de la comtesse rosicrucienne bavaroise Anna Sprengel, fille naturelle de l'Electeur Louis Ie, mais l'existence de cette comtesse prête elle-même à caution...

Sur l'importance d'Aldebaran chez les occultistes voir aussi (p. 137 du même livre) le fait qu'à San Leo dans la province de Rimini en Emilie Romagne, en octobre 1969 un convent martiniste s'est réuni pour créer un égrégore sous la présidence du comte Gastone Ventura (1906-1981) dont le pseudonyme était Aldebaran.

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"Auction of souls", "L'Arménie martyre" (1919)

1 Juin 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma, #Abkhazie, #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités, #Christianisme

Il est une image qu'on trouve parfois sur des profils de militants chrétiens sur des réseaux sociaux, celle ci-dessous.

Elle est en fait extraite d'un film américain "Auction of souls" (ou "Ravished Armenia"), diffusé en France sous le titre "L'Arménie martyre". Une petite recherche sur Gallica nous en dit un peu plus sur ce film.

Par exemple la Revue Comoedia du 7 décembre 1919 :

Jeudi prochain 11 décembre, à la Salle Gaveau, sera projeté au profit des orphelins de l'Arménie un film qui constitue une noble — et douloureuse — propagande.

Mme la duchesse de Rohan patronne l'œuvre et le film sur lequel on nous donne les renseignements suivants:

Ce drame a déjà été donné sous le titre d'Auction of Souls (Ames vendues aux enchères) en Amérique, et à Londres, et a produit partout une profonde impression ; le martyre de l'Arménie y est représenté de la façon la plus émouvante.

Ce film a été établi d'après les témoignages publiés par lord Bryce et M. Henry Morgenthau, et notamment d'après les souvenirs personnels d'une Jeune Arménienne, Aurora Mardiganian, qui, après avoir fait l'infernal voyage des déportations, enlevée par les Turcs et enfermée dans un harem, a réussi à s'échapper et à se rendre en Amérique. Mlle Aurora Mardiganian est d'ailleurs l'héroïne du film. ALADIN.

La même revue un peu plus tôt 30 oct 1919 regrettait que la diffusion du film ait été interdite au moins jeunes mineurs dans l'Ontario. Paris aimait depuis longtemps, dans le domaine du spectacle, se poser en antithèse des Etats-Unis "puritains".

Sans surprise on notera que la Revue royaliste l'Action française 8 décembre 1919 en p. 4 synthétisait toutes les critiques positives de la presse anglaise à propos de ce film :

"Appréciations dans la presse anglaise, sur le film "L'Arménie martyre", qui sera donné jeudi 11 décembre à huit heures et demie du soir à la salle Gaveau

Bioscope - "ce film est le plus remarquable qui ait jamais été édité en Amérique"
Evening Standard - "Toute femme anglaise devrait se faire un devoir d'assister à la représentation d'Auction of Souls".
Evening News - "La production cinématographique la plus étonnante sous tous rapports que j'aie jamais vue."
Kinematograph Weekly - "Il n'a jamais été présenté sur l'écran de ce pays un film plus puissant,plus convaincant et plus poignant. Cette production est d'une technique et d'une habileté insurpassables"
B. Blais Esq. - "Je ne puis qu'exprimer un désir : c'est que ce film soit vu par chaque homme et chaque femme du monde civilisé"

Je ne sais pas trop si dans les cours d'histoire du cinéma aujourd'hui on parle beaucoup de ce film. La même année sortait à Paris "J'accuse" d'Abel Gance célèbre pour sa scène sur les fantômes des morts de la guerre qui hantent la conscience d'un poilu,et "Une idylle aux champs" de Charlie Chaplin.

Il avait été tourné en Californie, nous apprend la fiche Wikipedia.

Je me suis un peu intéressé à cette duchesse de Rohan qui patronnait la diffusion de l' "Arménie martyre" en France. C'était une poétesse, âgée à ce moment là de 66 ans. Elle venait de recevoir peu la légion d'honneur du maréchal Foch, en mai 1919, au cours d'une cérémonie dans son hôtel particulier près des Invalides, pour y avoir soigné les blessés de guerre (elle l'avait mis à la disposition de la Croix Rouge), et, le même mois, la croix de la reconnaissance italienne "en remerciement des mois passés dans les ambulances du front en Vénétie". Son mari, le duc était député de Ploërmel en Bretagne. Elle était fille d'un marquis du Périgord. Un de ses fils périt dans la Grande guerre à hardecourt.

Comment la duchesse a-t-elle été sensibilisée à la cause arménienne ?

La duchesse connaissait l'Europe de l'Est. En octobre 1909 (source la revue "Les modes") elle avait effectué un voyage dans le Caucase, en Crimée et en Roumanie, en compagnie de une de ses cinq enfants la princesse Marie qui épousa un descendant de Murat l'acolyte de Napoléon (la petite fille de cette dernière fut l'épouse du ministre de Chirac Albin Chalandon, le monde est petit). La presse de l'époque nous apprend qu'elle y avait rendu visite à la reine de Mingrélie SA la princesse Salomé Murat (à propos de la Mingrélie je vous renvoie à mon livre sur l'Abkhazie). Elle avait écrit une partie de son voyage dans son chalet Herminissia dans la montagne de Kuibia. Le récit fut publié en 1910 chez Calmann Lévy sous le titre "Les dévoilées du Caucase". Le journal "Gil Blas" du 17 juillet 1910 ironique le décrit comme "un voyage en famille minutieusement papoté. L'auteur eût oublié quelque part son ombrelle qu'elle n'aurait pas négligé de nous en faire part". La Croix du 22 juillet 1910, plus déférente le qualifiera de "si aimable, si varié de ton, si spirituel sans prétention et si noble de pensée". On peut supposer que ses attaches mingrèles, auprès de sa belle famille les Murat avait sensibilisé la duchesse à la cause arménienne. Mais on n'en sait pas plus au vu des archives disponibles sur le Net sur ce qu'elle en pensa précisément ni le cheminement précis qui permit au public parisien de découvrir "L'Arménie martyre" à la salle Gaveau.

Le film est in extenso ci dessous.

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Scorsese et le martyre, Berl et le silence

9 Février 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma, #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités, #Grundlegung zur Metaphysik

Vu le dernier film de Scorsese "Silence", film astucieux mais sans intérêt sur le plan moral. Le cinéaste s'y regarde trop le nombril au prisme de la religion. Depuis La dernière tentation du Christ, il aime mettre en scène les doutes des croyants, mais, contrairement à ce que veut faire croire son film, l'engagement religieux ne peut se borner à glisser au milieu du scepticisme de la fin de vie une amulette interdite dans un cercueil. Cela dit, il met un certain talent "technique" au service du sujet considérable que représente le martyre des chrétiens au Japon au XVIIe siècle (voir ici notamment p. 175 et suiv).

Tous les martyres sont impressionnants, et ils sont le propre de beaucoup de religions. Ils m'impressionnent quand ils ne se font pas avec des ceintures d'explosifs car là, ce n'est plus du martyre, c'est de l'assassinat. J'ai découvert celui de religieux mandéens (sabéens) au XVIIIe siècle il y a peu : en 1782 les musulmans de Perse ne parvenant pas à obtenir par l'argent et la ruse les livres sacrés de cette secte jettent leur clergé en prison et les torturent. Plusieurs sont tués, empalés,mutilés, on leur coupa les membres en commençant par les doigts, corps égorgés, yeux brûlés au fer rouge, têtes coupées selon le témoignage de J. de Morgan. Le Gauzevra Adam auquel les Perses avaient coupé le poignet droit s'enfuit en Turquie avec le livre "Iniani" sous le bras qu'il recopia en cachette de la main gauche.

Je lis Emmanuel Berl en ce moment qui fut une sorte de Montaigne du XXe siècle. Il a raison de dire qu'au fond tous les athées, de Nietzsche à Picasso, furent de grands religieux. Sauf que ces gens là plaçaient leur Dieu trop loin et trop haut pour le croire susceptible d'imposer des lois à l'homme. C'est qu'il leur manquait la foi aux démons (ou plutôt la connaissance des démons), un peu moins d'orgueil, un peu d'humilité dans la façon d'observer des phénomènes comme la voyance et la médiumnité les auraient ramenés aux dures réalités du "deuxième ciel" et ils auraient alors compris pourquoi les lois morales existent. Voyez par exemple la séance où Malraux va voir une médium spirite pour lui faire dater un tapis antique et en ressort comme s'il sortait d'un labo d'analyse scientifique, telle que Pauwels la raconte. Un peu de modestie et de curiosité sans préjugés auraient ouvert à Malraux des boulevards d'élévation spirituelle. Idem pour Kant s'il avait eu l'honnêteté minimale de témoigner de sa fascination initiale (qu'il confesse dans ses lettres) devant l'intuition de Swedenborg sur l'incendie de Stockholm, plutôt que d'enterrer tout cela sous une tonne d'arrogance ironique dans "Rêves d'un visionnaire".

J'aime bien quand Berl dans "A contretemps" fait l'éloge du silence et transforme la phrase de Jésus "Que votre oui soit oui, que votre non soit non, tout le reste vient du Mauvais" (Mt 5:37), en "Dites oui oui dites non non et tout le reste vient des démons". Moi aussi j'aimerais avoir la sagesse de ne pouvoir parler que pour dire "oui" ou "non".

Un fervent musulman a commenté un billet récent de ce blog. Il y a des tas de religions comme l'Islam, le bouddhisme etc dont je me dis que plus je les connais et moins j'en sais sur elles. Mais j'ai une méthode bien à moi pour approcher ces sujets. Je ne creuse que ce qui m'est indispensable, quitte à devenir très pointu sur d'infimes détails (comme vous avez pu le remarquer sur ce blog avec mes remarques sur le pythagorisme), car le sens profond est dans le détail, sans jamais rechercher l'encyclopédisme ni l'académisme. Pour le reste il faut accepter de ne rien comprendre.

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Emmanuel Berl et le Béarn

26 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités, #Béarn, #Grundlegung zur Metaphysik

C'est un phénomène très étrange : le Béarn est une province française insignifiante et éloignée de tout, et cependant il s'y est passé à divers moment des phénomènes littéraires, politiques et métaphysiques intéressants. Souvent ils furent le fait de personnalités de passage plus que de natifs.

J'ai abondamment parlé sur ce blog de ce phénomène étrange qu'y fut la réforme protestante d'où est né cet apport indéniable quoiqu'ambigu au système politique et social français que fut la royauté d'Henri IV. Mais il y a plus : ont respiré l'air du Béarn Saint John-Perse, ou encore une grande mystique catholique de la fin du XIXe siècle récemment canonisée originaire du Liban, et le cinéaste Robert Bresson, auteur d'un magnifique film sur Jeanne d'Arc qui y tourna "Au hasard Balthazar", ou le chanteur populaire Daniel Balavoine qui fait encore parler de lui à travers les médiums. Le philosophe marxiste Henri Lefebvre y organisait des retraites intellectuelles avec ses pairs où l'on planifiait le soutien au Nicaragua. Agatha Christie et Sommerset Maugham y ont écrit. Ce sont des choses que les Béarnais eux-mêmes ne savent pas, des canards boiteux comme la République des Pyrénées se gardant bien de le leur apprendre.

Lors de mon dernier séjour là-bas je m'émerveillais encore de ce fait météorologique étrange caractéristique de la région : les Pyrénées y apparaissent ou disparaissent d'un jour sur l'autre suivant que le temps va virer à la pluie ou pas. A ma grande surprise, en regardant l'interview d'Emmanuel Berl devant la caméra de Boutang en 1971 diffusé par une chaîne de télévision ce soir, j'entends Berl citer ce phénomène (*), et évoquer le temps où, juste après la première guerre mondiale, il fréquentait à Pau Francis Jammes et Drieu La Rochelle. J'aurai dû attendre mes 46 ans pour apprendre que Berl avait vécu dans ma région natale.

J'ai toujours éprouvé de la sympathie pour Berl malgré son parcours erratique qui fit de lui à un moment la plume de Pétain. Bien sûr ce n'est pas l'aspect du personnage que je préfère. J'aime mieux évidemment le collaborateur de la revue Europe (la revue de Romain Rolland) qu'il fut auparavant. Il était le cerveau du parti radical socialiste, et un vrai dilettante, une "nature passive" dit-il dans son interview en se référant aux catégories de Sartre dans son livre sur Flaubert, comme je le suis aussi à bien des égards. Je pense que j'éprouve une attirance instinctive pour sa génération d'écrivains qui fut broyée par la guerre et en conçut une mélancolie incurable, plus que pour la génération d'enfants gâtés des 30 glorieuses façon Philippe Sollers qui a transformé la France en parc zoologique d'électeurs d'Hollande et Macron.

En lisant "Europe" en 2014 j'avais relevé qu'il citait Epaminondas au moment où cette référence pythagoricienne croisait mon chemin d'une manière inattendue. "Il y aura beaucoup d'Epaminondas" aurait dit Apollonios de Tyane à propos de l'Aquitaine romaine où se préparait une insurrection contre Néron. J'ignore si l'anecdote est authentique, et, à part Joseph Bonaparte dont l'acolyte en Provence se surnommait Epaminondas, je pense que Berl fut le seul à se soucier de ce héros thébain... Mais Berl a souvent eu un regard juste sur les sujets vraiment importants. Et il l'a eu sur les Pyrénées béarnaises... Il mérite encore sans aucun doute d'être lu...

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Il l'avait fait dans "Sylvia" paru dans "La Nouvelle revue française" de Gallimard en 1953 :

" Le Béarn favorise les confusions du réel et de l'imaginaire ; les Pyrénées surgissent ou s'effacent selon les sautes du vent, tantôt si proches qu'elle font corps, indissolublement avec le paysage, tantôt si bien cachées qu'on n'ose plus parler d'elles aux touristes ; soi-même, on les oublie, jusqu'à ce qu'elles reviennent, véhémentes, vous reprocher votre manque de foi."

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La franc-maçonnerie dans la Seconde République espagnole

7 Septembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Espagne, #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

Je n'ai pris conscience du caractère maçonnique de la république espagnole qu'en apprenant à la lecture des archives de mon grand père officier de la garde civile républicaine que dans les années 60-70 les francs-maçons étaient les derniers à organiser des réunions de soutien à celle-ci à Paris rue Cadet.

La péninsule ibérique a été travaillée par l'action des francs-maçons au début du XXe siècle. Début 1908 le roi du Portugal avait été assassiné. Cinq semaines plus tôt, le 25 décembre 1907, l’abbé Tourmentin dans le bulletin de l’association antimaçonnique de France publiait un article prophétique où il disait « il est bien à craindre que, dans un temps plus ou moins court, Don Carlos déchu, chassé ou exécuté, ne soit un nouvel exemple de la puissance des francs maçons » . Et c'est dans une République largement pro-franc-maçonne que la Vierge de Fatima est apparue.

En Espagne, le soulèvement de décembre 1930 à Jaca avait été organisé par les maçons. Six semaines avant les élections municipales du 2 mars 1931, F. Coty dans le Figaro avait stigmatisé l'insuffisance de l'action anti-maçonique du gouvernement de Primo de Rivera. En 1928, une perquisition aux sièges du Grand Orient de Madrid et de la Grande Loge symbolique n'avait pas été suivie d'effets. Ces perquisition provoquèrent une mobilisation internationale contre le régime espagnol. En avril 1930 Jean Longuet, membre du comité exécutif de l'internationale ouvrière socialiste, maçon et fils d'un gendre de Marx soutient les républicains à Madrid.

Les conjurés de Jaca (dont le leader le capitaine socialiste Fermin Galán était maçon depuis 1925) et de l'aéroport de Cuatro Vientos proposaient une liste de 10 membres d'un gouvernement provisoire dont 7 francs-maçons, les 3 autres ayant seulement pour fonction d'établir des contacts avec des milieux de droite. Tous ces noms allaient se retrouver dans le gouvernement du 14 avril 1931. La revue maçonnique argentine Cadena de Union en avril 1931 (article de Manuel Gualdi) saluait cette victoire sur le catholicisme. El Liberal fait de même dans un article repris dans le Boletin oficial del grand oriente espanol (n°61, 10 décembre 1931). Le bulletin du Grand Orient allait ensuite tenter d'atténuer cet excès de publicité - qui nuisait à ses intérêts en précisant : "C'est bien clair. La Maçonnerie ne gouverne le pays" . D'où ensuite les destructions d'édifices religieux dès mai 1931.

Le député carliste Lamamié de Clairac à la séance des Cortès du 14 novembre 1936 a accusé la révolte des Asturies d'octobre 1934, comme celle de Catalogne, contre le gouvernement de droite issu des élections de novembre 1933 d'avoir été orchestrées par les francs-maçons, ce qui expliquerait que des leaders condamnés à mort en conseil de guerre comme le socialiste González Peña (pour lequel une mobilisation fut lancée par les francs-maçons) ou le catalan Perez Farras commandant de division lors de l'insurrection de Barcelone (futur conseiller militaire de Durruti) aient été graciés (en prison il aurait dit "mes frères me sortiront de là"). L'URSS a été accusée de fournir des armes aux insurgés. Le 15 février 1935, le député Cano Lopez dépose un projet interdisant la franc-maçonnerie dans l'armée. Le projet est voté mais restera lettre morte. Il citait 21 généraux francs-maçons (dont certains cependant sont devenus nationalistes pendant la guerre civile, ce qui peut signifier qu'ils n'étaient pas très lourdement investis dans la maçonnerie, ce fait mériterait d'être analysé plus avant pour savoir quelle fraction de la maçonnerie était derrière la République). Franco allait aussi accuser plus tard la franc-maçonnerie de Genève d'avoir été derrière l'assassinat du leader Calvo Sotelo (qui avait analysé publiquement la bolchévisation du PSOE) en 1936.

Cette place de la maçonnerie dans la seconde république espagnole n'est pas mise en avant dans nos livres d'histoire, mais éclaire sous un jour un peu particulier la question de l'ingérence étrangère dans les affaires espagnoles dès avant 1936.

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Les villes françaises dans un livre de Péguy

2 Septembre 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités, #Philosophie et philosophes

Les villes françaises dans un livre de Péguy

Je ne prétends pas connaître ni comprendre Charles Péguy, grand écrivain socialiste révolutionnaire et chrétien du siècle dernier. J'ai juste l'image d'un normalien austère, monacal, respecté, qui fut un peu une sorte de Surmoi de Jaurès, comme Bernard de Clairvaux le fut de Suger 800 ans plus tôt. J'ai bien des livres sur lui qui trainent dans ma bibliothèques, mais que je n'ai pas eu la force de lire.

Alors c'est un peu "vierge" que j'ouvre au hasard, comme je le fais si souvent avec tous mes ouvrages, un de ses livres, "Le Mystère de la Charité de Jeanne d'Arc".

Je tombe sur ces passages de la complainte de la bergère Jeanne (qui pour moi évoque la bergère Bernadette Soubirous à Lourdes), lorsqu'elle dit que Bethléem seule rayonne encore sur cette terre, quand toutes les villes de France sont enterrées. C'est un très beau passage sur les promesses divines devenues lettres mortes. On pense à ce que disent les occultistes sur la lettre vouée à rester morte, à devenir pierre (comme l'Eglise de Saint Pierre - "tu es petrus") tandis que seul l'Esprit (fait d'eau) la peut vivifier. C'est une méditation mélancolique sur le "ne plus". Elle passe en revue les grands foyers de spiritualité français : Chartres, Paris, Orléans, Reims, Rouen, Nancy (même si Nancy est beaucoup moins française que les autres, elle fait partie de la "Krajina" française), avec leurs saints attitrés. Bizarrement elle les traite un peu comme des machines industrielles à produire des saints, ce qui me semble être une erreur psychologique et littéraire : le divin n'aurait pas parlé à une bergère qui raisonne de la sorte. Mais l'évocation a le mérite de condenser le "vortex" ou le réseau de vortex spirituels qui composait la Francie historique.

On commet beaucoup de fautes de goûts. Quand on présente Jeanne d'Arc en combattante en armure plutôt qu'en bergère, on manque le sublime chrétien bien vu par Chateaubriand : que les saints faiseurs de miracles et les briseurs de sceptres restent des va-nu-pieds, et tirent précisément leur pouvoir de cela. L'armure n'est qu'un gadget. Pensez à Ste Agnès qui n'avait pas besoin d'armures et à tant d'autres. Et je commets moi-même une faute de goût en parlant des saints français comme de "vortex", c'est-à-dire en empruntant le vocabulaire très "Disneyland" du new age internautique, mais c'est simplement pour rappeler que ce qui se réalise dans l'ordre spirituel n'est pas spatial : les forces (je ne parle pas d' énergies) se condensent dans un seul lieu qui est en même temps un non-lieu, et ce n'est pas la question de savoir "Le Vatican combien de divisions".

Péguy recense les "vortex" sur le mode du "ne plus", du message caduc, un peu comme tous les Français aujourd'hui peuvent saisir la France comme une réalité obsolète, quelque chose qui n'a plus rien à dire au monde, un sanctuaire aux oracles muets, comme ceux du paganisme finissant.

La Jeanne de Péguy a la forme d'un immense "pourquoi ?". Pourquoi y a-t-il eu un Saint Martin à Tours, un Saint Aignan à Orléans, un Saint Ouen à Rouen, une Sainte Geneviève à Paris, un Saint Nicolas à Nancy si c'est pour que tout cela meure ? Pourquoi ces cathédrales qu'aujourd'hui nos architectes seraient bien incapables de bâtir et qu'ils savent à peine restaurer ?

Je ne suis pas nationaliste et ne pense donc pas que la France "dans l'absolu" vaille mieux et renferme un meilleur héritage que d'autres pays. Elle a juste été choisie historiquement pour sauver certains héritages grandioses (sur le plan spirituel) et les faire fructifier. Quand je parle de la France, je signifie cette alliance entre Loire et Somme entre gallo-romains et Francs qui va du VIe siècle au XIVème, alliance sans laquelle probablement ni les gallo-romains seuls ni les Francs de leur côté ne seraient arrivés à rien. En tant que demi-espagnol, je suis sensible par exemple au rayonnement de Saint Jacques en Galice, ou à celui de Saint Vincent à Saragosse (il faut lire Grégoire de Tours pour voir ce que les habitants de cette ville doivent à l'aura de ses reliques). Mais force est de constater que le mot "France fille ainée de l'Eglise" ne fut pas un vain mot pendant la séquence de huit siècles que j'évoque ici, quand elle produisit les Clovis, Charlemagne et les premiers capétiens, et dont Napoléon et De Gaulle furent les héritiers.

On me pose des questions en ce moment sur la vocation "spirituelle" de la France face à des pays comme l'Allemagne. Les catholiques français ont beaucoup réfléchi sur l'abandon de la Germanie du Nord à l'hérésie luthérienne, ses liens avec les médiums, les convulsionnaires (donc le diable) jusque sous la plume de Hegel, de Nietzsche, sa fascination pour l'Islam, pour le zoroastrisme, ses alliances japonaises, les répercussions de tout cela dans le nazisme (et peut-être dans l'imaginaire américain qui doit au protestantisme et à la Prusse). Moi qui ai beaucoup lu et aimé les philosophes allemands, et qui suis le contraire aussi bien d'un doctrinaire que d'un chauvin, je n'ai aucun début de réponse à ces questions, et ne me presse pas d'en avoir.

J'apprécie seulement que Péguy, à travers Jeanne, interroge ce "réseau de vortex" français sur le mode d'un possible "ne plus"(et pourtant Péguy le fait peu après Lourdes, peu après La Salette et la rue du Bac... "Et vous flèche de Chartres et tombeaux de Saint-Denis, saintetés du royaume de France, vous n'êtes rien".

Je me rends compte que nos médiums New Age, avec leur doctrine qui cherche des "vortex" hérités du paganisme dans des cathédrales seraient bien incapables de prononcer des mots aussi tragiques, car dans leurs pseudo-sciences physiques "énergétiques" façon théosophie orientale, il y a toujours des "énergies" à récupérer quelque part, rien ne se perd jamais, le tragique de l'Histoire, est complètement évacué (et donc la problématique poignante de la rédemption aussi, puisqu'on n'est jamais que dans de la gestion placide et bourgeoise des forces de l'au-delà). Péguy, lui, est dans la tragique, quand il montre Jeanne d'Arc indignée par le fait que les soldats "font manger l'avoine à leurs chevaux sur l'autel vénérable" et "boivent dans les très saints calices le vin qui les soûle" (p.39) elle nous plonge dans cette scène du Fantôme de la Liberté de Bunuel où les soldats athées de Napoléon en Espagne dans les églises se nourrissent avec les hosties et boivent le vin de messe dans des calices. Il campe la déchéance de l'absolu, sans laquelle "l'épistrophe" (le retour à l'unité de l'être) pour parler comme les néo-platonicien manquerait de sa dimension sublime. Mais faut-il parler le langage du néo-platonisme que Chateaubriand lie au socialisme ou aux hérésies (voyez mon billet* ici) et dans lequel Barrès voyait la matrice du mépris pour le peuple à l'œuvre aussi bien dans la secte des Assassins (hashashim) ancêtre au Proche-Orient de l'actuel Etats Islamique que dans le nietzschéisme ? Le socialisme de Péguy était peut-être anti-platonicien, mais je ne connais pas assez bien ce sujet pour pouvoir me prononcer là-dessus.

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* Billet qui renvoie à un passage des Mémoires d'Outre tombe, dont il faut aussi lire cette suite car elle nous servira pour l'avenir :

"Il était impossible que les vérités développées dans le Génie du Christianisme ne contribuassent pas au changement des idées. C’est encore à cet ouvrage que se rattache le goût actuel pour les édifices du moyen âge : c’est moi qui ai rappelé le jeune siècle à l’admiration des vieux temples. Si l’on a abusé de mon opinion ; s’il n’est pas vrai que nos cathédrales aient approché de la beauté du Parthénon ; s’il est faux que ces églises nous apprennent dans leurs documents de pierre des faits ignorés ; s’il est insensé de soutenir que ces mémoires de granit nous révèlent des choses échappées aux savants Bénédictins ; si à force d’entendre rabâcher du gothique on en meurt d’ennui, ce n’est pas ma faute. Du reste, sous le rapport des arts, je sais ce qui manque au Génie du Christianisme ; cette partie de ma composition est défectueuse, parce qu’en 1800 je ne connaissais pas les arts : je n’avais vu ni l’Italie, ni la Grèce, ni l’Égypte. De même, je n’ai pas tiré un parti suffisant des vies des saints et des légendes ; elles m’offraient pourtant des histoires merveilleuses : en y choisissant avec goût, on y pouvait faire une moisson abondante. Ce champ des richesses de l’imagination du moyen âge surpasse en fécondité les Métamorphoses d’Ovide et les fables milésiennes. Il y a, de plus, dans mon ouvrage des jugements étriqués ou faux, tels que celui que je porte sur Dante, auquel j’ai rendu depuis un éclatant hommage."

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La "Mècheroutiette"

16 Mai 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

Avant guerre, en 1913, paraît à Paris, le mensuel la "Mècheroutiette", sous-titre "Constitutionnel ottoman, organe du Parti Radical Ottoman, consacrée à la défense des intérêts politiques et économiques et des droits égalitaires de tous les Ottomans sans distinction de race ni de religion". Son directeur politique est Chérif Pacha, ancien saint-cyrien, grand officier de la légion d'honneur, ex général divisionnaire et ambassadeur de Turquie à Stockholm. Il habite 115 rue de la Pompe à Paris. Adversaire des Jeunes turcs du Comité Union et Progrès, Chérif Pacha se disait ami de Paris et de Londres et capable d'empêcher le partage de l'Anatolie après celui de la Turquie d'Europe. On trouvera dans sa brochure un remarquable panorama de l'empire ottoman et de ses enjeux à la veille de la première guerre mondiale, du temps où les Occidentaux menaient des expéditions militaires au Venezuela au soutien des créances de leurs banques, et où la Turquie rêvait encore d'unifier sous son drapeau les peuples slaves des Balkans (une cause soutenue par Chérif Pacha, ouvert à toutes les confessions)

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Léon Werth et la non-violence annamite

25 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

werthLes sagesses chinoise et indienne ont souvent coïncidé, sans qu'on sache laquelle des deux influençait l'autre. Prenait par exemple la parenté entre la conception sexuelle du taoïsme et celle du tantrisme shivaïte. Je crois qu'on peut dire la même chose du principe de renoncement dans l'action hindouïste et de la conception confucianiste du rapport à l'autre, l'un et l'autre menant à la non-violence (ce qui n'empêche pas bien sûr que les sociétés concernées puissent avoir par ailleurs des aspects très violents).

 

Léon Werth dans l'Indochine de l'entre-deux-guerres (avant que celle-ci ne se convertisse à la violence sous la direction d'Ho-Chi-Minh, tout comme la Chine a renoncé au confucianisme sous Mao, et le redécouvre à peine maintenant) a très bien perçu cela lors de son voyage à Saïgon, et ne l'exprime nulle part aussi bien que dans ce passage de Cochinchine (p. 65) :

 

"Je me suis étonné devant des Annamites à culture européenne de cette réaction impassible, lâche ou résigné du coolie brutalisé. On m'a répondu :

 

'Vous avez un mode de votre honneur qui est de rendre les coups. Atavisme ou tradition, nous avons, avant tout, le mépris de la violence. La dignité, pour nous, n'est jamais d'opposer la violence à la violence. La dignité, c'est de se vaincre, de se dominer. Ces principes vous les trouveriez dans la morale confucéenne que les plus cultivés de vos gouverneurs invoquent parfois devant nous pour nous recommander l'obéissance ou la patience. Car il est des Européens qui aiment à prononcer l'adjectif confucéen. Ils possèdent la philosophie de l'Extrême-Orient puisqu'ils connaissent le nom de Confucius. Ils possèdent aussi son art, puisqu'ils cherchent dans les paillotes des bleus de Hué.

 

Beaucoup de villages ont un nom qui signifie la paix et la sérénité. Nous avons un proverbe qui dit : 'Si tu recules d'un pas, c'est un pas de gagné.'

 

L'homme en colère n'est pour nous qu'un ovjet de mépris et de dérision. Nous avons appris à ne point être violent. A l'action de l'homme violent, un Extrême-Oriental refuse une réaction de violence. Et si la haine naît en luui, il l'accumule...'

 

Sans doute un Européen pourrait développer devant un Extrême-Orinetal la maxime de l'Evangile : 'Tendez l'autre joue' Il pourrait même trouver dans des livres et dans des milieux d'exception les traces d'une influence évangélique. Je le défie bien d'expliquer par l'Evangile les moeurs quotidiennes, les moeurs de la rue... Le mérite de l'explication confucéenne, c'est qu'en Extrême-Orient, elle rend compte parfois des faits de la rue."

 

Je précise qu'en soulignant cela, je ne juge pas les choix d'Ho-Chi-Minh, de Mao, et d'autres d'abandonner le confucianisme pour des raisons de modernité et d'efficacité dans les années 40...

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Artisanat

25 Janvier 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

werthJe me répète mais il faut vraiment lire "Cochinchine" de Léon Werth récemment réédité. Ce n'est pas seulement un plaidoyer contre le colonialisme européen (qui fut la forme de barbarie consensuelle stupide des années 1900-1930, comme le fut le droit le l'hommisme des années 1990-2000, ou l'antiterrorisme aujourd'hui*), mais aussi une réflexion profonde sur la pudeur, la politesse et la légèreté de l'Orient (je lis pas mal sur le confucianisme classique en ce moment), au miroir de laquelle la grossièreté européenne révèle sa laideur, et une réflexion adossée, non pas comme la doctrine des Indigènes de la République aujourd'hui, au pur ressentiment "made in Europa", mais à la grande tradition classique des Lumières (des Lumières très françaises et assez universelles pour être "ouvertes" au bouddhisme, au taoïsme etc).
 
On retrouve chez Werth beaucoup de l'esprit de la revue Europe de Romain Rolland à laquelle il collabora, l'esprit d'une gauche révolutionnaire attachée à une tradition de douceur et d'élégance contre ce qu'elle appelait la "civilisation mécanicienne", fauteuse de guerre, et dont les Etats-Unis et Clemenceau étaient déjà, à leurs yeux, les principaux architectes... Cette gauche a été balayée par le stalinisme, puis par l'opportunisme socialdémocrate et sociallibéral. Mais des hommes comme Werth furent aux idées de gauche, et au style de la gauche, dans les années 20, ce qu'un Vecchiali fut au cinéma des années 70.
 
Evidemment tous ces grands stylistes et ces grands créateurs sont avant tout d'humbles artisans, de petites lucioles au fond de leurs ateliers, qui trouvaient dans leur modeste grandeur la force nécessaire pour résister efficacement à la sauvagerie de leur temps sans se compromettre. Ils eurent leurs admirateurs à travers le monde, des gens de la même élégance qu'eux, de la même exigence personnelle, et même si l'histoire officielle les ignorera toujours ils auront toujours raison au tribunal clandestin de l'Histoire objective (pourrait on dire pour plagier Hegel). Ce sont en tout cas des exemples de vies bien accomplies en des temps où, comme aujourd'hui, vivre dignement et proprement était rendu impossible par des formes puissantes de totalitarisme.

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* A propos d'antiterrorisme, voyez la vulgarité des écriteaux d'Air France sur les postes d'embarquement à Orly, qui, menacent de poursuites judiciaires et de refus de laisser monter dans l'avion quiconque "agresse physiquement ou verbalement un agent". Triste France où le terrorisme est prétexte à toujours plus de fouilles physiques, d'avilissement et d'abrutissement mental, et où on ne peut plus se faire entendre des services publics (de plus en plus ineptes et incompétents dans l'univers marchand "globalisé"), qu'en gueulant (j'ai vu jeudi un cadre distingué sexéganaire se faire virer manu militari d'un train par les services de sécurité du seul fait qu'il a osé critiquer devant un contrôleur la stupidité kafkaïenne de la SNCF), tandis que le seul fait de gueuler devient passible de poursuites judiciaires pour "viol moral du consensualisme forcé". Dans cette France là, rechercher l'indépendance d'esprit, la culture, l'élégance et la dignité requiert toujours plus de solitude, de refus obstiné de parler le langage d'Internet (loin de l'esprit hargneux des commentateurs malveillants, mais aussi de la bêtise rugueuse de tant de blogueurs "amis" que je n'ose même plus lire). Messieurs de la plateforme Overblog, faites votre travail (pensez à la citation "monsieur le bourreau...") : vous pouvez liquider le présent blog ou le noyer sous la publicité, je ne renouvellerai pas l'abonnement "Premium".

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"Cochinchine" de Léon Werth

3 Novembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

werthNous avons déjà rencontré Léon Werth dans la lecture de ses propos sur Clemenceau dans la revue Europe de 1930 (voir mon billet ici). Il me faut parler aujourd'hui de son livre sur la Cochinchine coloniale en 1924, et d'abord vous dire que cet homme qui, humblement, trop humblement, s'est tenu dans l'ombre du Malraux des Conquérants est un écrivain, un véritable écrivain, avec un vrai style, et une très belle sensibilité (il dit quelque part avoir une sensibilité de "fille publique romantique", ce que j'ai peut-être en commun avec lui). Cette sensibilité lui fait voir avec beaucoup de pertinence ce que ses contemporains minimisent bêtement ou rendrent trop abstrait (je pense au livre d'Hannah Arendt sur l'impérialisme) : le grossièreté minable du système colonial européen dans le monde.

 

Je ne veux pas ajouter à la "culpabilité de l'homme blanc" qui de nos jours infeste un peu trop les mentalités et produit des formes de sottise et d'imposture dans la pensée bourgeoise actuelle.

 

Juste souligner l'intérêt d'avoir un regard lucide et indépendant sur les injustices. Quelques extraits intéressants (qu'il est inutile que je commente) :

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L'intérêt de Werth aussi réside dans ses analyses psychologiques qui confinent à la philosophie. Par exemple quand il estime que les coups de poings et éclats de voix des colons ne procède pas d'une réelle violence personnelle (puisque cette violence décroit à bord du Saïgon-Marseille sur le chemin du retour vers la métropole), mais simplement d'une bassesse institutionnalisée, à laquelle il oppose la retenue "confucéenne" des Orientaux. Ses remarques sur l'érotisme des rapports entre les chanteuses chinoises et leurs clients asiatiques d'un restaurant de Saïgon mériterait en soi dix pages de commentaires qui interrogeraient par effet de miroir vingt siècles de lourdeur de la sensualité occidentale...

 

Sa réflexions très esthétisante sur les formes des visages des Annamites (mais aussi des Moïs), de leurs gestes etc ouvre un horizon de remise en cause radicale de l'européanité, qui, dans un sens, peut encore relever de l' "âge du jazz" des années 20 (David Stove), la haine de soi occidentale dont parle l'académicien Matteï, mêlée aux dégoûts de l'après-guerre (quand le surréalisme français par exemple vantait systématiquement tout ce qui n'était pas "blanc"). Il faut "en prendre et en laisser" comme on dit, oui, mais tout de même en prendre, oui, essayer de prendre au sérieux cet amour de l'Orient, moins érudit et moins fort que celui d'une Alexandra David-Néel arpentant le Tibet à la même époque, mais tout aussi sincère. Tirer ce fil là, sans naïveté, juste pour voir toutes les potentialités qu'il peut donner. Je crois qu'à la lumière du témoignage de Werth, on comprend beaucoup de choses : pourquoi on ne parle plus français au Vietnam, pourquoi dans les années 2000 ce pays n'a pas soutenu l'Algérie dans sa campagne pour poursuivre la France pour crime contre l'humanité (pourtant le FLN avait tenté des pourparlers à ce sujet avec Hanoï), pourquoi la culture vietnamienne est apparemment sans complexe à l'égard de l'Europe (mais alors on peut se demander : pourquoi celle du Japon en a-t-elle ?). Pourrait-on voir le témoignage de Werth une propédeutique à un "devenir-asiatique" de l'humanité dont l'actuelle globalisation serait aujourd'hui le vecteur ? Ce serait peut-être pousser le raisonnement trop loin, d'autant que l'Asie d'aujourd'hui est peut-être d'une culture moins pure, moins exempte d'occidentalisme (via le consumérisme) qu'elle ne l'était il y a cent ans. Je ne sais. En tout cas après avoir croisé le regard de Werth, tout en finesse sans pour autant verser dans la demi-mesure, on ne peut plus se sentir européen de la même manière qu'avant d'avoir ouvert son livre.

 

 

 

 

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